2003
Diogène
Avant-propos
Paulin J. Hountondji
[*]
Porto-Novo (Bénin), 19-21 septembre 2002. Un colloque sur « La rencontre des rationalités », organisé conjointement par le Centre Africain des Hautes Études, le réseau UNESCO « Chemins de la pensée » et le Conseil international de la philosophie et des sciences humaines (CIPSH), s’y est déroulé à l’occasion de sa xxvie Assemblée générale. Soixante-douze (72) participants en provenance de trente-trois (33) pays. Un programme scientifique ambitieux. Programme en quatre points établi, comme tous ceux du même genre, en sachant bien qu’on ne pourrait jamais le couvrir :
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Qu’est-ce que la rationalité ?
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Rationalité et disciplines scientifiques (Rationalité et irrationalité dans les sciences « dures » ; Rationalité et irrationalité dans les sciences « molles » ; L’indiscipline des disciplines)
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Rationalité et cultures (Les croyances à la sorcellerie ; Rationalité et langage ; Religions et rationalité ; L’expression des sciences dans les langues non européennes [atelier pratique])
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Rationalité et pratiques sociales (en politique : rationalité et irrationalité dans la gestion des hommes ; en économie : rationalité et irrationalité dans la gestion des choses ; dans les rapports à autrui et à soi : les « folies », le comportements « rationnel »).
En attendant que paraissent les Actes du colloque, il faut savoir gré à
Diogène de faire écho, dans le présent numéro, à la richesse des débats de Porto-Novo, en publiant 8 des communications effectivement présentées à cette rencontre, et 5 de celles qui, préparées à cette fin, n’ont pas pu y être présentées suite à des empêchements divers. Au premier groupe de communications appartiennent celles de Françoise Davoine, Ioanna Kuçuradi, Remi Sonaiya et de Jean-Max Gaudillière, Harris Memel-Fotê, Richard Rorty, Luca Maria Scarantino
[**]. Au deuxième groupe appartiennent les articles de Jean-Godefroy Bidima, Souleymane Bachir Diagne, Paulus Gerdes, Dismas A. Masolo, Ngugi wa Thiong’o et Eunice Njeri Sahle.
Ce choix, non exhaustif par hypothèse, ne se prétend pas forcément représentatif, il se contente d’ indiquer au lecteur quelques-unes des questions posées à Porto-Novo, et à travers elles, la préoccupation récurrente, entre toutes : y a-t-il un sens, aujourd’hui, à parler de la raison en général ? Doit-on, en prenant acte des formes multiples de rationalité réalisées dans l’histoire, renoncer à l’idée d’une rationalité une et indivisible, et méconnaître l’exigence universelle de cohérence, de vérité, de justice présente dans toutes les cultures ?
Ce qui s’est forgé à Porto-Novo, c’est l’idée que la raison, capital humain universel et « chose du monde la mieux partagée », comme l’admettait Descartes, est à la fois une et plurielle. Les multiples facettes que présente la rationalité aujourd’hui obligent à prendre en compte la complexité des situations et des perspectives. En aucun cas cependant elles ne condamnent à professer des positions relativistes. Les hommes donnent toujours un sens à leurs actes. La pensée peut et doit aujourd’hui se frayer de nouveaux chemins au sein d’un monde à la fois global et divers. C’est le seul moyen de construire, par-delà les dogmatismes et les terrorismes divers, une paix durable et un monde plus humain.
C’est grâce au dévouement d’un philosophe que la Bibliothèque nationale de Porto Novo (Bénin) a accueilli, en septembre 2002, la Rencontre des rationalités qui allait inspirer le présent numéro de Diogène. Le Professeur Paulin Hountondji a non seulement élaboré le programme scientifique qui a donné lieu à de fructueux débats, mais a aussi mobilisé de nombreux partenaires : dans son pays natal, le Gouvernement béninois, représenté par le Professeur Dorothé Sossa, Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et par Monsieur Gaston Zossou, Ministre de la communication et de la promotion des nouvelles technologies ; l’Université d’Abomey-Calavi, le Centre béninois de la recherche scientifique et technique. Parmi les partenaires bilatéraux et multilatéraux nous avons compté l’Agence universitaire de la francophonie que préside Madame Michèle Gendreau-Massaloux, la Fondation Prince Claus pour la culture et le développement, l’Ambassade Royale des Pays-bas au Bénin et l’UNESCO, représentée par son Sous-Directeur adjoint pour les sciences sociales et humaines, Monsieur Jérôme Bindé. Avec le CIPSH, sous la présidence de Madeline Caviness et la coordination de Maurice Aymard et de Luca Maria Scarantino, l’UNESCO a participé à la fois à l’organisation de la Rencontre et à la préparation du présent numéro. Nous tenons à cet effet à remercier tout particulièrement au sein de sa Section de la philosophie et des sciences humaines, Frances Albernaz et Véronique Aldebert.
Le nombre important de partenaires nous rend impossible la tâche de citer les noms de tous ceux que nous voulons remercier ici : Clémentine Houdote-Falome, directrice de la Bibliothèque de Porto Novo, qui a hébergé la Rencontre, les membres du secrétariat du colloque, Edwige Aplogan, Amélie Agbanbatin, Nadia Byll, Dupe Lawani et Euloge Daga, secrétaire administratif du Centre africain d’études avancées, les interprètes, les techniciens, les accompagnateurs… La présence d’innombrables intellectuels, artistes et étudiants a donné lieu aux débats fructueux que nous espérons refléter ici ne serait-ce que partiellement.
La rédaction de Diogène remercie très vivement tous ceux qui ont aidé à la préparation de ce numéro, d’une manière ou d’une autre : Anastasie Agnimel, Jean Mircéa Arapu, Dominique Arnouil, Janette Arnulf, Emmanuelle Auroi, Jean-Godefroy Bidima, Christian Caduc, Barbara Caldwell, Catherine Champniers, Françoise Davoine, Aimée-Catherine Deloche, Paolo Dibert, Pierrette Friedman, Jean-Max Gaudillière, Apollinaire Gnonlonfoun, Régine Herzberg-Poloniecka, Paulin J. Hountondji, Cristina Laje, Syl Paris, Luca Maria Scarantino, Imre Toth, Maria Villela-Petit. Et toujours, Emo Lessi.
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Paulin J.
Hountondji, professeur de philosophie à l’Université de Cotonou (Bénin), a publié notamment
Sur la « philosophie africaine » : critique de l’ethnophilosophie (Paris, 1977 et Yaoundé, 1980) ;
Combats pour le sens : un itinéraire africain, 1997, et en collaboration :
Les savoirs endogènes : pistes pour une recherche, 1994 ;
Économie et société au Bénin, 2000. Directeur du Centre Africain des Hautes Études de Porto-Novo, il a été vice-président du CIPSH de 1998 à 2002. Il est, depuis décembre 2002, vice-président du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA).
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Luca Maria
Scarantino est né à Milan en 1968. Élève de Jean Petitot, ses travaux portent sur la philosophie et l’épistémologie italiennes contemporaines et, plus récemment, sur la structure logique du discours de propagande. Il a publié en 2002 la première édition française des
Écrits philosophiques de Giulio Preti. Depuis 1996 il est Secrétaire général adjoint du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines.