Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130522140
184 pages

p. 87 à 107
doi: 10.3917/dio.194.0087

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Recomposition spatiale des villes

n° 194 2001/2

Sur le papier, d’un trait de plume, les Russes sont sortis du communisme [1]. Mais, dans leurs murs et dans leur tête, la plupart d’entre eux demeurent prisonniers de l’héritage (matériel et mental) de l’époque soviétique, dont les miettes assurent encore, quoique de plus en plus difficilement, le quotidien et la survie. Les Chinois, quant à eux, continuent de célébrer très officiellement la gloire maoïste. Mais, dans leurs murs et dans leur peau, ils sont désormais ailleurs.
Cette symétrie inversée, qui dévoie un parallélisme historique évident, se vérifie à la fois dans l’évolution des formes urbaines et dans les expressions de la vie citadine. Mais il y a, dans ce jeu d’ombre et de lumière, beaucoup de contradictions, de masques et d’incertitudes. Beaucoup d’énigmes aussi, comme l’éblouissante prospérité de certaines campagnes suburbaines, aussi bien dans les méandres de la Moskova ou de la Volga que dans l’immense delta du Yangzi.
Cependant, avant d’entrer dans les délices de la complexité, ou dans les affres d’un comparatisme impossible, on peut camper un temps sur quelques réalités massives. Par exemple, il n’est pas contestable que la population de Moscou habite, pour l’essentiel et pour longtemps encore, dans les logements construits sous Staline, Khrouchtchev et Brejnev, tandis que Shanghaï, longtemps confiné dans un bâti d’avant-guerre, opère sous nos yeux un grand déménagement amorcé bien après la disparition de Mao.
Il est tentant d’attribuer l’immobilisme actuel de Moscou, dont la population majoritaire reste comme frappée de stupeur devant la nouvelle conjoncture, à l’essoufflement d’une “ vieille ” Europe. La fièvre de Shanghaï serait alors l’illustration de la jeune vitalité de l’Asie-Pacifique. Soit. Mais il convient en ce cas de verser au dossier une autre réalité massive où la Chine serait, cette fois, perdante : tandis que Moscou peaufine le patrimoine de son centre, Shanghaï pilonne le sien.
 
Moscou, l’échappée forestière
 
 
À l’intérieur de l’Anneau des Jardins (Sadovoïé Koltso), qui perpétue le tracé de l’enceinte du xviie siècle, Moscou retrouve le sens de son patrimoine. En partie libéré des fonctions bureaucratiques ou techniques dont le régime communiste l’avait alourdi, et de la grisaille qui l’avait étouffé, le centre historique retrouve ses couleurs d’origine où domine un jaune paille à la fois discret et lumineux. La municipalité veille jalousement à ce que la charte des couleurs, qu’elle a établie avec les meilleurs connaisseurs du passé de la ville, couronne l’effort de restauration qu’elle impose aux nouveaux investisseurs. On ne détruit plus. On rebâtit ce qui l’avait été. Le business international, qui s’engouffre dans Moscou depuis que le pays s’est ouvert, est prié d’installer ses sièges sociaux, ses comptoirs et sa modernité derrière les façades restaurées de la vieille Russie.
Il est vrai que celle-ci est désormais mâtinée d’architecture stalinienne qui, tout compte fait, ne lui va pas si mal. C’est comme Haussmann et Paris. Rien à voir avec ce qui suivit, dans les années soixante et au-delà, mais qui, à Moscou comme à Paris, épargna l’essentiel de la ville historique. Un second mâtinage, toutefois, égratigne quelque peu le vieux Moscou, qui n’échappe pas complètement au baroque “ nouveau-russe ” auquel l’histoire rendra peut-être justice.
Bref, ce n’est pas dans cette partie de Moscou que s’exprime le sort qui est fait aux dix millions de Moscovites. Sinon par la négative, par l’éviction de ceux qui avaient été logés dans le vieux patrimoine bourgeois, popularisé sous la forme de logements communautaires. Au-delà de l’anneau dit des Jardins, et jusqu’au lointain anneau autoroutier qui enserre le plus gros du territoire municipal, un océan d’habitat collectif est l’option unique offerte aux habitants. Sur mille kilomètres carrés, soit dix fois la superficie de Paris, on ne trouvera que Sarcelles et la Courneuve. Le substrat d’habitat pavillonnaire, petites maisons en bois à la russe que l’on trouve dans beaucoup d’autres villes de la vieille Russie, a totalement disparu du paysage de la capitale.
Et c’est bien parce que Moscou fut la capitale de l’empire soviétique qu’il en est ainsi. Car, en dépit du flux démographique considérable que cette position lui valut (Moscou n’avait qu’un million d’habitants au début du siècle), le pouvoir n’y pouvait déroger à la modernité. C’est à Khrouchtchev surtout que les Moscovites doivent d’avoir accédé à celle-ci, par le truchement d’un logement d’immeuble. Que la production hâtive et massive des logements khrouchtchéviens soit la cause de leur médiocrité – et de leur vétusté actuelle – ne remet pas en cause cet acquis, cette promotion.
On peut hésiter, de ce fait, entre deux constats apparemment opposés. Faut-il souligner l’attachement singulier des habitants à un parc immobilier pourtant peu séduisant ? Faut-il au contraire insister sur leur dépendance à l’égard de ce parc, à leur enfermement en l’absence de toute autre perspective ? Ces deux constats, en réalité, se rejoignent. Le logement (et le chauffage public dont il bénéficie) est aujourd’hui le seul élément rassurant dans une existence devenue aléatoire sur tous les autres chapitres : emploi, pouvoir d’achat, santé, espérance de vie, école, etc. La privatisation aux deux tiers du parc, par vente symbolique des logements à leurs occupants, achève de sceller ce lien, bien qu’elle s’accompagne d’un semi-abandon de la gestion commune des ensembles et qu’elle s’apparente, au fond, à une grande braderie, à un lâchage.
Voilà pour l’essentiel. Reste les nuances qui, on le verra, ouvrent sensiblement le schéma, pour le présent et pour l’avenir. Une première série de retouches s’applique au parc immobilier tel qu’il est. Khrouchtchev n’a pas tout construit. Ses successeurs eurent plus de temps, la pression démographique et l’urgence diminuant. La qualité s’améliora progressivement, les architectures se diversifièrent quelque peu, sans remettre en cause la prédominance des “ 5 étages ” sans ascenseur, ni une moyenne générale de 18 mètres carrés par habitant. Mais le point le plus important, commun à toutes les périodes, est la présence de l’arbre. De la forêt. Comme une consolation de l’architecte, la forêt naturelle ou recréée enveloppe les immeubles au point de les cacher, aussi bien côté rue que côté cour. Elle fait corps avec le bâti. Les Moscovites y sont extrêmement sensibles.
La deuxième série de retouches est encore liée à la forêt, mais à la forêt périphérique, l’immense forêt russe à laquelle la ville n’est que clairière. Là encore, les habitants de Moscou sont partie prenante. Pour la promenade ? Certainement, mais il y a, dans Moscou même, beaucoup de parcs pour cela. L’utilité périphérique est plus consistante et il y a un mot-clé pour le dire : datcha. Un mot et un mythe, longtemps réservés à l’élite, celle de l’ancien régime tsariste, celle de la nomenklatura communiste, celle des nouveaux-russes nouveaux-riches d’aujourd’hui, qui poussent la notion de datcha jusqu’à la réalité du château, extravagante et ostentatoire. Mais, depuis une vingtaine d’années, la datcha s’est démocratisée, notamment par le biais des “ coopératives de jardinage ” concédées par les grands employeurs du régime finissant. Une façon de dire aux salariés : “ complétez vous-mêmes vos maigres ressources ! ” Les cabanons de jardin sont peu à peu devenus datchas.
La libéralisation économique a pris le relais. Le marché foncier naissant a multiplié les offres autour des villages ou sur des sites nouveaux. L’engouement suit un double mouvement, remontant des pratiques des plus pauvres et descendant des spéculations des plus riches. À la croisée de ces deux dynamiques, un marché immobilier apparaît, de même qu’un nouveau mot-clé : cottage. Il y eut même un boom du cottage, avant que la chute du rouble, en 1998, ne lui fasse marquer le pas. Outre la symbolique de l’extraversion, cet emprunt à l’anglais cache un glissement sémantique : une datcha est conçue pour un séjour estival, un cottage à la russe est équipé pour l’hiver. On est toujours à la campagne, mais dans un lotissement urbain. Avec, en perspective, l’idée d’une installation définitive.
Au total, le phénomène atteint une ampleur considérable. On a calculé [2] que les deux tiers de la population moscovite avait, directement ou par la parentèle, accès à une datcha. C’est dire que cet élément doit être intégré dans l’analyse du système résidentiel de la ville. Au minimum se dessine une pratique de double résidence, dont la particularité est de ne pas sortir de l’auréole urbaine, contrairement aux migrations saisonnières des Français qui, en rejoignant leurs résidences secondaires, changent aussi de province et de climat. Que les Moscovites aient parfois à compter, pour atteindre leurs datchas, autant de temps de déplacement que les Français en mal de mer ou de montagne permet, certes, de relativiser la différence culturelle. Mais cela ne change rien au fait que, dans l’espace russe, les agglomérations urbaines sont étrangement accouplées à l’espace estival de leurs habitants. Cela est parfaitement repérable lorsqu’on traverse la Russie en avion. Comme autant de comètes, les villes de ce pays traînent avec elles leur complément bucolique : une myriade de petits points blancs dans le vert sombre de la forêt.
Cette gémellité en appelle une autre, celle non plus d’une alternance saisonnière, mais d’une alternative résidentielle. Les datchas aussi s’équipent pour l’hiver, et les routes s’améliorent, c’est même l’un des principaux efforts publics, très sensible au cours des dernières années. Les Moscovites songeraient-ils à quitter leurs appartements pour leurs datchas ou leurs cottages ? Moscou serait-il en train de fabriquer son double inversé ? L’avenir est-il au tout-individuel privé après avoir été au tout-collectif public ? Rien n’est sûr. Ceux qui y rêvent hésitent à sauter le pas. Le statut d’urbain reste, historiquement et mentalement, trop lié à l’appartement. Comment y renoncer ? Et le monde des datchas est loin d’être équipé pour un quotidien citadin. Cependant, l’histoire ne fait que commencer. Affaire à suivre, donc.
En attendant, Moscou intra-muros prépare une autre stratégie, mais dont on ne voit que les prémisses. Les mots-clés les plus avouables sont : rénovation et densification. Il faut le plus souvent entendre : gentrification et déplacement des habitants modestes. Par des opérations tiroir, on envisage de récupérer des espaces convoités en regroupant les occupants dans de nouveaux immeubles plus hauts. Autrement dit, on ne voit bouger les choses, très ponctuellement, que lorsque des intérêts privés se manifestent. Pour le reste, l’immobilisme le plus total règne. Il n’y a rien pour lutter contre le pourrissement lent de l’habitat du grand nombre. La stabilité démographique aidant, les Moscovites de base sont priés de se satisfaire du statu quo. Et de préparer l’hiver en récoltant les pommes et pommes de terre de leurs datchas, ainsi que les airelles et champignons de leurs parcours de santé.
 
