Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130539940
152 pages

p. 146 à 160
doi: 10.3917/dio.203.0146

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Aspects de la pensée aux États-Unis

n° 203 2003/3

2003 Diogène Aspects de la pensée aux États-Unis

Anti-France : Un fantasme du roman américain contemporain

Jeffrey Mehlman  [*] (Department of French Literature, Boston University.)
Il existe une géographie du roman juif américain qui conduit beaucoup plus loin de la ville de New York qu’on aurait pu le soupçonner. Prenons les deux auteurs qui seront au centre de ces pages. Depuis L’Écrivain des ombres (1979), Philip Roth a été un romancier de l’Ouest du Massachusetts, d’une région connue sous le nom des Berkshires. Son dernier grand roman, La Tache, a pour cadre un campus imaginaire des Berkshires, met en scène la visite mémorable à la résidence d’été voisine du Boston Symphony, à Tanglewood, et trouve un genre d’apogée tragique à Pittsfield, l’une des villes principales de la région. Un peu plus au nord, Saul Bellow n’a jamais dissimulé son plaisir de se rendre « au bon endroit » : le Vermont. Ravelstein, son tout dernier roman, compte quelques scènes dans le New Hampshire voisin, mais l’amateur de son Å“uvre y reconnaît aussitôt une transposition du « bon endroit » chéri de l’auteur, où la « rosée absorbe chaque particule de lumière » : le Vermont [1]. Notre point de départ sera à égale distance des deux, entre les Berkshires et les Green Mountains, dans la ville assoupie de Bennington, juste à la frontière du Massachusetts et du Vermont. C’est une ville d’écrivains : W. H. Auden a enseigné dans le collège du coin ; Robert Frost y est enterré. Pourtant, c’est une Å“uvre d’art plastique improbable, la sculpture allégorique placée devant le musée d’art local, et plus particulièrement l’allégorie involontairement mise en scène par son ambition allégorique, ainsi que sa valeur heuristique pour la lecture de La Tache et de Ravelstein, qui sera au cÅ“ur de ces réflexions.
Le Bennington Museum abrite une collection particulièrement imposante d’Å“uvres de la primitiviste américaine Grandma Moses. Devant le Musée, cependant, avant d’aborder le kitsch de Grandma Moses, le visiteur se trouve face à une sculpture bizarre d’un artiste du Vermont, Clyde du Vernet Hunt. Baptisée « L’Esprit américain », elle a été coulée dans le bronze en 1939 et consiste en trois figures, d’échelle légèrement différente, chacune incarnant une vertu cardinale propre : un Abraham Lincoln debout, imposant avec son manteau et son haut de forme, incarne la Charité ; une femme à moitié nue, la Foi, est étalée à genoux devant le président, levant les yeux vers lui d’un air soumis ; l’Espérance est un garçon callipyge nu, droit debout devant le président, le regard braqué à hauteur de sa taille. L’idée que le vénérable président est en train de choisir, s’il ne s’y abandonne, entre deux fellations, hétérosexuelle et homosexuelle, s’est imposée avec tant d’insistance sous la présidence Clinton que les dames patronnesses du musée décidèrent de rédiger et de distribuer à la caisse une feuille relatant la genèse de la sculpture – de crainte de devoir réfuter l’impression d’un acte sexuel dont la simple mention souillerait inévitablement les lèvres de qui voudrait la dissiper.
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Si Lincoln (Charité), explique le document, a toujours inspiré l’artiste patriote, dans ses Å“uvres en bronze ou en marbre, la Foi et l’Espérance sont en fait des refontes de deux statues à l’origine totalement séparées : une femme nue en marbre, à genoux, portait initialement le titre de « Nirvana » et était censée personnifier le principe bouddhiste de l’émancipation spirituelle ; et le petit garçon nu, qui incarnerait l’Espérance, était à l’origine un mémorial de l’après Première Guerre mondiale baptisé « Fils de France ». Ainsi « Nirvana » fut-elle neutralisée sous le nom de Foi, et la France (ou son fils) sous celui de l’Espérance. L’étrange inspiration de Hunt fut d’associer Nirvana, le « Fils de France » et Lincoln sous les noms allégoriques de Foi, Espérance et Charité. Il suffisait de draper discrètement cette Nirvana agenouillée (devenue la Foi) pour consolider le groupe, aux dépens de Nirvana (osera-t-on dire du principe de Nirvana, cette dimension de la pensée freudienne que l’Amérique a toujours jugée inassimilable ?) et de (l’avenir de) la France – une consolidation accomplie au nom du moralisme américain : les vertus cardinales de la Foi, de l’Espérance et de la Charité.
Tout le problème, bien entendu, tient au fait que c’est précisément dans la mesure où c’est le moralisme qui les a associées que les trois figures ont pu paraître au seuil de la perversion sexuelle. Et tout cela, à un jet de pierre de l’obélisque commémorant la bataille révolutionnaire de Bennington. C’est presque comme si la volonté de mêler les trois en une unité idéalisée et toujours plus grande, la matière de ce que Freud nomma Éros (mais analysa en termes de narcissisme), avait été démentie par le principe de Nirvana, une « pulsion de mort » dont la structure avait été dès le début celle de la « sexualité inconsciente » elle-même [2].
