Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130539940
152 pages

p. 70 à 78
doi: 10.3917/dio.203.0070

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Aspects de la pensée aux États-Unis

n° 203 2003/3

2003 Diogène Aspects de la pensée aux États-Unis

Par-delà l’État-nation

Politique et groupes marginalisés dans les « villes globales » des États-Unis

Saskia Sassen  [*] (Université de Chicago.)
Sous la logique impérialiste revitalisée qui sous-tend l’économie politique actuelle des États-Unis, émergent des dynamiques sociales qui permettent aux groupes marginalisés et défavorisés de développer des formes diverses de revendications. De nouveaux types d’acteurs politiques voient le jour, qui modifient la relation entre État et individu. Certains ne sont pas formalisés et pourraient être qualifiés de pré-politiques (comme l’est, par exemple, un électeur, un membre de parti politique ou un parlementaire). Mais je dirais plutôt qu’il faut les considérer comme des modes politiques informels ou non encore formalisés [1].
Ce bref essai s’attache à définir les espaces politiques et les acteurs politiques émergeants. Le sujet dont je vais traiter ici concerne les modes politiques ne relevant pas du système politique formel, système qui offre de moins en moins de choix aux citoyens américains et aux immigrés. Les acteurs politiques informels et la street politics en sont les principaux exemples. Les villes américaines ont une longue histoire pour ce qui est de la street politics. Les contenus, les objectifs, les promoteurs et acteurs de ces politiques ont changé dans le temps. Aujourd’hui, les villes globales constituent des espaces très spécifiques en ce qu’elles rassemblent en un seul espace complexe, d’une part à la fois les secteurs les plus mondialistes du capital et les nouveaux professionnels transnationaux, et d’autre part un nombre croissant d’immigrés et d’Américains marginalisés. C’est ce phénomène particulier que je tiens à étudier [2].
Ces nouvelles formes de politique ne sont pas spécifiques aux États-Unis. Elles ont cours dans de nombreux pays et se manifestent sous des formes très différentes, précisément parce qu’elles ne sont pas totalement formalisées. Le cas de l’Amérique actuelle est cependant tout à fait remarquable car il s’agit d’une puissance politique, économique et militaire dominante dans le monde, et aussi parce que les États-Unis ont mis en place les restrictions les plus sévères – et à certains égards inconstitutionnelles – aux droits civiques des citoyens et des immigrés.
 
