2007
Dialogue
In memoriam : Suzanne Lieury
Jean-G. Lemaire
Nous venons d’apprendre, avec beaucoup d’émotion, le décès de Suzanne
Lieury, à qui l’Association française des centres de consultations conjugales
ainsi que la revue Dialogue doivent beaucoup, et jusqu’à leur existence.
Suzanne Lieury était une personnalité exceptionnelle et une pionnière. À une
époque où n’existait aucune consultation destinée aux nombreux couples perturbés notamment par les violences et les séparations liées à la guerre,
Suzanne Lieury, par ses qualités d’accueil et d’écoute, sans l’avoir voulu,
avait déjà reçu beaucoup de ces personnes ou couples en difficulté. Elle a tout
de suite perçu la nécessité d’une supervision et d’une formation. Les premiers
professionnels auxquels elle a fait appel ont été immédiatement surpris, non
seulement par la qualité de ses interventions, mais surtout par l’autocritique
qu’elle en faisait : ainsi savait-elle donner du concept de contre-transfert une
définition vécue, sans en connaître le nom, à cette époque où la psychanalyse
n’était pas entrée dans la culture et restait l’apanage d’un très petit nombre de
psychiatres.
Suzanne Lieury a presque aussitôt pris l’initiative de réunir les premières
équipes associant des professionnels de plusieurs disciplines et notamment
quelques psychiatres d’enfants et psychanalystes susceptibles de s’intéresser
aux problèmes des couples. C’est ainsi que, avec Jean-Raymond Bertolus,
nous-même et quelques pionniers notamment Jacques Lieury, Madeleine et
Gérard d’Heilly, Renée Monjardet, Geneviève Abiven et d’autres, elle a
fondé l’AFCCC, avec comme missions premières, d’abord de former ses écoutants, puis de sensibiliser le public aux bénéfices de ces premières prises de
parole et de fonder à cette intention quelques centres de consultations conjugales.
Elle y a consacré des jours et des jours, offrant toutes les pièces de son appartement à différents groupes de travail ou de réflexion ! De là sont nées les différentes « commissions », de formation, recherche, diffusion, etc., d’où sont
sorties les toutes premières écritures manuscrites ou dactylographiées du
futur bulletin, appelé déjà « Dialogue ». Ainsi s’amusait-on parfois à l’appeler « l’âme » de l’Association !
Elle n’est cependant pas restée une actrice bénévole, ni une remarquable initiatrice, ni même une clinicienne de premier plan, elle a complété son parcours devenu professionnel, notamment par son cheminement
psychanalytique personnel. Les premiers « conseillers conjugaux », et beaucoup d’autres plus tard devenus aussi des professionnels se souviennent de ce
qu’ils lui doivent. Combien parmi eux, devenus thérapeutes familiaux ou
psychanalystes reconnus, souvent auteurs ou membres de l’enseignement
supérieur, se souviennent du rôle qu’elle a joué directement ou indirectement
dans le déroulement de leur devenir professionnel, ou plus simplement dans
le plaisir qu’ils ont trouvé à l’exercer !
À titre personnel, je me rappellerai toujours sa longue silhouette accompagnée d’un sourire de sympathie coloré d’humour discret, celui d’une personne qui refusait de se prendre au sérieux, malgré ses éminentes qualités.
9 novembre 2007.