Shanghaï, le grand déménagement
 
 
Développé sous le régime des Concessions internationales (du milieu du xixe siècle à l’avènement de la République populaire), longuement puni de ce péché originel par le pouvoir de Pékin, Shanghaï est aujourd’hui investi d’une urgente mission : faire contrepoids à la puissance de Hong Kong. Cet immense chantier prit toute son ampleur avec le lancement, en avril 1990, du projet de Pudong. Sur cette rive droite du fleuve Huangpu, jusque-là à peu près vide, un nouveau Shanghaï allait être construit en dix ans, empruntant aux standards les plus modernistes de l’extrême Asie. Derrière l’architecture emblématique, Pudong est d’abord porteur des nouvelles ambitions économiques de la Chine. Mais c’est encore sur la rive gauche, Puxi, que vivent la plupart des treize ou quinze millions d’habitants de la mégapole.
Or le chantier lancé au tournant des années 90 comporte aussi la reconstruction de tout Puxi. Le tissu résidentiel hérité des Concessions et le tissu industriel issu du maoïsme sont en voie de disparition. Les Shanghaïens sont massivement transférés d’un habitat essentiellement horizontal et surdensifié (on comptait 4 m2 par personne dans les années 80) vers un univers de barres et de tours qui conserve, néanmoins, quelques éléments d’une organisation sociale fondée sur le voisinage. Sur les espaces libérés, les investisseurs de l’Asie offshore donnent la réplique aux tours de Pudong, qui leur doivent également beaucoup. Le patrimoine syncrétique du début du siècle, taudifié par trop d’années de pauvreté et de surcharge humaine, ne trouve que rarement grâce pour des opérations de réhabilitation. Même le goût renaissant pour le vieux fonds chinois s’exprime par un pastiche destructeur.
Ce grand déménagement a pour effet mécanique d’élargir considérablement l’espace urbain et d’allonger en proportion les déplacements domicile/travail. La bicyclette reste très présente, mais le démiurge ne put faire l’économie de très grands ouvrages (ponts suspendus, tunnels sous-fluviaux, anneaux et axes autoroutiers, métro) qui ne suffiront peut-être pas à faire face à l’ouverture du marché de l’automobile, jusqu’ici sévèrement contrôlé. La question de l’eau et celle de l’écosystème en général sont encore plus préoccupants. Mais, ce qui sera le plus passionnant à suivre, dans les prochaines décennies, sera de toute évidence la façon dont la population aura encaissé, ou mis à profit, un si brusque changement non seulement de son cadre de vie, mais aussi de tout un système de références culturelles dans les domaines du travail, de la protection sociale et de la consommation.
Revenons au système résidentiel hérité et à celui qui le remplace. Côté passé, le mot-clé est : lilong. Ce sont des petites unités de voisinage emmurées, collées les unes aux autres, comportant chacune quelques dizaines ou une centaine d’habitations familiales identiques, également collées les unes aux autres au long de ruelles internes. Tout le Shanghaï de l’époque des Concessions fut construit ainsi, par des petits promoteurs locaux ou internationaux. Contrairement aux courées ouvrières de la vieille Europe, qu’ils rappellent parfois, les lilongs se sont adaptés à tous les niveaux sociaux. Il y avait des lilongs pour les riches, des lilongs pour les pauvres. Il y avait aussi des lilongs anciens, très inspirés des structures traditionnelles de la maison chinoise, avec courettes fermées et boiseries dominantes, et des lilongs nouveaux, plus proches des conceptions pavillonnaires occidentales, et incorporant une décoration Art nouveau ou Art déco. Entre ces deux extrêmes, beaucoup de syncrétisme, si bien qu’au total le Shanghaï des lilongs était plein de surprises.
Il y avait aussi une ville chinoise ancienne, mais que ce syncrétisme partagé, de part et d’autre, fondit assez largement dans l’ensemble. Tout cela est indifféremment remis en cause par le grand déménagement. Tout n’a pas encore disparu et il faut croire que l’autorité municipale saura maintenir, comme elle l’annonce, de larges pans de ce qu’il faut bien appeler un patrimoine, en dépit d’une inspiration partiellement exogène. Ce qui se construit actuellement n’est-il pas, plus sûrement encore, de facture internationale ?
La faiblesse du réflexe patrimonial en Chine n’est pas le seul problème des lilongs. Le second est qu’ils occupent tout l’espace urbain intra-muros, à peine masqués, sur les principaux axes, par les immeubles d’affaires de l’avant-guerre. Au moment où Shanghaï est sommé de changer radicalement d’échelle, on ne voit pas comment cet habitat strictement horizontal aurait pu entièrement se maintenir. Le troisième problème est la profonde insalubrité qui le ronge. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait qu’il a porté, pendant cinquante années, l’essentiel du décuplement démographique de la ville en même temps que sa paupérisation ? Tels quels, sans autre retouche que des dérivations de tuyauteries, les logements uni-familiaux d’origine se sont vus divisés entre trois, six, dix ou quinze ménages selon leurs dimensions.
Ce que les amoureux de Shanghaï regretteront le plus, c’est l’atmosphère des courées. Il est vrai que les cultures locales savent peut-être mieux que d’autres composer avec la restriction d’espace, la cohabitation, le dénuement matériel. Mais le climat de vie communautaire est le résultat ambivalent d’un contrôle social encore sourcilleux. Faut-il se réjouir de la sécurité qu’il procure ou faut-il déplorer la limitation de liberté qu’il implique ? Faut-il aimer ou haïr les petites vieilles à brassard rouge qui, secourant un enfant qui tombe, surveillent vos allées et venues ? La quiétude bon-enfant des soirées partagées, lorsque les chaises longues et les matelas sortent dans la courée, ou sur le bord de l’avenue pourtant bruyante et asphyxiante, cette quiétude ne peut tout à fait compenser le mal-être de l’inconfort. Voilà pourquoi, sans doute, la perspective du grand déménagement est vécue, par les habitants des lilongs, avec autant d’espérance que de regret.
Rien à voir, au premier abord, entre ce que les Shanghaïens quittent et ce qu’ils trouvent, dans le nouvel univers qu’on leur propose au-delà du périphérique. Toutefois, après avoir un temps expérimenté leur relogement dans des tours très élevées (un lilong, une tour), où personne ne parvenait à retrouver ses marques, la municipalité paraît vouloir abandonner cette pratique des contraires absolus pour revenir à un parti plus classique, celui de la barre. Or, la barre pas trop haute se prête bien à la recomposition d’un espace, avec ses allées et contre-allées, ses côtés cours et côtés jardins, ses placettes, ses aires de service, et surtout son mur de clôture et son entrée unique, gardée, fermée la nuit, avec son cortège de panneaux d’information, de mots d’ordre et de devises.
On aurait donc tort d’opposer trop radicalement les deux systèmes résidentiels. Certes, côté avantages matériels et sanitaires, il n’y a pas de commune mesure, et tout le monde s’en réjouit. Côté social, le corps à corps beaucoup moins oppressant est sans doute aussi moins chaleureux. Plus globalement on ne sait si, sur le long terme, on engrangera l’acquis d’un apprentissage, du mûrissement d’un nouvel habitus, ou si, au contraire, il faudra déplorer un désenchantement, une crispation, ou encore une lente dégradation. En positif on peut espérer une gestion et cogestion facilitée, modernisée, comme en témoigne le dynamisme de certains comités de quartiers, dont chaque membre prend en charge un volet de la vie quotidienne, proposant ses services ou son intercession qui pour les problèmes scolaires, qui pour les problèmes maternels, qui pour les chercheurs d’emploi, les jeunes mariés, les malades, les vieillards, les querelles de voisinage, etc. En négatif, on peut craindre un début d’errance des jeunes, comme au pied de tous les HLM du monde.
Ces incertitudes ne se nourrissent pas que des formes nouvelles. Elles sont aussi alimentées par l’éclatement des statuts et des règles d’accès au logement. Hier du seul ressort des unités de travail, la désignation du logement et du quartier est à présent laissée à l’appréciation des intéressés, pour peu qu’ils veuillent bien se laisser convaincre de devenir propriétaires. Les incitations dans cette voie sont de plus en plus pressantes, en bonne conformité avec l’introduction massive du capital privé dans les sociétés de construction, qui restent cependant dans le giron municipal. Ou dans les girons municipaux, compte tenu du découpage à plusieurs étages du territoire shanghaïen.
Voilà pour l’espace urbain proprement dit. Et au-delà ? On est dans un delta, l’un des plus densément peuplés du monde. La région du bas Yangzi ne se résume donc pas à Shanghaï. Dans le triangle Nanjing-Hangzhou-Shanghaï (qui n’est que la moitié sud du delta), cohabitent de nombreuses municipalités millionnaires ou quasi-millionnaires et une myriade de bourgades, qui revendiquent leur historicité face à Shanghaï. Le substrat de ce réseau urbain est une campagne rizicole et maraîchère extrêmement dense. Le semis des villages y est très serré, villages alignés le long d’étroits canaux, maisons à étage qui ont remplacé, il y a douze ou quinze ans, les maisons basses d’autrefois. Ici aussi les mutations sont rapides. La dernière en date y a fait pousser, dans les bassins les plus riches, des forêts de châteaux. Des châteaux paysans et non pas des châteaux d’urbains.
 
