Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130522140
184 pages

p. 50 à 58
doi: en cours

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Recompositions identitaires

n° 194 2001/2

Les rapports avec le temps, mémoire ou projection, représentent un autre axe selon lequel l’espace postcommuniste se recompose, se construit et prend acte de son identité. Partagées entre un refus public du passé communiste et un besoin, ne serait-ce que narratif, d’un enracinement dans le passé récent, accaparées au nom de la transition par un futur proche, les sociétés postcommunistes sont soumises à un dilemme dans leur quête identitaire. Le poids de ce dilemme est directement mesurable dans le degré de consensus que certaines lois “ de réparation ”, comme la restitution des propriétés nationalisées ou la “ lustration ”, ont acquis lors de leur promulgation, mais il est visible également à travers d’autres débats publics. Cela jette une lumière sur les difficultés qu’une société peut éprouver en se réclamant d’un récit communément assumé, qui puisse ensuite constituer la base de sa construction identitaire.
La présente étude se concentre sur une analyse de cas fournis par la réforme des politiques éducationnelles. Réformer l’éducation implique non seulement de fixer le passé dans une formule, mais de s’engager à définir, pour au moins une génération, les termes de la citoyenneté. Notre sujet porte sur la réforme des programmes dans l’enseignement secondaire et, de façon plus restreinte, sur le débat qui a accompagné, en Roumanie, la sortie des manuels alternatifs d’histoire pour la terminale. Transformée rapidement en débat politique, la discussion a atteint son apogée dans une motion de censure déposée devant le Parlement roumain. L’intérêt de cette étude est de mettre en lumière les termes d’un débat identitaire : les facteurs de décision dans une telle réforme, la manière dont ils s’agencent, mais aussi les conceptions révélées à cette occasion sur l’histoire et son enseignement.
 
Le politique, l’éducation et l’histoire
 
 
Le cortège des réformes mises en Ĺ“uvre dans les pays ex-communistes a inclus celle de l’éducation nationale dans ses priorités, dès le début des années ’90. Le système éducatif fortement centralisé, dans son administration mais aussi dans les contenus de l’enseignement, est devenu la principale cible de la réforme. L’enseignement des sciences sociales a été touché en premier, conséquence naturelle d’un consensus public unanime. Cependant, les objectifs de second rang et les moyens que les sociétés se sont donnés pour cette réforme ont varié. Des modèles différents, aux coûts et rythmes divers, témoignent parfois de positions irréconciliables, paralysant ou ralentissant le changement. Le programme le plus épineux s’est avéré celui de l’histoire, comme en témoigne le cas de la Roumanie, le conservatisme devenant parfois synonyme de définition identitaire. Cependant, le débat public et politique sur l’enseignement de l’histoire n’est une spécificité ni roumaine, ni postcommuniste ; seule la manière de le gérer peut l’être.
 
Les programmes scolaires et l’administration du changement
 
 
La réforme des programmes dans l’enseignement non universitaire des pays de l’Europe centrale et orientale (PECO) touche différents organismes publics et acteurs sociaux, dont le plus important reste le ministère de l’Éducation. La restructuration a dû répondre à trois impératifs : l’élimination du contenu idéologique de certaines matières, l’allègement des programmes surchargés, l’octroi d’une place pour la créativité des enseignants. Ces objectifs, dont le troisième devrait être jugé à part, ont trouvé des solutions administratives variées, allant du modèle ultra-libéral tchèque [1] à des versions plus centralisées. Pour juger du centralisme de la décision, il faut prendre en compte la chaîne entière de production-distribution d’un manuel, chaîne dont la découverte n’a pas été sans histoires dans chacun de ces pays. Il s’agit d’abord de l’élaboration des normes pour les nouveaux programmes [2], de la rédaction des manuels, de leur production dans les maisons d’édition et, enfin, de la distribution dans les établissements. Le contrôle du ministère sur toute ou seulement une partie de la chaîne, ainsi que le partage et la délégation des pouvoirs pour chacune des opérations peuvent constituer des indices pour apprécier un modèle comme centralisateur ou libéral. De même, une administration très formelle de la production du “ savoir national ”, avec des compétences bien fixées, quoique déléguées, pour chaque instance responsable (comme c’est le cas de la Roumanie) peut être vue comme centralisatrice.
La gestion de l’innovation des programmes témoigne de la diversité des solutions. La Tchéquie accorde 10% pour les curricula et 30% pour chaque matière, comme marge d’innovation laissée aux établissements scolaires, le reste étant sous la responsabilité du ministère, alors qu’en Pologne, le “ programme d’auteur ” est plus rare et exige l’autorisation du ministère. Malgré les différents degrés de liberté laissés aux écoles, les évaluateurs de l’OCDE estimaient en 1996 que l’enseignement n’avait pas essentiellement changé en Tchéquie. Seulement 10% des écoles ont produit des changements significatifs, les rapporteurs signalant qu’il est “ généralement admis que le gouvernement devrait assumer un rôle dans l’innovation des programmes [3] ”. Les inquiétudes qui se manifestaient encore en 1993 face à toute norme centralisée ont rendu prudent le Conseil national des programmes, censé s’appuyer sur les travaux et les avis de l’Institut de la recherche sur l’enseignement, mais aussi ceux des associations professionnelles, des parents et des élèves.
La diversification des acteurs appelés à contribuer à la production du savoir national peut intervenir ou, au contraire, se voir restreindre, à chacune des étapes de l’élaboration des normes des programmes au choix des enseignants. Si, en Roumanie, par exemple, à la suite d’un appel d’offres, cinq maisons d’édition furent considérées gagnantes pour un seul manuel (rédigé par chacune de leurs équipes), en Pologne, après l’approbation officielle d’un manuel, le ministère a chargé une seule maison d’édition de sa publication [4]. Il faut savoir que l’innovation en matière de manuels alternatifs n’a pas toujours consisté en la rédaction d’un nouveau manuel. La Lituanie a d’abord réédité un manuel d’histoire de 1930, la Tchéquie, de 1918 ou de 1938. De surcroît, l’histoire récente de l’innovation en matière de programmes n’est pas toujours porteuse de progrès et, d’une manière générale, le monde pluriel de la décision politique et l’alternance au gouvernement y jouent un rôle. En Hongrie, après que la coalition libérale socialiste ait fait adopter, en 1996, un Programme de base, le changement politique de 1998 a suscité un nouveau Programme-cadre, restreignant l’interprétation du premier. En conséquence, l’histoire politique élimine de nouveau l’histoire des sociétés et des modes de vie.
Les leçons qu’on peut tirer des différentes expériences en matière de gestion de l’innovation curriculaire sont multiples. S’agissant des contextes où l’autorité étatique est encore objet de crainte, deux scénarios ont paru réalisables, en première instance : décentraliser l’innovation vers les niveaux les plus éloignés, les établissements scolaires et les enseignants, ou garder le monopole de l’innovation au niveau national, mais la réaliser à petits pas, ménageant tous les acteurs impliqués. L’observation qu’un “ marché libre ” des programmes ne conduit pas forcément vers l’innovation a été le mieux prouvée par le cas de la Russie où, dès l’époque des politiques de glasnost, historiens et professeurs se sont retrouvés dans l’incapacité de réécrire l’histoire, ce qui a conduit même, en 1988, à la suppression des examens d’histoire [5]. Le scénario alternatif n’est pas, lui non plus, sans difficultés car, dans le cas de l’histoire, les enjeux identitaires et la méfiance envers tout savoir imposé par l’État, rendent l’innovation hésitante et le débat public laborieux. Entre les factions des historiens [6], les pouvoirs publics ou ceux à vocation nationale [7], les groupements politiques érigés en dépositaires de la vérité nationale, les bases d’un consensus restent difficiles à atteindre.
 
