Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130522140
184 pages

p. 3 à 4
doi: en cours

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n° 194 2001/2

2001 Diogène

Introduction

Wanda Dressler  [*]
Désireux de construire le nouveau champ que constitue le postcommunisme, créé par l’implosion du régime communiste, des chercheurs de différentes disciplines explorent les distinctions entre divers types d’espace et territoires géographiques dans leurs principales dimensions : espaces identitaires, sociaux, économiques, politiques et géo-politiques, dans certains pays d’Europe centrale (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie), balkanique (Albanie, Bosnie, Bulgarie, Macédoine, Roumanie, Serbie), des pays du monde russe et ses confins eurasiatiques (Russie, Mongolie, Bouriatie, Kazakhstan, Moldavie, Pays baltes), voire les confins du monde communiste, moyen ou extrême-orientaux (évocations de la Chine, du Moyen-Orient).
Cette approche transdisciplinaire est apparue particulièrement féconde pour répondre aux défis institutionnels et intellectuels qui se posent aux travaux sur des aires régionales spécifiques comme celles de l’Europe de l’Est jusque dans ses confins orientaux. On a tendance à cantonner ces travaux dans un exceptionnalisme régional ou national, qui semble aujourd’hui dépassé avec les changements globaux accélérés depuis la fin de la guerre froide (problématique de la transition).
Le champ des études postcommunistes est de moins en moins le champ fermé d’un ensemble de spécialistes de la zone. Il est de plus en plus largement ouvert à ceux qui ont une vue comparative sur l’évolution des différentes aires culturelles du globe. C’est cette approche qui est adoptée ici. Ce qui implique de resituer ces études dans leur contexte historique. Le changement global incite également à prendre nouvellement en compte problèmes et politiques de développement économique, politiques environnementales, droits de l’homme, problèmes de santé publique, etc.
Un certain nombre de tâches essentielles incombent aux différentes disciplines qui se penchent sur cette zone à travers diverses entrées thématiques :
  • les recompositions identitaires : comparer les sociétés nationales et multinationales, issues des empires, sur un temps long et les resituer dans le contexte actuel pour évaluer à la fois les mutations de paradigmes politiques et les legs du régime impérial soviétique revenait aux historiens et aux sociologues. L’ère de la globalisation demande de prendre en compte la production culturelle : la mesure de son impact sur les identités et cultures locales, celle du rôle de celles-ci dans la recomposition des espaces, en synergie et en résistance, incombe à la plupart des disciplines, dont les littéraires.
  • Les différents auteurs ont appréhendé ces recompositions à travers diverses approches : une redéfinition des concepts politiques fondamentaux des formations historiquement constituées (concepts d’égalité, peuple, nation, ethnie, place de l’individu, etc.), des relations entre les groupes hiérarchisés selon des schémas évolutionnistes en vigueur sous le communisme (Wanda Dressler), des rapports entre les genres (Helena Zdravomyslova), une évaluation des réécritures contemporaines de l’histoire (Speranza Dumitru), l’histoire récente des traumas sociaux ou nationaux (Caroline Humphrey), l’analyse des (re)-constructions identitaires territoriales (Roberte N. Hamayon), et les représentations liées aux entités construites dont on veut assurer la pérennité, la renaissance (Eurasie), la dissolution, ou simplement la promotion à travers la recomposition des sphères d’influence (Cherifa Chaour), la généralisation du modèle occidental qui provoque une vision idéalisée ou desillusionnée de l’Occident (Artan Fuga).
  • les rapports sociaux-spatiaux et les recompositions économiques : l’économie de transition est analysée par les géographes à travers les nouvelles formes d’urbanité (Philippe Haeringer, Leonid Kogan, Galia et Guy Burgel), l’impact des pratiques symboliques et des représentations idéologiques du régime communiste sur les conceptions du travail et les modalités des échanges (Ivaylo Ditchev), les recompositions économiques et financières (Jacques Sapir, Françoise Renversez) ;
  • les recompositions du pouvoir : suivre le devenir de nouvelles formes d’États, dont l’ex-bloc soviétique n’a d’ailleurs pas l’exclusivité, concerne les sciences politiques et la philosophie politique ; la mise en place des régimes autonomes accordés aux minorités, interpelle, en priorité, les anthropologues, les politologues, les sociologues et les juristes.
Ce recueil aborde plus particulièrement la constitution et le rôle des élites pendant et après le communisme, à travers la mise en scène de figures imaginaires (Roberte N. Hamayon et Caroline Humphrey), les trois cercles de conversion (Georges Mink et Jean-Charles Szurek), les formes de lutte politique, la lutte écologique en particulier, la construction d’une société civile et des politiques environnementales (Jean-Robert Raviot, Armelle Groppo, Yves Hamant). L’adoption de nouvelles normes juridiques d’intégration entre citoyenneté et nationalité, les formes évolutives des partis nationaux et des institutions en fonction des situations particulières et des modifications du contexte international traversent plusieurs textes.
Cet ensemble de thèmes marque la fin de l’euphorie des études sur la transition et de la confiance inébranlable envers les pratiques et les institutions euro-américaines. Ces études ciblées combinent les compétences, les méthodes et les approches pour étudier les formes socio-économiques, culturelles et politiques inédites que l’on voit naître sous nos yeux. Le propos général a été ici d’articuler les recherches spécialisées et les réflexions théoriques, l’étude des faits empiriques avec celle des représentations qui leur sont liées. Le croisement disciplinaire qui favorise l’articulation d’études macro et micro est une dimension très importante de cet ensemble problématique [1].
 
