2006
Dialogue
Éditorial
Alain Ducousso-lacaze régine scelles
Maître de conférences HDR université V. Segalen Bordeaux 2 3 ter, place de la Victoire, 33076 Bordeaux cedex
La revue Dialogue a toujours soutenu et alimenté des débats qui animent les
chercheurs et les praticiens concernant la famille et le couple. Elle n’a jamais
hésité à s’intéresser aux questions qui font débat au sein de la communauté
des praticiens, des chercheurs en sciences humaines et, en particulier, des
psychanalystes. Force est aujourd’hui de constater que les sociologues de la
famille s’intéressent davantage à la question de l’homoparentalité que les
psychologues et surtout les psychanalystes, en témoigne le peu de publication
sur la question. Si Freud (1920), dans Psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine, avait montré comment cette situation nous obligeait à nous
interroger sur la complexité des rapports entre sexe anatomique, caractères
sexuels psychiques et choix d’objet, les psychanalystes, encore aujourd’hui,
se sont peu exprimés sur la question.
Ce numéro se concentre sur la manière dont le parent vit sa parentalité, sur la
manière dont il pense, perçoit son enfant et se pense en relation avec lui. Tous
les travaux présentés posent l’importance pour le chercheur et le praticien de
prendre au sérieux la parole des parents sur leur propre rôle.
Dans ce numéro, il est question d’homoparentalité, mais les cas présentés
montrent que parfois les personnes qui font un choix préférentiel d’un objet
d’amour de même sexe qu’eux ont ou ont eu des relations sexuelles et amoureuses avec des personnes d’un autre sexe que le leur, cela pas seulement au
moment de l’adolescence. De fait, le processus qui conduit au choix d’objet
d’amour à l’âge adulte est complexe. Il est lié à l’histoire familiale mais également à la manière dont le sujet s’est et se construit encore dans une bisexualité psychique. Ainsi, que les couples homosexuels expriment un désir
d’enfant, désir éminemment individuel mais formalisé avec un autre, oblige
à repenser peut-être à l’étrange familiarité du désir et de l’amour pour
« l’autre » de même sexe que soi.
Les couples dont il est question dans ce numéro construisent des scénarios
d’alliance qui demandent à être mis en regard d’un tiers, tiers qui sont très
présents dans la manière dont ces parents vivent leurs liens avec leurs
enfants. Tous ou presque soulignent avec force l’importance de leurs propres
figures parentales dans leur manière de se vivre, de se penser, de se projeter
parents de leur enfant. Si cela n’est pas spécifique aux couples homosexuels,
il apparaît que ce regard peut peser d’un poids très lourd sur cette expérience.
La dimension interdisciplinaire de ce numéro, puisque un avocat, des socio-logues, des psychologues et un psychanalyste s’y expriment, vise à favoriser
la pensée à l’articulation de l’expérience d’une société donnée et celle des
sujets singuliers qui la composent.
La clinique des patients homosexuels confronte le praticien à ses propres
contre-attitudes, idéologies qui produisent évidemment des effets dans le
contre-transfert, en situation thérapeutique mais également dans la manière
de recueillir et d’analyser le matériel en situation de recherche. En effet, le
chercheur ou le praticien participent à la construction du réel qu’ils explorent,
du recueil du discours à son analyse. Aussi est-il indispensable, même dans
un protocole de recherche, que l’auteur explicite et tienne compte de ses a
priori sur la question.
Les couples qui acceptent de rencontrer le chercheur sont, le plus souvent,
ceux qui veulent, d’une certaine manière, témoigner pour faire avancer une
cause, ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que leur discours n’est pas à même
de nous aider à saisir ce qu’ils vivent. C’est en partie la raison pour laquelle
aucun des auteurs – hormis Virginie Descoutures – n’évoque des cas dans lesquels la parentalité aurait été en souffrance. Ce qui évidemment ne veut pas
dire que les couples homosexuels, davantage que les couples hétérosexuels,
sont à l’abri des conflits parfois douloureux et pathogènes dans les liens avec
leurs enfants ou qu’ils auraient davantage que les autres de ressources psychiques pour y faire face. Il y a là un biais bien connu du chercheur : seuls
des cliniciens rencontrant des parents homosexuels et leurs enfants, dans le
cadre d’une pratique de soin, pourraient contribuer à construire une vision
davantage plurielle de ce que vivent ces parents.
