Dialogue
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I.S.B.N.2749200148
128 pages

p. 119 à 124
doi: en cours

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no 156 2002/2

 
Le conte et la nature. Essai sur les médiations symboliques. Paris, L’Harmattan, 1997
 
 
Quel rôle joue le conte dans le rapport que l’homme entretient avec la nature et, ce faisant, avec la culture ? En quoi ce rapport peut-il être modifié par une raréfaction de la tradition orale ? Pierrette Simonnet tente de répondre à ces questions en analysant le symbole à la lumière de ses intuitions et des théories fondatrices – celles de S. Freud, de S. Ferenczi, de M. Klein, de H. Segal et de W. Bion. Elle définit le symbole comme une représentationcarrefour qui permet la rencontre de l’être avec son espèce et le règne végétal et animal : l’individu rencontre le symbole et se l’approprie – réinterprétant ce qui existait déjà à une échelle universelle. Ainsi elle fait des richesses de la nature un équivalent symbolique du psychisme humain (lien entre nature intérieure et nature extérieure).
Le conte, monde de symboles, médiatise ainsi notre relation à l’environnement et au corps et assure la transmission des émotions. Il permet, à l’enfant notamment, de penser ses conflits, angoisses et fantasmes à travers des personnages ou des objets auxquels il s’identifie, sans rencontrer de culpabilité.
D’autre part, P. Simonnet analyse la Morphologie des contes de V. Propp, reprend toutes les actions relevées par ce dernier en les reliant à d’autres mécanismes de la mise en scène théâtrale. Dans cette partie, elle analyse Peau d’âne et répond à un questionnement concernant la valeur de conte du film de G. Lucas, la guerre des étoiles. La question de la pratique du conte au sein d’ateliers thérapeutiques est posée en terme d’ouverture sur la parole personnelle et de dialogue de l’individu avec lui-même (ainsi permis).
Elle conclut sur l’idée que le conte est un « outil culturel de développement psychique » en tant qu’il permet à l’enfant de constituer son imaginaire ou d’en réparer les lacunes, et de mentaliser sa vie psychique tout en intégrant un patrimoine culturel universel.
Bénédicte Albessard
 
Geneviève Raguenet La psychothérapie par le conte Paris, L’Harmattan, 1999
 
 
Dans La psychothérapie par le conte, Geneviève Raguenet raconte comment elle est partie d’une « intuition » pour proposer des contes, qu’elle a elle-même inventés en fonction de la problématique de ses petits patients, dans diverses situations thérapeutiques avec des enfants et des adolescents en échec scolaire. Elle livre sa riche pratique clinique avec une ouverture enthousiasmante, et propose ensuite une réflexion théorique sur l’usage du conte en psychothérapie : elle nous invite à réfléchir sur l’action du conte dans le contexte de « l’éveil de la motivation à apprendre par la voie du jeu et de l’imaginaire ». Le projet du conte est une manière détournée d’aborder le problème à traiter, dans l’intention de produire un changement d’attitude en permettant les processus d’identifications aux personnages, qui offre la possibilité d’un partage des affects et d’un dénouement de la situation de crise.
Geneviève Raguenet définit le « conte thérapeutique » comme un récit assez court d’aventures imaginaires dont l’origine se trouve dans le « creuset de la relation thérapeutique ». Dans sa clinique, l’auteur a constaté que l’abord du symptôme de front ne fait qu’accentuer le sentiment d’incompétence et augmente la toute-puissance dans l’opposition. Elle propose de réfléchir au conflit inconscient sous-jacent, alors que l’appel au conscient renforce le symptôme. Cela suppose pour le thérapeute d’être dans une position d’écoute attentive, prêt au partage émotionnel, pour ainsi formuler des hypothèses au fur et à mesure du déroulement des séances. Le thérapeute est amené à jouer le rôle d’auxiliaire du Moi dans une position d’accompagnement face aux conflits qui resurgissent.
Le conte thérapeutique se crée en quatre temps : d’abord l’identification au patient, puis l’élaboration de « présumés » (hypothèses sur le symptôme), ensuite l’émergence des images et des symboles, et enfin la composition. Le conte a différentes fonctions. C’est d’abord un appât pour éveiller la curiosité et relancer la chaîne associative (« accrocher le refoulé »). Il a un rôle d’objet et d’espace transitionnel : il s’introduit comme médiateur dans la relation thérapeutique comme un jeu qui en déclenche bien d’autres. Il a aussi une fonction de représentation par sa mise en scène de l’activité fantasmatique. Puis se pose la question de la fonction d’interprétation dans la mesure où s’opère la mise au jour de l’activité défensive et l’accès au désir caché; car, dans la proposition d’une situation fictive, il y a une ouverture à d’autres hypothèses, un travail d’éclaircissement du problème et de résolution du conflit défensif.
Pour finir, l’auteur s’interroge sur l’action du conte comme outil thérapeutique et se demande pourquoi et comment se produit le changement. Elle distingue plusieurs étapes : l’abaissement du seuil défensif puisque l’appel du refoulé se fait par voie d’associations ; l’accompagnement dans le mouvement de régression qui se produit, avec un support figuratif pour traduire les angoisses ; enfin, l’étape du renoncement et du dénouement, qui correspond à l’abandon des satisfactions immédiates pour l’accès à un bien supérieur, à savoir trouver son identité. Dans un parallèle entre la structure du conte et le déroulement d’une thérapie, elle insiste sur la faculté du conte à toucher les trois niveaux que sont le conscient, le préconscient et l’inconscient : c’est ce qui rend compte de son efficacité. Dans cette partie théorique claire, Geneviève Raguenet fait sans cesse des ponts avec la clinique présentée dans les premiers chapitres.
Cet ouvrage sera utile aux professionnels de l’enfance confrontés à des situations a priori verrouillées. Il nous invite à explorer les voies de l’imaginaire et à penser les résistances à différents niveaux dans une démarche originale et créative d’invention de contes sur mesure.
Violaine Pillet
 