Mais, pour que cette configuration devînt apparente, il fallait du temps – et le scandale Monica Lewinsky sous une présidence ultérieure. D’où la nécessité d’un historique imprimé de cette trilogie de bronze, installée devant le musée en 1949, et qui ne devint impératif que sous la présidence Clinton. Auparavant, m’expliqua un responsable du musée, le groupe avait été présenté en réponse à une commande de John Rockefeller comme décoration potentielle du Rockefeller Center à New York. Rockefeller aurait refusé l’Å“uvre avec horreur, mais le simple fait que le sculpteur ait cru bon de la présenter comme une expression de patriotisme dénué d’ambiguïté montre à quel point ce put être un travail inconscient.
Et l’une des dimensions qu’elle cherchait à refouler, au nom de la morale américaine, était un certain avenir de la France.
*
« Père Abraham » est le nom donné sur le Web à la sculpture de Bennington. Et l’on pense à cette parabole de Kafka qui commence par Ich könnte mir einen anderen Abraham denken. Ou peut-être au moment séminal de Proust, la scène du baiser maternel, lorsque le père de Marcel n’arrive pas à se conformer à l’eau-forte de l’Abraham biblique à la manière de Benozzo Gozzoli que Swann a donnée au jeune protagoniste. Car la sculpture de Bennington, dans la plénitude du temps, a fini par constituer son propre « autre Abraham », allégorie de l’allégorie qu’elle semble vouloir mettre en scène : dans les dernières années du xxe siècle, Abraham Lincoln, incarnation d’une vertu cardinale, ne semblerait pouvoir incarner cette vertu que dans la mesure où il était impliqué dans une double et spectaculaire perversion sexuelle. La gêne du Bennington Museum, lorsqu’il crut bon de sortir sa notule au moment de l’affaire Lewinsky, en est l’illustration éclatante.
Il y a plus étrange encore. Ce qui était en jeu dans la trilogie de Bennington – la sexualité flagrante, la négation de Nirvana (de Freud) et d’un certain avenir de la France, le tout au nom de la morale américaine – a réussi à se frayer un chemin dans la sphère la plus haute de la prose américaine, et c’est vers ce phénomène, tel que l’illustrent les exemples jumeaux de La Tache de Roth et de Ravelstein de Bellow, tous deux parus en 2000, que nous allons maintenant nous tourner. Si je parle de cas jumeaux, c’est en raison de l’étonnante similitude des deux romans. Avec un brin d’ingéniosité, on pourrait en fait donner des deux romans un résumé identique. Voyez la bivalence de la formulation suivante: un universitaire courageusement conservateur, condamné à mourir en raison de ses écarts sexuels, demande, avant de mourir, à un vieil ami romancier d’écrire l’histoire de sa vie. De surcroît, chacun des livres est dominé par une menace thématisée comme française par excellence.
Nous commencerons par La Tache puisque Roth a fait du lien avec l’affaire Lewinsky un motif principal de son roman. Ce livre, qui a pour cadre le campus de l’imaginaire Athena College dans les Berkshires, voudrait être en fait une tragédie au sens aristotélicien du terme ; et le chÅ“ur grec des citadins, imaginé par Roth, est surtout occupé à commenter l’affaire Lewinsky. Le héros de cette tragédie, cependant – et dans cette mesure, un substitut de Clinton dans sa sexualité débridée – est un certain Coleman Silk, helléniste et administrateur conservateur du collège, qui a été injustement chassé de son établissement dans d’étranges circonstances. Observant que deux étudiants inscrits à son cours ne se sont jamais présentés, il demande un jour à ses étudiants si quelqu’un les connaît ou s’ils ne sont que des « zombies » (spooks). Il s’avère que les deux étudiants en faute sont des Afro-Américains et que le mot spooks a aussi le sens, désobligeant, de « nègres ». Du coup, les ennemis que Silk compte sur le campus peuvent le traquer, injustement, comme un raciste jusqu’à l’acculer à la démission. Brisée par les événements, son épouse ne résiste pas à l’épreuve et meurt. L’ancien doyen se console en nouant une liaison scandaleuse avec une femme de ménage du Collège, Faunia Farley. Il demande à Nathan Zuckerman, romancier et alter ego de Roth, de raconter son histoire dans un livre. Finalement, Silk et Faunia trouvent tous deux la mort dans un accident de la route provoqué par son ancien mari jaloux, un ancien du Viêt-nam qui a le cerveau fêlé.
Si la transformation de Coleman Silk en bouc émissaire est une tragédie au sens aristotélicien du mot, c’est qu’elle comporte à la fois anagnorisis et peripeteia. Car, à mi-parcours du roman, nous découvrons que Coleman Silk, administrateur juif de l’Athena College, n’est nullement un Juif, mais un noir à la peau claire qui se fait « passer » pour un Juif. Ainsi y a-t-il une profonde justice dans l’injustice apparente de la persécution de cet homme comme raciste. Car il est devenu ce qu’il est par hubris, en niant cruellement sa race. Coleman Silk est un Œdipe américain : le fait qu’il fuit sa race est un parricide virtuel tandis que sa liaison avec la femme de ménage est thématisée comme virtuellement incestueuse.
