2001
Diogène
Principes de l’HyperNietzsche
Paolo d’Iorio
[*]
(ITEM-CNRS.)
Nietzsche pour connaisseurs
« Une chose me paraît cependant certaine : les manuscrits doivent être déchiffrés et transcrits entièrement, être étudiés comme groupe, comme manuscrit individuel, comme page individuelle (dans beaucoup de cas !), puis être ordonnés chronologiquement.
Par exemple : hier, j’ai examiné soigneusement les résultats de la transcription faite page par page des manuscrits d’Aurore. J’ai fait une sorte de diagramme avec tous les aphorismes d’Aurore suivant leur apparition dans les différents manuscrits. En résultent deux choses, qui sont au fond les deux côtés d’une même médaille, à savoir : 1) la genèse d’Aurore, 2) la chronologie exacte de chaque manuscrit.
Une compréhension approfondie par la lecture et la transcription de tous les matériaux pourraient donner des résultats philologiques encore plus précis. Et si cela est important pour les écrits posthumes d’une Å“uvre publiée par Nietzsche lui-même, cela l’est d’autant plus pour la masse des manuscrits non utilisés. En lisant et transcrivant tous les matériaux qui nous montrent comment une pensée s’élabore d’un carnet à un cahier, de ce cahier à un autre cahier, on obtient ainsi par des critères internes la chronologie, ou mieux la succession. Tout cela n’a pas été fait jusqu’à présent ! »
Voilà une intuition et un véritable programme de travail qu’un jeune homme de 33 ans communiquait, il y a 40 ans (le 21 août 1961) à son ancien professeur de philosophie, Giorgio Colli, qui l’avait envoyé vérifier l’état des manuscrits de Nietzsche à Weimar, en vue d’une simple traduction italienne des Å“uvres de Nietzsche. Mazzino Montinari achevait alors son deuxième séjour à Weimar et il ne savait pas encore qu’il allait consacrer le reste de sa vie non seulement à la traduction italienne, mais à l’édition critique des Å“uvres du philosophe, un travail d’édition colossal, qui a changé l’état de la recherche sur Nietzsche.
Toutefois, à lire cette lettre, nous avons l’impression que dans les 40 volumes de la Kritische Gesamtausgabe, la monumentale édition critique allemande des Å“uvres de Nietzsche, Montinari n’a pas vraiment réussi à reproduire sur papier cette intuition qui l’avait saisi au premier contact avec les manuscrits de Nietzsche. Cette penetrazione a fondo, cette compréhension approfondie, cette pénétration plus profonde du mouvement de la pensée de Nietzsche, Montinari a sûrement pu l’atteindre, mais il n’est pas arrivé à la communiquer (ou en tout cas il l’a fait de manière très insatisfaisante) par ses apparats critiques. Ce n’était pas de sa faute, c’était la faute… du papier ! Ce que Montinari voulait faire, on ne pouvait pas le réaliser il y a 40 ans, parce qu’on ne le peut pas avec la publication en volume imprimé.
Comme dans le cas de
marginalia sur les pages de la bibliothèque personnelle du philosophe, Montinari aurait eu besoin du support électronique pour pouvoir transcrire et publier chaque page de Nietzsche à des coûts raisonnables et à diffusion planétaire
[1]. Et il aurait eu besoin de l’hypertexte pour représenter les parcours de la genèse. Sans compter que cette intuition, émanant non pas d’un philologue de profession, mais d’un philosophe et historien, aurait dû s’articuler dans une théorie littéraire pour trouver un écho chez les germanistes, chez les philologues, la plupart desquels, à l’époque, étaient encore occupés à trouver la meilleure manière de présenter les variantes dans l’apparat critique.
Aujourd’hui, 40 ans et 40 volumes après, nous pouvons imaginer de réaliser, grâce au développement de la technologie, ce dont Montinari avait eu l’intuition et qu’aucun autre éditeur n’a pu faire avant : transcrire tous les manuscrits de Nietzsche et reconstruire la genèse de chaque Å“uvre et de chaque aphorisme du philosophe.
D’ailleurs la théorie critique, dans ce cas, a précédé la technique. Montinari n’étant pas un visionnaire isolé, d’autres philologues et éditeurs ont ressenti le même sens de frustration par rapport au support et aux méthodologies utilisées. À Paris, Louis Hay, travaillant dans les années soixante sur les manuscrits d’Heinrich Heine, avait commencé à voir dans le manuscrit un nouvel objet scientifique, pas seulement une étape vers le texte imprimé, et avait fondé l’
Équipe Heine du CNRS – noyau originaire de l’
Institut des Textes et Manuscrits Modernes d’aujourd’hui, centre d’une réflexion approfondie sur ce qu’on a appelé par la suite
critique génétique
[2]. En Italie, toute une partie de la philologie contemporaine se consacre à la
filologia d’autore, selon une expression de Dante Isella
[3]. Et en Allemagne, la sensibilité vers une édition génétique ne cesse de se développer et a même été appliquée à Nietzsche dans le cas des
Dionysos-Dithyramben
[4].
