2003
Déviance et Société
Activités sportives et « décontrôle » des émotions
Esquisse d’une analyse des usages de produits psychoactifs dans le sport et hors le sport
Sylvain Aquatias
[*]
14, rue Eugène Sue F-75018 Paris
Le présent texte se base sur une recherche qualitative commanditée par le ministère de
la Jeunesse et des Sports (Aquatias (dir.), 1999), qui avait pour objectif d’examiner d’un
point de vue qualitatif le rapport entre conduites à risques et pratiques sportives. Cette
recherche gravite autour d’une question que l’on peut formuler ainsi : dans quelles conditions les activités sportives sont-elles susceptibles d’être des facteurs de protection ou de
vulnérabilisation en matière de consommation de produits psychoactifs et/ou dopants et,
plus globalement, de conduites à risques des jeunes ?
Pour mieux comprendre quelle articulation existe entre pratiques sportives et conduites
à risques, nous avons volontairement cherché des situations où les sportifs rencontrent différents problèmes. Il ne s’agit donc en aucun cas d’une analyse quantitative qui évaluerait
la prévalence des risques en milieu sportif. Cinq pôles de recherche ont été choisis :
- Des jeunes de milieu populaire participant à des activités sportives de vacances (11
entretiens plus 2 entretiens collectifs et des observations participantes).
- Des jeunes participant à des activités d’insertion par le sport (15 entretiens).
- Des consommateurs de produits psychoactifs pratiquant en clubs (9 entretiens).
- Des personnes étant passées par les filières sport études (10 entretiens).
- Des personnes ayant eu un parcours dans le sport de performance et dans la toxicomanie (11 entretiens).
Des entretiens complémentaires ont été faits avec des dirigeants de club et des entraîneurs chaque fois que cela était nécessaire. Le recrutement des personnes interrogées a été
effectué soit par l’intermédiaire d’institutions (pour les pôles 1,2 et 5), soit par des réseaux
informels, soit sur la méthode dite de boule de neige (3 et 4).
On notera que de multiples croisements se font entre les cinq pôles choisis : certains
sportifs en club sont passés par les sport études, certains jeunes rencontrés dans les activités sportives de vacances sont aussi en club, etc. Les sports représentés ainsi que les
niveaux de jeu sont très diversifiés et ne présentent pas de récurrence particulière.
À partir de ces entretiens, nous avons reconstitué des trajectoires de vie les plus précises possibles, en examinant la conjonction des différentes périodes et événements à travers les domaines de la vie familiale, de la vie scolaire et professionnelle, de l’activité
sportive et enfin du parcours de santé. Les usages de produits psychoactifs ou/et dopants
apparaissent clairement dans ces reconstitutions biographiques en conjonction avec des
moments du calendrier sportif ou des périodes de la vie des personnes interrogées. C’est ce
qui m’a incité à étudier ici le lien entre les usages de produits psychoactifs et les différentes
activités sportives. D’ailleurs, parmi les diverses fonctions sociales de ces deux pratiques,
une leur est commune : elles contribuent à la libération des émotions.
Libérer les émotions : activités mimétiques et désinhibition chimique
Notre société est une société de maîtrise de soi (Elias, 1973,1975). La retenue et la
mesure sont devenues des conditions permettant la vie en société. D’ailleurs, la plupart des
débordements passionnels font l’objet d’un traitement social, qu’il soit individuel ou collectif. On réprime les émeutes naissant de l’émotion consécutive à la mort d’un jeune dans
les quartiers « sensibles » ou les excès de supporters trop enthousiastes après un match, on
donne à l’enfant trop turbulent un calmant ou la consigne d’aller se défouler un peu en faisant du sport.
Il est capital qu’existent des moyens de libération des émotions. Celles-ci, trop longtemps retenues, peuvent s’exprimer brutalement dans des débordements impromptus qui
remettent en cause l’ordre social. Il faut donc que se constituent des activités où le contrôle
de soi diminue et où l’expression d’émotions est possible, sans que celles-ci ne débordent
le cadre qui leur est donné pour atteindre d’autres activités de la société.
Cependant, l’extension de la maîtrise de soi et l’intensité avec laquelle elle s’applique
ont provoqué une intériorisation profonde des mécanismes de contrôle des impulsions. Le
relâchement des émotions n’est alors plus évident. Il est donc tout aussi nécessaire
qu’existe dans ces espaces un support ou un stimulus fort qui fasse naître des émotions
socialement acceptables dans ce cadre.
Autrement dit, les moyens de se délivrer de la tension permanente du contrôle de soi ne
peuvent prendre corps que dans des activités où les émotions sont à la fois stimulées,
acceptées et canalisées.
Les activités de loisir ont cette fonction (Elias, Dunning, 1994). Parmi ces activités, on
trouvera aussi bien des activités sportives qu’artistiques, toujours liées aux loisirs et donc
dénuées d’enjeux forts. Norbert Elias les appelle des « activités mimétiques », parce
qu’elles évoquent suffisamment des situations de la vie courante pour que des émotions
proches de celles retenues dans la quotidienneté surgissent. L’identification du spectateur
au personnage d’un film ou d’une pièce de théâtre, l’effort du sportif amateur ou la concentration de l’auditeur de musique entrent dans cette classe d’activités.
Pourtant les activités mimétiques ne sont pas les seuls moyens de favoriser l’émergence des émotions habituellement retenues. Les produits psychoactifs comme l’alcool, le
cannabis, l’ecstasy, etc., en sollicitant les centres nerveux, provoquent une désinhibition
toute chimique. Si on les consomme dans les réunions entre amis et dans beaucoup de festivités, c’est bien qu’ils facilitent le contact et l’émotivité en neutralisant le contrôle de soi
qui nous fait garder des distances et des réserves. La conjonction entre réunions amicales
et consommation de produits psychoactifs est tellement fréquente que de nombreux chercheurs parlent d’usages « récréatifs » ou « festifs » pour les désigner. D’ailleurs, la
recherche de communication se retrouve parmi les motivations principales de consommation de produits psychoactifs dans le milieu Techno (Aquatias, 1998-1999). L’alcool ou le
cannabis, s’ils ne se limitent pas à ces fins, sont assez fréquemment utilisés pour augmenter la sensibilité émotionnelle à un événement, qu’il s’agisse d’un mariage, d’un concert
(Aquatias (dir.), 2002), voire d’un repas de famille ou d’une soirée entre amis.
Il n’est bien sûr pas question de limiter ici les utilisations de ces produits à la libération
émotionnelle, mais simplement de souligner que leur consommation offre une alternative
aux activités mimétiques, voire se joint à elle dans certaines situations. Activités mimétiques et consommation de produits psychoactifs sont deux moyens possibles de se débarrasser du contrôle de soi qui nous empêche d’exprimer nos émotions. Les unes fournissent
un support à l’émotion en reproduisant des caractéristiques des activités où les pulsions
sont contrôlées, les autres sensibilisent et désinhibent, rendant l’expression des émotions
possibles, y compris hors d’un cadre spécifique. Pourtant, de la même manière que l’on ne
peut limiter le rôle des produits psychoactifs à la désinhibition, l’on ne peut réduire la fonction des activités sportives à la libération des émotions.
