Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130522164
16 pages

p. 9 à 24
doi: 10.3917/dio.196.0009

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n°196 2001/4

 
Aux origines de l’hypertextualité
 
 
Une technique aujourd’hui répandue
L’hypertexte recouvre un aspect particulier du livre dématérialisé qui prend une place de plus en plus importante avec le développement croissant d’Internet et de la toile. Le succès du langage HTML, littéralement – HyperText Marking Language – atteste de sa vitalité. Aujourd’hui, il nous apparaît si naturel et si coutumier, que nous le manipulons avec aisance et que nous lui trouvons de grands ancêtres chez les cabalistes médiévaux ou chez les autres commentateurs des textes sacrés. Toute indexation, toute note, tout commentaire suggère un hypertexte potentiel et rudimentaire. Pourtant, avant de se répandre sur toute la surface de la planète, avec le réseau de télécommunication mondial, avant d’être programmé sur tous les ordinateurs personnels, l’hypertexte germa dans la tête de quelques savants visionnaires. Nous en évoquerons deux.
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Memex
Voici le premier photographié ici comme un sexagénaire sympathique et astucieux ; un merveilleux grand-père tel que nous rêverions tous d’en avoir un! Son nom: Vannevar Bush. Sa profession: physicien, un physicien exceptionnel, remarqué pour la qualité de ses travaux, et qui devint, durant la Seconde Guerre mondiale, responsable de l’office de recherche scientifique et de développement nord-américain. En tant que directeur de cet organisme, il coordonna les travaux de plus de six mille chercheurs qui présidèrent à l’effort de guerre des scientifiques Américains et alliés.
Alors que la guerre arrivait à sa fin, Vannevar Bush se demanda comment convertir l’effort des scientifiques à des fins pacifiques. Les physiciens étaient parvenus à une maîtrise achevée du monde matériel. Beaucoup de connaissances s’étaient accumulées au cours des années qui avaient précédé, mais, corrélativement à cet accroissement du savoir, les hommes se spécialisaient de plus en plus et, en conséquence, adoptaient chacun une vision de plus en plus étroite. Il convenait donc, désormais, de mettre à profit toutes les techniques existantes pour conquérir le monde de l’esprit. En juillet 1945, Bush publia un article intitulé « As We May Think », où il expliquait comment les nouveaux procédés de photographie sèche enregistreraient bientôt les résultats de la pensée scientifique pour en faciliter l’accès. Selon lui, de nouvelles manières de penser résulteraient de l’emploi de ces dispositifs qui constitueraient des EXtensions de nos MEMoires, ou, en abrégé, des MEMEX.
D’après Vannevar Bush, les techniques de microfilm autoriseraient bientôt un stockage très dense d’information au point que l’intégralité de l’EncyclopÅ“dia Britannica tiendrait sur un volume inférieur à celui d’une boîte d’allumettes et que l’on compresserait une bibliothèque d’un million de livres sur un coin de table de bureau. Une fois emmagasinée, cette information deviendrait accessible à l’aide de quelques mots-clefs comme le sont les millions d’abonnés du téléphone, avec quelques chiffres. Et nous saurons visualiser les données mémorisées sous forme de microfilms par simple projection sur un verre dépoli. Au cÅ“ur de cette mémoire externe, de cette MEMEX pour reprendre la dénomination de Bush, se trouve un mécanisme de sélection des documents qui doit procéder par association, comme notre propre mémoire, et non pas uniquement par une indexation alphabétique, comme un automate rudimentaire. Au cours de la consultation des documents, chacun ajoute à loisir des notes de lecture et des commentaires personnels qui resteront attachés aux textes ou aux passages de textes, mais qui pourront aussi être accessibles directement, indépendamment du texte, comme des fiches. De plus, le lecteur peut établir des liens d’association entre les documents, qui seront stockés dans des chemins – Vannevar Bush emploie le mot trail –, et qui aideront ultérieurement à établir des connexions nouvelles entre des textes différents.
Une fois sélectionnés, la plupart des documents contenus dans cette mémoire externe apparaîtront sur un écran, à moins qu’ils ne se soient reproduits par des moyens mécaniques sous forme de sons, paroles ou musiques. Toutes les modalités de communication sont envisageables et, en conclusion de son article, Bush envisage même des branchements directs sur notre cerveau au moyen d’électrodes : transformés en Cyborg avant la lettre, nous nous connecterions alors directement à la MEMEX, sans nous astreindre à lire, à regarder ou à écouter…
Qu’ajouter de plus à ce portrait rapidement brossé de Vannevar Bush, le grand-père du multimédia ? Rien, sauf peut-être un petit détail sans lien immédiat avec notre propos : coordonnateur de l’office central de recherche et de développement de l’Amérique du Nord, pendant la Seconde Guerre mondiale, Vannevar Bush fut le responsable de la fabrication de la bombe atomique. Autrement dit, en paraphrasant les logiciens, qui ont si souvent affirmé que « l’étoile du matin et l’étoile du soir se réfèrent au même objet » nous pourrions dire, sans aucune intentionnalité, que « le grand-père d’Internet et le père de la bombe atomique désignent le même homme ». Mais je prie le lecteur d’excuser cette digression qui n’a vraiment rien à voir avec le propos de cet article.