Dans le même temps, Silk, on l’a vu, est un substitut de Bill Clinton, dont les aventures et infortunes sexuelles paraissent être le principal centre d’intérêt du chÅ“ur grec des citadins. Ce n’est pas pour rien que le roman trouve une sorte de résolution quand la police rapporte que rien ne prouve que Silk recevait les faveurs sexuelles de Faunia au moment de l’accident fatal.
Si Coleman Silk est l’Œdipe de Philip Roth, massacrant métaphoriquement ses parents dans leur race pour finalement en payer le prix ironique, son oracle de Delphes est une normalienne hystérique qui enseigne au Collège, Delphine Roux la bien nommée. Poussée par la frustration sexuelle, elle passe le roman à envoyer des lettres énigmatiques – et, à l’occasion, anonymes – électroniques et manuscrites, à seule fin de démolir sa némésis, Coleman Silk. Ainsi de ce jour où elle entre dans la New York Public Library avec un exemplaire de l’essai de Julia Kristeva sur la mélancolie sous le bras et une lettre anonyme dénonçant les frasques du doyen, qu’elle hésite à envoyer, dans son sac. Dans la salle de lecture, elle tombe sur un partenaire apparemment acceptable en train de lire – est-ce possible !? – un roman, en français, du mari de Kristeva, Philippe Sollers. S’asseyant en face de lui, elle le voit sourire en direction de quelqu’un qui entre dans la salle derrière elle – et avec qui il s’en va. Sous l’effet de la rage et de la frustration, elle envoie la lettre de dénonciation qui mènera le doyen à sa perte.
Delphine Roux incarne un narcissisme profond, presque clinique. Elle se convainc que l’humiliation sexuelle de la femme de ménage par Silk est en fait un pis-aller, que sa volonté réelle est de l’humilier elle : « en effigie, c’est à moi que vous vous en prenez », dit-elle dans l’une de ses divagations [3]. Jamais le doyen en disgrâce n’aurait pardonné à l’intellectuelle française son rôle dans le scandale initial des zombies – une débauche de « politiquement correct » qui l’avait acculé à la démission. Du fantasme d’être une victime sexuelle dans le corps d’une autre à la volonté de se venger à mesure qu’une vague d’« idéalisme débridé » la submerge, il ne faut pas longtemps pour que Delphine se trouve dans les affres d’un délire classique de persécution. Finalement, rédigeant une petite annonce née de sa frustration sexuelle et destinée à la New York Review of Books, elle fait en écrivant une découverte stupéfiante : l’homme qu’elle cherche correspond de manière on ne peut plus transparente à sa némésis, Coleman Silk. Sur ce, elle se trompe de touche et, d’un seul geste, « par accident », elle envoie sa petite annonce par courrier électronique à tous les membres de son département. Delphine se délivre de son oracle, mais c’est le geste d’une narcissique paranoïaque (« La nouvelle du scandale va parvenir à tous les gens qu’elle connaît, et la honte l’accompagnera partout sans rémission [4] »).
S’il était permis de résumer le fond de la pensée freudienne par l’idée que nous sommes tous condamnés à jouer simultanément les rôles d’Œdipe et de Narcisse, Roth nous a donné un livre où ces rôles sont partagés entre un Œdipe parricide qui nie sa race, en la personne de Coleman Silk, et un Narcisse qui se consume et se détruit dans la violence en la personne de Delphine Roux. Que la tragédie oedipienne, si juste dans son injustice apparente, englobe la comédie narcissique de l’intellectuelle française est une indication que le genre choisi par Roth dépasse la satire. Pour autant, il ne faut pas nier la place centrale de celle-ci. Obsédée par sa « francité », sa thèse sur Bataille à la main, Delphine Roux est une cible que Roth cherche à démolir. Car elle incarne la menace de la « théorie française », telle que la perçoivent les lettres américaines – une menace connue en France, du fait des excès auxquels elle a donné lieu sur les campus américains, comme « la théorie américaine ». (Roth a suffisamment le sens de l’ironie pour parler du « prétendu discours qu’elle a acquis à Paris et New Haven [5] ».) Il n’y a pas lieu d’évoquer ici les vicissitudes de certaines lectures françaises de textes en langue allemande quand elles arrivèrent dans les départements d’anglais monolingues, où elles furent baptisées, faute de mieux, « théorie littéraire » (ou française). Il suffit de dire que Silk parle pour Roth quand il voit incarné dans la normalienne « le type de prestige universitaire bidon dont les étudiants d’Athena avaient besoin comme de la peste et dont, circonstance aggravante, le succès auprès des enseignants de second ordre était assuré [6] ».
Mais c’est pourquoi, dans une ironie peut-être plus grande que l’immense tragédie de Roth, on est frappé par la profondeur des résonances, des affinités entre le roman et un remarquable courant de la pensée française. Il n’est nulle part plus apparent que dans le titre, La Tache, en anglais The Human Stain. La formule est de ces locutions à double entente (comme les spooks) qui structurent le roman. Car, d’un côté, dans ce roman du déni de la race et de la volonté de « jouer sa peau » de toutes les façons qu’on le désire, la « tache humaine » – stain ou « teinte » – ne saurait se référer qu’à la pigmentation. Mais l’expression admet un deuxième sens, « l’impureté éhontée du sexe », « l’infection du sexe, cette corruption rédemptrice qui désidéalise l’espèce et nous remet en mémoire, pour jamais, de quelle manière nous sommes faits [7] ». Ainsi que Bataille aurait presque pu le dire. (Et nous quittons ici les Berkshires pour notre trio sculpté de Bennington : le soupçon de fellation comme cause de la chute ultime de Silk, l’ombre de Monica Lewinsky et d’un président américain jamais très loin de la conscience du chÅ“ur des citadins de Roth – et tout cela, on l’a vu, dans un contexte oblitérant une certaine idée de la France…). L’expression de « tache humaine » apparaît finalement, sans doute, comme une élaboration des réflexions de Roth sur une sexualité non maîtrisable. L’ostracisme d’un corbeau par ses congénères, un oiseau auquel s’est identifiée la scandaleusement érotique femme de ménage, est imputé au fait que les humains ont essayé de l’élever : « Nous laissons une souillure, nous laissons une trace, nous laissons notre empreinte. Impureté, cruauté, sévices, erreur, excrément, semence. » Faunia continue : « Ça n’a rien à voir avec la grâce, le salut ni la rédemption. La souillure est en chacun. À demeure, inhérente, constitutive. La souillure qui est là avant sa marque. Sans son signe, elle est là. La souillure tellement intrinsèque qu’elle n’a pas besoin d’une marque (mark) [8] ». C’est un étrange passage à plus d’un titre. Après tout, Marc (Mark) est le nom du fils perpétuellement rebelle de Coleman Silk. Ainsi, la souillure avant la marque parle sans doute d’une sexualité fondamentalement préÅ“dipienne, voire anti-Å“dipienne. Mais ce sont les résonances manifestement a-chrétiennes de cette « souillure avant la marque » sexualisée qui m’intéressent. Les meilleures lectures de Freud, qui doivent tant aux Français, n’ont-elles pas insisté sur le statut de la pulsion comme « corps étranger interne », sexualité originairement séduite dans l’autre [9] ? Et la « tache » (ou « trace ») avant « le signe » n’est-elle pas aussi près que possible de l’inspiration originelle de la grammatologie [10] ? Rien de tout ceci n’a été perçu dans un roman si engageant dans son rejet caustique de l’intellectualité française. Mais à mesure que le roman s’achève, sa sexualité scandaleusement orale, son rejet d’un certain Freud (français), voire d’une certaine France – tout adresse un clin d’Å“il en direction de notre trio de Bennington. Il est temps de nous transporter au nord.
*
Ou plutôt au nord-est, dans le Vermont de Bellow, qui se trouve à peu près aussi loin à l’est de la Trilogie Lincoln de Bennington que le campus d’Athena, dans le roman de Roth, est au sud. Nous avons déjà résumé le roman de Bellow, Ravelstein, en des termes également applicables à La tache : sur fond d’une francité menaçante, un universitaire conservateur américain, condamné à mourir pour raison de ses écarts sexuels, demande à un ami d’écrire l’histoire de sa vie après sa mort. Ravelstein est autant un mémoire qu’un roman ; la retraite de l’écrivain, dans le Vermont, a été déplacée un État plus à l’est, dans le New Hampshire, et l’universitaire, cette fois – le fait est notoire – est une version d’Allan Bloom, philosophe politique conservateur, dont l’essai, The Closing of the American Mind (en français, L’Âme désarmée – l’âme en question étant fermée à force de s’être si pathétiquement ouverte) dut une bonne part de son succès commercial à la préface de Bellow. Chick, le narrateur et alter ego de Bellow, est donc à Ravelstein ce que le Zuckerman de Roth est à Coleman Silk.
Mais il faut prêter attention aux différences. Abe Ravelstein était homosexuel et son goût immodéré des très jeunes hommes – dont les « jolis garçons parisiens » – le conduira à mourir du Sida [11]. Et Chick, le narrateur, à la différence du Zuckerman de Roth, a lui aussi une vie amoureuse surprenante à mener. Il a épousé la beaucoup plus jeune Rosamund, étudiante en doctorat de Ravelstein à Chicago, et le mémoire est une sorte de chant à la gloire de son désintéressement. À la fin du livre, elle aura sauvé la vie de Chick en le rapatriant de toute urgence d’une île des Caraïbes après qu’il a été gravement intoxiqué par une vive servie dans un restaurant français. À certains égards, le livre s’accorde avec la morale biblique la plus austère : des deux Juifs apparemment voués à la mort, l’hétérosexuel est « sauvé » par la femme qu’il aime et l’homosexuel « démoli par ses pratiques sexuelles imprudentes [12] ».
