Mais à qui profite la médiation familiale ?
Benoit Bastard
La médiation familiale existe en France depuis un peu moins de vingt ans et elle a obtenu, en
2002, une reconnaissance officielle sous la forme de la création d’un diplôme décerné par
l’État. Cet article analyse le succès de la médiation et la place qu’elle occupe aujourd’hui dans
la régulation des affaires privées. Pour ce faire, il considère différents niveaux de changement:
l’évolution de la famille, celle de l’intervention sociale, ainsi que les stratégies développées
par les médiateurs. En ce qui concerne la famille et les ruptures d’union, la médiation familiale s’inscrit dans le droit fil des conceptions qui dominent actuellement. Elle se fait le promoteur de séparations négociées, permettant le maintien des relations entre l’enfant et le parent
avec lequel il ne vit pas. S’agissant des transformations de l’action sociale, la médiation apparaît également comme l’expression d’un mouvement plus large : la diffusion d’une forme
« douce » d’encadrement des comportements privés. En médiation, les parties sont conduites
à écouter l’autre et à faire des concessions. Le dispositif lui-même est porteur d’une normativité forte. Le succès de la médiation ne s’explique cependant que si l’on prend en considération le troisième niveau, l’action des médiateurs : renforcement de la formation, obtention de
soutiens sans faille dans la société civile et l’État, et détermination dans la volonté de créer une
profession. L’auteur s’interroge sur les raisons qui sont à la base de cette détermination et
évoque les questions qui se posent aujourd’hui aux médiateurs. Mots-clés :
Médiation familiale, divorce, travail social, stratégies professionnelles.
• La promotion d’un modèle de famille
• Un nouveau dispositif d’encadrement
des comportements privés
• La construction d’une nouvelle profession
• Conclusion