Il n’est pas de mois où ne paraisse un livre, où ne se déroule une conférence
sur la « parentalité », terme qui laisse en point d’interrogation ou ferait peut-être oublier la question de la « parenté ». Certains évoquent le fait qu’à terme
nous serions peut-être amenés à parler d’hétéroparentalité, de monoparenta-lité, de parentalité plurielle, de coparentalité, de parentalité substitutive, de
parentalité additionnelle… Toutes ces expressions montrent à quel point
notre société se trouve prise dans une mouvance des parcours sexuels et
amoureux singuliers qui ont une influence, colorent, spécifient le lien de
l’adulte à celui qu’il reconnaît comme étant son enfant, dans un rapport
d’amour, de responsabilité choisie par l’individu et reconnue, ou non, secondairement par la société.
Le vocable « homoparentalité », créé par l’Association des parents et futurs
parents gays et lesbiens ( APGL ), désigne un ensemble de situations suffisamment variées pour que d’aucuns estiment plus judicieux l’usage du pluriel :
homoparentalités (Cadoret et coll., 2006). On sait en effet qu’il existe quatre
formes de configurations familiales avec des parents homosexuels :
- La recomposition familiale avec un partenaire du même sexe après une
union hétérosexuelle.
- Un système de coparentalité où un homme et une femme homosexuels,
seuls ou en couple, se mettent d’accord pour avoir un enfant dont le temps de
vie sera partagé entre les deux foyers.
- L’adoption par un adulte homosexuel vivant en couple ou non.
- Enfin un couple de même sexe peut avoir un enfant grâce à une insémination artificielle avec donneur – IAD – (couple de lesbiennes) ou bien grâce à
une maternité pour autrui (couple de gays).
Mais appréhender ce vocable à partir de sa seule fonction descriptive serait
extrêmement réducteur. Il est aujourd’hui le révélateur d’une série de questions adressées aussi bien à la société démocratique qu’aux sciences
humaines : sociologie, anthropologie, psychologie, psychanalyse.
En France, l’APGL affiche sans ambiguïté que l’un de ses objectifs est politique. Il s’agit, pour elle, d’œuvrer en vue d’obtenir de l’Assemblée nationale
une redéfinition des principes légaux de filiation et de parenté. D’autre part,
dans plusieurs pays d’Europe, le thème de l’homoparentalité, et donc du droit
à la filiation pour des couples homosexuels, est entré dans le débat démocratique ou figure parmi les thèmes sur lesquels les partis politiques, et leurs
candidats aux élections, se doivent de prendre position.
Cette évolution récente pose des questions en termes politiques que les autres
changements de la famille n’avaient pas posées de manière aussi radicale,
dans la mesure où ces changements ne mettaient pas en cause le caractère
fondateur, dans notre système de parenté et de filiation, de la différence des
sexes des parents.
Rappelons qu’une société dite démocratique prétend définir elle-même ses
lois et ses normes. En cela elle est autonome, par opposition aux sociétés
dites hétéronomes qui pensent que lois et normes leur ont été données par
l’ordre divin. Ainsi dans la société dite démocratique les lois et les normes,
en tant que produites par les humains, sont soumises au changement résultant
de la délibération démocratique. Elles ont un caractère historique. Mais est-ce vrai pour toutes ? Certaines normes ou lois n’échappent-elles pas à la
logique de la délibération démocratique ? N’ont-elles pas un caractère transcendant ? C’était le cas, croyions-nous, des principes fondamentaux de notre
droit de la filiation. En se situant au niveau politique, la revendication des
parents gays et lesbiens vient interroger cette croyance.
Dans le même temps, c’est notre conception des rapports entre la politique et
la famille qui se trouve interrogée. En quoi les principes qui gouvernent
l’ordre familial relèvent-ils de la politique ? Quels rapports entre l’ordre politique et l’ordre familial ? Ces questions, bien sûr, ne sont pas nouvelles, mais
elles avaient perdu une part de leur actualité. Probablement la simplification
à outrance des théories des sciences humaines sur les principes universels de
la pensée humaine ainsi que la psychologisation de nombreuses réflexions
sur la famille n’y étaient-elles pas pour rien. Mais si l’on envisage, par une
décision politique assumée en tant que telle, de modifier certains des principes fondamentaux de notre système de parenté, ces questions redeviennent
essentielles. Il convient alors de mener une réflexion sur les relations entre
les changements dans la famille et les changements dans la société. Notons
que la réflexion sur le droit de la famille n’échappe pas non plus à cette mise
en question, comme le montre l’article de Caroline Mécary, avocate.
À propos du changement, on peut distinguer deux attitudes, profondément
ancrées dans l’imaginaire occidental. Pour la première, le changement relève
du souhaitable, tant sur le plan moral que politique. Cette attitude, généralement, s’appuie sur le grand récit du progrès. Disons que, depuis le
XVIIIe siècle, il existe une tendance à considérer non seulement que l’humanité change mais qu’en plus ce changement est orienté, il va vers du mieux.
C’est la définition même de la notion de progrès. Avec la seconde attitude, le
changement comporte forcément quelque chose d’inquiétant. Il est porteur de
menaces et, à l’extrême, annonce le déclin de l’Occident. La sémantique cette
fois est celle de la perte des valeurs, la perte des repères, voire de la catastrophe imminente. Le changement, du coup, devient extrêmement difficile à
penser et l’on nous somme de prendre position : pour ou contre. Progressiste
ou réactionnaire ?
Les premiers débats sur l’homoparentalité n’ont pas échappé à cette alternative et les représentants des sciences humaines n’ont pas toujours su s’en
extraire, montrant en cela que ces dernières ne sauraient se passer d’une
réflexion sur les enjeux politiques de leurs savoirs et même de la construction
de leurs objets de recherche.
Perspectives socio-anthropologiques
Ainsi pour penser l’homoparentalité on ne peut se dispenser de revenir sur un
certain nombre de changements intervenus dans les sociétés démocratiques
depuis une trentaine d’années. Ils ont particulièrement affecté la famille et la
parenté mais n’ont pas pris naissance en leur sein. Il est plus exact de dire que
la famille et la parenté ont été traversées par ces changements (Godelier,
2005). Au risque de simplifier à outrance nous dirons que ces derniers ont
trouvé leur origine, d’une part, dans l’évolution des mœurs, et d’autre part,
dans les progrès de la médecine.
La montée de l’individualisme en tant que valeur constitue l’une des lignes
de force de l’évolution des mœurs. Elle s’est accompagnée d’un reflux de la
référence à la morale et aux interdits avec une promotion de l’initiative individuelle et une valorisation du choix personnel dans tous les domaines de la
vie, y compris celui de la vie affective. Cette évolution a eu des conséquences
importantes sur la famille, qui a subi un mouvement de désinstitutionalisation
ainsi qu’une transformation de la puissance paternelle en autorité parentale
partagée. Dans ce contexte le désir de faire famille, chez les sujets homosexuels, a pu apparaître comme l’expression d’un choix personnel assumé en
même temps que la manifestation de l’égalité qu’est censée garantir la démocratie. Par ailleurs la désinstitutionalisation offrait un cadre permettant de
penser une famille avec des parents de même sexe, malgré l’impossibilité
d’instituer certains liens de parenté.
Ce mouvement a aussi permis de penser une série de disjonctions là où l’ancienne institution familiale pensait une conjonction en fonction d’un principe
commun. Ainsi, à la faveur des progrès de la médecine dans le domaine de la
contraception, la sexualité a été disjointe de la procréation. Et cette disjonction a été confirmée lorsque, avec l’aide médicale à la procréation, la scène
de la conception a été disjointe de la scène sexuelle. Les couples homosexuels qui s’engagent dans la procréation (recours à l’IAD ou coparentalité)
reconduisent cette disjonction et la prolongent. Pour eux la disjonction entre
procréation et sexualité est telle que le fait d’avoir une sexualité infertile par
nature n’empêche plus (n’interdit plus ?) de procréer ou de devenir parent.
Un tel changement s’accompagnera-t-il de la création de nouveaux rôles
parentaux ? À partir d’une approche de sociologie compréhensive auprès de
couples lesbiens, l’article de Virginie Descoutures soulève cette question.
Ajoutons une autre disjonction, entre parentalité et conjugalité cette fois.
Avec l’augmentation du nombre de divorces, de plus en plus d’adultes ne partageant plus une vie de couple sont par ailleurs parents des mêmes enfants.
Là aussi le mouvement de désinstitutionalisation a obligé à penser séparément ce que l’institution s’était efforcée de souder. Les adultes homosexuels
qui s’engagent dans la coparentalité reprennent cette disjonction à leur
compte, avec cette particularité qu’elle est, pour eux, première et non une
conséquence de la rupture du lien conjugal.