En vérité, on a l’impression que le courtois Chick cherche à préserver Rosamund – voire lui-même – de toute contamination par les dimensions du sordide sexuel dont Ravelstein est disposé à témoigner, parce qu’avec lui on en apprenait toujours plus qu’on « ne l’aurait désiré ». Et la figure de ce rejet est un archaïque « endroit de la psyché » qui appartient « à l’âge des pyramides ou à l’Ur des Chaldéens [13] ». On reconnaît dans ce « roc » psychique le lieu de naissance de l’Abraham biblique. Ainsi est-ce le Juif en Chick qui rejette l’homosexualité, le Juif pour qui le mot yiddish désobligeant d’andreygenes était quasiment tout le grec dont il avait besoin. Ich könnte mir einen anderen Abraham denken est le mot de Kafka remis en mémoire par la Trilogie Lincoln – le « Père Abraham » de l’Internet – à Bennington. Abe Ravelstein est l’autre Abraham de Chick. Dans le contexte de Bennington, nous sommes passés de la Foi (alias Nirvana) dans ses affinités avec la Faunia Farley de Roth (et derrière laquelle se profile Monica Lewinsky) à l’Espérance (alias Fils de France, ou les « jolis garçons de Paris » de Ravelstein). Cet « autre Abraham », objectera-t-on, n’était pas président, ni Lincoln ni Clinton, mais le roman répond très vite à cette objection : « Les “gens” d’Abe à Washington lui téléphonaient si fréquemment que je lui dis qu’il devait être en train de constituer un cabinet fantôme. Il accepta cela en souriant comme si la bizarrerie était de mon fait, et non du sien [14]. » Bellow imagine ainsi un Ravelstein qui sert de doublure à Clinton – où l’on retrouve précisément l’artifice qu’emploie Roth avec Coleman Silk dans son roman.
Il y a même dans les transgressions de Ravelstein une composante raciale qui s’engrène curieusement avec les transgressions raciales de Coleman Silk. À un moment, Ravelstein souffrant demande énigmatiquement à Chick de rédiger un chèque de cinq cents dollars à un nom qui ne dit rien à ce dernier. Ravelstein s’explique : il préfère que Nikki, son petit ami en titre, ne trouve pas trace du versement dans son chéquier à lui. Dans un essai suggestif, Christopher Hitchens a observé que le passage a été considérablement tronqué par rapport au jeu d’épreuves expédiées aux journalistes. Dans celles-ci, le chèque était signé pour services rendus à un « beau petit garçon » que Ravelstein avait « ramené chez lui une nuit [15] ». Son nom, Eulace (« prononcé Ulysse ») Harms, indique clairement que le garçon était noir. C’est un détail auquel Chick ou Bellow préféra ne pas penser, un cas de ce que le psychanalyste Adam Phillips appelle « l’étrange manque d’intérêt » de Chick concernant l’homosexualité de Ravelstein [16]. Il est cependant un autre sujet dont Chick ne cesse de répéter au lecteur qu’il ne le creusera pas : le fond des idées de Ravelstein. Mais Hitchens le fait et souligne que le « chaos » associé à la colère afro-américaine était « le thème même de L’Âme désarmée [17] ». Bloom ne se serait jamais remis de ce jour de 1968 où dans la Cornell University, où il enseignait, des étudiants noirs en armes avaient investi les locaux. Une remarquable configuration se dégage des détails sexuels (concernant Eulace Harms) excisés de Ravelstein et de la coloration raciale des motivations du best-seller de Bloom. L’attirance sexuelle vers l’objet de sa condamnation intellectuelle, transgression foncièrement marquée par la race, semble être une dimension que Chick, qui est par moments capable de se boucher les oreilles et de fermer les yeux, aurait refoulée de son roman.
En cela, bien entendu, Ravelstein est à l’opposé de La Tache. Le Zuckerman de Roth était capable de se plonger dans le drame racial de Coleman Silk parce qu’il était, à maints égards, une transposition de la relation contrariée de Roth avec son identité juive. L’accusation de « haine de soi juive » n’a plus quitté l’auteur depuis Le Complexe de Portnoy, si bien que le noir anti-noir Coleman Silk, tout à la fois injustement (superficiellement) et justement (en profondeur) accusé de sentiments anti-noirs, n’était autre, à bien des égards, que Roth (ou Zuckerman) lui-même. Mais si l’allergie abrahamique par rapport à la vie sexuelle de Ravelstein et l’indifférence de principe du romancier aux idées de son protagoniste apparaissent comme des faiblesses potentielles du livre, Bellow évitant précisément ce dans quoi Roth est tout prêt à plonger, qu’est-ce que le Chick de Bellow est disposé à nous dire de son héros ? La réponse a quelque chose à voir avec le tempérament, une sorte d’humour, quelque chose qui conduit Bellow a évoquer dès la première page de son livre les « histoires drôles » d’Abraham Lincoln, H. L. Mencken, les blagueurs et les histrions. Nous touchons ici à l’esprit magnifiquement populaire, à la gouaille qui marque la prose de Bellow et qui fait une fois de plus merveille dans Ravelstein. En fait, Roth a associé cet aspect de l’Å“uvre de Bellow, son « autorité loufoque », à Damon Runyon : pour lui, il a comblé la « brèche entre Thomas Mann et Damon Runyon [18] ». Le côté Mann, bien entendu, c’est le côté « haute culture », et, de fait, peut-être y a-t-il un soupçon d’Aschenbach condamné en Ravelstein (ainsi que Roth l’a explicitement suggéré à propos de son Coleman Silk). Mais les plus grands mystères, chez Bellow, sont généralement anthropologiques (n’oublions pas qu’il fit des études d’anthropologie), et nous allons maintenant aborder un mystère anthropologique de Ravelstein qui est moins opposé au tempérament blagueur de Bellow qu’il n’est son autre visage.
