2002
Dialogue
Notes de lecture
Histoire des grands-parents
Paris, Perrin, 2001.
(Coll. « Pour l’Histoire »)
La thématique des « nouveaux
grands-parents » qui a envahi le champ
social semble parfois nourrir la mytholo~gie d’un troisième âge heureux où les
seniors, dynamiques et sportifs, savou~reraient l’art d’être grands-parents au
cœur d’une famille fragilisée dont ils
incarneraient le pôle de stabilité et de
continuité. Vincent Gourdon, chargé de
recherches au CNRS et rédacteur en chef
adjoint des Annales de démographie
historique, contribue à une analyse cri~tique des postulats qui sous-tendent les
représentations d’une vieillesse idéali~sée en posant les fondements d’une his~toire de la grand-parenté. L’engouement
actuel pour les « nouveaux grands-parents » s’appuie trop souvent sur un
présupposé démographique discutable :
l’absence de grands-parents dans la
famille avant le XX e siècle, voire avant
1945, en raison de la mortalité, et de
leur surgissement récent dans le pay~sage familial, de l’extraordinaire éléva~tion du niveau d’espérance de vie qu’ont
connue depuis les pays occidentaux. En
somme, avant l’époque contemporaine,
une trop faible survie de la génération
des aïeuls n’aurait pas permis de trou~ver aux grands-parents de véritable rôle
social.
En fait, en étudiant la survie des
grands-parents d’enfants nés à la fin du
XVIII e siècle, Vincent Gourdon montre
qu’à cette époque un enfant a encore la
moitié de ses grands-parents. Même si
la proportion de personnes âgées et la
durée de coexistence des trois généra~tions sont bien moindres qu’à l’heure
actuelle, non seulement les grands-parents sont présents, mais cette pré~sence se traduit par des relations
concrètes entre aïeuls et petits-enfants,
qui passent par diverses modalités d’ex~pression de la solidarité intergénération~nelles. L’analyse d’autobiographies ou
de procès-verbaux d’actes de tutelle
indique que les grands-parents sont très
actifs en cas de crise familiale ; dans le
nord comme dans le sud de la France,
des relations presque quotidiennes peu~vent se tisser entre la plupart des petits-enfants et leurs grands-parents.
Le deuxième point a trait au
modèle des grands-parents gâteau.
Cette figure apparaît à la fin du XVIII e, et
le modèle en est largement reconnu
dans la littérature et les traités de savoir~vivre de la fin du XIX e. Comment ce
modèle est-il né ? Vincent Gourdon se
pose la question du faisceau et de la
complexité des motivations qui ont per~mis à cette figure familiale de s’affirmer.
Le premier avènement de l’idéal des
grands-parents gâteau a été porté par
des enjeux idéologiques et sociaux
majeurs : une laïcisation des sensibili~tés, qui conduit à un déclin de la version
« augustinienne » de la vieillesse ; une
réflexion critique sur la paternité, dont
l’objectif est aussi de remettre en ques~tion les fondements idéologiques de la
monarchie absolue à travers la figure
d’un père éducateur, bienveillant affec~tueux. La thématique des bons grands-parents aimés, respectés par leurs
descendants, mais sans soumission de
leur part, en est le prolongement. Ce
que le XVIII e fait apparaître, le XIX e va le
systématiser. Les grands-parents
gâteau deviendront par exemple un
thème littéraire dominant dans le théâtre
d’inspiration libérale. Cette figure
accompagne l’évolution globale de la
famille, qui, avec la progression d’une
conception individualiste et contractua~liste du lien familial, s’ancre désormais
essentiellement dans sa dimension
affective et non dans sa dimension hié~rarchique. Le modèle d’une famille cen~trée sur l’autorité incontestée du chef de
famille est entré en crise. Mais les
grands-parents sont aussi une des
figures de légitimation des projets de la
bourgeoisie et de sa conception spéci~fique de la famille dans la lutte symbo~lique qui l’oppose à l’aristocratie et aux
classes populaires. Dans la conception
bourgeoise, la famille doit être le creuset
d’un compromis entre le sens de la
continuité familiale collective et le res~pect des aspirations individuelles de
chacune des générations.
