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Dialogue

2012/1 (n° 195)

  • Pages : 152
  • ISBN : 9782749216270
  • DOI : 10.3917/dia.195.0003
  • Éditeur : ERES

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La souffrance psychique semble inhérente à la condition humaine. Elle peut générer des troubles mentaux. Au fil du temps et des différentes cultures, elle prend des formes et significations différentes. Les troubles, s’ils sont de la raison ou de l’humeur, sont expression de différence et de désordre, de soi à soi ou vis-à-vis d’un groupe. Expression valorisée ici, décriée et attaquée là quand elle devient tumultueuse ou inquiétante par son potentiel destructif : ici un individu est en contact avec les puissances de l’au-delà, valorisé et reconnu par le groupe, là il est enfermé et soigné et, dans certaines périodes de l’Histoire, il est exterminé.

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Les souffrances psychiques prennent forme chez nous dans les définitions nosographiques. Points de repères dans la nosographie, les syndromes se délimitent et se déclinent de dsm en dsm. Mais la globalité de la personne transcende toujours ces classifications.

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Dans un temps où les réflexions sur la construction identitaire prennent en compte les apports intersubjectifs, quelles en sont les conséquences sur les façons de penser les souffrances psychiques graves et de les aborder ? Question valable pour le thérapeute du soin psychique individuel ou pour celui qui prend en compte la dimension groupale de la famille.

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Dialogue publie dans ce numéro des articles qui ont en commun d’aborder les souffrances psychiques graves surgissant chez un individu, dans un couple ou dans un groupe familial.

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Ce dossier rend compte de plusieurs approches cliniques et des réflexions des soignants face à ces problèmes qui touchent au sens de la vie et à la mort. Il n’est ni exhaustif, ni centré sur une seule vue théorico-clinique. Il donne la parole à des cliniciens de référence individuelle, intrasubjective, à d’autres plus centrés sur les interrelations constructives de l’individualisation, surtout dans la petite enfance, et à d’autres qui traitent la famille comme un groupe.

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Ce numéro se présente avec un déroulé : un rappel des théories winnicottiennes introduit le propos, puis une présentation de difficultés majeures dans l’instauration du processus de parentalité et dans le développement du jeune enfant précède une réflexion sur la façon de parler à un enfant de la maladie mentale d’un de ses parents ; il continue par l’évocation d’une thérapie d’un enfant de 8 ans traumatisé par son vécu familial. S’ensuivent le récit d’une thérapie d’un patient psychotique et celui de deux moments mutatifs au cours de deux thérapies familiales.

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Reprenons en détail : la focalisation de Winnicott sur la genèse du self en interrelation introduit la psychanalyse du bébé et prélude à la compréhension des fonctionnements du groupe-famille : K. Boudarse nous donne une lecture de Winnicott pour en resituer la vision de la pathologie limite et de la psychose. Il analyse les conséquences thérapeutiques et les prolongements dans les théories qui sous-tendent l’avènement des thérapies familiales, où penser l’ancrage groupal du sujet est essentiel.

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Dans le temps périnatal, régression et retrouvailles du vécu infantile sont au rendez-vous, certains couples ou/et certains groupes familiaux sont dans l’impossibilité d’effectuer ce retour qui les amènerait à être confrontés à des détresses archaïques, à des traumatismes, à des deuils inachevés ou à des conflits profonds non dépassés. Ils risquent alors de se défendre en adoptant des comportements extrêmes et de pôles opposés, mais quelquefois intriqués de façon paradoxale : voilà l’argument d’É. Darchis qui, à partir d’un exemple clinique, montre comment une thérapie de couple, puis familiale, peut contenir des souffrances dévastatrices et assouplir cette paradoxalité.

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F. Mosca et J. Sarfaty, à partir de leur travail dans un intersecteur psychiatrique dévolu aux bébés et à leurs parents, nous introduisent au délicat accompagnement de la parentalité d’une mère psychotique et de son bébé, au décours d’un suivi débutant dès la grossesse décrit jusqu’aux 3 ans de l’enfant. Ils insistent sur l’intense investissement de leur équipe, sur la nécessaire continuité et sur le travail d’étayage apporté par tout le réseau médico-psycho- social qui s’est constitué autour de cette famille et qui doit lui-même être soutenu et coordonné.

