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Dialogue

2005/1 (no 167)

  • Pages : 128
  • ISBN : 9782749204277
  • DOI : 10.3917/dia.167.0121
  • Éditeur : ERES

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Pédopsychiatre, Myriam David a passé sa thèse juste avant l’interdiction faite aux juifs d’exercer la médecine.

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Myriam David vient de disparaître le 28 décembre 2004 dans sa quatre-vingt-huitième année. Une foule émue a accompagné ses obsèques. C’est une grande dame que nous perdons. Grande dans tous les aspects de son chemin de vie.

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À 25 ans, elle a participé à la résistance, en devenant responsable du réseau « COMBAT » qui s’occupait de fournir des faux-papiers à des personnes qu’il fallait protéger. Repérée et emprisonnée, elle a subi les horreurs du camp de concentration d’Auschwitz. Elle n’en a fait part qu’oralement, à des moments où nous l’entourions et pour la revue Devenir, elle n’a écrit qu’un seul texte en témoignage [1][1] « Médecin à Auschwitz », article extrait du livre Les... « Médecin à Auschwitz ». Elle a pu en revenir, grâce à une analyse de la situation de danger, un courage et une audace particuliers. Au moment où le débarquement des Alliés avait lieu, les prisonniers restant étaient poussés hors des camps et, après des marches ne menant nulle part, étaient abattus. Là, Myriam a pris l’initiative de se sauver, emmenant avec elle sa sœur et une autre femme et elles ont réussi. Elles ont cru marcher des heures et des kilomètres avant de trouver refuge, alors qu’elles n’avaient parcouru que cinq kilomètres…

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De cette expérience effondrante, Myriam a pu émerger grâce à sa psychanalyse menée aux USA à Boston où elle était allée étudier après la guerre de 1946 à 1950, ayant reçu une bourse de l’aide alliée à la résistance française. Elle a travaillé auprès de Kanner et a été supervisée par Béata Rank.

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Profondément marquée par ce qu’elle avait enduré, elle nous a transmis combien le développement du psychisme humain va de pair avec le respect du bien-être corporel. Soigner pour elle et pour nous, c’est prendre soin globalement de la personne. Myriam, elle, s’est particulièrement intéressée aux « petites personnes », d’abord à ces bébés orphelins recueillis dans les pouponnières d’après-guerre qui souffraient non seulement de cette perte parentale, mais aussi des conditions de vie carentielle des institutions qui, à cette époque, offraient une sécurité matérielle mais pas de référence stable d’une soignante à un bébé qui aurait permis la construction d’un attachement sécure à ces jeunes enfants. Elle travailla dans le service de Jenny Aubry, avec Geneviève Appell, son amie de toujours avec qui elle œuvra plus tard, pour faire connaître la pratique et la réflexion émanant de la pouponnière Loczy [2][2] M. David, G. Appell, Lóczy ou le maternage insolite,.... Elle a aussi collaboré avec John Bowlby.

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Puis, tout logiquement, les placements familiaux ont suscité son intérêt :

comment permettre à des enfants de prendre place dans une deuxième famille quand la défaillance de leurs parents naturels les y avaient conduit ? Comment à la fois garder des liens symboliques d’appartenance familiale et certains contacts avec les parents naturels et vivre d’autres relations plus fiables avec une famille d’accueil ? Passer de l’une à l’autre quand il y a des weekends ?

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La création du placement familial, le CAFT de Soisy-sur-Seine en 1966 a permis une recherche inlassable à ce sujet. Le livre de Myriam à ce propos fait référence [3][3] M. David, Le placement familial de la pratique à la....

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En 1975, c’est l’unité de soins spécialisés à domicile de la Fondation de Rothschild du XIIIe arrondissement de Paris qu’elle crée avec l’aide toujours renouvelée du professeur Serge Lebovici et de Marcelline Gabel, alors directrice du centre Binet dans le même arrondissement. Cette institution pouvait trouver sa place dans l’intersecteur de psychiatrie, après que Myriam ait travaillé des années durant sur les lieux de consultation et de garde des jeunes enfants, particulièrement au centre de PMI Massena ( XIIIe ) avec le docteur Brunet.