Ravelstein est un roman profondément lévi-straussien : son sujet est la manière dont les hommes échangent les femmes. Le protagoniste passe une bonne partie du livre à essayer de détacher Chick de sa brillante et belle épouse, Vela, une scientifique, d’origine roumaine – tant et si bien que Chick finira par épouser Rosamund, une « groupie » de Ravelstein [19]. Et, dans ce processus de substitution ou d’échange des femmes, le tournant survient à Paris : « Paris (ceci est un aparté important) fut le lieu où Abe Ravelstein et Vela eurent leur première prise de bec [20]. » Ravelstein entre en trombe dans la chambre d’hôtel de Chick et y surprend Vela, horrifiée, en petite culotte ; elle tourne les talons et claque la porte de la salle de bain derrière elle. Sur quoi, les deux hommes, prêtant à peine attention à ce qui vient de se passer, s’embrassent, tout à la joie de se trouver réunis. Peu après, Vela déclarera qu’elle ne veut plus entendre parler de Ravelstein. Quant à son excuse à lui, elle est peut-être plus offensante que l’offense initiale : « Il n’y avait pas grand-chose à voir [21]. » Vela finira par insinuer que les deux hommes avaient « une liaison » – c’est-à-dire une liaison homosexuelle [22]. Chick rapporte sa réaction à Ravelstein : « Cela ressemblait à une blague [23]. » Chick a parfaitement raison. L’épisode malencontreux de Paris reproduit le scénario même du Witz de Freud : un homme agresse une femme, qui quitte la pièce indignée, tandis que l’homme se lie avec un autre homme sur le dos de la malheureuse et de ses déboires [24]. Par la suite, Ravelstein entreprendra de séparer Chick de Vela, l’opération se soldant par son remplacement (ou sa substitution) par Rosamund. Telle est la structure homosociale (par opposition à homosexuelle) de la parenté chez Lévi-Strauss. De fait, on pourrait soutenir que l’un des enjeux que négocie le roman est précisément de préserver de toute souillure homosexuelle le lien homosocial entre Abe et Chick [25].
Dans Ravelstein, la blague et le mystère anthropologique, le Witz freudien et la structure lévi-straussienne de l’échange ou, dans la terminologie de Roth, Damon Runyon et Thomas Mann, ne font qu’un. En l’occurrence, la dimension lévi-straussienne complique les choses tout en les éclairant. Car telle était la thèse de l’anthropologue : tandis que la société consiste dans l’échange de femmes, de mots et de biens, les femmes, à la différence des mots et des marchandises ont tendance à s’exprimer, à émettre des signes propres. Et ce que Vela tend à dire finit par faciliter son éviction (ou son remplacement). Car l’effort de Ravelstein est double : démontrer que Vela est insupportablement francophile (ce qui pose déjà problème pour un Juif comme Chick dans les affres du « syndrome de Vichy ») et que son meilleur ami, le mythographe roumain Radu Griliescu, inspiré de Mircea Eliade, était un fasciste et antisémite notoire qui se sert maintenant d’amis juifs comme Chick pour faire oublier son passé catastrophique de membre de la Garde de Fer roumaine. Les allusions à la vie d’Eliade – du meurtre de son ancien disciple I. P. Culianu, avec lequel il s’était brouillé, sur le campus de l’University de Chicago, à l’annulation d’une invitation de Gershom Scholem à venir faire une conférence à Jérusalem – sont toutes d’une grande précision [26]. Ce qui paraît beaucoup moins précis (ou plus l’effet d’une compulsion que d’un raisonnement), c’est l’effort pour associer Eliade et Céline. (Le Céline des Bagatelles et des Beaux Draps est l’auteur qui ne cesse de faire surface dans le livre.) Pour Ravelstein, et peut-être pour Bellow, nazifier Eliade semble être le galliciser.
Dès le début du livre, la France apparaît comme la cible privilégiée du Kulturpessimismus de Bellow. Chick est un « grand sceptique dès qu’il s’agit des Français », observe Abe [27]. « Les Français sont foutus », opine plus tard le narrateur. Quoi qu’il en soit de la compétence des Français dans les arts de l’intimité, l’essentiel est que Vichy ne fut pas « le seul produit de l’Occupation allemande [28] ». Ce n’est nullement par hasard que le mal dont souffre Ravelstein est le plus souvent décrit non pas comme le SIDA, mais comme le « syndrome de Guillain Barré », ou que la rencontre de Chick avec la mort a pour cause un plat toxique que lui a servi sur l’île un dénommé « Bédier, un dur qui jouait les plus français des hôtes français [29] » ? Quant à Vela et aux Roumains, ils sont, si possible, plus français que les Français : « Une Française moderne n’aurait jamais fait une telle scène. Les gens d’Europe de l’Est ont tendance à se cramponner à la France ; il n’y a pas de vie dans leur pays, leur pays est dégoûtant, et ils ont besoin de se voir dans la seule lumière de la France. […] Ils espèrent se transformer en Français. Mais le cas de votre femme est encore plus singulier [30]. » Ainsi parle Ravelstein.
Tandis que, chez Roth, la présence française par excellence est Delphine Roux, la voix de la « théorie » qui corrompt la sensibilité littéraire américaine, l’obsession de Bellow est la complicité française dans le génocide. Dans sa propre version de l’antiféminisme philosémite, la femme accomplie parle, ce qui était déjà un problème pour le puriste structuraliste, et ce qu’elle exprime, c’est le fascisme français (ou tout au moins francophile). Et si elle ne parle pas (car on l’entend fort peu dans le roman dont elle est la victime), c’est parce que son silence est censé servir de couverture au fascisme français (ou francophile).