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B. Bayle revient sur le questionnement de ses écrits précédents, qu’il nous est apparu important de reprendre tant il reste d’actualité : quel devenir pour les enfants de mère schizophrène ? À partir de sa clinique, d’études épidémiologiques, de publications de différents cliniciens, de consultations de blogs d’enfants devenus adultes – ayant vécu auprès de mères schizophrènes peu prises en charge, eux-mêmes n’ayant eu aucun accompagnement psychologique pour faire face au chaos de leur vie, aux terreurs et à la honte –, B. Bayle redit les risques encourus dans la construction psychique de l’enfant.

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Dans ce souci de permettre à l’enfant de comprendre les troubles psychiques de son parent, R. Rojas nous fait part de sa pratique de dialogue avec des enfants vivant en famille d’accueil. Pour rendre l’enfant capable de prendre de la distance, de mettre en mots les vécus terrorisants qui ont imprégné sa vie marquée par les troubles parentaux, il n’est requis aucun mode d’emploi, mais une écoute attentive, des réponses appropriées, justes mais non juges, explicatives des défaillances parentales qui ont conduit au placement, afin que l’enfant construise son histoire en subissant moins la maladie du parent.

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C’est aussi le but atteint au terme de la thérapie à médiation corporelle menée par M. Déjardin avec un enfant de 8 ans venu consulter en cmpp pour échec scolaire. Nous voyons, au fil des séances, comment petit à petit des mots peuvent rendre compte pour cet enfant de l’histoire violente et traumatique de sa famille, à partir d’émotions retrouvées et contenues dans la thérapie. L’auteur montre le frayage par le ressenti corporel, puis par le dessin, pour atteindre ce vécu traumatique précédemment inaccessible – car en deçà du perceptible et donc du dicible.

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Quelles sont les limites de l’interprétation et même de la verbalisation au cours de la psychothérapie d’un patient psychotique ? C’est à cette question que s’est confronté F. Houssier, qui nous fait part des difficultés de la cure en hôpital de jour d’un adulte fonctionnant sur le mode de la projection hostile et provocatrice, entraînant confusion et difficulté de penser chez le thérapeute ainsi que remous institutionnel.

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C. Combase conclut ce dossier avec le récit de deux moments clés au cours de deux thérapies familiales : celui d’un rêve « éveillé », véritable moment ludique et créateur produit par une famille en séance, et celui qu’elle fait et qui concerne une famille qu’elle suit. Elle montre comment chacun et l’ensemble du groupe, elle-même y compris, sont touchés par la souffrance d’un membre de ce groupe.

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Deux fiches de lecture, celle d’A. Guimezanes pour Personne, de G. Aubry, et celle d’A. de Butler pour Rien ne s’oppose à la nuit, de D. de Vigan, nous plongent dans deux romans écrits du point de vue de l’enfant qui a vu un parent s’engloutir dans des perturbations psychiques telles qu’elles l’ont conduit à la mort. Les sentiments filiaux sont vifs, la souffrance des protagonistes est aiguë. Chacun des auteurs, dans un style original et sensible, tente par l’écriture de donner un sens, une cohérence à des vies malmenées : la leur et celle de leurs père et mère.

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Hors dossier, le texte d’A. Berthou, « Esquives et disputes conjugales », décrit et analyse les mécanismes qui poussent des conjoints à utiliser des stratégies rodées plus ou moins opérantes pour esquiver les disputes. À partir d’une expérience de travail en aemo (action éducative en milieu ouvert), B. Blanquet interroge ensuite les modalités psychoéducatives proposées dans ce cadre à des adolescents qui externalisent leurs souffrances psychiques en les déposant dans différents lieux sociaux. Enfin, l’article d’I. Diop, « Approche interculturelle de la dépression post-partum », tente, à partir de l’analyse d’un cas, de repérer l’origine de cette dépression dans les interactions précoces.

Avis concernant « La parentalité à l’épreuve de la détention » article de Christiane de Beaurepaire et Janine Silvestre publié dans Dialogue n° 194

Le comité de rédaction présente ses excuses à Mmes Gwenola Ricordeau et Emmanuelle Granzotti qui ont été plagiées dans cet article, ainsi qu’aux lecteurs de la revue.

Dans le respect des règles de déontologie de l’édition, le comité de rédaction a décidé de retirer cet article de la vente en ligne dès que la rédaction a eu connaissance de ces faits.

Notes

[1]

Psychologue, formatrice psyfa ; mabadep@wanadoo.fr

Pour citer cet article

Barraco de Pinto Marthe, « Éditorial », Dialogue, 1/2012 (n° 195), p. 3-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-dialogue-2012-1-page-3.htm
DOI : 10.3917/dia.195.0003


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