Chantal Zaouche-Gaudron (sous la direction de), La problématique paternelle, Toulouse, Érès, 2001
 
 
Le récent ouvrage dirigé par Chantal Zaouche-Gaudron sur la problématique paternelle vient expliciter quelques-unes des incertitudes contemporaines sur le père que j’ai moi-même eu l’occasion d’interroger en étudiant l’évolution des savoirs sur la petite enfance dans L’enfant, la mère et la question du père. La démarche suivie s’avère d’autant plus pertinente pour rendre compte de ces interrogations qu’elle prend la forme d’un colloque épistolaire permettant de croiser les points de vue. Il s’agit là d’une démarche originale et peu usitée qui consiste à faire réagir un ensemble de spécialistes à partir d’un texte inaugural, en l’occurrence celui du regretté Serge Lebovici, puis, dans un deuxième temps, à mettre en débat les participants en leur demandant une seconde contribution à partir de leur lecture de l’ensemble des textes de la première « table ronde ». Cette formule a déjà fait ses preuves avec la parution en 1974 de l’ouvrage coordonné par René Zazzo L’attachement et l’on ne peut que se réjouir qu’elle ait été reprise à propos de cette question si controversée à l’heure actuelle qu’est celle du père.
Trois psychologues du développement, trois psychanalystes, une historienne, une sociologue sont ainsi mis à contribution pour débattre autour du père et permettent de prendre pleinement conscience à quel point les divergences sont maintenant dominantes, marquant la coupure avec l’époque pas si ancienne où l’on croyait pouvoir donner une définition commune du père. Mais à la question piège « Qu’est-ce qu’un père ? » est venue s’adjoindre depuis une question subsidiaire « À quoi sert un père ? », qui, en élargissant le champ, pointe le changement de regard social et la centration de celui-ci sur l’enfant. Celle-ci permet d’enrichir l’appréhension d’un concept devenu prégnant dès que l’on parle de père ou de parents, celui de fonction. Comme le fait justement remarquer Jean Le Camus, l’approche de la fonction du père a été largement influencée par la façon dont la psychanalyse a défini la fonction paternelle en la différenciant de la notion de rôle. Chantal Zaouche-Gaudron synthétise les interrogations en explicitant les différences de positionnement possibles : « Le rôle, socialement défini et soumis aux changements sociaux et culturels, donc conjoncturel et modifiable, est qualifié, représenté par ce que font (ou se représentent qu’ils font) père et mère dans leur pratique quotidienne, donc comme étant du côté de l’adulte (parent ou autres éducateurs de l’enfant) […] La fonction, quant à elle, est à concevoir du côté de l’enfant, dans ce qu’elle lui apporte pour le soutenir et l’aider à se structurer. » Dès lors, le thème est véritablement lancé et la plupart des contributions pourront se lire au regard de cette formalisation, en mettant en discussion les notions de dyade mère-enfant, de tiers paternel, d’attachement, de compétence et de rôles. Se pose alors la question d’une éventuelle « rupture épistémologique entre les écrits d’obédience psychanalytique (et en leur sein entre les psychanalystes freudiens et lacaniens) et ceux issus du courant de la psychologie du développement, de la sociologie, de l’histoire ? » La question traverse tout le champ de l’analyse de la parentalité et certains s’appliquent à en rappeler les enjeux. Du côté de la psychanalyse, les freudiens Serge Lebovici et Colette Chiland et la lacanienne Françoise Hurstel évoquent de façon fort différente la prise en compte du champ social et historique, dont Christine Castelain-Meunier et Yvonne Knibiehler montrent par ailleurs la spécificité à partir de leurs positions respectives de sociologue et d’historienne. Du côté de la psychologie du développement, Jean Le Camus, France Frascarolo et Philippe Malrieu déconstruisent un certain nombre d’idées reçues de la vulgate psychanalytique pour brosser le tableau de la spécificité d’une implication paternelle qui la dégage d’une assignation ambiguë à représenter le symbolique. Avec les notions de mandat transgénérationnel (Lebovici), de parentalisation, de tiercéité (Hurstel), de polyade de base (Frascarolo), de nouvelle conscience paternelle (Castelain-Meu-nier), de coparentalité et de coresponsabilité sont données quelques pistes d’approfondissement des questions qui se posent montrant tout à la fois la richesse du champ à explorer et la difficulté à concilier des approches aux méthodologies et aux attendus théoriques parfois très divergents. Le lecteur y trouvera le reflet des interrogations actuelles sur la paternité et plus globalement sur la parentalité moderne, si ce n’est sur la conception même de la famille et de la vie sociale. S’y lit en filigrane la nécessité de reconceptualiser les rapports entre la sphère privée et l’espace public pour arriver à rendre compte des nouvelles positions parentales aujourd’hui.
Gérard Neyrand
 
