Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130542681
136 pages

p. 25 à 45
doi: 10.3917/dio.204.0025

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n° 204 2003/4

Depuis une dizaine d’années, les manuels de « culturologie » [kul’turologiâ, parfois kul’turovedenie] ont littéralement envahi les rayons des librairies russes et participent activement de la libéralisation de la parole qui touche une partie des sociétés post-soviétiques. La culturologie n’est pas uniquement un succès de librairie : elle est également partie intégrante des cursus universitaires russes et en constitue un élément bien souvent incontournable. En remplaçant les anciennes chaires de marxisme-léninisme ou de matérialisme dialectique, cette jeune discipline affiche sa volonté de proposer une nouvelle manière de penser le monde qui succéderait aux classiques discours sur la bipolarité et permettrait de comprendre les évolutions contemporaines et la place de la Russie dans celles-ci.
Il ne s’agit pas ici de porter un jugement de valeur sur les actuelles interrogations identitaires russes : celles-ci sont légitimes dans un moment de retrouvailles avec une parole libérée, et courantes pour des pays dont le pouvoir doit construire un discours national unificateur. Ce qui est en jeu dans la culturologie est plutôt sa prétention scientifique : ses postulats sous-entendent en effet que le but principal des sciences humaines est de répondre aux interrogations identitaires collectives et que celles-ci constituent un bagage intellectuel – et affectif – que tous les citoyens russes doivent partager. Une fois institutionnalisées en tant que matière obligatoire dans de très nombreux cursus universitaires, les réflexions culturologiques servent à classer les étudiants, à donner ou à refuser l’accès à un diplôme supérieur, donc à une profession et à une place sociale.
La culturologie dérange le regard occidental et suscite de nombreuses interrogations et interprétations : serait-elle un discours permettant de penser la faillite historique d’une certaine Russie, un substitut laïcisé à une théologie de la nation, ou bien la discipline du « politiquement correct », celle qui sélectionne au nom de la conformité à penser le monde, comme une sorte de version russe de la « pensée unique » ? Doit-on la considérer comme un phénomène spécifiquement russe ou prend-elle place dans la mode occidentale du culturalisme en offrant, par son côté parfois extrême, la possibilité d’une réflexion sur les postulats de ce dernier et la mode du discours sur les civilisations ? L’analyse de cette nouvelle discipline post-soviétique et de son succès permet de s’interroger sur les racines, dans l’ancienne Europe de l’Est, de la passion contemporaine pour l’idée nationale : ses référents sont au moins autant tirés du discours soviétique officiel que des classiques du xixe siècle. Cette conjonction, qui peut sembler contradictoire en théorie mais qui, en réalité, est courante dans la pratique intellectuelle post-soviétique, est au cœur de la culturologie. L’idée de nation, développée et théorisée par le discours officiel et la science soviétique, empruntait en effet de nombreux traits de pensée à l’opposition franco-allemande sur la question nationale et transposait le modèle d’une citoyenneté abstraite au plan de l’identité soviétique.
Ce travail se fonde sur l’analyse d’une dizaine d’ouvrages de culturologie (dont un de Biélorussie et un du Kazakhstan, les autres venant de la Fédération de Russie) : tous se présentent comme des manuels universitaires, disposent de la validation officielle du ministère de l’Éducation nationale et sont mis à la disposition des étudiants dans le cadre de l’enseignement de culturologie qui est proposé par presque toutes les universités russes en première année. Ils invitent à une réflexion sur l’institutionnalisation de la discipline, ses liens méthodologiques avec les anciennes sciences marxistes et son rapport au nationalisme russe.
 