Mais cette exigence, dans le cas de Nietzsche, est plus ancienne encore. Montinari lui-même nous a donné un exemple saisissant de la conscience de Peter Gast – le premier à s’être mesuré à l’édition des manuscrits de Nietzsche – en nous racontant que dans la bibliothèque de l’ancien Nietzsche-Archiv se trouve un petit volume de Ernst Horneffer,
Nietzsche letztes Schaffen (1906), où l’auteur, en polémique contre l’édition de
La Volonté de puissance faite par Peter Gast écrivait : « Les manuscrits de Nietzsche doivent être publiés tels quels, mot à mot, en renonçant à toute mise en ordre ou regroupement. » En marge de cette phrase se trouve un commentaire de la main de Peter Gast : « Si nous les avions publiés
ainsi, Horneffer aurait dit que le contraire eût été plus juste. Le public ne supporterait pas une telle édition. Les connaisseurs, pour lesquels une telle édition serait un véritable bonheur ne sont qu’une toute petite minorité
[5]. »
L’autre motif pour lequel Montinari n’a pas pu réaliser son rêve était le fait qu’il ne voulait pas ruiner la petite maison d’édition que son ami Luciano Foà venait de fonder pour publier cette nouvelle édition de Nietzsche. Même quand les éditeurs s’engagent dans des éditions de manuscrits, voire dans des éditions génétiques riches en fac-similés, malgré le fait qu’ils réussissent généralement à en faire retomber la plupart des coûts sur la collectivité, les prix restent tellement élevés — et donc la diffusion de ce type d’édition est tellement restreinte — que le nombre des connaisseurs de Nietzsche, déjà très limité face à ce type d’édition, ne peut que diminuer.
Dans le cas de l’HyperNietzsche, en revanche, grâce aux coûts extrêmement réduits de publication et d’accès à l’information sur Internet, grâce aux différents types d’éditions et de commentaires plus ou moins spécialisés disponibles en même temps, nous parions qu’un nombre croissant d’étudiants et de chercheurs sera amené à s’intéresser de plus en plus aux textes et aux manuscrits de Nietzsche, et que le nombre des véritables connaisseurs ne pourra qu’augmenter.
Ce que Montinari avait pressenti il y a 40 ans, avec son diagramme génétique au milieu des carnets d’Aurore, nous voulons le repenser d’une manière radicale, coopérative, ouverte, avec une conscience méthodologique renouvelée et les moyens de ce xxie siècle, afin que le rêve de tous les connaisseurs de Nietzsche – publier tout ce que Nietzsche a écrit, comme il l’a écrit, et suivant la logique de sa pensée in fieri – puisse devenir une réalité.
Modèle d’un hypertexte de recherche
Le projet HyperNietzsche (<http://www.hypernietzsche.org/>) a relevé le défi d’un Internet médium du savoir critique en littérature et en philosophie, en visant la création d’un modèle d’hypertexte qui puisse être utilisé comme un véritable instrument de recherche scientifique pour les sciences humaines.
Cette infrastructure de travail collectif en réseau sera d’abord appliquée et testée sur l’Å“uvre de Friedrich Nietzsche, pour être ensuite généralisable à d’autres auteurs, à l’étude d’une période historique ou d’un fonds d’archives, ou à l’analyse d’un problème philosophique.
Elle permettra d’avoir accès aux sources primaires (textes, manuscrits, correspondances), d’en établir des éditions critiques, de publier les études des chercheurs, ainsi que la mise en place d’un système de validations des contributions par Internet, selon le principe de l’évaluation par les pairs (Peer-Review).
Il ne s’agit donc pas seulement d’un projet de numérisation et de mise en réseau d’un ensemble de textes et d’études sur Nietzsche, ni d’une édition électronique conçue comme un produit confectionné et offert à la consultation (sous forme de CD-ROM), mais plutôt d’un instrument de travail permettant à une communauté savante délocalisée de travailler de façon coopérative et cumulative, et de publier les résultats de son travail en réseau, à l’échelle de la planète.
Il ne s’agit pas non plus d’une bibliothèque de textes électroniques en ligne, plus ou moins indexée, accompagnée d’un moteur de recherche par mots-clés ou en texte intégral. C’est un véritable système hypertextuel qui permet tout d’abord de disposer les textes et les manuscrits de Nietzsche selon des ordonnancements chronologiques, génétiques ou thématiques, et surtout d’activer un ensemble de liens hypertextuels qui relient les sources primaires aux essais critiques produits par les chercheurs.
HyperNietzsche est un hypertexte de recherche, d’édition et de communication inspiré par une philosophie
Open Source et favorisant donc l’utilisation du
Copyleft. Celui-ci est structuré selon un principe de mise en contexte dynamique, et joue dans un rapport de complémentarité avec les bibliothèques, les archives, les éditeurs et les autres projets de recherche sur Nietzsche
[6].
L’Open Source dans les sciences humaines
Nous avons repris les concepts d’Open Source et de Copyleft du domaine de l’informatique tout en les adaptant aux sciences humaines. L’informatique, à son tour, n’avait fait que repenser en ses propres termes une des caractéristiques fondamentales de la méthode et de la pratique scientifiques telles qu’elles se sont mises en place à partir du xviie siècle.
En 1984, Richard Stallman a fondé la
Free Software Fondation
[7], qui considère le logiciel non pas comme le produit d’une industrie qui le garde secret à des fins commerciales, mais comme une connaissance scientifique à partager avec ses pairs. Stallman voyait dans la distribution du code source l’élément fondamental pour permettre la transmission des connaissances et l’innovation scientifique.