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Notre sujet était le moralisme américain, ce que Roth appelle « l’extase de cagoterie », et le prix que la France devrait la payer. Dans le cas emblématique de la trilogie de Hunt, à Bennington, le « Fils de France », on s’en souvient, a été dégallicisé et rebaptisé Espérance pour être absorbé dans l’« Esprit américain ». Dès lors, comme aurait dit le Chick de Bellow, les Français étaient bel et bien foutus. La pertinence de ces considérations dans le sillage du conflit autour de la guerre contre l’Irak (ou en Irak) sera évidente. En fait, la lecture de ces deux romans de maîtres, écrits longtemps avant la guerre, peut expliquer partiellement la réticence d’une intelligentsia américaine si peu empressée de contester le prix que l’administration Bush entend (ou entendait) faire payer à la France. Car les Français, aux yeux de Bellow, étaient – tendanciellement – coupables de complicité dans le génocide. Pire encore, dans Ravelstein, ils sont devenus le vecteur romanesque par excellence qui permet de traiter de l’antisémitisme meurtrier en général : Eliade, pour employer le jargon du base-ball cher à Bellow, était un Céline de second rang ; pour être vraiment sinistres, Vela et lui devaient devenir plus français que les Français. Et ils en payaient déjà le prix. Quant au personnage français emblématique de Roth, Delphine Roux : en dehors de son offensive contre le protagoniste, elle était coupable, aux yeux de l’auteur, de contribuer à corrompre la sensibilité littéraire américaine par la théorie, et donc vouée à s’autodétruire.
Les choses demandent ici à être nuancées. Car la condamnation abrahamique des Français, chez Bellow, semble participer du moralisme américain, tandis que, chez Roth, Delphine est coupable de collaborer avec ce moralisme : c’est elle qui envoie la lettre décisive qui condamne Coleman Silk.
C’est à la lumière de cette ambiguïté que nous conclurons cet excursus sur les présidents américains – Abraham Lincoln et Bill Clinton – et leurs subrogés – Coleman Silk (avec ses épreuves clintonesques) et Abe Ravelstein (avec son « cabinet fantôme ») – par une coda : un genre de serre-livres à faire la paire avec la sculpture de Bennington pour soutenir nos deux romans, sur le thème de l’un des cas américains les plus étrangement ambigus. Dans les annales du moralisme américain et du prix que la France serait obligée de le payer, la figure archétypique est sans doute celle de Woodrow Wilson. Mais ce n’est pas tant Wilson que son ancien collaborateur, William Bullitt, plus précisément quatre tournants de sa carrière ambiguë, qui méritent une évocation lapidaire en guise de conclusion.
  1. À la fin des années 1920, tandis que Hunt rassemblait, dans le plâtre, les figures de sa Lincoln Trilogy, Bullitt, un diplomate américain, travaillait avec Freud à une étude psychanalytique de Woodrow Wilson qui ne devait paraître qu’à titre posthume. Avec sa verbosité compulsive, sa libido concentrée au niveau de la bouche, Wilson y est décrit dans un état quasi psychotique à Versailles. Sa mission, croyait-il, était de sauver le monde. Clémenceau, que Bullitt et Freud décrivent expliquant à Wilson qu’il « cherchait à détruire la France », aurait, toujours selon les auteurs, percé à jour « l’inconscient » de Wilson [31].
  2. En juin 1940, en tant qu’ambassadeur des États-Unis en France, Bullitt choisit de rester à Paris plutôt que de suivre le gouvernement français dans le sud et finit par livrer la ville à l’armée allemande. Ce qui lui valut les critiques de De Gaulle et du Département d’État, mais les chaleureux remerciements de Pétain [32].
  3. De retour à Washington, le principal souci de Bullitt semble avoir été d’obtenir la mise à l’écart de l’éminence grise de Roosevelt, le sous-secrétaire d’État Sumner Welles, que l’ancien collaborateur de Freud accusait d’avoir fait des propositions homosexuelles à des portiers « nègres » dans un train. Roosevelt refusa de l’écouter et se hérissa en entendant Welles traité de « criminel ». Ses dénonciations mirent effectivement fin à l’ascension de Bullitt au sein de l’administration [33].
  4. En juin 1944, Bullitt rejoignit l’armée des Français Libres de De Gaulle, avec le grade de commandant dans l’infanterie, et participa à la libération de Paris [34].
On aura remarqué que Bullitt, au fil de sa carrière, en vint à occuper pratiquement toutes les positions du schéma que nous avons élaboré : critique, avec Freud, du moralisme américain, mais persécuteur acharné du « crime » homosexuel ; combattant pour la libération de Paris, mais faisant montre d’insubordination en 1940, en livrant la ville à l’ennemi… Il est des serre-livres qui méritent d’être transformés en livres.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Emmanuel Dauzat.