Les espaces ouverts à la politique
 
 
L’espace de la ville est un espace beaucoup plus concret pour la politique que celui du système politique national. Il peut abriter des modalités politiques informelles et des acteurs politiques informels. C’est ce qui se produit dans les grandes cités du monde. C’est également ce qui se passe aux États-Unis malgré l’irrésistible renouveau du nationalisme et du patriotisme qui s’est emparé des unes des journaux. Le système politique formel souffre d’une déstabilisation partielle due aux profondes transformations actuelles à la fois internationales et sub-nationales. Ce qui offre des ouvertures pour de nouvelles formes de politiques, tant au niveau mondial qu’au niveau local, et ce, même si le niveau national demeure le plus prégnant et le plus institutionnalisé. Il s’agit alors, aux États-Unis, d’une histoire de micro-transformations et de micro-espaces, mais de plus en plus de pays doivent se rendre à cette évidence croissante.
Au niveau international, la mondialisation et l’ascendant du système des droits de l’homme ont contribué à donner aux acteurs non gouvernementaux des possibilités légales et opérationnelles d’intervenir dans des domaines qui auparavant étaient l’apanage exclusif des États-nations. Diverses instances, bien que très secondaires, révèlent souvent que l’état n’est plus le sujet exclusif du droit international ou le seul acteur des relations internationales. D’autres acteurs – des ONGs aux peuples premiers (First-Nations) en passant par les immigrants et les réfugiés qui tombent sous le coup du droit pour des décisions relevant des droits de l’homme – émergent de plus en plus en tant que sujets du droit international et acteurs de la politique internationale. Ce qui veut dire que les acteurs non-gouvernementaux peuvent gagner en visibilité comme individus et comme collectivités et sortir de l’anonymat de membre associé que leur impose l’État-nation représenté exclusivement par son souverain (c’est-à-dire le gouvernement). Au plan sub-national, ces tendances, accompagnées des mesures politiques dites de dérégulation et de privatisation néo-libérales, contribuent à un démantèlement partiel de l’autorité exclusive sur un territoire et sur des habitants que nous avons longtemps associée à l’État national.
Le lieu le plus stratégique de ce démantèlement est sans doute la cité globale, qui sert de plate-forme en partie dénationalisée pour le capital mondial et émerge en même temps comme espace-clé pour un étonnant mélange de populations venues du monde entier. Qui plus est, l’intensité croissante des transactions entre ces villes à l’échelle mondiale crée – pour les capitaux, les professionnels, les immigrants, les hommes d’affaires – des géographies transfrontalières stratégiques qui évitent en partie l’État-nation. Ce démantèlement partiel passe même pour un État aussi puissant que celui des États-Unis. Les nouvelles technologies des réseaux informatiques renforcent davantage ces rapports transfrontialiers, qu’il s’agisse de transferts électroniques de services spécialisés entre entreprises ou de communications sur Internet entre les membres de diasporas et de groupes d’intérêt dispersés à travers le monde [3].
