Dialogue
érès

I.S.B.N.2749205972
150 pages

p. 146 à 149
doi: en cours

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no 172 2006/2

 
Jean.-G. Lemaire Comment faire avec la passion Payot, 2005
 
 
En lisant le dernier ouvrage de Jean.-G. Lemaire, on mesure le chemin parcouru depuis bientôt un demi-siècle par la recherche psychanalytique autour des dysfonctions dans la relation de couple. La thérapie psychanalytique de couple, telle que la conçoit et la pratique l’auteur, offre incontestablement aujourd’hui une voie de recherche féconde devant la déroute actuelle des couples et des familles. Pourquoi ? Parce qu’il ne craint pas d’impliquer plusieurs disciplines trop souvent séparées : l’histoire et l’anthropologie, la sociologie et la psychanalyse, autour de son interrogation sur les errances de la conjugalité.
Plus on avance dans la lecture de l’ouvrage, plus on découvre l’importance de l’inconscient dans l’interaction amoureuse. Non seulement l’inconscient y est partout présent, mais à l’évidence c’est lui qui mène la danse.
Pour le lecteur non psychanalyste, la prise de conscience est dure : que restera-t-il de nos amours si nous laissons nos inconscients écrire le scénario de notre vie amoureuse et sa mise en scène ?
Dans ce livre, sont rassemblés des textes variés dont certains ont déjà paru dans la revue Dialogue, mais leur lecture simultanée est intéressante car chaque texte éclaire d’un jour nouveau le suivant.
Ainsi le thème cher à l’auteur, du risque fusionnel de se perdre dans l’autre – d’où les multiples stratagèmes que chacun met en place pour s’en défendre –, se trouve enrichi par une étude dynamique de la structure du lien conjugal. Si pour les personnalités fragiles le lien conjugal est un risque, il peut aussi représenter une voie de structuration de la psyché. Entre le risque de se perdre dans une aliénation sans issue, et la possibilité d’en sortir, blessé certes, mais en tous cas plus mature, se situe l’aide que propose la thérapie de couple.
Si d’une certaine façon les conjoints font le couple, ce couple va travailler en profondeur la psyché de chacun. La résilience devient alors l’évolution jamais terminée de chacun à travers les moments de crise. En lisant le chapitre sur les langages du couple, on retrouve une autre idée chère à l’auteur : face à une scène conjugale et aux rationalisations mises en avant, ne pas trop écouter ce qui se dit mais porter toute son attention sur la manière dont les partenaires se le disent. « Apprendre à écouter avec le regard » libère la capacité de penser du thérapeute, lui permettant d’associer plus librement. Une dizaine de page, dans le dernier quart du livre, sont consacrées à une situation clinique. L’auteur montre comment le thérapeute par sa présence active, son regard – plus que par de savantes interprétations –, va soutenir les patients pour leur permettre de descendre progressivement dans les couches profondes de leur subjectivité, afin de mettre en mots des émotions et des représentations jusque-là restées dans l’inconscient. Enfin comment, tout en facilitant l’expression de la subjectivité de chacun, le thérapeute veille à instaurer un climat de respect qui, en lui-même, va contribuer à conforter le narcissisme de chacun, souvent très entamé par les conflits. Une thérapie analytique de couple, c’est une expérience à vivre, plus que des conseils à attendre.
Si, dans ce métier difficile, il faut, comme l’énonce Boileau : « Vingt fois sur le métier remettre son ouvrage », la lecture, crayon en main du livre de Jean-G. Lemaire, nous en offre l’occasion.
Annie de Butler
Thérapeute de couple AFCCC
 
Maurice Berger Ces enfants qu’on sacrifie… au nom de la protection de l’enfance, Payot, 2005
 
 
Maurice Berger poursuit sa réflexion abordée plus particulièrement dans son ouvrage précédent. Son propos est volontairement « frontal »: il a affaire, depuis une vingtaine d’années de pratique psychiatrique, à des enfants abîmés, mal protégés de la pathologie parentale et il le dénonce.
L’auteur décortique et met en cause les idéologies qui font perdurer ces situations, les incohérences des suivis peu pensés dans le long terme et les faiblesses de la loi française. Laissons-lui la parole car son introduction présente clairement son livre : « Les Français s’interrogent à juste titre sur le fonctionnement de la protection de l’enfance dans leur pays. Une première réponse a été apportée le 29 juin 2005, lorsque après trois mois d’audition, la Mission parlementaire d’information sur la famille et les droits des enfants a remis à la presse son rapport d’étape qui contient plusieurs propositions de réformes. Ce document constitue la plus importante avancée réalisée par la société française dans la prise en compte des besoins des enfants depuis près de cinquante ans. »
Mais deux dangers demeurent.
Tout d’abord, il n’est pas certain que ce projet aboutisse à une loi. Surtout, malgré les aspects positifs de ce rapport, certains points essentiels, les plus compliqués et les plus douloureux, ne sont pas abordés ou sont esquivés. Or étant donné l’orientation habituelle de nos pratiques pro-148 fessionnelles, tout ce qui est laissé dans le flou a de fortes chances d’être interprété dans un sens défavorable à l’enfant et de laisser persister beaucoup d’aspects désastreux de la situation actuelle. Cet ouvrage a pour but de soutenir cette mission pour qu’elle continue son action, et l’auteur poursuit l’interpellation des acteurs du dispositif de protection de l’enfance, en faisant un état des obstacles à surmonter, si toutefois cela est possible.
Le lecteur de formation administrative ou politique pourra se contenter de lire le chapitre 1, qui montre ce qu’est la réalité hors de tout discours « officiel », ainsi que les chapitres 3, 4 et 5, qui concernent les dysfonctionnements judiciaires et socio-édu-catifs. La conclusion explique pourquoi les propositions de la Mission, bien qu’essentielles, sont insuffisantes. Le chapitre 2 expose les enjeux, c’est-à-dire les dégâts provoqués chez un enfant petit par des décisions inadaptées. Le chapitre 6 souligne les difficultés qu’éprouvent les pédopsychiatres à investir ce champ de travail. Le chapitre 7, consacré à la mauvaise utilisation des visites médiatisées, permet de saisir pourquoi le travail effectué dans de nombreuses situations difficiles est inefficace. Le chapitre 8 montre nos réticences injustifiées à organiser des réponses adéquates face à la violence de certains parents.
Ce livre, qui s’appuie sur une clinique importante, bouscule et dérange. Il ouvre aussi sur des organisations différentes du dispositif de protection de l’enfance. En commentant ceux d’autres pays comme l’Italie ou le Canada, il ne peut qu’aider les partenaires œuvrant dans ce champ à évaluer leur pratique et à la mettre en perspective.
Marthe Barraco-De Pinto
 