Xanadu
Le second visionnaire, Theodor Holm Nelson, commença sa carrière par des études de philosophie. Il raconte qu’il souffrit beaucoup en écrivant son premier essai intitulé « Truth, Man and Choice » car il éprouvait des difficultés à ordonner ses idées selon un plan séquentiel. Après un premier contact avec les ordinateurs, en 1960, il imagina un outil d’aide à la conceptualisation. Selon lui, toute la difficulté tenait à ce qu’une idée complexe ne se laissait pas facilement réduire à une forme linéaire, propre à être exposée séquentiellement. Elle se présente bien souvent à nous comme une pelote emmêlée que l’on perçoit différemment selon le point de vue adopté. Il faudrait donc disposer d’un outil qui enregistrerait les liens entre les différentes facettes d’une idée, sans nous contraindre à les exposer de façon strictement linéaire. Nelson inventa le néologisme de « structangle » pour désigner cette structure emmêlée que l’ordinateur aurait pu nous aider à expliciter et à consulter. En 1960, il se promit d’écrire son prochain livre à l’aide de cet outil. Il pensait qu’en 1962 tout serait prêt. Vingt ans plus tard, le programme n’était pas encore terminé. Dans les années qui suivirent, cette idée donna naissance au projet Xanadu qui, à ma connaissance, et en dépit des affirmations successives, n’est toujours pas achevé.
Cependant, dès 1960, dans l’esprit de Theodor Nelson, l’ordinateur ouvrait trois possibilités nouvelles :
  1. Possibilité de textes interconnectés où les références à tel ou tel auteur, et à tel ou tel texte, aiguilleraient directement le lecteur sur le document cité, sans qu’il ait d’effort à fournir.
  2. Possibilité d’organisation, de visualisation et de comparaison d’idées : le projet Xanadu dont nous venons de parler en résulte. Il s’agit de décrire et de fabriquer les « structangles » évoqués plus haut.
  3. Possibilité de disposer de constructions préfabriquées : autant que j’ai pu le comprendre, Nelson aspire à construire des bibliothèques de structures prédéfinies qui nous aideraient à la fois à forger de nouvelles idées, en partant de fragments d’idées anciennes, à comparer les idées entre elles et à s’assurer de l’originalité d’une idée prétendument inédite.
Parmi ces trois possibilités, seule la première a vraiment vu le jour. Ainsi, tandis que l’ambition de Nelson portait sur l’organisation des idées entre elles, seule l’interconnexion des textes, autrement dit, l’hypertexte, a donné lieu à des réalisations effectives.
En 1965, cinq années après ses premières « illuminations », Nelson publia dans les actes de la vingtième conférence nationale de l’ACM (Association for Computing Machinery) un article intitulé « A File Structure for The Complex, The Changing and the Indeterminate » où il décrivait une structure de données originale destinée à représenter des connaissances imparfaites et à retrouver facilement l’information correspondante. Au plan technique, cette structure de données faisait appel à des listes interconnectées par des pointeurs symétriques et à un langage de manipulation approprié préservant la structure des textes à travers les interconnexions, pour que, par exemple, l’ordre des notes reflète l’ordre de l’appel aux notes, même après une transformation sur le texte source. Les liens entre listes indiquaient alors soit un renvoi d’un texte à un autre, soit une copie d’un texte dans un autre.
Sans entrer dans le détail notons que Nelson reprenait là des formalismes utilisés par les pionniers de l’intelligence artificielle, (Newell, Simon, Bachman, Bobrow, Weizenbaum, etc.) pour réaliser une mémoire externe analogue à la MEMEX imaginée par Vannevar Bush. Outre cette spécification informatique, Theodor Nelson forgea dans son article de 1965, un néologisme nouveau : il décida d’appeler hypertexte le texte interconnecté ainsi réalisé, car de même que l’hyperespace étend et généralise l’espace en lui ajoutant une dimension, de même ces interconnexions étendent le texte au-delà de la linéarité initiale des chaînes de caractères.
Enfin, toujours dans le même article, Theodor Nelson prévoyait que, compte tenu de la baisse du prix des ordinateurs (37.000 $ en 1965), ceux-ci coûteraient bientôt moins cher qu’une secrétaire. Il pensait que les éditeurs, les journalistes ou les scientifiques devraient bientôt en tirer un grand profit, ce qui justifiera leur emploi comme support de lecture et d’écriture.
Les continuateurs
Bien d’autres poursuivirent dans cette direction et donnèrent une réalité concrète à ce qui demeurait encore prospectif. Citons en particulier Douglas Engelbart, l’homme qui conçut la souris en 1964, au Stanford Research Institute, comme un intermédiaire discipliné facilitant le passage entre notre univers mental et l’état des ordinateurs. Douglas Engelbart apporta, lui aussi, une contribution décisive au développement des hypertextes vus comme des augmentations matérielles de nous-mêmes, visant à accroître nos capacités intellectuelles. Notons, à ce propos, qu’avec l’hypertexte, c’est la frontière entre l’intérieur et l’extérieur de l’homme qui tend à se déplacer.
Toutefois, il fallut attendre les années quatre-vingt pour disposer d’hypertextes accessibles au grand public sur des ordinateurs personnels.
Enfin, au cours des années quatre-vingt-dix, l’hypertexte fut lui-même considérablement étendu par Tim Berners-Lee, qui proposa de sortir de l’ordinateur individuel et d’établir des liens d’association entre ordinateurs différents, par l’intermédiaire d’un réseau de télécommunications, donnant ainsi naissance aux principes du « World Wide Web ».
Indépendamment de ces perfectionnements techniques, de multiples réflexions s’engagèrent pour comprendre l’hypertexte et ce qui le distingue du texte classique [1].
Première constatation, l’hypertexte rompt avec la linéarité à laquelle le texte classique nous accoutume, plus ou moins. Bien évidemment, il existe des dictionnaires ou des encyclopédies qui autorisent un accès non linéaire. De plus, le réseau d’index et de renvois présents dans les commentaires des textes bibliques suggère d’autres modes de lecture. Enfin, les formes brèves, comme les aphorismes ou les recueils de poésie, n’exigent pas une lecture suivie. Mais, jusqu’ici, les essais, les romans, les ouvrages éducatifs se destinaient essentiellement à une lecture séquentielle et exhaustive. Avec l’hypertexte, il n’en est plus question au point que de nouvelles formes narratives, comme les romans arborescents, ont été préconisées.
Deuxièmement, avec l’écran d’ordinateur, l’espace visuel se configure à loisir, en fonction des besoins. L’espace fixe de la page imprimée ne le contraint plus. Différentes fenêtres coexistent, se déplacent, les unes par rapport aux autres, et chacune d’entre elles change de forme ou fait défiler du texte au moyen d’un ascenseur.
Troisième particularité, les liens d’association autorisent le rapprochement de textes d’origines très différentes. Partant d’un mot, on appelle un dictionnaire étymologique, on consulte les occurrences d’apparition de ce même mot ailleurs, dans le texte, on va lire un traité savant, etc.
Ces modifications entraînent de nombreuses conséquences sur la lecture et l’écriture.
Parmi celles-ci, la principale tient à ce que l’auteur ne sait plus, lorsqu’il écrit un nouveau chapitre, l’état cognitif du lecteur, puisqu’il ne connaît pas l’enchaînement exact des chapitres lus. Bref, de multiples parcours s’ouvrent au lecteur qui prend une part de plus en plus active, tandis que l’auteur se dessaisit d’une part de son pouvoir sur le lecteur : il ne guide plus les pas du lecteur ; il n’en est plus le maître ; il se contente de l’éclairer, de temps à autre, et à condition d’avoir été sollicité…
Toutes ces mutations dans le statut du lecteur, de l’auteur, du texte évoquent immanquablement les écrits théoriques de ceux que l’on désigne couramment comme les néo-structuralistes français. Ainsi, on entend dire aux États-Unis, dans la communauté des études sur les hypertextes (les hypertext studies), que les hypertextes mettent en pratique les théories de ces philosophes, au point même de rendre leur lecture inutile. À ce propos, un écrivain américain, Gregory L. Ulmer [2] prit une figure de rhétorique longuement commentée par Jacques Derrida, la mise en abyme, puis il procéda à une forme de déconstruction de cette figure, sous la forme nouvelle et inédite d’une rhétorique électronique. À l’aide d’un hypermédia contenant différents fragments de critiques ou de commentaires, et de deux processus dits de montage et de mise en scène, un algorithme fabriquait des textes par combinaison des fragments initiaux. La machine résultante engendrait des analyses assez communément répandues sur les hypermédias, exprimées à l’aide d’un hypermédia contenant des écrits – ou des commentaires – de néo-structuralistes français, des textes techniques, des articles de journaux, etc. Cette facétie théorique tourne en dérision les discours convenus ; elle ne peut que nous inciter à poursuivre la critique pour tenter de mesurer plus exactement l’adéquation des écrits des néo-structuralistes français à la théorie des hypertextes.
 
Référence au « néo-structuralisme » français
 
 
À cette fin, nous passerons en revue les principaux lieux communs qui rapprochent les théoriciens de l’« hypertextualité » des néo-structuralistes français et nous mettrons en regard les textes originaux et la signification pratique de ces lieux communs dans le contexte actuel de l’usage généralisé de l’hypertexte.
Au-delà de la page imprimée
Commençons par l’aspect le plus matériel des textes, l’inscription dans la page imprimée. Dans plusieurs de ses ouvrages, Jacques Derrida s’affranchit des contraintes propres à la tradition typographique. Pour l’illustrer, voici la première page de Glas [3], ouvrage publié en 1974 et qui met en parallèle des commentaires de la « Phénoménologie de l’esprit » de Hegel, et des écrits littéraires de Jean Genet.
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Nous n’évoquerons pas ici le texte de ce bel ouvrage mêlant la philosophie spéculative et la littérature ; il mériterait à lui seul une trop longue et trop savante discussion. Nous n’examinerons que sa mise en forme matérielle. Tout d’abord, la forme carrée du livre tranche avec les usages en cours. La taille aussi s’avère inhabituelle. Ensuite, la première page du texte commence par une lettre minuscule, très certainement pour suggérer que l’on poursuit là un texte commencé ailleurs.
La disposition dans la page traduit l’écartèlement entre philosophie et littérature : deux colonnes coupées elles-mêmes d’incises, de notes, de gloses, de définitions placées sous forme d’encarts… Deux livres distincts à lire séparément, mais qui mis en parallèle distraient chacun de la lecture de l’autre. À cet entrelacement des écrits, vient s’ajouter un mélange de corps et de fontes de caractères, au mépris des règles de la typographie.
En somme, nous constatons ici une volonté de libérer l’espace visuel des codes de la page imprimée et de disposer, sous les yeux du lecteur, d’informations de divers ordres. Ce qui pourrait, à première vue, s’apparenter à un écran d’hypermédia s’en révèle bien différent. À y regarder de près, les buts apparaissent fort dissemblables. L’hypertexte propose au lecteur des commentaires qui viennent, à sa demande, enrichir sa lecture ou répondre à ses questions. La fluidité du texte numérique et les interconnexions au moyen de liens symboliques autorisent ces appels dynamiques d’un texte à l’autre. Ce faisant, le lecteur suit le fil de sa propre curiosité, à son rythme propre. Dans Glas, Jacques Derrida enfreint les règles typographiques et les codes de mise en page pour freiner la lecture, ralentir notre circulation dans l’espace de la page et forcer à la rumination, à la relecture, à la réflexion sur les textes. Est-ce intentionnel de la part de Jacques Derrida ? Très certainement. Un petit passage de La dissémination témoigne sa volonté de dissimulation du sens :
Un texte n’est un texte que s’il cache au premier regard, au premier venu, la loi de sa composition et la règle de son jeu. Un texte reste d’ailleurs toujours imperceptible. La loi et la règle ne s’abritent pas dans l’inaccessibilité d’un secret, simplement elles ne se livrent jamais, au présent, à rien qu’on puisse rigoureusement nommer une perception.
Au risque toujours et par essence de se perdre ainsi définitivement. Qui saura jamais pareille disparition ?
La disparition de la texture peut en tout cas mettre des siècles à défaire sa toile. La toile enveloppant la toile. Des siècles à défaire sa toile [4].
Bref, la finalité de Derrida tranche avec celle des concepteurs d’hypermédia. D’un côté, chez Derrida, nous voyons, une disposition spatiale mettre en Å“uvre ce que nous pourrions appeler un « principe de dissimulation » tandis que d’un autre côté, les théoriciens de l’hypertexte invoquent un principe opposé, le « principe de transparence ».
Multiplicité des lectures
Suite à l’examen de la disposition matérielle, penchons-nous maintenant sur le texte lui-même et sur le principe de la lecture. Dans son célèbre essai, S/Z, Roland Barthes divise le texte d’une courte nouvelle de Balzac intitulée Sarrasine, en 556 fragments appelés des lexies. La méthode est clairement explicitée :
On étoilera donc le texte, écartant, à la façon d’un menu séisme, les blocs de signification dont la lecture ne saisit que la surface lisse, imperceptiblement soudée par le débit des phrases, le discours coulé de la narration, le grand naturel du langage courant. Le signifiant tuteur sera découpé en une suite de courts fragments contigus, que l’on appellera ici des lexies, puisque ce sont des unités de lecture. Ce découpage, il faut le dire, sera on ne peut plus arbitraire ; il n’impliquera aucune responsabilité méthodologique, puisqu’il portera sur le signifiant, alors que l’analyse proposée porte uniquement sur le signifié [5].
Comme autant d’étoiles se détachant sur un ciel noir, ces lexies se réunissent en constellations et donnent naissance à différentes lectures appelées ici des codes. L’essai de Roland Barthes en propose cinq, mais il suggère l’existence d’autres, toujours à découvrir.
Sans entrer dans le détail de l’analyse très subtile de Roland Barthes, nous remarquons ici une analogie structurelle très forte avec les hypertextes qui engagent le lecteur à différentes navigations entre fragments de textes.
À cela, ajoutons que Barthes possédait un fichier de lectures où il accumulait des notes et des liens à la manière de ce qui se produit dans un hypertexte. Nous devrions donc trouver, comme beaucoup nous y encouragent, un pionnier et un théoricien de l’« hypertextualité » chez Roland Barthes. Toutefois, un examen attentif laisse subsister un doute.
Contrairement aux précurseurs des hypertextes qui aspirent à fournir de l’information, Roland Barthes suppose le texte déjà lu – d’ailleurs, il n’est donné qu’en annexe dans S/Z, et rien n’incite à le lire. Loin de nous proposer une lecture, même fragmentaire du texte de Balzac, Barthes nous engage à des relectures plurielles et détachées du texte ou plus exactement de la lettre du texte, autrement dit, à des « sur-lectures » dont il souligne à la fois la multiplicité et le caractère irrévérencieux :
Ce qu’on cherche, c’est à esquisser l’espace stéréographique d’une écriture (qui sera ici écriture classique, lisible). Le commentaire, fondé sur l’affirmation du pluriel, ne peut donc travailler dans le « respect » du texte : le texte tuteur sera sans cesse brisé, interrompu sans aucun égard pour ses divisions naturelles (syntaxiques, rhétoriques, anecdotiques) ; l’inventaire, l’explication et la digression pourront s’installer au cÅ“ur du suspense, séparer même le verbe et son complément, le nom et son attribut ; le travail du commentaire, dès lors qu’il se soustrait à toute idéologie de la totalité, consiste précisément à malmener le texte, à lui couper la parole. Cependant, ce qui est nié, ce n’est pas la qualité du texte (ici incomparable), c’est son « naturel [6] ».
Pour résumer, d’un côté l’hypertexte autorise une « sous-lecture » en donnant accès à des îlots aisément accessibles, jalons nécessaires pour dégager l’essentiel de la substance qui autrement se trouverait noyée dans l’océan immense et aride du texte. D’un autre côté, le dispositif de Roland Barthes invite à une « sur-lecture », autrement dit à une relecture nouvelle et enrichissante d’un texte ancien, toujours déjà connu, mais qu’il s’agit de féconder par un nouveau labour, pour dégager un sens neuf.
Là encore, il nous apparaît que l’appareil néo-structuraliste ne légitime en rien les théories de l’« hypertextualité », et que bien au contraire, il s’en présente comme l’antithèse. À la « sur-lecture », à l’adjonction de sens, à l’apport de matériaux nouveaux sur un socle ancien, s’oppose une « navigation », qui se contente de pêcher quelques bribes éparses dans un texte devenu illisible du fait de son immensité.
Mort de l’auteur ?
La « sur-lecture », ou plus exactement, le patient travail de reconstitution qui engage le lecteur à découvrir ce qui se trame derrière un vieux texte, nous invite à considérer un autre lieu commun ayant trait, celui-ci, non plus au texte, mais à l’auteur, ou plutôt à sa disparition et à la symétrie entre auteur et lecteur.
Dans les écrits de Vannevar Bush, les articles techniques se présentent comme des matériaux tous accessibles et transparents, auxquels l’hypertexte donne un accès facile. L’auteur conserve une place au titre de scripteur et de producteur de textes, mais il efface sa singularité, pour fournir uniquement du contenu. Dès lors, les textes, les livres et l’Å“uvre d’un auteur disparaissent pour être remplacés par une bibliothèque universelle à laquelle tous contribuent. Fécond en néologismes fleuris, Theodor Nelson nomme « docuverse » le document universel et impersonnel résultant de l’interconnexion de tous les documents.
Chez les néo-structuralistes français, la disparition de l’auteur revêt une signification toute différente. L’auteur n’est aucunement rejeté dans l’anonymat impersonnel d’un fabricant de contenu. Dans une communication prononcée en 1969 devant la Société Française de Philosophie, et intitulée Qu’est-ce qu’un auteur ? [7], Michel Foucault examine les conditions d’existence d’un auteur. Est-ce la somme de ses productions écrites qui définit un auteur ? Si oui, où s’arrête l’Å“uvre ? Les notes de blanchisserie ou les commandes d’épicerie d’un grand auteur appartiennent-elles à son Å“uvre ? Question d’actualité, à l’heure où les techniques contemporaines autorisent un enregistrement continu de nos actes et de nos paroles, pendant tous les instants de nos vies.
Les grands auteurs littéraires du passé, les auteurs de textes religieux canoniques ou les fondateurs des sciences se définissent indubitablement par des textes, des livres ou des Å“uvres, même si leur apport propre, au travers de ces textes, de ces livres ou de ces Å“uvres ne leur appartient pas totalement, s’il ne renvoie pas uniquement à un être singulier, à un moi isolé.
Cependant, Michel Foucault considère que depuis le xixe siècle, des hommes d’un type nouveau sont apparus et qu’ils ne se confondent pas avec les grands auteurs du passé. Leur écho ne se résume ni à leurs écrits, ni à leurs livres, ni à leur Å“uvre, mais à la rupture qu’ils ont instituée dans les esprits. Freud ou Marx ne s’imposent pas seulement comme les auteurs de textes, mais comme des références, ou pour reprendre une expression de Michel Foucault, comme des « instaurateurs de discursivité ». Après eux, les Å“uvres ne se lisent plus de la même façon. En somme, Foucault n’annonce pas la mort du sujet de l’auteur, mais bien au contraire son renforcement.