La thèse de Vincent Gourdon,
abondamment documentée, reste pru~dente en matière de prospective et se
garde de prolongements indus du thème
de l’« invention de la grand-parenta-lité », selon l’expression récente de
C. Attias-Donfut et M. Segalen. Pour
l’auteur, il serait en effet judicieux de dis~tinguer la « grand-parentalité » de la
grand-parenté. Mais l’intérêt de sa thèse
ne se limite pas à mettre fin au désinté~rêt historique pour les grands-parents
(l’histoire de la famille s’est longtemps
pour l’essentiel centrée sur les relations
entre époux et entre enfants et parents ;
l’histoire de la vieillesse s’est surtout
intéressée aux vieux comme classe
d’âge et non en tant qu’ils s’inscrivaient
dans les relations familiales). En retra~çant la généalogie souvent méconnue
ou niée des représentations familiales
contemporaines, elle contribue à affiner,
voire à renouveler notre regard sur ces
dernières.
Benoît Schneider
Christine Castelain Meunier
La place des hommes et
les métamorphoses de la famille
Paris, PUF, 2002
« Une paternité fondée sur la cul~ture du sujet est valorisée actuellement,
qui fait appel à la conscience paternelle
de l’homme, sans toutefois que celle-ci
soit sous-tendue, sollicitée et encoura~gée par des mesures adéquates. Pour~tant, ces transformations majeures
renvoient à des réaménagements sym~boliques, sociaux, culturels, fondamen~taux, touchant au plus profond de l’être
et de l’organisation de la société »
(p. 142). Ces interrogations suscitées
par la nouvelle place faite au père se
révèlent exemplaires de l’entreprise de
Christine Castelain Meunier : explorer
les changements contemporains tou~chant à la place des hommes dans une
société en mutation. Dans cette
approche, la notion de place, à occuper
et à tenir d’une façon personnelle par
chaque homme au regard de son his~toire mais aussi de ses représentations,
permet, à la différence de la notion de
rôle, de pointer l’importance de ces évo~lutions, véritable métamorphose qui
touche la famille, et, au-delà, l’ordre
privé et l’ordre social. Prendre ses dis~tances théoriques à l’égard d’une ana~lyse qui privilégie le rôle, notion
socialement définie qui passe sous
silence la marge de manœuvre laissée à
l’autonomie des acteurs, c’est laisser
apparaître ce qui se dessine comme
horizon positif de ces mutations, c’est-à-dire la démocratie de l’intimité.
L’ouvrage nous rappelle la com~plexité des changements en cours et la
diversité des aspects de l’identité mas~culine et de l’identité paternelle qui s’y
trouvent remis en question, parallèle~ment aux bouleversements qu’a pu
connaître la condition féminine. Il n’est
pas sans intérêt que ce soit une femme
qui a inauguré ses recherches dans les
années 80 par l’étude du mouvement
des femmes qui se penche avec une
telle constance depuis bientôt vingt ans
sur le masculin et sur la paternité. Ses
recherches s’inscrivent dans une inter~rogation sur l’inscription sociale de la dif~férence des sexes qui transcende les
genres et vient réinterroger la position
de celui qui était autrefois détenteur d’un
monopole sexué du savoir : l’homme. Le
genre du locuteur n’est pas complète~ment étranger à la forme des propos. Si
les femmes sont bien représentées
dans ce questionnement, de Geneviève
Delaisi de Parseval, Françoise Hurstel
ou Yvonne Knibiehler à Chantal
Zaouche-Gaudron, c’est d’abord, chez
l’homme, le père qui est interrogé par
ces femmes – sans doute parce que la
fragilisation sociale de la position pater~nelle entraîne des angoisses pour les
deux sexes. Le soupçon qu’a pu parfois
rencontrer l’auteur de « trahir » la cause
féminine en analysant les conditions du
désarroi masculin et paternel semble ici
mal fondé, tant elle nous permet de
comprendre, d’une part à quel point les
positions de l’homme et de la femme
sont interdépendantes, d’autre part l’im~portance des interactions entre masculi~nité et paternité, et entre féminité et
maternité. Si « la question des change~ments de comportements paternels va
de pair avec celle des modes d’affirma~tion de la virilité » (p. 29), c’est bien
parce que les différentes dimensions de
l’être sexué ne peuvent être dissociées,
mais cela vient témoigner aussi de l’am~pleur de l’évolution et des désarrois
qu’elle engendre.
