Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130526704
144 pages

p. 81 à 95
doi: 10.3917/dio.197.0081

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Savoir, culture et communication

n° 197 2002/1

2002 Diogène Savoir, culture et communication

Les villes globales dans les sociétés de l’information

Barbara Freitag  [*] (Universités de Brasilia et Berlin.)
Si l’hypothèse que les villes sont la scène réelle (Schauplatz) de la société contemporaine est correcte, comme l’affirme Simmel, elles doivent refléter les changements entre les sociétés industrielles et informationnelles prenant place au passage du xxe au xxie siècle. Ceci implique un nouveau regard sur nos cités et un changement fondamental dans l’approche théorique concernant leur fonctionnement et destinée d’origine. Autrement dit, les théories sur les villes et les formes traditionnelles des études urbaines doivent être revues et de nouvelles catégories analytiques doivent être conçues pour une meilleure compréhension des changements qui s’y sont produits réellement.
Cette proposition implique que les approches théoriques antérieures sont insuffisantes ou même inadéquates pour analyser l’aboutissement du processus d’urbanisation dans les dernières décennies. Ces approches peuvent même nous conduire à des conclusions fausses si elles sont appliquées mécaniquement aux nouvelles réalités. Les théories qui étaient valables pour l’ère industrielle ne peuvent pas être simplement “ recyclées ” pour analyser la société informationnelle, que Saskia Sassen décrit sous le nom de villes globales.
Je voudrais illustrer cette thèse par l’examen de quatre approches “ classiques ”. Je commencerai avec la typologie des villes de Max Weber et son analyse de la spécificité des villes occidentales (I). Cette revue critique sera suivie parl’analyse des études de Walter Benjamin sur Paris, “ la capitale du xixe siècle ” dans son Passagenwerk (1977) (II). Troisièmement, je voudrais rappeler la contribution du socialisme utopique à la planification de la ville, comme partie intégrante du processus de modernisation (III), et finalement, je ferai quelques remarques sur l’École dite de Chicago (de R. Park, G. Burguess et Louis Wirth) (IV).
 
Revoir quatre théories sur le développement urbain
 
 
(I) Max Weber (1864-1920) a développé l’explication la plus complète sur l’origine des villes occidentales dans le contexte de sa sociologie de domination (1961). En fait, le chapitre dédié à la “ typologie des villes ” traite d’un type de domination illégitime, qui est apparue en Europe centrale avant l’industrialisation. Les petites cités médiévales représentaient l’aboutissement d’un mouvement presque “ révolutionnaire ” des citoyens s’opposant au pouvoir féodal et à la société aristocratique.
La typologie de Max Weber est basée sur des critères économiques et inclut (a) les Fürstenstädte, résidences des Princes, (b) les villes de consommation, (c) les villes de production, (d) les villes commerciales et (e) les villes mixtes. Il ne s’est pas satisfait de cette typologie, car ces critères économiques étaient insuffisants à ses yeux. Pour une définition plus complète, les facteurs politiques du phénomène urbain devraient être pris également en compte. Ainsi, dans un sens pleinement économique et politique, les villes sont des conglomérats d’artisans, de manufacturiers, d’établissements commerciaux, situés dans une place qui remplit des fonctions multiples, comme forteresse, places de marché et cour de justice, et qui jouit dans une large mesure d’autonomie légale. De telles communautés urbaines doivent se baser sur l’association des citoyens se gouvernant eux-mêmes et aspirant à l’autonomie (Weber W&G, 2, p. 934). Dans ce sens les villes occidentales présupposaient l’existence d’une “ bourgeoisie ”, le vrai pilier de leur force politique et économique. La société bourgeoise urbaine était le résultat du déclin du système aristocratique à base rurale. Le nouveau pouvoir politique est sorti de la capacité des citoyens d’organiser la production et le commerce, de développer une force militaire, de renforcer la juridiction territoriale et de trouver de nouvelles formes d’administration par soi-même, et d’autonomie politique. La propriété privée et un revenu élevé étaient considérés dans les cités comme les critères essentiels de la citoyenneté. Être citoyen était une condition cruciale pour assumer des fonctions politiques dans la communauté urbaine.
Il reste une question ouverte : pourquoi Weber a donné à son fameux chapitre sur les villes le titre principal de “ Pouvoir illégitime ”, en réservant à une désignation entre parenthèses le sous-titre “ La typologie des villes ” ? La raison pourrait bien être que, puisque l’ordre féodal n’admettait pas l’argent comme base principale du pouvoir, Weber a considéré que du point de vue aristocratique le pouvoir basé sur la fortune était illégitime.
Pour résumer : la théorie des villes de Weber décrit la transformation entre une société féodale et une société bourgeoise, ou, comme il aurait préféré le dire, entre des formes traditionnelles et rationnelles de l’organisation de la vie économique et politique dans la société européenne. Sa typologie des villes n’a jamais été identifiée dans toute sa “ pureté ” dans la vie réelle. Ceci est particulièrement vrai dans les conditions contemporaines, où de nouveaux outils sont requis pour étudier et analyser les méga-villes contemporaines comme New York, Tokyo, ville de Mexico ou São Paulo.
(II) Jetons un regard sur la flânerie de Walter Benjamin (1892-1940) à travers son Passagenwerk (1935, 1982). L’influence extraordinaire de cette Å“uvre sur la pensée post-moderne sur les villes est en compétition avec l’enchantement exercé par Le città invisibili (1972) d’Italo Calvino. Les deux textes partagent la fascination de leurs auteurs pour une ville paradigmatique : Venise pour Calvino et Paris pour Benjamin. Si Venise est la “ scène ” du premier contact occidental avec les civilisations extra-européennes (le monde musulman, la Chine), Paris est la scène de toutes les manifestations de “ modernité ”, y compris la littérature, l’architecture, l’urbanisme, le capitalisme, l’organisation politique. Paris est la “ capitale du xixe siècle ”, que Benjamin contemple avec mélancolie et nostalgie, car c’est un monde menacé alors par le régime nazi allemand.
Benjamin a donné au flâneur le même statut que Calvino à son navigateur, Marco Polo. Le flâneur est un piéton qui circule à travers les rues, les arcades, les ponts et les parcs. C’est un observateur qui n’a pas d’argent et aucun intérêt à acheter quoi que ce soit. Mais il est complètement conscient de toutes les “ manifestations ” de la cité moderne comme expression de la société capitaliste. Comme observateur, le flâneur classifie les différents “ types ” qui peuplent la ville : le joueur, le dandy, la putain, le vagabond, le ramasseur de poubelles (Lumpensammler). L’objectif de Benjamin n’est pas sociologique mais allégorique. Il n’est pas intéressé par les catégories sociales, comme le travailleur ou le propriétaire d’usine, mais par les types humains abstraits vivant dans les rues, sur les places publiques, sous les arcades de Paris.
En décrivant Paris comme la capitale du xixe siècle, il se concentre sur la bourse, les galeries, les boutiques, les magasins, les cafés et les restaurants, les bâtiments officiels, les églises, les hôpitaux, les gares, les stations de métro, les usines. Le flâneur a tout le temps pour regarder ces bâtiments, pour admirer leur beauté, pour évaluer leur valeur sur le marché et même comme ruines, pour étudier les matériaux utilisés pour les construire, comme le verre et le fer. Benjamin est surpris par le fait que les arches et les colonnes copient encore la mode des autres périodes architecturales, comme les colonnes gréco-romaines, les arcades gothiques, etc. Dans ses yeux, les rues parlent pour elles-mêmes avec leurs “ tableaux urbains ”, les réclames, les pancartes. Les marchandises annoncent leur prix dans les vitrines, toutes sortes de signes expliquent la logique de la cité. Walter Benjamin, le flâneur “ par excellence ”, n’est pas un sociologue, un politicien, un économiste, mais un observateur participant, un habitant engagé de la ville, dont le sort est indissolublement lié à celui de Paris, un amant passionné de cette cité unique, où il a trouvé une place de réfugié, après qu’Hitler a rendu impossible son retour, comme celui de milliers d’autres juifs, à Berlin, leur ville natale.
Le Paris de Benjamin peut être vu comme une sorte de “ type idéal ”, au sens de Max Weber, qui est, une construction théorique différente de toute autre ville empirique.
Ses idées du flâneur, de la flânerie, de la typologie des personnages et de l’usage des tableaux urbains, empruntées à Baudelaire, peuvent s’appliquer à d’autres villes. Willy Bolle, par exemple, a utilisé les catégories de Benjamin pour étudier l’émergence de la modernité dans la ville de São Paulo. Néanmoins, ces concepts sont devenus de peu d’utilité pour comprendre les changements structurels qui sont intervenus dans la société et l’environnement urbain au début du xxie siècle. Les masses, les flâneries, la “ vente à la vitrine ”, les arcades, sont des “ faits ” qui, un siècle après, peuvent être inclus dans l’archéologie de la modernité. Les masses restent à la maison, regardent la télévision et renoncent à la rue et aux places publiques en faveur de l’intimité des bars de quartier et du domicile. Parfois les masses réapparaissent pendant les matchs de football ou de base-ball, et, dans certains cas, sous la forme de révoltes et de démonstrations violentes. Mais ces phénomènes disparaissent aussi vite qu’ils apparaissent. Aujourd’hui, les rues et les avenues de nos grandes villes sont vides de personnes, mais pleines de voitures, bus, motos, etc. Les achats peuvent se faire par catalogue, Internet, offres à la télévision et appels téléphoniques. Les gens ont perdu l’habitude de la promenade. Ils vont d’un endroit à l’autre en train, en métro, en bus, en voiture particulière. Le rythme et la vitesse ont augmenté. Les centres commerciaux ont pris la place des boutiques dans les Passagen, qui plaisaient tant à Benjamin. Les grands magasins, tel que Le bonheur des dames de Zola, ont détruit les petites boutiques. Les Mc Donald et les Pizza Hut ont tué les bistrots traditionnels et les restaurants familiaux. La tour Montparnasse a saccagé l’intimité de l’ancien quartier des peintres où Picasso a travaillé après avoir quitté Montmartre. “ Le vieux Paris n’est plus, hélas! ”, a dit Baudelaire.