Folies et pragmatismes
 
 
Le rapprochement de la mégapole russe et de la mégapole chinoise peut utilement être abordé sous l’angle de la folie. L’une et l’autre, se frottant les yeux après une longue parenthèse, sont précipitées dans une sorte d’ivresse schizophrène. Mais on distingue immédiatement, au seul témoignage des formes urbaines, que les folies, ici et là, ne sont pas du même ordre. D’autres éléments comportementaux, notamment dans le domaine économique, pourraient confirmer ces différences.
La folie de Shanghaï ne fait pas de doute, car elle procède d’un projet public clairement identifiable. Produire en dix ans son double futuriste, à partir d’un état des lieux figé depuis plus d’un demi-siècle, n’est pas une performance banale. Que cette nouvelle image, à mesure qu’elle s’érigeait sur la rive est, ait paru se refléter, en retour, sur l’image rétro de la rive ouest, l’effaçant avec la même précipitation, ajoute à la démesure. Du coup, le Shanghaï pragmatique s’est vu obligé à un nouveau dédoublement, afin d’offrir un nouveau cadre de vie bien réel à sa population majoritaire, trop biologique pour ce jeu de miroirs réglé sur des enjeux mondialistes. Ce troisième Shanghaï, construit dans le même temps que le second, forme comme une gangue épaisse de béton bien sage autour du premier. Tout cela procède d’une détermination politique exceptionnelle, que l’on doit évidemment au maintien d’un régime fort, fût-il communiste.
Dans la même veine, sur ce mode de la table rase, Moscou ne possède qu’un dossier dans un carton : le projet d’une “ Moscow City ” qui devrait se loger, assez modestement, dans une boucle de la Moskova. On peut y ajouter une velléité de “ rénover ” l’héritage khrouchtchévien des “ 5 étages ”. Si folie il y a, à Moscou, c’est au travers des projets individuels qu’on peut la percevoir. Ils se divisent en deux classes, ce mot prenant toute sa signification sociale depuis que l’abandon brutal de l’ordre communiste a décuplé la distance économique séparant les “ branchés ” du reste de la population. Ce que l’on peut voir de la folie individuelle des premiers n’est qu’une partie de l’iceberg, celle de l’ostentation. Mais cette partie visible suffit à troubler la folie des seconds.
Les deux partitions de la folie moscovite se rencontrent en effet sur un terrain commun, celui de l’auréole forestière de la ville. Les citadins modestes, qui jouent avec les moyens d’un Robinson leur double incertain d’hommes libres, vivent comme une agression l’intrusion des “ nouveaux Russes ” dans le jeu foncier, dans la démonstration architecturale, dans le mode de consommation, dans le gouvernement local, voire dans la criminalisation de leur paradis de substitution. Quoi qu’il en soit, si l’on garde le modèle de Shanghaï en tête, il est remarquable qu’un désordre d’initiatives individuelles prenne la dimension, à Moscou, d’une alternative urbaine. La ceinture de l’agglomération moscovite n’est décidément pas de même nature que celle de l’agglomération shanghaïenne.
À Shanghaï, la folie est dans les murs. À Moscou, elle est hors les murs. Inversement, le pragmatisme est hors les murs à Shanghaï, tandis qu’il est dans les murs à Moscou. Mais le plus piquant est que ces deux pragmatismes se ressemblent par les formes dans lesquelles ils s’exercent. D’un côté comme de l’autre, la vie ordinaire de la majorité des gens se déroule dans un habitat collectif massif, répétitif, mais dont les modules de base sont modérés, raisonnables. Domination des “ 5 étages ” à Moscou, des “ 6 étages ” à Shanghaï [3]. La grande différence est que ce modèle résidentiel représente, à Moscou, le passé, alors qu’il est le présent et l’avenir à Shanghaï. Le paradoxe des Moscovites est que, sortis du communisme, ils restent dépendants d’un habitat produit par le communisme. Le paradoxe des Shanghaïens est que, libérés du maoïsme, ils n’accèdent qu’aujourd’hui aux formes emblématiques de l’habitat collectiviste, qui plus est par l’effet induit d’une flambée capitalistique. Cependant, les uns et les autres sont poussés à prendre possession de leurs appartements, sans pour autant atteindre à la dignité et à la responsabilité du statut de copropriétaire. L’habitat de “ presque tous ” reste sous tutelle.
Le rapport ville-campagne apporte un éclairage complémentaire à la différenciation des deux modèles. Le double jeu résidentiel des Moscovites les amène à la campagne suburbaine, où ils mêlent leurs datchas aux isbas paysannes, heureux de goûter au lait de chèvre et aux Å“ufs frais qui y sont produits. Les Shanghaïens n’ont pas ce rapport de voisinage, à moins d’être eux-mêmes originaires des villages alentour. En revanche, ils se précipitent volontiers, en touristes, sur les lieux remarquables que recèlent les lacs, les canaux et les villes historiques du delta, qui rivalisent d’offres muséologiques, de jardins et de temples, mais aussi de parcs de loisirs plus ou moins floridiens, déjà. Les trains du samedi matin et du dimanche soir sont bondés. Mais ce n’est qu’un début.
