Dialogue
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I.S.B.N.2749205972
150 pages

p. 3 à 4
doi: en cours

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no 172 2006/2

2006 Dialogue

Éditorial

Philippe Robert BERNADETTE LEGRAND
Il est toujours bon de voyager, tant nous sommes centrés sur nos propres références culturelles. « Ici et ailleurs », tel est bien l’objectif de ce numéro : être à l’écoute d’autres fonctionnements et d’autres filiations. Chaque auteur nous y invite. Les thérapies psychanalytiques de couple et de famille ne constituent pas – en tout cas pas encore – un corpus théorique en soi. Elles témoignent d’une pratique qui doit réinterroger la théorie en retour. En France, la référence à l’analyse de groupe – davantage influencée par Bion que par Foulkes – reste fondamentale. Dans d’autres pays, ce n’est pas le cas. Ici, la théorie générale des systèmes influence les psychanalystes ; là, la formation à l’observation des bébés prend une place importante ; ailleurs, s’expriment des interprétations différentes de la théorie des relations d’objet… Par ailleurs, bon nombre de thérapeutes empruntent des concepts à d’autres épistémologies et dialoguent avec d’autres disciplines. À l’intérieur même de chaque pays, selon l’histoire et la culture de tel ou tel clinicien, les pratiques peuvent être différentes.
L’œuvre de Freud est ouverte. Au fil du temps, elle permet des enrichissements et des découvertes. Elle comporte cependant des invariants et notamment la prise en compte de l’inconscient et de l’appareil psychique. Freud se méfiait des dérives psychologisantes comme il l’avait montré à propos du rêve : la compréhension ne saurait se substituer au sens. Une difficulté majeure réside dans la transposition d’un modèle. Le couple et la famille connaissent des évolutions constantes. La métapsychologie freudienne est insuffisante pour traiter tant de l’intersubjectivité que de l’interfantasmatisation. La prise en compte des points de nouage entre l’alliance et la filiation nous amène à une écoute différente de la réalité psychique.
En thérapie psychanalytique de couple et de famille, nous sommes confrontés à un double risque. Nous pouvons être captés par l’observable et la prégnance des objets externes. Nous serions alors dans une logique de guidance voulant permettre au couple ou à la famille de percevoir les implications de ses nœuds interactionnels, au risque de perdre notre écoute analytique. À l’inverse dans une « loyauté psychanalytique », nous pourrions être sourds à l’intrication des mécanismes conscients et non conscients avec les processus inconscients. Le travail avec les couples et les familles nous confronte ainsi plus directement que dans les prises en charge individuelles au télescopage des mondes internes et externes.
Ces deux aspects se retrouvent dans des considérations techniques. Doit-on étayer le psychisme groupal, qu’il s’agisse du couple ou de la famille, à l’aide de telle ou telle médiation, au risque d’éviter le transfert négatif potentiel ? Doit-on adopter une position figurant le manque face à des blessures narcissiques groupales et à des failles de contenant ? En général, tout du moins en France – et surtout en thérapie familiale – les médiations ont pris davantage d’importance. Mais quelle que soit la forme du dispositif technique, l’essentiel n’est-il pas de garder toujours une écoute analytique, c’est-à-dire une perméabilité psychique supportant autant que possible le mortifère et l’inattendu ?
À l’heure où l’EFPP (Fédération européenne de psychothérapie psychanalytique) a voté la création d’une section spécifique concernant les couples et les familles, à l’heure où une Société internationale de psychothérapie analytique de couple et de famille doit voir le jour, nous devons nous ouvrir et accepter d’être questionnés par des points de vue différents.
Ce numéro est un « patchwork » tissé d’origine, histoire, études de cas, concepts, approfondissements théorico-cliniques, etc. Il n’a aucunement pour prétention d’être exhaustif. Il se veut être, pour chaque clinicien et chaque « école », l’occasion de s’interroger sur ses références et parfois ses certitudes. Nous pouvons puiser tel concept ou tel éclairage chez les autres ou n’être absolument pas d’accord. Mais toute réflexion commune ne participe-t-elle pas à l’élaboration progressive d’une théorisation spécifique au couple et à la famille ? Que soient ici très chaleureusement remerciés les auteurs : en répondant au désir d’ouverture de Dialogue, ils ont accepté de s’exposer, pour l’enrichissement de tous les thérapeutes. Dans le même esprit, les commentaires ou articles complémentaires de lecteurs seront les bienvenus.
En dehors de ce dossier, Dialogue se fait l’écho de recherches portant sur des questions d’actualité peu explorées jusqu’à présent : « L’importance de l’enfant dans la construction identitaire de ses parents » – tout particulièrement du père – et les « conflits masculins dans les familles recomposées » qui pose la question de la place du beau-père par rapport au père biologique.
Le dernier article nous éclaire sur les différents professionnels du couple et de la famille.
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