Remerciements
 
La rédaction remercie vivement tous ceux qui ont collaboré, d’une manière ou d’une autre, à la préparation de ce numéro : Aimée Catherine Deloche, Pierrette Friedman, Lia Mara Conti, Roberte N. Hamayon, Imre Toth, Marie-Alix Carlander, Gilles Verpraet, Chérifa Chaour. Elle tient à exprimer sa gratitude toute particulière aux personnes qui ont contribué à enrichir ce recueil par leurs réflexions et apports sous forme de commentaires et de textes : Juan Carlos Albizu Campos, Daniel Chave, Hélène Desbrousses, Vladimir Kolossov, Guillaume Lacquement, Hugues Lamarche, Claire Lévy-Vroelant, France Meslé, Jean-Yves Potel, Johan Uhres.
 
NOTES
 
[*]Wanda Dressler : Doctorat et habilitation en sociologie à Paris-X Nanterre, sur le thème “ Dynamiques nationales et transformations identitaires dans l’Europe de l’après-guerre et dans l’ex-Union soviétique, ou l’émergence d’un paradigme de la différence ” ; analyse comparative des mouvements sociaux et nationaux, en France (mouvement du Larzac, mouvements corses), puis en Europe centrale et orientale (Pologne, Estonie, Moldavie, et surtout Kazakhstan), s’intéresse à l’analyse théorique des processus d’élaboration des identités collectives à différentes échelles dans la construction européenne, à l’ère de la globalisation. Responsable d’un groupe de recherche internationale et transdisciplinaire pour le ministère de l’Éducation et de la Recherche sur la transition de 1991 à 1995 (Programme “ Intelligence de l’Europe ”). Choix d’ouvrages : Le second printemps des nations, sur les ruines d’un Empire, questions nationales et minoritaires, en Estonie, Moldavie, Kazakhstan, Pologne (Haute Silésie et Biélorussie polonaise), 1999 ; Ethnicité, mouvements nationaux et praxis sociale, (avec N. Skvortsov et K. A. Khabibullin, en russe), 1995 ; Les nouveaux repères de l’identité collective en Europe (avec G. Gatti et A. Pérez-Agote), 1999 ; L’identité de pays à l’épreuve de la modernité, (avec L. Quéré et F. Morin), 1986. Responsable du Pôle sur l’Europe de l’Est à l’époque contemporaine. Contact : carland@univ-paris1.fr
[1]Ce recueil réunit une partie des textes d’un séminaire transdisciplinaire qui a fait intervenir, en 2000-2001, différentes composantes disciplinaires travaillant sur l’espace postcommuniste : il s’agit de composantes de l’école doctorale “ Économie, Organisation, Société ” ainsi que des composantes d’autres écoles doctorales (connaissance et culture, sciences politiques et juridiques), de l’UFR de langues et de civilisation slaves, du département de sociologie de l’Université de Paris-X Nanterre, et de personnalités extérieures invitées. Les textes des intervenants ont été commentés par des discutants dont nous avons tenu à publier, dans certains cas, le questionnement. L’université de Paris-X Nanterre inaugure, à partir de l’année 2001, la création d’un pôle sur les pays d’Europe centrale, balkanique et orientale (monde russe et confins eurasiatiques) à l’époque contemporaine, adossé à la grande Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine, ainsi que des cursus transdisciplinaires sociologie/géographie, sociologie/histoire/histoire de l’art, et des cursus intégrés (sociologie/russe), élargissant ainsi l’offre des doubles cursus.
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