On peut considérer que ces villes et les nouvelles géographies stratégiques qui les relient font partie intégrante de la société civile mondiale ; et ce sur toutes les strates, opérant à partir de multiples micro-espaces qui s’agrègent les uns aux autres. Parmi ces micro-espaces et ces micro-transactions, il existe un ensemble d’organisations diverses chargées des questions transfrontalières comme l’immigration, le droit d’asile, les manifestations féminines internationales, les luttes anti-mondialisation, et bien d’autres. Même si ces organisations et mouvements ne sont pas nécessairement urbains dans leur orientation originelle, leurs opérations géographiques s’inscrivent partiellement dans un grand nombre de villes. Les nouvelles technologies des réseaux, et en particulier Internet, ont paradoxalement renforcé l’implantation urbaine de ces réseaux transfrontaliers. Ce qui ne devrait pas être le cas, mais les villes et les réseaux qui les relient fonctionnent à ce stade comme des ancres et facilitent les luttes transfrontalières. Ces mêmes développements et conditions facilitent aussi l’internationalisation des réseaux trafiquants et terroristes.
Les villes globales sont donc des environnements potentiellement très porteurs pour ce type d’activités, même si les réseaux ne sont pas urbains en eux-mêmes [4].
 
Réinvention d’une vieille histoire américaine : la lutte pour la reconnaissance
 
 
Les principales villes des États-Unis – New York, Los Angeles, Chicago, Miami, Boston, San Francisco – fonctionnent toutes comme des espaces où des acteurs politiques informels ont la possibilité de participer et d’intervenir sur la scène politique, ce qui leur serait bien plus difficile au plan national, où la politique passe nécessairement par des systèmes formels établis : qu’il s’agisse du système politique électoral ou du système judiciaire (possibilité de faire un procès à une instance d’État). Dans l’espace de la politique nationale, les acteurs politiques informels sont exclus et deviennent invisibles.
Ces villes abritent un très large éventail d’activités politiques – squats, manifestations contre la brutalité policière, luttes pour les droits des immigrés et des sans-abri, politiques culturelles et identitaires, comme de reconnaissance des homosexuels, des lesbiennes et des queers. C’est de plus en plus perceptible au niveau de la rue. Une bonne partie de la politique urbaine est concrète et plutôt mise en Å“uvre par la population elle-même que par une massification des technologies médiatiques. La street politics permet la formation de nouveaux types de sujets politiques qui, pour « exister », n’ont pas à passer par les systèmes politiques formels.
Toutefois, les possibilités d’expression de ces nouvelles formes du politique et de ce type d’acteurs politiques ne se limitent pas aux manifestations et autres activismes. En arriver à des problèmes qui dépassent la street politics demande, quoiqu’il en soit, une approche plus indirecte. Pour ce qui suit, je m’en tiendrais à deux types de questions. La première est liée au fait que, même pour l’institution formelle emblématique de l’acteur politique – le citoyen –, l’histoire des États-Unis a montré une certaine détermination à intégrer constamment de nouveaux droits. Ce qui fut tout à fait le cas des Civil Rights Acts dans les années 1960. Il s’agit aujourd’hui de savoir si les transformations en cours signifient une fois de plus – en particulier pour ce qui est des défavorisés – que l’institution de la citoyenneté n’est pas encore morte aux États-Unis.
La seconde concerne le fait que les pratiques et questions politiques informelles qui ne sont pas totalement reconnues peuvent néanmoins faire partie du paysage politique. J’en prendrai à témoin deux exemples. Le premier est celui des immigrés sans-papiers qui sont depuis longtemps résidents et qui, dans la vie quotidienne, ont des pratiques similaires à celles de citoyens officiellement reconnus ; ce qui signe un contrat social informel entre la communauté et ces immigrés sans papiers. Le deuxième concerne le cas de sujets par définition « non politiques », comme les femmes au foyer, qui peuvent néanmoins avoir un poids politique considérable et devenir de ce fait des sujets politiques émergeants.
 
