2003
Diogène
Aspects de la pensée aux États-Unis
Interlude : La diversité, notre atout majeur
Gay Mcdougall
[*]
(International Human Rights Law Group, Washington.)
1. Qu’est-ce qu’il vous vient à l’esprit lorsque vous pensez à votre pays ?
Lorsque je pense à l’Amérique, je pense à une grande diversité de types de peuples, différents par les antécédents, les origines nationales, les races, les religions, les classes et les points de vue. Les États-Unis se sont constitués à partir des descendants des esclaves africains et des immigrants africains récents, des fermiers du Midwest, des Américains d’origine asiatique dont les familles proviennent de presque toutes les nations d’Asie, des familles juives d’Europe de l’Est et des Amérindiens qui ont possédé notre terre bien des siècles avant tous les autres. Ce ne sont que quelques histoires parmi celles qui constituent la riche diversité de la société américaine. C’est la diversité qui est notre atout majeur.
2. Parmi les théories philosophiques, les découvertes scientifiques ou les créations artistiques, laquelle est pour vous la plus enthousiasmante et porteuse d’avenir ?
Les concepts des droits de l’homme, et surtout le principe de l’égalité des peuples, sont en même temps simples et apparemment allant de soi, mais profonds. Il est surprenant de constater la nouveauté de ces concepts, qui n’ont été inscrits dans les documents politiques universels qu’à la fin des années 40, c’est-à-dire dans la Charte des Nations Unies et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Il s’agit d’idéaux de transformation qui sont au cÅ“ur des notions de liberté, d’indépendance et d’autodétermination. Ce sont des idéaux qui ont inspiré les révolutionnaires en traversant les continents et les siècles : ils ont ébranlé les sociétés, fait tomber les dictateurs et mis fin à l’oppression.
3. Y a-t-il une région spécifique du monde à laquelle vous vous sentez particulièrement attachée ?
En tant qu’Afro-américaine, j’ai ressenti pendant toute ma vie le lien avec l’Afrique. Pour de nombreux Afro-américains de mon âge et de mon époque, l’Afrique a toujours été le symbole de nos histoires familiales volées par l’esclavage et le symbole de nos aspirations vers la liberté et l’égalité. Les combats en Afrique du Sud pour la libération de la domination coloniale et l’Apartheid ont particulièrement inspiré un grand nombre de membres de ma génération.
Néanmoins, mes liens les plus étroits sont ceux avec les États du sud des États-Unis où mes ancêtres les plus récents ont trouvé des moyens de survivre à l’esclavage, et à sa suite, non moins brutale ; ces gens ont pourtant formé un peuple conséquent, digne et compatissant. Telles sont mes racines.
4. Quels sont vos rêves, espoirs (et craintes) pour votre pays et le reste de monde d’aujourd’hui ?
Mon travail est destiné à construire un monde où chaque personne a tout ce qui est nécessaire pour vivre une vie d’une dignité complète, sans privation concernant les besoins humains fondamentaux pour soi-même ou pour sa propre famille. J’espère qu’il est possible de convaincre la communauté mondiale que grâce à une volonté politique juste nous pouvons éliminer la pauvreté. Je rêve d’un monde sans désespoir ou crainte pour la sécurité personnelle ; un monde où les nations et les peuples ont des chances et des forces égales dans l’action aspirant à rendre ce monde meilleur.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Daniel Arapu.
[*]
Gay
McDougall est directrice de l’International Human Rights Law Group de Washington, une association à but non-lucratif qui s’est consacrée à la défense des droits de l’homme, à la résolution des litiges et à la formation dans ce domaine. En 1994, Gay McDougall a fait partie de la Commision électorale indépendante sud-africaine qui a organisé les premières élections de ce pays sans distinction de race. De 1997 à 2001, elle a travaillé pour le traité des Nations Unies qui contrôle l’agrément de la Convention internationale pour l’élimination de toute forme de discrimination raciale. Elle a été la première Américaine a être élue au sein des 18 experts internationaux qui contrôlent la mise en conformité des gouvernements du monde entier avec les devoirs dictés par ce traité. Gay McDougall a obtenu son diplôme d’Études supérieures de droit à l’Université de Yale et son Certificat d’études supérieures en droit public international à l’École des Sciences économiques et politiques de Londres.