Les politiques de l’histoire : une interrogation universelle
 
 
Le débat politique autour de l’enseignement de l’histoire ne représente aucunement une nouveauté, ni une spécificité postcommuniste. Tout changement de régime peut en donner l’occasion, mis à part le cas de l’Allemagne de l’après-guerre [8] ou des pays devenus communistes. La conformité aux exigences communistes officielles a rendu la science historique versatile : le projet d’écrire une histoire des classes sociales et des modes de production de la Russie a dû être vite remplacé [9] par les récits classiques sur les héros et les anecdotes qui éveillent l’amour pour la patrie. En Roumanie, d’une manière analogue, la venue du Ceausescu au pouvoir en 1965 évacue les grands hommes de l’histoire au profit du peuple travailleur qui, lui, bâtit l’histoire. Une dizaine d’années plus tard, on retrouve le chef d’État et de parti dans la galerie reinstaurée des héros nationaux.
La mise en question de l’enseignement de l’histoire surgit aussi dans des contextes démocratiques et stables, tels la France des années ’70-’80 ou les États-Unis des années ’90. Elle fait converger les esprits de droite comme de gauche (en France, la “ Sainte Alliance de l’Histoire Nationale ” rapproche un R. Debré et un J-P. Chevènement). Elle arrive à se passer de compétences juridiques, aussi sacrées soient-elles, aux États-Unis, où les sénateurs se sont prononcés contre un projet demandant que l’histoire, notamment l’histoire sociale intégrant les minorités, soit un enseignement de base pour tous, et ce, même si l’éducation relève des États fédérés.
Le principe du contrôle politique du rapport affectif au passé ne soulève plus de suspicions aujourd’hui. Cependant, l’enseignement obligatoire de l’histoire nationale et la conscience du conflit potentiel datent de la même époque. Si, en France, le premier date de 1880, un rapport en deux volumes sur le nationalisme dans les manuels d’histoire fut rédigé, en 1923-1925, à l’initiative de deux organisations chrétiennes [10], avec la participation de la Société des Nations. Cela donna lieu à une série de conférences bilatérales concernant la révision réciproque des manuels scolaires [11]. Reprises après la guerre, en 1951, sous l’égide de l’unesco, les discussions bilatérales ont représenté une pratique courante. Parfois tendues, de telles discussions furent engagées, en 1969, entre les Soviétiques et les Polonais, afin de changer l’image défavorable que les deux peuples entretenaient l’un vis-à-vis de l’autre dans les manuels d’histoire. Les Soviétiques ont autorisé, en 1986, les Lituaniens, les Biélorusses et les Ukrainiens à participer au même type d’analyses. Il s’agit, faut-il le remarquer, de débats entre États et non au sein d’une même société.
 
Quel passé pour nos enfants ?
 
 
L’éducation suit de près la société plurielle postcommuniste. Certains pays, dont la Roumanie, se donnent comme moyen le concept de manuel alternatif. Datant en Roumanie de 1994-1995 [12], cette pratique présuppose déjà un processus de décision compliqué [13].
En 1999, l’avis du ministère en faveur d’un manuel d’histoire de la classe terminale s’est attiré une critique vigoureuse : l’un des cinq manuels a semblé antinational ou, du moins, inadéquat. En très peu de temps, le débat public s’est transformé en motion de censure à la Chambre [14]. Extrêmement vif, ce débat a perdu la tonalité initiale de la demande, plus ou moins métaphorique, d’un sénateur [15] de brûler le manuel sur la place publique. Initiée et soutenue principalement par les partis nationalistes [16], la motion trouve des défenseurs parmi les députés des partis différents, quoique, au moment du vote, la discipline de parti fonctionne bien.
Les auteurs de la motion interprètent d’abord l’avis du ministère comme l’expression d’une volonté de se conformer aux exigences européennes [17] ou américaines [18]. Ils invoquent surtout les lignes d’un document de la fondation américaine :
Quelle histoire enseigne-t-on? Une histoire mobilisatrice, avec des modèles d’héroïsme et de patriotisme, vouée à éveiller la loyauté nationale ou bien une histoire européenne. Présenter l’histoire de la Roumanie dans le contexte de l’histoire des pays centraux et est-européens est un moyen d’intégration spirituelle régionale et un geste offert aux minorités.
Le ministère aura mis artificiellement en opposition ces nouveaux objectifs de l’éducation avec ceux de la loi roumaine sur l’éducation qui recommande, à la fois, des connaissances “ scientifiques ” et “ l’amour pour le pays et son passé historique [19] ”. Les auteurs du manuel incriminé auront imposé ces nouveaux objectifs par quatre types de moyens :
  1. la démystification forcée et l’imposition de l’imaginaire. Ainsi, la formation du peuple roumain est présentée comme un “ un récit ” ; Menumorut, Glad et Gelu “ n’ont pas vraiment existé” ; les élites du début de l’âge moderne “ croyaient ” qu’une société ne saurait se développer que dans un cadre national propre. Les intellectuels romantiques “ vont inventer ” la nation roumaine moderne, c’est-à-dire vont écrire une histoire de celle-ci ;
  2. la dénaturation de la réalité historique par une présentation la rendant insignifiante ou par omission bien calculée. Le Premier Millénaire, décisif pour la formation de la langue et du peuple roumain (…) est expédié en quelques mots. Les données sur l’arrivée des Hongrois dans le pays ont été éliminées (…) On a renoncé à plusieurs voïevodes qui ont constitué un mur contre l’expansion ottomane. Par rapport aux événements de 1848 et 1849 de Transylvanie, les auteurs ne se réfèrent pas au fait essentiel, à savoir la décision de la Diète hongroise (…) donnant aux Roumains des droits nationaux et politiques (…) l’action anti-roumaine de Kossuth (…) On évite de préciser que les frontières de la Roumanie ont été confirmées par des traités de paix (…)
  3. certaines personnalités historiques sont ignorées, minimalisées ou persiflées. Decebal avait “ des lèvres sensuelles ”, Trajan avait une “ coupe à franges ”, Cuza avait deux enfants nés de sa liaison avec Maria Obrenovici, adoptés ensuite en 1865 (…)
  4. les événements sont politisés. Les auteurs diminuent l’importance de la Révolution de décembre 1989, employant des expressions comme “ manifestations de protestation ” “ révolte populaire ” (…). On opère avec des slogans politiques comme “ néo-communistes ”.
Pour la défense du manuel, les députés ont soutenu l’accent mis sur l’histoire des mentalités et non sur l’histoire politique, un rapprochement de la vie quotidienne, la volonté de produire un manuel attrayant pour les jeunes, évitant de les surcharger avec des thèmes déjà appris dans les années d’étude précédentes, la nouveauté de l’approche de l’histoire de l’imaginaire, une nouvelle lecture du passé, le désir de cultiver la vérité et le respect du trait essentiel de l’histoire.
La réponse du ministre A. Marga a évité toute référence au contenu historique, en défendant le paquet des cinq manuels, rassuré sur le fait qu’il s’agissait “ d’énergies et d’idées entièrement roumaines ”. Pour lui, seuls les historiens sont en droit d’élaborer des manuels ou de mener un débat pertinent. L’immixtion politique dans le travail des historiens serait une forme de censure, contre-productive en éducation et injuste politiquement. La compétence privilégiée des historiens a été invoquée de deux côtés : l’approche des parlementaires était institutionnaliste, au sens restreint du terme (l’Académie des Sciences, l’Université), celle du ministre individualiste ; les historiens sont divisés, mais c’est à eux que revient la tâche de trouver les bases d’un consensus.
 