L’article d’orientation anthropologique d’Anne Cadoret avec les deux situations familiales contrastées qu’elle étudie se situe dans le droit fil de cette
réflexion. L’auteur montre bien que la question de l’homoparentalité n’a donc
pas surgi ex-nihilo sur la scène du débat démocratique et des sciences
humaines. Elle a été préparée par l’évolution de la société globale, et la penser ainsi permet d’avancer l’hypothèse selon laquelle certaines des prises de
position à son égard sont aussi, et peut-être avant tout, des prises de position
par rapport à l’évolution récente de nos sociétés. Comment nous situons-nous
les uns et les autres entre la nostalgie d’une période révolue et les inquiétudes
liées à des changements dont nous avons du mal à comprendre le sens ?
Notons que dans le mouvement de désinstitutionalisation, la revendication
des familles homoparentales occupe une place paradoxale. Elle en est l’une
des expressions mais, parce qu’elle réclame une nouvelle institution des liens
de filiation et de couple, elle en indique la limite. Ainsi la mise en cause d’une
forme historique de l’institution serait à différencier du rejet de toute institution. Cette demande d’une nouvelle institution vient nuancer une vision très
actuelle de la famille qui tend à la considérer comme le lieu de l’avènement
de liens à caractère privé, à dominance exclusivement affective et relevant
des seuls désirs des membres du groupe.
Perspectives psychanalytiques
D’un point de vue psychanalytique le vocable même d’homoparentalité pose
problème. En effet, quels sont les rapports entre l’orientation sexuelle, ou
choix d’objet en termes freudiens, et la parentalité ? Étant entendu que cette
dernière désigne l’ensemble des processus par lesquels on devient parent du
point de vue psychique.
Au début, dans les débats, certaines confusions sont apparues. L’une d’elle a
consisté à penser la parentalité à partir du choix d’objet sexuel, comme s’il
allait de soi que la première était étroitement dépendante du second. Ainsi
paraissait-il évident de juger de la capacité à être parent en fonction de ce que
l’on sait, ou croit savoir, du type de choix d’objet, homosexuel ou hétérosexuel.
La seconde confusion s’enracine dans une sorte d’arasement de la complexité de la pensée freudienne sur la sexualité. La conduite est, en quelque
sorte, devenue le référent à partir duquel est pensée la vie fantasmatique : aux
conduites homosexuelles tel type de fantasmes, aux conduites hétérosexuelles tel autre type. Or la vie psychique inconsciente ignore ce genre de
dichotomie, les conduites hétérosexuelles pouvant s’accompagner de fantasmes homosexuels… et vice versa. Ainsi, selon une perspective strictement
psychanalytique, et à supposer que ces deux notions possèdent une quelconque pertinence, rien n’interdit qu’existent, sur le plan imaginaire, de l’ho-moparentalité dans l’hétéroparentalité et de l’hétéroparentalité dans
l’homoparentalité. Des analogies pourraient apparaître là où nous préférerions percevoir la seule dissemblance qui, comme on le sait, nous protège de
l’autre en nous-mêmes et de ses effets d’inquiétante étrangeté.
Ainsi se trouve mis en exergue combien la « fabrique » du sujet humain passe
nécessairement par la question du sexuel et de la sexuation. Si les mots
« parent », « parentalité », tentent de donner à cette position un caractère
neutre et bisexué, pour autant l’artifice langagier ne résiste pas à une analyse
plus fine. En effet, il y a bien du sexuel, de la sexuation, dans la parentalité ;
la question est de savoir si le fait que les parents soient de même sexe change
radicalement ou seulement à la marge cette question. L’article de François
Pommier montrant combien le désir d’enfant prend place et sens dans la vie
intrapsychique et intersubjective d’une patiente homosexuelle pointe que la
fonction structurante du désir d’enfant, dans ce cas-là, n’est pas radicalement
différente dans le cas de choix d’objet hétérosexuel.
