Dialogue
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I.S.B.N.2749204305
128 pages

p. 3 à 5
doi: en cours

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no 170 2005/4

2005 Dialogue

Éditorial

Régine Scelles Professeur des Universités Laboratoire PRIS, Université de Rouen
La revue Dialogue a toujours été au cœur des débats concernant la manière de penser les familles et les couples qui traversent une crise ; elle a toujours soutenu et alimenté la réflexion sur les dispositifs de soin psychique afin d’ouvrir des pistes à leur nécessaire évolution. C’est pourquoi, elle souhaite contribuer à la réflexion théorique et pratique sur le dispositif de médiation familiale.
Il n’y a pas de couple, pas d’individu sans historicité sociale, pas de pratique d’aide, de soin qui ne se réfèrent à l’état d’une société donnée, à un moment donné. Il n’y a pas non plus de dispositif concernant la famille qui ne soit conçu, mis en œuvre sans une théorie, une manière de concevoir le sujet, le groupe, les processus de construction et d’évolution de leurs liens et leurs fondements. Aussi est-il impossible de mener une réflexion sur le métier de médiateur familial et sur les missions qui lui sont assignées, sans en référer au climat social et politique dans lequel cette profession a été promue en France, et sans analyser les raisons de l’écho qu’elle rencontre dans notre société chez les décideurs.
Cette pratique pose de manière renouvelée la question de la délimitation entre sphère privée et sphère publique, entre « réalité psychique » et « réalité », et interroge le pouvoir du professionnel, celui de l’État et leurs limites respectives sur la vie intime des couples et des familles.
Aujourd’hui, l’intervention croissante de l’État dans la vie des familles, les volontés politiques de plus en plus fermement affirmées de faire en sorte que les familles soient encore plus aidées à être « bien » avec leur enfant, conduisent à une augmentation et à une diversification des propositions d’interventions : interventions éducatives, socio-éducatives, thérapeutiques, groupes de soutien, groupes d’échanges… La médiation est l’un de ces dispositifs qui prend une place particulière dans le paysage français actuel, du fait qu’elle a donné lieu à la création d’un diplôme ; diplôme qui n’est pas un diplôme de « psy » mais de « médiateurs », qui sont des « tierces personnes qualifiées, impartiales, indépendantes et sans pouvoir de décision ».
Du fait du soutien de l’État, sans nul doute cette pratique va se développer, et il devient urgent de penser cette intervention auprès des couples par rapport à celle de psychologue, conseiller conjugal, psychiatre, thérapeute de couple ou de famille… Ce qui amène à discuter de la médiation, née en Amérique du Nord, tant sur le plan des théories qui la fondent, que de l’éthique de la relation, de la morale qui la sous-tendent, et de la pertinence de cette pratique et de ses indications.
En introduction à ce numéro, rappelons la définition adoptée par le Conseil national consultatif de la Médiation familiale en 2002 : « La médiation familiale est un processus de construction ou de reconstruction du lien familial axé sur l’autonomie et la responsabilité des personnes concernées par des situations de rupture ou de séparation dans lequel un tiers impartial, indépendant, qualifié et sans pouvoir de décision – le médiateur familial – favorise, à travers l’organisation d’entretiens confidentiels, leur communication, la gestion de leur conflit dans le domaine familial entendu dans sa diversité et dans son évolution. »
La médiation familiale est envisagée parfois comme une clinique du lien défait, dans lequel il s’agit de puiser une ressource pour l’action. Dans les écrits fondateurs de cette pratique, figure en bonne place l’idée qu’elle s’appuie sur des principes d’autonomie, de responsabilité et d’autodétermination, sur le postulat que la solidarité familiale doit être soutenue et, enfin, que dans les situations de conflits familiaux, les droits des enfants et des parents doivent être préservés. Il s’agit donc de se placer dans la réalité, de s’appuyer sur la raison et d’être pragmatique.
Lorsque sur Internet, on tape le mot-clé « médiation familiale », les mots qui apparaissent le plus souvent dans le texte de présentation sont : résolution de conflit, renouer le dialogue, mieux se séparer, prévention, efficacité, construction, liens… En particulier sur les sites québécois, il est décrit avec minutie des protocoles de pratique de médiation devant suivre plusieurs étapes abordées successivement, dans un ordre précis. À eux seuls, ces motsclés, ces protocoles laissent entrevoir l’étendue et la diversité des questions que pose ce dispositif, concernant tant la formation des médiateurs que la délimitation de leurs missions. Au cœur de tout cela, figurent en bonne place le sens, la fonction et la manière dont sont perçus, pensés et traités les conflits de couple.
Dans ce contexte, se pose le problème de savoir quelles sont les indications de cette pratique et ses limites, et, si, en particulier, les thérapeutes du couple et de la famille peuvent, ou non, y prendre place ou s’ils doivent s’y refuser. Certains auteurs, dans ce numéro, posent la question du référent psychanalytique dans la pratique de médiation, théorie qui n’est pas au fondement de sa conception.
Nous avons réuni ici des praticiens de la médiation et/ou de la thérapie de la famille et du couple (MM. Berger, Ducousso-Lacaze, Grechez, Martinière, Viaux). Tous, à partir de leur pratique de soin, d’accompagnement et de recherche interrogent les indications, les limites de la médiation, ses effets et ses liens avec les autres dispositifs. De son côté, le sociologue B. Bastard met en perspective ce dispositif, la profession de médiateur avec une certaine conception de la famille et avec la manière dont l’État, au fil du temps, a souhaité intervenir dans ce domaine de la vie privée.
À la lecture de l’ensemble de ces articles, le lecteur pourra saisir à quel point cette profession et cette pratique soulèvent des questions fécondes, si on les laisse cheminer, et si le pragmatisme ne prend pas trop rapidement le pas sur une réflexion critique.
Comme toujours, Dialogue propose plusieurs articles hors thème.
J. Cassanas invite les thérapeutes familiaux à s’intéresser aux effets de la communication analogique dans le cadre de la thérapie familiale, et à la manière de travailler avec la complexité de cette dimension de la communication interindividuelle et groupale.
A. Thévenot et coll. poursuivent la réflexion initiée précédemment dans le numéro sur les familles d’accueil. Puis L. Gadeau invite le lecteur à réfléchir au sens de l’acte éducatif pour l’adolescent et pour celui qui le pose, chacun ayant sa subjectivité et sa temporalité propres. Enfin, à partir d’une pratique d’analyste dans un lieu de rencontre parent-enfant, F. Pérez invoque les notions de complexité et de chaos déterministe pour penser la complexité des conflits familiaux traversés par chaque sujet dans un système intersubjectif, tel qu’il existe dans ce lieu de rencontre.
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