Pour mener à bien cette entreprise,
Christine Castelain Meunier fait état de
recherches multiples : recherches sur
des groupes d’hommes s’interrogeant
sur la condition masculine, recherches
sur des groupes de parole mixtes, sur de
jeunes pères des classes moyennes et
des classes populaires, sur des mères
dans différentes situations, sur des
parents des couches moyennes qui s’in~terrogent sur l’opportunité du troisième
enfant, recherches sur des associations
de pères. Elle s’intéresse aussi à l’impor~tance des liens téléphoniques pour des
pères séparés, et enfin aux lecteurs et
rédacteurs en chef de nouvelles revues
destinées au public masculin ( FHM, Men’s
Health, Men). Autant d’occasions d’inter~roger les processus de subjectivation
masculine, les nouvelles formes d’ex~pression de la virilité, et ce qui se consti~tue en véritable épreuve moderne : le
passage du conjugal au parental et la
parentalisation. Aujourd’hui, l’entrée
dans une « polyculture de la parentalité »
qui vient remplacer les anciennes certi~tudes monolithiques ne se fait pas sans
heurts. Elle sollicite hommes et femmes
de façon inédite en faisant violence aux
repères établis, comme l’idée d’une
paternité essentiellement « symbolique »
ou celle d’un monopole maternel dans la
relation affective à l’enfant. Ce que l’au~teur pointe, c’est le paradoxe majeur de
nos sociétés démocratiques : comment
soutenir une identité démultipliée par la
promotion de l’individualité, assurer l’ex~pression de soi à travers son univers
relationnel et le rapport à l’enfant, tendre
vers l’égalité des places et l’optimisation
des jouissances, alors que les structures
sociales et les mentalités restent engon~cées dans des traditions qui s’effritent,
une domination masculine qui s’es~souffle et un pouvoir maternel qui offre
d’autant plus facilement aux femmes un
espace de compensation que leur posi~tion sociale est plus insatisfaisante ?
De ce parcours bousculé de la
post-modernité, nul ne sort indemne.
S’est défait le lien qui arrimait la filiation
et l’alliance, scellant l’enfant à l’évidence
du lien conjugal entre ses parents.
Désormais, les individus ne sont sou~vent reliés que par leurs fragiles liens
affectifs. Ils sont perçus comme auto~nomes et différenciés. Mais l’enfant,
devenu désormais sujet, est en même
temps promu au rang de support de l’af~firmation identitaire de ses parents. La
mère est toujours considérée comme le
territoire premier de l’attachement, mais
enjointe à l’épanouissement profession~nel. Le père a perdu les attributs de son
autorité sociale antérieure et voit ce que
l’on désigne encore comme sa « fonc~tion symbolique » concurrencée par une
paternité relationnelle qui peine à se
faire reconnaître. Et c’est de la légitima~tion sociale de cette paternité relation~nelle que dépend sans doute la
réassurance future de la paternité. Ce
qui requiert plusieurs évolutions paral~lèles dans les rapports entre les sexes
et ce qui les englobe, l’organisation
sociale. Il faut notamment qu’hommes et
femmes investissent une position paren~tale reconnaissant à soi-même et à
l’autre toute son importance. Ce qui sup~pose une position nouvelle des pères
dans leur rapport à l’enfant, déjà tenue
par certains, mais demande aussi que
les mères autorisent l’accès de ceux-ci à
l’enfant. Or, les conditions toujours faites
aux femmes, notamment dans les
milieux les moins aisés, ne favorisent
pas une telle maturation. « On est en
droit de se demander si le maintien des
inégalités entre l’homme et la femme ne
constitue pas un obstacle et un frein
significatif à l’exercice de la paternité,
les femmes concédant d’autant moins
l’accès du père à l’enfant qu’elles éprou~vent des rancœurs à l’égard de
l’homme, qui, par ailleurs, peut toujours
être défini, par rapport à la femme, en
situation de domination et doté de privi~lèges » (p. 84).
De fait s’est ouvert le champ des
possibles et l’on rencontre chez les
hommes encore plus que chez les
femmes une très grande diversification
des situations, à laquelle répond un flot~tement certain de la définition de la
paternité, si ce n’est de la masculinité.
L’analyse de la nouvelle presse mascu~line donne un aperçu de ce flottement.
Au-delà la reproduction d’anciens
modèles machistes de la virilité s’y
exprime une parole plus intimiste, où
perce une malaise, voire parfois une
détresse masculine face aux nouvelles
normes à assumer. « Les assignations
socio-culturelles de la différence devien~nent inadaptées à la dynamique engen~drée par la société contemporaine,
même si les inégalités et la domination
perdurent. L’affirmation de soi, la valori~sation de la communication, la société
de l’image, le souci du corps et de l’ap~parence, mais aussi la recherche de
bien-être bousculent les anciens cli~vages et les modèles d’identification
antérieurs » (p. 76).
Les hommes se trouvent interpel~lés au même titre que leurs compagnes
par des évolutions sociales auxquelles
ils contribuent sans pour autant en maî~triser le sens. L’une des étapes
majeures de leur cheminement est le
passage au parental, qui, plus que le
passage au conjugal, sollicite les
niveaux les plus archaïques. Mais « il
n’existe pas véritablement de transmis~sion culturelle ni de procédure langa~gière à l’échelle de la société,
concernant ce passage » (p. 144). L’au~teur en appelle au combat pour l’avène~ment de la démocratie de l’intimité, et,
dans ce combat, estime que l’on doit
commencer par un meilleur accompa~gnement de ce passage du conjugal au
parental, si l’on veut bien prendre au
sérieux le message que nous envoie
l’accroissement des séparations pré~coces. « La société ne propose alors
guère de référence et de rituel d’accom~pagnement, et c’est d’autant plus préju~diciable que cela conduit souvent à des
incompréhensions, des dérapages
conjugaux ainsi que des désaccords
augurant décidément mal de l’avenir de
la parentalité en train de se jouer entre
cet homme, cette femme et ce bébé »
(p. 154). Il s’agit, ajoute-t-elle, de réflé~chir aux moyens dont on peut disposer
pour soulager la place de la mère et
désenclaver la place du père, si l’on veut
une société plus juste et qui permette
aux hommes comme aux femmes de
retrouver une place satisfaisant aux
nouveaux critères de l’harmonie sociale.
Gérard Neyrand
Jean-Claude Kaufmann
Premier matin
Comment naît une histoire d’amour
Paris, Armand Colin, 2002
Comment naît un couple ? Et,
quand le chercheur interroge quelqu’un
pour en savoir plus sur les premiers ins~tants de sa vie conjugale, comment fait-il pour que ce quelqu’un ne lui livre pas
une reconstruction idéalisée, mais une
description exacte ? Comme il l’avait fait
dans la Trame conjugale en suivant à la
trace les vêtements des couples débu~tants du panier de linge à la sortie de la
machine jusqu’au repassage et range~ment dans l’armoire, Jean-Claude Kauf~mann a cherché une astuce. À propos
de quel moment, quel endroit, quel évé~nement, le risque n’est-il pas trop grand
que la personne livre des reconstruc~tions flamboyantes et se contentera-t-il
de décrire « la vie ordinaire », la vérité
concrète des gestes et des pensées ?
Quel serait le bon instant, le bon objet
révélateur, ou le bon entre-deux ? Cette
fois-ci, ce que ce chercheur des inter~stices a trouvé – après avoir songé au lit
–, c’est le premier matin. Contrepoint
prosaïque de la première nuit ? Petit
non-événement après un événement ?
C’est le premier matin que tout se
décide. Et pourtant, cette décision
passe par le flottement, l’indéfinition de
la situation – ce que l’auteur appelle « la
surprenante découverte de l’étrangeté
intime ». Ce flottement, qui peut créer le
malaise, « signifie surtout que la scène
est ouverte, que demain n’est pas
écrit ».
Le livre met en scène, comme une
pièce de théâtre, une unité de temps et
de lieu ponctuée de scènes typiques :
l’éveil, le cocon-lit, la sortie du lit, la toi~lette, le petit déjeuner. L’action – ou le
glissement ? – se déroule « en quelques
heures, dans deux ou trois pièces seule~ment ». Une fois les scènes campées
vient la deuxième partie : l’agencement
des horreurs et bonheurs du premier
matin. Il y a les matins chagrins, les
matins enchantés, les matins anodins.
Et, finalement, si le couple se joue au
premier matin, c’est peut-être qu’en la
matière, « il n’est de décisions que
négatives. Le couple […] se forme parce
qu’il ne rompt pas. »
« Premier matin est un livre visuel
(ou cinématographique), caractère qui
ne tient pas à ma volonté ni à l’écriture,
mais aux tableaux et aux scripts extraor~dinairement précis tels qu’ils m’ont été
décrits », écrit Jean-Claude Kaufmann. Il
est aussi fort agréable à lire : pas de jar~gon, des descriptions fines, fouillées et
parlantes, de beaux adjectifs inattendus,
de la limpidité… Ce livre est évidemment
à conseiller à tous les spécialistes du
couple, thérapeutes de couple et
conseillers conjugaux notamment. Mais
il s’adresse aussi à un public plus large,
celui des lecteurs curieux. Avec, pour ter~miner, une mise en garde malicieuse :
non, ce n’est pas un manuel pour
apprendre à gérer ce moment décisif, du
genre « le premier matin sans larmes » !
Somme toute, au saut du lit, l’auteur
nous déconseille « de vivre un premier
matin avec Premier matin à la main »…
(D.P.)
Alberto Eiguer
La famille de l’adolescent :
le retour des ancêtres
Paris, InPress, 2001
On sait que l’adolescent, soumis à
de profonds conflits internes, déso~rienté, interroge ou dérange ses
proches. On a rarement souligné que la
famille de l’adolescent – aux prises elle
aussi avec des doutes, des questionne~ments, des désillusions – vit autant de
bouleversements que le jeune lui-même. Pour faire évoluer les situations
difficiles, cet ouvrage invite – au-delà du
vécu propre de l’adolescent – à mener
une réflexion sur le fonctionnement du
groupe familial dans son ensemble.
Pourquoi, dans les moments de
crise, l’adolescent et ses proches vivent-ils un tel climat de « dessaisissement
des identités » ? Alberto Eiguer avance
l’idée originale d’un héritage familial fai~sant irruption lors de ces périodes : des
zones d’ombre de l’histoire familiale, des
traumatismes cachés, des sentiments
de dette à l’égard des ancêtres… L’ado~lescence est le moment privilégié où ces
avatars de l’histoire transgénération~nelle se révèlent, ceci d’autant plus que
l’adolescent cherche ardemment à trou~ver sa place dans la lignée familiale.
À partir de ces prémisses, ce livre
traite de la théorie de base des liens
familiaux (dont le lien fraternel), de la cli~nique (notamment avec les familles de
toxicomanes, psychotiques, suicidaires,
anorexiques-boulimiques) et de la pra~tique des thérapies. En croisant apports
théoriques et exemples cliniques, il per~met de mieux comprendre les boulever~sements profonds que connaît la famille
d’un adolescent.
Jean-Luc Viaux
L’enfant et le couple en crise
Du conflit psychologique
au contentieux juridique
Paris, Dunod, 2002,
Collection Enfances
Psychologues et professionnels de
l’enfance sont chaque jour confrontés
aux troubles qu’induisent chez les
enfants le conflit et la séparation de
leurs parents, et dans lesquels le psy~chologique, le social et le juridique se
nouent étroitement. Essai de clarifica~tion sur les liens entre conflit familial et
contentieux judiciaire, cet ouvrage est
une réflexion sur la complexité des
enjeux psychologiques de la séparation
parentale tels qu’ils s’expriment à tra~vers le recours au juridique. Quel sens
attribuer par exemple à une demande
de reconnaissance de paternité, d’attri~bution d’un droit de visite, de change~ment de résidence, ou à la proclamation
que l’autre est un mauvais parent ? L’au~teur s’interroge sur le devenir de la fonc~tion parentale sous sa forme juridique
d’« exercice commun de l’autorité
parentale », et dessine une nouvelle
image de la parentalité. Il analyse la
place que tient l’enfant dans l’économie
du conflit entre adultes, décrypte le sens
de sa parole dans un tel contexte, et
renouvelle la clinique classique du
couple et du lien parents-enfants.
Riche de nombreux cas concrets,
cet ouvrage novateur fournit les bases
d’une pratique de la psychologie légale
mise au service du judiciaire et des pro~fessions sociales. L’auteur est expert
agréé par la Cour de cassation et maître
de conférence en psychopathologie à
l’université de Rouen. Il est l’auteur de
nombreux articles sur l’enfant victime et
sur l’expertise psychologique.