Là encore, le malentendu se révèle patent. D’un côté, pour les théoriciens de l’hypertexte, le « moi » de l’auteur s’efface dans le « docuverse » impersonnel et universel. D’un autre côté, chez Foucault et les autres néo-structuralistes, la mort de l’auteur, la distinction entre l’écrit, le texte et l’homme qui l’a effectivement produit, tout cela intronise la figure de l’« instaurateur de discursivité », cet auteur d’un genre nouveau, ce sur-auteur, ce maître qui guide les producteurs ordinaires d’écrits et qui fixe lui-même les règles du jeu. Et, tout confirme qu’il est bien question ici d’un jeu, d’un écart, d’un espace vacant auquel il faudrait accorder, selon l’expression de Jacques Derrida, le système de tous ses pouvoirs :
S’il y a une unité de la lecture et de l’écriture, comme on le pense facilement aujourd’hui, si la lecture est l’écriture, cette unité ne désigne ni la confusion indifférenciée ni l’identité de tout repos ; le est qui accouple la lecture à l’écriture doit en découdre.
Il faudrait donc, d’un seul geste, mais dédoublé, lire et écrire. Et celui-là n’aurait rien compris au jeu qui se sentirait du coup autorisé à en rajouter, c’est-à-dire à ajouter n’importe quoi. Il n’ajouterait rien, la couture ne tiendrait pas. Réciproquement ne lirait même pas celui que la « prudence méthodologique », les « normes de l’objectivité » et les « garde-fous du savoir » retiendraient d’y mettre du sien. Même niaiserie, même stérilité du « pas sérieux » et du « sérieux ». Le supplément de lecture ou d’écriture doit être rigoureusement prescrit mais par la nécessité d’un jeu, signe auquel il faut accorder le système de tous les pouvoirs [8].
 
Nietzschéisme partagé
 
 
Les néo-structuralistes français soufflent un vent de liberté. Ils nous invitent à relire différemment les Å“uvres anciennes, ce qui nous affranchit du poids d’institutions jugées étouffantes. La perspective ouverte par les théoriciens de l’« hypertextualité » s’avère tout autre : elle vise à étendre les limites cognitives de l’homme. Dès lors, comment une complicité a-t-elle pu se nouer entre des penseurs aux préoccupations si différentes ? Je voudrais vous livrer une hypothèse qui exigerait une longue justification. Il faudrait bien plus de place que celle disponible ici pour étayer cette démonstration ; il faudrait aussi plus de compétence que je n’en ai.
Néanmoins, je vous la livre, car elle me semble propre à ouvrir dans ce contexte une discussion éventuellement polémique. Selon cette hypothèse de travail, la proximité entre théoriciens de l’« hypertextualité » et néo-structuralistes tiendrait non pas à une convergence de préoccupations, mais à ce que l’on pourrait appeler un Nietzschéisme partagé, ou, plus précisément, à une même sensibilité à des thématiques présentes dans l’Å“uvre de Nietzsche. Bien évidemment, cette tendance s’avère partiellement, voire totalement inconsciente chez les théoriciens de l’hypertexte qui, à la différence des néo-structuralistes français, ne se réfèrent pas explicitement à l’Å“uvre du philosophe.
Pour étayer cette thèse, je vais prendre simplement deux thèmes très présent dans l’Å“uvre de Nietzsche, celui du vitalisme et celui du surhomme, mais l’on pourrait bien évidemment l’étendre à d’autres.
Vitalisme
En premier lieu, rappelons, au moyen d’une citation tirée des « considérations inactuelles » quelques éléments de ce vitalisme Nietzschéen :
La vie doit-elle dominer la connaissance, la science ou bien la connaissance doit-elle régner sur la vie ? Laquelle de ces deux puissances est supérieure à l’autre, laquelle doit l’emporter ? Personne ne doutera que c’est la vie, car un savoir qui détruirait la vie se détruirait aussi lui-même. La connaissance présuppose la vie, et elle a donc à la sauvegarde de la vie le même intérêt que tout être à sa propre conservation [9].
À lire de près les textes, on retrouve un vitalisme très semblable aussi bien chez les néo-structuralistes que chez les théoriciens de l’« hypertextualité ». En voici quelques manifestations.
Chez Derrida, la pharmacie de Platon, par son titre même, puis par son contenu, en particulier par la relecture du dialogue du Phèdre qu’elle propose, témoigne à l’évidence d’un tel souci. Rappelons que Derrida interprète l’ensemble du Phèdre qui, comme chacun sait, instruit le procès de l’écriture, trahison de la parole et donc de la vérité, à partir de la notion de pharmakon évoquée incidemment par Socrate au tout début du dialogue ; le pharmakon désigne à la fois le poison et le remède, un vecteur de mort et un principe curatif. Le Phèdre qui apparaissait uniquement comme un procès de l’écriture devient désormais celui de la reproduction autorisée par l’écriture, de la répétition à l’identique, et de la réplication vue comme une forme de mort. De même que le pharmakon recouvre à la fois le remède et le poison, de même l’écriture soigne et fait revivre la pensée tout en la figeant dans une forme stérile.
Dans un ordre d’idées analogue, ce n’est pas un hasard si Roland Barthes dans S/Z, choisit « Sarrasine », une nouvelle où, dès les premiers mots, la vie s’affronte à la mort :
À ma droite, la sombre et silencieuse image de la mort ; à ma gauche, les décentes bacchanales de la vie ; ici, la nature froide, morne, en deuil ; là, les hommes en joie. Moi, sur la frontière de ces deux tableaux si disparates, qui, mille fois répétés de diverses manières, rendent Paris la ville la plus amusante du monde et la plus philosophique, je faisais une macédoine morale, moitié plaisante, moitié funèbre. Du pied gauche, je marquais la mesure, et je croyais avoir l’autre dans un cercueil. Ma jambe était en effet glacée par un de ces vents coulis qui vous gèlent la moitié du corps, tandis que l’autre éprouve la chaleur moite des salons, accident assez fréquent au bal. (Sarrasine d’Honoré de Balzac, cité par Barthes dans « S/Z », cit., p. 227)
Dans tous les cas, la « sur-lecture » tente de redonner vie à un texte mort à force d’avoir été trop lu.
Du côté des théoriciens de l’hypertextualité, le vitalisme s’exprime aussi, mais sous une forme quelque peu différente. Nous le trouvons bien évidemment chez Bush, qui veut greffer une mémoire externe, une MEMEX, à l’homme moderne. Theodor Nelson l’exprime plus parfaitement encore lorsqu’il propose l’hypothèse dite Gaia de la littérature selon laquelle l’ensemble du patrimoine culturel humain se comporterait comme un organisme vivant maintenant sa stabilité énergétique en faisant émerger à sa surface les éléments requis pour le refroidir et équilibrer ses échanges caloriques. Ainsi, toujours selon Nelson, nous nous trouverions dans une configuration semblable à celle de la thèse dite de Lovelock selon laquelle l’océan ferait émerger des inflorescences calcicoles pour perdre de l’énergie et ainsi ajuster sa température…
Notons toutefois que des deux vitalismes dont il est question ici, l’un vise à promouvoir l’intériorité de lecteurs singuliers en leur procurant un supplément de vie intellectuelle à travers la « lecture-écriture » de textes apparemment morts, tandis que le second s’attache à faire proliférer la vie sur un monde extérieur aux individus, ce monde étant à la fois physique, ce que décrit précisément la MEMEX de Vannevar Bush, et spirituel à la fois ainsi que Ted Nelson l’exprime avec son étrange thermodynamique des inflorescences culturelles. En somme, tandis que le vitalisme des uns tient à la conquête du monde intérieur, celui des autres vise l’extension du règne vivant et du règne humain sur le monde extérieur.
L’avènement du « surhomme »
Autre thématique Nietzschéenne, celle du surhomme. Nous avons vu comment les néo-structuralistes, en particulier Michel Foucault, substituent à l’auteur dont ils constatent la mort, l’instaurateur de discursivité qu’ils sacrent, en quelque sorte, si ce n’est comme un surhomme, tout au moins comme un sur-auteur qui renverse les interprétations traditionnelles pour relire, sous un jour nouveau, les Å“uvres classiques, ou, en reprenant les termes de Nietzsche lui-même, pour organiser le chaos intérieur en réfléchissant à nos véritables besoins.
De même, Vannevar Bush, lorsqu’il aspire à étendre la mémoire individuelle au-delà des limites physiologiques, imagine un homme supérieur, autrement dit, un surhomme. Et avec le projet Xanadu, Nelson essaie d’étendre les capacités de conceptualisation au-delà de ce qu’elles sont naturellement.
Cependant, nous observons, là encore, que le malentendu persiste. Les néo-structuralistes totalement fidèles à la démarche de Nietzsche veulent redonner vie et autonomie au processus spirituel submergé dans l’âme individuelle par le flot trop envahissant de la mémoire. Il leur faut se libérer de l’autorité institutionnelle trop pesante et proposer une pluralité de nouvelles lectures.
En revanche, dans le cas de Vannevar Bush c’est toujours la conquête du monde extérieur qui est en jeu. Cette conquête, devenue pacifique après la Seconde Guerre mondiale, ne passe plus par la destruction des hommes, mais par leur extension au-delà d’eux-mêmes, à savoir par l’avènement d’hommes nouveaux greffés sur le monde extérieur et les dispositifs techniques. À n’en pas douter, l’homme résultant sera différent. Si l’on considère l’homme accouplé à ses prothèses, il s’en trouvera plus puissant ; nous pourrions alors parler de « surhomme ». Mais si l’on se contente de regarder l’homme isolé, dépouillé de ses instruments, il se retrouvera infirme, incapable d’effectuer la plupart des tâches ordinaires, à force d’avoir été assisté… Nous assisterions alors à l’avènement d’une nouvelle espèce, certes, mais d’une espèce inférieure, d’une sorte de « sous-homme »…
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Nous venons d’explorer les théories de l’« hypertextualité » telles qu’elles ont cours aujourd’hui aux États-Unis. Nous avons essayé de comprendre certaines des prétentions formulées, pour les mettre en regard de textes invoqués en vue d’asseoir leur légitimité. Nous croyons avoir montré qu’il existe un décalage entre les deux. Toutefois, nous n’avons nullement progressé. Nous ne maîtrisons toujours pas les modes d’appropriation de ces nouvelles techniques ; nous comprenons toujours aussi mal les processus cognitifs de lecture et d’écriture et les changements induits par la généralisation de la notion d’hypertexte. Les arguments à l’appui desquels se construisent la plupart des théories contemporaines de l’« hypertextualité » ne rendent pas compte des mutations effectives des modes d’acquisition et de conceptualisation. Il convient donc de forger de nouvelles théories, en les appuyant non pas sur une pure spéculation, mais sur un matériau historique, psychologique et linguistique riche. C’est la seule façon de faire progresser la réflexion sur ce qui constitue très certainement l’un des enjeux majeurs de l’époque actuelle.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Bush, Vannevar, « As We May Think », The Atlantic Monthly, juillet 1945. Une version électronique de ce texte est accessible sur la toile à l’adresse :
·  http://www.isg.sfu.ca/~duchier/misc/vbush-all.shtml.
·  Engelbart, Douglas C. « A Conceptual Framework for the Augmentation of Man’s Intellect » dans P. D. Howerton and D. C. Weeks, Vistas in Information Handling, Washington, D. C., Spartan Books 1963, 1, p. 1-29.
·  Lyotard Jean-Michel, La condition post-moderne, Paris, Les Éditions de Minuit, collection « Critique » 1979.
·  Nelson Theodor Holm, « A File Structure for The Complex, The Changing and the Indeterminate, Association for Computing Machinery », 20mes conférences nationales, 1965 p. 84-100 dans les actes de la conférence.
·  Nelson Theodor Holm, « Opening Hypertext : A Memoir », dans Literacy Online, The Promise (and Peril) of Reading and Writing with Computers, textes réunis par Myron C. Tuman, University of Pittsburgh Press 1992, p. 43-57.
 
NOTES
 
[*]Jean-Gabriel Ganascia, suite à des études de physique et de philosophie, s’est spécialisé en intelligence artificielle avant de devenir professeur d’informatique à l’Université Pierre et Marie Curie et chercheur au LIP6 (Laboratoire d’Informatique de Paris 6). Ses travaux actuels portent sur la fouille de données et sur la reconstruction rationnelle de processus de découverte scientifique au moyen d’ordinateurs. Il a aussi été chargé de mission à la direction du CNRS avant de diriger le Programme de Recherches Coordonnées “ Sciences Cognitives ” et d’animer le Groupement d’Intérêt Scientifique “ Sciences de la cognition ”. Outre ses articles à caractère purement scientifique, il a publié L’âme machine, 1990 ; L’intelligence artificielle, 1993 ; Les sciences cognitives, 1996 ; Le petit trésor de l’informatique et des sciences de l’information, 1998 ; et 2001, l’odyssée de l’esprit, 1999.
[1]Voir Jay D. Bolter, Writing Space. The Computer, Hypertext and the History of Writing, Hillsdale New Jersey, Lawrence Erlbaum Associates Publishers 1991et Bolter, Jay David, « Literature in the Electronic Writing Space », dans Literacy Online, The Promise (and Peril) of Reading and Writing with Computers, textes réunis par Myron C. Tuman, University of Pittsburgh Press 1992, p. 19-42.
[2]Gregory Ulmer, « Grammatology (in the Stacks) of Hypermedia, a Simulation: Or, when does a pile become a heap ? », dans Literacy Online, The Promise (and Peril) of Reading and Writing with Computers, textes réunis par Myron C. Tuman, University of Pittsburgh Press 1992, p. 139-158.
[3]Jacques Derrida, Glas, Paris, Éditions Galilée, collection Digraphe 1974.
[4]Jacques Derrida, La Dissémination, Paris, Éditions du Seuil 1972, p.79.
[5]Roland Barthes, S/Z, Paris, Éditions du Seuil, collection Points 1970, p. 20.
[6]Ibid. p. 21-22.
[7]Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? », dans Dits et écrits, Paris, Gallimard 1994, p. 789-821.
[8]Jacques Derrida, La Dissémination, cit., p. 80.
[9]Friedrich Nietzsche, Considérations inactuelles II, textes et variantes établies par G. Colli et M. Montinari, traduits de l’allemand par Pierre Rusch, Gallimard, collection Folio Essais 1997, p. 166.
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[1]
Voir Jay D. Bolter, Writing Space. The Computer, Hypertext ...
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[2]
Gregory Ulmer, « Grammatology (in the Stacks) of Hypermedia...
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[3]
Jacques Derrida, Glas, Paris, Éditions Galilée, collection ...
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Jacques Derrida, La Dissémination, Paris, Éditions du Seuil...
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[5]
Roland Barthes, S/Z, Paris, Éditions du Seuil, collection P...
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[6]
Ibid. p. 21-22. Suite de la note...
[7]
Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? », dans Dits et...
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[8]
Jacques Derrida, La Dissémination, cit., p. 80. Suite de la note...
[9]
Friedrich Nietzsche, Considérations inactuelles II, textes ...
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