Dialogue
érès

I.S.B.N.2749202752
128 pages

p. 122 à 124
doi: en cours

Veille sur la revue
Vous consultez

Notes de lecture

no 163 2004/1

 
La morale de la question sociale Paris, La Dispute, 2003
 
 
Dans le foisonnement des publications en sciences humaines, cet ouvrage se distingue par une ambition très importante : rendre compte de la dimension subjective de ce que l’on a appelé la question sociale, et éclairer « l’univers moral de la responsabilité et de la faute qui habite le rapport que les perdants entretiennent avec eux-mêmes » (p. 10). Les moyens mis en œuvre pour y répondre sont également très importants. Le premier est une réflexion critique sur la question sociale initiée dès la fin des années 1970 et nourrie par plusieurs recherches qui font une analyse originale de la dimension la plus « cachée » de cette question, la dimension éthique et morale. À cette approche réflexive s’ajoute l’utilisation de la méthode biographique et des récits de vie pour rendre compte du monde vécu des « perdants » du jeu social. Perdants que certains désignent comme les losers d’une compétition dont la principale caractéristique est de dénier ce qui fonde son arbitraire : les rapports sociaux et leurs expressions dans les psychismes individuels. Dans ce monde vécu des personnes prises dans des processus d’exclusion ou de désaffiliation qui les dépassent, l’auteur dégage plusieurs moments fondamentaux : l’autonomisation subjective et le passage à l’âge adulte, la conjugalité et ses dilemmes, la parentalité et ses impasses, le vieillissement et ses injonctions, la ségrégation sociale et les stratégies d’évitement qu’elle met en œuvre. L’auteur analyse les contradictions qui traversent chacune de ces dimensions en faisant la recension des principaux travaux à leur sujet et en présentant de multiples histoires de vie. Le propos se déploie ainsi tour à tour de façon thématique et de façon générale pour rendre compte de la multitude des angles d’approche d’une question dont la complexité décourage bien des analyses. L’enjeu est d’articuler l’analyse des dimensions individuelle et celle des dimensions collectives, de conjuguer des méthodologies différentes, et, à partir de là, d’élaborer une compréhension transversale de la situation des plus démunis et des phénomènes sociaux et psychologiques de légitimation et de justification de leur situation ; et, enfin, de tenter de concilier la dimension morale et la dimension politique. L’approche se veut donc tout à la fois sociologique, philosophique, historique et anthropologique, sans dédaigner pour autant les apports de références psychologiques dans une optique qui s’inscrit dans la perspective d’une sociologie subjective ou d’une sociologie du sujet qui rencontre à l’heure actuelle de nouveaux développements.
La première partie du livre, centrée sur l’analyse d’histoires de vie particulièrement exemplaires, montre l’impossibilité pour certains d’endosser « l’idéal de la bonne parentalité » du fait de leur précarité objective et subjective. Elle met en scène les « inégalités d’amour » qui caractérisent les situations relationnelles du fait aussi bien des différences de position socio-économique que des différences de sexe, lesquelles placent irrémédiablement les individus dans des rapports asymétriques, si ce n’est bien souvent inégalitaires. D’où la formule qui étonnera bien des personnes non averties des jouissances de la sociologie : « l’amour est une composante des rapports sociaux […], une ressource inégalement distribuée et même une ressource rare » (p. 54), et pas seulement une expérience ineffable et éminemment personnelle. Sur cette base qui remet en question l’illusion d’autonomie qui fonde la vie privée, c’est-à-dire les rapports conjugaux et les rapports parentaux, se développe une analyse des processus d’entrée dans la vie active (« le devoir d’autonomie ») et de sortie de celle-ci (« le travail de devenir vieux »). Chapitres qui rappellent avec finesse, par les touches successives qu’illustrent les biographies, que les rapports familiaux sont non seulement générationnels mais aussi historiques, et qu’aux différents âges de la vie la structure des relations se modifie dans la famille selon de multiples dynamiques qui président à des changements d’état (de la petite enfance au quatrième âge) qui aujourd’hui ne sont plus ni stables ni toujours irréversibles. Il ne reste dès lors plus à l’auteur qu’à évoquer les stratégies « pour sortir de la condition ouvrière » pour que soient mis en place les éléments du puzzle que la deuxième partie va assembler.
Le titre de celle-ci, « Étatprovidence et subjectivités », trace les grandes lignes du propos. De quelle façon le dispositif qui s’est mis en place de prise en charge des marginaux, des défavorisés, puis des exclus… traite-t-il – ou sollicite-t-il – la subjectivité des individus censés entrer dans les catégories définies par l’action sociale comme publics cibles ? Dans cette histoire de la confrontation de l’État social aux subjectivités, la clé de lecture est la question de la responsabilité et de son attribution progressive aux victimes par une problématique républicaine qui n’arrive pas à dépasser la contradiction suivante : vouloir appliquer les principes de la démocratie dans un contexte néo-libéral, et ce sous l’égide d’une figure qui métaphorise l’impact antérieur de l’imaginaire religieux de l’assistanat, à savoir la Providence.
À la question posée par la nécessité du contrôle des populations potentiellement dangereuses répond tout au long du XX e siècle le passage de la contrainte à l’adhésion des populations : et ce comme principe de gestion sociale parallèle à la transformation de l’État disciplinaire en État-Providence, puis, selon l’expression de certains, en État animateur, et au transfert de la responsabilité de l’échec de l’idéal égalitaire sur les perdants eux-mêmes, subjectivement désavoués au bénéfice d’une culture moderne de la culpabilité. Contre la prégnance d’une telle culture, l’auteur dissipe un certain nombre d’illusions interprétatives sur la responsabilité qu’auraient les perdants du jeu social quant à leur situation. La plus manifeste de ces illusions est sans doute la psychologisation de leur situation, qui les renvoie aux failles et aux impasses de leurs histoires personnelles sans identifier ce qui participe de déterminations plus collectives. Si bien que l’allocataire devient « une personne qui doit gérer les deux problèmes de l’utilité sociale et de la condamnation morale pour assurer une contrepartie à un revenu qui ne permet pas de vivre décemment » (p. 194) – comme pour le revenu minimum d’insertion. Ce que résume le titre non dénué d’ironie du dernier chapitre, « La culpabilité des innocents ».
L’auteur s’attache à essayer de trouver des solutions à un problème qui semble bien ne pas en avoir, compte tenu de la faillite conjointe des systèmes libéraux et des systèmes socialistes en la matière, si ce n’est à penser que les progrès de la réflexivité seront suffisants pour faire pencher la balance du côté d’une rationalité morale. Ce qui rendrait réaliste l’hypothèse qu’il fait sienne : « nous avons la capacité, le besoin et le désir de créer le pouvoir, la possibilité et la puissance de réponses humaines et démocratiques à la question sociale ». Hypothèse qu’avec l’aide de l’auteur nous invitons à méditer…
Gérard Neyrand
 
Florence Giust-Desprairies L’imaginaire collectif Toulouse, Erès, 2003
 
 
L’auteur différencie la notion d’imaginaire collectif des notions voisines de représentation et d’idéologie, et même de celle d’imaginaire social. L’imaginaire collectif est l’ensemble des éléments qui, dans un groupe donné, s’organisent pour ce groupe en une unité qui fait sens, et ce à son insu. L’imaginaire collectif n’épuise pas les significations imaginaires du groupe ni celles des individus qui le composent, mais il se présente comme un principe d’ordonnancement, une force liante, qui est déterminant pour le fonctionnement groupal car il assure une cohérence entre les projets, les objectifs, les volontés d’agir, les diverses conduites professionnelles.
Psychosociologue clinicienne, Florence Giust-Desprairies pratique la recherche et l’intervention depuis de longues années dans différents milieux professionnels. Elle nous propose ici une théorisation originale de la notion d’imaginaire collectif en l’articulant aux travaux de nombreux auteurs et à son expérience des groupes des organisations. Comme l’écrit Eugène Enriquez dans sa préface, elles nous fait pénétrer dans l’univers « des écoles, des centres de formation, d’une entreprise industrielle, à la rencontre de sujets saisis individuellement ou en groupe. On les voit s’affronter, agencer les éléments pertinents de leurs constructions collectives, découvrir des scénarios méconnus qui fondent leurs actions, élaborer de nouvelles significations. […] Ces sujets bougent, désirent, se protègent et s’affrontent devant nous dans de véritables courts métrages où l’on voit se faire et se défaire “l’imaginaire collectif” ».
 
Gérard Decherf avec Laurence Knera et Elisabeth Darchis Souffrances dans la famille Thérapie familiale psychanalytique d’aujourd’hui Préface de Serge Tisseron Paris, InPress, 2003
 
 
La famille est souvent un lieu de souffrance où l’individu ne trouve ni place ni possibilité d’autonomisation. De ces défaillances de la contenance et de l’environnement familial peuvent naître plusieurs pathologies : insuffisance de protection (On ne peut pas vivre avec moi), excès de protection (On a besoin de moi pour vivre) ou alternance des deux (A-t-on besoin de moi ? À quoi je sers ?). Pour assurer la survie psychique se développent des réactions de défense, des constructions individuelles et familiales.
Cet ouvrage étudie ces défaillances familiales et montre comment la thérapie familiale psychanalytique permet de dénouer les liens de souffrance pour faire naître les liens d’autonomie et de créativité qui caractérisent le développement normal de la famille. La thérapie permet le passage de la survie à la vie psychique.
L’ouvrage fait un état des lieux de la thérapie familiale psychanalytique. Il présente les concepts de base nécessaires à la compréhension du fonctionnement groupal et familial à travers une étude de Freud et un panorama détaillé de l’apport des auteurs contemporains pour penser la psyché groupale et familiale.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis