Dialogue
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I.S.B.N.274920626X
146 pages

p. 135 à 137
doi: en cours

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no 173 2006/3

 
Sous la direction de Jean-Pierre Caillot « La folie familiale », Groupal, 18, Les éditions du collège de psychanalyse groupale et familiale, 2005
 
 
Le numéro 18 de la Revue de psychanalyse groupale et familiale est consacré au thème de la folie familiale.
Un article collectif engage une discussion autour de deux concepts de Racamier. Si la folie est une ruse pour dire la vérité, pour Racamier, il existe à l’origine de la folie familiale un secret incestuel déversé sur le « figurant prédestiné », dont le délire sert de verrou chargé de la « surdéfense ». Les défenses s’accomplissent avec la participation d’autrui dans la négation de la différence, de la séparation et de l’altérité. Elles sont transagies. Elles représentent une troisième topique, interactive, constituée des registres de la réalité interne, externe et intermédiaire. Elles empêchent la constitution d’espaces psychiques différenciés et induisent engrènements et confusions.
Dans la dynamique psychotique, le patient reste collé en raison de la diffraction de son délire sur la famille. Son moi clivé l’empêche de distinguer le fantasme de la réalité. La relation thérapeutique vise à le renforcer en mettant de l’ordre dans les délires et les fantasmes, et en les liant à la vie réelle du patient. Elle érige des frontières contre la fusion nécessaire à sa survie. Elle favorise les différenciations entravées par la non-intégration des pulsions agressives permettant l’accès à l’individuation. Le thérapeute oscille entre autonomie et dépendance afin d’élaborer les angoisses de séparation ou de fusion et d’introduire de la mobilité dans un fonctionnement rigide.
Racamier envisage la folie sous l’angle interpsychique : il montre le rôle du délire d’un sujet « opérateur de défense » chargé d’endiguer l’outrance familiale faite d’agirs (formes aliénantes de l’action) et de conduites aberrantes qu’il endosse et verrouille. Un agir consiste à expédier un contenu psychique hors de soi au-dedans d’un autre. Cette injection peut aller jusqu’à l’engrènement, identification projective associée à un mécanisme pervers où ce qui est injecté ne peut faire retour : ce qui est fantasmé par l’un retentit chez l’autre dans une participation confusionnelle, un « fantasme non fantasme ». L’engrènement où l’espace est aboli se distingue de la résonance fantasmatique en ce qu’elle est intersubjective et partagée entre des individus séparés. Le psychisme n’est pas fermé, il peut se loger dans un autre et le faire agir. C’est ce que Racamier nomme la « topique interactive », où les défenses sont transagies : il y a transgression des espaces psychiques individuels, « agir » et « faire agir ». Si comme son nom l’indique une topique suppose un espace, dans la psychose et la perversion on assiste à l’écrasement des espaces personnels et à la transgression de la différenciation entre les êtres. On est dans la confusion, l’abolition du temps et des frontières, l’immédiateté, la sensation, le corps et l’adhésivité.
Un autre article présente une analyse familiale du crime des sœurs Papin. Il montre une relation d’emprise, d’appropriation et de rejet des filles par leur mère, appuyée sur le rejet du géniteur par identification de l’enfant au parent haï. Trois conditions sont réunies qui aboutissent au double acte criminel :
  • la rupture du lien maternel ;
  • le transfert de ce lien sur la patronne ;
  • l’importance du regard qui
  • observe ».
Il s’agit d’une dynamique imaginaire dans laquelle la position incestueuse ne permet pas l’accès à la castration : l’inscription dans l’ordre symbolique est impossible et ouvre sur la psychose. Si les sœurs Papin ont pu réparer, à travers une relation fusionnelle, les blessures infligées par des séparations précoces, le fait d’avoir été découvertes signifiait un nouvel abandon. On peut se demander par quel sixième sens (collusion ou engrènement ?) les patronnes sont revenues alors qu’elles étaient attendues ailleurs. Venaient-elles « voir » les sœurs agir leurs fantasmes incestueux ?
D’autres auteurs ont repéré des délires inapparents chez les parents de patients schizophrènes. Des éléments psychiques des uns passent dans les autres par écrasement des espaces, engrènements, imbrications des êtres, absence de symbolisation, expulsion. On repère un délire inap-parent à plusieurs signes : dynamique figée, narcissisme bétonné, persécution, lutte contre la décompensation, apparence très ordinaire. Et à ce qui fait défaut : affects, sentiments, intérêts, doutes, conflits. Si les délires concernent l’origine et l’identité, on peut s’interroger sur la société contemporaine : ses manipulations des origines évoquent les fantasmes des patients délirants, sa folie du rendement et de l’efficacité méprise le sujet et subvertit notre sens de la réalité.
Florence Bécar
Thérapeute de couple AFCCC
 