Yvonne Bruel,
Marie-Hélène Flye Sainte-Marie
Le code secret du couple
Passer du « On » au « Nous », du
« ou » au « et », du « tu », au « je »
Paris, L’Harmattan, 2002
« L’autre n’est pas moi. Il n’est
même pas l’image que je me fais de
lui. » Voilà qui est facile à admettre intel~lectuellement, et pourtant si difficile à
vivre concrètement, le pire et le meilleur
se côtoyant en toute inconscience dans
la relation.
Après plus de vingt ans de travail
clinique, d’intervention dans des groupes
et de participation à des équipes de
recherche, Yvonne Bruel et Marie-Hélène Flye Sainte-Marie, thérapeutes
de couple l’une à Montpellier, l’autre à
Toulouse, abordent en termes simples
des questions complexes. Quelques
situations retenues par ces deux théra~peutes nous font cheminer dans la com~préhension de ce qui se joue dans la
relation de couple et dans l’espace de
travail psychanalytique qui engage cha~cun, conjoints et thérapeute, à faire se
rencontrer sa parole et sa vérité de sujet.
Benoit Bastard
Les démarieurs
Enquête sur les nouvelles pratiques
du divorce
Paris, La Découverte, 2002
Les visions traditionnelles du couple, de
la séparation et des rôles parentaux ont
volé en éclats en quelques décennies.
Le législateur en a pris acte en réfor~mant le droit de la famille : en matière de
divorce, la gestion pacifique de la rup~ture et la recherche de décisions
concertées pour la prise en charge des
enfants sont privilégiées. Dans ce pro~cessus et cette recherche du « divorce
idéal », les professionnels – magistrats,
avocats, médiateurs – jouent un rôle
central. Mais sont-ils concurrents ou
complémentaires ? Peut-on parler d’un
« marché » du divorce ?
S’appuyant sur un long travail d’en~quête, l’auteur donne la parole aux
couples en rupture, aux magistrats, pro~moteurs d’un « nouveau divorce » diffi~cile à imposer, aux avocats, pris entre la
défense des intérêts de leur client et la
recherche du consensus, et aux média~teurs, hérauts d’un divorce privatisé et
accompagné. Il présente également
l’action récente des lieux d’accueil, cen~trée sur le maintien des relations
enfants-parents.
Comment satisfaire la volonté privée
des conjoints tout en garantissant la
continuité des liens après la rupture ?
Comment soutenir les parents dans leur
rôle, sans tomber dans les travers de
l’ingérence et du contrôle social ? Tels
sont les dilemmes qui se posent aux
professionnels du démariage.
Dressant un panorama complet du trai~tement du divorce aujourd’hui, cet
ouvrage sera utile aussi bien aux pro~fessionnels qu’à ceux qui s’intéressent à
la question familiale.
Magdolna Mérai
Grands-parents charmeurs d’enfants
Etude des mécanismes
transgénérationnels
de la maltraitance
Paris, L’Harmattan, 2002
Quel a pu être le rôle des grands-parents quand leurs petits-enfants ont
été retirés à leurs parents par les autori~tés judiciaires ? Ce rôle se révèle-t-il plu~tôt positif ou plutôt négatif ? Quelle a été
la nature des relations de ces grands-parents avec leurs propres enfants ?
Ont-elles été pathogènes et le sont-elles
encore ? Grands-pères et grands-mères
n’essaient-ils pas parfois de s’approprier
leurs petits-enfants en se substituant à
leur fils ou fille et en lui déniant toute
capacité paternelle ou maternelle ? Ce
qui pourrait être une manière de prendre
une revanche par rapport à une enfance
malheureuse ou à un sentiment d’échec
dans l’éducation de leur fils ou fille.
Le livre de M. Merai, psychologue spé~cialiste de l’enfance et de l’adolescence,
analyse de nombreuses expériences de
terrain qui ouvrent la voie à des
recherches sur les transmissions fami~liales. L’étude des témoignages des
grands-parents permet au lecteur de
comprendre comment la répétition des
traumatismes peut évoluer au fil des
générations et de l’histoire sociale et
politique qu’elles traversent.