(III) Revenons aux socialistes utopiques. La plupart d’entre eux conçoit en même temps de nouveaux espaces urbains et invente de nouveaux projets pour la société. Platon, déjà, avait exposé ses vues sur la réforme sociale à travers la description d’une cité idéale. Il a évoqué la légende de l’Atlantide dans deux de ses dialogues (Critias, Timée). Si l’Atlantide a servi de modèle pour Athènes, et Athènes de modèle pour la polis grecque, ce modèle a pénétré la plupart des autre rêves de la société parfaite. Rappelons-nous seulement Utopia de Thomas More, Città del Sole de Campanella, New Atlantis de Francis Bacon et New Harmony de Robert Owen (Freitag, 2001).
Le Phalanstère de Charles Fourier (1772-1830) devrait être mentionné, entre autres, car un de ses disciples, Jean Baptiste André Godin (1817-1888) a réussi à transformer le projet en réalité. Godin a construit à Guise (France du Nord), ce qui fut appelé un Familistère, un “ palais social ” qui a survécu jusqu’en 1985, lorsqu’il est devenu musée, avec l’aide de l’Union Européenne.
Charles Fourier était convaincu qu’après les processus d’industrialisation et d’urbanisation qui ont suivi la Révolution française, un renouveau social et urbain devenait urgent. Sa fantaisie d’un Phalanstère pour paysans, artisans et industriels, intégrant des travailleurs et des entrepreneurs, aurait dû fonctionner comme une “ phalange ”, une unité collective de travail, basée sur le principe de la coopération et non de la compétition. Le Phalanstère ou le Familistère était vu comme un palais royal à la manière de Vincennes ou de Versailles, mais l’organisation de la vie de tous les jours est plutôt dans le style du Panopticum de Bentham, de l’institution totale de Goffmann ou de Surveiller et Punir de Foucault (1972). Lewis Mumford a été le premier spécialiste de sociologie urbaine à dénoncer le caractère autoritaire des modèles utopistes. Les utopistes comprenaient la société comme un mécanisme d’horloge, où toute chose devait travailler avec précision, sans conflit, dans une micro-société prévisible et contrôlée, et en parfaite harmonie. Ces conditions transforment la société humaine en communautés de fourmis ou d’abeilles.
Les projets utopiques comme le Familistère de Godin ont introduit un certain degré d’autonomie. C’est peut-être la raison pour laquelle le Familistère de Guise a survécu et a démontré qu’il pouvait être maintenu pendant presque un siècle. Néanmoins, la débâcle et la chute des sociétés socialistes dans la dernière décennie du xxe siècle était due en partie aux dérives mécanicistes et autoritaires inhérentes dans tous les projets utopiques. Aucune société où chaque chose peut être planifiée et contrôlée ne saurait être considérée comme idéale.
Un autre projet utopiste moderne a démontré sa capacité de survie : Brasília, la capitale du Brésil. À la différence de Chandighar, la ville indienne du Pendjab, conçue et réalisée par Le Corbusier, Brasília est devenu un symbole pour la société moderne et l’habitat urbain. Le projet urbain original de Lúcio Costa, influencé fortement par Le Corbusier, a réussi mieux que Chandighar. Même si des critiques comme James Holston (1984) disent que Brasília n’a pas tenu les promesses faites à la société brésilienne et au monde, c’est une ville vivante où les gens aiment vivre.
En général, nous devons admettre que la stratégie de planification de nouvelles villes dans l’espoir qu’elles créeront un nouvelle société, s’est avérée être un échec. Les villes sont des institutions sociales immergées dans un contexte social plus large. Les nouvelles villes ne peuvent pas remplacer les nouvelles sociétés. Brasília n’a pas empêché la reproduction de la pauvreté, de l’injustice et de l’exclusion. Cette critique des schémas utopistes a déjà été faite par Marx et Engels et n’a rien perdu de sa valeur aujourd’hui.
(IV) L’École de Chicago pour les études urbaines a introduit deux nouvelles dimensions d’analyse : la perspective écologique et l’approche journalistique.
R. Park, E. W. Burgess, L. Wirth, Mc Kenzie ont été les premiers sociologues de la ville à attirer l’attention sur l’importance de la base écologique de nos cités, en soulignant la nécessité d’un équilibre sain entre les zones résidentielles et l’environnement naturel. Park a été en outre le premier auteur à travailler avec le concept de “ zones de ségrégation ” et de “ voisinages isolés ”, basé sur son approche journalistique, qui décrivait la vie urbaine des différent groupes et minorités formant la population urbaine. Burgess a introduit le diagramme d’une grande ville idéale, en prenant Chicago comme modèle. Il a distingué au moins cinq boucles concentriques différentes, commençant par la zone centrale (I), la zone (II), en tant que deuxième boucle, contenant les bas-quartiers, le “ ghetto ”, la ville chinoise, la petite Sicile, les taudis, les maisons à louer, entre autres. Une troisième boucle (zone III) incluait la “ Deutschland ”, les établissements de la deuxième immigration, les foyers pour la classe ouvrière, les “ zones de constructions à un étage ”, une “ ceinture noire ”, entre autres. La quatrième boucle ou zone, incluait la zone résidentielle, les hôtels, la zone dite “ lumineuse ”, les blocs d’appartements, les habitations à une seule famille. Enfin, le cercle extérieur (zone V des banlieusards) était conçu comme une section de bungalows. La ségrégation, telle qu’elle a été étudiée à Chicago, a été interprétée comme la conséquence des fortes vagues de migration venant de tous les pays du monde, surtout d’Europe pendant la période entre les deux guerres mondiales. En occupant les zones urbaines autour du centre de Chicago, les immigrants ne se sont pas mélangés aux autres groupes sociaux, culturels et religieux, et se sont isolés eux-mêmes dans une espèce de ghetto (voir Saint-Arnaud, 1997).