Pour éviter que l’industrie ne s’approprie des morceaux de code libre et les intègre dans des produits non ouverts et commerciaux, Stallmann inventa le concept de Copyleft et de licence GPL (General Public Licence) avec laquelle l’auteur d’un logiciel permet à tout le monde de le copier, de le modifier et de le distribuer, à condition qu’il n’empêche pas les autres d’en faire autant. Le Copyleft indique que quiconque redistribue un logiciel, avec ou sans modifications, doit aussi transmettre la liberté de le copier et de le modifier.
En 1997, ces concepts ont été repris par la
Open Source Foundation
[8], et notamment par Éric S. Raymond. Suivant l’analyse de Marcel Mauss, Raymond a assimilé l’
Open Source à la culture du don, modèle sociologique qui répond à une situation non pas de pénurie, mais d’abondance
[9].
Prôner la diffusion de l’
Open Source dans le milieu de la recherche signifie reconnaître que la science est une entreprise ouverte et qu’elle ne peut pas avancer selon le principe du secret, de l’exclusivité, ou de la diffusion restreinte de l’information. D’ailleurs tous les chercheurs, y compris ceux qui travaillent pour des entreprises privées, savent que « la diffusion gratuite des découvertes reste la méthode la plus efficace pour résoudre les problèmes communs à l’intérieur d’une discipline scientifique donnée
[10]. »
Open Publishing et Open Archives
Dans le domaine des sciences humaines, travailler en Open Source signifie d’un côté pouvoir disposer de l’accès à la version numérique des objets d’études propres aux sciences humaines : textes et manuscrits, fonds d’archives, objets archéologiques, images, sons, séquences filmiques, etc., (Open Archives) et de l’autre côté, mettre à disposition sur Internet les résultats des travaux de recherche (Open Publishing).
Le concept et la pratique de l’
Open Publishing commencent à se répandre dans les sciences de la nature. Nous pensons, par exemple, à l’initiative avancée par un groupe de biologistes de créer une « bibliothèque publique de la science », qui a eu le mérite de poser le problème du monopole exercé par certains éditeurs par rapport à la diffusion des connaissances scientifiques produites dans un environnement de recherche publique
[11].
La légitimité de l’Open Publishing est encore plus forte dans le cas des publications en sciences humaines, où d’ailleurs les enjeux en termes financiers sont moins importants. Dans ce domaine, il faut toutefois que les publications électroniques puissent acquérir l’aura et le prestige intellectuel qui caractérise les écrits publiés dans de beaux volumes, chez des éditeurs reconnus.
Nous ne voulons pas retomber avec cela dans la vieille question de la mort du livre. Au contraire, nous sommes convaincus que le livre est un objet qui a de l’avenir et reste un support indispensable à la lecture, même s’il sert moins bien qu’Internet les nécessités de diffusion et de partage de l’information propres à la recherche.
Nous pensons en revanche que la communauté des chercheurs devrait mieux s’organiser pour reprendre en main le mécanisme d’évaluation par les pairs qu’elle a pratiquement confié aux éditeurs commerciaux, ce afin de redevenir le siège du prestige intellectuel. En effet, la carrière d’un chercheur ne peut se fonder que sur le nombre de ses publications. Mais si le choix des écrits dignes d’être publiés est effectué par des éditeurs commerciaux, selon des logiques qui leur sont propres et qui ne coïncident pas forcément avec la qualité du travail scientifique, alors la carrière d’un chercheur est en réalité dans les mains des éditeurs, au lieu d’être déterminée par le jugement de ses pairs. Dans cette optique, les instances d’évaluation propres à la communauté des chercheurs ne se limitent qu’à enregistrer les jugements qui ont été exprimés par les comités de lecture d’un certain nombre d’éditeurs reconnus. Les presses universitaires ne corrigent que très peu les distorsions de ce système. Il est bien évident qu’en sciences humaines, entre deux candidats à un poste de professeur dont l’un peut exhiber une publication chez un grand éditeur parisien et l’autre doit se contenter d’un ouvrage édité aux presses de sa petite université, le jury n’aura pas de difficulté à choisir.
Dans le cadre du projet HyperNietzsche, nous avons essayé de résoudre ces distorsions du mécanisme de publication et d’évaluation actuels en accompagnant la publication sur Internet d’un contrôle de qualité rigoureux confié au comité scientifique de l’hypertexte d’une part, et, en ce qui concerne le support, en ayant recours à des systèmes d’impression à la demande.
L’
Open Archives est l’autre élément fondamental de notre démarche. À la différence de l’
Open Publishing, le concept d’
Open Archives est nouveau et nous nous efforçons d’en faire comprendre la nécessité aux institutions publiques
[12].
Il s’agit de garantir un accès universel, à travers Internet, aux fonds documentaires (textes, images, sons), patrimoines de l’humanité conservés par des bibliothèques, des archives ou des musées publics. Source d’intérêt pour toute personne de culture, ces matériaux représentent des sources primaires pour le travail des chercheurs. Leur diffusion sur Internet sous forme de reproductions numériques, dans le respect des droits de propriété intellectuelle et de la notion de domaine public, constituerait un médium formidable de diffusion et de valorisation de ce patrimoine, sans nuire aux exigences de conservation des originaux.
Outre à présenter les nombreux avantages d’une numérisation du patrimoine pour la vie culturelle en général et pour la recherche en particulier, et à pousser les institutions publiques à entreprendre des campagnes de numérisation, notre démarche, suivant l’esprit décentralisé typique d’Internet, vise à définir un cadre normatif pour permettre à toute initiative de numérisation à des fins non commerciales d’avoir facilement, rapidement et librement accès aux originaux, ou à de bonnes reproductions libres de droit. Trop souvent en effet, même dans le cas des fonds conservés par des institutions publiques, les projets de recherche sur Internet sont bloqués par des obstacles soi-disant juridiques, qui ne relèvent certes pas du droit d’auteur, mais du fait que très souvent, les archives ou les musées empêchent tout simplement les chercheurs de prendre des photos d’un patrimoine qui devrait être public.
Copyright et Copyleft
La notion de Copyleft forme le cadre juridique dans lequel l’Open Source, c’est-à-dire la plus large diffusion et le plus ample partage du savoir, peut se réaliser au mieux.
D’ailleurs, ce même esprit de partage du savoir a été à la base de la notion de Copyright qui entendait pousser les auteurs, en leur attribuant un droit d’exclusivité limité dans le temps, à diffuser les résultats de leur recherche. Certes, la durée du privilège est devenue désormais si longue que le Copyright est en train de produire l’effet inverse, c’est-à-dire de restreindre la circulation de l’information plutôt que de l’encourager.
Le Copyleft n’est qu’un cas particulier de Copyright, dans lequel le titulaire du Copyright décide de donner le maximum de diffusion à son Å“uvre et de permettre à d’autres de l’utiliser librement, à condition que personne ne se l’approprie en revendiquant une quelconque exclusivité.
Le Copyleft protège le texte contre l’appropriation illicite venant aussi bien de quelqu’un qui voudrait le plagier, le mutiler, le défigurer (c’est-à-dire l’utiliser sans reconnaître la paternité intellectuelle et le droit moral de l’auteur), que de la part d’un éditeur qui voudrait le distribuer ou le vendre en empêchant les autres de l’utiliser, de le copier, ou de le distribuer librement.
La partie juridique du projet HyperNietzsche s’efforce d’adapter le concept de Copyleft aux exigences de la recherche scientifique en sciences humains par des réflexions théoriques, mais également par la mise en place des conditions juridiques qui permettent le fonctionnement du site Web. Voici, à titre d’exemple, les modalités juridiques qui règlent la publication de contributions dans l’HyperNietzsche.
Toute contribution publiée dans l’HyperNietzsche sera naturellement sujette aux normes qui règlent le droit d’auteur : en effet, il n’y a pas de raison pour qu’un texte publié sur Internet ne dispose pas de la même protection juridique que celle accordée à un essai publié en volume. Toutefois, dans un contexte de publication universitaire, ce qui intéresse davantage les chercheurs est que le fruit de leurs recherches ait une diffusion la plus vaste possible. Pour cette raison, Philippe Chevet, le juriste qui participe au projet HyperNietzsche, a écrit trois licences de type Copyleft qui, dans la plus stricte protection de la paternité intellectuelle et des droits moraux, permettent à tout le monde de consulter les sources primaires et les contributions critiques et à personne de se les approprier selon un droit exclusif.
L’association HyperNietzsche elle-même, à la différence des éditeurs traditionnels, ne s’approprie pas les matériaux qui lui seront confiés pour publication. Avec le contrat de cession de droit qui est souscrit par voie électronique au moment de la publication en réseau d’un essai, l’auteur en réalité ne cède à l’HyperNietzsche aucun droit sur son texte, pas même l’exclusivité de la publication en réseau. Il est donc libre de le publier à nouveau sur n’importe quel support. La seule chose à laquelle l’auteur s’engage est de laisser son texte disponible dans l’HyperNietzsche pour une durée de 10 ans, éventuellement renouvelable.
Finalement, nous voudrions souligner que l’HyperNietzsche ne se limite pas à la publication de nouveaux essais, mais qu’il vise à intégrer la plupart des essais écrits sur Nietzsche (qui auront passé l’examen du comité scientifique), même ceux qui ont déjà été publiés ailleurs. En effet, on sait que dans le cas où l’auteur n’a pas signé de contrat de cession des droits (comme c’est normalement le cas pour les articles publiés en revue) ou dans le cas où le contrat ne prévoyait pas explicitement la cession des droits sur support électronique (comme dans la plupart des contrats établis avant l’explosion d’Internet), l’auteur est censé avoir gardé le droit de publication sur support électronique. Donc il est libre de republier et de faire revivre son texte dans l’HyperNietzsche, avec tous les avantages de la diffusion planétaire et de la mise en contexte hypertextuelle.
Un cadre juridique était également nécessaire pour gérer le processus d’évaluation par les pairs et donc pour pouvoir garantir la qualité des contributions présentées pour la publication.
Nous l’avons trouvé dans la constitution d’une association loi 1901, l’association HyperNietzsche, qui a pour vocation de devenir un instrument d’autogouvernement de la communauté des spécialistes de Nietzsche et pour tâche principale, à travers son comité scientifique, la gestion du processus d’évaluation par les pairs (Peer Review).
Comme prévu dans son statut, le comité scientifique sera élu tous les deux ans par tous les membres de l’association. Le premier comité scientifique, toutefois, a été nommé par les membres fondateurs de l’association.
