2001
Diogène
Des regards à perte de vue
Le tiers témoin
Pouvoir, disparitions, représentations
Antonia García Castro
[*]
(Centre d’étude sur les conflits, Paris.)
“… Malgré la comédie, tout ça est vrai, notre maîtresse ; car ils font semblant de faire semblant ”.
Marivaux, Les acteurs de bonne foi
La scène se passe à Santiago du Chili, au parc O’Higgins, le premier octobre 1995. Des femmes viennent d’entrer sur le podium et le public enthousiaste applaudit, elles ont commencé à chanter accompagnées d’une guitare, on ne les entend pas, le public applaudit toujours. L’une des femmes se lève. Comme les autres, elle porte une chemise blanche et une longue jupe noire, elle est vieille, ses cheveux sont gris. Elle s’avance sur le podium, choisit sa place et s’arrête, ses yeux cherchent l’horizon mais ne se perdent pas, ses yeux se fixent quelque part entre l’ici et l’au-delà. Quand elle trouve ce qu’elle cherche, sa main droite se lève pour agiter un mouchoir blanc, la danse commence. Le public soudain attentif regarde. Et que regarde-t-il ? Non pas la femme seule sur la scène mais l’espace vide qu’elle contourne. L’espace vide nous incommode, nous, spectateurs chiliens, parce que la cueca, danse folklorique nationale, se danse à deux ou ne se danse pas. L’autre invisible est convoqué par chaque geste de cette femme et nous ne sourions pas devant l’absence de son homme parce que nous pressentons qu’elle ne fait pas semblant, nous pressentons qu’elle le voit.
L’image des femmes dansant seules est devenue l’un des symboles de la lutte des familles des disparus sous la dictature du général Pinochet. Organisées en association à partir de 1975, les familles commémoraient le 1
er octobre 1995 vingt années d’existence. “ Disparus ”, le terme s’est progressivement imposé pour désigner les victimes d’une pratique coercitive inédite, au Chili, jusqu’au coup d’État du 11 septembre 1973. La disparition forcée de personnes se distingue de l’assassinat politique comme ne cessent de le signaler les différents rapports que lui consacre Amnesty International
[1]. Dans le cas chilien, cette spécificité est en partie due à l’appareil de sécurité qui a pris en charge de détruire toute opposition organisée à la dictature militaire : la DINA, service de renseignements créé par la junte militaire et ne répondant de ses actes que devant elle. Plus fondamentalement, la spécificité de la disparition tient à l’invisibilité du corps de la victime et au doute que cette invisibilité provoque au sein de l’entourage de la victime : le disparu n’est pas identifié comme mort car sa mort n’est jamais certifiée, en revanche son absence soudaine et inexpliquée signale qu’il est une personne en danger et ce danger s’étend à tous ceux qui constatent son absence.
Regard de l’autre. Regard sur l’autre. Le faire disparaître devenu technique coercitive suppose l’intervention d’un “ tiers témoin ” amené à constater que des individus disparaissent alors que la raison nous dit que, morts ou vivants, ils se trouvent quelque part. C’est sur ce point précis que je voudrais attirer l’attention du lecteur avant de considérer brièvement de quelle manière les familles des disparus ont réussi à rendre visible un crime volontairement dépourvu de traces
[2].
Faire disparaître : une procédure discrète destinée à être vue
Dès 1973, les agents de la DINA entreprennent d’arrêter et d’assassiner les principaux dirigeants des partis politiques conformant le gouvernement de l’Unité populaire (1970-1973)
[3]. Retenus dans des centres clandestins de détention, ces individus sont torturés, sommés de donner des informations sur leurs camarades et finalement assassinés. Leurs corps ne sont pas rendus aux familles, mais enterrés clandestinement sans que la mort soit notifiée d’une quelconque façon et sans qu’aucune autorité ne reconnaisse les arrestations de ces individus. Au Chili, ils sont 1198. Ils ont disparu entre 1973 et 1989. La plupart d’entre eux, entre 1973 et 1977. C’est durant ces années et durant ces années seulement, que la DINA a opéré : la disparition forcée de personnes fut son recours spécifique dans une stratégie visant l’élimination de toute opposition au gouvernement militaire
[4].
Dire qu’un individu disparaît, c’est dire qu’il n’est plus vu par son entourage. Pourtant, les arrestations se font ostensiblement devant témoin. Dans ces conditions, pourquoi faire disparaître ? D’une part, parce que l’absence du corps interdit toute poursuite judiciaire ; le corps étant invisible, le délit ne peut être prouvé. Faire disparaître des prisonniers politiques préalablement assassinés, permet ainsi aux auteurs de ces crimes de se mettre à l’abri de toute sanction judiciaire. D’autre part, parce que la disparition met à contribution l’imaginaire de tout observateur potentiel. Au sein du foyer, un disparu est un absent dont on attend le retour. Peu importe que le temps passe et que les témoignages des anciens prisonniers permettent aux familles de considérer que leurs êtres chers ont probablement été assassinés
[5]. Tant que cette mort n’est pas constatée par l’apparition du corps, l’être cher reste objet de toutes les attentions. Il n’est pas un mort à qui l’on dit adieu mais une présence aimée que l’on convoque au jour le jour :
Ma mère a laissé sa chambre comme elle était lorsqu’ils l’ont emmené, ses vêtements, ses cahiers, ses livres, et sur son lit, il y a une sorte d’autel sur lequel elle dépose des fleurs, en attendant qu’il revienne [6].
