Une mesure de la propension des policiers québécois à dénoncer des comportements dérogatoires, éléments de culture policière et cultures organisationnelles
Marc Alain
Les problèmes de corruption policière et de pratiques peu éthiques ont généralement fait
l’objet d’analyses a posteriori, notamment à partir de lectures de cas ou de rapports d’enquête. Ces recherches ont permis d’améliorer la connaissance du phénomène et la réalisation de diverses typologies des déviances policières. Elles n’ont toutefois pas vraiment
contribué à la mise en place de mécanismes de prévention de ces problèmes, surtout lorsqu’il s’est avéré qu’ils étaient récurrents et qu’ils touchaient plusieurs strates d’une organisation policière. Lorsque des situations de ce genre se présentent, on remplace le concept de
la pomme pourrie par celui voulant que parfois, c’est le baril qui pourrit les pommes qu’il
contient. Une première approche susceptible d’éclairer le problème en amont consisterait à
mieux comprendre les attitudes des policiers quant à leur volonté de dénoncer ou non des
collègues qui se livreraient à des comportements problématiques et en reliant ces attitudes à
d’autres facteurs de l’environnement culturel des policiers, tels que l’importance accordée
au code du silence, à l’usage de la force, au pouvoir discrétionnaire, et autres. C’est en
adaptant les questionnaires développés indépendamment par Weisburd et al. (2000) et par
Klockars et al. (2000) que nous avons ainsi interrogé un échantillon de 455 policiers québécois. Nous nous sommes essentiellement attardés aux raisons qui font qu’un policier
dénonce ou non une conduite qui constitue clairement un bris des normes et des règles du
métier. En recourant à trois séries d’équations de régression logistique, nous avons été en
mesure de relever les attitudes particulières à trois types de répondants, les « réticents», les
« conformistes» et les « relativistes», notamment en ce qui a trait à la longueur de leur expérience, à la façon dont ils conçoivent le métier de policier et leurs attitudes quant à divers
éléments de la culture policière. Les conclusions de cette étude permettront éventuellement
aux organisations policières québécoises de mettre en place des stratégies préventives sans
trop éparpiller d’efforts sur des facteurs moins contribuants au problème.Mots-clés :
POLICE AU QUÉBEC, CULTURE POLICIÈRE, ÉTHIQUE POLICIÈRE, COMPORTE - MENTS DÉROGATOIRES, CULTURE ORGANISATIONNELLE, CONTRÔLE DES DÉVIANCES POLICIÈRES.
Problems of police corruption and non-ethical practices have generally been analyzed
from an a-posteriori perspective. Research and literature on these topics are essentially
based on case analysis and commissions of inquiry reports. These endeavours were necessary to better understand the phenomenon at hand as well as to construct a typology of
police deviance. They did little, however, to help prevent the occurrence of these problems,
especially when they are found to be recurrent and occurring at almost all levels of a police
department. In these cases, the idea of the « rotten apple» would then have to be replaced
by a concept that has gradually been recognized as its more realistic alternative, that is that
« the barrel is rotting the apples». A first step in grasping the problem from an a-priori perspective is to better understand the attitudes of police officers regarding their reluctance or
compliance to report their fellow officers’ corrupt conduct and their reasoning about the
limits of police discretion and the margins of police authority. Using survey tools originally developed by Weisburd and al. (2000) and Klockars and al. (2000), we surveyed a
representative sample of 455 Quebec police officers. We focused on the reasons why an
officer might or might not report instances of conduct that clearly violate police professional ethics. Discriminating three types of respondents (the reluctant, the relativist and the
compliant), the analysis obtained from three sets of logistic regressions showed what differ from one type to the other in terms of the level of experience, the conceptualization of
police work and the attitude toward police culture. The conclusions obtained from this
study might help Quebec’s major police agencies in orienting their preventive efforts at the
main determinants of police officers conceptualization of corrupt conducts without squandering precious resources on the less important factors.Keywords :
POLICING IN QUEBEC, POLICE CULTURE, POLICE ETHICS, POLICE DEVIANCE, ORGANIZATIONAL CULTURE, POLICE DEVIANCE CONTROL.