L’énigme des châteaux achève de séparer les deux campagnes mégapolitaines. Du côté russe, les châteaux sont construits par des urbains, du côté chinois ils le sont par des ruraux. A première vue, l’énigme des châteaux russes est moins épaisse. On ne s’étonne pas trop que les fastes de l’économie nouvelle, qui s’étalent dans les boutiques et restaurants sans prix du cÅ“ur restauré de Moscou, puissent s’exprimer aussi sur le terrain des folies, au triple sens du xviiie siècle parisien : bucolique [4], onéreux, festif (pour ne pas dire orgiaque). Mais ce n’est pas tant les châteaux que leurs propriétaires qui sont mystérieux. Qui sont-ils exactement ? Outre les interrogations classiques sur l’origine des nouvelles fortunes ou sur leurs liens avec l’ancienne nomenklatura, ou encore sur le degré de leur fonctionnement mafieux, on peut se demander si les propriétaires de châteaux suburbains sont bien, pour l’essentiel, issus des milieux présents au centre de la capitale. Une autre hypothèse est celle d’une prédominance des nouveaux riches venus de la périphérie de l’empire, et que le maintien des barrières de Moscou, sous la forme du permis d’habiter ou propiska, retiendrait au seuil de la ville.
La nature de l’énigme chinoise est inverse. Les propriétaires de châteaux sont les familles paysannes de chacun des villages où ces châteaux existent [5]. Le processus de leur émergence est donc indigène. Mais c’est bien parce que l’identité des propriétaires est si banale que leurs châteaux paraissent si étranges. Le mystère s’épaissit du fait que, lorsque le phénomène apparaît, il se saisit de toutes les familles d’un village. On ne voit pas surgir un ou deux châteaux de nababs locaux. C’est l’ensemble des maisons du village qui, plus ou moins simultanément, font place à des bâtisses luxueuses de trois à six niveaux, percées d’une débauche de vitrages teintés, cernées de terrasses à balustres et de colonnes, surmontées de tourelles portant bulbes ou petites Tours Eiffel hertziennes, et dont les intérieurs sont tapissés de boiseries, équipés de lustres en cascade, de meubles cossus, etc.
Malgré leur taille, ces demeures restent strictement monofamiliales. Elles ont même tendance à se dédoubler lorsque les familles grandissent. À chaque couple son château. Ainsi, les villages s’étendent, au détriment de ce qui fut à l’origine de leur bonne fortune : les espaces maraîchers. Mais aussi fructueuse qu’ait été, depuis la décollectivisation des terres, la conjonction d’une nature généreuse, d’un savoir-faire évident, et d’un marché urbain en pleine explosion, les courges et les aubergines n’ont pu suffire à faire basculer les villageois dans un tel bain de luxe. La petite industrie villageoise y a eu sa part. Le réinvestissement dans des affaires urbaines aussi. L’accession des dernières générations à des emplois de cadres dans la sphère métropolitaine aurait pu mettre un terme à la félicité villageoise. Ce fut au contraire la cerise sur le… château.
L’explication de cette singularité est sans doute à trouver dans une autre singularité, celle du statut territorial des gens, qui ne leur accorde la pleine citoyenneté que sur la terre qui les a engendrés. On peut ajouter à cela le privilège paysan, qui est de pouvoir bâtir sur un sol bien à soi, tandis que les politiques urbaines ne laissent à peu près aucune place à la construction individuelle. Finalement, à force d’être inverses ou asynchrones de mille façons, les figures suburbaines de la Moskva et du bas Yangzi se rejoignent quand même un peu. Il y a partout de vrai-faux villageois.
Reste l’étrangeté de ces deux destinées urbaines. Une étrangeté qui atteint au pathétique par la dimension des deux villes. L’une est comme frappée d’accablement. L’énergie de son maire [6] ne suffira pas et n’est pas de nature à combler le fossé séparant une économie soviétique désormais virtuelle, mais sur laquelle continue de reposer la condition quotidienne de la majorité, et une économie nouvelle aux promesses insolentes, mais peu aptes à irriguer profondément le tissu social et à prendre le relais de l’ordre ancien. L’autre ville a la fièvre, une fébrilité plutôt souriante où dirigeants et population sont en droit d’imaginer que tout devient possible. On part de plus bas, comme en témoigne le rapprochement de deux chiffres : 4 m2 par personne à Shanghaï, contre 18 à Moscou. Mais déjà on est à 8, voire à 12 à Shanghaï, et dans du neuf [7], quand les 18 m2 de Moscou restent inchangés, et dans du vieux.
Il fait froid à Moscou et les habitants s’y sentent en effet dépouillés. Ce sentiment est encore plus intense lorsqu’on s’éloigne de la capitale, ne serait-ce que pour gagner le premier cercle des villes voisines. Les Russes ont froid et, sauf les petits groupes qui gravitent dans l’économie nouvelle, leurs comportements économiques se ressentent de cette frilosité inquiète. Alors que l’ordre ancien s’est dérobé, les stratégies de survie consistent surtout à en ramasser les miettes, poursuivant dans un troc sans fin les avantages encore détenus par les uns et les autres. Il fait moins froid à Shanghaï, au point d’y percevoir à la fois le fatalisme (on ne s’en fait pas trop) et l’agitation (les petits métiers vont bon train) propres aux villes du sud. Pour le mieux et pour le pire, le sol institutionnel ne s’est pas dérobé. Le régime tient bon, en dépit de ses ambiguïtés. Et toute la nouveauté qui vient est en plus, non en moins.
Les comportements des gens reflètent assez bien les trajectoires des villes qu’ils habitent. Moscou était encore hier le centre d’un monde immense et puissant. Mais la Russie ne sait plus où elle en est. Shanghaï, hier, était en quarantaine. Une quarantaine de quarante ans. Elle est aujourd’hui candidate à l’adoubement comme “ global city ”. Mais l’Histoire est longue. On ne sait quel prix Shanghaï aura à payer, dans dix ans, dans vingt ans, les ambitions d’aujourd’hui et les déracinements qu’elles impliquent. On ne sait pas non plus si le long carême russe ne prépare pas une saine renaissance, tricotée peu à peu mais sûrement. On ne sait pas, mais on peut le croire.
 