Les proches des victimes ne sont pas seuls à voir les absents. Le gouvernement, secondé par les agents de renseignements, organise des “ fuites ” permettant à chacun d’imaginer le sort des disparus : des cadavres apparaissent sur la voie publique mais surtout des “ affaires ” voient le jour avec la complicité de la presse nationale et étrangère. La plus spectaculaire fut la publication des listes dites “ des 119 ”. En juillet 1975, deux revues, l’une argentine, l’autre brésilienne, affirment que 119 citoyens chiliens, tous militants de partis de gauche, essentiellement du MIR, se seraient entre-tués lors d’une vendetta alors qu’ils organisaient le renversement du gouvernement militaire
[7]. Tous ces individus avaient été arrêtés. Des témoins pouvaient le certifier. Dans de nombreux cas, leurs familles avaient entrepris des démarches légales pour dénoncer les arrestations arbitraires. À la même époque, le corps d’une dirigeante du MIR, Lumi Videla apparaît dans le jardin de l’ambassade d’Italie, la presse chilienne invoque le “ crime passionnel ”. C’est l’ensemble de la population chilienne qui se trouve alors avertie : quelque chose se passe, quelque chose d’inavouable et, de ce fait, inquiétant. Il y a là une mise en garde audible au sein des différents cercles d’appartenance des individus rendus invisibles et elle parvient progressivement à quiconque aura connaissance d’une disparition.
L’intervention d’un tiers témoin dans une pratique coercitive a déjà fait l’objet de réflexions. Dans un tout autre registre, elle est présente dans la pensée de Michel Foucault, en particulier lorsque celui-ci analyse le supplice, procédure par laquelle le souverain met en scène son droit de réplique à toute transgression de la loi :
Un supplice qui aurait été connu mais dont le déroulement aurait été secret n’aurait guère eu de sens. L’exemple était recherché non seulement en suscitant la conscience que la moindre infraction risquait fort d’être punie ; mais en provoquant un effet de terreur par le spectacle du pouvoir faisant rage sur le coupable (…). Il faut non seulement que les gens sachent, mais qu’ils voient de leurs yeux. Parce qu’il faut qu’ils aient peur ; mais aussi parce qu’ils doivent être les témoins, comme les garants de la punition, et parce qu’ils doivent jusqu’à un certain point y prendre part [8].
Qu’en est-il du faire disparaître ? La disparition relève-t-elle du supplice ? Peut-elle être en même temps une procédure discrète d’élimination des corps et une procédure de l’éclat destinée à produire des exemples et à intimider, par la puissance du spectacle, de la mise en images, une certaine population ? Il faut reprendre les critères retenus par Foucault :
Le supplice repose sur tout un art quantitatif de la souffrance. Mais il y a plus : cette production est réglée. Le supplice met en corrélation le type d’atteinte corporelle, la qualité, l’intensité, la longueur des souffrances avec la gravité du crime, la personne du criminel, le rang de ses victimes (…). Le supplice fait, en outre, partie d’un rituel. C’est un élément dans la liturgie punitive, et qui répond à deux exigences. Il doit, par rapport à la victime, être marquant : il est destiné, soit par la cicatrice qu’il laisse sur le corps, soit par l’éclat dont il est accompagné, à rendre infâme celui qui en est la victime ; le supplice, même s’il a pour fonction de “purger” le crime, ne réconcilie pas ; il trace autour ou, mieux, sur le corps même du condamné des signes qui ne doivent pas s’effacer ; la mémoire des hommes, en tous cas, gardera le souvenir de l’exposition, du pilori, de la torture et de la souffrance dûment constatés [9].
Le “ faire disparaître ” ne relève pas formellement de la peine. Il y a eu sous la dictature des tribunaux militaires, des procès, des condamnations, des punitions et des exécutions réglementées par décrets-lois
[10]. Ce cas de figure ne concerne pas les prisonniers disparus. On pourrait spéculer et soutenir que, néanmoins, c’est bien comme coupables qu’ils ont été arrêtés, torturés, assassinés et définitivement occultés. Mais la logique de la punition n’est pas fondamentale, même si la junte militaire n’a eu de cesse de répéter et de diffuser l’idée selon laquelle ces individus étaient bien coupables de quelque chose et, au premier chef, coupables d’être ceux qu’ils étaient : des acteurs identifiés par les militaires comme militants des différents partis politiques de gauche ou en liaison avec eux, des membres ou des sympathisants du gouvernement de l’Unité populaire. Le crime supposé n’a pas ici besoin d’être prouvé, les séances de torture ne cherchent pas des aveux destinés à être des preuves et la mise à mort n’est pas châtiment, sauf à considérer que l’on peut punir par avance des actions possibles. C’est important de le souligner : les hommes et les femmes qui ont disparu étaient perçus comme des acteurs politiques. C’est leur trajectoire politique qui permet aux agents de la DINA de les identifier et de les désigner comme cibles possibles : ils avaient agi, ils pouvaient agir encore.
Occulter des prisonniers politiques permet dans le très court terme de s’en servir comme appâts. Ceci apparaît clairement dans certains témoignages
[11]. Au Chili, dans le jargon des anciens prisonniers, cette procédure se nomme “
poroteo ”. C’est une manière particulière de dénoncer : le prisonnier qui a été arrêté et qui est maintenu dans le secret est contraint d’accompagner les agents de renseignements dans un véhicule qui parcourt un quartier où l’on “ soupçonne ” que vit un individu X ; le prisonnier est censé le reconnaître et le désigner aux agents. Cette procédure suppose de nombreuses délations préalables quelqu’un a donné un nom, quelqu’un a indiqué un quartier, un autre confirmera cette information en allant sur les lieux. Le centre clandestin de détention fonctionne comme un laboratoire où les solidarités entre militants sont mises à l’épreuve.
La torture n’est pas l’exclusivité des services de renseignements, mais elle est, au sein des centres clandestins contrôlés par la DINA, un recours systématique. Les maisons récupérées par la DINA sont aménagées en vue de sa pratique : salles de tortures “ équipées ”, salles de réclusion collective où les prisonniers attendent et cellules d’isolement au sein même des centres. L’administration de la douleur peut se passer de discours mais les questions viennent à un moment ou à un autre. Les agents de la DINA ont cherché et réussi à reconstituer les organigrammes des partis politiques ciblés. Ce que l’on demandait, c’était des noms, des pseudonymes, des fonctions, des domiciles. La torture n’est pas pour autant simple transaction. Celui qui a parlé une fois sera de nouveau torturé, peut-être parlera-t-il encore et ainsi de suite ; une question ayant obtenu réponse peut être posée à plusieurs prisonniers, les agents peuvent donc “ savoir ” et torturer tout de même. Ainsi la question “ où est Miguel ? ” a été posée avec insistance à une militante socialiste qui n’avait pas de raison particulière de savoir où se trouvait Miguel Enriquez, secrétaire général du MIR.
Lorsque le philosophe Pierre Pachet s’interroge sur ce qu’est la torture dans le monde contemporain, il y voit :
une figure nouvelle et terrifiante de la politique devenue, en certaines parties du monde et à certains moments, le terrain d’expérimentation d’une sortie hors de l’humanité, le laboratoire où se capitalise une expérience de l’inhumain mise au service des idéaux prosaïques de la gestion, de l’administration, de la bonne marche des affaires nationales (…). L’individu que la torture met à l’épreuve, elle le met au défi de " tenir", de maintenir ses convictions, ses attachements et, tout simplement, son être ; mais, au-delà, ce qui est demandé à l’individu qu’on torture, dans les situations de guerre coloniale, de guerre civile, de conflit idéologique, est encore plus considérable, si l’on ose dire. Il semble, en effet, qu’à chaque fois ce soit l’ensemble de l’humanité que l’acte de torture vise à faire disparaître, à compromettre [12].
Ce qui est menacé, c’est la possibilité d’être un individu, non pas seulement parmi d’autres, mais avec d’autres. Et Pierre Pachet le signale lorsqu’il précise la nature du “ défi ” : tenir, dit-il, des convictions, des attachements. La torture étend son emprise sur des individus et sur autre chose. Cet “ autre chose ” de profondément compromis, ce sont des relations sociales.
Cette dimension a été particulièrement soulignée dans “ Le corps interposé
[13] ”, commentaire que Claude Lefort consacre à l’ouvrage d’Orwell,
1984. Les personnages principaux, Winston et Julia, ont une conviction commune, condition de leur amour et gage de leur liberté : lorsqu’ils sont seuls – lorsqu’ils croient être seuls – les amants se rassurent en se disant “
ils n’entreront pas en nous ”. “ Ils ”, ce sont ceux qui dirigent une société vivant sous la surveillance permanente d’un Big Brother invisible. Lorsque Winston et Julia sont arrêtés et que Winston est torturé, il “ tient ” aussi longtemps qu’il peut se dire à lui-même “
je n’ai pas trahi Julia ”. Conduit dans la chambre 101 – qui réserve à celui qui y pénètre, ce qui pour lui, et pour lui seul, incarne le pire – il n’échappe au supplice qu’en criant
“ faites-le à Julia ! ”. Ce faisant, il interpose entre lui et le “ pire ”, le corps de l’être aimé. L’invocation de Winston – “
faites-le à Julia ! ” – interrompt son supplice, elle vient également confirmer la destruction d’une conviction partagée – “
ils n’entreront pas en nous ” – et d’une pensée propre – “
je n’ai pas trahi Julia ”. Mais en même temps que cette conviction, que cette pensée, c’est la possibilité d’un nouveau partage qui est annihilée.