Trois fonctions sociales des activités sportives
Les activités sportives remplissent de nombreuses fonctions sociales qu’il est impossible d’étudier en intégralité ici. Trois de ces fonctions sont particulièrement importantes
en ce qui concerne les modes de rétention et d’expression des émotions. Le sport, en tant
qu’activité mimétique, permet d’estomper le contrôle de soi et favorise l’expression
d’émotions. C’est la première fonction. La seconde fonction concerne la possible professionnalisation des pratiquants. La troisième remplit une fonction éducative par l’apprentissage de la rétention des émotions et de la discipline, notamment auprès des jeunes.
La première fonction, la libération du contrôle de soi, peut s’effectuer aussi bien par le
spectacle sportif que par l’activité elle-même. Il faut, pour que l’activité sportive participe
réellement au relâchement émotionnel, qu’elle n’ait pas d’incidence forte sur la vie « hors
sport », et se bâtisse en rupture avec la routine quotidienne. S’il est nécessaire que les
joueurs croient au jeu pour que surgissent les stimuli permettant le « décontrôle » émotionnel, il est tout aussi nécessaire que ceux-ci sachent que les résultats du jeu ne vont pas
changer leur vie.
De même que pour la pratique sportive, le spectacle sportif crée une rupture avec la vie
quotidienne, fournit un stimulus sur la base d’une compétition entre individus ou entre
équipes et les enjeux ne peuvent changer réellement la vie des spectateurs. Mais aussi, pour
que continuent à se produire des stimuli suffisants, il faut que les performances s’élèvent au-dessus du commun et que le suspense soit toujours plus important. Le spectacle sportif est
tenu de surenchérir sans cesse sur lui-même. À ce point se surajoute la nécessité pour les
villes et les pays de défendre leur honneur sur la scène sportive (Elias, Dunning, 1994).
Reste qu’il faut bien produire ces sportifs qui vont enchanter les foules. C’est là la
deuxième fonction. Une classe de sportifs volontaires et motivés, entraînés depuis la plus
petite enfance et ayant parfaitement intériorisé les valeurs du jeu sportif, doit être formée.
Il n’est plus là question de relâchement des émotions, mais au contraire d’effort incessant,
de plaisir différé, de discipline et d’autocontrôle. Mais cette classe émerge directement de
la masse des pratiquants. Même s’il existe des différences selon les sports, les fédérations,
les clubs et les entraîneurs, les schémas d’intériorisation des valeurs sportives liées à l’abnégation et à la discipline des corps semblent se diffuser de manière constante. Le modèle
même de la réussite sportive diffusée par les médias s’impose aux jeunes à qui leurs premières performances permettent quelques espoirs. De fait, sans même aller jusqu’à une
réelle professionnalisation, les activités sportives sont tellement investies par certaines
personnes qu’elles s’attachent ainsi un statut social parfois important, qu’elles s’imposent
un rythme de vie correspondant à cette pratique (ce qui s’oppose à l’idée de rupture de la
routine quotidienne), parfois même obtiennent ainsi des revenus complémentaires. Entre
le sport comme loisir et le sport comme activité quasiment principale, la différence peut
alors devenir bien mince.
La troisième fonction sociale du sport liée aux émotions concerne les enfants et les adolescents : les activités sportives sont supposées être un moyen d’éducation des jeunes. Si
l’activité sportive permet le relâchement des émotions pour des adultes dont le comportement dans la vie quotidienne se doit d’être mesuré, elle est aussi, pense-t-on, un excellent
moyen pour les jeunes de faire l’apprentissage d’un contrôle de soi qu’ils maîtrisent encore
mal. Les pratiques mimétiques créent un cadre où les émotions sont à la fois stimulées et
canalisées : si, au niveau des adultes, c’est la stimulation des émotions qui joue, au niveau
des jeunes, c’est la canalisation qui est sensée intervenir. L’apprentissage des limites du
relâchement des émotions serait transféré de l’activité sportive vers la vie quotidienne.
Moyen de socialisation, le sport permet aux enfants et aux adolescents de développer un
potentiel d’autodiscipline face au déchaînement soudain de leurs pulsions et affects, et ce
dans le cadre d’une communauté humaine, selon des normes précises de régulation des
conduites et des sentiments (Elias, 1996,29).
Pour récapituler, le sport permet d’éduquer les jeunes générations, de créer des espaces
de libération des émotions pour les adultes, d’atteindre à la reconnaissance sociale en
s’inscrivant dans un parcours de performance. En fait, selon les types d’activité sportive et
les différents investissements des personnes dans ces activités, plusieurs de ces fonctions
peuvent se retrouver à des degrés différents dans une même pratique. Néanmoins, deux de
ces fonctions sociales, l’aspect éducatif et l’aspect libératoire, devraient procéder par
mimétisme avec la vie quotidienne et limiter ainsi les éclats émotionnels.
L’apprentissage de la rétention des émotions par le sport semble pourtant ne fonctionner que de manière très aléatoire, que ce soit dans le spectacle sportif où les débordements
des supporters sont fréquents, ou dans la pratique, pour les compétiteurs de haut niveau
qui se laissent parfois aller à la violence ou pour les jeunes qui pratiquent le sport à petit
niveau. Les débordements varient bien sûr selon les sports et certains semblent plus
propres à déchaîner les émotions sans qu’elles soient canalisables. Mais, au delà de la
scène de la compétition, les effets pacificateurs de l’activité sportive ne semblent pas si
nets. Les sportifs, jeunes ou moins jeunes, pratiquant à haut niveau ou non, ne semblent
pas avoir des comportements si tranquilles dans les activités « hors sport ». De même,
puisque les activités sportives sont supposées favoriser l’expression des émotions, elles
pourraient, ne serait-ce qu’en partie, limiter les usages de produits psychoactifs liés à cette
même fonction.
En considérant les différents usages qui sont faits des produits psychoactifs, ne peut-on
pas trouver des clés qui puissent permettre de comprendre pourquoi les effets de libération
ou de rétention des émotions du jeu sportif fonctionnent peu ? Il nous faut alors observer
comment s’articulent les différents usages de produits psychoactifs et les différents usages
du sport.
Les différents usages de produits psychoactifs
dans les activités sportives
Chaque fois que des groupes de jeunes se forment, une forme de convivialité se développe, qui peut aboutir à des échanges et des expérimentations dans le groupe. Que certains
jeunes aient pu fumer leurs premières cigarettes, leurs premiers joints ou connaître leurs
premières ivresses dans des sociabilités liées à l’activité sportive n’a donc rien d’étonnant.
S’il est cependant une expérimentation qui est plus propre aux milieux sportifs, c’est celle
qui lie « défonce » et compétition. La plupart du temps, les jeunes expérimentateurs choisissent une compétition sans grand enjeu. Mais, parfois aussi, c’est bien le fait de doubler la
consommation avec l’usage sportif qui est recherché, en ce sens qu’il permet de s’attribuer
une identité positive plus forte : on a tenu le coup, on a réussi à jouer, même « défoncé ». On
trouve dans ce type d’expérimentation des prises de cannabis, d’alcool, d’amphétamines et
même un cas de produit dopant.