Commentaire
 
 
La ville postcommuniste : un laboratoire de géographie sociale incomparable
L’étude des villes postcommunistes d’Europe de l’Est et de Russie n’offre pas seulement aux sciences sociales l’ouverture d’un champ neuf et l’attrait de l’exotisme proche. Elles sont un observatoire remarquable des rapports complexes qui unissent les matérialités urbaines (extension de l’espace bâti, formes architecturales, types de répartition des infrastructures et des services) et les structures sociales (mode de gouvernement, nature de l’initiative économique, expressions de la sociabilité). En trois quarts de siècle pour la Russie, en cinquante ans pour les pays de l’Europe de l’Est, des cités pluriséculaires auront changé deux fois de système : du capitalisme libéral industriel à l’économie planifiée communiste, de l’autarcie dirigiste au marché mondialisé. Pour faire mentir le poète (Baudelaire), les villes ne changent pas plus vite que le cÅ“ur des mortels, mais battent au rythme de leurs continuités, de leurs aspirations et de leurs rêves.
Plus précisément, la ville postcommuniste pose brutalement la question centrale de toute évolution sociale : comment dans les moments de ruptures, un groupe organisé conçoit sa modernité et la traduit en productions matérielles d’espaces construits. Le fait qu’il s’agisse de populations établies sur des territoires denses, dotés d’une histoire longue, faisant irruption subite dans un monde ouvert et différent, ajoute à la complexité du problème, mais n’affaiblit pas la force du dilemme : faut-il rejeter le passé et construire une cité neuve à l’image du nouveau cours, ou l’adapter et la réinterpréter de façon pragmatique. Les civilisations urbaines ont toujours hésité devant ces voies radicales, adoptant le plus souvent des positions médianes, plus ou moins attirées par des solutions plus extrêmes.
La forme de la ville et l’extension de l’urbanisation apparaissent évidemment les témoignages les plus concrets de ces choix. À quelques exceptions brillantes (la reconstruction à l’identique de la vieille ville de Varsovie, pour exalter le nationalisme patriotique polonais, la sauvegarde des quartiers centraux de Saint-Pétersbourg, capitale déchue de l’Empire, ou la transformation muséographique du cÅ“ur de Prague), les régimes communistes avaient opté massivement pour l’abandon de la ville héritée du capitalisme (Budapest), ou son éventration chirurgicale (Moscou). Le modèle dominant était la construction à la périphérie de massifs d’immeubles collectifs – nous dirions des grands ensembles – érigés à la hâte avec des matériaux de préfabrication industrielle et édifiés selon les mêmes principes fonctionnalistes du “ microrayon ” soviétique (des barres de plusieurs milliers, ou de plusieurs dizaines de milliers, de logements enserrant les équipements de première nécessité – école élémentaire, dispensaire –, et rejetant à leur pourtour quelques services commericiaux, de quantité et qualité dérisoires). De Berlin à Petropavlosk au Kamchatka, et de Sofia à Naberejny- Tchelny en Tatarie – pour ne pas évoquer la banlieue algéroise ! – on reconnaît le dessein urbanistique et l’influence du “ grand frère ”, diffusée par l’aide technique de myriades d’architectes et d’ingénieurs. Raisons idéologiques et raisons techniques se combinent pour expliquer la propagation rapide du modèle. Les plus fortes sont évidemment le rejet de toutes les formes de la ville dense, “ anarchique ”, symbole de la dégénérescence et de l’oppression sociale de la bourgeoisie, condamnée aussi bien par les idéologues rigides, qui y voient le siège de la réaction contre-révolutionnaire et de l’aliénation du prolétariat que par les architectes éclairés proches du mouvement moderne, qui caressent l’espoir de construire la cité idéale. Le surgissement spectaculaire de quartiers de logements périphériques offrait aux uns et aux autres la réalisation de leurs fantasmes : une ville uniforme et sans classes, homogénéisée encore par les normes d’attribution des logements, un habitat rationnel à l’image de l’homme nouveau qui naissait. On parvenait même ainsi à renverser les vieilles logiques de distribution des espaces urbains : à Moscou, les densités résidentielles sont plus fortes à la périphérie de l’agglomération – qui serait nos banlieues – que dans les quartiers centraux !
En quoi l’économie de marché et la libéralisation de l’initiative foncière et immobilière altèrent-elles ces données ? Là encore, la tentation du nouveau et le rejet de la période soviétique se sont immédiatement imposés. De Budapest à Moscou, le dessein de construire une “ ville nouvelle ”, au moins un quartier d’affaires pour accueillir les sociétés internationales et les joint-ventures, a fait germer les projets : une cité satellite dans une île du Danube, à six kilomètres en aval de la capitale hongroise, restée dans les cartons, “ Moscou-city ”, La Défense moscovite, située certes au cÅ“ur de l’agglomération, mais qui se construit à rythme lent, dans une large zone de déshérence urbaine. D’un autre côté, l’engouement pour l’habitat individuel périurbain se développe, avec la frénésie d’un corps social trop longtemps contenu par des décennies de contraintes collectives. À Moscou, les cottages se répandent dans la ceinture verte du lesopark (littéralement la forêt–parc), et aussi dans les esprits qui associent dans ces demeures crénelées la vieille Russie et la réussite des “ nouveaux Russes ”. Et à Prague, comme à Budapest et Varsovie, la suburbanisation progresse, comme l’attestent toutes les statistiques de la décennie quatre-vingt-dix.
Encore convient-il de ne pas exagérer ces inversions de tendances. L’observation, surtout de chercheurs tard venus dans le domaine, amplifie certainement la nouveauté, et la carence persistante en statistiques fiables et localisées favorise l’impression de nouveautè au détriment de celle de permanence. Il apparaît évident, en fonction même de l’importance du parc d’appartements collectifs, de la pénurie prolongée de la crise du logement, et de la demande croissante exercée par de nouveaux acteurs (bureaux des entreprises, services à la population), qu’il ne peut pas y avoir désertion massive des constructions de la période communiste, quels que soient leur entretien souvent déplorable et leur refus symbolique. De même, pour les sociétés étrangères ou nationales, la récupération du bâti ancien, rénové ou simplement réhabilité, offre souvent des possibilités de réalisation plus rapides, sinon plus fonctionnelles, et des prestiges d’adresse mieux assurés que des immeubles modernes et anonymes. Ainsi en est-il à Moscou pour beaucoup d’immeubles staliniens des années cinquante, qui une fois ravalés et mis aux normes, révèlent une architecture intéressante et une solide ossature, ou à Budapest des constructions de type haussmannien (avenue Andrasy). L’opposition à ces réinterprétations du bâti suscite en fait plus d’oppositions des anciennes populations en place- au moins celles qui ne profitent pas directement de la vente ou de la location de leurs appartements- que des agents nouveaux de la vie économique et sociale. Le pouvoir municipal doit alors arbitrer entre les intérêts majeurs de la cité (le développement économique du marché) et les revendications démocratiques de la base, qui peuvent s’exercer dans les mêmes espaces centraux. La transformation des territoires urbains n’apparaît donc pas le reflet instantané et direct des mutations de la société, mais s’instaure au prix de médiations plus ou moins détournées.
