2002
Diogène
Savoirs et sociétés en transformation
Savoir et raison dans l’Occident musulman
Le cas de l’Algérie
Fatma Oussedik
[*]
(Paris.)
Il peut sembler étrange, en ce début de
xxie siècle, de s’interroger sur le caractère légal d’un savoir fondé sur la raison dans une culture considérée, ici les mondes musulmans. Il est évident que je ne souhaite pas répondre ici à cette question. Elle correspondrait à l’interrogation : “ les musulmans sont-ils capables de raison ? ” (J’entends par musulmans ceux qui reconnaissent le Livre – le Coran – pour référence
[1].)
Pourtant, sous les frappes massives en Afghanistan comme dans les commentaires sur les images de jeunes hommes plongeant vers la mort, cette question est posée aux musulmans, de même qu’est posée celle de la capacité de la culture occidentale à enregistrer l’exercice de la raison pour des musulmans.
L’Occident enregistre, dans le même temps, qu’il n’est pas parvenu à assimiler (dans le sens d’avaler) des cultures aussi riches que la culture musulmane.
Il n’y a pas de raison musulmane mais des conditions d’exercice de la raison comme catégorie de pensée dans les sociétés musulmanes. Ces sociétés n’ont globalement pas accordé leur assentiment à une culture “ monde ”. Il n’est pas question de l’islam mais des musulmans, des sociétés dans lesquelles ils vivent, et des rapports qu’ils entretiennent avec les catégories du Savoir et de la Raison.
Nous voudrions présenter ici des définitions et des méthodologies du savoir qui ont été à l’Å“uvre dans l’Occident musulman, tenter de comprendre leurs incidences sociales et l’état de leur transmission à travers les systèmes d’enseignement.
Ces constats concernent en particulier un pays comme l’Algérie, à partir duquel nous mènerons notre réflexion.
Méthodologie du Savoir : l’assentiment et la controverse
L’histoire de la pensée musulmane fait référence à au moins trois modes majeures de connaissance, que nous définirons comme suit :
- celui du commentaire, et nous prendrons pour référence l’ouvrage d’Ibn Taymiya (661-728) : Épître sur le sens de l’analogie (rissalatoun fi ma’na-l-qiyass). Le qiyass, l’analogie, est mise en Å“uvre dans le commentaire par les premiers penseurs. Elle est nécessairement savante car elle signifie au moins une connaissance de la langue, et de la tradition des commentateurs, plus élevée que celle de la moyenne de la population.
- celui du rationalisme contenu dans l’ouvrage Le Discours décisif (fasl el maqal) d’Ibn Rochd (1126-1198), juriste de rite malékite, qui s’appuie sur la démonstration et qui enregistre la diversité dans les modes de savoir selon la distinction suivante : “ Il existe une hiérarchie des natures humaines pour ce qui est de l’assentiment : certains hommes assentent par l’effet de la démonstration, d’autres assentent par l’effet des arguments dialectiques, d’un assentiment similaire à celui de l’homme de démonstration…. ” (paragraphes 14 et 15 du Discours décisif.)
- celui qui allie mystique et rationalisme, contenu dans le livre Le Vivant fils de l’Éveillé, (Hayi ibn Yaqdhan) d’Ibn Tufaïl, contemporain d’Ibn Rochd (1100-1181), qui met en Å“uvre la référence à l’intuition sensible.
Nous pouvons retenir que l’accession au savoir est manifestée par un assentiment et la capacité à connaître signifie la mise en Å“uvre de moyens intellectuels divers, dont les arguments dialectiques, l’intuition et la controverse.
Assentiment et controverse nous livrent deux ordres qui nous parlent de sociétés et de conditions d’accès et d’exercice de la pensée : l’un renvoie à la relation de soumission face au savoir et peut-être à son détenteur, l’autre à la mise en Å“uvre de capacités et donc à la liberté de la pensée.
La controverse est un préalable à l’assentiment
Les propos d’Ibn Rochd ont été formulés dans un contexte intellectuel où le débat, ou plus précisément la controverse, existe depuis fort longtemps entre l’exercice de la raison, le commentaire et la mise en Å“uvre de catégories du sensible. Le concept de savoir qu’il met en Å“uvre porte en lui l’exigence d’une supériorité dans la connaissance, et même d’une ascension, il évacue de fait les notions de “ raï ”, opinion commune.
Aujourd’hui pourtant la détermination d’un “ raï ”, d’une Loi commune, domine dans la référence à la connaissance en islam : l’assentiment est alors l’expression d’un renoncement à l’exercice d’une pensée individuelle. Le recours au “ raï jama’i ”, opinion commune, constituerait la figure intellectuelle de la démocratie.
Nous voudrions montrer comment la mise en Å“uvre d’une telle définition de l’assentiment au “ raï jama’i ” par des musulmans signifie en réalité le renoncement, au fil des temps, à une longue tradition de débat et de controverse par incapacité, sociale et politique, à les exercer.
Il nous semble que la meilleure façon de parler de ce qui unit Loi et Foi comme rapport au monde, est la question du Droit. Nous allons donc essayer d’approfondir ce point de l’enseignement et de la pratique du droit en islam sous l’angle de l’assentiment, de la controverse comme préalable à l’assentiment.
Dès les débuts mêmes de l’islam, le savoir s’inscrit dans une religion, une culture dont la matrice est tissée par et dans la controverse, qui révèle les obstacles portés à la liberté de pensée.
La bataille de Sifin (Ma’raket Sif-fin) et les débats de Koufa
Trente ans après la mort du prophète, la bataille pour sa succession que fut Sifin devait décider “ d’une sociologie du monde musulman ”, selon l’expression de Burhan Ghalioun, et cette production d’un monde structuré s’est établie à travers le moment dans cette bataille où Ali, gendre du Prophète, accepte un cessez le feu afin de débattre avec ses adversaires alors que les armes lui sont favorables et que nombre de ses hommes considèrent que seul Dieu peut décider de l’issue des combats. Refusant la notion d’arbitrage humain, une partie des troupes quitte Sifin pour se rendre à Koufa en Irak : ce furent les kharidjites, “ ceux qui sont sortis ”, du verbe kharadja. Une autre partie, refusant la défaite d’Ali après la reprise des combats, devinrent les chiites. Des combats de Sifin, des débats de Koufa qui suivirent devaient naître les écoles de pensée musulmanes. L’islam est donc dès ses débuts empreint de diversité ; ces écoles connaissent des bonheurs divers selon les sociétés auxquelles elles se proposaient, les enjeux auxquels elles étaient confrontées. Dans chacune de ces écoles la liberté de savoir devint un enjeu de pouvoir puisque la communauté et les règles de la succession au pouvoir dépendaient du rite religieux. Ici le pouvoir absolu ne s’exerce que dans un champ déjà marqué par la diversité née de la confrontation et de la controverse entre écoles doctrinales.
Le monde musulman est depuis structuré en écoles distinctes : particulièrement les sunnite (malékite, hanéfite, chafaîte, hanbalite), chiite, kharidjite, ce qui, associé à d’autres conditions (telles que l’étendue et la nature des populations concernées), autorise à parler de mondes musulmans. Nous parlerons surtout d’une Algérie située dans un Occident musulman peuplé de méditerranéens berbères, arabes, turcs, espagnols… qui ont vécu et vivent parfois encore leur rapport au monde en élisant des lectures hanéfite, malékite, ibadite, soufi…
Le rationalisme musulman : les mou’tazilites
Il s’agit d’une École de kalam (commentaire théologique) dite rationaliste, née au viiie siècle. Elle devient la doctrine officielle du califat abasside sous le règne du Calife al-Maïmoun (en 827) mais elle est réprimée par la suite et majoritairement qualifiée comme hétérodoxe.
Au pouvoir, elle a aussi légitimé la répression de ses adversaires. Cette doctrine, dont on dit qu’elle fut fondée sur l’usage de la raison, établit sur le plan de la justice – el ‘adl – la liberté et la responsabilité de l’homme. Mais l’intérêt pour nous de cette école c’est qu’elle introduit un débat sur Le Livre et le caractère sacré du Livre. Elle marque toutes les tentatives de renouveau de la pensée dans le monde musulman. Le grand débat que les mou’tazilites ont animé porte sur la nature du Coran : crée ou incrée, makhlouq ou bien ghaïr makhlouq. Cette question interroge l’ensemble du rapport au Texte.
En effet le classement des versets (sourates) a varié. Le Coran est pour les musulmans un texte révélé de façon orale par l’ange Gabriel au Prophète Mohamed. Il n’existe pas de recension des versets par le Prophète ou sous son autorité. Malgré les nombreux débats, on s’accorde à dater la première recension par ‘Othman en 653. Malik ibn Nas, le commentateur, dont la lecture domine au Maghreb, est mort en 710. Le texte fut entièrement vocalisé au xe siècle. Durant ces années, le texte a subi des variations.
Il y a bien un écart qui permet d’en débattre car, si pour les musulmans la révélation a permis le passage de l’ignorance au savoir, cette révélation fut et demeure une conquête puisque, comme nous venons de le dire, rien n’est acquis concernant l’ordre des sourates révélées par l’ange Gabriel. Ce n’est qu’après un questionnement que peut intervenir l’assentiment.
Ceci nous introduit à un débat sur le caractère “ sacré ” de la langue du Coran.
Une école dominante en Algérie : le malékisme
Chez les malékites, la référence s’énonce comme un ensemble de règles rigides issues du texte coranique, de la tradition rapportée par les compagnons du prophète (hadith), les actes de sa vie quotidienne (sunna), plus deux règles essentielles du droit religieux qui font une large place aux avis des docteurs de la foi : el ijtihad et el ijmah. Les deux correspondent à un moment de consultation apparente, tout l’enjeu portant sur la nature des participants à cette consultation. El ijmah, jusqu’au iie siècle de l’hégire, fut l’établissement d’un consensus dans la communauté des musulmans. À partir du iiie siècle les oulémas, ou docteurs de la foi, organisent leur pouvoir, et el ijmah devient un consensus bayn el oulema, c’est-à-dire entre les savants. Les mêmes réflexions peuvent être engagées en ce qui concerne une notion proche : el ithifaq, c’est à dire l’accord harmonieux ; doit-il être recherché entre les “ meilleurs ” ou entre la majorité ? El ijtihad est l’effort d’interprétation et d’adaptation par les savants – el moujtahidoun – des textes référentiels aux situations, aux enjeux contemporains.
