Approche psychosomatique des conduites addictives alimentaires
Maurice Corcos
Reprenant les principales dimensions psychopathologiques participant à la compréhension des conduites addictives
alimentaires, et les articulant avec les mécanismes neurobiologiques générant et entretenant une véritable addiction, nous privilégions une approche psychosomatique qui
permette d’éclairer certaines données cliniques, d’affiner nos attitudes thérapeutiques et d’ouvrir notre réflexion à des
perspectives de recherche nouvelle. Dans
une approche étiopathogénique, transnosographique, intégrant l’impact de l’environnement socioculturel et des dimensions
transgénérationnelles, nous avons évoqué,
dans le dysfonctionnement des interrelations
précoces et ses conséquences sur le développement de l’enfant et le processus d’adolescence, une hypothèse centrale dans les
conduites addictives alimentaires : la
défaillance du maternel chez les mères des
patientes, en particulier dans l’investissement du corps autonome, vivant et érotique
de l’enfant. Cette défaillance ne favoriserait
pas une bonne intégration du féminin chez le
sujet et participerait à l’avènement d’une
organisation sadomasochiste qui le fixe à ses
objets infantiles.
Sur la base de ces modalités de construction
identitaire, nous avons abordé la génèse de
ces conduites en soulignant successivement
le développement, du fait du défaut de
contenant maternel (pare-excitant, organisateur et liant des motions pulsionnelles de
l’enfant), d’une organisation dépressiveantidépressive (dépressivité), témoin d’une
rupture du développement; celui d’une inactivation partielle, et dans certains domaines,
des processus de mentalisation défensive du
rapproché relationnel vécu comme emprise
(alexithymie). L’organisation symptomatique évolue, selon nous, vers une modalité
corporelle et comportementale de régulation
de l’équilibre du sujet afin de parer à un
risque dépressif ou de désorganisation. Ce
processus de régulation touche le système
plaisir-déplaisir avec la génèse d’un autosadisme et d’un masochisme moral, source
d’une jouissance endogène « à défaut ».
Ces dimensions ouvrent la voie à un frayage
psychosomatique d’autant que les « solutions » névrotiques et perverses sont en
échec, et qu’une pathologie organique
secondaire à la conduite constitue un point
d’appel de substitution d’une invalidité physique à une invalidité psychique.Mots-clés :
Anorexie mentale, boulimie psychosoma, tique, adolescence.
• Pertinence du concept
d’addiction dans les TCA
• Données épidémiologiques et
composantes socioculturelles
• Approche psychosomatique
• Dépression et alexithymie :
dimensions centrales
• BIBLIOGRAPHIE