La torture détruit des solidarités : celui qui a parlé et qui est perçu comme délateur par ses anciens camarades, ne sera plus un camarade. Mis en marge de son groupe d’appartenance, il n’entre pas pour autant dans le groupe des agents de renseignements, il peut travailler pour eux, agir comme un des leurs, se sentir peut-être un des leurs, il demeure un “ converti ”, un traître qui peut encore trahir et, en définitive, un prisonnier. Quel que soit le degré d’implication des prisonniers dans les services de renseignements, le stigmate de la délation agit comme déliaison. Les centres clandestins de détention de la DINA ont ainsi fonctionné comme des laboratoires de mise à l’épreuve des liens sociaux. La torture dans les centres clandestins de détention en a été l’un des moyens.
La disparition se présente dès lors comme une technique permettant de neutraliser sur le long terme la capacité d’action d’individus engagés dans des réseaux sociaux. Si l’on regarde les listes des disparus, on trouvera principalement des dirigeants politiques. Mais l’importance accordée à un militant n’était pas seulement donnée par sa place dans la direction, un militant n’avait pas besoin d’être un “ haut dirigeant ” pour venir grossir la liste des disparus, un homme bien informé pouvait être une cible privilégiée. Détruire un groupement politique, ce n’est pas seulement éliminer les individus capables d’en assurer la direction ou le cas échéant la restructuration, c’est aussi générer des croyances et notamment celle qui consiste à se dire que les meilleurs sont morts et qu’il n’y a pas de survivant capable de prendre la place des absents. Inversement, certains individus n’avaient pas d’importance socialement reconnue au sein des partis politiques principalement touchés. Certains n’avaient peut-être même pas d’activité militante. On peut estimer que la disparition de ceux-là contribuait à générer l’idée selon laquelle n’importe qui pouvait être une victime potentielle. Dans les deux cas, l’occultation des dépouilles est un des mécanismes par lesquels le pouvoir étend son emprise sur une population bien plus vaste que celle des opposants désignés comme ennemis ou soupçonnés de connivence avec les ennemis. Cette occultation, comme le supplice, passe par une mise en scène.
Revenons à Foucault. Les critères nécessaires pour constituer un supplice révèlent deux types de savoir-faire : l’administration de la souffrance, quantifiée, prolongée et réglée en fonction des crimes commis ; l’organisation du rituel par lequel le corps du condamné est marqué, stigmatisé, au vu et au su des observateurs, eux-mêmes marqués par des images qu’ils n’oublieront pas. L’unité de lieu et de temps permet le déroulement d’une tragédie peu orthodoxe où le souverain est le personnage principal, invisible et triomphant et où l’action provoque peut-être pitié, mais à coup sûr terreur, et, qui plus est, terreur durable. Et Foucault de conclure son paragraphe : “
Dans les “
excès”
des supplices, toute une économie du pouvoir est investie
[14]. ”
Faire disparaître suppose, tout comme le supplice, une certaine administration de la souffrance : la torture précédant la mort. Comme le supplice, le faire disparaître suppose une mise en scène. Mais en comparaison de ce qu’est le supplice, cette mise en scène comporte une anomalie : le souverain n’est pas le seul personnage invisible, le supplicié lui-même est invisible. Est-ce dire pour autant qu’on ne le voit pas ? La scène ne se joue pas devant un public expressément convoqué à cet effet. Il n’y a pas, dans ce cas, unité de lieu et encore moins unité de temps. Pourtant, cette “ anomalie ”, l’absence du supplicié, est voulue, elle est organisée parce qu’elle est vue.