Cette école ouvre la voie à la constitution d’un corps de savants qui puise sa légitimité dans un savoir qui n’est pas fondé sur la seule lecture du texte.
Les détenteurs du savoir ou la capacité à exercer la controverse
La figure du clerc, le corps des oulémas
Le terme de clerc, à qui on accorde la qualité de savant dans le monde musulman, fixe cette qualité à la connaissance à partir de l’exercice du commentaire. Or le commentaire à Cordoue et ailleurs supposait l’ijtihad et l’ijmah, el instintej. Il intégrait donc l’exercice de la pensée avec comme méthode dominante l’analogie, el qiyass. Dans cette définition, le savoir suppose une tradition, une inscription généalogique.
Le juriste traditionnel le plus souvent cité est Ibn Taymiya. Pour lui, “ l’analogie est l’une des sciences les plus nobles. Seuls peuvent y découvrir la vérité ceux qui ont pénétré les fins dernières et cachées de La Loi, qui sont sensibles à son infinie beauté, qui ont compris de quelle suprême utilité elle est pour les hommes en ce monde et dans l’autre ”… Il prône l’application de la méthode orthodoxe par la connaissance de la tradition. “ Tout, y compris la méthode de pensée, doit se justifier par le Coran, la Sunna, et la tradition des meilleurs anciens. ”
Ces règles constituent toutefois une défense contre l’obéissance aveugle aux puissants par le Livre d’abord, garant ultime du savoir. “ Quand nous savons qu’un texte contredit un raisonnement, nous savons de science certaine qu’il s’agit d’une analogie erronée : c’est-à-dire que les cas envisagés diffèrent de ceux auxquels on croit les assimiler et présentent une qualité considérée par le législateur qui entraîne un statut juridique différent ”. La science dans ce contexte n’a de sens et ne mène à la “ vérité ” que si elle s’enrichit de l’infinie sagesse de Dieu, car Ibn Taymiya écrit plus précisément : “ seuls peuvent y découvrir [dans la science] la vérité ceux qui ont pénétré les fins dernières et cachées de la Chari’a [la Loi], qui sont sensibles à son infinie beauté, qui ont compris de quelle suprême utilité elle est pour les hommes en ce monde et dans l’autre…C’est de Dieu que tout procède et c’est à lui que tout revient ”.
Par ces propos et la défense d’une analogie fondée sur le fait certain, pourrait-on dire, le Coran, la Sunna et la tradition des meilleurs anciens, Ibn Taymiya crée une école de pensée vivante encore aujourd’hui. Nous verrons le rôle quasi de protection que peut jouer une notion de “ mesure ” telle que le qiyass dans un contexte de fragilité du groupe social.
Mais dès les origines, elle permet la contestation ou l’alliance, y compris des représentants du pouvoir, à partir de la référence au texte. Elle crée aussi une catégorie sociale puissante : “ ceux qui ont pénétré les fins dernières et cachées de la Chari’a ”. On peut dire qu’aujourd’hui, dans l’islam sunnite, il s’agit des oulémas.
La constitution d’un corps d’oulémas
La science première pour les musulmans, structurés en écoles doctrinales, est ce que l’on peut nommer le Droit canon. Son statut permet, selon l’expression de Yadh Ben Achour, que la Foi, le Message ne soit pas seulement poésie mais interroge la raison. Il n’existe pas de clergé en islam, mais, dès les califes abassides (xe siècle après J. C.), les oulémas ont seuls le pouvoir d’interpréter et tiennent leur pouvoir législatif de la connaissance savante des textes fondateurs de l’islam comme de ceux de l’école religieuse à laquelle ils appartiennent. Leur grand pouvoir est aussi de devoir produire la loi en cas de silence de Dieu, c’est-à-dire en l’absence de texte référentiel. Cette capacité ils la tiennent, selon Hichem Djaït, d’un rapport aux puissants dont ils reconnaissent alors la légitimité du pouvoir.
La pratique du droit s’organise, un pouvoir juridique est accordé aux qadis, qui disent le droit.
Des savants avec le Droit comme pratique : les juristes
La figure avérée du savant, juriste, pour les malékites après Malik ibn Nas est, bien sûr, Ibn Rochd. Le terme de savant – ‘alim – est ancien dans cette aire culturelle ; il engage l’exercice de la raison. Le Savoir engage celui qui sait ou qui cherche et a les moyens de chercher à savoir. Cette catégorie engage aussi l’objet dans la mesure où il s’agit toujours de savoir quelque chose ou à propos de quelque chose et son contraire; en arabe, la catégorie la plus proche est le ‘alim, celui qui est en mesure de déchiffrer des signes dans une discipline particulière : ‘alim fi mada mou’ayana.
On observe une possibilité de discours humain qui puiserait sa vérité en lui-même et non dans la Révélation et ce que nous en dit la tradition. Il peut impliquer une fonction d’enseignement à partir d’une de ses déclinaisons, ‘alama, par opposition à la hafadha de la tradition stricte qui signifie à la fois apprendre-répéter et protéger. La hafadha n’est qu’un premier niveau de la connaissance qui permet de situer le futur savant ou l’élève plus simplement dans une aire civilisationnelle. La raison ici renvoie à une pratique en vue d’un savoir précis. On peut citer ‘ilm el qanoun (le droit) et noter l’importance méthodologique de la démonstration dans cette discipline, manahij al’adilla, autorisée par la notion de bayan (le signe) dans le Coran.
S’agissant du caractère légal de la philosophie, il écrit : “ l’acte de philosopher ne consiste en rien d’autre que dans l’examen rationnel des étants et dans le fait de réfléchir sur eux en tant qu’ils constituent la preuve de l’existence de l’Artisan ”. Les références d’Ibn Rochd sont :
L’Analogie ; Le Coran ; ce qu’ont dit et fait les anciens en matière de syllogisme juridique.
À charge pour le savant (ici Ibn Rochd) de recevoir ce qui s’y avère juste et de signaler ce qui ne l’est pas.
Il y a donc la possibilité d’un débat sur la liberté à travers la perception de l’opposition, de l’erreur, de la divergence par rapport au texte à l’intérieur de l’islam.
Les juristes doivent faire, pour le droit ainsi que pour les fondements du droit, comme les mathématiciens ont fait pour leur science.
La démonstration, la dialectique et la rhétorique constituent trois sortes d’arguments qui sont accessibles à trois classes d’esprits. Cette approche a permis la naissance d’un corps puissant de juristes et aussi de praticiens du droit.
– Les juristes : durant la période ottomane, en Tunisie et en Algérie, le Coran est le seul code de lois mais on trouve, à proximité des oulémas qui font le Droit, d’autres catégories qui disent le Droit :
– Un juge des affaires civiles et militaires qui est le cadi (un pour les turcs, en majorité de rite hanafite, un pour les autres musulmans, en majorité de rite malékite, un cadi ibadite.)
– Un Agha qui rend, dans les campagnes, la justice à ceux qui viennent la lui demander : Berbères, Ottomans…
– Un mufti aide le cadi lorsque les affaires sont très compliquées (un pour les Turcs, un pour les autres musulmans).
– Le Ministre de la marine rend la justice pour les marins et son jugement est sans appel.
– Les juifs sont jugés par un tribunal composé de plusieurs rabbins, lorsqu’il s’agit d’affaires entres juifs. Dans les autres cas ils sont traduits devant les juges musulmans.
– Les étrangers sont jugés par le consul de leur pays.
On constate, jusqu’au début du xixe siècle, au Maghreb, la coexistence de différentes sources du Droit : islam, règles berbères, hébraïques, chrétiennes et code marin, code professionnel pourrait-on dire.
À la fin du xixe siècle, ébranlés par les campagnes de Napoléon en Égypte, qui leur ont permis de prendre acte du retard accumulé dans le domaine scientifique par leur société, des penseurs musulmans vont créer un mouvement de pensée, “ la nahda ” et vont avoir pour objectif un renouveau de la doctrine par le recours à des acquisitions scientifiques. Un grand nombre d’entre eux vont voyager en Europe ; certains d’entre eux seront envoyés par leur Institution “ El Azhar ”, c’est-à-dire la plus grande université du monde musulman. Dans le domaine du droit, l’introduction du code Napoléon va entraîner la création d’un corps de juristes formé dans les universités françaises. Partout ce code a rencontré et pris en compte des normes religieuses et des coutumes. Il y a eu, en Algérie, jusqu’à cinq codes en même temps : kabyle, mozabite, malékite, juif, code civil.
Le maître et la communauté élective
Nous citerons ici le travail d’Ibn Tufaïl, Hayi Ibn Yaqzan, Le Vivant fils de l’Éveillé. Contemporain d’Ibn Rochd, il est l’auteur du premier roman d’éducation, roman philosophique et d’initiation. L’intérêt de cet ouvrage pour notre propos est une division par étapes de la vie de la connaissance. Il y a sept étapes qu’on peut rapprocher des stations du soufisme.
– De 1 à 7 ans : le héros, “ Hayi ”, le vivant, développe une intelligence fondée sur le sensible par la connaissance des animaux et de son environnement.
– De 7 à 14 ans : Hayi est confronté à l’expérience et à l’observation de la mort.
– De 14 à 21 ans : il construit, produit, utilise les choses et les bêtes. Il invente.
– De 21 à 28 : Hayi sort du registre pragmatique vers la théorie.
– De 28 à 35 ans : il se livre à la méditation méthaphysique, puis la sagesse.
– Il s’élance vers l’extase mystique, l’ascèse, l’intuition et l’union.
– À cette étape ultime du savoir Hayi rencontre la civilisation à travers un “ Vendredi ” qui, lui, n’est pas un sauvage. Le plus apparemment civilisé trouve en le solitaire, Hayi, un maître en intelligence et en bonté. Cette station introduit la complexité, le choix dans le rapport au monde. Le Savoir, fut-il d’un fait, n’est pas une évidence à atteindre mais une conquête qui passe par la rencontre d’au moins deux différences.
À deux ils forment une communauté élective, loin de la foule que la religion révélée, dans son interprétation formelle, jugule. Cette notion d’élection trace et autorise des limites, donc des différences, dans la connaissance.
Les quelques réflexions sur les luttes engagées dès les débuts de l’islam nous permettent de réfléchir à la façon dont la “ pensée individuelle ” peut être prise en compte dans l’argumentaire religieux d’un code musulman. Et donc comment peut s’élaborer la prise de pouvoir dans une doctrine à partir de la catégorie du savoir. Il existe une place pour la réflexion individuelle contenue dans la distinction entre for intérieur (el batin) et for extérieur. Elle donne lieu à des controverses célèbres dont on trouve la trace dans les écrits du sunnite El Ghazali dans sa critique du soufisme et dans celle d’Ibn Taymiya à l’encontre d’Ibn ‘Arabi (mystique andalou du xiie siècle).
Le for intérieur est l’expression d’une possible liberté de pensée de l’individu face à un islam sunnite qui ne reconnaît le Savoir qu’aux compagnons du Prophète (par le hadith) et aux oulémas. Mais il constitue aussi un champ pour l’irréductible.
Le for intérieur pourrait s’énoncer ainsi :
- tous les Livres antérieurs sont contenus dans le Coran,
- tout le Coran est contenu dans la “ fatiha ”,
- toute la “ fatiha ” est contenue dans “ bismillah ”,
- tout “ bismillah ” est dans la lettre “ ba ”,
- tout ce qui est dans le “ ba ” est dans le point diacritique qui sert à l’écrire.
Cette présentation nous permet de saisir l’articulation entre l’assentiment, fondé sur l’analogie, et la coexistence mais aussi la controverse entre plusieurs assentiments et un espace du for intérieur. La reconnaissance de ces catégories du savoir et de ceux qui les mettent en Å“uvre s’exprime dans l’importance des controverses et des traditions théologiques auxquelles elles ont donné naissance dans la pensée musulmane.
S’il existe des controverses, elles correspondent à des modes concurrents mais autorisés d’interroger les textes et aussi le réel. Dans les États nationaux, cette capacité est prise en charge légalement par les systèmes d’enseignement. Dans le même temps l’idée même de système national réprime la lecture autonome, divergente, différente. Les oulémas autorisés sont, dans l’Algérie indépendante, organisés par l’État dans un Haut Conseil islamique.
La légitimité de la controverse, que nous avons rencontrée dans les différentes formes de savoir, se heurte à celle de l’exercice du pouvoir et de l’atteinte aux libertés en général à l’intérieur des sociétés musulmanes. La concurrence entre les différents savants de l’islam a varié en fonction des périodes historiques et des enjeux. L’absence de controverse signifiant à chaque fois l’exercice de pouvoirs autoritaires et absolus.
La production et la transmission des savoirs : extinction de la controverse
Les écoles doctrinales
Les structurations par école doctrinale recouvrent aujourd’hui des ensembles géographiques homogènes. Les débats entre les écoles cessent dans ces espaces, excepté dans les mouvements intégristes où l’idée de Umma, nation musulmane toute entière, transgresse le primat des écoles doctrinales. C’est ainsi que ces dernières années des maghrébins ont pu devenir chiites ou wahabites.
À l’intérieur de ces ensembles homogènes, le savoir en islam connaît des jours qui sont marqués par l’état de l’enseignement dans les pays musulmans.
La production d’une élite à Cordoue
Nous privilégions Cordoue, parce qu’Ibn Rochd a été élevé et a vécu à Cordoue et qu’il est un des rares savants à avoir été reconnu par l’Occident. Il s’agit là d’un autre débat : le choix d’Ibn Rochd comme savant par les Occidentaux renvoie à la position privilégiée de l’Andalousie, qui permet une réappropriation depuis la rive nord de la Méditerranée. Mais le statut d’Ibn Rochd s’explique aussi pour les références à la pensée grecque, permettant encore une réappropriation.
Le système d’éducation à Cordoue se décline selon les étapes suivantes :
– L’apprentissage de la langue arabe repose sur celui du Coran, de la poésie et d’exemples épistolaires. On peut dire que nous sommes placés ici dans la catégorie d’un apprentissage qui restitue un savoir en l’état : “ hafadha ”.
– Puis vient l’apprentissage de la langue, de la religion et du calcul. L’introduction du calcul indique la référence à une pédagogie qui quitte la restitution simple.
– Puis l’enseignement des sciences religieuses par le hadith et le droit selon la tradition dominante du maître : la grammaire, la lexicographie, les belles lettres, l’histoire, la poésie et la généalogie.
La grammaire introduit à l’exégèse (le
tafsir) depuis l’ouvrage d’Abu ‘Ubayda rédigé au milieu du
viiie siècle
[2]. Le
tafsir va fonder les positions de ceux qu’on a appelé les rationalistes, les mou’tazilites. Cette tradition se poursuit aujourd’hui, c’est même elle qui a donné naissance à deux mouvements récents, la
nahda, et le courant des Frères Musulmans.
Le fiqh qui permet l’étude et le tafsir du Droit se faisait selon des catégories de raisonnement déjà vues :
le qiyass (l’analogie), el ijmah (le consensus) acquis par les mujtahidun, c’est à dire les docteurs autorisés à pratiquer el ijtihad.
El ijtihad se pratiquait à travers l’abrogation (
el naskh), la contradiction (
ta’arud) en vue de l’établissement d’une norme juridique
[3].
Le
tafsir et le
fiqh se pratiquent à partir de la Loi (la
chari’a), l’usage (
el ‘urf) et à partir de méthodes promues par les écoles doctrinales, par exemple :
el istihsan (la préférence juridique) chez les hanafites,
el istislah (l’intérêt commun) des malékites,
el istihsab (la présomption de continuité) des chafaîtes
[4].
Le juriste peut aussi extraire (el istinbat) les normes des quatre sources en traitant : de l’ambigu et du clarifiant, de l’évident et de l’implicite, de l’ordre et de l’interdiction, du général et du particulier.
– Les sciences et la philosophie.
Ces sciences étaient enseignées par un petit groupe doté d’autorité dont, à l’époque d’Ibn Rochd, six de premier plan et dix-sept de moindre importance. Bien que n’appartenant pas à la même école, Ibn Rochd et Ibn Tufaïl ont été des collègues respectueux l’un de l’autre.
L’Andalousie est un espace où les idées s’échangent, se transmettent, sont soumises au débat. Les savants se déplacent à l’intérieur d’un dar el islam qui relie les confins de l’Asie à l’Afrique et permet donc de débattre à partir de réalités diverses. Il y a production d’une élite dans un système qui autorise la controverse. Ce petit nombre a parfois connu la répression face à des pouvoirs qu’ils ont contestés.
Les élites musulmanes au Maghreb
L’analyse de ce point nous permettra d’esquisser des hypothèses en vue de comprendre dans quelles conditions une civilisation porteuse de savoirs a pu
[5] s’en tenir à la répétition de la
hafadha et voir s’éteindre sa capacité à produire des ‘
alem.
Les travaux de Fernand Braudel montrent les conditions de la perte de la suprématie navale par la flotte algérienne sur la Mer Méditerranée ; ce fait accompagne et explique en grande partie la chute de l’Empire ottoman, puis l’occupation nationale. On assiste aussi durant cette période à la limitation de la circulation des élites à travers le monde musulman.
L’enseignement, jusqu’à la pénétration française, était assuré par des zaouias ; on trouvait aussi un grand nombre de madrasa, associées à des lieux de culte, des institutions de la doctrine des mourabitoun, les almoravides, on trouvait aussi des institutions animées par des maîtres ibadite, hanéfite, et des écoles hébraïques.
Il existait à Laghouat, encore en circulation durant la première moitié du xxe siècle, une Torah en arabe où Eloîm est Allah et un Coran en hébreu où Allah est Eloîm.
Il y avait donc des controverses internes dans des pays d’islam et avec des êtres réels, dans des relations quotidiennes. Mais le système d’enseignement à l’intérieur d’une zaouïa est fondé sur le premier palier, la hafadha. Ceux qui doivent avancer dans l’apprentissage le font ensuite à l’intérieur de grandes institutions comme la Qarouania (Maroc), la Zitouna (Tunisie) et el Azhar (Égypte). Ils deviennent ‘alam.
Sous la pression des élites musulmanes au xixe siècle, le Bey de Tunis modernise le collège Sadiki en Tunisie en y ajoutant des matières scientifiques, quittant les modes d’enseignement fondés sur la hafadha qui peu à peu dominaient à la Zitouna.
L’existence de la Zitouna, comme institution de référence, et du collège Sadiki a donné un souffle à la société tunisienne que n’a pas eu la société algérienne marquée par la rupture brutale. Il en est de même du Maroc qui a bénéficié de la Qarouania.
À l’occupation française, les institutions scolaires seront détruites en Algérie (voir les travaux de Yvonne Turin), excepté dans la vallée du M’zab, de rite ibadite, ou dans les territoires du sud. Dans les années ‘40, les ibadites créent une école réformée sur un modèle permettant aux élèves d’accéder au collège Sadiki. La colonisation fonde des établissements ou sections franco-musulmanes en Algérie.
À la fin du xixe siècle – début du xxe eut lieu la nahda, un mouvement réformiste qui se posait la question du retard du monde musulman à la suite de l’expédition napoléonienne en Égypte.
Ce mouvement, qui a par ailleurs réhabilité les mou’tazilites, eut un fort rayonnement dans le monde musulman ; au Maghreb il accompagna une rencontre forte avec l’Europe, la France notamment, à travers le processus de colonisation.
Ce mouvement a été pris en charge dans les medersa réformistes, à la Zitouna, et depuis le centre que constituait el Azhar.
En Algérie, durant la période coloniale et après, la doctrine de ce mouvement était contenue dans la formule : “ l’islam est ma religion, l’arabe ma langue et l’Algérie ma patrie ”. La lecture de l’islam est une et elle est fondée sur la lecture des oulémas de la reforme. Elle est, au fil des années, travaillée par l’idéologie nationaliste dans son versant jacobin.
Sans aucun doute cette période fut tout de même intéressante car elle a fourni au Maghreb ce que l’on a appelé une élite franco-musulmane issue d’une introduction harmonieuse dans les programmes de contenus et de méthodes récents.
Les juifs algériens deviennent français grâce au Décret Crémieux. Le rite hanafite pratiqué majoritairement par les turcs tombe en désuétude ; plus on s’achemine vers l’idée nationale plus le rite malékite devient hégémonique.
Le droit musulman et la tradition berbère, reconnus et reconduits par l’État colonial dans leurs formes d’organisation, sont déjà présentés pour l’époque ottomane. L’enseignement du droit comme la pratique unit ces traditions à celle du code Napoléon.
*
Aujourd’hui les trois pays du Maghreb s’essoufflent. La Tunisie, dont le système scolaire est pourtant une référence, en particulier après la réforme engagée par Mohamed Charfi, ne rattrape ni le Portugal ni l’Espagne malgré sa performance économique. Le rapport au Prince marque toujours l’exercice de la raison. En Turquie la création d’une élite n’est pas allée au delà d’Istanbul et ses faubourgs ; ceci alors qu’elle est l’héritière du grand Empire ottoman.
En Algérie, la création d’une élite par le savoir s’est heurtée à :
- La nationalisation des cursus : la faculté de Droit fut la première à être concernée.
- L’Indépendance a vu l’effondrement du processus de création d’une élite nationale. L’idée d’élite antérieure est rejetée, sous le prétexte qu’il s’agit d’éléments formés par la colonisation française. La nationalisation du système scolaire débute pourtant par une forte scolarisation en français mais avec un corps enseignant affaibli par les nombreux départs. L’arabisation est, elle aussi, engagée avec un faible personnel algérien ouvrant la voie à une coopération surtout avec l’Égypte dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne fut pas probante. Certains coopérants arabophones, dont la démarche pouvait gêner les autorités politiques, ont été conduits à quitter le pays. Dans le même temps le régime organise son pouvoir en s’appuyant d’abord sur des éléments francophones, puis joue à opposer idéologiquement ces derniers aux arabophones qui se heurtent à de réels problèmes d’emploi ou de reconnaissance sociale. Une guerre des langues s’installe qui masque des conflits de statut social et de rapport au pouvoir.
- Le départ sans cesse renouvelé des élites.
- L’état du système d’éducation à l’Indépendance fait écho à une constante algérienne : le départ des élites scolarisées. On a pu observer ce phénomène en 1830, lorsque les Turcs quittent l’Algérie, et pendant l’occupation française. Ce mouvement s’est répété à l’Indépendance. Il se déroule de nouveau depuis le début des années 1990.
- Dans ce pays, on enregistre, depuis la deuxième partie du xixe siècle, une perte d’institutions de référence et d’interlocuteurs.
- Le système national d’éducation fut marqué par les idées de nationalisme et de révolution : il y a une défiance nourrie à l’égard de l’Occident et de sa culture qui signifie le refus même de la controverse. Il s’agit de produire un savoir sur le monde, autonome, “ déconnecté ”.
- Le dépassement de la situation ainsi créée ne pourrait être obtenu que par une critique engagée par ceux que l’articulation telle que posée, Foi/Raison – arabe/français – arabophone/berbérophone refoule. On observe aujourd’hui que deux catégories portent la contestation à ce système d’enseignement :
- les intégristes qui refusent au pouvoir le contrôle de la référence religieuse. Ils exigent un assentiment de la raison par une lecture pétrifiée du texte. Ils constituent une critique radicale du pouvoir politique.
- une partie de la classe moyenne qui a créé ses propres écoles et engage ses luttes sur le plan des revendications linguistiques et des contenus portant la séparation entre savoir et religion.
- La critique de l’Occident est menée dans des conditions d’autant plus fragiles qu’il n’existe plus vraiment de centres intellectuels dans le monde musulman : on note l’affaiblissement du Caire et des autres lieux au bénéfice des grandes universités occidentales. El Azhar n’a pas réussi à réaliser une mutation, la Zitouna disparaît peu à peu du paysage. Seules dominent Princeton, Yale, Oxford, Cambridge… La nahda a échoué, alors qu’el Azhar avait fait, dans ce cadre, l’effort d’envoyer des penseurs à Paris au début du xxe siècle. Placée dans un rapport de domination, la culture musulmane n’a pas donné son assentiment au rationalisme européen. Elle n’a pas davantage réussi à engager avec lui une controverse fondée sur la raison. Elle résiste par la hafadha.
- L’analogie n’est plus une sous-branche du raisonnement mais elle prend la place du raisonnement. El qiyass érigé en mesure, en étalon immuable, constitue une protection en étant garant d’une généalogie. Ibn Taymiya est une référence bibliographique nécessaire mais à travers une lecture appauvrie. Nous sommes dans la hafadha de ce que nous devons être sans possibilité de contextualiser ou de penser la tradition. C’est ainsi que ce penseur est devenu la référence des salafistes.
- Le premier mouvement est alors de se chercher, de se retourner vers l’Occident afin de se saisir dans le regard de l’Autre. Un Autre qui ne reconnaît que des clercs chez les musulmans et ne se reconnaît plus d’interlocuteurs dans cette culture, au sein de laquelle la question est posée par certains d’une sortie de la pétrification dans laquelle elle se trouve.
- L’interculturalité connaît d’autant plus de difficulté qu’elle peine à identifier :
- des interlocuteurs qui ne soient pas enfermés dans le commentaire ou qui ne soient pas des clones.
- des lieux de parole et de réflexion qui ne soient pas dans le sillage du Prince. Les universités, la presse, l’édition dans ces pays ne bénéficient pas du droit à une pensée libre. Ainsi, un écrivain égyptien, Salah Eddine Mohsen, a été condamné en janvier 2001 à trois ans de prison ferme pour avoir “ fait appel à l’hérésie et avoir propagé l’athéisme ” dans ses romans – un de ses personnages dit “ ne pas croire en Dieu ”. Dans cette formule nous est signifié le lieu de résistance d’une pensée qui rejoindrait la pensée européenne : celui du souffle, de l’énergie comme susceptible de compenser les faiblesses, les pesanteurs de l’ici-bas. Le système religieux est en lieu et place d’une mythologie qui crée un espace pour précisément ne pas penser le réel.
Des intellectuels, prêts à renoncer à cet univers mythico-religieux, arrivent dans les pays européens pour constater avec stupeur que ces pays n’ont aucune stratégie et même peu d’intérêt pour les pays musulmans, y compris ceux qui leur sont proches. Ainsi aucune stratégie sur la Turquie qui s’enfonce, sur un Maghreb que quelques universitaires souhaitent gérer comme les bureaux arabes à la Lyautey. Le meilleur exemple de ce constat est le piétinement observé depuis la conférence de Barcelone avec une rive sud qu’on fait à chaque fois mine de redécouvrir.
Mais on peut aujourd’hui s’inquiéter et élargir le débat engagé ici à davantage que le monde musulman en se référant aux mesures prises en matière de sécurité depuis le 11 septembre 2001. Il s’agit, sans aucun doute, d’un rétrécissement des libertés, comme celle de circuler, pour les Occidentaux, et, plus encore, pour l’ensemble des personnes différentes.
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Abdelwahab Khallaf, Les Fondements du Droit Musulman El Qalam, Paris, 1997.
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Averroès, Discours décisif, introduction d’Alain de Libera, traduction de Marc Geoffroy, Paris, GF-Flammarion 1996.
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Gilliot, Claude, Exégèse, langue et théologie en islam, Paris, Vrin 1990.
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– L’exégèse coranique de Tabari.
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Ibn Taymiya, Épître sur le sens de l’analogie, Al-Bouraq, (rissâlatun fi ma’na-l-qiyass), Beyrouth, 1996.
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Ibn Tufaïl, Le Philosophe autodidacte (Hayi ben Yaqzan), Mille et Une Nuits, traduction de Léon Gauthier, postface de Séverine Auffret, Paris, 1999.
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Mervin, Sabrina, Histoire de l’islam – Fondements et doctrines, Paris, Flammarion, Champs Universités 2000.
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Turin, Yvonne, Affrontements culturels dans l’Algérie Coloniale, Paris, Maspero 1977.
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Urvoy, Dominique, Averroès – Les Ambitions d’un intellectuel musulman, Paris, Champs-Flammarion 2001.
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Fatma
Oussedik est sociologue, spécialisée dans le nationalisme et la révolution agraire en Algérie. Elle est membre fondateur de l’Association des femmes africaines pour la recherche sur le développement, membre fondateur de l’Association des sociologues arabes, et secrétaire générale de l’Association des chercheuses arabes en France. Elle a été
visiting professor à Brown University (Rhode Island), et consultante dans plusieurs organisations, dont l’
unesco. Après avoir enseigné pendant dix-sept années à l’Université d’Alger, elle est maintenant associée à la Maison des sciences de l’homme de Paris. Elle est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages.
[1]
En islam, il est parlé des croyants des deux autres religions monothéistes comme des “ gens du Livre ”,
ahl el kitab. La référence au Livre permet la définition de Soi, avec le Coran, mais aussi détermine le contenu du statut des Autres (plus ou moins proches selon le rapport au Livre).
[2]
Claude
Gilliot.
[3]
Abdelwahab
Khallaf.
[4]
Sabrina
Mervin.
[5]
Depuis le
xve ou le
xviiie siècle, selon qu’on choisisse le départ de Grenade ou la perte d’influence en Méditerranée comme expression du déclin.