Donc une fois, aux championnats, avec un copain, pour rigoler, on a pris un truc… On
a cherché dans la liste des produits interdits (…) Moi, c’était pour voir ce que ça pouvait donner… (…) C’étaient des petites pilules…(…) On me l’avait présenté comme un
truc utilisé dans le cyclisme… En fait, j’avais un copain qui était médecin, c’est lui qui
me l’avait filé… On a fait un essai à l’entraînement. On se sentait bien (rires)… On
était léger, on n’avait pas de perte de rythme…
L’expérience se terminera mal, les deux expérimentateurs se retrouvant tétanisés avant
la fin de la compétition. Mais l’expérimentation de certains produits dopants se fait parfois
aussi de manière plus institutionnelle : une sportive se souvient ainsi d’avoir été malade à
douze ans après avoir pris du Guronsan
[1] que son entraîneur lui avait donné et une directrice
de club avoue qu’elle fait un dopage contrôlé de ses juniors, pour essayer de répondre à
leurs propres exigences de compétition.
En dehors des expérimentations, qu’elles concernent des produits répondant à la
recherche de performance ou des produits produisant des effets euphorisants, on trouve de
nombreux types d’usages.
Certains des pratiquants rencontrés qui ont des habitudes de consommation régulières
mettent en œuvre un certain nombre de régulations. Un fumeur quotidien de cannabis
sacrifie ainsi ses habitudes quand il va s’entraîner dans son club :
Disons que généralement, j’évite quoi… De temps en temps, (…) je fume l’après-midi, et
je ne pense pas que j’ai sport le soir… Je suis avec des potes, paf, voilà, ça m’arrive de
fumer un joint quoi… Ou bien je sors de chez un pote et je vais direct au club, voilà quoi…
Un autre sportif, d’un plus haut niveau, raconte qu’ayant changé de club et donc de
ville, il se retrouve un peu isolé et prend un logement avec deux autres sportifs, venant eux
aussi d’arriver. Leur consommation de cannabis et de tabac devient « presque » quotidienne. Pourtant, lors des stages et des compétitions, il est attentif à ne pas faire d’excès :
Quand j’étais en équipe de France, en général ça diminuait beaucoup… Entre trois et
cinq par jour, les cigarettes. Et les pétards, pratiquement pas, quoi…
Un sportif de haut niveau résume bien ces régulations et leur motivation : Le cannabis,
ce n’était pas avant l’entraînement, non c’était peut-être le soir, allez, hop, j’avais fini ma
journée, je me mettais devant un film, on était avec trois, quatre copains, on se mettait une
cassette vidéo, et puis voilà, tranquille. Ce n’était pas pour dire « demain je vais être
reposé, je vais faire une performance ». Non, c’était comme ça pour décompresser tout
simplement…
En plus là, c’est une période, ça fait cinq jours, on fait la fête tous les soirs, parce que ça
y est, on n’est pas qualifié… La saison est terminée, on est en mai, explique un autre joueur.
Ces situations ne sont certes pas spécifiques aux sportifs (pas plus qu’elles ne se trouvent chez tous les sportifs) et l’on retrouve partout en société des usages similaires.
Encore faut-il ici relativiser. Car certains consomment aussi tabac, alcool et cannabis
pendant les périodes de compétition.
– À quel moment tu as été sélectionné pour ces stages ?
– Les premiers stages, je devais avoir seize ans… J’en avais un par an… National…
Et j’ai été sélectionné toutes les années entre la seconde et le bac…
– Vous étiez nombreux à fumer et à boire comme ça ?
– Non, peu… On était cinq ou six… Mais bon, c’était déjà pas mal, je trouve… Parce
que, bon, pour moi, ce n’était pas un truc habituel non plus, mais pour eux, c’était
un moyen pour se mettre en préparation…
Et on retrouve ailleurs des joueurs qui, à l’occasion, fument un joint avant un entraînement ou un match.
– Et dans ton équipe, il y avait des gars qui fumaient ?
– Ouais, ouais… Oui, ben… Régulièrement, certains jours, avant d’aller taper dans
le ballon, on fumait quoi… Avant les matchs, même…
Les connivences qui peuvent relier les consommateurs de haschich peuvent d’ailleurs
faciliter les rencontres et les relations lors des stages.
– C’est-à-dire qu’on avait des stages nationaux où ils en prenaient trente susceptibles de faire l’équipe de France… Et donc là on s’est retrouvé avec d’autres gens
de la France entière, et c’est là que j’ai vu qu’y en avait qui fumaient, ou qui…
– Du tabac ou…
– Ah non, shit…
– Tu t’en es rendu compte comment ?
– Ah ben parce que ça se voit quoi… Et puis en plus, on discutait, et comme moi, je
leur avais dit que je fumais aussi, donc il arrivait que je fume un peu avec eux aussi.
On se barrait en ville pour aller dans les bars le soir… Tout ça… Il s’était créé une
petite amitié comme ça, mais juste par rapport à ça… Parce que dès qu’on était sur
la piste (…), je retrouvais cette agressivité de vaincre.
Les encadrants ne semblent guère prêter attention à ces consommations.
Par rapport aux entraîneurs, c’était caché… Euh… Caché, c’est un bien grand mot…
Disons que ça devait se savoir, les entraîneurs fermaient plus ou moins les yeux, sans
doute… (…) Et l’entraîneur de X, qui était en équipe de France, il le savait, mais on ne
fumait pas devant eux, on faisait attention, on était discret quoi… Les joueurs le
savaient, mais on était discret, ceux qui voulaient fumer fumaient, et les autres… Et
quand on fumait, on restait avec des gens qui fumaient… C’était jamais en groupe,
c’était toujours à deux ou trois…
Bien sûr, il est parfois difficile pour ceux des sportifs rencontrés qui sont eux-mêmes
consommateurs de cannabis de faire la morale aux jeunes qu’ils entraînent. Parfois même,
les jeunes connaissent les habitudes de consommations de leur entraîneur.
– Comment ça se passe le cannabis dans ton équipe ?
– Y’a rien de caché, l’entraîneur, c’est un fumeur, donc…
– Quelles sensations apportent le cannabis lors du jeu ? Peut-il favoriser la performance ?
– Je pense que ça influait sur mon match… Au sens où je ne me prenais pas au
sérieux, il y avait une pseudo-complicité avec le type avec qui j’avais fumé qui, lui,
comprenait que si j’avais loupé tel truc… Ça n’atténuait pas énormément ma performance, mais ça agissait plus sur ma réaction. Au lieu de mettre un coup de poing
par terre et de réagir à un truc que j’aurais loupé par exemple, c’était rire et tout de
suite rechercher le regard complice de l’autre avec qui j’ai fumé, parce que lui peut
l’interpréter, explique un footballeur de niveau régional.
Un escrimeur, jouant au niveau national, complète :
– À un moment, je fumais avant ou pendant toutes les compétitions. J’étais bien, sans
stress, j’y allais comme ça quoi… Et puis, ça me détendait quoi.
S’il n’y a pas là de recherche de performance, il y a bien une quête de relaxation par
rapport à la tension de l’épreuve compétitive. Le même sportif raconte avoir perdu un
match « gagné d’avance » dans une importante compétition pour s’être laissé déstabiliser
par la peur.