Die Probleme der Korruption oder unethischen Verhaltens bei der Polizei sind im
Allgemeinen erst nachträglich Gegenstand der Analyse, insbesondere durch Fallstudien
oder Berichte. Diese Forschungen erlauben eine Erweiterung des Wissens und die
Entwicklung von Typologien über diese Phänomene abweichenden Verhaltens bei der
Polizei. Allerdings haben sie bislang kaum zu Mechanismen der Prävention geführt,
jedenfalls wenn sich herausstellt, dass sie wiederholt auftreten und mehrer Ebenen der
polizeilichen Organisation betreffen. Ein erster Schritt, um die Probleme näher zu
untersuchen, besteht zunächst darin, die Einstellungen der Polizisten in Bezug auf das
Berichten oder Nicht-Berichten abweichenden Verhaltens von Kollegen und Kolleginnen
zu analysieren und diese auf andere Faktoren des kulturellen Kontextes der Polizei, wie
z.B. die Bedeutung eines Schweigekodexes, von Gewalt, der macht von Ermessensspielräumen u.ä., zurückzuführen. In Verwendung eines Fragebogens von Weisburd et al.
(2000) und Klockars et al. (2000) wurden 455 Polizisten und Polizistinnen in Quebec
untersucht. Besonderes Gewicht wurde dabei insbesondere auf die Gründe gelegt, die
Polizisten und Polizistinnen für oder gegen das Berichten abweichenden Verhaltens von
Kollegen und Kolleginnen vorbringen. Mit Hilfe logistischer Regressionen konnten in
Bezug auf die Dauer bisheriger Berufserfahrungen, der Wahrnehmung des polizeilichen
Milieus und die Einstellungen zu verschiedenen Elementen einer polizeilichen Kultur drei
Typen von Antworten unterschieden werden: die « Zurückhaltenden», die « Konformisten»
und die « Relativisten». Die Ergebnisse dieser Studie erlauben die Etablierung präventiver
Strategien, die insbesondere auf wichtige Faktoren der Problementstehung zielen.
Generalmente, el análisis de la corrupción policial y de las prácticas policiales poco éticas se ha realizado a posteriori, a partir de la lectura de casos o de las conclusiones de pesquisas. Esa clase de investigación ha permitido profundizar el conocimiento del fenómeno
estudiado y establecer diversas tipologías de la desviación policial. Sin embargo, no ha
contribuido verdaderamente a la creación de mecanismos de prevención, a pesar de que se
ha constatado que se trata de problemas recurrentes y que afectan a diversos estratos de una
organización policial. Ante situaciones de este tipo se puede reemplazar la imagen de la
manzana podrida por otra que sugiere que a veces es el barril el que pudre las manzanas
que contiene. Una primera aproximación susceptible de solucionar el problema de raíz
consistiría en comprender las actitudes de los policías en cuanto a la decisión de denunciar
o no a los colegas que llevan a cabo comportamientos problemáticos y en vincular esas
actitudes a otros factores del entorno cultural policial, como la importancia acordada al
código del silencio, a la utilización de la fuerza, al poder de discreción y otros por el estilo.
Siguiendo esa lógica, hemos interrogado a una muestra de 455 policías de Québec utilizando un cuestionario adaptado de los que desarrollaron independientemente Weisburd et
al. (2000) y Klockars et al. (2000). Nos hemos interesado principalmente en los motivos
que llevan a que un policía denuncie o no una conducta que infringe claramente las leyes y
las reglas de la profesión. Utilizando tres series de ecuaciones de regresión logística hemos
podido identificar actitudes propias de tres tipos de encuestados: los « reticentes», los
« conformistas» y los « relativistas». Estas se relacionan particularmente con el tiempo
que llevan trabajando, con la manera en que conciben la profesión de policía y con las actitudes hacia los diversos elementos de la cultura policial. Las conclusiones de este estudio
permitirán eventualmente que las organizaciones policiales de Québec instauren estrategias preventivas eficaces y no desperdicien esfuerzos actuando sobre factores que sólo
contribuyen en menor medida al problema.
• I. Introduction
— 1. Les commissions d’enquête et les enquêtes spécifiques
— 2. La succession de réformes réglementaires et législatives
— 3. Le recrutement massif de policiers inexpérimentés
• II. L’utilisation des sondages d’opinion pour l’exploration
des valeurs et de la culture policière
• III. Éléments de méthodologie : échantillonnage, données recueillies
et procédures de construction des variables complexes
— 1. Méthode d’échantillonnage et niveau de représentativité
— 2. Une brève comparaison entre les attitudes exprimées par les policiers
américains et celles exprimées par notre échantillon
— 3. Méthodes de création et signification des variables indépendantes
et de la variable dépendante
• III. Résultats et discussion
— 1. Attribution des répondants à l’une ou l’autre des trois catégories
de la variable dépendante
— 2. Les réticents, les relativistes et les conformistes
• IV. Conclusion
• BIBLIOGRAPHIE