2002
Dialogue
Et Aussi ...
Notes de lecture
• A. Bretonnière-Fraysse, F. Civiol,
A.-M. Coutrot, M. Desurmont,
C. Ducruezet, M.-J. Jacquey,
Y. Knibiehler, P. Lassus, M.-P. Poilpot
De la violence conjugale
à la violence parentale
Femmes en détresse,
enfants en souffrance
Toulouse, Érès,
Fondation pour l’enfance, 2001
Le conte et la nature.
Essai sur les médiations
symboliques.
Paris, L’Harmattan, 1997
Quel rôle joue le conte dans le rapport que l’homme entretient avec la
nature et, ce faisant, avec la culture ? En
quoi ce rapport peut-il être modifié par
une raréfaction de la tradition orale ?
Pierrette Simonnet tente de
répondre à ces questions en analysant
le symbole à la lumière de ses intuitions
et des théories fondatrices – celles de
S. Freud, de S. Ferenczi, de M. Klein, de
H. Segal et de W. Bion. Elle définit le
symbole comme une représentationcarrefour qui permet la rencontre de
l’être avec son espèce et le règne végétal et animal : l’individu rencontre le symbole et se l’approprie – réinterprétant ce
qui existait déjà à une échelle universelle. Ainsi elle fait des richesses de la
nature un équivalent symbolique du psychisme humain (lien entre nature intérieure et nature extérieure).
Le conte, monde de symboles,
médiatise ainsi notre relation à l’environnement et au corps et assure la transmission des émotions. Il permet, à
l’enfant notamment, de penser ses
conflits, angoisses et fantasmes à travers des personnages ou des objets
auxquels il s’identifie, sans rencontrer
de culpabilité.
D’autre part, P. Simonnet analyse
la Morphologie des contes de V. Propp,
reprend toutes les actions relevées par
ce dernier en les reliant à d’autres
mécanismes de la mise en scène théâtrale. Dans cette partie, elle analyse
Peau d’âne et répond à un questionnement concernant la valeur de conte du
film de G. Lucas, la guerre des étoiles.
La question de la pratique du conte
au sein d’ateliers thérapeutiques est
posée en terme d’ouverture sur la parole
personnelle et de dialogue de l’individu
avec lui-même (ainsi permis).
Elle conclut sur l’idée que le conte
est un « outil culturel de développement
psychique » en tant qu’il permet à l’enfant de constituer son imaginaire ou d’en
réparer les lacunes, et de mentaliser sa
vie psychique tout en intégrant un patrimoine culturel universel.
Bénédicte Albessard
Geneviève Raguenet
La psychothérapie par le conte
Paris, L’Harmattan, 1999
Dans La psychothérapie par le
conte, Geneviève Raguenet raconte
comment elle est partie d’une
« intuition » pour proposer des contes,
qu’elle a elle-même inventés en fonction
de la problématique de ses petits
patients, dans diverses situations thérapeutiques avec des enfants et des adolescents en échec scolaire. Elle livre sa
riche pratique clinique avec une ouverture enthousiasmante, et propose
ensuite une réflexion théorique sur
l’usage du conte en psychothérapie :
elle nous invite à réfléchir sur l’action du
conte dans le contexte de « l’éveil de la
motivation à apprendre par la voie du
jeu et de l’imaginaire ». Le projet du
conte est une manière détournée
d’aborder le problème à traiter, dans l’intention de produire un changement d’attitude en permettant les processus
d’identifications aux personnages, qui
offre la possibilité d’un partage des
affects et d’un dénouement de la situation de crise.
Geneviève Raguenet définit le
« conte thérapeutique » comme un récit
assez court d’aventures imaginaires
dont l’origine se trouve dans le « creuset
de la relation thérapeutique ». Dans sa
clinique, l’auteur a constaté que l’abord
du symptôme de front ne fait qu’accentuer le sentiment d’incompétence et
augmente la toute-puissance dans l’opposition. Elle propose de réfléchir au
conflit inconscient sous-jacent, alors que
l’appel au conscient renforce le symptôme. Cela suppose pour le thérapeute
d’être dans une position d’écoute attentive, prêt au partage émotionnel, pour
ainsi formuler des hypothèses au fur et à
mesure du déroulement des séances.
Le thérapeute est amené à jouer le rôle
d’auxiliaire du Moi dans une position
d’accompagnement face aux conflits qui
resurgissent.
Le conte thérapeutique se crée en
quatre temps : d’abord l’identification au
patient, puis l’élaboration de « présumés » (hypothèses sur le symptôme),
ensuite l’émergence des images et des
symboles, et enfin la composition. Le
conte a différentes fonctions. C’est
d’abord un appât pour éveiller la curiosité et relancer la chaîne associative
(« accrocher le refoulé »). Il a un rôle
d’objet et d’espace transitionnel : il s’introduit comme médiateur dans la relation thérapeutique comme un jeu qui en
déclenche bien d’autres. Il a aussi une
fonction de représentation par sa mise
en scène de l’activité fantasmatique.