Elles sont d’autant plus complexes que le maintien de dimensions culturelles les diversifie encore. Déjà dans les années quatre-vingt de grande pénurie de la fin de l’ère Brejnev, le visiteur même occasionnel ne pouvait manquer de comparer l’indigence de l’approvisionnement dans les villes soviétiques à l’opulence, au moins apparente, que les marchés traditionnels chinois avaient su maintenir dans la Chine rouge, pourtant bien plus intransigeante qu’une Union soviétique décadente. Nul doute que transparaissaient ainsi les héritages d’une vieille culture mercantile face à une civilisation beaucoup plus terrienne et plus indifférente à l’échange. De façon plus durable encore, au delà de la tendance universelle au desserrement urbain et à la volonté d’échapper à l’enfermement de la ville soviétique, il est certain que s’affrontent actuellement, dans les villes russes, un penchant profond pour la ruralité, même exprimé par des couches résolument citadines, et des goûts urbains plus marqués. Pendant tout le xixe et le xxe siècles, le succès de la datcha, depuis le domaine aristocratique, puis bourgeois de la Cerisaie, jusqu’au médiocre cabanon des lotissements de jardins kroutcheviens, en passant par la solide bâtisse des apparatchiks du régime, ne s’est pas démenti. En même temps, au rythme de l’industrialisation forcée et de la collectivisation des modes de vie (transports urbains, cinémas, théâtres), le Russe moyen a aussi pris goût à la ville. La libération de la société postcommuniste est ici autant fille du basculement politique que des luttes d’influences séculaires entre slavophiles et occidentalistes.
L’expérience permet aussi de témoigner sur les rapports entre public et privé. Sous le système soviétique, la sphère publique, étatisée, s’était considérablement développée, ne laissant subsister que des fragments de vie personnelle, encore étroitement surveillés et éventuellement réprimés. L’ouverture a, là encore, entraîné des processus irrationnels et erratiques dans une société qui n’était, ni juridiquement, ni psychologiquement, préparée à la liberté d’initiative. Ainsi, au moins dans les premiers temps de l’instaura-tion d’un marché libre du logement, cessions aux occupants et reventes d’appartement se sont effectuées dans une anarchie totale : dans un même immeuble, on trouvait des propriétaires prévoyants, des investisseurs spéculatifs et des locataires soupçonneux, peu enclins de se voire confier les titres d’un bien foncier aussi mal entretenu que prometteur d’impôts. Au demeurant, nul n’avait songé à la gestion des parties communes, dont l’abandon se révéla encore plus manifeste qu’auparavant, alors que ce fut dès Haussmann, une des clefs de voûte de la “ propriété horizontale ” (cf. les règlements de copropriété).
Les transports urbains eux-mêmes ont à souffrir de ces transitions brutales. À Moscou, métro, autobus et trolleys, constituaient un réseau assez efficace, si l’on excepte l’aberration urbanistique de construire, à la périphérie, les ensembles d’habitation à plusieurs kilomètres des stations de métro, sous raison de conserver des emprises foncières pour des centralités desserrées qui ne sont jamais arrivées (ministères, centres commerciaux). Aujourd’hui, la motorisation accélérée des ménages lance la société urbaine dans des voies autrement plus redoutables : engorgement de la circulation dans des infrastructures inadaptées, stationnement anarchique dans les artères centrales, parking sauvage envahissant les pieds d’im-meubles de “ boites métalliques ”, garages nécessités par la rigueur du climat. Encombrement et privatisation de l’espace public sont encore accentués par la prolifération de services et de commerces, destinés à pallier les carences classiques de la ville soviétique. Il en résulte un sentiment de mieux-être passager, pour l’habitant, mais aussi une véritable dégradation de la lisibilité de l’espace urbain et de l’intérêt général dans l’organisation des territoires. La société postcommuniste fait, à ses dépens, l’expérience que “ public ” ne s’identifie pas nécessairement avec “ étatique ”, et que “ collectif ” ne veut pas forcément dire “ autoritaire ”.
De façon sans doute plus abstraite, l’expérience éclaire aussi d’une lumière vive les rapports entre politique urbaine et mécanismes socio-économiques. Dans les années soixante, les sociétés occidentales et les systèmes communistes avaient suivi des cheminements parallèles pour instaurer à différentes échelles – la ville, la région – un aménagement plus équilibré de l’espace. En France, c’était le pouvoir technocratique de la DATAR, qui prônait la décentralisation industrielle, puis tertiaire. En Union soviétique, ce rôle était imparti à “ la révolution scientifique et technique ”. En son nom, il fallait décourager la croissance de très grandes villes, au premier rang Moscou et Leningrad, au surplus toujours suspectes aux yeux du régime d’abriter une intelligentsia frondeuse. Contrôle des migrations intérieures, limitation des programmes de logements, apparaissaient des outils autrement plus aiguisés que “ l’ardente obligation ” de la planification à la française. Mais il fallait pourtant compter avec les contraintes de l’économie : comme la productivité était plus importante à Moscou, en raison de la formation et de la qualification de la main-d’Å“uvre, les entreprises d’État n’avaient pas beaucoup de mal à convaincre les autorités du Gosplan (planification centralisée soviétique ) de relâcher les contraintes pesant sur les créations d’emplois et sur la production de logements. Comme en France, la DATAR devait, après la “ crise ” de 1973, tempérer ses désirs, en tenant compte de la raréfaction de l’investissement, en Union soviétique, l’idéologie, même la plus abrupte, ne pouvait ignorer complètement les lois de la culture et de l’éducation, qui favorisent toujours les grandes villes.
L’introduction de la liberté d’entreprendre et plus timidement de la liberté de circuler a évidemment renforcé en Russie ces logiques sociales. Mais, elle en a souvent inversé les mécanismes. Auparavant, l’emploi surtout secondaire – la “ base économique ” – était le moteur de l’urbanisation, essentiellement pour les centaines de villes nouvelles – “ villages industriels ” selon l’expression du sociologue russe Léonid Kogan – que le régime essaima tout au long du territoire de l’Union, mais aussi – on l’a vu dans le cas de Moscou – dans les dérogations que le réalisme imposait par rapport aux intransigeances de la carte idéale des “ systèmes de peuplement ”. Aujourd’hui, la crise économique rôde dans tous les secteurs : la concurrence mondiale rend les produits industriels russes, autrefois protégés par l’autarcie, peu compétitifs ; l’État lui-même, devenu plus avare, quand l’impôt rentre mal et que des potentats influents se constituent des trésors de guerre plus ou moins indépendants (Gazprom), doit dégraisser les effectifs d’une administration pléthorique et peu productive, et d’une armée démesurée. Devant cette plus grande contingence de l’économie, particuliers comme entreprises découvrent plus de liberté, les uns pour fixer ou simplement désirer un lieu de résidence, les autres pour implanter un investissement. La géographie de la décision retrouve ses droits, quand elle était réduite à la simple cartographie des velléités du système et de ses dignitaires.
En fait, la découverte des potentialités réelles des territoires (l’éducation, la formation des hommes, la culture, l’accessibilité) au lieu de l’artificialité arbitraire des choix idéologiques, a toutes chance de jeter la ville postcommuniste dans les logiques universelles de la mondialisation et de son corollaire urbain : la métropolisation. Cette prime aux très grandes villes, souvent les capitales des États, a déjà consacré depuis plus de dix ans Moscou comme dépositaire le plus sûr des valeurs du libéralisme, autant pour les individus, qui y recherchent paix civile et promotion sociale, que pour les sociétés, qui y trouvent le profit maximal, au risque évident de générer une crise profonde dans des centaines de villes moyennes. Mais cette règle valable à Paris et à New York et de Londres à Tokyo, n’est pas oublieuse de soixante-dix ans de passé soviétique : le patrimoine immobilier, le poids des mentalités, l’influence de la culture russe pèseront longtemps encore pour interpréter ces jeux du territoire et des sociétés. Ici comme ailleurs mondialisation ne rime pas avec uniformisation.
Galia et Guy Burgel [**]
 