Pour les sportifs de bon niveau, cette recherche de détente se retrouve aussi dans des
usages assez intensifs de produits, qu’il s’agisse alors d’alcool, de cannabis ou même d’héroïne, de cocaïne et d’ecstasy, lorsque s’arrête la tension liée à la compétition sportive.
On sort peu, mais quand on sort, c’est intense, disent plusieurs athlètes. Ces excès sont
relativement limités dans les sports individuels et assez fréquents dans les sports collectifs.
– On avait plus de matchs, alors on sortait… Quand on était jeunes, c’était souvent
les boîtes…
– Toujours après les victoires ?
– (sourire) Toujours. Après les victoires ou les défaites…
explique un joueur de rugby.
L’effort intense que font les sportifs pendant les temps d’entraînement trouvent là leur
correspondance en termes de décompression. C’est ce qu’illustre bien l’extrait suivant
d’entretien.
(…) Sans cette décompression, de toute façon, je ne pense pas que j’aurais pu aborder
l’entraînement comme je l’abordais. Moi, je le voyais comme ça. Le fait d’avoir pris
entre guillemets une bonne caisse, hop, j’arrivais, allez, bon, on attaque à nouveau, ça
repart à zéro. Je le voyais comme ça et j’étais consommateur de fêtes. Consommateur de
fêtes et j’en avais même besoin. Je vais le dire comme ça :« j’en avais besoin ». C’est dur
de rester tout le temps dans le même système et c’est pour ça aussi que l’on explose.
Parce que généralement avant les compétitions, un mois, deux mois avant les compétitions, là, vous ne faites plus de sorties quand c’est une échéance vraiment importante, là
il n’y a plus de consommation de cannabis, il n’y a plus de consommation d’alcool, il n’y
a plus tout ça.(…) Le jour où cette compétition-là, elle est finie, là, c’est une explosion,
c’est-à-dire qu’il n’y a plus de limites, c’est-à-dire que ça explose. C’est les abus, il y a
des abus dans tout, c’est clair. Des abus dans tout et je serais presque tenté de dire pour
tout le monde, presque. (…) C’est facile de craquer donc, on se retient à ce qu’on peut.
Les prises de produits, on le voit, suivent en général les temporalités de la pratique
sportive :fins de journée, fins de compétition, fins de saison, etc. Elles correspondent à une
célébration autant qu’à une recherche de décompression. Pour fêter une victoire, on
consommera beaucoup plus. (…) Comme on était sur le podium en double, on était quatre
sur six à être sur le podium complètement défoncées ! dit une sportive en riant (il s’agit de
cannabis). Pour se détendre de la journée passée, on boira quelques verres ou l’on fumera
un joint ou deux, pour arroser une victoire importante ou la fin de la saison, on se laissera
aller à des excès notables. Ces festivités ne sont pas toujours directement liées au milieu
sportif, mais elles prennent corps dans la conjonction entre la fin de l’activité sportive et le
relâchement du contrôle des émotions.
Les usages correspondent à des logiques de décompression et les pratiquants en parlent
comme d’un besoin. Ils sont d’autant plus importants que le niveau de compétition s’élève.
Au fur et à mesure que les attentes des institutions et des sportifs vis-à-vis d’eux-mêmes
augmentent et que la pression croît, les espaces de décompression semblent devenir plus
intenses et/ou plus fréquents. Parce qu’elles correspondent aux temporalités du calendrier
sportif, elles peuvent, en fin de saison, durer plusieurs jours et se répéter pendant toutes les
« vacances ».
Les usages de produits psychoactifs liés à la performance, eux, sont en fait davantage
des usages de stimulants : caféine, amphétamines, cocaïne, etc.
Une adepte des jeux de raquette, qualifiée au niveau national, l’explique bien :
(L’effet du cannabis), ça dépendait, ça n’influençait pas le jeu. Si on était bien dans sa
tête avant, ça allait bien. Par contre, si j’étais mal, parfois ça m’apportait un petit
bien-être quand même, mais je ne peux pas dire que c’est le produit à prendre dans ce
sport ! Par contre, ça m’est arrivé une fois de jouer sous amphétamines, là oui, c’est
plus un produit pour mon sport, parce que, comme ça speede, on a l’impression d’avoir
beaucoup plus de temps pour se déplacer sur la balle.Elle ne reproduira pas cette expérience : Ça se voyait trop, dit-elle.
Un joueur de rugby en sélection régionale raconte aussi comment il a usé et abusé de
caféine et de vitamines.
– À une époque, je carburais au Guronsan et tout ça, aux vitamines, mais bon, j’ai
arrêté, parce que ça me bousillait plus qu’autre chose, j’étais tout le temps à fond…
– Tu carburais… C’est-à-dire ?
– Trois, quatre Guronsan par jour, avec deux, trois vitamines C de temps en temps. Je
me suis rendu compte que je dormais très peu…
– Ça a duré longtemps ?
– Ouais, c’était l’année dernière en début de saison, parce que je ne m’étais pas préparé du tout les deux mois d’été.
Et un footballeur raconte un autre type de consommation :
On jouait un match, c’était la première fois qu’on se qualifiait pour éventuellement
envisager de monter en première division. Ce jour-là, je n’étais pas bien et on m’a
donné (un entraîneur) un médicament qui s’appelait du Captagon [2], qui est un médicament qui te fait monter à 5000... (…) Enfin, je ne sais pas ce que c’est exactement, mais
c’est un excitant... Enfin, quand je l’ai pris, au bout d’une demi-heure, trois quarts
d’heure, dans les vestiaires, quand on se changeait, j’ai commencé à avoir chaud de
partout, je me suis mis à suer... Et puis sur le terrain, je partais d’un bout à l’autre du
terrain, pas de sensation de fatigue ni quoi que ce soit… (…) Comme un malade quoi...
J’ai été blessé durant ce match, il y a un type qui m’a marché dessus avec ses crampons, c’était sur la cuisse, j’avais une estafilade, mais très impressionnante, qui saignait et je n’ai rien senti... Donc, j’étais vraiment dans un état second... (…) Je suis
sorti du terrain, j’avais toujours envie de courir. Le soir, on a fait la fête comme des
fous... Toujours sans rien sentir. L’alcool là-dessus, ça a été un cocktail assez explosif...
Bilan : je suis rentré chez moi, j’ai mis un jour et demi pour m’en remettre, quoi…
Nous sommes là face à des usages qui sont de l’ordre, clairement, du dopage, même si
leurs rapports à la performance ne sont pas les mêmes. Dans le cas de l’équipe de football,
le doute n’est pas permis : face à une situation d’incertitude, il est nécessaire de « renforcer » les capacités sportives des joueurs. Pour le joueur de rugby, les choses sont tout
autres : n’ayant pu s’entraîner pendant les vacances et craignant de ne pas être à la hauteur,
il va recourir à des produits susceptibles de le « remettre en forme ». Dans un cas, il s’agit
d’augmenter les performances pour monter au classement, dans l’autre, il s’agit de ne pas
voir baisser ses performances.
Enfin, il reste un autre usage des produits psychoactifs qui se lie parfois aux pratiques
sportives : la toxicomanie. Nous avons rencontré onze sportifs par l’intermédiaire des
structures de traitement pour toxicomanies. Seuls quatre d’entre eux ont consommé pendant leur carrière sportive, les autres à la suite de l’arrêt de celle-ci.
