2003
Dialogue
Et aussi ...
À propos de l’éducation à la sexualité
Le masculin et le féminin à l’adolescence
Florence Bécar
conseillère conjugale et familiale, thérapeute de couple
Qu’en est-il aujourd’hui du masculin et du féminin à l’adolescence ? Pour tenter de répondre
à cette question, l’auteur est partie de sa pratique de conseillère conjugale et familiale, qui lui
fait rencontrer des adolescents dans le cadre de « l’éducation à la sexualité ». Aujourd’hui, au
collège, où en sont les relations entre garçons et filles ? Et quelles sont les représentations
dominantes que chacun a de l’autre sexe ?Mots-clés :
Adolescence, éducation à la sexualité, pornographie, collège, conseillère conjugale et fami, liale.
Qu’en est-il aujourd’hui du masculin et du féminin à l’adolescence ?
Pour tenter de répondre à cette question, je suis partie de ma pratique, des
rencontres avec les adolescents dans le cadre de « l’éducation à la sexualité ».
Un espace pour cadrer les échanges
Il y a quelques années, l’éducation à la sexualité était conçue comme un
préalable à la prévention des grossesses, des MST, du sida. Mais, aujourd’hui,
elle s’inscrit dans un processus à long terme dans le cadre d’une Éducation à
la santé, à la vie à la citoyenneté définie par la circulaire du 17 février 2003,
qui demande à ceux qui en sont chargés un travail en partenariat avec d’autres
institutions et d’autres intervenants.
La sexualité convoquant la différence et la créativité, des professionnels
d’origines diverses s’associent dans le souci de bâtir un projet dans la durée
et non une rencontre sans lendemain.
Jusque-là, le fonctionnement des équipes était paradoxal. Nous intervenions dans l’urgence de l’éclosion du printemps, poussés par une levée de
l’amnésie adolescente des adultes elle-même provoquée par la levée de
l’amnésie infantile de leurs enfants qui soudain n’en sont plus. Tout cela suscitait un appel à la rencontre qui se propageait par delà les générations et
résonnait avec la force d’un puissant écho.
En effet, aux adolescents, nous répétons que la sexualité ne nous tombe
pas dessus à l’adolescence, qu’elle est une deuxième édition d’une première
expérience infantile, et nous nous comportons comme si on pouvait anticiper,
préparer, prévenir.
Si nous pouvons aller à la rencontre des adolescents, sans doute est-ce à
cause de cette résonance particulière, aiguë, qui touche en nous une corde
prête à vibrer au moindre souffle. Nous n’avons pas besoin d’attendre le
retour du printemps, la corde est toujours là, à disposition, et ne demande
qu’à être effleurée.
Cela peut donner à nos collaborateurs le sentiment que nous travaillons
sans effort ni technique. Mais c’est en fait une immersion totale, comme une
plongée en eau profonde, qui requiert de nous une concentration absolue afin
que nous nous laissions imprégner, prendre et colorer par l’atmosphère.
Pour nous, dans la pratique, de quoi s’agit-il ?
Sur le terrain, quand nous sommes en présence des adolescents, il s’agit
d’abord de saisir au vol les boutades, les réparties grossières, humoristiques,
poétiques, romantiques ou obscènes, et de les organiser entre elles immédiatement pour construire l’instant de la rencontre et renvoyer à la volée, dans
l’impulsion et l’élan, ce qui arrive.
Alors, soudain, un silence se fait, qui vient scander cet échange et signifier la fin d’un préalable.
C’est une création, une improvisation, avec pour matériau tout ce qui
vient. C’est comme avec nos patients : si, de l’autre, rien ne vient, je ne peux
ni improviser une réplique, fût-elle silencieuse ou gestuelle, ni accorder mon
pas au sien pour sentir son rythme, sa pulsation, son souffle. Cela suppose
d’être là sans y être, d’être soi sans résistance, d’accueillir les défenses sans
défense. Cela requiert dénuement, humilité et non-savoir sur l’autre.
Je ne sais rien de la rencontre qui va avoir lieu, ni des émotions qui vont
surgir – les leurs ou les miennes. Je ne sais que le désir de la rencontre et l’appétit de mots à trouver ensemble pour rêver notre rencontre et en faire un
moment d’illusion créatrice, d’espace transitionnel, où chacun fera l’épreuve
de ce que c’est qu’être soi, d’approcher l’autre, de rencontrer sa limite, sa
pudeur sa crainte. Mon seul indicateur est le souffle de l’autre, qui m’indique
comme le vent l’orientation à trouver, la position adéquate, la distance suffisamment bonne, l’imperceptible et jubilatoire proximité, le recul, le vaetvient. Ce que je sais, c’est l’insaisissable de ce moment éphémère, son
caractère onirique, qui l’apparente à un phénomène presque hallucinatoire.
C’est sans doute la raison pour laquelle les adultes – ce que confirment
les adolescents – semblent parfois avoir oublié cette étape de leur existence.
Pas étonnant que l’expression « t’hallucines » revienne fréquemment dans
leur bouche. Mais comment être sûr que ce que l’on perçoit, on ne l’hallucine
pas ? Qui peut dire, début mars, que l’éclosion du printemps n’est pas une
hallucination ? Quelque chose qu’on a oublié revient avec la certitude de la
nouveauté, du premier temps, de la première saison.
La première fable apprise dans notre enfance résonne de cette nécessité
de « subsister jusqu’à la saison nouvelle ». Le rappel de cette nécessité est ce
à quoi nous confrontent les adolescents. Le malaise des adultes devant eux
m’apparaît comme un lointain écho d’un réveil adolescent dont beaucoup ne
se sont pas remis. Alors, ils projettent sur leur fils ou leur fille leur propre
adolescence afin de la vivre par procuration – un peu comme la mère de
Nadia, quinze ans et demi, fait porter à sa fille un enfant, comme si le ventre
de sa fille était une annexe du sien.
Adolescence et hallucination
Nous avons appris que l’hallucination est une étape décisive dans la vie
de l’être humain puisqu’elle est corrélative du désir : elle est la forme anticipée de la satisfaction du désir.
Elle est ce qui précède la pensée, sa forme première, son ébauche. C’est,
nous dit Winnicott, « le potentiel créateur de l’individu, qui prend naissance
dans le besoin, (qui) le rend prêt à halluciner ».
Il est nécessaire que se crée une aire d’illusion pour que s’établisse le
contact entre la psyché et l’environnement.
Si les adolescents emploient le verbe « halluciner », c’est sans doute une
manière de dire l’étape de brouillage qu’ils traversent et qui rend difficile « la
distinction claire entre ce qui est subjectif et ce qui peut être prouvé de façon
objective et scientifique ». Devenir un sujet, s’approprier sa subjectivité est
une tâche qui peut les laisser un temps sans voix.
C’est ce qui s’est produit lors d’une rencontre avec une classe de troisième en mars dernier. Nous évoquions ce passage à l’âge adulte qui rend
houleuses les relations avec les parents. Je leur faisais remarquer que, pour
leurs parents comme pour eux-mêmes, la tâche ne pouvait pas s’accomplir
sans heurts, et que l’enjeu était de taille puisqu’ils étaient en train de devenir
des sujets.
Un long silence méditatif accueillit cette réflexion, que le plus déluré
rompit d’un « c’est ouf
[1] ! », long, soutenu et appuyé, qui permit à chacun de
retrouver l’usage de la parole en déchargeant la tension issue de la correspondance entre le mot et l’émotion.
C’est fou, en effet, d’halluciner – d’entrevoir – le futur adulte qu’on est
en train de devenir. Cela peut donner un moment le vertige.
La prise de risque est sans doute une étape pour apprivoiser ce vertige.
Être adolescent, c’est rejouer à cru et seul le « stade de l’unité » qui permet
de délimiter un intérieur et un extérieur, d’effectuer l’intégration des parties
éparses de soi pour unifier sa personnalité.
Cela suppose que l’adolescent rencontre un environnement qui lui fait
face sans « souhaiter trouver une solution pour lui ». Cela suppose aussi que
nous ne nous sentions pas menacés par l’adolescent qui « s’adresse à cette
partie de nous qui n’a pas eu réellement son adolescence et qui fait que nous
en voulons à ceux qui peuvent avoir ce passage ».
L’indispensable différence
Alors, pour nous, comment faire face sans nous substituer à eux ? Comment entendre les appels d’intervention ? Par quel canal la demande passe-t-elle ? Comment susciter la rencontre ?
Les demandes faites aux équipes d’éducation à la sexualité dans les collèges peuvent émaner du chef d’établissement, ou bien du conseiller principal d’éducation ou de l’équipe de la santé scolaire. Mais, le plus souvent,
c’est l’infirmière qui prend l’initiative de la demande d’intervention, en raison de sa place privilégiée auprès des élèves qui expriment des plaintes physiquement ou verbalement, de façon répétitive ou isolée. Le mal de ventre est
celui qui revient le plus souvent, surtout chez les filles. Comment entendre
cette plainte ? Par sa pratique quotidienne, l’infirmière scolaire a appris à
déchiffrer les maux de l’âme derrière la plainte exprimée par des mots
concernant le corps ou telle partie du corps.
La principale d’un collège nomme « bobologue » l’infirmière de son établissement, dont elle sent que les élèves viennent lui confier des petits secrets
ou qu’elle imagine tels. Ce chef d’établissement a une conception maternante
de son rôle et il lui est difficile de se sentir dépossédée au profit de l’infirmière, concernée plus directement par le corps des adolescents.
Cette façon méprisante de désigner l’infirmière dit quelque chose d’un
enjeu inconscient – « le combat des mères » – dont les élèves font les frais.
On peut aussi émettre l’hypothèse d’un conflit homosexuel latent, les équipes
étant la plupart du temps féminines quasiment à 100 % (administration, santé,
enseignement). Cette dimension « homosexuée » de l’école ne simplifie pas
la vie quotidienne et l’identification des usagers.
Et ceux qui viennent de l’extérieur parler de la sexualité sont la plupart
du temps des intervenantes. Conseillère conjugale, infirmière, sage-femme,
gynécologue, viennent grossir le fleuve hyper-féminisé des équipes scolaires,
sanitaires et éducatives.
Qu’en est-il dans ce contexte de la différence des sexes qui, avec la différence des générations, structure la sexualité ? Qu’en est-il de l’Œdipe, de la
différence et de la place à occuper ?
Si l’adolescence est le lieu et le temps de la réédition et du dépassement
de l’Œdipe, que se passe-t-il lorsque « les parents » – les adultes de l’entourage, les éducateurs au sens large – sont dotés du même rôle, de la même
fonction, sans qu’une instance tierce vienne articuler, réguler et symboliser
une différence et un écart structurant ?
S’il est vrai que l’indifférenciation entraîne confusion, paradoxes, violence, folies, totalitarismes, quelle peut être l’incidence d’une certaine indifférenciation des rôles sur les comportements des filles et sur ceux des
garçons ?
Dans le collège auquel je fais allusion et où les femmes semblent se disputer les adolescents, un passage à l’acte a eu lieu en pleine crise du tandem
principale/infirmière, lors d’une intervention dans une classe de quatrième. Il
s’agit d’un collège classé en ZEP, c’est-à-dire en zone d’éducation prioritaire.
Alors que l’infirmière du collège échangeait avec le groupe des filles, je co-animais le groupe des garçons avec une infirmière du CDPM (le sigle « Centre
départemental de prévention médicale » désignant ce qu’on appelait autrefois
« dispensaire »). Au moment de la sonnerie, alors que nous disions aux garçons notre refus de distribuer des préservatifs comme ils le demandaient, l’un
d’eux, suivi très vite de quelques autres, s’est précipité sur la boîte qui contenait tout le matériel – notre outil – nous servant à faire l’inventaire des
moyens de contraception. Ils se sont servis et sont partis en courant.
Comment entendre ce passage à l’acte, si ce n’est comme une revendication de prise en compte du sexe masculin ?
Les adolescents sont obligés, souvent, de dépenser beaucoup d’énergie
pour faire entendre leur triple revendication concernant leur identité culturelle, religieuse et sexuelle. L’implantation de ce collège le colore d’une
population en majorité d’origine maghrébine avec un pourcentage d’élèves
musulmans et pratiquants très important. Pendant le ramadan, un grand
nombre ne déjeune pas et se retrouve autour d’un ballon de foot. Le foot est
la réponse de l’équipe pédagogique pour occuper le temps de cantine.
L’infirmière avait dit son désaccord sur ce choix qui ne lui paraissait pas
judicieux du point de vue d’éventuelles hypoglycémies, mais elle n’avait pas
été entendue.
Or, dans le même temps, les filles se plaignaient dans leur groupe de garçons se livrant sur elles à des attouchements.
Le masculin et le féminin dans les années collèges
Le masculin et le féminin à l’adolescence dans les années collèges, c’est-à-dire entre onze et seize ans, se donnent à entendre de façon bruyante et violente pour les premiers, plaintive et humiliée pour les secondes.
Cette détérioration des relations entre garçons et filles déjà évoquée par
une autre enseignante dans un collège « classique » nous invite à la prudence
et à la réflexion. Cette enseignante faisait allusion à une classe de sixième
dans laquelle les filles se faisaient insulter quand elles portaient une jupe. Elle
évoquait également la manière, brutale à ses yeux, dont les « emplois
jeunes » recrutés au sein des cités et embauchés comme surveillants s’adressaient aux collégiens. Le langage et le mode de communication des cités faisaient leur entrée au collège. Celui-ci, de ce fait, argumentait cette
enseignante, ne répondait plus aux critères d’apprentissage des règles de vie
ni à sa vocation de lieu de socialisation. Ces événements avaient fait l’objet
de conflits qui opposaient les professeurs à l’administration, laquelle ne
voyait pas là motif à s’alarmer.
Ces constatations dans deux collèges de deux départements voisins
d’Ile-de-France rejoignent les remarques de Joël Plantet dans un article intitulé « Détérioration des relations filles garçons » paru dans Lien social n° 645
du 5 décembre 2002. Dans cet article, il note l’augmentation des dénonciations par les filles d’agressions verbales ou sexuelles traduisant une détérioration de leurs relations avec les garçons.
Que se passe-t-il donc ?
En prenant les outils des animatrices, les adolescents tenteraient-ils de
récupérer le leur comme s’ils en étaient dépossédés ? Se sentiraient-ils menacés par un environnement psycho-socio-éducatif marqué éminemment du
sceau du féminin ? Se sentiraient-ils fantasmatiquement attaqués, agressés
par les filles et les femmes ? Et qu’est-ce qui en elles les agresse ? Par quoi
ou en quoi leur virilité serait-elle menacée ?
L’omniprésence féminine – réelle et/ou fantasmée – ne me semble pas
une réponse satisfaisante, elle est même simpliste. Il me semble que la
confrontation – l’affrontement – à la différence sexuelle ne s’est jamais faite
aisément, que ce n’est pas nouveau.
Masculin actif, féminin passif ?
Ce qui est nouveau par contre – et j’en prends la mesure depuis dix-sept
ans que j’effectue ces interventions –, c’est le discours ambiant et les représentations omniprésentes sur le sexe. C’est également la précarité que vivent
des femmes de plus en plus nombreuses élevant seules leurs enfants. Je vous
laisse méditer sur le lien entre ces deux occurrences.
Nous vivons dans une société dominée par le règne de l’image, qui
ajoute à la division en nous. D’un côté, nous sommes envahis des représentations d’une société marchande et pornographe qui chosifie le corps et
appauvrit le sexe – le monde du ça et des pulsions brutes –, de l’autre, nous
aspirons à une humanité parlante qui cherche à dire le vrai de l’énigme
sexuelle et de l’être humain animé de désir : le monde du langage et du symbole.
Face aux images du sexe omniprésentes dans la rue et sur les écrans, j’ai
parfois l’impression d’une tâche impossible à accomplir dans la transmission
aux adolescents d’une parole qu’ils puissent s’approprier afin de se dire et de
se reconnaître dans une différence créatrice d’altérité.
Dans le règne de l’image, c’est comme si les trois dimensions du temps
dont parle R.D. Nasio étaient abolies.