De nouvelles formes d’analyse, introduites récemment en urbanisme et en architecture, telle que ce que l’on appelle l’“ analyse syntaxique ”, soulignent les effets négatifs de ces communautés isolées.
L’approche journalistique a été introduite par Park. Il s’est assis à table pour boire une bière avec les immigrants des origines les plus diverses et a appris beaucoup sur leur style de vie urbaine, leur habitation et leurs problèmes de travail. Ce furent les matériaux bruts de son analyse urbaine empirique. Park est parti poursuivre ses études à Berlin et à Strasbourg, où il a suivi les cours de Georg Simmel. Sa thèse de doctorat a été passée avec le philosophe néo-kantien Wilhelm Windelband, à Heidelberg. Il a été un des premiers journalistes à joindre le Département de sociologie de l’Université de Chicago. Park a défendu la nécessité de travailler empiriquement sur les problèmes de la ville, en utilisant des techniques comme les interviews et les questionnaires. Si, au début, les journaux et les magazines ont été les sources principales d’information, les reportages radio et cinématographiques sur le style de vie dans les villes américaines modernes sont devenus les formes privilégiées pour collecter des données empiriques. Cette nouvelle école de sociologie urbaine a dénoncé la violence et l’injustice présentes dans toutes les grandes villes, tout en reconnaissant les aspects positifs des nouveaux centres urbains, y compris le confort, l’eau, l’électricité, les distractions et l’accès à l’information. Il importe de rappeler que la littérature, en particulier le roman dit “ urbain ”, narrait la vie urbaine depuis le xixe siècle. Les livres classiques de Hugo, Balzac, Zola, Dickens, Döblin et tant d’autres nous informent sur la vie dans les cités industrielles, même mieux que les études systématiques de Marx ou Engels. Mais ce furent réellement Park et son groupe qui ont introduit l’analyse de la vie urbaine à travers les médias.
Cette approche “ médiatique ” pose deux problèmes majeurs. Premièrement, seuls les aspects de la vie urbaine qui sont saisis par les médias sont inclus dans l’analyse. Tout ce qui est omis ou oublié par les médias sera traité comme un non-événement. Deuxièmement, l’approche de Park peut être déformée par un biais “ anthropologique ”, en attachant ainsi une valeur intrinsèque aux cultures et sous-cultures, aux gangs et aux tribus. Si ces “ sous-cultures ” sont composées de groupes clandestins ou terroristes, non intégrés dans le grand système de valeurs de la ville “ officielle ”, elles peuvent agir contre les intérêts de l’ensemble de la société, formant un “ État dans l’État ”. Exemples : les “ mafias de la drogue ”, les “ skin-heads ” et les “ groupes de jeunes fascistes ou néo-nazis ”.
En conclusion, nous pouvons dire que l’école de Chicago d’études urbaines, en dépit de posséder une perspective plus large et une meilleure méthodologie qu’un grand nombre de ses prédécesseurs, ne propose pas de procédure fiable pour expliquer les récents changements urbains et sociétaux.
 
Nouvelles approches pour dépasser les limites des théories antérieures
 
 
Récemment, le professeur allemand de la Free University Berlin, Ronald Daus, né en 1943, a introduit au moins deux innovations dans le domaine de la sociologie urbaine. Premièrement, il s’est concentré sur les villes en dehors de l’Europe, surtout dans l’hémisphère Sud, en soulignant ainsi des problèmes qui sont généralement négligés par la perspective ethnocentrique des analystes du premier monde. En traitant de villes qui, dans la majorité des cas, ont été construites sous la domination coloniale, son approche s’est tournée vers la vie des rues et non vers les intérêts des vieilles élites et oligarchies qui ont succédé au pouvoir colonial précédent. Deuxièmement, afin d’écrire une espèce d’ethnographie des villes négligées, il dû diversifier ses sources et a utilisé donc des documents non conventionnels. Ces matériaux comprennent des photos, des films, des programmes TV, des statistiques et des rapports officiels (Banque Mondiale, Fonds du Développement Humain …). On y trouve également de la science fiction, de la littérature, de la poésie, des journaux privés, des graffiti, des peintures, des sculptures, des journaux, des interviews, des programmes politiques, des bandes dessinées, du matériel pornographique (photos, littérature et films), des conférences savantes et des débats. Des informations ramassées lors de voyages vers d’autres pays et cités, des observations pendant les discussions, des conversations avec des amis et des collègues, la lecture de livres scientifiques et d’études complètent ses sources. Rien n’est négligé, tout montre son utilité pour tracer le portrait de la vie en ville. À partir de ce matériel aléatoire il a réalisé une sorte de collage, un patchwork incarnant les aspects de la ville qui n’avaient pas leur place dans les différents cadres théoriques que nous analysons dans cet article.