Danièle Brun La passion dans l’amitié Éditions Odile Jacob, 2005
 
 
Partant des œuvres littéraires, de la philosophie et de la poésie, et introduisant sa compréhension des amitiés de Freud et des vignettes cliniques, Danièle Brun nous invite à entrer avec elle dans les méandres de l’amitié et dans une recherche de sa compréhension. Prenant comme hypothèse qu’une des fonctions majeures de l’amitié est celle d’un abri protégeant contre la résurgence des émotions datant de l’enfance tout imprégnées des premiers désirs sexuels, elle s’intéresse à la naissance de l’amitié entre Freud et son neveu Jones, au moment où la libido de Freud se tournait vers sa mère. L’amitié s’appuierait ainsi sur un scénario fantasmatique de l’enfance dont le contenu est refoulé mais dont les bases reposent sur des impressions marquantes que l’amitié va réactiver en les transformant.
Dans cette alternance de références littéraires, cinématographiques, et de vignettes cliniques, nous parcourons les dimensions de l’amitié depuis sa naissance à sa fin. Nous découvrons de quelle manière la sexualité infiltre les amitiés, notamment les amitiés amoureuses de l’adolescence dans lesquelles il y a du sexe au sens d’une recherche de sensation ou de rencontre des corps, mais pas de sexualité au sens d’accomplissement génital. Relire, dans la perspective de Danièle Brun, l’amitié entre Freud et Édouard Silberstein, d’après le sens qu’elle prend par rapport au premier coup de foudre adolescent de Freud pour Gisella et le « grand Meaulnes » – avec la place centrale occupée par la recherche d’une femme par les deux adolescents – est passionnant. Elle décrit combien la découverte de la femme aimée exige la présence d’un ami, d’un compagnon de route intérieur auprès de qui s’abriter pour se laisser aller sans trop de risque à une certaine folie.
Après Le grand Meaulnes, nous voici avec Jules et Jim et leur amitié autour de Kathe, Jules chargeant son ami Jim de satisfaire sa femme, Kathe, dont il a deux enfants. Ne croyant pas pouvoir le faire lui-même, il laisse la place libre à Jim de la manière dont il imagina sans doute et, cela depuis l’enfance, que sa mère eût pu être satisfaite.
Quand il s’agit de la mort, que ce soit dans un contexte individuel ou collectif, le chagrin et le trouble qui accompagnent la perspective du deuil créent assez régulièrement le besoin d’un renouveau dans l’amitié, amitié qui peut s’inscrire dans la nostalgie d’un père protecteur. C’est ainsi que sont analysées les amitiés entre Antoine de Saint-Exupéry et le Petit Prince ainsi que celles entre Jean Tarrou et le docteur Bernard Rieux dans La Peste de Camus.
Le livre d’Hervé Guibert, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, nous ouvre à l’analyse des attentes déçues.
Bien d’autres références littéraires émaillent ce livre qui donne à penser et réveille en nous toutes les amitiés que nous vivons ou avons vécues. Il fait entrevoir un nouvel éclairage sur ce qui s’y joue. Je ne saurais trop recommander cette lecture, passionnante, à tous ceux qui s’intéressent au couple. Par l’analyse de la naissance d’une amitié, de son sens et de sa fin, elle fait entrer dans la problématique de tout lien.
Monique Dupré la Tour
Psychologue, thérapeute de couple
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