Le comité scientifique de l’HyperNietzsche travaillera normalement
via Internet, mais il se réunira physiquement au moins une fois par an
[13].
Principe de mise en contexte hypertextuel
Les bibliothèques numériques, les centres de textes électroniques, les banques de données d’e-prints sont normalement organisés selon un principe de recherche textuelle en texte intégral, par mots-clés, par catégories, etc. Cette modalité de recherche de l’information n’est pas étrangère à notre site, qui dispose de toutes sortes d’instruments d’interrogation textuelle, de recherche d’occurrences, de recherche par titre, auteur, date, etc. Mais sa logique de fonctionnement est différente et s’efforce d’aller au-delà du principe de recherche.
En effet, nous avons organisé l’information selon un principe de mise en contexte hypertextuel qui vise à mettre à disposition de l’utilisateur, au fur et à mesure qu’il navigue dans le site en passant d’une page à l’autre, tous les documents corrélés concernant la page qu’il est en train de visualiser.
Pour atteindre ce résultat, nous avons divisé l’information en matériaux, contributions et auteurs, c’est-à-dire d’un côté les objets d’étude (les matériaux), de l’autre les chercheurs qui travaillent avec ces matériaux (les auteurs), et enfin les produits de leur travail (les contributions). Cette division structure déjà la page d’accueil de l’HyperNietzsche (fig. 1).
Figure 1
Page d’accueil de l’HyperNietzsche
Dans la section matériaux de l’HyperNietzsche, accessible par le cadre homonyme, est contenue la représentation sous forme numérique de toutes les sources primaires pour l’étude de Nietzsche, ordonnées selon un critère de publicité décroissante : les Å“uvres que le philosophe a consacrées à un public de lecteurs, les lettres qu’il a envoyées à un seul lecteur (ou à un cercle très restreint), les manuscrits qu’il a griffonnés pour lui-même, les livres de sa bibliothèque personnelle avec les annotations qu’il y a déposées, pour finir par tous les documents qui concernent sa biographie et donc sa vie privée.
Le critère qui a été retenu pour ordonner les entrées du cadre des contributions est celui de la proximité par rapport aux matériaux. Le premier lien proposé concerne donc la transcription de notes ou d’autres textes manuscrits. Ensuite les chemins, c’est-à-dire les différents ordonnancements possibles des manuscrits ou d’autres documents : chemins chronologiques, thématiques, génétiques. Les chemins chronologiques s’efforcent de disposer en succession chronologique un ensemble de documents : notes manuscrites, lettres, documents biographiques, etc. Les chemins thématiques, quant à eux, demandent de définir d’abord avec précision le thème que l’on entend suivre et la raison pour laquelle des textes différents, écrits à des époques diverses, doivent s’y référer. Les chemins génétiques sont les plus complexes et les plus chargés d’interprétation, parce que dans leur établissement entrent en jeu des éléments chronologiques, thématiques, biographiques aussi bien que des théories plus générales sur les dynamiques de la création et sur la scripturation d’un texte en différentes étapes.
Toutes sortes de commentaires, – philologiques, génétiques, critiques, philosophiques, etc., – sont publiables dans l’Hyper-Nietzsche. Par rapport aux essais critiques, ils se caractérisent par leur brièveté, mais surtout par le rapport étroit qu’ils entretiennent avec le matériau qu’ils commentent.
Les essais, au contraire, incarnent un moment d’extrême liberté où les matériaux aussi bien que les chemins contenus dans l’hypertexte sont analysés et utilisés selon des critères interprétatifs très généraux, souvent en référence à d’autres moments de l’histoire de la philosophie ou de la littérature. Ils interagissent avec les autres parties de l’hypertexte – ou même avec d’autres hypertextes – à l’intérieur d’une logique de développement argumentatif qui leur est propre. Ils représentent donc l’irruption dans l’hypertexte des théories interprétatives, critiques, littéraires, philosophiques…
Les bibliographies trouveront dans l’HyperNietzsche un système très souple de constitution, sous la forme de bases de données, immédiatement à la disposition des chercheurs, pouvant être constamment mises à jour. Aux entrées bibliographiques pourront être liées les Å“uvres correspondantes, en fac-similé ou en version texte. Les traductions sont une forme de contribution ayant la caractéristique de pouvoir s’appliquer à tous les autres éléments de l’HyperNietzsche. Aussi bien les matériaux que les contributions et les traductions elles-mêmes peuvent faire l’objet d’une traduction dans une autre langue. Les systèmes de type HyperNietzsche seront le lieu privilégié pour confronter des traductions ou pour stimuler l’envie de réaliser la traduction de textes importants pour la recherche.
Le troisième cadre est une récapitulation de tous les auteurs qui ont contribué à l’HyperNietzsche et des fonctions qu’ils assument à l’intérieur de l’association. Un clic de souris suffit pour atteindre la page personnelle du chercheur qui contient son profil scientifique et la liste de ses contributions.
Essayons maintenant de simuler la consultation de l’hypertexte de la part d’un chercheur, et entrons dans l’hypertexte à travers le cadre des matériaux. En cliquant sur Å“uvres dans le cadre central apparaît la liste des Å“uvres publiées par Nietzsche. Choisissons maintenant l’Å“uvre que nous avons utilisée pour former le premier noyau de matériaux à insérer dans notre système : Der Wanderer und sein Schatten, Le Voyageur et son ombre. Un nouveau jeu de cadres apparaît alors qui permet de consulter tout ce qui, dans l’HyperNietzsche, concerne cette Å“uvre (fig. 2).