Puis se pose la question de la fonction
d’interprétation dans la mesure où
s’opère la mise au jour de l’activité
défensive et l’accès au désir caché; car,
dans la proposition d’une situation fictive, il y a une ouverture à d’autres hypothèses, un travail d’éclaircissement du
problème et de résolution du conflit
défensif.
Pour finir, l’auteur s’interroge sur
l’action du conte comme outil thérapeutique et se demande pourquoi et comment se produit le changement. Elle
distingue plusieurs étapes : l’abaissement du seuil défensif puisque l’appel
du refoulé se fait par voie d’associations ; l’accompagnement dans le mouvement de régression qui se produit,
avec un support figuratif pour traduire
les angoisses ; enfin, l’étape du renoncement et du dénouement, qui correspond à l’abandon des satisfactions
immédiates pour l’accès à un bien supérieur, à savoir trouver son identité. Dans
un parallèle entre la structure du conte
et le déroulement d’une thérapie, elle
insiste sur la faculté du conte à toucher
les trois niveaux que sont le conscient,
le préconscient et l’inconscient : c’est ce
qui rend compte de son efficacité. Dans
cette partie théorique claire, Geneviève
Raguenet fait sans cesse des ponts
avec la clinique présentée dans les premiers chapitres.
Cet ouvrage sera utile aux professionnels de l’enfance confrontés à des
situations a priori verrouillées. Il nous
invite à explorer les voies de l’imaginaire
et à penser les résistances à différents
niveaux dans une démarche originale et
créative d’invention de contes sur
mesure.
Violaine Pillet
Chantal Zaouche-Gaudron
(sous la direction de),
La problématique paternelle,
Toulouse, Érès, 2001
Le récent ouvrage dirigé par
Chantal Zaouche-Gaudron sur la problématique paternelle vient expliciter
quelques-unes des incertitudes contemporaines sur le père que j’ai moi-même
eu l’occasion d’interroger en étudiant
l’évolution des savoirs sur la petite
enfance dans L’enfant, la mère et la
question du père. La démarche suivie
s’avère d’autant plus pertinente pour
rendre compte de ces interrogations
qu’elle prend la forme d’un colloque
épistolaire permettant de croiser les
points de vue. Il s’agit là d’une
démarche originale et peu usitée qui
consiste à faire réagir un ensemble de
spécialistes à partir d’un texte inaugural,
en l’occurrence celui du regretté Serge
Lebovici, puis, dans un deuxième
temps, à mettre en débat les participants en leur demandant une seconde
contribution à partir de leur lecture de
l’ensemble des textes de la première
« table ronde ». Cette formule a déjà fait
ses preuves avec la parution en 1974 de
l’ouvrage coordonné par René Zazzo
L’attachement et l’on ne peut que se
réjouir qu’elle ait été reprise à propos de
cette question si controversée à l’heure
actuelle qu’est celle du père.
Trois psychologues du développement, trois psychanalystes, une historienne, une sociologue sont ainsi mis à
contribution pour débattre autour du
père et permettent de prendre pleinement conscience à quel point les divergences sont maintenant dominantes,
marquant la coupure avec l’époque pas
si ancienne où l’on croyait pouvoir donner une définition commune du père.
Mais à la question piège « Qu’est-ce
qu’un père ? » est venue s’adjoindre
depuis une question subsidiaire « À quoi
sert un père ? », qui, en élargissant le
champ, pointe le changement de regard
social et la centration de celui-ci sur l’enfant. Celle-ci permet d’enrichir l’appréhension d’un concept devenu prégnant
dès que l’on parle de père ou de
parents, celui de fonction. Comme le fait
justement remarquer Jean Le Camus,
l’approche de la fonction du père a été
largement influencée par la façon dont
la psychanalyse a défini la fonction
paternelle en la différenciant de la notion
de rôle. Chantal Zaouche-Gaudron synthétise les interrogations en explicitant
les différences de positionnement possibles : « Le rôle, socialement défini et
soumis aux changements sociaux et culturels, donc conjoncturel et modifiable,
est qualifié, représenté par ce que font
(ou se représentent qu’ils font) père et
mère dans leur pratique quotidienne,
donc comme étant du côté de l’adulte
(parent ou autres éducateurs de l’enfant) […] La fonction, quant à elle, est à
concevoir du côté de l’enfant, dans ce
qu’elle lui apporte pour le soutenir et l’aider à se structurer. » Dès lors, le thème
est véritablement lancé et la plupart des
contributions pourront se lire au regard
de cette formalisation, en mettant en
discussion les notions de dyade mère-enfant, de tiers paternel, d’attachement,
de compétence et de rôles. Se pose
alors la question d’une éventuelle « rupture épistémologique entre les écrits
d’obédience psychanalytique (et en leur
sein entre les psychanalystes freudiens
et lacaniens) et ceux issus du courant
de la psychologie du développement, de
la sociologie, de l’histoire ? » La question traverse tout le champ de l’analyse
de la parentalité et certains s’appliquent
à en rappeler les enjeux. Du côté de la
psychanalyse, les freudiens Serge
Lebovici et Colette Chiland et la lacanienne Françoise Hurstel évoquent de
façon fort différente la prise en compte
du champ social et historique, dont
Christine Castelain-Meunier et Yvonne
Knibiehler montrent par ailleurs la spécificité à partir de leurs positions respectives de sociologue et d’historienne. Du
côté de la psychologie du développement, Jean Le Camus, France Frascarolo et Philippe Malrieu déconstruisent
un certain nombre d’idées reçues de la
vulgate psychanalytique pour brosser le
tableau de la spécificité d’une implication paternelle qui la dégage d’une assignation ambiguë à représenter le
symbolique. Avec les notions de mandat
transgénérationnel (Lebovici), de parentalisation, de tiercéité (Hurstel), de polyade de base (Frascarolo), de nouvelle
conscience paternelle (Castelain-Meu-nier), de coparentalité et de coresponsabilité sont données quelques pistes
d’approfondissement des questions qui
se posent montrant tout à la fois la
richesse du champ à explorer et la difficulté à concilier des approches aux
méthodologies et aux attendus théoriques parfois très divergents. Le lecteur
y trouvera le reflet des interrogations
actuelles sur la paternité et plus globalement sur la parentalité moderne, si ce
n’est sur la conception même de la
famille et de la vie sociale. S’y lit en filigrane la nécessité de reconceptualiser
les rapports entre la sphère privée et
l’espace public pour arriver à rendre
compte des nouvelles positions parentales aujourd’hui.
Gérard Neyrand
Alain Boyer
Guide philosophique pour penser le
travail éducatif et médico-social
T. 1 : La loi de l’échange.
T. 2 : L’institution et la violence
Toulouse, Érès, 2001
Alain Boyer fait un constat : il y a
dans le domaine éducatif et médicosocial un immense besoin de forger à
son usage des outils conceptuels qui
permettent de décrypter le paysage et
de s’y tracer un chemin. « Les professionnels en font la lassante expérience
quand ils ont à rédiger quelque écrit :
« J’en ai assez, j’ai l’impression de répéter toujours la même chose. » Et c’est
vrai : faute de concepts précis, ce sont
les mêmes mots passe-partout qui
reviennent sans cesse, dont personne
ne sait ce qu’ils signifient au juste ; je
cite, sous la dictée des intéressés eux-mêmes : verbaliser, symboliser, mobiliser […] se confronter, échanger (sans
complément), partager (sans complément), participer (sans complément),
communiquer (sans complément) […].
Fragments désarticulés laissés sur la
rive par quelque vague psychanalytique,
sociologique, comportementaliste, etc.,
ou platement médiatique, ces mots
fourre-tout tissent un voile d’indifférenciation derrière lequel s’efface la singularité de chaque situation… »
L’auteur, philosophe et écrivain, est
aussi formateur, et ce Guide philosophique retrace son enseignement, qui
s’est construit à partir de ses questions
à ses étudiants, professionnels du travail éducatif et médico-social : quelles
notions, quels concepts vous seraient
utiles pour mieux comprendre à quoi
vous renvoie votre métier ? Comme
l’écrit le préfacier, « la force d’Alain
Boyer est de ne pas séparer la philosophie de la vie quotidienne […] Chacun
ici est amené à se faire une opinion plutôt que de suivre comme allant de soi
une conceptualisation dans l’air du
temps. »
Dans le premier tome, La loi de
l’échange, Alain Boyer explore une première série d’outils conceptuels : la
dette ; la place et le rôle ; la médiation ;
le sujet ; le nom ; le corps ; la loi ; l’interdit ; l’individu ; l’autorité ; le bien commun ; la religion ; la violence ; l’émotion.
Le second tome, L’institution et la violence, aborde la représentation ; la responsabilité ; la vérité ; l’enfant ; le
travail ; la crise ; la famille ; la relation ;
la liberté et l’autonomie ; le sexe ; l’argent ; la métaphore. Ce qui différencie
un outil conceptuel d’une idée générale,
c’est que, chaque fois, « il repasse par la
forge pour être adéquat à son usage
dans son articulation avec le ou les
autres outils nécessaires ; l’articulation
entre la place et le rôle, par exemple,
n’est pas la même selon qu’il s’agit d’un
vivant ou d’un mort, d’un enseignant ou
d’un parent, d’un parent ou d’un beau-parent… »
Un livre peut-être à conseiller à
ceux qui en ont assez « de répéter toujours la même chose ».
