Dialogue
érès

I.S.B.N.2749202787
128 pages

p. 111 à 112
doi: en cours

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Notes de lecture

no 166 2004/4

 
Ginette Lespine, Sophie Guillou Surmonter le chômage en famille Comment rebondir ? Paris, Albin Michel, 2004
 
 
Ce livre est le fruit de la collaboration d’une psychologue et d’une journaliste. C’est à la clinique du traumatisme et du deuil que Ginette Lespine nous invite à nous référer pour penser le chômage. La perte du travail est une expérience déstabilisante qui affecte la vie privée et les relations familiales en ce qu’elle touche à la construction de soi et de l’identité forgée grâce aux premiers liens. Le sentiment d’exister est atteint réactivant la peur de l’abandon et les failles de la relation à soi-même et à autrui. Si l’on subit cet événement, on peut agir sur la façon de le vivre et de le penser. Envisagé comme une crise, le chômage recèle dans sa dynamique le moyen de le surmonter grâce à un décryptage des messages dont elle est porteuse et qui réfère toujours aux avatars de l’histoire de chacun.
Le déni est le mécanisme de défense dominant face à l’angoisse. Il maintient l’illusion de maîtrise de la situation, permet de fuir la réalité, évite la culpabilité liée au conflit entre le moi et l’idéal, prévient l’effondrement narcissique et l’installation dans un statut de victime. L’auteur suggère la mise en mots du ressenti pour soi-même et son entourage pour réduire la tension émotionnelle, déposer son fardeau, ne pas s’enfermer dans la plainte.
Si la femme réinvestit temporairement son rôle traditionnel, l’homme est affecté durablement dans son identité masculine le portant vers la protection des siens. Le non-travail ravive l’angoisse d’une position féminine, menace sa puissance masculine garante de son emprise sur le monde. Il est ainsi renvoyé à une impuissance et à un déséquilibre réveillant d’anciennes rivalités. Il importe de les nommer afin de les dépasser, d’inventer un nouveau mode relationnel, de dire la vérité aux enfants pour leur épargner angoisse, culpabilité, toute-puis-sance. Les informer dédramatise, rassure, empêche une permutation des places, favorise une réflexion sur les valeurs à transmettre et une redécouverte des échanges.
C’est vrai pour l’adolescent enclin à la toute-puissance et en quête de limites. La fragilité du père génère de l’angoisse, amplifie le conflit d’affirmation de soi, entrave le travail intérieur de séparation. Trouver du répondant et découvrir les ressources du père face à l’obstacle peut aider l’adolescent à mûrir et renforcer les liens. Si c’est un jeune adulte qui se retrouve en chômage, il convient de le soutenir, de le rassurer sur sa valeur et sur son identité qui passe par une inscription professionnelle. Resté dépendant, il peut être envahi par un sentiment de culpabilité. Par un effet de miroir, ses sentiments négatifs rejaillissent sur la famille. Celle-ci a les moyens de lui redonner confiance en ses qualités et compétences d’adulte responsable.
À côté de la chute de l’estime de soi doublée d’un sentiment de honte, celui qui perd son emploi subit une perte concernant le rapport au temps, qui n’est plus scandé par une alternance d’activité et de repos. On se structure en fonction du temps qui s’écoule, et, « si le temps s’immobilise trop longtemps, il y a quelque chose en soi qui meurt ». Il est donc primordial de se fixer un emploi du temps, des objectifs et des buts afin de remplir le vide. Cela relance aussi l’énergie du corps mis au ralenti par la cessation d’activité. Retrouver le plaisir de l’effort donne la satisfaction d’accomplir quelque chose, de remettre le corps en route, de se réapproprier l’estime de soi, de se sentir exister, de concevoir des projets.
Cela suppose le deuil de ce qui est perdu. Face au conjoint, le chômage réveille l’ambivalence des sentiments liés au besoin de l’autre pour combler le manque. On peut nier sa fragilité par crainte de la contamination en se valorisant à son insu. Cela crée un déséquilibre susceptible de s’inverser quand le conjoint retrouve un travail. Celui qui soutenait l’autre risque de s’effondrer si la reprise du travail n’est pas anticipée. Le conjoint écoute, mais ne peut faire office de tiers. Seul un thérapeute peut restaurer estime et confiance en soi. Il favorise le travail de liens entre la situation actuelle et l’histoire passée.
Vécu comme une exclusion après 50 ans, le chômage peut aiguillonner le désir de changement et d’évolution inhérent à l’être humain en perpétuel mouvement. Cela ne se fait pas sans renoncement : « Pour gagner quelque chose, il faut apprendre à perdre. » À lire cet ouvrage, on gagne une vision optimiste des capacités de chacun à rebondir.
Florence Bécar
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