Du point de vue du tiers témoin, la disparition est une invitation à être les spectateurs impuissants d’une scène qu’on ne voit pas mais qu’on imagine. La disparition repose sur un certain nombre d’occultations et de dévoilements organisés par des agents de renseignements mais non pas seulement par eux : une opération comme celle des “ listes des 119 ” suppose l’intervention de nombreux acteurs nationaux et étrangers, les services de renseignements de chaque pays impliqué ainsi que la presse. Cette occultation relative, portant spécifiquement sur le sort final des victimes, fait entrer tout observateur dans le domaine du doute : s’il connaît la victime, il ne pourra pas savoir si elle est morte ou vivante ; s’il ne la connaît pas, il ne pourra pas se soustraire aux différents discours élaborés par le pouvoir qui contribuent à entretenir le “ fantôme ” des disparus. Ainsi, le journal chilien
El Mercurio affirmait le 16 juillet 1975 : “
On les réclamait comme disparus. Les miristes morts en Argentine étaient recherchés au Chili
[15]. ” Les “ disparus ” ont-ils été inventés de toutes pièces par l’opposition à la junte militaire ? Ou bien ont-ils effectivement disparu comme le prétendent ceux qui les cherchent ? La coexistence de discours contradictoires sur le sort de certains individus suppose un menteur et pour l’observateur non impliqué un certain nombre de questions : Qui ment ? Pourquoi ?
Si le supplice relève de l’économie du pouvoir, comme l’affirme Foucault, c’est bien parce qu’il permet, en même temps que la punition de celui-là, l’implication et le contrôle de tous les autres, observateurs participants d’une représentation aussi bien faite pour eux que par eux.
La disparition, parce qu’elle met en scène la toute puissance du pouvoir militaire, agit aussi comme mécanisme de dissuasion : doute, peur et désespoir en sont les principaux ressorts. Ce qui se dessine ici, c’est ce que l’on pourrait nommer, à la manière de Paul Virilio, une “ stratégie indirecte ” :
Ne pas être contraint à un combat désespéré mais développer chez l’adversaire un désespoir prolongé, lui infliger en permanence des souffrances morales et matérielles qui le diminuent et le fondent, la stratégie indirecte peut désespérer un peuple sans effusion de sang, comme dit l’adage : La peur est le plus cruel des assassins, elle ne tue jamais mais vous empêche de vivre [16].
Stratégie directe, la disparition se donne comme cible des militants des principaux partis de la gauche chilienne : arrêtés, enfermés dans des centres clandestins de détention, torturés, contraints à dénoncer leurs camarades, puis assassinés et occultés. Stratégie indirecte, la disparition permet de mettre en garde toute une population qui aura vent de ce qui arrive aux opposants et sera contrainte par la peur à ne pas s’ériger en ennemi.
La disparition a pour vocation de rendre impossible toute solidarité. Elle ne relève pas, au sens strict de l’analyse foucaldienne, du supplice. Mais elle emprunte au supplice sa dimension spectaculaire et exemplaire. Le vide focalise des attentions : chacun voit de ses yeux qu’il ne voit pas, chacun peut librement imaginer le pire, chacun craignant le pire est invité à ne pas agir au nom des victimes.
La dénonciation des familles des disparus par corps interposé
Les mobilisations des familles portent les traces du crime auquel elles sont confrontées. Leurs proches ont été enfermés dans des centres clandestins de détention et les violences qu’ils subissent sont parfois dévoilées mais elles ne se produisent pas, elles, devant des témoins. Il faut donc rendre visibles les individus disparus mais aussi la violence cachée. On connaît les pancartes “ Où sont-ils ? ”, elles comportent la photo de chaque disparu et cette inscription unique qui en espagnol a deux sens. En effet, “ donde están ” peut avoir pour sujet la troisième personne du pluriel et être synonyme de “ ils ”, soit les individus disparus, ou bien, la deuxième personne de pluriel et signifier dès lors “ Où êtes-vous ”, sous-entendu, vous qui nous regardez passer. On peut relativement facilement rendre visibles les absents grâce aux photographies. Mais comment rendre visible la violence cachée ? Par une mise en scène qui n’a rien d’une illusion où chaque parent expose son propre corps à la violence des forces de l’ordre. Par une mise en scène se jouant dans la rue où chaque passant sera convoqué pour être le témoin de cette représentation faite pour lui mais, cette fois-ci, contre le pouvoir en place, contre ses mensonges et ses dénégations. Un cas est particulièrement révélateur. La pratique de l’enchaînement dans les rues de Santiago.
Il faut prendre l’expression “ enchaînement ” au pied de la lettre : on se munit de chaînes, on les passe autour de son corps, on s’attache à des grilles sur la voie publique. Les femmes campent, elles (se) rendent visibles. Ce sont là deux atteintes aux dispositifs instaurés par le pouvoir militaire qui voudrait au contraire que l’on circule puisqu’il n’y a rien à voir. Le plus souvent le lieu choisi est l’ancien Congrès. Situé dans le centre-ville, cet édifice imposant dispose d’un vaste jardin entouré par des grilles. L’anthropologue chilien, Hernán Vidal, a consacré une étude aux mobilisations de l’AFDD dont je reprends ici quelques passages relatant un enchaînement. Cela se passait le mercredi 18 avril 1979 :
Ce mercredi, cinquante-neuf personnes, dont trois hommes, se sont déplacées, en provenance de différents points de Santiago, pour s’enchaîner à 11 heures précises, tout au long de la façade ouest du Sénat, rue Bandera, entre la rue Compañia, au sud, et la rue Catedral, au nord. Le choix du lieu obéissait à des considérations symboliques, stratégiques et pratiques : par tradition, quelques-unes des manifestations les plus importantes de la vie politique chilienne se sont déroulées dans le secteur central de Santiago (…). Une forte affluence de public travaille, se divertit, fait des achats au centre-ville où se concentrent des boutiques, des cinémas, des restaurants, des bâtiments municipaux et étatiques (…). Le Comité coordinateur de l’Association a également choisi les grilles du Sénat en raison du caractère symbolique du bâtiment en période de crise de la démocratie chilienne, comme un défi au système judiciaire coopérant avec la répression, et à cause de l’affluence de personnes pouvant constituer un auditoire massif pour le spectacle ainsi que la facilité avec laquelle on pouvait altérer l’ordre quotidien de la ville et l’accessibilité du lieu pour les journalistes prévenus quelques minutes avant de commencer l’action [17].
Hernán Vidal utilise le terme de spectacle. Il insiste tout au long de son étude sur le fait que cette manifestation est une représentation. Des personnes s’enchaînent aux grilles, des discours sont prononcés pour informer les passants des raisons de cette présence sur les lieux, ces discours sont nécessaires pour que les passants puissent associer ce qui se passe là aux mots qui circulent : disparus, disparition. Cependant, ce qui est essentiel, c’est que précisément “ ce qui se passe là ” n’est pas une simple énonciation des événements, mais une reproduction à la vue de tous des événements cachés. L’enchaînement contraint les forces de l’ordre, les carabiniers, à intervenir, à user de violence physique
publiquement. C’est ainsi que les parents des disparus rejouent la scène discrète dont leurs proches ont été victimes au sein des centres clandestins de détention. La violence cachée est ici dévoilée parce que les parents exposent, en toute conscience, leur propre corps sur la voie publique : “ Le proche arrive sur la scène de la manifestation pour faire de la vulnérabilité de son corps face à l’imminente répression, une métaphore du destin qu’il imagine celui de son être cher
[18]. ” Invariablement, les carabiniers interviennent, brisent les chaînes, frappent et arrêtent les familles des disparus. Cela ne dure que quelques minutes, mais les passants auront vu.
Les logiques coercitives comme les logiques de résistance ici présentées misent sur le ralliement d’un tiers. Dans le premier cas, on cherche à l’immobiliser par la peur. Dans le second cas, on cherche à provoquer son adhésion à une dénonciation qui est le fait de certains et seulement de certains. Des messages circulent dans les deux cas sans qu’ils soient mis en récit. Le faire disparaître et sa dénonciation supposent en revanche la mise en images et celle-ci compte non pas tant sur la capacité des observateurs à voir mais à imaginer ce qu’ils ne peuvent voir : ce qui se passe dans les centres clandestins, le pire, la mise à mort des prisonniers disparus, le pire, l’absence prolongée et inexpliquée d’un être cher. Une pratique comme celle de l’enchaînement est destinée à produire de l’agitation, celle des carabiniers chargés de faire respecter l’ordre et aussi celle des passants alarmés par l’intervention des forces de police. Ce n’est pas le cas de la cueca sola, mentionnée en introduction, ce n’est pas non plus le cas de certaines manifestations qui se donnent aujourd’hui comme des pèlerinages au cimetière pour se terminer là où les corps retrouvés ont été ensevelis.
La
cueca sola est dépourvue de toute emphase, les femmes chantent et jouent de la guitare alors que d’autres dansent. L’acuité du message réside dans le contraste entre la gaieté de la musique, caractéristique de cette danse chilienne, et l’anomalie de l’absence du partenaire
[19]. Ici, il n’y a pas besoin d’explication, il n’y a pas besoin de consigne, parce que la
cueca est partie prenante d’une culture partagée par tous les observateurs chiliens, quelles que soient les histoires personnelles et les convictions politiques de chacun. L’image reste, elle frappe, elle est destinée à demeurer comme preuve muette de l’inacceptable. Cette image nous renvoie non plus au prisonnier politique disparu mais à la vie disparue ou à l’homme disparu dans ce que ce mot “ homme ” peut avoir aussi de charnel.