La première dimension, le temps de l’inconscient, est celle de la répétition et du rythme. La deuxième dimension, le temps du moi, concerne l’attente de l’avenir, la nostalgie du passé et la crainte de l’actuel. La troisième
dimension est celle de la surprise et de l’étonnement.
Le collage à l’image abolirait le temps en ce qu’il balaie toutes les différences entre passé, présent, avenir, donc les différences des générations. Dans
le même mouvement, il gomme la différence des sexes inhérente à la précédente.
Contrairement à l’effet recherché, la diffusion répétitive des images pornographiques tue le sexe, arase le masculin, le féminin, et les générations qui
naissent de leur rencontre. Elle gomme la rencontre.
Ce que les adolescents nous donnent à voir, ce sont des passages à l’acte
qui sabotent nos tentatives de créer des espaces de parole et de pensée.
Que nous disent-ils à travers cette coupure entre la parole et l’acte qui se
matérialise par une coupure entre fille et garçon, mais aussi par une coupure
entre soi et soi ? Nous disent-ils qu’aujourd’hui nous sommes menacés de
n’avoir plus accès à notre propre identité sexuée ou à notre imaginaire
sexuel ? Au féminin et au masculin en nous ?
Les différentes formes de sexualité
Je suis donc parfois déconcertée par l’humilité de ma tâche face à la
montée de la pornographie, de l’exhibitionnisme et de la prostitution.
Le dernier livre de Gérard Bonnet est venu à point me proposer un autre
angle de vue. Loin de dresser un tableau apocalyptique de la situation, il
reprend ce à quoi il nous a accoutumés dans ses ouvrages précédents – sa
conception des différentes formes de sexualité.
Aux trois formes que sont la sexualité génitale, la sexualité pulsionnelle
et la sexualité idéale, il ajoute deux autres formes : la sexualité fondamentale,
qui s’exprime par l’attrait pour l’éclatement, l’excès, la répétition, et la
sexualité du je, qui permet d’articuler les différentes formes de sexualité entre
elles et de les investir dans le rapport à un autre je. Il montre en quoi la pornographie nie toutes les formes de sexualité pour ne conserver que celle
propre à appeler en nous les fantasmes voyeuristes toujours prêts à se coller
au trou de la serrure. Il rappelle que l’homme, de tout temps, a représenté le
sexe sous toutes ses formes, sous toutes les coutures et dans tous ses états,
mais il précise que là où l’art le magnifiait en lui restituant son caractère sacré
et mystérieux, la pornographie le clive, l’appauvrit, le banalise.
Elle rend le sexe triste en ce qu’il n’est plus un moyen mais une fin en
soi. Son livre se termine sur un appel à la créativité sans laquelle aucune relation n’est possible, aucune rencontre avec l’autre.
« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part »
En guise de conclusion, j’en appelle à votre mémoire. À l’automne 1999,
une jeune inconnue de trente ans publie un livre qui, immédiatement, remporte un immense succès. Son titre en forme de prière, alexandrin scandé
comme une mélopée, dit quelque chose du désarroi actuel concernant le lien
du couple. L’appel lancé par Anna Gavalda, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, rencontre un écho qui n’en finit pas de marteler : « Part,
part, part. »
La part qui est ici convoquée en nous, peut-être est-ce la part manquante.
Celle-là même qui nous pousse vers l’attente de l’Autre adressée à un autre
manquant.
(Conférence prononcée le 24 mai 2003
à Poitiers pour l’assemblée générale de l’AFCCC )
·
WINNICOTT, D. W. 1976. « L’adolescence » (1961-1962), dans De la pédiatrie à la psychana-
·
lyse, Petite bibliothèque Payot.
·
PLANTET, J. 2002. « Détérioration des relations filles garçons », Lien social, n° 645, décembre.
·
BONNET, G. 2003. Défi à la pudeur. Quand la pornographie devient l’initiation sexuelle des
·
jeunes, Paris, Albin Michel.
·
NASIO, R.D. 2000-2001. « L’inconscient à venir ou le temps en psychanalyse », Cahiers de
·
l’enfance et de l’adolescence, n° 11, décembre-janvier.
[1]
Ce « ouf » veut dire « fou » en verlan. Mais on peut y entendre aussi un ouf de soulagement.