2005
Dialogue
Éditorial
Philippe Robert
La question du traumatisme intéresse particulièrement le clinicien du couple
et de la famille. Les problèmes que pose le trauma dans la clinique se déclinent notamment selon deux axes : celui des liens et des capacités transformatrices du groupe et celui de l’interaction constante entre réalité objective
et réalité psychique.
La métapsychologie situe essentiellement le traumatisme dans sa dimension
économique : un trop-plein d’excitation déborde les capacités de résorption
de l’appareil psychique. La trace va non seulement continuer à subsister, mais
l’effraction pourra endommager à long terme le fonctionnement psychique
dans son travail de liaison. La famille, de par sa fonction contenant/conteneur, tente de métaboliser les éléments bruts qui ne peuvent plus se psychiser. Le groupe couple – qu’il est possible de nommer ainsi lorsque l’on parle
de sa fonction – opère un travail similaire dans son processus d’affiliation.
Le modèle des thérapies psychanalytiques de couple et de famille repose, en
partie, sur la remise en route des processus de liaison.
Quand Freud écrivait « Fliess, Je ne crois plus à ma neurotica », il mettait en
avant la séduction fantasmatique par rapport à la réalité de la séduction.
Depuis quelques années les cliniciens se trouvent plus directement confrontés à des situations de violence, de maltraitance, d’abus sexuels... Il a vivement été reproché à certains psychanalystes de traiter l’inceste comme un
fantasme alors même qu’il pouvait être une réalité. C’est avec le travail sur
les liens que les cliniciens du couple et de la famille sont davantage tiraillés
entre la réalité objective et la réalité psychique. Ainsi certains traumas peuvent résulter de la maladie ou de la mort d’un enfant, de violences conjugales... Il en va de même pour des expériences quasi irreprésentables non
élaborées dans les générations précédentes. Ces événements peuvent largement déborder l’histoire de la famille et toucher un peuple ou une civilisation; en disant cela, je pense aux génocides.
Notre pratique s’inscrit dans un environnement et une culture. Une des difficultés de notre travail consiste à garder vivants des processus de pensée qui
ne peuvent se résumer au seul traitement des événements. Le risque serait de
méconnaître la part fantasmatique active de tout un chacun. La réalité psychique déconstruit et reconstruit ainsi constamment la réalité externe.