Alain Boyer Guide philosophique pour penser le travail éducatif et médico-social T. 1 : La loi de l’échange. T. 2 : L’institution et la violence Toulouse, Érès, 2001
 
 
Alain Boyer fait un constat : il y a dans le domaine éducatif et médicosocial un immense besoin de forger à son usage des outils conceptuels qui permettent de décrypter le paysage et de s’y tracer un chemin. « Les professionnels en font la lassante expérience quand ils ont à rédiger quelque écrit : « J’en ai assez, j’ai l’impression de répéter toujours la même chose. » Et c’est vrai : faute de concepts précis, ce sont les mêmes mots passe-partout qui reviennent sans cesse, dont personne ne sait ce qu’ils signifient au juste ; je cite, sous la dictée des intéressés eux-mêmes : verbaliser, symboliser, mobiliser […] se confronter, échanger (sans complément), partager (sans complément), participer (sans complément), communiquer (sans complément) […]. Fragments désarticulés laissés sur la rive par quelque vague psychanalytique, sociologique, comportementaliste, etc., ou platement médiatique, ces mots fourre-tout tissent un voile d’indifférenciation derrière lequel s’efface la singularité de chaque situation… » L’auteur, philosophe et écrivain, est aussi formateur, et ce Guide philosophique retrace son enseignement, qui s’est construit à partir de ses questions à ses étudiants, professionnels du travail éducatif et médico-social : quelles notions, quels concepts vous seraient utiles pour mieux comprendre à quoi vous renvoie votre métier ? Comme l’écrit le préfacier, « la force d’Alain Boyer est de ne pas séparer la philosophie de la vie quotidienne […] Chacun ici est amené à se faire une opinion plutôt que de suivre comme allant de soi une conceptualisation dans l’air du temps. »
Dans le premier tome, La loi de l’échange, Alain Boyer explore une première série d’outils conceptuels : la dette ; la place et le rôle ; la médiation ; le sujet ; le nom ; le corps ; la loi ; l’interdit ; l’individu ; l’autorité ; le bien commun ; la religion ; la violence ; l’émotion. Le second tome, L’institution et la violence, aborde la représentation ; la responsabilité ; la vérité ; l’enfant ; le travail ; la crise ; la famille ; la relation ; la liberté et l’autonomie ; le sexe ; l’argent ; la métaphore. Ce qui différencie un outil conceptuel d’une idée générale, c’est que, chaque fois, « il repasse par la forge pour être adéquat à son usage dans son articulation avec le ou les autres outils nécessaires ; l’articulation entre la place et le rôle, par exemple, n’est pas la même selon qu’il s’agit d’un vivant ou d’un mort, d’un enseignant ou d’un parent, d’un parent ou d’un beau-parent… » Un livre peut-être à conseiller à ceux qui en ont assez « de répéter toujours la même chose ».
 
