2006
Déviance et Société
In memoriam Dominique Monjardet
Dominique Monjardet est mort le 24 mars 2006.
Il avait fait partie du comité éditorial de Déviance et Société entre 1987 et 1993.
Directeur de recherche au CNRS, il est renommé comme sociologue de la police. Pendant toute la première partie de sa carrière cependant, c’est comme sociologue du travail et
des professions qu’il a étudié notamment les cadres.
Quand il est venu à la police, c’est avec la posture et les outils de sa spécialité. Et c’est
probablement cette démarche qui a fait la force de ses recherches.
Dominique Monjardet a d’abord été un chercheur de terrain, à l’aise dans les empiries
qualitatives, mais aussi dans les approches quantitatives.
Sa mort prématurée l’a empêché de mettre un point final à sa grande recherche de
cohorte sur une promotion de policiers français dont les premiers résultats avaient été présentés au cours d’un Interlabo resté fameux.
À l’égard de son objet d’étude – la police, les policiers – il témoignait à la fois d’une
empathie qui n’empêchait pas une franchise d’expression et en même temps d’une capacité de prise de distance.
Il savait aussi écrire, sans jargonner mais avec vigueur, et cette qualité d’expression a
encore pesé dans le succès de ses analyses.
C’est ainsi que Ce que fait la police est devenu le classique de la sociologie policière
francophone.
Il savait également pratiquer le comparatisme. Cette qualité lui a permis de distinguer
ce qui est commun à la police sous différentes latitudes et ce qui est propre à la structure
policière d’un pays particulier.
Il avait codirigé avec René Lévy des séminaires européens de recherche sur la police
dans le cadre du GERN et fait partie du Conseil scientifique de ce réseau scientifique.
Il a publié trois articles importants sur la police dans Déviance et Société, en 1985,1988
et 1992 et une contribution dans les actes du colloque sur « Europe de l’Ouest-Europe de
l’Est »en 1994. Il a aussi rédigé le chapitre sur les policiers dans l’Etat des savoirs dirigé par
Laurent Mucchielli et Philippe Robert publié en 2002.
Toutes ces dernières années, nous avions pu admirer le courage qu’il déployait dans sa
lutte contre la maladie.
À Antoinette, à ses filles, Déviance et Société adresse ses pensées amicales et attristées.