Le combat pour une égalité réelle
 
 
Il existe aujourd’hui une tension croissante entre l’égalité légale de la citoyenneté institutionnelle et le projet normatif d’égalité réelle. Améliorer l’intégration est depuis longtemps le but de diverses minorités et de secteurs défavorisés. C’est ce sur quoi a notamment porté l’effort de lutte des années 1960. Aujourd’hui, les États-Unis connaissent un éventail encore plus large de citoyens marginalisés, insatisfaits de l’égalité formelle et qui recherchent la visibilité et la reconnaissance de leurs revendications. Un problème particulièrement critique réside dans l’échec des États-Unis (et en fait de la plupart des pays) à assurer ce que la citoyenneté est supposée accorder : une égalité réelle et non une simple égalité formelle.
Dans la mesure où la citoyenneté dépend en partie des conditions dans lesquelles elle s’inscrit, le nouveau paysage actuel peut parfaitement donner lieu à toute une série de changements – une fois de plus dans la longue histoire de l’institution. Ces changements peuvent n’être pas encore formalisés et certains ne jamais le devenir complètement. Mais les États-Unis sont, certainement à notre époque, parmi les pays où les minorités ont fait preuve d’une immense détermination dans la conquête de leurs droits.
Des conditions spécifiquement américaines sont à l’origine de tout cela, en partie de par la façon dont le pays a vu le jour : des populations déshéritées colonisant les terres d’autres peuples et faisant à leur tour de ceux-ci des populations défavorisées : esclavage et capitaines d’industrie. C’est peut-être la raison pour laquelle peu d’États-nation modernes ont connu comme les États-Unis le trauma d’une tension aiguë entre la citoyenneté de droit et la réalité de la vie de citoyen quand on n’appartient pas aux privilégiés. Pour une multitude de défavorisés aux États-Unis, la citoyenneté apparaît comme un projet normatif ou comme une aspiration. Ce sont les exclusions réelles dont ont souffert les citoyens de droit qui ont engendré à leur tour les actions politiques de revendication et de lutte pour les droits des minorités, caractéristiques de l’histoire des États-Unis. L’égalité formelle des citoyens américains après la législation sur les droits civiques dans les années 60 n’a que rarement pris en compte le besoin d’égalité réelle sur le plan social.
Aujourd’hui, avec plus de 50 millions d’Américains vivant en dessous du seuil officiel de pauvreté et une attaque en règle contre les droits civiques de certains groupes de citoyens, nous voyons que les luttes revendicatives mettent l’accent sur des droits et aspirations qui vont bien au-delà d’une définition juridique formelle des droits et obligations [5]. La prévalence croissante du système international des droits de l’homme a défini des zones de convergence avec les droits des citoyens tout en faisant ressortir les différences entre ces deux types de droits [6]. Le contenu et la forme des droits et obligations juridiques peuvent changer.
Il y a dans tout cela une réponse proprement américaine. Et comme, tout d’abord, le principe d’une citoyenneté égale pour tous demeure insatisfait, en dépit des luttes victorieuses et des avancées législatives des cinq dernières décennies (Karst, 1997), on assiste à une prolifération d’initiatives politiques et universitaires. Des groupes encore exclus de la participation de plein droit à la vie politique ont multiplié leurs auto-définitions – de race, ethnie, religion, sexe, orientation sexuelle, ou autres critères identitaires. C’est particulièrement le cas au niveau des pratiques et des revendications de pleine visibilité. Comme, d’autre part, la pleine participation en tant que citoyen repose sur une base matérielle (voir T. H. Marshall; Joël Handler), la pauvreté exclut de larges franges de la population du processus formel politique, et le fossé s’agrandit. Des études universitaires critiques sur les questions féministes ou raciales ont montré l’échec d’une utilisation neutre des concepts attachés au sexe ou à la race en matière de citoyenneté et de droits. En même temps, la position défavorisée de ces divers groupes a elle-même engendré les pratiques et les luttes qui ont imposé des changements au sein de l’institution formelle de la citoyenneté.
En résumé, la citoyenneté est en partie le fait des pratiques des exclus. Cette histoire très américaine d’interactions entre les positionnements différentiels et les intégrations successives indique que les nouvelles conditions d’inégalité et de différence constatées aujourd’hui et le nouveau type de revendications qu’elles suscitent pourraient engendrer de nouvelles formes d’intégration.
 