Figure 2
Cadre de mise en contexte hypertextuelle du Voyageur et son Ombre
Dans la partie supérieure de cette fenêtre, les trois cadres qui dans la page d’accueil donnaient accès aux trois aires logiques de l’hypertexte, se sont transformés en un menu à icônes et surtout, se sont contextualisés. Dans la page d’accueil, chaque cadre se référait à la totalité des éléments présents dans l’HyperNietzsche : le cadre des matériaux donnait accès à tous les matériaux, celui des contributions à toutes les contributions, etc. Maintenant, de l’autre côté du miroir, nous nous promenons à l’intérieur de l’hypertexte en nous laissant guider par les trois images qui représentent sa structure logique et son organisation interne (la quatrième icône, le petit Nietzsche pensif en haut à gauche, nous ramènera à tout moment au point de départ).
Désormais, chacune de ces images se réfère exclusivement à la partie de l’hypertexte que nous sommes en train d’examiner : dans ce cas, cliquer sur le petit coffre-fort des matériaux nous donnera accès non pas à tous les matériaux de l’HyperNietzsche, mais seulement à ceux qui concernent Le Voyageur et son ombre ; cliquer sur l’icône de la plume nous mènera à toutes les contributions qui traitent du Voyageur, et ainsi de suite.
Ce modèle de structuration des éléments de l’hypertexte vaudra non seulement pour chaque Å“uvre de Nietzsche, mais pour chaque aphorisme, pour chaque page de manuscrit, pour chaque lettre, pour chaque document biographique (fig. 3).
Figure 3
Mise en contexte de l’aphorisme 338 du Voyageur
Si, au cours de la navigation, nous contextualisons un matériau, par exemple l’aphorisme 338 du Voyageur (le fond jaune de la page nous signale que nous sommes en train de naviguer dans l’aire des matériaux), en cliquant sur le petit coffre-fort des matériaux le système nous renvoie les différentes représentations digitales de cet aphorisme : fac-similés numériques et numérisation en mode texte. Un clic sur l’icône des contributions nous donne la liste de tout ce que les auteurs ont écrit sur cet aphorisme : traductions, notes philologiques, commentaires philosophiques, chemins génétiques, etc. Et finalement, un clic sur l’icône des auteurs nous liste les noms de tous ceux qui ont écrit sur cet aphorisme 338 du Voyageur (fig. 4).
Si nous contextualisons une contribution, par exemple un essai de Luca Lupo sur l’aphorisme 338 du Voyageur (fond bleu), les matériaux seront tous les textes, manuscrits et autres documents nietzschéens que Lupo cite dans son essai. Les contributions seront 1) toutes les contributions d’autres auteurs, citées par Lupo et 2) toutes les contributions d’autres auteurs qui citent le texte de Luca Lupo. Les auteurs seront tous ceux qui sont cités dans le texte de Lupo, et tous les ceux qui ont cité ce texte de Luca Lupo dans leurs travaux (fig. 5).
Figure 4
Mise en contexte d’une contribution
Figure 5
Mise en contexte d’un auteur
Si finalement nous contextualisons un auteur, par exemple Luca Lupo (fond rose), les matériaux sont tous les matériaux nietzschéens que Lupo a utilisés. Les contributions nous donneront la liste de toutes les contributions de Luca Lupo et de toutes les contributions d’autres auteurs cités par Luca Lupo. Les auteurs sont ceux que Lupo cite (avec indication des passages où il les cite) et ceux qui citent Luca Lupo (avec indication des passages où ils le citent).
Ce système hypertextuel permettrait, par exemple, à un professeur qui doit donner un cours sur un aphorisme de Nietzsche, non seulement d’avoir immédiatement sous les yeux toutes les traductions de cet aphorisme, tous les commentaires philosophiques, tous les essais qui s’y réfèrent, mais encore, à travers les pages Web des auteurs, de découvrir des spécialistes qui partagent ses intérêts de recherche et d’entrer en contact avec eux.
Bibliothèques et archives, maisons d’édition, groupes de recherches
L’HyperNietzsche entretient avec les systèmes traditionnels de conservation et de diffusion de l’information des rapports à la fois de substitution et de complémentarité.
L’HyperNietzsche est complémentaire aux bibliothèques et aux archives, dont il prend en compte et réalise de la meilleure façon la mission statutaire. Si la science est par définition une entreprise Open Source, les chercheurs doivent pouvoir disposer librement des sources primaires concernant leur discipline, y travailler et s’y référer dans un contexte de libre discussion publique. Dans le cas de Nietzsche, les sources primaires sont ses livres et ses manuscrits. Et Internet est le moyen le plus efficace de garantir à tous les chercheurs l’accès à ces documents.
Nous pouvons même affirmer que les archives et les bibliothèques publiques pourraient trouver dans l’HyperNietzsche une proposition quant à la manière de concilier leurs finalités statutaires de conservation et de mise en libre consultation de leur patrimoine. Conservation maximale, parce que les chercheurs, sauf pour des études très pointues sur la nature du papier ou sur la datation des manuscrits, n’auront pas besoin d’accéder aux originaux qui pourront être conservés dans des conditions optimales ; mise à disposition maximale, parce que l’image numérisée des manuscrits sera consultable par les millions d’utilisateurs d’Internet, éparpillés dans le monde.