Bernard Chouvier et al. Les processus psychiques de la médiation Créativité, champ thérapeutique et psychanalyse Paris, Dunod, 2001
 
 
En psychothérapie, le passage par des médiations (dessin, contes etc.) est monnaie courante, et cet ouvrage propose à ce sujet divers éclairages psychanalytiques. La première partie élabore une métapsychologie de la médiation. R. Kaës confronte ses concepts d’analyse transitionnelle et de formation intermédiaire à la notion de médiat. B. Chouvier étudie la capacité d’un objet à s’inscrire dans un processus de médiatisation. R. Roussillon met en évidence la fonction primordiale de l’indéterminé dans les processus transitionnels et G. Gimenez analyse les caractères fondateurs des objets de relation. La seconde partie aborde la clinique. Ph. Jeammet se penche sur les médiations à l’adolescence, B. Duez sur le rôle du groupe et de l’institution dans le transfert et D. Mellier sur le rôle de l’observation des bébés dans le développement de la sensibilité clinique. M. Milner donne à voir les étapes du développement des chaînes symboliques à travers le dessin chez deux patientes présentant des troubles de la communication. Enfin, le livre aborde la question des applications thérapeutiques à travers trois exemples de médiation : par la musique (E. Lecourt), par la peinture (A. Brun) et par l’écriture (J.-M. Talpin).
 
Marie-Magdeleine Lessana Entre mère et fille, un ravage Paris, Hachette Littératures. Fayard, 2000
 
 
« Que la fille se tourne vers sa mère ou vers une autre femme pour trouver les repères de ce qui l’attend, qu’elle connaisse avec celle-ci une relation torturante, qu’elle se sente trop ou mal aimée, qu’elle ait des curiosités sur les jouissances érotiques de sa mère, qu’elle soit bouleversée par l’approche du corps féminin, lieu désirable et fascinant, constitue peut-être ce dont le mot ravage fait écho ». Ravage s’entend ici à la fois comme une dévastation et comme un ravissement : une ambivalence qui témoigne de la difficulté de l’émancipation. Entrant dans l’intimité de plusieurs relations mère-fille remarquables (Mme de Sévigné et Mme de Grignan, Marlène Dietrich et sa fille, Camille Claudel et sa mère), analysant des cas cliniques célèbres (les sœurs Papin, Marguerite Anzieu) ou commentant Le ravissement de Lol V. Stein, de M. Duras, la psychanalyste Marie-Magdeleine Lessana (ex Chatel) associe réflexion rigoureuse et ardeur littéraire.
 
Hélène Brunschwig Une famille, ça s’invente Les atouts des parents, Les atouts des enfants Paris, Albin Michel, 2001
 
 
Avec la naissance d’un premier enfant, c’est une nouvelle famille qui se forme et doit trouver ses marques, forcément différente de celle de chacun des parents. Les enfants suivants viennent encore modifier la donne. S’appuyant sur les plus récentes découvertes en psychologie de l’enfant, Hélène Brunschwig, psychanalyste et thérapeute de famille, fait ressortir les atouts des parents et des enfants dans cette aventure et en éclaire les divers aspects. Ce livre tonique encourage les parents à avoir confiance en eux et en leur enfant, et à faire appel à leur créativité pour construire leur famille.
 
A. Bretonnière-Fraysse, F. Civiol, A.-M. Coutrot, M. Desurmont, C. Ducruezet, M.-J. Jacquey, Y. Knibiehler, P. Lassus, M.-P. Poilpot De la violence conjugale à la violence parentale Femmes en détresse, enfants en souffrance Toulouse, Érès, Fondation pour l’enfance, 2001
 
 
Trop de femmes sont violentées en huis clos par leur compagnon. Comment les enfants témoins de violences et d’humiliations quotidiennes peuvent-ils grandir en sécurité ? Certains moments de la vie sont plus exposés que d’autres aux violences, comme la grossesse ou le temps qui suit une naissance, car ces périodes de bouleversements personnels et familiaux fragilisent les adultes. Que peuvent faire les professionnels pour prévenir ces violences et aider les femmes victimes et leurs enfants ? Ce livre plaide pour un travail en réseau des intervenants qui gravitent autour de la famille et réclame une meilleure formation et information pour faire évoluer les pratiques professionnelles de chacun. C’est dans cet esprit que cet ouvrage donne la parole à des auteurs d’horizons divers qui proposent des lectures différentes et complémentaires de la violence conjugale et de la violence parentale.
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