Dialogue
érès

I.S.B.N.2749205964
128 pages

p. 117 à 121
doi: en cours

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Notes de lecture

no 171 2006/1

 
Monique Dupré la Tour Les crises du couple Leur fonction et leur dépassement érès, 2005
 
 
Pour évoquer les crises, l’auteur part de l’histoire de la thérapie du couple et de son évolution. C’est grâce à la découverte de son aspect groupal que la recherche a évolué vers une prise en compte des éléments inconscients, de leur circulation fantasmatique et de la haine inhérente à la relation. En s’appuyant sur les éléments en jeu et en les mettant au travail, le couple devient un outil de soin pour ses membres. Il s’agit du couple psychique dont le lien s’organise sur des accords conscients et des pactes inconscients. Penser le couple consiste à se représenter son institution et la relation dans la durée favorisant la projection de l’objet interne sur le partenaire. La fonction psychique de la sexualité acquiert là toute sa valeur de séparation engendrant la création.
Écouter le couple, c’est lui offrir un contenant, entendre ce qui s’actualise de l’histoire infantile de chacun, prendre la mesure de la fonction psychique de la souffrance, penser l’écart entre les représentations et la réalité. C’est aussi favoriser l’ouverture de ses frontières pour que chacun y gagne en fécondité, et reconnaître le symptôme comme création à symboliser et à transformer. Le processus et le contrat thérapeutique entraînent une atténuation du symptôme, un travail sur le lien dans une chaîne associative, une interprétation sur la défaillance de l’environnement primaire ravivée en couple, et une élaboration des deuils. L’analyse du choix ayant permis de répéter et – peut-être – de dépasser le conflit, apporte la reconnaissance d’une altérité pour l’autre et d’une subjectivité pour soi, le passage du besoin au désir. La thérapie est un lieu de transformation de l’agir en mentalisation grâce à une reprise du travail de séparation-individuation du premier objet d’amour bloqué par l’ambivalence empêchant le deuil.
Monique Dupré la Tour repère trois organisateurs du couple : le projet, la relation et la durée, et montre à travers une analyse de sa pratique, deux choix possibles :
  • le choix défensif du projet plutôt que de la relation entrave la constitution du lien et débouche sur la séparation ;
  • le choix du projet et de la relation permet le dépassement de la crise grâce à une intégration des éléments refoulés et à la reprise de l’histoire de chacun, ouvrant sur la réorganisation de nouvelles collusions et sur le maintien du couple vivant.
Dans son contre-transfert, le thérapeute est vivement sollicité dans son monde archaïque concernant la non-intégration de la violence fondamentale à la recherche d’une issue dans la relation amoureuse. Attaquer l’autre pour s’en différencier sans le démolir évoque la phase de développement primaire d’« utilisation de l’objet », dont chacun a fait l’expérience. C’est là le sens de la répétition des « scènes » où survivre à la destructivité de l’autre s’éprouve dans le but d’entrer dans l’intersubjectivité. C’est ce que fait le thérapeute en nommant la potentialité créatrice de la destructivité.
Monique Dupré la Tour émaille sa recherche de nombreux exemples et la clôt sur Médée. À travers le mythe, elle analyse une rupture sans élaboration où l’objet d’amour devient objet de haine. Le couple, fondé sur les crimes que Médée a commis pour protéger Jason et sur la rupture de chacun avec sa généalogie, se lie sur un pacte de défense contre la mort. Investir un objet de haine permet de maintenir un lien. Médée est l’instrument des déesses, Jason celui d’une vengeance : les missions venues des générations antérieures entravent la constitution du couple. La séparation non faite avec elles s’actualise sur le couple actuel : les enfants ne peuvent s’inscrire dans la filiation.
Florence Bécar
 
Sophie Marinopoulos Dans l’intime des mères Fayard, 2005
 
 
Sophie Marinopoulos, psycho-logue clinicienne et psychanalyste à Nantes, est connue depuis de nombreuses années pour son travail spécifique auprès des mères qui accouchent sous X.
Dans ce récent ouvrage, S. Marinopoulos aborde l’intime des mères sous ses aspects les plus divers et les plus déroutants, de la mère meurtrière à la mère inféconde, en passant par la mère qui abandonne. Elle rend compte avec pudeur, respect et délicatesse du cheminement de ces figures « composites » de la maternité. Elle s’interroge sur le processus par lequel se construit la maternité dans la toute première enfance.
Sans délaisser la problématique œdipienne, souvent présentée de façon schématique au public, S. Marinopoulos met l’accent sur la période pré-œdipienne et l’« archivage des pensées maternelles » qui s’y rattache.
Dans un langage accessible mais rigoureux, l’auteur fait partager le remaillage tout à fait délicat qu’elle permet à ses patientes, en les accompagnant sur ce chemin qui ramène Parce qu’il ne craint pas d’impliquer plusieurs disciplines trop souvent séparées : l’histoire et l’anthropologie, la sociologie et la psychanalyse, autour de son interrogation sur les errances de la conjugalité.
Plus on avance dans la lecture de l’ouvrage, plus on découvre l’importance de l’inconscient dans l’interaction amoureuse. Non seulement l’inconscient y est partout présent, mais à l’évidence c’est lui qui mène la danse.
Pour le lecteur non psychanalyste, la prise de conscience est dure : que restera-t-il de nos amours si nous laissons nos inconscients écrire le scénario de notre vie amoureuse et sa mise en scène ?
Dans ce livre, sont rassemblés des textes variés dont certains ont déjà paru dans la revue Dialogue, mais leur lecture simultanée est intéressante car chaque texte éclaire d’un jour nouveau le suivant.
Ainsi le thème, cher à l’auteur, du risque fusionnel de se perdre dans l’autre – d’où les multiples stratagèmes que chacun met en place pour s’en défendre – se trouve enrichi par une étude dynamique de la structure du lien conjugal. Si pour les personnalités fragiles le lien conjugal est un risque, il peut aussi représenter une voie de structuration de la psyché. Entre le risque de se perdre dans une aliénation sans issue, et la possibilité d’en sortir, blessé certes, mais en tous cas plus mature, se situe l’aide que propose la thérapie de couple.
Si d’une certaine façon les conjoints font le couple, ce couple va travailler en profondeur la psyché de chacun. La résilience devient alors aux prémices de la relation à l’autre mère, la toute première.
Elle distingue ce qu’il en est d’une démarche véritablement analytique, et attire l’attention sur la confusion parfois faite avec une analyse intellectuelle des problèmes que le patient viendrait déposer chez le psychanalyste, démarche où la rencontre avec soi-même est évitée. Dans une société pressée où le souci des performances est permanent, comment préserver des espaces où le soin psychique consiste à entendre de l’autre quelque chose de soi qui touche profondément ?
S. Marinopoulos fait aussi preuve d’un réel souci du public et des politiques. Elle invite vivement tous ceux qui font le monde d’aujourd’hui et de demain à prendre soin de la santé des mères.
Cet ouvrage s’adresse tout autant aux professionnels du soin psychique qu’à ceux du soin corporel.
Marie-Claire Tico
 
Jean-G. Lemaire Comment faire avec la passion Payot, 2005
 
 
En lisant le dernier ouvrage de Jean-G. Lemaire, on mesure le chemin parcouru depuis bientôt un demi-siècle par la recherche psychanalytique autour des dysfonctions dans la relation de couple. La thérapie psychanalytique de couple, telle que la conçoit et la pratique l’auteur, offre incontestablement aujourd’hui une voie de recherche féconde devant la déroute actuelle des couples et des familles. Pourquoi ? l’évolution jamais terminée de chacun à travers les moments de crise. En lisant le chapitre sur les langages du couple, on retrouve une autre idée chère à l’auteur : face à une scène conjugale et aux rationalisations mises en avant, ne pas trop écouter ce qui se dit mais porter toute son attention sur la manière dont les partenaires se le disent. « Apprendre à écouter avec le regard » libère la capacité de penser du thérapeute, lui permettant d’associer plus librement.
Une dizaine de page, dans le dernier quart du livre, sont consacrées à une situation clinique. L’auteur montre comment le thérapeute par sa présence active, son regard, plus que par de savantes interprétations, va soutenir les patients pour leur permettre de descendre progressivement dans les couches profondes de leur subjectivité, afin de mettre en mots des émotions et des représentations jusque-là restées dans l’inconscient.
Enfin comment, tout en facilitant l’expression de la subjectivité de chacun, le thérapeute veille à instaurer un climat de respect, qui en lui même va contribuer à conforter le narcissisme de chacun, souvent très entamé par les conflits. Une thérapie analytique de couple, c’est une expérience à vivre, plus que des conseils à attendre.
Si, dans ce métier difficile, il nous faut, comme l’énonce Boileau : « Vingt fois sur le métier remettre son ouvrage », la lecture, crayon en main, du livre de Jean-G. Lemaire en offre l’occasion.
Annie de Butler
 
Philippe Gutton, Aldo Naouri, Sylvie Angel Les mères juives n’existent pas… mais alors qu’est-ce qui existe ? Odile Jacob, 2005
 
 
Trois personnes se rencontrent lors de repas entre amis, ils évoquent la figure de la « mère juive ». Leurs interrogations se conjuguent, ils se mettent à réfléchir sur ce thème, puis à écrire des chapitres fort différents les uns des autres qui donnent à ce livre une tonalité pleine d’humour.
L’un est pédiatre et de mère juive. Un autre, psychiatre, thérapeute familial et psychanalyste, également de mère juive. Le troisième est psychanalyste et professeur d’université, sans ascendance juive. Ce livre entraîne le lecteur sur la piste de ce que serait une « mère juive », dans une mise point de ce qu’il en est de l’environnement culturel de la mère, de la femme et de la féminité.
Sylvie Angel fait un travail de limier pour repérer la naissance de cette expression qui surgit sous la plume d’auteurs juifs américains dans la deuxième moitié du XXe siècle et qui fait long feu. Devant son succès, elle interroge les différentes représentations de la femme dans la société juive : non seulement la « mère juive » mais la « Nice Jewish Girl » (gentille petite fille juive) et la « Jewish American Princess » ( JAP ).
Cette expression – la mère juive – a été reprise par de nombreux auteurs ou cinéastes, juifs pour la plupart mais pas seulement. Elle a donc une importance pour tous et vient signifier quelque chose de toutes les mères. Mère à la fois toute bonne, toute dévouée à ses enfants et mère envahissante dont on n’a jamais fini de se dégager.
Sylvie Angel entraîne le lecteur dans l’évolution du statut de la femme et de la mère dans la société et dans la rencontre de différentes mères juives ou non, telles Folcoche, la mère de Woody Allen, mais aussi celles d’Albert Cohen et de Romain Gary, en citant des passages du « Livre à la mère » et de « La promesse de l’aube ».
Aldo Naouri rappelle, à partir de certains rituels de la religion judaïque, que la maternité est un élément de la féminité, mais n’en est qu’un parmi d’autres.
Après ce cheminement avec les trois auteurs dans la littérature, le cinéma, le religieux, la clinique individuelle et familiale, l’on en terminera par la phrase de Philippe Gutton : « “La mère juive”, si forte aujourd’hui, reflet de nos familles contemporaines, pourrait être le garant de l’imaginaire dans un monde d’hommes quotidiennement occupé par le savoir-faire phallique. »
Monique Dupré la Tour
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