Disponibles dans le monde entier et d’accès libre à des fins d’enseignement ou de recherche, ces fonds numérisés pourraient, en revanche, être en utilisation payante pour des éditeurs qui souhaiteraient en faire des éditions commerciales en volume, ou pour des utilisations dans le cadre d’une exposition, etc.
Un système comme l’HyperNietzsche se pose dans un rapport de complémentarité également par rapport aux maisons d’édition traditionnelles et aux éditeurs de livres électroniques. Il prend en charge l’ambition d’exhaustivité, de rapidité et de diffusion maximale, caractéristique de la recherche spécialisée qui ne peut qu’être frustrée par les temps, les coûts et les contraintes d’espace et d’uniformité méthodologique inévitables des éditions en volume. Mais il ne se substitue pas au livre en tant qu’instrument de lecture. Au contraire : les maisons d’édition qui produisent de beaux volumes pourront même trouver dans ce site de quoi alimenter leur production éditoriale. En effet, l’HyperNietzsche et les autres systèmes de ce type pourront représenter pour des éditeurs un réservoir de matériaux critiques de qualité certifiée, constamment à jour, fortement structurés, susceptibles à tout moment d’être réutilisés sous forme de volume ou de livre électronique (dans le respect, bien sûr, des droits d’auteur formulés selon les licences Copyleft présentées plus haut). De ce gisement, les éditeurs pourront tirer des anthologies, des recueils thématiques, des monographies, des dossiers génétiques riches en fac-similés, des éditions à jour, etc.
Au sein d’un tel mouvement, les éditeurs traditionnels pourront, me semble-t-il, continuer à accomplir leur mission d’intermédiaire culturel entre la communauté savante, avec son aspiration à l’exhaustivité scientifique, et le public des lecteurs cultivés ou désireux d’apprendre mais non nécessairement spécialistes.
La perspective d’une véritable collaboration internationale ouverte par l’HyperNietzsche n’aura pas forcément pour conséquence une complète atomisation de la recherche. Le fait qu’il existe un World Wide Laboratory, un « laboratoire aussi vaste que le monde » dans lequel tout chercheur peut travailler individuellement, n’affaiblit pas la raison d’être des centres de recherche traditionnels ni ne rompt le mécanisme par lequel, surtout en Allemagne, la recherche s’organise à travers des projets financés par la DFG (Deutsche Forschungsgemeinschaft) ou par d’autres organismes publics.
C’est de cette manière que l’édition Colli-Montinari, par exemple, est portée à terme depuis la mort de ses fondateurs
[14]. Mais aujourd’hui, les groupes de recherche qui travaillent à l’édition critique jouissent d’une sorte d’exclusivité sur les matériaux qui constituent leur objet d’étude, exclusivité qui provient d’un rapport privilégié avec l’éditeur berlinois des
œuvres de Nietzsche, Walter de Gruyter.
Avec l’avènement de l’HyperNietzsche, d’un côté les centres nietzschéens existants pourront bénéficier de l’aide de toute la communauté des spécialistes ; d’autre part, de nouveaux centres nietzschéens pourront émerger. En effet, à partir du moment où tous pourront publier librement les résultats de leurs travaux dans l’HyperNietzsche, l’exclusivité née d’un rapport particulier avec tel ou tel éditeur cessera. Tout cela devrait donner un grand coup d’accélérateur à la recherche sur Nietzsche : le travail d’édition et de commentaire philologique pourra être mieux fait et plus rapidement, les résultats pourront être disponibles en temps réel et se tisser de façon plus féconde avec les interprétations philosophiques qui en seront données. De nouvelles répartitions de la tâche éditoriale et interprétative pourront s’inventer à l’échelle de la planète, sans chasse gardée et dans un nouvel esprit de coopération.
Enfin, un tel processus pourrait fort bien rencontrer l’intérêt des organismes publics qui financent la recherche, comme la DFG, le CNRS ou le CNR italien (Consiglio Nazionale delle Ricerche), qui pourraient profiter d’un système comme l’HyperNietzsche en tant qu’infrastructure de travail collectif. Cela permettrait d’éviter de financer deux fois la même recherche, donnerait une plus grande visibilité aux travaux des chercheurs et induirait des économies substantielles sur les coûts de publication – sans exclure bien sûr la publication en volume des contributions les plus aptes à être diffusées sous cette forme.
[*]
Paolo
D’Iorio, ancien élève de l’École Normale Supérieure de Pise, docteur en philosophie, est chargé de recherche à l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes (ITEM-CNRS) et lauréat de la fondation Alexander von Humboldt. Spécialiste de Nietzsche, il s’occupe également d’éditions savantes hypertextuelles. Il a publié un livre sur l’éternel retour chez Nietzsche (
La linea e il circolo, 1995). Avec Francesco Fronterotta il a établi et commenté les cours de Nietzsche sur les philosophes préplatoniciens, 1994, et un ensemble de textes de Nietzsche pour la Pléiade ”, 2000. Parmi ses dernières publications :
Genesi, critica, edizione, (avec Nathalie
Ferrand), 1999 ;
HyperNietzsche, (éd.) ;
Bibliothèques d’écrivains (avec Daniel
Ferrer), 2001.