Bernard Chouvier et al.
Les processus psychiques
de la médiation
Créativité, champ thérapeutique
et psychanalyse
Paris, Dunod, 2001
En psychothérapie, le passage par
des médiations (dessin, contes etc.) est
monnaie courante, et cet ouvrage propose à ce sujet divers éclairages psychanalytiques. La première partie
élabore une métapsychologie de la
médiation. R. Kaës confronte ses
concepts d’analyse transitionnelle et de
formation intermédiaire à la notion de
médiat. B. Chouvier étudie la capacité
d’un objet à s’inscrire dans un processus de médiatisation. R. Roussillon met
en évidence la fonction primordiale de
l’indéterminé dans les processus transitionnels et G. Gimenez analyse les
caractères fondateurs des objets de
relation. La seconde partie aborde la clinique. Ph. Jeammet se penche sur les
médiations à l’adolescence, B. Duez sur
le rôle du groupe et de l’institution dans
le transfert et D. Mellier sur le rôle de
l’observation des bébés dans le développement de la sensibilité clinique.
M. Milner donne à voir les étapes du
développement des chaînes symboliques à travers le dessin chez deux
patientes présentant des troubles de la
communication. Enfin, le livre aborde la
question des applications thérapeutiques à travers trois exemples de
médiation : par la musique (E. Lecourt),
par la peinture (A. Brun) et par l’écriture
(J.-M. Talpin).
Marie-Magdeleine Lessana
Entre mère et fille, un ravage
Paris, Hachette Littératures.
Fayard, 2000
« Que la fille se tourne vers sa mère
ou vers une autre femme pour trouver
les repères de ce qui l’attend, qu’elle
connaisse avec celle-ci une relation torturante, qu’elle se sente trop ou mal
aimée, qu’elle ait des curiosités sur les
jouissances érotiques de sa mère,
qu’elle soit bouleversée par l’approche
du corps féminin, lieu désirable et fascinant, constitue peut-être ce dont le mot
ravage fait écho ». Ravage s’entend ici à
la fois comme une dévastation et comme
un ravissement : une ambivalence qui
témoigne de la difficulté de l’émancipation. Entrant dans l’intimité de plusieurs
relations mère-fille remarquables (Mme
de Sévigné et Mme de Grignan, Marlène
Dietrich et sa fille, Camille Claudel et sa
mère), analysant des cas cliniques
célèbres (les sœurs Papin, Marguerite
Anzieu) ou commentant Le ravissement de Lol V. Stein, de M. Duras, la
psychanalyste Marie-Magdeleine Lessana (ex Chatel) associe réflexion rigoureuse et ardeur littéraire.
Hélène Brunschwig
Une famille, ça s’invente
Les atouts des parents,
Les atouts des enfants
Paris, Albin Michel, 2001
Avec la naissance d’un premier
enfant, c’est une nouvelle famille qui se
forme et doit trouver ses marques, forcément différente de celle de chacun
des parents. Les enfants suivants
viennent encore modifier la donne. S’appuyant sur les plus récentes découvertes en psychologie de l’enfant,
Hélène Brunschwig, psychanalyste et
thérapeute de famille, fait ressortir les
atouts des parents et des enfants dans
cette aventure et en éclaire les divers
aspects. Ce livre tonique encourage les
parents à avoir confiance en eux et en
leur enfant, et à faire appel à leur créativité pour construire leur famille.
A. Bretonnière-Fraysse, F. Civiol,
A.-M. Coutrot, M. Desurmont,
C. Ducruezet, M.-J. Jacquey,
Y. Knibiehler, P. Lassus, M.-P. Poilpot
De la violence conjugale
à la violence parentale
Femmes en détresse,
enfants en souffrance
Toulouse, Érès,
Fondation pour l’enfance, 2001
Trop de femmes sont violentées en
huis clos par leur compagnon. Comment
les enfants témoins de violences et
d’humiliations quotidiennes peuvent-ils
grandir en sécurité ? Certains moments
de la vie sont plus exposés que d’autres
aux violences, comme la grossesse ou
le temps qui suit une naissance, car ces
périodes de bouleversements personnels et familiaux fragilisent les adultes.
Que peuvent faire les professionnels
pour prévenir ces violences et aider les
femmes victimes et leurs enfants ? Ce
livre plaide pour un travail en réseau des
intervenants qui gravitent autour de la
famille et réclame une meilleure formation et information pour faire évoluer les
pratiques professionnelles de chacun.
C’est dans cet esprit que cet ouvrage
donne la parole à des auteurs d’horizons divers qui proposent des lectures
différentes et complémentaires de la violence conjugale et de la violence parentale.