Les sujets politiques informels comme acteurs de la politique
 
 
Il y a donc dans l’histoire américaine une interaction dynamique entre exclusion et intégration. C’est en ce sens que l’on peut dire que certains sujets politiques informels d’aujourd’hui peuvent être considérés comme des acteurs politiques. Dans les lignes qui vont suivre, j’ai examiné cette question plus en détail en m’attachant au cas des immigrés sans papiers qui sont en quelque sorte des « non-personnes », et à celui des femmes au foyer immigrées, personnes non politiques – du moins dans leur rôle de femme au foyer.
Même lorsqu’il s’agit d’immigrés sans-papiers, les individus peuvent parcourir les multiples significations de la citoyenneté. Les routines auxquelles les immigrés sans papiers sont confrontés dans la vie quotidienne de la communauté où ils résident (élever une famille, envoyer les enfants à l’école, assumer un emploi) leur vaut un type particulier de reconnaissance. On peut parler ici de « contrat social informel » entre de tels immigrés sans papiers et la communauté de leur lieu de résidence [7]. De fait, les immigrés qui ne bénéficient pas d’une autorisation de séjour en bonne et due forme mais qui montrent une implication civique et sociale méritoire et leur loyauté envers la nation américaine peuvent demander légalement à résider aux États-Unis. Moins officiellement, certains se disent qu’on donne ainsi à ces immigrés sans papiers le droit de revendiquer une citoyenneté informelle, même si le statut formel, ou la régularisation officielle continue probablement à leur échapper [8].
Différent du cas de l’immigré sans papiers dont les pratiques lui permettent de se faire accepter comme membre de la communauté politique, est celui de ceux et celles qui jouissent d’une autorisation légale de résidence mais ne sont pas encore reconnus en tant que sujets politiques. Au-delà du cas des minorités qui font l’objet de discriminations, cela peut certes s’appliquer également à des personnes nées dans le pays et ne souffrant d’aucune discrimination. Je veux parler ici des immigrés jouissant du droit de séjour, en particulier des femmes au foyer, puisqu’il s’agit de sujets « non politiques ».
Comment évaluer la dimension politique informelle d’un sujet en la personne d’une femme immigrée dans son rôle de femme au foyer ? Les études sur les femmes immigrées aux États-Unis montrent – cela ne surprendra personne – qu’un travail salarié régulier et une amélioration de l’accès à d’autres sphères publiques ont pour ces femmes un impact sur leur rôle, culturellement déterminé, et subordonné aux hommes au sein de leur foyer, comme dans celui de mères de famille [9].
Ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, c’est que c’est précisément dans leur rôle de mères de famille qu’elles ont la responsabilité des enfants, ce qui implique de s’adresser à diverses institutions publiques de l’État : écoles, services de santé, police, administrations… Il y a deux sphères dans lesquelles les femmes immigrées ont des rôles qu’on pourrait décrire comme appartenant à la sphère publique : les institutions d’assistance publique, et leur communauté ethnique. Ces femmes immigrées sont plus actives dans la consolidation des liens entre leurs familles et les institutions de l’État, et dans l’activisme communautaire, que les hommes immigrés. Elles occupent une place différente de celle des hommes immigrés face à ces deux types de sphères publiques. Ce sont elles qui vont devoir affronter la vulnérabilité légale de leurs familles dans la recherche de services publics et sociaux.
Tout ceci revient à leur donner une participation à la sphère publique et à les faire émerger en tant qu’actrices potentielles de la vie publique. Ce sont souvent ces femmes qui exercent dans leur foyer un rôle médiateur. Il est probable que certaines tirent avantage plus que d’autres de cette situation. Cependant, la dynamique d’importance à retrouver réside dans le fait que c’est précisément dans leur rôle de femmes au foyer et mères de famille, rôle défini comme non politique, qu’elles émergent comme un type de sujet politique et civique informel. On a là affaire à une dimension de la citoyenneté et à des pratiques citoyennes qui ne correspondent pas aux catégories et critères courants d’analyse de la vie politique et citoyenne. Les femmes dans leur rôle de mères de famille ne rentrent ni dans les catégories, ni dans les indicateurs définis pour juger de la participation à la vie publique.
*
C’est en ce sens que ceux qui n’ont aucun pouvoir, les personnes défavorisées, les outsiders, les minorités discriminées peuvent avoir une présence dans le domaine public et y conquérir leur place en étant « présents », présents vis-à-vis du pouvoir et présents vis-à-vis des autres défavorisés. Ce gain de « présence » est facilité par la complexité de l’espace urbain et prend une dimension internationale dans les villes globales. Pour moi, c’est le signe avant-coureur d’un nouveau type de politique reposant sur de nouveaux types d’acteurs politiques. Il n’est pas simplement question d’avoir ou de ne pas avoir le pouvoir. Il s’agit là de nouvelles bases hybrides à partir desquelles agir.
Aux États-Unis, on assiste aujourd’hui à une nouvelle vague de revendications. Nombre des transformations que nous avons évoquées deviennent lisibles dans les villes. Dans la cité, ces dynamiques prennent facilement des formes concrètes, expression d’un large éventail d’intérêts particuliers : marches contre les brutalités policières et pour la défense des droits des immigrés, politiques de défense et respect des préférences sexuelles ou occupation anarchiste de logements vides par des squatters. Je l’interprète comme une avancée vers des pratiques citoyennes qui tournent autour de la revendication du droit à la ville. Ce ne sont pas là des pratiques exclusivement ou nécessairement urbaines. Mais c’est tout particulièrement dans les grandes villes que l’on rencontre simultanément, à la fois certaines des inégalités les plus extrêmes et les conditions qui permettent ces pratiques citoyennes. Dans les villes globales, ces pratiques portent également en elles la possibilité d’un engagement direct dans des formes de pouvoir stratégiques, fait significatif dans un contexte où le pouvoir est de plus en plus privatisé, mondialisé et insaisissable.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Francine Marthouret et Aimée-Catherine Deloche.
 