Le 8 septembre 88, j’ai arrêté le sport, j’ai arrêté les études en même temps, j’ai tout
arrêté. Je me suis dit « si en moi, ça recherche l’échec, c’est plus la peine... ». J’ai vraiment décompressé : les produits, j’en avais déjà pris avant, mais là, ça a vraiment été
la défonce, vraiment la défonce. (...) Après j’ai plus rien fait. 88, encore une tentative
de suicide, je me suis réveillée à l’hôpital psychiatrique, explique une sportive.
Tous, sauf un, ont été des sportifs de bon niveau, sinon de haut niveau et l’on sait que
l’arrêt du sport est toujours difficile dans ce contexte.
Leurs premières consommations ont souvent lieu au cours de festivités, boîte de nuit ou
soirées privées, sans que celles-ci soient nécessairement liées aux sociabilités sportives.
Mais plusieurs d’entre eux ont comparé les sensations sportives et celles procurées par
les produits psychoactifs. D’abord, au niveau défoulement, c’est énorme. (...) Et puis l’idée
d’avoir fait ce qu’il fallait, de s’être bien entraîné, de s’être bien arraché les tripes en fait,
et puis c’est surtout là après quand on sort, on ne sent plus rien : le froid, le chaud, une
douleur, non, ça n’existe plus quoi. Et ça, c’est un petit peu... c’est même très proche de la
drogue, faut dire ce qui est, c’est quand même très bon, c’est pour ça qu’il y a beaucoup de
gens qui s’y laissent prendre. C’est ensuite l’apaisement immédiat que procure le produit
dès les premiers instants qui est décrit.
La plupart n’utilisent pas la voie intraveineuse. Ils sniffent ou fument l’héroïne. Les
premières consommations ne sont pas toujours suivies d’un engagement immédiat dans la
consommation. Parfois même, il s’écoule quelques années avant que les personnes ne
reprennent de l’héroïne. Mais c’est alors le début d’un parcours de consommation semblable à celui de la plupart des héroïnomanes (Leroux, 2002).
En fait, bien sûr, à partir d’aussi peu de cas, il est impossible de lier le sport de performance et les toxicomanies. Mais l’on peut remarquer que toutes les personnes concernées
se sont investies dans le sport comme s’il était le seul moyen de se dégager une identité
gratifiante. Leur engagement dans l’héroïnomanie ne se produit que lorsque le sport ne
leur procure plus les satisfactions nécessaires ou lorsqu’il rentre en conflit avec d’autres
domaines de la vie en société.
Essai de typologie des usages
À travers ce bref passage en revue des différents usages de produits psychoactifs rencontrés dans les activités sportives institutionnelles, on peut distinguer des logiques fort
différentes.
- Les produits psychoactifs peuvent fonctionner comme désinhibiteurs sans que le sport
perde sa propre fonction de libération des émotions. Dans ce cas, souvent, la valeur
accordée à l’exercice sportif est plus proche du ludique que de la performance et même
si les consommations sont régulières, voire quotidiennes, elles restent modérées et correspondent à des temporalités précises de la vie quotidienne.
- D’autres usages prennent la forme d’excès de produits psychoactifs, parfois ponctuels,
parfois prolongés, qui suivent les temporalités de l’exercice. Ces excès sont considérés
comme normaux et sont relativement admis dans le milieu sportif, quelle que soit leur
intensité. Ces usages sont aussi clairement liés à la décompression. Mais ici, comme
l’exercice sportif est plus intense et peu propice à la libération des émotions, les produits
psychoactifs apparaissent comme un des médiateurs possibles de cette libération. On
sait que les jeunes qui ont des pratiques sportives intensives consomment davantage de
produits psychoactifs que ceux qui ont une pratique modérée, c’est-à-dire celle qui est la
plus susceptible de correspondre à la fonction de décompression
[3] (Choquet et al., 1999).
Certains usages encore ont clairement une valeur de dopage : il s’agit de faire mieux
que ce que l’on devrait faire quelle que soit la situation : manque de préparation, blessure,
stagnation des résultats, volonté de passer à un niveau supérieur.
Enfin, on trouve des usages toxicomaniaques qui prennent place lorsque la gratification
disparaît, pendant ou à la fin de la carrière sportive.
Comment arriver à donner sens et forme à ces usages ? On voit bien qu’ils correspondent à différentes positions dans la gamme des activités sportives et qu’entre la libération
des émotions et l’intensité des pratiques se joue un arbitrage subtil qui fait varier les
usages. Si l’on veut comprendre quelles sont les logiques de ces usages, il est nécessaire de
les classer en fonction des effets recherchés par l’usager lui-même. Les définitions ou les
catégorisations que donnent certains chercheurs peuvent alors nous servir de soubassement, même s’ils ne se réfèrent pas à des activités sportives. Ainsi, Alain Ehrenberg a proposé de retenir trois lignes de pratique qui ne recoupent pas entièrement la distinction
drogues dures/drogues douces, car elles peuvent s’investir dans n’importe quel produit :
celle du trou noir, de la sociabilité et du dopage (un joint avant l’école, un fix avant le travail) (Ehrenberg, 1995,132). Pourtant, cette partition n’est pas satisfaisante, la différence
entre dopage et sociabilités n’apparaissant pas clairement. En effet, si certains produits
sont consommés dans des situations récréatives, c’est bien que ces produits permettent
d’avoir des relations sociales plus agréables en permettant le relâchement des autocontrôles. En tant que telle, leur prise pourrait s’apparenter à une forme de dopage, puisqu’elle
facilite les relations sociales par ses effets relaxants et désinhibiteurs.
Les distinctions souvent faites entre les usages amicaux et conviviaux, les usages de
dopage et les usages compulsifs (le trou noir) des produits psychoactifs désignent finalement des valeurs sociales. Les usages festifs ou récréatifs sont acceptables puisque les personnes restent dans le lien social et ne font finalement que s’accorder une ‘pause’, ce qui
est à l’opposé des usages chroniques où les personnes sortent du lien social en établissant
une relation quasi exclusive avec leur(s) produit(s).
Dans le cas du dopage, les usages s’apparentent à de la « triche »; ils visent à permettre
de meilleures performances à l’aide d’un adjuvant chimique. Les étudiants bousculés par
des périodes d’examen prolongées dont dépend leur avenir peuvent ainsi recourir à différents produits d’une manière qui peut évoquer le dopage
[4]. De même, dans les métiers de la
création, il arrive que soient consommés des produits en vue de trouver l’inspiration. Pourquoi ces situations ne sont-elles pas considérées comme de la fraude alors que c’est le cas
dans les compétitions sportives ? C’est bien que le sport représente un idéal égalitaire
(Ehrenberg, 1991) qui n’a pas cours dans la société de marché. Les compétiteurs sont
considérés comme égaux et la responsabilité de leurs actes leur incombe.
La recherche du plaisir, inhérente à tout être humain, se situe donc dans des contextes
différents, plus ou moins admis socialement. De la simple détente en rupture avec les tensions de la vie quotidienne à la décompression plus importante recherchée après des
périodes d’effort intense, du plaisir que procure la réalisation de performances, assistées
ou non par des produits, à l’abandon dans une relation quasi exclusive à un produit, c’est
bien cette quête qui se décline ici dans toutes ses formes.
Deux modalités d’utilisation émergent des situations que nous avons examinées.
Toutes deux prennent forme par rapport aux activités de la vie quotidienne (qu’il s’agisse
ou non d’activités sportives), mais y répondent de manière différente. L’une accompagne
ces activités en fournissant des ressources qui les rendent moins contraignantes, l’autre
sert à construire ou à renforcer des temps de rupture par rapport à ces activités.
Dans le premier cas, on peut parler d’usage de routine, non pas que les usages dont il est
question ici soient quotidiens ou même réguliers, mais bien qu’ils répondent aux activités
routinières de la vie. Ils soulagent de manière modérée des tensions résultant du contrôle et
de la gestion des affects retenus dans l’exercice des charges quotidiennes. On trouve là des
usages individuels aussi bien que collectifs.
Dans le second cas, on peut parler d’usage de rupture. Les utilisations des produits s’articulent alors à un contexte précis, spatial et temporel, qui est organisé pour faciliter le relâchement des émotions et qui brise la continuité des activités routinières. On retrouvera là
les fêtes de fin d’année, les excès de vacances, les troisièmes mi-temps, etc. L’excès est une
des caractéristiques des usages de rupture, il est le reflet inversé de la retenue et de la
modération des usages de la vie courante. Ces usages sont essentiellement collectifs et
prennent corps dans des sociabilités préexistantes.
Ces deux modalités d’utilisation des produits psychoactifs compensent les tensions
vécues au jour le jour et ne sont compréhensibles que par rapport aux situations dans lesquelles les personnes se trouvent et qui les affectent plus ou moins.
Pourtant, il existe aussi des utilisations qui sont à la fois excessives et fréquentes. Elles
peuvent correspondre à un comportement individuel (toxicomanie) ou à une normalisation
de l’excès dans un groupe, mais il est improbable qu’elles n’aient aucun rapport avec les
activités sociales de l’individu ou du groupe. On peut qualifier cette utilisation de « routine
de l’excès ».
Ces différentes utilisations ne rendent cependant pas compte réellement des relations
entre les situations dans lesquelles se trouvent les personnes et leurs consommations. Si,
nécessairement, chaque personne peut avoir un comportement fort différent en fonction de
son parcours, il semble que l’on peut aussi retrouver là des logiques sociales.
Les usages ne peuvent être pensés en dehors des contextes sociaux dans lesquels ils
prennent forme. Pourtant, il ne s’agit pas tant de considérer des conditions sociales en tant
que telles, mais plutôt de voir comment celles-ci créent des tensions qui agissent sur les
personnes et rendent nécessaire l’utilisation d’un adjuvant chimique de l’action (Ehrenberg, 1995,127-128). Ces tensions s’exercent forcément entre une action et son résultat,
dans le rapport entre l’effort accompli et la satisfaction qui en découle. Il est donc bien
question ici de positions sociales et de conditions de vie, des situations occupées et des tensions qui en résultent.
J’ai donc essayé de bâtir une typologie qui puisse rendre compte des différents usages
par rapport aux situations dans lesquels ils naissent. La réflexion dépasse alors les consommations des seuls sportifs et je me suis servi aussi d’exemples tirés d’autres recherches pour
approfondir ce cadre d’analyse. La typologie que je propose comporte quatre catégories,
définies par la relation avec le(s) produit(s) psychoactif(s) utilisé(s) et les effets recherchés
en relation avec les situations occupées et les tensions qui leur sont inhérentes : il s’agit du
confort, de la résistance, de la performance et de l’addiction. Les deux premières catégories
regroupent les usages liés à la décompression selon qu’ils varient en intensité.
Dans le confort, on trouvera aussi bien les usages récréatifs du cadre qui aime à boire
un whisky ou deux le soir après le travail que ceux du jeune qui fume un ou deux joints
après l’école. Il en est de même pour le sportif qui cherche à se relaxer après une longue
journée d’entraînement. On y trouvera aussi des usages encore davantage liés au travail,
tels que ceux de certains fumeurs de cannabis qui grillent un joint soigneusement dosé
avant d’arriver au travail (Aquatias et al., 1997). Il s’agit ici de se détendre et de se soulager de la tension des activités professionnelles, une tension qui n’est pas très importante
mais qui n’en nécessite pas moins un minimum d’aide pour se relâcher. Cette aide pourrait
aussi bien se retrouver dans d’autres pratiques : voir un bon film ou aller jouer au football
avec les copains en bas des immeubles sont des activités qui correspondent aussi à ce
nécessaire relâchement de la gestion des émotions. Ces usages sont essentiellement des
usages de routine, associés aux activités de la vie quotidienne et ne concernent pas des
consommations intensives.
La résistance concerne un niveau plus élevé de tension : c’est quand la pression pèse
plus lourdement sur les personnes que les usages deviennent plus conséquents, voire
excessifs. On y trouvera plusieurs types de situations, selon qu’il s’agit d’utilisation de
routine ou de rupture.
Les utilisations de routine concernent des consommations à la fois importantes et quotidiennes. L’ennui qui pèse sur les adolescents et les jeunes adultes des cités défavorisées
de banlieue (Aquatias
et al., 1997) ou sur les travailleurs exécutants dans des professions
peu qualifiées ou peu intéressantes et où seules règnent la déresponsabilisation et la monotonie en constitue un versant. L’autre est celui des personnes qui doivent arriver à maintenir un niveau de production ou d’attention pour garder leur position : certains métiers à
forte responsabilité comme ceux de la sécurité et de la sûreté (Haguenoer, Hannothiaux,
Lahaye-Roussel, Fontaine, Legrand, Shirali
et al., 1997), certaines professions où les
heures supplémentaires sont foison, certains postes que les personnes ne peuvent espérer
garder que si leur rentabilité ne diminue pas
[5]. On trouvera là aussi les usages de dopants
des sportifs blessés qui veulent conserver leur place.
Les usages de rupture se retrouvent dans des situations où l’écart entre l’effort des activités quotidiennes et la satisfaction que l’on y trouve est conséquent, que l’effort soit très
important, la gratification faible ou que les deux éléments se conjuguent.
C’est dans ces situations que l’on trouvera des usages festifs d’autant plus intensifs que
la vie quotidienne n’offre que peu de gratification. Ainsi Sandy Queudrus parle à propos des
jeunes fréquentant les free-parties de « gestion du déclassement » pour des personnes qui
sont globalement issues des milieux populaires, disposent d’un niveau d’études modeste et
se trouvent dans des situations sociales incertaines et précaires (Queudrus, 1998). C’est là
aussi que les usages festifs démesurés des sportifs, qui compensent la constance des efforts
pendant la journée, la compétition ou la saison, prendront tout leur sens. Et par ailleurs, il
semble que leur situation, dans le domaine du sport, soit tout aussi incertaine et précaire par
son incessante remise en jeu, même si la gratification est certes plus importante ici.
Dans les usages de routine comme dans les usages de rupture, il ne s’agit pas d’augmenter des performances, même si les usages sont des conduites dopantes. Il s’agit ici de
supporter les difficultés et non de les dépasser. La résistance est un mode de compensation.
