Dialogue
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I.S.B.N.2865869032
128 pages

p. 120 à 121
doi: en cours

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no 151 2001/1

 
L’histoire en héritage. Roman familial et trajectoire sociale Paris, Desclée de Brouwer (coll. Sociologie clinique), 1999
 
 
« Analyser la dimension existentielle des rapports sociaux en montrant comment chaque histoire est à la fois l’expression d’un destin singulier et l’incarnation de la société dans laquelle elle s’inscrit », telle est la démarche de sociologie clinique suivie dans cet ouvrage. L’objectif est ambitieux, puisqu’il s’agit se situer à l’intersection de la sociologie, l’histoire et la psychanalyse, dans une position conforme aux travaux déjà nombreux de l’auteur sur ce sujet (notamment La Névrose de classe, 1987) et des membres du courant de recherche auquel il appartient, avec, par exemple, du côté plus psychologique, un auteur comme Max Pagès. Contrairement aux tentatives inabouties mises en œuvre antérieurement par les freudo-marxistes, il s’agit là d’articuler et non de synthétiser des disciplines qui demeurent inassimilables, mais gagnent à un éclairage réciproque.
Le travail développé dans des groupes d’implication et de recherche où se confrontent des récits de vie sur des thèmes comme l’argent, le roman amoureux ou familial et la trajectoire sociale, la honte… permet de montrer à la fois la contextualisation sociale du roman familial où s’immerge l’individu et la prise en compte croissante du sujet dans la démarche sociologique. C’est à l’articulation de la scène inconsciente et de la scène sociale, là où s’instaure l’ordre symbolique et s’opposent le monde des pulsions et celui de la socialisation, que le sujet cherche à construire son identité dans une dialectique confrontant l’ordre généalogique à l’aspiration individualiste à se construire soi-même.
Mais l’existence de « nœuds socio-psychiques », qui se transmettent d’une génération à l’autre et suscitent des impasses généalogiques tout en mettant en évidence l’importance de la transmission, ne doit pas focaliser sur la nécessité du maintien d’un ordre généalogique qui serait trop strictement celui d’une famille conjugale magnifiée pour sa fonction « équilibrante ». Les nœuds peuvent tout autant exprimer l’action de conflits de classe intériorisés, et il s’agit aussi bien de « comprendre et travailler sur la façon dont les rapports sociaux s’inscrivent en chaque personne, surdéterminent les relations affectives, influencent la subjectivité » (p. 173).
L’ouvrage aborde ces différentes dimensions à partir de nombreuses analyses de cas ou de trajectoires qui montrent le système croisé des influences familiales, psychologiques et sociales, sans toujours arriver à dépasser le stade, déjà complexe, de la description ou du diagnostic. Ce qui indique la difficulté à traiter sur un plan théorique de tous les phénomènes d’insertion familiale où l’ordre généalogique traditionnel est dérangé (adoption, foyers monoparentaux, recomposition familiale, homo-parentalité, procréations médicalement assistées) sans pour autant les imputer à un désordre pathologisant, qu’il soit social ou personnel. Question d’importance, à laquelle nous avons été confrontés dans L’Enfant, la mère et la question du père ( PUF, 2000), et qui dévoile les tentations normatives qui guettent aussi bien les sciences sociales que psychologiques. Tentations auxquelles l’auteur ne cède pas, mais qu’il n’identifie peut-être pas avec assez de clarté.
G. Neyrand
 
Jacques Robion Les liaisons interdites Nantes, Éditions Cassiopée, 2000
 
 
Jacques Robion nous a habitués aux livres qui dérangent. Son œuvre est une recherche de différenciation et de synthèse, tant théorique que cliniques. Le Syndrome de Judas articulait les cadres psychothérapiques et les cadres socio-éducatifs. Les Liaisons interdites proposent une réflexion rigoureuse sur les approches intrapsychiques, systémiques et groupales. Dans ce dernier livre, l’auteur montre comment une synthèse psychique inachevée chez un sujet donne lieu à un interdit de différenciation chez un autre sujet. Pour atteindre son unité, désespérément recherchée, le sujet a parfois besoin du psychisme de l’autre. Le symptôme, névrotique, psychotique ou pervers, peut alors se comprendre dans une double lecture. Une lecture intrapsychique, dans laquelle le sujet tente de maintenir sa propre unité. Une lecture groupale, dans laquelle le sujet contribue à l’unité du groupe familial. Partant de ces considérations, Jacques Robion pose des questions essentielles au sujet des pratiques psychothérapiques. Comment entendre la demande ? Comment penser la neutralité ? Comment concevoir le transfert ? Se dégageant de toute référence dogmatique, de toute déférence à une école précise, Jacques Robion ne défend que l’autorité de la pensée. Il aborde des questions embarrassantes que nous n’osons parfois plus nous poser. Une thérapie analytique du couple, de la famille est-elle possible ? Comment la concevoir ?
Les Liaisons interdites, un livre court, concis, mais qui donne à penser pour longtemps.
J.-M. Blassel
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