NOTES
 
[*]Saskia Sassen est Professeur « Ralph Lewis » de Sociologie à l’Université de Chicago et Professeur invité du Centenaire à la London School of Economics. Elle achève actuellement la rédaction de son prochain ouvrage intitulé : Denationalization : Territory, Authority and Rights in a Global Digital Age (sous contrat avec Les Presses Universitaires de Princeton), qui s’appuie sur un projet de cinq années de recherche sur la gouvernance et la responsabilité dans le cadre d’une économie mondiale. Elle a dirigé l’un des quatorze volumes de la nouvelle Encyclopédie de l’UNESCO sur les systèmes vivants. Ses publications les plus récentes sont : Globalization and its Discontents, 1998 et Global Networks, Linked Cities, 2002. The Global City: New York, London, Tokyo, 1991 a été traduit de l’américain en français par Denis-Armand Carrel, La ville globale : New York, Londres, Tokyo, 1996, et est sorti en 2001 dans une nouvelle édition revue et corrigée. Les ouvrages de Saskia Sassen ont été traduits dans quatorze langues, avec récemment la traduction en chinois de trois d’entre eux.
[1]À titre exceptionnel, Libération a publié, le 28 juillet 2003, dans la rubrique « Rebonds », de larges extraits de cet article sous le titre « Des villes au-delà de l’État », texte qui a repris la traduction assurée par Francine Marthouret et Aimée-Catherine Deloche pour ce numéro de Diogène.
[2]Pour de plus amples détails, voir : Saskia Sassen, “Emergent Subjects and Spaces for Politics”, dans Berkeley Journal of Sociology 2002, et Saskia Sassen, « Global Cities and Diasporic Networks: Microsites in Global Civil Society », dans Global Civil Society Annual 2002, Oxford University Press 2002.
[3]Un bon exemple de ceci est la coordination qui a donné lieu à des manifestations simultanées le 15 février 2003 contre la guerre en Irak dans au moins 600 villes du monde entier.
[4]À cet égard et par ailleurs, ces villes permettent également à des groupes de se vivre comme partie de réseaux globaux non gouvernementaux. Elles incarnent ce que nous en sommes venus à appeler la « société civile globale » dans les micro-espaces de la vie quotidienne, plutôt qu’à un niveau global putatif.
[5]Voir par exemple le site de l’American Civil Liberties Union, pour obtenir plus d’informations et de détails sur les limitations et restrictions progressives des droits civils des immigrés et des citoyens, et sur le démantèlement de nombreux programmes de soutien aux immigrés et aux citoyens défavorisés.
[6]Karst (1997) observe qu’aux États-Unis, c’est le droit national qui « a tressé les fils de la citoyenneté » – statut juridique formel, droits, appartenance – en un principe de citoyenneté égale pour tous, et ceci par le truchement d’une série de Décisions de la Cour Suprême et de Lois du Congrès, en commençant par la Loi de 1964 sur les Droits civils.
[7]Voir Peter H. Schuck et Rogers M. Smith, Citizenship Without Consent: Illegal Aliens in the American Polity, 1985.
[8]Souvent, dans de nombreux pays de la planète, y compris les États-Unis, les sans-papiers ayant longtemps résidé dans le pays peuvent obtenir le droit de séjour s’ils peuvent fournir la preuve de la durée de leur séjour et de leur « bonne conduite ». Les lois américaines sur l’immigration reconnaissent ce type de participation officieuse informelle comme critère permettant d’accorder la résidence légale. Ainsi, avant la nouvelle loi sur l’immigration votée en 1996, les individus pouvant i) prouver qu’ils avaient résidé pendant plus de sept années d’affilée aux États-Unis, ii) témoigner d’un comportement moral correct et iii) faire valoir qu’une expulsion constituerait un préjudice moral sévère à leur encontre étaient susceptibles de voir leur menace d’expulsion levée et de se voir ainsi accorder le droit de résider dans le pays. Par exemple, Nacara (Nicaraguan Adjustment and Central American Relief Act, signé en 1997, par le président Clinton) a étendu cette possibilité de levée de menace d’expulsion à environ 300 000 Salvadoriens et Guatémaltèques qui avaient vécu en résidents non-autorisés aux États-Unis.
[9]Les femmes immigrées acquièrent une plus grande autonomie personnelle et plus d’indépendance alors que les hommes immigrés perdent du terrain par rapport à ce qu’étaient leurs conditions et prérogatives dans leurs cultures d’origine. Les femmes ont davantage la maîtrise de leur budget et des décisions d’ordre domestique.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[*]
Saskia Sassen est Professeur « Ralph Lewis » de Sociologie ...
[suite] Suite de la note...
[1]
À titre exceptionnel, Libération a publié, le 28 juillet 20...
[suite] Suite de la note...
[2]
Pour de plus amples détails, voir : Saskia Sassen, “Emergen...
[suite] Suite de la note...
[3]
Un bon exemple de ceci est la coordination qui a donné lieu...
[suite] Suite de la note...
[4]
À cet égard et par ailleurs, ces villes permettent égalemen...
[suite] Suite de la note...
[5]
Voir par exemple le site de l’American Civil Liberties Unio...
[suite] Suite de la note...
[6]
Karst (1997) observe qu’aux États-Unis, c’est le droit nati...
[suite] Suite de la note...
[7]
Voir Peter H. Schuck et Rogers M. Smith, Citizenship Withou...
[suite] Suite de la note...
[8]
Souvent, dans de nombreux pays de la planète, y compris les...
[suite] Suite de la note...
[9]
Les femmes immigrées acquièrent une plus grande autonomie p...
[suite] Suite de la note...