Depuis une vingtaine d’années, les travaux psychanalytiques sur la parentalité
ont permis de comprendre de mieux en mieux les processus psychiques
conscients et inconscients à l’œuvre dans le devenir parent. Doit-on penser que
l’homoparentalité est le lieu d’une expérience psychique étrangère à celle que
nous connaissons ? Peut-il exister une expérience radicalement nouvelle de la
parentalité ? Nous rejoignons le thème du changement mais cette fois-ci en
référence à la théorie des processus inconscients. Or, depuis Freud, la théorie
psychanalytique incite à penser une forme de permanence de ces processus
indépendamment de leur mode de mise en forme selon les moments historiques
et selon les cultures. Elle invite donc à interroger ce qui ne change pas en dépit
de ce qui change. Ainsi appréhender l’expérience de la parentalité chez des
sujets homosexuels peut amener à tenter de percevoir comment, pour eux aussi,
elle s’inscrit dans le cadre des enjeux complexes de la succession des générations avec la réactualisation des enjeux œdipiens qu’elle suppose, ainsi que la
mobilisation des identifications aux images parentales. Deux articles de ce
numéro illustrent cette idée. Celui d’Emmanuel Gratton qui, à partir d’une
démarche de sociologie clinique, montre comment l’expérience de la paternité
confronte des hommes homosexuels à l’image de leur propre père. Sur la base
d’une recherche clinique référée à la psychanalyse, l’article d’Alain Ducousso-Lacaze souligne comment, pour des sujets homosexuels aussi, le devenir parent
réactualise les enjeux œdipiens et les amène à construire des liens susceptibles
de soutenir la permutation symbolique des places.
Il s’agit de pistes de travail, bien sûr, mais elles mettent bien en évidence la
spécificité de l’éclairage que peut apporter la référence psychanalytique sur
les transformations actuelles de la famille et pas seulement sur l’homoparentalité.
Avec un risque toutefois : relever des analogies entre hétéroparentalité et
homoparentalité peut conduire à perdre de vue le pôle de la dissemblance que
suppose toute analogie et donc à ne percevoir que de l’identique.
L’homoparentalité est une situation qui est au-devant de l’actualité et – les
articles de ce numéro le montrent – qui invite à questionner des processus qui
ne concernent pas la seule homoparentalité, mais plus généralement la sexuation, les liens entre réalité, fantasme et imaginaire, le désir d’enfant, la parentalité vécue, imaginée, fantasmée… l’humain dans la diversité et la
complexité de ses conduites, de ses désirs de ses rapports aux imagos parentales, mais aussi à la mort et plus généralement à la finitude.
La filiation est construite et non donnée et elle s’accompagne toujours de
questionnement sur le montage symbolique de la paternité et de la maternité
dans une société donnée, leur reproduction et leur transformation. La paternité et la maternité posent la question de savoir quels sont les ressorts et les
enjeux de la procréation pour le sujet et pour le social. Cela suppose également de se demander comment et qui dans une société donnée a légitimité
pour penser, faire avec les dimensions biologique, socio-affective, symbolique, imaginaire et fantasmatique du sujet et du citoyen et des liens avec les
enjeux de la succession des générations.
Ce numéro explore l’homoparentalité du côté du parent entendu dans son
individualité. L’article de Vecho, Schneider et Zaouche-Gaudron propose
toutefois une méthodologie spécifique permettant d’appréhender le développement de l’enfant dans ce contexte.
Notre objectif est d’ouvrir des pistes de réflexions, de montrer la nécessité de
mener des recherches à partir d’une pratique clinique et des recherches sur la
question des couples homosexuels qui élèvent des enfants. Ce qui mènerait à
une meilleure compréhension des processus que ce lien dans toutes ses
dimensions met en jeu et de son impact sur les adultes et les enfants.
Dans l’actualité des pratiques, Monique Dupré la Tour montre la manière
dont le handicap peut transformer la vie du couple et de la famille. La thérapie qu’elle évoque permet de saisir la manière dont la surcharge psychique
que cet enfant implique pour tous les membres de la famille et les défenses
mises en place révèlent les fragilités du couple et rendent nécessaires un travail d’élaboration, principalement de certaines collusions sur lesquelles s’est
construit le couple. De son côté, Frédéric Caumont traite de la question de
l’autorité dans une approche lacanienne. Via l’analyse de la paternité, l’auteur tente de repérer dans quel registre la paternité est effective. À partir de
cela, il réinterroge la thèse du déclin de l’image paternelle et de ses conséquences sur le devenir de l’autorité. Enfin, Martin Blais propose une lecture
sociologique théorique de l’individualisation et de la diversification des trajectoires de vie intime et sexuelle.
·
CADORET, A. ; GROSS, M. ; MECARY, C. ; PERREAU, B. 2006. Homoparentalités : approches
scientifiques et politiques, Paris, PUF.
·
FREUD, S. 1920. « Psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine », dans Névrose, psychose
et perversion, 1997,10e édition, Paris, PUF.
·
GODELIER M. 2005. Les métamorphoses de la parenté, Paris, PUF.