Commentaire
 
 
La lente construction d’une civilisation urbaine : les distances socio-historiques dans la lecture de la forme urbaine
Généralement la ville postsoviétique est abordée comme une ville de transition, dans un passage plus ou moins direct à la ville de marché. C’est évoquer la recomposition du patrimoine immobilier avec les privatisations, la recomposition de l’individu dans des pays aux anciennes références collectivistes, la recomposition post-nationale de l’économie et des structures politiques (Dressler). La démarche de L. Kogan nous invite à approfondir le diagnostic sur la formation de la “ civilisation urbaine ”, sur la construction des politiques urbaines, à changer notre regard sur la construction de la permanence urbaine.
Dès les années 1970, L. Kogan avait pris position sur les difficultés à créer une mentalité urbaine, face aux schémas linéaires de la croissance des forces productives, face à l’expansion des villes nouvelles liées au système industriel (notamment dans l’Oural). Il marque la distinction entre les processus de civilisation urbaine et la construction des politiques urbaines.
Les études sur la qualité urbaine, notamment les enquêtes sur les priorités des moscovites et la politique urbaine montrent l’attachement au quartier, la construction progressive d’un espace de familiarisation sous les stratégies de pouvoir. “ Impossible de ne pas voir qu’aujourd’hui, les moscovites essayent de rendre leur espace urbain plus familier et plus accessible. Après être devenus habitants de leur appartement privé, séparé et aujourd’hui souvent même propriétaires de leur logement, le gens ont voulu répandre ce processus, le continuer jusqu’à certaines parties de la ville, de leur environnement urbain immédiat ”. (Kogan, 1995 ; Les priorités des moscovites et la politique urbaine).
Plus largement, créer une mentalité urbaine, c’est comprendre la forme urbaine liée aux processus de mobilité et d’échange monétaire (Simmel). C’est étudier et souligner les problèmes concrets sur l’équipement des villes (le prix du gaz bon marché, l’état des transports), les problèmes récurrents sur le statut du logement. Mais L. Kogan et la situation de la ville russe soulignent les difficultés historiques de longue durée de l’expansion russe, les tensions culturelles, la distance des civilisations locales devant les pressions du droit et de l’État.
Réétudier Moscou 20 ans après ces enquêtes, 10 ans après le changement de régime, souligne la marque des systèmes résidentiels périphériques, (les datchas et les nouveaux cottages pour les nouveaux riches ), avant le retour de la pression du pouvoir fédéral sur le municipal et le local. Mais des problèmes récurrents demeurent : l’intégration des communautés urbaines, et le renforcement des bases des relations de coordination. Dans cette situation incertaine, domine le refus des grandes structures, une pragmatique du débordement. Les élites russes poursuivent une démarche évolutionniste, empirique, avec une difficulté à cerner la synthèse des problèmes.
L. Kogan dans son irréductibilité souligne à nouveau les contradictions fortes entre le niveau de civilisation atteint (éducation, industrie, recherche) et l’ensemble des problèmes à gérer ; i. e. les structures politiques pertinentes, le modèle de développement. “ Il faut prendre vraiment conscience de notre place réelle dans la civilisation urbaine moderne développée, établir un diagnostic sur les “maladies” de notre histoire ” (Kogan, 1996). Démocratisation et civilisation ne semblent pas aller de pair. Cette réflexion porte une invitation méthodologique à distinguer analytiquement les mutations sociales, le système politique, la forme des mentalités urbaines, selon la démarche prônée par G. Gurvitch et P. Sorokin dans les années 1930 et 1950.
Les problèmes masqués portent sur la pression migratoire dans la ville capitale. La définition d’un modèle stable (“ homéo-statique ”) dans les plans des années 1930,le blocage de la construction sur la Municipalité de Moscou ont renforcé l’idée d’un statu quo sur le Moscou central (gorod), d’une qualité urbaine endogène. Implicitement, les villes satellites définies comme systèmes d’emploi et comme habitats bon marché absorberaient la pression migratoire de la campagne avec, pour seule nouveauté, l’emploi flexible et l’extension des problèmes de pauvreté (Qui gère son logement ?). Cette inversion démographique soulignée par Haeringer interroge l’évolution du centre au regard de l’expansion périphériale. Nous pouvons constater une permanence de cette structure de gestion urbaine entre le Moscou central (1,5 millions d’habitant) et le Grand Moscou (8 millions d’habitant en 1996).
Les transformations progressives de la ville portent sur la ville marchande et sur l’expansion du patrimoine. Mais la double couronne, entre la ville centrale et les villes satellites rejette les problèmes sociaux du cÅ“ur, hors de la ville impériale. Cette conservation dans l’espace du pouvoir pose problème pour les nouvelles couches et leur espace, mais aussi pour les couches sociales périphériques. “ Il existe aussi des normes de civilisation européenne contemporaine reconnues de tout le monde. Nous, en tant qu’habitants de l’espace eurasien, appartenons également à cette civilisation. Beaucoup de pays asiatiques nous ont déjà devancé, en ce qui concerne la civilisation européenne. Il ne faut pas fermer pour nous mêmes, le processus civilisateur…. Nos villes formaient extrêmement peu de citadins… Aujourd’hui, nous devons construire une société civile avec un déficit énorme de citadins…. ” (Kogan, 1996). Pouvoir et citoyenneté sont insérés dans la forme urbaine.
Nous ne pouvons que souligner l’intérêt de croiser le regard interne et le regard externe dans la lecture d’une ville. Au delà des schémas apparemment homogènes de la globalisation, le regard de L. Kogan, sa recherche des citadins hic et nunc, nous sont précieux. La permanence de la forme urbaine réside dans une capacité à absorber les problèmes sociaux et les mutations, un mode de gestion des problèmes sociaux.
Un tel diagnostic ne néglige pas, pour autant les problèmes conjoints de la ville post soviétique insérée dans la globalisation : l’argent, l’individualisme, la polarisation sociale. Il amplifie le diagnostic occidental porté entre les ordres locaux et les lois globales de la nouvelle économie, de la nouvelle circulation financière, monétaire et informationnel. “ Aujourd’hui l’existence est étirée selon la nouvelle hiérarchie du global et du local ; avec une liberté globale de mouvement signalant la promotion sociale, l’avancement et le succès ; l’immobilité exprime la défaite, l’échec. Progressivement, globalité et localité acquièrent le caractère de valeurs contraires, des valeurs le plus souvent placées au centre des rêves, des cauchemars, des conflits existentiels. La vie “conforme” est basée sur le mouvement ; plus exactement sur une confiance confortable dans la facilité de bouger dans le cas, où l’on n’obtiendrait plus de satisfaction à rester.
La notion de liberté est devenue, par dessus tout la liberté de choix et ce choix a acquis paradoxalement mais clairement, une dimension spatiale ” (Bauman, 1998). Construire la spécificité de l’ordre urbain et de la civilisation urbaine en est plus difficile, mais aussi plus précieux.
Gilles Verpraet [***]
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Bauman, Z., Globalization: The Human consequences, Polity Press 1998.
·  Dressler, W., Gatti, G., Pérez-agote, A., Les nouveaux repères de l’identité collective en Europe, Paris, L’Harmattan 1999.
·  Gurvitch, G., La vocation actuelle de la sociologie, PUF 1958.
·  Kogan, L. B., On recherche les citadins, Moscou, Édition Graal 1996.
·  Sorokin, P., Social and Cultural Mobility, New York, Free Press 1959.
·  Verpraet, G., La socialisation urbaine, transitions sociales et transactions culturelles dans la cité périphérique, L’Harmattan 1995.
 
NOTES
 
[*]Philippe Haeringer : directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD, Paris). Géographe et anthropologue (École Pratique des Hautes Études), africaniste ; il observa l’émergence des sociétés urbaines en Afrique occidentale et centrale, puis se spécialisa dans l’étude des processus de mégapolisation dans le monde. Il en propose à la fois des illustrations très locales et une interprétation théorique englobant la dimension économique (voir L’économie invertie, 1999). Il enseigne à l’Université de Paris-X Nanterre et dirige un séminaire intitulé “ La diversité citadine ”.
[1]Ce texte est un fragment d’étape d’une démarche de comparaison internationale conduite autour du séminaire “ La diversité citadine ” (Ministère de l’Équipement et Institut de Recherche pour le Développement, Paris). Il fit l’objet d’une présentation dans le cadre du Colloque “ Nouvelles urbanités, nouvelles ruralités en Europe ” (LADYSS/Conseil de l’Europe, Strasbourg, Mai 2000).
[2]Indication fournie, à titre provisoire (en 1998), par Olga Vendina, professeur à l’Université de Moscou.
[3]Les HLM sans ascenseurs, dans les banlieues françaises, sont plutôt des “ 4 étages ”, celles de Shenzhen, aux abords de Hong Kong, atteignent huit étages… Les peuples ne sont donc pas égaux en matière d’escaliers. De Paris à Shenzhen, en passant par Moscou et Shanghaï, le dernier palier du piéton ne cesse de s’élever.
[4]Voir la proximité étymologique de folie et de feuillée.
[5]De tels villages sont légion dans les campagnes proches de Hangzhou.
[6]Il s’agit du maire Loujkov, dont l’ambition pour Moscou fut concentrée sur le désir de lui redonner un visage “ vendable ” aux yeux des investisseurs de tout poil. Moscou lui doit surtout le renouveau de son centre et l’amélioration de ses grandes voies de circulation.
[7]Plus exactement, cette moyenne recouvre à la fois la persistance d’une partie de l’ancien parc à 4 m2/personne, et la multiplication des logements neufs qui la tirent vers le haut.
[**]Galia Burgel est chercheur au Laboratoire de Géographie urbaine de l’Université Paris-X Nanterre.Guy Burgel est professeur à l’Université Paris-X Nanterre, où il dirigele laboratoire de Géographie urbaine, spécialisé dans les recherches comparatives sur les villes. Il a publié récemment : La Ville aujourd’hui, 1993, 3e édition 2001 ; Paris avenir de la France, 1999 ; Du Tiers monde aux tiers mondes, 2000 ; Le Miracle athénien au xxe siècle, 2001. A participé à la réédition en livre de poche de L’Histoire de la France urbaine 2001.Galia et Guy Burgel sont éditeurs de la collection Villes en Parallèle (Laboratoire de Géographie urbaine – Université Paris-X Nanterre), où ils ont notamment publié en 1999 La Ville soviétique avant la perestroïka.
[***]Gilles Verpraet : sociologue et urbaniste, chercheur au CNRS, a mené des travaux sur les villes nouvelles, sur les mutations sociales et culturelles de l’urbanisation périphérique (la socialisation urbaine), des travaux sur les structures de gestion des villes et les méthodes de planning afférentes (expertise, médiation, coordination). Publication récente : La socialisation urbaine, transitions sociales et transactions culturelles dans la cité périphérique, 1995.
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