La performance est tout autre. Il ne s’agit pas ici de supporter mais bien d’aller plus
loin, de se dépasser et de faire mieux. Si la résistance concerne ceux qui veulent arriver à
tenir dans la situation qui est la leur, soit qu’elle les satisfasse, soit qu’ils n’en imaginent pas
d’autres, la performance vise à dépasser la position présente. On trouvera ici non seulement
les prises de stéroïdes des adolescents qui désirent se muscler et les consommations de produits dopants des sportifs ou des équipes qui veulent obtenir un classement supérieur, mais
aussi les utilisations de cocaïne ou d’amphétamines dans les affaires et le show-business, les
absorptions d’hallucinogènes des créateurs en quête d’inspiration ou des mystiques en
quête de révélation. Les usages sont essentiellement des usages de routine. La rupture
semble peu fréquente ici.
L’addiction correspond aux définitions classiques de la toxicomanie. Elle se spécifie
par la dépendance et peut faire suite aux types précédents d’usage. On y retrouvera aussi
bien des dépendances aux produits psychoactifs et dopants, à l’alimentation, aux jeux, etc.
L’usage de rupture est routinier, la routine est de bâtir de la rupture. Comme dans la résistance, on a affaire à une routine de l’excès, mais ici celle-ci ne s’intègre pas à d’autres activités. Il y a un changement de polarité : la consommation devient l’activité principale,
autour de laquelle gravitent toutes les autres activités.
Pour résumer, et de manière un peu caricaturale, on peut dire que les usages de confort
correspondent au relâchement de soi, les usages de résistance au maintien de soi, les
usages de performance au dépassement de soi, les usages d’addiction à l’oubli de soi.
Cette typologie est cependant loin d’être parfaite. Certains cas précis restent difficiles à
classer : qu’en est-il par exemple des situations où, pour tenir leur place, les individus sont
obligés d’améliorer sans cesse leurs résultats et, en conséquence, consomment des produits psychoactifs ? Est-ce de la performance ou de la résistance ? Qu’il s’agisse de certains
sports où l’évolution des modes d’entraînement produit une augmentation rapide des performances ou de certains secteurs en pointe de la vente où il est nécessaire d’accroître sans
cesse le chiffre d’affaires pour tenir sa place, il est relativement difficile de spécifier dans
quelle catégorie on classerait ces usages. Mais indubitablement cette zone de trouble
évoque aussi des effets de champ particuliers où existe une relative confusion entre le
maintien de soi et le dépassement de soi. C’est notamment le cas des activités sportives.
De même, certains usages peuvent se cumuler. Rien n’empêche un sportif de bon
niveau de se livrer à quelques excès festifs et de consommer dans le même temps des produits à fin de performance, comme le font certains « teufeurs » qui, en rave party, consomment des produits démultipliant les sensations dans le même temps qu’ils consomment des
amphétamines pour profiter plus longtemps de la fête (Queudrus, 1998; Racine, 1999).
Enfin, il reste à définir avec davantage de clarté les critères (tensions résultant des
situations sociales et/ou personnelles, intensité de consommation, etc.) qui séparent
confort et résistance, résistance et dopage, etc.
Ces quatre catégories sont donc encore bien incertaines et demandent des compléments
évidents. Si je les présente néanmoins ici, c’est parce qu’elles permettent de souligner plusieurs aspects essentiels des consommations de produits psychoactifs.
- S’il existe des trajectoires personnelles qui peuvent prédisposer aux usages, les situations sociales jouent aussi un rôle. Ces situations sociales ne doivent pas être comprises
en terme d’état (être ouvrier, champion ou jeune), mais en terme de tension entre une
situation vécue et un ensemble de contraintes objectives. Or, la prévention des usages
de produits psychoactifs est toujours davantage dirigée vers des individus ou des catégories que vers des situations, comme si, justement, les situations étaient égales. On
trouve par exemple la volonté dans la prévention de l’alcoolisme dans l’entreprise de
ne pas désigner de population cible pour respecter la dignité des personnes (Huez,
1990), sans qu’il soit reconnu que certaines conditions de travail peuvent contribuer au
développement de certaines consommations.
- Parce qu’il s’agit de catégories descriptives, elles permettent de mieux comprendre à
quels enjeux les personnes sont confrontées et ensuite de faire sortir les pratiques des
cadres juridiques et médicaux, nécessairement normalisateurs, dans lesquelles elles
sont analysées habituellement. Le sport est, de plus, souvent soumis à une idéologie
égalitaire, à la réalité pourtant assez improbable, qui ne peut rendre compte des différentes tensions qui jouent sur les personnes bien au delà de leurs capacités physiques.
- Enfin, cette description s’inscrit dans une configuration précise d’usages, liée aux
transformations de la société. Les quatre catégories proposées prennent corps dans la
tension entre souffrance et performance. Et si des cas limites, que j’ai signalés, se détachent parfois, c’est que dans certaines conjonctions, des personnes souffrent de ne pas
être performantes, dans une société où la performance est une forte valeur sociale
(Ehrenberg, 1991). Dans ce contexte, la typologie que je propose permet alors de mieux
saisir les effets de système qui pèsent sur les gens.
Conclusion : des consommations de produits psychoactifs
aux fonctions du sport
Si l’on reprend notre question de départ sur les liens entre activités sportives et consommation de produits psychoactifs, on peut voir se détacher assez nettement certaines relations :
- Les usages de produits psychoactifs peuvent venir à l’appui des activités sportives
aussi bien quand celles-ci sont d’ordre ludique que lorsqu’elles tiennent de la carrière.
- Ils ne font que reproduire des usages qui ont lieu dans d’autres domaines d’activités et
ne peuvent être examinés dans l’unique domaine sportif comme si celui-ci était totalement disjoint du reste de la société et des transformations qui l’agitent.
- Produits psychoactifs et activités sportives peuvent être utilisés conjointement pour
obtenir des effets de libération du contrôle des émotions. Leurs utilisations respectives
sont susceptibles de varier en fonction du rapprochement entre activité sportive et carrière sportive.
- Le dopage dans le sport peut correspondre à des fins très différentes et il semble nécessaire de mieux comprendre les situations particulières dans lesquelles des conduites
dopantes naissent.
Ces relations ne peuvent cependant être expliquées qu’à travers une vision plus large
ui évoque à la fois des effets de champ propres au monde sportif et à la fois les modificaions que les changements de la société répercutent dans la société sportive.
Les effets de champ tiennent essentiellement à la normalisation de certaines consomations d’excès par l’idéologie sportive. Cette normalisation suit les logiques sociales
’excès qui sont souvent à l’œuvre dans les situations festives. Elle se déploie cependant
n suivant des cultures de consommation qui peuvent être propres au sport. Ainsi l’excès
pparaît dans certains discours comme une valeur supplémentaire, une « plus-value » que
’on apporte à l’effort sportif. Nous avons vu comment certaines consommations pendant
’entraînement ou les compétitions étaient liées au handicap supplémentaire ainsi constiué. Mais la pratique sportive elle-même servira d’alibi à l’excès comme les propos de ce
portif le laissent bien entendre :
Mais je supportais bien, même quand j’étais au CREPS de X. On faisait la fête tous les
soirs, on buvait comme des gogols, on buvait, on fumait, avec l’équipe de France
espoir. Tous les soirs on était déchiré, et la journée, le lendemain midi, on était sur le
terrain pour nous entraîner. C’est pour ça, il y a des gens, ils hallucinent quoi. Je prenais des cuites des fois, moins maintenant, mais je prenais des cuites le soir. Le lendemain je pouvais aller bosser. Les gens prenaient deux jours à se remettre. L’avantage
avec le sport c’est que ton corps est plus résistant, ou il récupère vite.
C’est parce que l’on est sportif et que le corps est donc « sain » que l’on peut s’accorder
des dépassements plus importants.
L’admissibilité de ces conduites dans le milieu sportif est cautionnée par l’effort
accompli et si l’on ne consomme pas forcément ouvertement, il est clair que l’encadrement
ne cherche pas réellement à contrôler ces consommations. On trouve là des valeurs qui
recoupent celles de l’activité sportive : ne pas s’écouter, repousser les limites, etc. Mais ces
effets de champ sont aussi concomitants au déploiement de certaines dimensions du
modèle libéral dans notre société. La performance devient une métaphore de la productivité et le sport de compétition un modèle de l’entreprise.
Parallèlement, le rétrécissement du marché du travail a joué de manière simultanée
dans plusieurs dimensions. En réduisant les perspectives des jeunes, il a accru la tension
qui pèse sur eux à travers la réussite scolaire, considérée comme un préalable à toute insertion professionnelle. L’activité scolaire était déjà un véritable travail, mais les enjeux qui
s’y attachent ont sensiblement augmenté. Un certain nombre d’usages du cannabis notamment sont directement liés à la montée en puissance de cette pression de l’institution scolaire, relayée par la famille et les médias. L’augmentation des tensions de la vie scolaire
suppose des espaces de décompression en conséquence. Les jeunes mettent ainsi souvent
en balance les joies de la pratique sportive face aux contraintes scolaires. Au demeurant, la
popularité d’un certain nombre de champions accentue l’attirance du sport et, dans les
milieux populaires défavorisés, la réduction des perspectives professionnelles et la médiatisation du succès de certains champions crée un appel incessant vers la pratique sportive
de compétition. Le déploiement des pratiques sportives juvéniles, en club ou hors club,
correspond au moins autant à la nécessité de créer des espaces de décompression qu’à l’envie de trouver un espace gratifiant, voire à l’espoir d’être un jour champion. En conséquence, les motivations mêmes des jeunes sont relativement ambiguës et la différence
entre la fonction de décompression et la fonction professionnalisante des activités sportives est assez trouble.
Dans le même temps, la diminution des capacités du marché du travail a provoqué une
professionnalisation de sphères d’activité peu ou pas investies. Le champ du sport, notamment, a ainsi subi une professionnalisation importante alors qu’il était auparavant essentiellement tenu par des bénévoles
[6]. De plus, les problèmes de violence dans les banlieues
ont créé un véritable marché de l’emploi subventionné par les municipalités et l’État. Ce
mouvement de professionnalisation s’est prolongé par la création, ces dernières années, de
filières spécialisées vers les métiers du sport. En conséquence, beaucoup de personnes
ayant eu une carrière sportive interrompue précocement travaillent dans l’encadrement
sportif, transmettant ainsi les valeurs de compétition qu’ils ont eux-mêmes intériorisées.
La conjonction de ces phénomènes contribue à reproduire l’idéologie sportive liée à la
compétition dans d’autres types d’activités sportives et notamment dans les activités de
sport liées à l’éducation, qu’elles se passent en club ou soient dirigées vers les jeunes des
milieux défavorisés au travers de protocoles spécifiques. Le niveau éducatif et le niveau de
production des champions, notamment, se confondent souvent dans l’esprit des entraîneurs comme dans l’esprit des jeunes eux-mêmes. L’apprentissage des enfants au sport est
souvent le même, qu’il s’agisse de sport à visée éducative ou de sport à visée de performance
[7]. On s’interroge bien peu sur les méthodes de transmission du contrôle de soi et
cette dimension, dans certaines activités éducatives de vacances, se limite souvent à
contrôler le langage des enfants et à éviter les disputes. Dans les clubs, l’apprentissage des
exercices se lie rarement aux apports de ceux-ci dans la vie quotidienne, rendant caduc le
caractère mimétique des activités sportives dans le domaine de l’éducation.
C’est ce qui explique que le modèle tracé par Norbert Elias nous apparaisse relativement inopérant à présent. Ses limites se trouvent au niveau de la confusion entre les différentes fonctions du sport : non pas seulement entre joueurs et spectateurs, mais de manière
bien plus complexe entre la fonction éducative et la fonction professionnalisante. Les
usages de produits psychoactifs en fonction des types d’investissement dans le sport montrent que si les activités sportives ne suffisent plus toujours à compenser la répression des
émotions, c’est bien qu’alors même qu’il n’est pas pratiqué à un haut niveau, il est investi
de manière conséquente par les jeunes et correspond moins à une libération des tensions de
la vie quotidienne. Le recours aux produits psychoactifs peut alors intervenir, à côté des
activités sportives ou à l’intérieur même de celles-ci. Il se produit un décalage entre l’idéologie sportive et les pratiques sportives, décalage qui naît de l’augmentation des tensions
auxquelles sont soumises les personnes dans la société tout autant que de la diminution de
l’efficacité du jeu sportif comme espace de libération des émotions.
·
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[*]
IUFM Limoges.
[1]
Médicament tonique, prescrit en traitement de l’asthénie fonctionnelle, pouvant entraîner une excitation
psychomotrice, de l’insomnie et des palpitations, contenant du glucuronamide, de l’acide ascorbique et de la
caféine.
[2]
Psychotonique à action centrale de la classe des amphétamines, dont la commercialisation a été arrêtée en 1993.
[3]
La liaison apparaît pour l’alcool et les produits illicites, mais non pour le tabac. Une même liaison s’opère
au niveau des comportements violents.
[4]
Lors de l’émission « Zinzin », du lundi 14 juin 2000,20 h 10 - 21 h 30, sur France Inter, consacrée aux problèmes du dopage en milieu sportif, un jeune auditeur appelle pour expliquer qu’il a fumé un joint la veille
du bac pour se détendre.
J’ai bien déliré et j’ai eu seize conclut-il.
[5]
Patrick Laure cite une recherche accomplie par C. Buisset, A. Hiault, L. Mignien, S. Volkoff, C. Monfort,
« consommation de médicaments psychoactifs chez les salariés occupant des emplois administratifs »,
Âge,
travail, santé, Paris, Inserm, 1996, dans laquelle les auteurs trouvent un lien entre les consommations de
médicaments « pour les nerfs » et
les composantes de pression et de sollicitation sur les lieux de travail
(Laure, 2000,193).
[6]
Les récents changements législatifs réduisent les marges de manœuvre dont disposaient les clubs pour rétribuer certains joueurs par leur participation à l’encadrement et incitent d’autant plus à la professionnalisation.
[7]
À l’exception notable d’un certain nombre d’associations qui pratiquent l’insertion par le sport et dont les
conceptions pédagogiques sont fort différentes (Aquatias, 1999).