[1]
Je me permets de renvoyer à ce propos à Paolo
D’Iorio, Frank
Simon-Ritz, « Le catalogue multimédia de la bibliothèque de Nietzsche », dans Paolo
D’Iorio et Daniel
Ferrer (éds),
Bibliothèques d’écrivains, Paris, Éditions du CNRS 2001, p. 145-169.
[2]
Voir Jean-Louis
Lebrave, « La critique génétique : une discipline nouvelle ou un avatar moderne de la philologie ? », dans
Genesis 1 (1992) p. 33-72 ; Louis
Hay (éd.),
Les Manuscrits des écrivains, Paris, Hachette-CNRS Éditions 1993 ; Almuth
Grésillon,
Éléments de critique génétique. Lire les manuscrits modernes, Paris, PUF 1994.
[3]
Voir Alfredo
Stussi,
Introduzione agli studi di filologia italiana, Bologne, Il Mulino 1994, p. 155
sq.
[4]
Voir Wolfram
Groddeck,
Friedrich Nietzsche « Dionysos-Dithyramben », Berlin-New York, de Gruyter 1991. Sur ces questions, voir également Paolo
D’Iorio, Nathalie
Ferrand, (éds),
Genesi, critica, edizione, Pise, Scuola Normale Superiore 1998.
[5]
Mazzino
Montinari,
« La Volonté de puissance » n’existe pas, texte établi et postfacé par Paolo
D’Iorio, traduit de l’italien par Patricia Farazzi et Michel Valensi, Paris, Éditions de l’éclat 1996.
[6]
Présenté pour la première fois en 1996 à l’École Normale Supérieure de Pise au cours du colloque
Genesi, Critica, Edizione (organisé par Paolo
D’Iorio, Armando
Petrucci et Alfredo
Stussi), le projet HyperNietzsche a commencé à être développé à l’automne 1998 dans le cadre de l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes du
CNRS, grâce à un financement du programme Archives de la Création et du
GIS « Sciences de la cognition » (Jean-Gabriel Ganascia). En 2000, l’HyperNietzsche a été retenu pour un financement dans le cadre des Aides à Projet Nouveau (APN) et en 2001 par l’ACI « Jeunes chercheurs » du ministère de la Recherche. À partir de l’automne 2001, il sera développé à l’université de Munich dans le cadre du prix Sofya Kovalevskaya de la fondation Alexander von Humboldt (voir <http://www.avh.de/en/aktuelles/presse/pn_archiv_2001/2001_25.htm>). Une description du projet a été publiée à l’automne 2000 dans le livre :
HyperNietzsche. Modèle d’un hypertexte savant sur Internet pour la recherche en sciences humaines. Questions philosophiques, problèmes juridiques, outils informatiques, sous la direction de Paolo
D’Iorio, Paris, PUF 2000.
[7]
<http://www.fsf.org>.
[8]
<http://www.opensource.org>.
[9]
Eric Steven
Raymond, « Homesteading the Noosphere », par. 6, <http://tuxedo.org/~esr/writings/homesteading/homesteading/>, 25.08.2000, © Eric S.
Raymond, publié également dans Eric S.
Raymond,
The Cathedral and the Bazaar. Musings on Linux and Open Source by an Accidental Revolutionary, Londres, O’Reilly & Associates Inc. 2001.
[10]
Richard
Barbrook, « The Hi-Tech Gift Economy » dans
First Monday, Vol. 3, n° 12, décembre 1998, <http://www.firstmonday.dk/issues/issue3_12/barbrook/>.
[11]
Voir à l’adresse <http://www.publiclibraryofscience.org>.
[12]
Une première discussion de ce concept est prévue au cours du colloque L’Open Source
dans les Sciences Humaines. Modèles ouverts de recherche et de publication sur Internet organisé à l’École Normale Supérieure de Paris par la Maison des sciences de l’homme (Programme Numérisation pour l’Enseignement et la Recherche), l’association
Fabula et l’association HyperNietzsche en janvier 2002 (voir <http://www.pner.org>).
[13]
La première réunion s’est tenue du 4 au 8 mai 2001 à La Fondation des Treilles de Tourtour, à l’occasion du colloque
Un esprit libre sur Internet. Voir <http://www.item.ens.fr/nietzsche/cosmopolis/>. Le comité scientifique de l’association HyperNietzsche est composé actuellement par : Paolo D’Iorio, ITEM-CNRS, Paris ; Günter Abel, Technische Universität de Berlin ; Sandro Barbera, Université de Pise ; Marco Brusotti, Université de Munich ; Ernani Chaves, Université de Belém (Brésil) ; Mathieu Kessler, Université d’Orléans ; Jean-François Mattéi, Université de Nice ; Germán Mélendez, Universidad nacional de Colombia, Bogotà ; Glenn W. Most, ENS de Pise / Université de Chicago ; Renate Müller-Buck, Technische Universität de Berlin ; Diego Sanchez Meca, Université de Madrid ; Paul J. M. van Tongeren, Université de Nijmegen (Hollande).
[14]
Voir l’article de Wolfang
Müller-Lauter, « Zwischenbilanz. Zur Weiterführung der Montinari mitbegründeten Nietzsche-Editionen nach 1986 », Nietzsche-Studien, 23 (1994), p. 307-316.