Des corps de prisonniers disparus ont été retrouvés depuis le début des années 1990. Un Mémorial a été construit en 1995 permettant aux familles de se recueillir et de rendre hommage à la mémoire de leurs parents et de disposer d’un secteur du cimetière général de Santiago pour enterrer leurs morts. Certaines manifestations partent du centre ville pour s’achever devant le Mémorial. Tout au long de ce chemin, les familles exhibent les pancartes “ Où sont-ils ? ” mais aussi des silhouettes en carton, sans visages, des contours suggérant la présence des absents. Le choix des rues est également révélateur de la volonté des familles de donner à voir ce que ne pourrait voir un observateur sans mémoire. Les exemples sont nombreux mais je n’en choisirai qu’un : le numéro 80 de la rue Morandé. Ce numéro n’existe plus. La rue Morandé borde le Palais Présidentiel. Au numéro 80, il y avait une porte et c’est par cette porte que les militaires ont fait sortir les derniers occupants du Palais, le mardi 11 septembre 1973. Comme on le sait, l’édifice a été bombardé. Plus tard, lors de sa reconstruction, la porte n’a pas été réparée mais effacée. Il n’y a plus de porte au numéro 80. La plupart des personnes qui l’ont franchie le 11 septembre 1973 sont actuellement portées disparues. Mais les familles, elles, passent dans cette rue et non seulement, elles passent, mais elles s’arrêtent, et la plupart des observateurs savent ce qu’elles voient en lieu et place de l’actuelle fenêtre.
L’enchaînement était le propre d’une période où les familles pouvaient encore espérer que les disparitions cessent et que certains disparus reviennent en vie. Il est trop tard pour cela. La cueca sola, les manifestations actuelles, ont, bien sûr, une dimension revendicative. Il s’agit pour les familles de savoir ce qui est arrivé à chacun des disparus et de juger les responsables. Mais en deçà ou au-delà de ces requêtes de vérité et de justice, les familles sont celles qui désignent les trous de mémoire, les lacunes d’une histoire encore à écrire et la volonté des militaires d’effacer les traces de ce crime spécifique – la disparition – et de tous leurs crimes.
Il n’y a pas de leçon à tirer de cette brève présentation. On ne peut que constater que l’intervention du tiers témoin sert davantage les pratiques coercitives que les résistances et que la peur se répand plus facilement que la témérité de ces femmes habitées par un autre. Une précision est nécessaire puisque le Chili est de nouveau un “ sujet d’actualité ”. La récente inculpation du général Pinochet par le juge Guzmán ne témoigne pas d’un ralliement massif à la cause des familles des victimes, dont les familles des disparus, mais des efforts menés par quelques individus au sein d’un cadre politico-légal marqué par des contraintes
[20], efforts partiellement couronnés de réussite. L’issue de ce procès est encore à venir. Mais en aucun cas elle ne permettra aux familles de savoir ce que sont devenus leurs êtres chers : non seulement les lois chiliennes entravent les enquêtes sur les disparus et la prononciation d’une sentence, mais près de trente ans se sont écoulés et le temps joue contre les familles. Même lorsque des corps sont retrouvés, le travail d’identification est compromis par l’usure des corps devenus méconnaissables. De cette histoire non écrite, nous, Chiliens, “ spectateurs de bonne foi ”, garderons longtemps certaines images, car nous savons que tout cela est vrai, que ces hommes n’ont pas disparu, qu’ils sommeillent quelque part sous la même terre où nous marchons et où des femmes dansent.
[*]
Antonia
García Castro : de nationalité chilienne, dîplomée de l’IEP de Paris et docteur en sociologie (École des hautes études en sciences sociales), travaille actuellement au Centre d’Études sur les Conflits comme membre de l’équipe éditoriale de la revue de sociologie
Cultures & Conflits. Thèse de doctorat : “ Où sont-ils ? La permanence des disparus dans le champ politique chilien : enjeux mémoriels, enjeux de pouvoir (1973-2000) ”, sous la direction de Marie-Claire Lavabre (EHESS, mai 2001). A publié sept articles sur le sujet en France, au Chili et en Argentine. Voir aussi: “ La mémoire des survivants et la révolte des ombres : les disparus dans la société chilienne ” dans
Cultures & Conflits, Paris, L’Harmattan, n° 24/25, hiver-printemps 1997.
[1]
Les disparus. Rapport sur une nouvelle technique de répression, Éditions francophones d’Amnesty International, Paris, Seuil 1981 ;
“ Disparitions ” et assassinats politiques dans les années 80-90. L’inacceptable, Éditions francophones d’Amnesty International, Paris, Seuil 1993 ;
Les Disparitions, Paris, Babel 1994. Voir également
“ Disparitions ”, Cultures & Conflits, Paris, L’Harmattan, n° 13-14, printemps-été 1994.
[2]
Le texte proposé reprend une analyse développée dans le cadre d’une thèse de sociologie présentée à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, sous la direction de Marie-Claire Lavabre, “ Où sont-ils ? La permanence des disparus dans le champ politique chilien. Enjeux mémoriels, enjeux de pouvoir (1973-2000) ”, mai 2001.
[3]
La coalition gouvernementale qui remporte les élections du 4 septembre 1970 était composée du Parti socialiste, du Parti communiste, du Parti radical et du Mouvement d’action populaire (MAPU). Les pratiques coercitives des militaires visaient en priorité les militants de ces différents partis mais aussi les militants du Mouvement de gauche révolutionnaire (MIR). Ces derniers ont été la cible privilégiée des agents de la DINA : prônant la lutte armée, ils étaient de ce fait considérés comme particulièrement dangereux.