Décider sur les lois de l’histoire
 
 
L’incompatibilité des positions est due à la confusion de deux plans : des propos de philosophie de l’histoire se mélangent dans un débat voulu politique et la vision des parlementaires sur l’histoire permet à peine le compromis. Pour la simplifier, il s’agit là d’un temps historique linéaire, progressif et nécessaire, dont les lois sont reflétées et décrites par le savoir historique. Le concept de vérité historique est primordial, le perspectivisme n’est que l’expression de l’incomplet, de l’inachevé. La volonté humaine est dissoute et locale, agissant dans la courte durée. Cette vision cohabite mal avec les énoncés dits “ obliques ” (“ les romantiques ont cru que la nation favorise le développement ”), menaçants pour le statut ontologique de l’entité décrite (la nation).
On ne doit pas cette philosophie de l’histoire au communisme, le pérennialisme du nationalisme moderne était déjà élaboré et l’historiographie communiste n’a fait que le renforcer. La réforme postcommuniste de l’historiographie a dû affronter deux problèmes principaux : l’omission de certains événements et une perspective unique, généralement imposée, dite du “ matérialisme historique ”. Je risquerais l’hypothèse que plus les “ taches blanches ” sont grandes, moins le radicalisme de l’innovation dans la philosophie de l’histoire est possible. On assiste dans les pays ex-communistes, en Pologne [20], Roumanie [21] et Russie, à une demande sociale de vérité. Ces sociétés ne sont pas des sociétés d’épistémologues ou de scientifiques ; dire la vérité signifie tout simplement, comme le confirme un historien polonais, combler les “ taches blanches ”. Les conséquences des omissions ou du fardeau idéologique sont la ruine de la confiance sociale et la perte de crédibilité envers les historiens agréés par l’ancien régime [22]. Le manque de consensus parmi les historiens est vécu en société comme l’expression des intérêts en conflit. C’est ainsi que les cadres de l’histoire unique persistent dans la conscience collective – une conscience collective déchirée entre deux conservatismes hostiles : l’un qui trouve ses seuls repères dans la Roumanie pré-communiste, l’autre qui se réfugie dans le passé socialiste récent, encore familier [23].
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Conseil de l’Europe, L’enseignement secondaire en Bulgarie, CE, 1995.
·  – L’enseignement secondaire en Pologne, CE, 1996.
·  – L’enseignement secondaire en Slovénie, CE, 1995.
·  Durandin, Catherine, L’engagement des intellectuels à l’Est. Mémoires et analyses en Roumanie et en Hongrie, Bucarest, L’Harmattan 1994.
·  Ferro, Marc, L’Histoire sous surveillance : science et conscience de l’histoire, Paris, Gallimard 1987.
·  Garros, Véronique, “ Dans l’ex URSS : de la difficulté d’écrire l’histoire ”, dans Annales ESC, Juillet-Oct., 1992, n° 4-5, p. 989-1002.
·  Georgescu, Dakmara, L’enseignement secondaire en Roumanie, Strasbourg, Éd. du Conseil de l’Europe 1996.
·  Jones, Anthony (éd.), Education and society in New Russia, NY, M Sharpe 1994.
·  “ L’enseignement : un vaste chantier ”, dans Courrier des pays de l’Est, n° 1007, La Documentation Française 2000.
·  Ministère de l’Éducation Nationale, Colloque sur l’Histoire et son enseignement, 19-20-21 janv. 1984, Montpellier, MEN 1984.
·  Moniot, Henri (éd.), Enseigner l’histoire. Des manuels à la mémoire, Berne, Frankfort, Nancy, NY, Peter Lang 1984.
·  Moniot, Henri et Servanski, Maciev (éds), L’Histoire et ses fonctions. Une pensée et ses pratiques, Paris, L’Harmattan 2000.
·  OCDE, Examen des politiques nationales de l’éducation : Pologne, OCDE, 1996.
·  – Examen des politiques de l’éducation : Roumanie, OCDE, 2000.
·  – Examen des politiques de l’éducation : La Tchéquie, OCDE, 1996.
·  Recommandation n°. 1283 de l’Assemblée Parlementaire du CE, 1996, http://stars.coe.fr/ta/ta96/frec1283.htm.
·  Unesco, Être historien aujourd’hui, Travaux du colloque organisé à Nice, 24-27 février 1986, Unesco 1988.
·  Les Sténogrammes des Séances Parlementaires et de la Commission de l’enseignement, science, jeunesse et sport, Chambre des Députés de Roumanie, http://www.cdep.ro.
 
NOTES
 
[*]Speranza Dumitru Nalin a été attachée d’enseignement à la Faculté de Philosophie de Bucarest et est associée actuellement à l’équipe du CNRS “ Philosophie Politique Contemporaine ”, Lyon. Elle prépare un doctorat à l’Université de Paris-X Nanterre sur les théories contemporaines de la justice sociale développées notamment autour de l’Ĺ“uvre de J. Rawls. Contributions récentes : “ Sur l’amitié civique : la théorie idéale de J. Rawls ” , Revue Polis, Bucarest, no 3, 1999, “ Knowledge and Justice ”, Conference on Political Theory, juin 2001, University of Manchester.
[1]Selon les experts de l’OCDE, “ allant au delà de ce qui est habituel dans les pays de l’OCDE ”, voir Examen des politiques de l’éducation : La Tchéquie, OCDE, 1996, p.127.
[2]La mise en place des différents organismes appelés Conseil National des Programmes (en Tchéquie, Roumanie) ou Office pour la réforme de l’enseignement (en Pologne), chargés de l’élaboration des normes et/ou des programmes a été ultérieure et est apparue comme une solution pour les problèmes rencontrés au cours des changements des programmes proprement dits. C’est souvent le travail de ce type d’organisme, tantôt siégeant au ministère, tantôt sous sa simple tutelle, qui a engendré le plus de débats, voire de désaccord (comme dans le cas du Livre vert, en Pologne, en 1993).
[3]Ibid., p.127.
[4]Selon les données offertes par le Conseil de l’Europe, L’enseignement secondaire en Pologne, CE, 1996.
[5]Le prestige des professeurs a baissé énormément, ceux-ci éprouvant embarras et incertitude devant des élèves qui apportaient chaque jour des nouveaux “ faits historiques ” dus à la mémoire des parents ou des proches ; voir Véronique Garros, Dans l’ex URSS : de la difficulté d’écrire l’histoire, dans Annales ESC, Juillet/Octobre 1992, n° 4-5, p. 989-1002.
[6]Les principales divergences ne sont pas tant entre les écoles qu’entre les historiens agréés par le régime communiste, dont la crédibilité a diminué et ceux du “ deuxième échelon ”.
[7]En Pologne, l’Église catholique oppose une résistance aux influences postmodernistes en histoire ; voir Jerzy Topolsky, “ L’historiographie polonaise aux temps de transition ”, dans H. Moniot et M. Servanski (éds), L’Histoire et ses fonctions. Une pensée et ses pratiques, Paris, L’Harmattan 2000, p. 85.
[8]Une puissante école révisionniste s’était constituée, suite aux besoins de la réforme de l’éducation historique, se donnant pour mission d’épurer l’historio-graphie allemande de ses composantes autoritaires nationalistes et fascistes et de favoriser la recherche sur l’Europe.
[9]Pokrovski, après avoir été critiqué par Lunatcharski et Bukharine dans les années ’20, fut plus tard condamné en ’34. Staline et Jdanov s’y sont impliqués et, relisant les historiens classiques, l’ont ensuite réhabilité ; voir par exemple, Marc Ferro, L’histoire sous surveillance : science et conscience de l’histoire, Paris, Gallimard 1987.
[10]Universal Christian Conference on Life and Work et World Alliance for Promoting International Friendship through Churches.
[11]Initiative allemande prise en 1935 avec les Français et les Polonais. Une quarantaine de recommandations ont été produites dans les conférences franco-allemandes. Les discussions se sont arrêtées en ’38.
[12]Jusqu’à 1999, des manuels alternatifs ont été produits pour cinq années d’étude, de l’école primaire jusqu’au lycée.
[13]Trois à cinq experts pour chaque matière, collaborant avec d’autres groupes de travail, pour les matières qui s’étendent sur plusieurs années d’études, élaborent des programmes, ensuite soumis au Conseil National des programmes (créé en 1997). Le Conseil, rassemblant des chercheurs de l’Institut des Sciences de l’Éducation, des hauts fonctionnaires du ministère et des universitaires prend la décision et la transmet à l’unité de coordination de la réforme qui lance l’appel d’offres aux maisons d’édition. En 1998, le ministre de l’Éducation a nommé une commission chargée de définir le cadre des programmes. Les manuels, une fois édités, les professeurs vont faire leur sélection au niveau des départements.
[14]De la presse, le débat arrive à la Commission parlementaire pour l’enseignement. Rédigé d’abord sous la forme d’un Communiqué, l’avis de la Commission se transforme en quelques semaines en motion de censure “ contre les politiques éducationnelles promues par les manuels d’histoire des Roumains ”. Le 8 et 15 novembre 1999, cette motion est débattue à la Chambre des Députés et est ensuite rejetée avec 132 voix contre 66, mais le ministère va toutefois demander des améliorations aux manuels incriminés.
[15]Sergiu Nicolaescu, de profession metteur en scène et réalisateur de nombreux films historiques.
[16]Le Parti de la Grande Roumanie, PRM et le Parti de l’Union Nationale de la Roumanie PUNR.
[17]Recommandation 1283/1996 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe concernant l’étude de l’histoire.
[18]La filiale roumaine de la Fondation “ Project for Ethnic Relations ”.
[19]Art. 4 (1b) de la Loi 84/1994.
[20]En Pologne, “ le mot vérité est devenu un des plus utilisés dans le discours politique ”, voir Jerzy Topolsky, id. p. 82.
[21]Pendant la dernière décennie, parmi les slogans les plus courants en Roumanie on trouvait : “ La Vérité sur la Révolution ! ”, “ Vous avez menti au peuple avec la télévision”. D’autres demandes concernaient l’éclaircissement des circonstances de l’installation du régime communiste, les condamnés politiques, les circonstances de l’expropriation.
[22]Témoignant de l’urgence du problème, deux jours après la Révolution de ’89, le 24 décembre, un appel du “ Comité des historiens libres de la Roumanie ” formulait “ une condamnation et un programme ” dénonçant le fait que “ les vraies valeurs nationales ont été falsifiées, cachées et détruites ” (voir, en français, Al Zubb, “ L’après-communisme roumain : illusions, blocages et désarrois de Clio ”, dans C. Durandin (éd.) L’engagement des intellectuels à l’Est. Mémoires et analyses en Roumanie et en Hongrie, L’Harmattan, Éditions de l’Institut Français de Bucarest 1994).
[23]Une récente politique de réconciliation est mise en place par l’actuel président Iliescu : restitution de certaines propriétés à l’ex-roi roumain Mihai I, signature commune, avec Mihai et le Patriarche Teoctist Arapasu, d’un appel à la réconciliation, projets d’amnistie concernant des conflits socio-politiques de la dernière décennie.
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