Sans refuser la forte influence européenne, le premier volume de sa trilogie, La fondation européenne (1995), essaie de comprendre le fonctionnement des villes coloniales, conçues comme des instruments efficaces de domination et d’exploitation pour le compte des métropoles européennes. Dans le deuxième volume, Construction de la nation (1997), les cités deviennent le centre d’une conscience et d’une sensibilité nationales, en donnant naissance à l’idée de liberté et d’autonomie. L’ancienne ville coloniale prend de l’importance et devient la nouvelle capitale d’une nation indépendante. Dans le troisième volume, Vie, plaisir et souffrance (1999) Daus montre la richesse du nouveau style de vie qui a émergé de ce passé colonial, plein de contradictions et caractérisé par un mélange de cultures, de races et d’idéologies. Daus tourne ensuite son attention surtout vers les villes situées en Amérique latine, Asie et Afrique, comme la ville de Mexico, la Havane, Lima, Buenos Aires, São Paulo, Rio de Janeiro, Bombay, Delhi, Calcutta, Manille, Dhaka, Shanghai, Dakar, Lagos et Luanda.
Daus arrive à un résultat surprenant : ces villes hors de l’Europe peuvent donner des leçons à leurs anciennes villes mères. Leurs habitants sont plus créatifs, ont plus d’initiative, montrent plus de tolérance culturelle et religieuse, ont plus de souplesse en traitant les problèmes imprévus, développent de meilleures formes de subsistance, dépassent les crises économiques et politiques plus facilement, et à peu d’exceptions près sont plus paisibles que leurs contreparties du premier monde. Il est vrai que ces nouvelles cités doivent faire face à plus de pauvreté, à moins de démocratie, à une pollution plus intense, à des pressions démographiques exacerbées, à plus de corruption et à plus de violence. Ainsi, l’auteur utilise l’expérience brésilienne des favelas, pour montrer que ce phénomène s’étendra bientôt aux villes du premier monde, où les tendances à l’exclusion et à la pauvreté sont également présentes. Daus ajoute que les habitants des villes non européennes montrent plus de vitalité, sont plus attirés par les plaisirs (football, carnaval, sexe, etc.) et sont en général plus heureux que les habitants des villes d’Europe. L’espérance de vie et la sécurité peuvent y être inférieures, mais ils ont une pyramide démographique mieux équilibrée que leurs contreparties européennes. À ce propos, comme c’est si souvent le cas avec les observateurs européens, Daus idéalise les conditions de vie dans les cités du tiers monde. Mais il a une connaissance profonde et sophistiquée des villes dont il parle.
À sa façon originale, Daus suit la voie ouverte par Robert Park. Lui aussi trouve son inspiration dans la procédure de Benjamin, en créant une typologie d’habitants urbains comme le vagabond, le mendiant, la prostituée, le dandy, le snob, l’étoile de cinéma, le politicien, l’expert, le membre du service d’aide internationale, les touristes, le marchand de drogue, le contrebandier, le propriétaire d’hôtel et le garçon de la rue. Comme ses études recouvrent au moins la moitié du globe, nous pouvons dire que Daus offre un panorama de toutes les villes exclues de l’économie globale.
II - La notion de “ ville globale ” a été mise en scène pour la première fois par Saskia Sassen. Dans son premier livre sur ce sujet, La ville globale (1991), elle analyse New York, Londres et Tokyo en tant qu’exemples de villes qui dans les deux dernières décennies sont passées à l’état global. Plus tard, elle ajoute d’autres villes à cette catégorie : Miami, Toronto, Sidney, comme le montre son livre suivant, Villes de l’économie mondiale (1994). Pour prendre en compte certaines circonstances, Sassen admet également que Hong Kong, Los Angeles, Zurich, Francfort, la ville de Mexico et São Paulo peuvent être incluses dans la catégorie des villes globales, car ces villes remplissent les exigences pour certaines transactions économiques transnationales. Pour une meilleure compréhension des idées de Sassen, il sera utile d’approfondir le concept de “ ville globale ”.
Selon elle, “ les villes globales sont des sites clefs pour les moyens modernes de services et de télécommunications nécessaires pour la mise en place et la gestion des opérations économiques globales. Les États-majors des sociétés ont également tendance à s’y concentrer, surtout dans le cas des compagnies qui travaillent dans plusieurs pays ” (1994, p. 19).
Après la Seconde Guerre mondiale et plus précisément pendant les deux ou trois dernières décennies du xxe siècle, des transformations importantes se sont produites dans l’économie du monde. L’Afrique et l’Amérique latine ont perdu leurs liens autrefois si forts avec les marchés mondiaux des marchandises et des matières premières. Il y a eu une augmentation très forte de l’importance de l’investissement étranger direct dans les services. Le rôle joué par les marchés financiers internationaux a gagné en importance. Le cadre institutionnel établi par les accords de Bretton Woods a commencé à s’effriter (voir 1994, p. 27-28).
Ces réalignements ont amené une restructuration profonde de la hiérarchie de toutes les villes du monde et également dans le cadre du réseau existant des villes à l’intérieur d’un seul et même pays. De nouvelles inégalités sont apparues entre les villes. Les nations et leur importance dans les réseaux commerciaux et économiques traditionnels ont perdu leurs positions privilégiées. L’importance des États nationaux a commencé à diminuer et certaines “ villes globales ” sont devenues plus importantes dans le paysage globalisé que des nations entières. Une nouvelle combinaison de dispersion spatiale et d’intégration globale a créé des rôles stratégiques nouveaux pour les très grandes villes comme New York, Londres et Tokyo.
Au-delà de leur longue histoire comme centres internationaux de commerce et de banque, ces villes fonctionnent maintenant de quatre nouvelles manières : premièrement, comme des points de contrôle très concentrés dans l’organisation de l’économie mondiale, deuxièmement, comme des sites clefs pour la finance et pour les compagnies spécialisées dans les services, qui ont remplacé l’industrie en tant que secteur économique dirigeant, troisièmement, comme sites de production, y compris la production des innovations, dans ces industries de pointe, et quatrièmement, comme des marchés pour les produits et les innovations à vendre.
(1991, p. 3-4)
Dans ses derniers deux livres Saskia Sassen cherche des réponses satisfaisantes à plusieurs questions, comme : (a) quel est le rôle réel joué par les très grandes villes dans l’organisation et la gestion de l’économie mondiale? (b) Est-ce que la consolidation de l’économie mondiale a affecté l’ordre économique, politique et social dans les très grandes villes au point de mettre en danger leur subsistance ? (c) Comment la spécificité historique, politique, économique et sociale d’une ville particulière (par exemple Paris) résiste à son incorporation dans l’économie mondiale ? (d) Est-ce que la relation entre l’État et la ville change, dans les circonstances d’une forte articulation entre la ville et l’économie mondiale et si oui, comment ?
Afin de répondre à ces questions, nous devons classifier les villes du monde en différentes catégories ou créer de nouvelles typologies dans le sens de Max Weber. Sans s’adonner à une classification explicite, Saskia Sassen nous permet de distinguer au moins cinq types différents de villes : (1) “ villes globales ”, (2) “ méga-villes ” ou mégapoles, (3) “ métropoles ”; (4) “ villes périphériques ” et (5) “ villes dortoir ”.
  1. Les “ villes globales ” sont les nouveaux piliers de l’“ ère informationnelle ”, dans le sens de Manuel Castells (1995-1999). Elles fournissent complètement les infra-structures nécessitées par l’économie mondiale pour la réalisation des transactions internationales. Il faut y compter un bon niveau pour les aéroports, les hôtels, les télécommunications, les médias, Internet, le système bancaire, la sécurité, la bourse, et ainsi de suite. Les villes globales possèdent un nombre significatif de personnes qualifiées et efficaces capables de fournir et produire tous les services nécessaires. Elles sont des places de marché capables d’absorber et de recycler entièrement les flux et les transactions financiers. Exemples : New York, Londres, Tokyo, Miami, Los Angeles, Toronto, Sidney, Zurich, Francfort, pour ne mentionner que les plus importantes. Il est bon de se rappeler que cette hiérarchie peut changer très vite en fonction des modifications ininterrompues des conditions économiques. La position de New York peut avoir changé depuis les attaques terroristes contre le World Trade Center.
  2. Les “ méga-villes ” ou “ mégapoles ” sont définies essentiellement par le nombre de leurs habitants, c’est-à-dire d’habitude supérieur à 10 millions. Le nombre de villes de cette catégorie a augmenté au cours des deux ou trois dernières décennies. Cette explosion urbaine a provoqué de sérieux problèmes : manque d’emploi, de logement, de moyens de transport, d’éducation, de soins médicaux, etc. Le surpeuplement dans ces villes a fait apparaître une augmentation de la violence et de la consommation de drogues par rapport aux villes plus petites. La richesse et la pauvreté coexistent, comme les gratte-ciel et les taudis. Exemples : Bogotá, Lima, Rio de Janeiro, Bombay, etc.
  3. Les “ métropoles ” sont d’anciennes villes avec une longue histoire et une tradition économique, politique et culturelle importante, qui ont démontré leur capacité à s’adapter à la modernisation et à la nouvelle économie mondiale, sans perdre leur spécificité ou dignité en tant que sites culturels. Elles sont bien connues et conservent leur aura d’anciennes capitales. Il s’agit de grandes villes avec un nombre d’habitants élevé ; les aéroports, les moyens de transport, les hôtels, les institutions culturelles et l’autonomie politique n’ont rien à se reprocher. Mais ces villes ne veulent pas être transformées en simples instruments de l’économie globale, même si elles peuvent accomplir toutes les fonctions exigées des villes globales. Le tourisme représente une source importante de revenu pour leurs habitants. C’est le cas de villes comme Paris, Rome, Berlin, Munich, Madrid, Vienne, Lisbonne, Athènes, Prague, Budapest, pour ne mentionner que les métropoles occidentales les mieux connues.
  4. Les “ villes périphériques ” sont toutes celles qui sont devenues secondaires, voire marginales du point de vue économique, géographique ou culturel. Par le passé, ces villes ont pu contribuer au progrès de la civilisation, mais aujourd’hui leur importance et leur prestige ont diminué. Certaines peuvent même être considérées comme décadentes, incapables de rétablir le lien avec le réseau des grandes villes du monde. Exemples : Marseille, Glasgow, Porto, Séville, Bucarest.
  5. Les villes “ satellite ” et/ou villes dortoir sont des sites urbains dépourvus d’autonomie propre. Elles ont besoin d’autres villes dans le voisinage pour les places de travail, les institutions culturelles, la participation politique. Il s’agit également de villes “ secondaires ”, mais elles apportent une contribution stratégique en étant capables de fournir une partie de la force de travail requise par l’industrie et les services. C’est le cas de Potsdam, près de Berlin, de Campinas et Osasco, et du triplet dit ABC (Santo André, São Bernardo, São Caetano) pour São Paulo, de Darmstadt et de Bad Homburg pour Francfort, et ainsi de suite.
Comme dans toutes les autres typologies, il est plus facile d’y trouver un mélange de tous les cinq types ou de différentes combinaisons de deux ou trois types, plutôt qu’un cas “ pur ”. Ceci explique pourquoi São Paulo et la ville de Mexico peuvent être classifiées à la fois comme mégapoles et villes globales. Pourtant, même si Paris ou Berlin peuvent présenter certaines des caractéristiques des villes globales, il s’agit incontestablement surtout de métropoles. Il est également important de garder à l’esprit que la classification est souple. Une ville qui se trouve aujourd’hui dans une catégorie peut changer de catégorie demain, comme ce serait peut-être le cas de Marseille, de Porto ou de Bucarest.
Nous devrions garder à l’esprit que non seulement les villes, mais également la zone, le paysage et la région dont elles font partie intégrante, se développent, changent et déclinent. Ainsi il n’est pas surprenant que la classification puisse changer même si aucun changement n’est enregistré dans une ville donnée. Il suffit de penser au sort de Bonn après que Berlin est redevenue la capitale de l’Allemagne.
L’analyse de Saskia Sassen donne l’impression que les villes sont jetées ensemble comme des balles dans un jeu de loterie. La combinaison qui en ressort est le résultat de principes statistiques échappant à notre contrôle.
Après cette clarification, nous pouvons donner quelques réponses aux questions introductives de Sassen.
  1. Parmi tous les cinq types de ville introduits par sa typologie, le plus important pour l’économie mondiale globalisée est la ville globale. New York, Londres, Tokyo, Miami, Toronto, Sidney sont indispensables pour les transactions économiques internationales. Toutes ces villes globales apportent une contribution vitale à la circulation des capitaux autour du monde. Elles sont centrales par rapport au système du monde capitaliste à l’âge de la globalisation. Si une de ces villes est paralysée, comme cela s’est presque produit à New York à la suite de l’attaque contre le World Trade Center, l’ensemble du système peut être affecté.
  2. Les autres types de ville ne sont pas si stratégiques. Leur importance pour les marchés financiers internationaux décroît au fur et à mesure que nous descendons sur l’échelle, des métropoles aux villes satellite. Avec les mégapoles comme São Paulo ou la ville de Mexico les problèmes sont différents, parce que, d’une part, leurs infra-structures les qualifient pour le rôle de villes globales, mais, d’autre part, leurs problèmes démographiques, économiques et politiques génèrent des risques excessifs pour les flux de capitaux, comme ce qui se passe juste en ce moment avec Buenos Aires, autrefois considérée comme la métropole la plus européenne de l’Amérique latine.
  3. Les changements macro-structurels dans l’économie globale, la transformation de la société industrielle en société informationnelle et le changement en faveur de l’information, au détriment de la production matérielle, ont produit des modifications structurelles profondes affectant l’organisation des sociétés, leurs stratégies concernant les forces de travail, les structures du pouvoir de l’État, mais surtout la place et la hiérarchie des villes contemporaines. Certaines sont qualifiées pour occuper les premiers rangs pour le pouvoir et les finances, comme New York, Londres et Tokyo. Comme nous le savons, certaines ont perdu leur importance passée, comme Manchester, Marseille, Séville et autres. Des localités totalement secondaires comme Silicon Valley surgissent d’un seul coup en tant que “ zones ” financières, technologiques et informationnelles importantes. Comme Sassen l’admet, les métropoles européennes comme Paris, Madrid, Berlin, Vienne et Moscou conservent sans souci une position de prestige historique qu’elles ont acquise au fil des siècles. Inévitablement, il y a des gagnants et des perdants, et il paraît difficile de prédire qui gagnera ou perdra dans les prochaines décennies. Certaines des villes les plus traditionnelles, comme les capitales du monde arabe semblent être heureuses de se tenir à l’écart d’un jeu où tout résultat paraît être possible.
  4. Les traditions économiques, politiques et culturelles des cités qui n’ont pas été touchées jusqu’à présent par l’économie globale peuvent être étudiées très bien dans le cas de Lisbonne (voir Freitag, 1999). Il est bien connu que cette ville a survécu en tant que petite et pittoresque métropole du Portugal, échappant aux deux guerres mondiales tout en restant la métropole un peu décadente d’un empire colonial déclinant. Après les années 70, Lisbonne a été submergée par des gens regagnant la mère patrie après la perte des colonies. La re-démocratisation du Portugal a été facilitée grâce à l’aide généreuse de l’Union Européenne. Les réformes technologiques, la modernisation des systèmes de transport et de télécommunications et des projets urbains ambitieux (construction d’un deuxième pont sur le Tage, renouvellement des zones portuaires dégradées pour l’Expo-98) ont changé le visage de la charmante capitale, d’où Vasco da Gama et Cabral sont partis découvrir la voie vers l’Inde et le Brésil. Lisbonne n’est plus la métropole originale que Tanner et Wim Wenders aimaient montrer dans leurs films. La ville a changé d’aspect en répondant aux tendances dynamiques de l’économie mondiale et de l’ère informationnelle. Les changements économiques et politiques dans le contexte mondial affectent inévitablement la structure interne et la dynamique des villes plus petites.
  5. Revenons à la dernière question, concernant la relation entre villes globales et la structure de pouvoir de l’État. Sur ce sujet, Sassen adopte une position similaire à celle défendue par Manuel Castells. Sassen, tout comme Castells, admet que le rétrécissement de l’importance de l’État national est inévitable. En revanche, les villes, surtout les villes globales, ont une importance accrue. Mais ceci ne signifie pas la fin de l’État, son “ déclin ”, dans le sens de Marx. Sassen argumente que l’État est responsable de l’organisation et de la supervision de la planification et du renouveau des villes, de sorte que chacune puisse “ passer l’examen ” de ville globale, en restant en compétition avec ses sÅ“urs dans le réseau mondial de villes exigé par l’économie globale. Michael Peter Smith (2001) critique dans son dernier livre Transnational Urbanism. Locating Globalization le parti pris économique contenu dans les arguments de Castell et de Sassen. Pour cet auteur, les arguments culturels, sociaux et anthropologiques doivent être prioritaires dans la construction des théories et des typologies des villes (voir également Douglas & Friedmann, 1998).
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Ce texte n’est pas une élégie sur les villes de Troie perdues et l’Atlantide engloutie, mais non plus un hymne souhaitant la bienvenue aux “ villes globales ” du Brave New World. Les villes ne sont pas seulement “ Sitze des Geldes ” (des sites dédiés à l’argent) dans la terminologie de Georg Simmel, mais des chapitres dans le long voyage de la civilisation, des échos de mémoires qui ne devraient pas s’effacer. Surtout, elles ont été et continuent d’être le foyer d’un nombre incalculable d’êtres humains. Dans les conditions présentes, la plupart d’entre eux vit dans une pauvreté extrême, dans des villes marginales et périphériques. Ces gens n’ont aucune importance d’un point de vue économique. Ils sont de trop, vus par la rationalité globale. Mais c’est seulement en vue de leur salut que ces suggestions de revoir l’image de nos cités (Stadtbilder) et les concepts de ville méritent d’être prises en considération.
Traduit de l’anglais par Daniel Arapu.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Benjamin, Walter, Das Passagenwerk. Gesammelte Schriften, vol. V, (édité par Rolf Tiedemann), Francfort/Main, Suhrkamp-Verlag.
·  Calvino, Italo, Le città invisibili Turin, Giulio Einaudi ed.
·  Douglas, Mike et John Friedmann (éds), “ Cities for Citizens. Planning and the Rise of Civil Society ”, In a Global Age, Chichester-New York-Weinheim-Brisbane-Singapore-Toronto, John Wiley and Sons.
·  Freitag, Barbara, “ Utopias urbanas ”, dans Atas do X Encontro da Sociedade Brasileira de Sociologia: Sociedade e Cidadania. Novas utopias. Fortaleza.
·  Godin, Christian, “ D’une utopie à l’autre ”, dans La renaissance de l’utopie. Magazin littéraire, n° 387, Mai 200, p. 42-43 Grafmeyer, Y. & I. Joseph, (éds), L’École de Chicago (textes traduits et présentés par Grafmeyer et Joseph), Éditions Aubier
·  Moncan, Patrice & Chiambaretta, Philippe, Villes rêvées. Paris, Les Éditions du Mécène 1998.
·  Paquot, Thierry, “ Les utopies industrielles ”, dans M. Roncayolo et Th. Paquot (directeurs) Villes & Civilisation urbaine (XVIII-XX siècle), Paris, Larousse (Textes essentiels), p. 61-89.
·  Sassen, Saskia, The Global City. New York, London, Tokyo, Princeton/NJ, Princeton University Press.
·  Sassen, Saskia, Cities in a World Economy, Thousand Oaks-Londres-New Delhi.
·  Smith, Michael Peter, Transnational Urbanism. Locating Globalization, Malden-Oxford, Blackwell Publishers.
·  Weber, Max, “ Die nichtlegitime Herrschaft (Typologie der Staedte) ”, (W&G), dans Chapitre 9, 7, volume 2 de Wirtschaft und Gesellschaft. Grundriss der verstehenden Soziologie, Koeln-Berlin, Kiepenheuer und Witsch (Studienausgabe), p. 923-1033.
 
NOTES
 
[*]Barbara Freitag est sociologue. Diplômée de l’Université libre de Berlin, où elle travaille comme professeur assistant, elle est docteur de l’Université technique de Berlin. Professeur titulaire au département de sociologie de l’Université de Brasilia depuis 1974. Elle a publié de nombreux livres en allemand : Die brasilianische Bildungspolitik, Aufbau kindlicher Bewusstseinsstrukturen, Florestan Fernandes, et en portugais : Teoria e crítica : ontem e hoje, itinerários de Antígona, Piaget e a filosofia, entre autres, ainsi que de nombreux articles dans des revues brésiliennes et étrangères. Elle dirige également la publication Anuário de Educação à Rio de Janeiro.
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