Geneviève Djénati « Le Prince charmant et le Héros », Hommes, femmes : le grand malentendu Éditions de l’Archipel, 2004
 
 
Ce livre, facile et agréable à lire, de même qu’à travailler, se lit comme on regarderait un livre d’images.
La première partie de l’ouvrage retrace la formation psychoaffective de la personnalité chez le petit garçon et chez la petite fille. Tout en restant au plus près de la théorie freudienne, les manifestations précoces du masculin et du féminin chez l’enfant, sont ici montrées de façon vivante et imagée. L’auteur, grâce à des formules simples mais très évocatrices, laisse entrevoir l’essentiel d’une théorie psychanalytique complexe. Par exemple, faisant référence à la théorie de la séduction chez Pontalis, l’auteur nous parle du « trousseau psychique du bébé » : nul besoin de longs développements, tout le monde a compris.
La deuxième partie de l’ouvrage, qui est la plus importante, campe la rencontre amoureuse sous ses multiples facettes – conscientes et inconscientes – mettant en relief les différences selon le sexe. Là encore, grâce à un vocabulaire précis et des images colorées, « on voit » ce sur quoi l’auteur invite à réfléchir. Ainsi, pour décrire le jeu amoureux entre la femme dépressive et « son héros », deux phrases vont suffire : « Une femme qui pleure est d’abord une femme que l’on doit faire rire. » et « Les hommes savent bien qu’une femme qui rit est à moitié conquise. » On sait combien la restructuration d’un narcissisme défaillant – que permet l’amour –, se fera essentiellement par le regard. Une phrase directement sortie d’un conte de fées suffira à le rappeler : « Lorsque la princesse pose les yeux sur le vilain crapaud, il se transforme en prince et la bête redevient humaine. »
Viennent ensuite plusieurs sous-chapitres, pour illustrer les inévitables malentendus – souvent liés à l’histoire de chacun –, qui progressivement vont infiltrer la relation. En fait, comme le souligne l’auteur : « L’autre se trouve investi d’une fonction qu’il ne connaît pas. » Plusieurs cas de figures sont alors possibles selon l’importance des conflits intérieurs non résolus, que chacun risque de rejouer dans la relation conjugale, sans en avoir conscience. Si ce qui circule dans la relation à l’autre ne réveille pas trop ces derniers, la relation est durable. Le fait qu’ils se réveillent un peu permettra un travail de maturation dans le couple.
Mais si l’autre réveille en permanence et, à l’excès, des souffrances indicibles, alors les partenaires, s’ils souhaitent vieillir ensemble mieux qu’ils n’ont vécu, devront envisager une thérapie individuelle ou en couple, parfois même les deux. Un large éventail de cas cliniques est là pour illustrer l’analyse de ces dysfonctionnements au sein du couple. Pour présenter de façon vivante un chapitre ou un sous-chapitre, l’auteur cite des écrivains connus. Parmi les nombreuses citations, il en est une de Woody Allen, pleine d’humour, qui fera sourire plus d’un thérapeute de couple. La voici : « Désormais, mon amour, nous ne ferons plus qu’un : moi… » La dernière partie de l’ouvrage est intitulée : « Trente personnages en quête d’amour. » En effet, de Don Juan à Pygmalion, en passant par Peter Pan et Robin des Bois, on parcourt toute une galerie de portraits. Qui, en même temps, renvoient aux patients par le biais de mythes issus de la culture occidentale. Voilà une façon intelligente de travailler le contre-transfert. Gérard Bonnet, dans un séminaire sur le métier de psychanalyste, soulignait l’importance de la culture. L’art, sous toutes ses formes – peinture, musique, écriture – est indispensable pour soutenir et enrichir en permanence l’imaginaire du thérapeute et sa capacité de penser. On fait tous l’expérience, avec certains patients qui semblent plus lourds à porter que d’autres, de consultations où on est incapable de penser, car envahis par la souffrance des patients, autant que par la violence des représentations qu’ils déposent ou suscitent.
Voici donc un ouvrage de plus à avoir dans sa bibliothèque.
Annie de Butler
Thérapeute de couple AFCCC
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