[4]
Sur les disparitions au Chili et l’implication des agents de la DINA voir : E.
Padilla,
La memoria y el olvido. Detenidos desaparecidos en Chile, Santiago, Ediciones Origenes 1995. Sur les disparitions en Argentine voir : P.
Calveiro,
Poder y desaparición, Buenos Aires, Colihue 1998.
[5]
De nombreux témoignages ont été publiés par des anciens prisonniers relatant entre autres les rencontres avec des prisonniers portés disparus. Voir en particulier : León
Gomez,
Trás las huellas de los desaparecidos, Santiago, Ediciones Caleuche, 1990 ; Marcia
Merino,
Mi Verdad. “ Más allá del horror ”, Santiago, ATGSA 1993.
[6]
Ce témoignage est cité dans le rapport de la Commission Nationale de Vérité et de Réconciliation (CNVR), mandatée par le président de la République, Patricio Aylwin (1990-1994), pour enquêter sur les crimes commis sous la dictature.
Informe de la Comisión Nacional de Verdad y Reconciliación, Santiago, Edición especial de la Nación 1991, p. 176.
[7]
Sur les listes des 119 voir : Paz
Rojas (dir.),
La gran mentira, Santiago, CODEPU 1994.
[8]
Michel
Foucault,
Surveiller et Punir, Paris, NRF Gallimard 1991, p. 61.
[9]
Ibid., p. 38.
[10]
Voir sur ce sujet, le Livre I du Code de la Justice militaire, en particulier la partie consacrée aux Tribunaux militaires en temps de guerre. Pour une présentation synthétique de la législation et des pratiques des Tribunaux militaires, voir le rapport de la CNVR,
op. cit., p. 18 et suivantes. Le rapport consigne, région par région, les différentes condamnations prononcées par lesdits tribunaux.
[11]
Voir
Merino,
op. cit.
[12]
Pierre
Pachet, “ La pensée de la torture ”,
Encyclopedia Universalis, 1993.
[13]
Claude
Lefort, “ Le corps interposé : 1984, de Georges Orwell ”, dans
Écrire à l’épreuve du politique, Paris, Presse Pocket 1984.
[14]
Foucault,
op. cit., p. 39.
[15]
Rojas,
op. cit., p. 19.
[16]
P.
Virilio.,
Vitesse et Politique, Paris, Éditions Galilée 1977, p. 47.
[17]
H.
Vidal,
Dar la vida por la vida, La agrupación chilena de familiares de detenidos desaparecidos (ensayo de antropología simbólica), Minnesota, Institute for the Study of Ideologies and Literature 1982, p. 127.
[19]
9. L’introduction d’un élément “ gai ” dans une dénonciation portant sur des évènements tragiques n’est pas le propre des familles des disparus. Dans le cas de la
cueca sola, c’est extrêmement subtil. Mais dans d’autres cas, l’humour a été un mode de dénonciation à part entière, voire de résistance, notamment dans les camps de prisonniers où des pièces de théâtre étaient parfois organisées. Les témoignages des anciens prisonniers politiques font état d’une série de “ tours ” qu’ils se jouaient entre eux, y compris dans des circonstances tragiques. Plus récemment, les disparus sont devenus le sujet d’une dénonciation qui ne s’affiche pas ouvertement comme “ politique ”. En 1990, le théâtre de rue s’est fortement inspiré de l’actualité, marquée alors par la découverte de charniers dans le nord du pays. Les acteurs mettaient en garde le public : “ Ne cultivez pas votre jardin, vous risqueriez de trouver un disparu ! ” Et cela a fait éclater de rire. Dans un autre registre, le sourire de certaines mères de disparus frappe. Le rire, le sourire ne sont pas forcément gais… C’est un beau sujet, très ancré dans la culture chilienne et peut-être latino-américaine. Le poète argentin Raul González Tunón écrivait : “ Peut-être la tristesse n’est-elle qu’une modalité subtile de la gaîté. ” Et pourquoi pas vice-versa ? Humour et tragédie, farce et dénonciation, ce sont là des sujets que cette réflexion fait surgir, mais qui ne peuvent être développés ici.
[20]
Ces contraintes sont, entre autres, la loi d’amnistie décrétée en 1978, interdisant les inculpations pour les crimes commis entre 1973 et 1977, mais aussi la Constitution de 1980, toujours en vigueur, permettant au commandant en chef des Forces armées de désigner neuf sénateurs “ à vie ”. Jusqu’à présent, cette distorsion du système de représentation a favorisé les secteurs de droite, majoritaires au Sénat ; elle compromet toute tentative de réformer la législation mise en place par les militaires.