La part impensée de la violence conjugale de la fiction au récit vécu
Nadège Séverac
Cet article fait une comparaison entre un roman qui traite de la violence conjugale et des récits
de femmes qui ont vécu cette expérience. Pourquoi le roman offre-t-il une image de la violence
conjugale plus facile à comprendre que le récit des femmes réelles, si ce n’est parce que le rôle
de la relation conjugale dans la construction de l’identité en est évacuée ? Or, c’est parce que
la violence s’insère dans un cadre conjugal qu’elle peut établir son emprise, et ce dans la
mesure où le souci de préserver son couple conduit la victime à l’occulter en tant que telle. Le
caractère arbitraire de la violence conjugale, contradictoire avec le principe de réciprocité qui
fonde le couple, crée chez la femme une tension entre l’interprétation qu’elle doit en faire pour
pouvoir maintenir son couple et le réel qu’elle subit. C’est cette tension qui prolonge chez les
victimes la quête du sens, jusqu’à la résolution de la contradiction. Le caractère occulte de la
violence finit par se dévoiler et elle apparaît alors dans sa réalité, ce qui entraîne la disparition
du couple.Mots-clés :
Femmes, Violence conjugale, Sociologie du couple, Fiction romanesque, Communication.
• Le couple et la violence font excellent ménage
— Le couple, un petit monde de sens
— Plutôt le couple que l’angoisse du non-sens
— Le décalage entre couple de fiction et couples réels
• Le couple et la violence, un ménage impossible
— L’évacuation du conjugal, ou les conjoints étrangers
— Ni défaite, ni complice : la victime est croyante
• La cadre conjugal moderne
rend fragile et solide à la fois
• La violence, une figure de l’altérité
• Le point de vue militant en question