Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130539940
152 pages

p. 161 à 162
doi: 10.3917/dio.203.0161

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Aspects de la pensée aux États-Unis

n° 203 2003/3

2003 Diogène Aspects de la pensée aux États-Unis

Interlude : Raconter et écouter des histoires

John Barth  [*] (Chestertown, Maryland, États-Unis.)
1. Qu’est-ce qu’il vous vient à l’esprit lorsque vous pensez à votre pays ?
Comme la plupart des démocrates libéraux des États-Unis, je suis alarmé et embarrassé par l’actuelle administration présidentielle de mon pays, son unilatéralisme à la main lourde, son rejet des traités internationaux allant dans le sens du progrès : les protocoles de Kyoto pour réduire le réchauffement de la planète, la Cour Pénale Internationale, les traités contre les armes biologiques et les mines anti-personnel, etc.… de même que sa tendance à limiter les droits civiques au nom de la sécurité ; ce qui nous mène de la démocratie vers l’oligarchie. Cependant, j’aime beaucoup les États-Unis plus que je ne les critique, et à l’avenir j’espère pouvoir en être fier comme je l’ai été par le passé.
2. Parmi les théories philosophiques, les découvertes scientifiques ou les créations artistiques, laquelle est pour vous la plus enthousiasmante et porteuse d’avenir ?
Il n’est pas surprenant, vu ma formation, que parmi tous les produits remarquables de l’imagination humaine, je choisisse la fascination universelle (qui dépasse les clivages de l’âge, des classes et des cultures) liée au fait de raconter et écouter des histoires. La conscience humaine elle-même, paraît-il, à évolué jusqu’à devenir une machine à fabriquer des scénarios ; le Soi a pu être appelé avec raison notre centre de gravité narrative. Selon les mots du « neuro-philosophe » Daniel Denett, nous sommes les histoires que nous nous racontons à nous-mêmes et aux autres sur ce que nous sommes. Ma muse Schéhérazade a tout compris, vivre c’est raconter. Vive les histoires !
3. Y a-t-il une région spécifique du monde à laquelle vous vous sentez particulièrement attaché ?
Tidewater, Maryland, dans la région de Chesapeake Bay, où je suis né et où j’ai grandi, et où je suis retourné avec ma femme après des décennies de vie et de travail passées ailleurs – ceci reste le centre de mon univers personnel et le décor d’une bonne partie de mon Å“uvre de fiction. C’est pourtant un centre que nous quittons pour d’agréables excursions vers d’autres parties du monde.
4. Quels sont vos rêves, espoirs (et craintes) pour votre pays et le reste de monde d’aujourd’hui ?
Mes craintes pour mon pays et le monde sont celles que tout le monde cite : surpopulation, manque de ressources non renouvelables, destruction de l’environnement naturel, distribution de la richesse en dehors de toute équité, escalade du terrorisme … On espère une plus forte coopération internationale pour combattre ces maux, mon pays devant être un partenaire fort et actif, mais sans être dominateur envers les faibles… mais il est difficile de ne pas souscrire à la Vision Tragique. Si nous n’arrivons pas à secourir notre Baie de Chesapeake, profondément malade pour cause de surexploitation et de pollution, qu’allons-nous faire avec le reste du monde ? Cependant, chacun fait de son mieux, même en répondant à ce genre de questionnaire, venant d’une organisation si admirable que l’UNESCO. Qu’elle devienne plus puissante !
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Daniel Arapu.
 
NOTES
 
[*]John Barth : né à Cambridge, dans le Maryland en 1930, il a suivi ses études à l’Université Johns Hopkins. Avant de retourner en 1973 à son alma mater, il a enseigné à l’Université de Pennsylvanie, de l’État de New York à Buffalo, et à celle de Boston. Professeur émérite des séminaires d’écriture à Johns Hopkins. En 1974, il a été élu à la fois à l’Académie américaine des arts et lettres et à celle des Arts et Sciences. Il a écrit plus de 15 ouvrages dont dix romans (The Floating Opera, The End of the Road, The Sot-Weed Factor, Giles Goat-Boy, Letters, Sabbatical, The Tidewater Tales, The Last Voyage of Somebody, the Sailor, Once Upon a Time) et deux recueils de nouvelles (Lost in the Funhouse et On With the Story), un volume of novellas (Chimera), et deux volumes d’essais et autres ouvrages non-fictionnels (The Friday Book and Further Fridays). The Floating Opera et Lost in the Funhouse ont tous deux été finalistes pour le National Book Award dans le domaine de la fiction ; Chimera a remporté ce prix en 1973.
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