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Là, des bébés en souffrance et leurs parents en difficulté accéderaient à des soins avant l’acmé de problèmes qui aboutissaient à une séparation, voire une rupture. Peut-être pourrait-on éviter ces placements si les inter-relations devenaient plus harmonieuses ou accompagner des distanciations partielles, voire des placements en permettant une meilleure intégration psychique de ces changements de vie.

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Myriam avait quitté la direction de l’unité en 1983, mais nous a largement supervisés encore des années durant et s’est toujours intéressée à nos évolutions.

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Enseigner, au sens de faire partager ses connaissances et permettre à chacun de valoriser les siennes, a été une passion pour elle. Les assistantes sociales lui doivent la création du centre de formation de Soisy-sur-Seine, l’introduction du « case-work ».

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Les innombrables séminaires, colloques, journées de réflexion qu’elle a animés lui donnent une notoriété et une reconnaissance importantes dans le milieu professionnel de la petite enfance.

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Avec Myriam, de son vivant, nous avons pu évoquer sa fin de vie, tout simplement.

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À Myriam, nous avons pu rendre hommage dans des cadres intimes, directement, comme sur la carte que je lui adressais la semaine dernière où je lui disais ma gratitude et formulais des vœux pour cette année 2005, qu’elle n’aura pas vue arriver ou dans des cadres plus officiels comme à la remise de sa légion d’honneur par le professeur Serge Lebovici, et à Budapest [4][4] Budapest – Symposium de l’institut Pickler Lóczy. Pour..., à Amsterdam [5][5] Amsterdam, juillet 2002, Myriam David a reçu de la... ou encore à Aix-en-Provence il y a deux ans [6][6] Colloque relaté dans le numéro 25 de mars 2003 de la....

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Là, un colloque a eu lieu à l’université, sur l’initiative d’Alberto Konichekis où, pendant deux jours, des professionnels sont venus témoigner, en sa présence, de l’immense apport qu’elle avait offert à leur formation et à leur pratique. Quand nous avions discuté du projet de ce colloque, Myriam, avec ses yeux bleus pétillants et son beau sourire, me disait en riant que c’était très agréable d’entendre des discours qui, habituellement, ne sont dits qu’après la disparition d’une personne et que là, elle allait en profiter ! Elle avait écouté simplement et commenté en référence à la clinique. Et nous avons pu en profiter, nous aussi, jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à hier, car elle n’a cessé de nous enrichir.

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De Myriam, nous avons reçu une extraordinaire attention pour nos capacités, si modestes soient-elles, le goût pour mener ce travail auprès des bébés en souffrance et de leurs parents et l’enthousiasme pour le continuer malgré des doutes ou des lassitudes.

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Myriam nous a montré et démontré un formidable respect de l’humain.

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Au-delà de toute référence théorique, la disponibilité psychique qui émanait d’elle portait à l’humanisation de l’Autre, qu’il soit patient ou collègue.

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C’est ce souvenir vivant que nous garderons pour continuer.

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Merci à elle.

Notes

[1]

« Médecin à Auschwitz », article extrait du livre Les mannequins nus de Christian Bernadac, éditions France Empire (1971) puis Famot (1972).

[2]

M. David, G. Appell, Lóczy ou le maternage insolite, Paris, Éd. Le Scarabée, 1973.

[3]

M. David, Le placement familial de la pratique à la théorie, Éditions ESF, 1989.

[4]

Budapest – Symposium de l’institut Pickler Lóczy. Pour la première fois, Myriam David, publiquement, a fait référence à son expérience de prisonnière et à l’influence qui en a résulté sur son parcours professionnel. Dans le film Une maison pour grandir, Martino a capté ces confidences émouvantes.

[5]

Amsterdam, juillet 2002, Myriam David a reçu de la WAIMH un sensible hommage, avec le prix Lebovici.

[6]

Colloque relaté dans le numéro 25 de mars 2003 de la revue Spirale consacrée à Myriam David, « L’accueil du jeune enfant ».

Pour citer cet article

Barraco de Pinto Marthe, « Hommage à Myriam David (1917-2004) », Dialogue, 1/2005 (no 167), p. 121-124.

URL : http://www.cairn.info/revue-dialogue-2005-1-page-121.htm
DOI : 10.3917/dia.167.0121


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