 
NOTES
 
[*]Jeffrey Mehlman : est critique littéraire, historien des idées, et traducteur (de Lacan, Derrida, Blanchot, Laplanche, et Vidal-Naquet). Une première série d’ouvrages – A structural study of autobiography, 1974 ; Révolution et répétition, 1977 et Cataract, an essay repetition, 1979 –traite de l’histoire sous-jacente aux principaux courants littéraires français sous forme de cours sur les textes canoniques. Il a écrit une série de livres qui portent l’empreinte française de la Deuxième Guerre mondiale : Héritage de l’antisémitisme en France, 1983 ; Walter Benjamin for children : an essay on his radio years, 1993 ; Genealogies of the text, 1995), et Emigre New York : French Intellectuals in Wartime Manhattan, 2000). Jeffrey Mehlman est diplômé de l’Université de Harvard (B.A., 1965) et de Yale (Ph. D., 1971). Il a enseigné à l’Université de Cornell et à Johns Hopkins, a été professeur invité à Harvard, à l‘Université de Californie à Berkeley, à celle de l’université de Washington à St. Louis, au M.I.T., à l’Université de New York, et est professeur de littérature française à l’Université de Boston.
[1]Saul Bellow, It All Adds Up : From the Dim Past to the Uncertain Future, New York, Viking 1994, p. 251.
[2]Sur la congruence structurelle entre « pulsion de mort » et sexualité inconsciente chez Freud, voir Jean Laplanche, Vie et mort en psychanalyse, Paris, Flammarion 1970, chap. 5-6.
[3]Philip Roth, La Tache, trad. J. Kamoun, Paris, Gallimard 2002, p. 244.
[4]Ibid., p. 344.
[5]Ibid., p. 329.
[6]Ibid., p. 238.
[7]Ibid., p. 55.
[8]Ibid., p. 299-300.
[9]Voir Laplanche, op. cit., chap. 1 et 2.
[10]Voir Jacques Derrida, De la grammatologie, Paris, Minuit 1967, « Linguistique et grammatologie », p. 42-108.
[11]Saul Bellow, Ravelstein, trad. R. Lambrechts, Paris, Gallimard 2002, p. 161-162.
[12]Ibid., p. 218, 258.
[13]Ibid., p. 135.
[14]Ibid., p. 23.
[15]Christopher Hitchens, Unacknowledged Legislation : Writers in the Public Sphere, Londres, Verso 2000, p. 227.
[16]Adam Phillips, Equals, New York, Basic Books 2002, p. 231.
[17]Hitchens, op. cit., p. 221.
[18]Philip Roth, Shop Talk : A Writer and His Colleagues and Their Work, Boston, Houghton Mifflin 2001, p. 149.
[19]Bellow, Ravelstein, p. 54.
[20]Ibid., p. 124.
[21]Ibid., p. 127.
[22]Ibid., p. 133.
[23]Ibid., p. 134.
[24]Pour une étude de la congruence entre l’« innocence » de la plaisanterie détournée et la « perversité » intrinsèque de la pulsion sexuelle, voir Jeffrey Mehlman, « How to Read Freud on Jokes : The Critic as Schadchen », New Literary History, 6, hiver 1975 ; en français, « Une lecture du “Witz” de Freud : l’interprète comme marieur », dans La Psychanalyse à l’Université, II, 7, juin 1977.
[25]Pour une analyse de la « panique » homosexuelle au sein d’institutions foncièrement homo-sociales comme l’armée, voir Eve Sedgwick, The Epistemology of the Closet, Berkeley, University of California Press 1990, p. 184-188.
[26]Sur ces incidents dans la vie d’Eliade, voir Alexandra Laignel-Lavastine, Cioran, Eliade, Ionesco : l’oubli du fascisme, Paris, PUF 2002, p. 484-489. Mais ce livre est loin d’être fiable sur d’autres aspects de son sujet. Cf. A. Paruit, « L’Oubli de la rigueur », Esprit, été 2002, et Cahier de l’Herne Cioran, 2004.
[27]Ravelstein, p. 30.
[28]Ibid., p. 60.
[29]Ibid., p. 260.
[30]Ibid., p. 128.
[31]Sigmund Freud et William Bullitt, Thomas Woodrow Wilson : A Psychological Study, New York, Avon 1966, p. 284.
[32]Orville Bullitt (éd.), For the President : Personal and Secret : Correspondence Between Franklin D. Roosevelt and William. C. Bullitt, Boston, Houghton Mifflin 1972, « The Swastika in Paris », p. 439-493. Pour sa défense, Bullitt (p. 468) adressa le 11 juin 1940 un rappel au Département d’État : « La tradition veut que l’ambassadeur américain ne quitte pas Paris. Souvenez-vous du Gouverneur Morris, et de sa jambe de bois sous la terreur, de Washburne sous la Commune, de Herrick » (dans la Première Guerre mondiale). Selon Irwin Gellman, Secret Affairs : Franklin Roosevelt, Cordell Hull, and Sumner Welles, Baltimore, Johns Hopkins University Press 1995, p. 197, Roosevelt avait aussi ordonné à Bullitt de quitter Paris.
[33]Gellman, p. 240-242.
[34]Ibid., p. 345.
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Voir Laplanche, op. cit., chap. 1 et 2. Suite de la note...
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Voir Jacques Derrida, De la grammatologie, Paris, Minuit 19...
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[15]
Christopher Hitchens, Unacknowledged Legislation : Writers ...
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[16]
Adam Phillips, Equals, New York, Basic Books 2002, p. 231. Suite de la note...
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