L’institutionnalisation de la nouvelle discipline
 
 
La culturologie se veut une discipline des plus variées dont le « noyau dur » reste difficile à cerner. Elle reste encore une science jeune, sans vision définitive et consensuelle de ses objectifs. Il existe cependant une préhistoire de la culturologie, à rechercher dans les discrètes tentatives, visibles dès les années 60, de réhabiliter la terminologie de la « culture » dans les publications soviétiques [1].
La culturologie est obligatoire dans les écoles primaires et secondaires [2] et fait partie des nouvelles disciplines institutionnalisées à la chute de l’Union soviétique, en même temps que « l’introduction à la citoyenneté » [graždanovedenie], un cours lui aussi exigé de la première à la onzième classe. La culturologie est également presque incontournable lors de la première année d’enseignement supérieur, que le cursus soit en sciences humaines, en sciences exactes et naturelles, en droit, en économie, en médecine ou bien encore dans les cursus techniques, particulièrement nombreux en ex-URSS. L’enseignement en culturologie est le plus souvent poursuivi en deuxième année sous la forme d’une introduction à la philosophie. Dans de nombreuses universités, en particulier en province, les professeurs de culturologie sont d’anciens enseignants de marxisme, de matérialisme dialectique [diamat] ou bien encore parfois d’athéisme.
Les premiers enseignements dits de culturologie apparaissent en Russie à la fin des années 80 et prennent toute leur ampleur dans la décennie suivante. En 1995, le ministère de l’Éducation nationale formalise pour la première fois les « standards » nécessaires à l’obtention d’un diplôme de fin de cinquième année ayant pour spécialité la culturologie. Il reconnaît par la suite un doctorat de IIIe cycle puis, en 2000, un doctorat d’État en culturologie. Selon les termes du ministère, la culturologie « se fonde sur l’enseignement d’un bloc de disciplines socio-économiques et humaines, de disciplines des sciences exactes et naturelles et sur un cycle de disciplines spécialisées, approfondies par des cours spécialisés, la rédaction de trois travaux, la soutenance d’un mémoire et l’initiation à la pratique pédagogique [3] ». Le cursus classique en cinq ans comprend aujourd’hui, selon la révision des standards effectuée en 2000, des enseignements diversifiés : culturologie proprement dite, histoire des religions, histoire nationale et mondiale, philosophie, sociologie, psychologie, histoire des sciences, informatique, langues étrangères, linguistique, sémiotique, folkloristique, muséographie, etc., dans des combinaisons diverses laissées en partie à l’appréciation de l’étudiant. La spécialisation en culturologie obtenue au bout de cinq années d’études donne le droit d’enseigner cette même discipline dans les établissements primaires et secondaires de la Fédération de Russie.
Toutes les grandes universités russes disposent aujourd’hui d’une chaire de culturologie, cette dernière étant associée à d’autres disciplines en fonction de la spécialisation originelle de chacun des culturologues en poste : philosophie, théories de la culture, pédagogie, histoire des religions, histoire de l’art, langues étrangères, orientalisme, etc. La nouvelle discipline remplit des fonctions très diversifiées : la plus courante est de remplacer les chaires de diamat et de proposer une nouvelle vision de ce que devrait être la « culture générale » en Russie. Elle peut également se présenter comme une science appliquée : l’Académie en sciences humaines et sociales de Moscou dispose par exemple d’une faculté dite « de culturologie et communication interculturelle », qui forme aux métiers du tourisme ; l’Institut russe de culturologie propose quant à lui une préparation aux métiers de conservateur, restaurateur, protection des monuments et muséologie.
Il existe enfin une culturologie « de haut niveau », qui emploie d’ailleurs bien plus souvent le terme de théories des cultures que celui de culturologie. Cette appréhension de la nouvelle discipline est avant tout représentée par l’Institut des cultures européennes, né en 1995 de l’association du RGGU (Université russe d’État, Moscou), de l’EHESS (Paris) et de l’Université de la Ruhr (Bochum, Allemagne) [4]. Cet Institut délivre un diplôme en deux ans de spécialisation en culturologie mais est en fait parallèle au système universitaire classique, puisqu’il intègre des étudiants ayant déjà terminé un cycle d’études dans un institut et regroupe surtout des doctorants [5]. Spécialisé sur les cultures modernes et contemporaines de l’Europe, l’Institut propose un enseignement de qualité en histoire de l’art et histoire des courants de pensée des divers pays occidentaux qui est bien éloigné du contenu de la majorité des manuels de culturologie. Il reflète donc la diversité originelle de la discipline et ses possibles évolutions vers une pratique pluridisciplinaire des principales sciences humaines et sociales telle qu’on la retrouve dans de nombreux courants scientifiques occidentaux.
On peut se demander dans quelle mesure la culturologie répond à une demande sociale précise, qu’elle vienne des étudiants ou des anciens professeurs de marxisme amenés, depuis une décennie, à se recycler. Tente-t-elle de répondre à un besoin plus large existant dans la société russe, à un intérêt laïcisé pour la spiritualité, un besoin d’ouverture sur les autres cultures, un appel à l’exotisme et au dépaysement temporel et géographique comme les pays occidentaux peuvent les connaître ? Il est en tout cas financièrement intéressant pour les maisons d’édition de publier des ouvrages de culturologie, ceux-ci n’étant pas uniquement achetés par les étudiants mais touchant un public bien plus large. Si l’impact réel de ces manuels reste difficile à mesurer, tous sont diffusés à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires et sont eux-mêmes au nombre de plusieurs dizaines.
Deux définitions possibles de la culturologie coexistent dans les manuels. La première la présente comme un complexe de disciplines regroupant les théories de la littérature, la sociologie de la culture, de la religion ou de la philosophie, les philosophies de l’histoire, les sciences politiques, l’esthétique, la sémiotique, etc. Cette première culturologie se veut profondément comparatiste et se considère comme un enseignement de culture générale. Nombre de manuels sont ainsi constitués d’anthologies de textes occidentaux ou russes. Ils présentent un historique de la culture mondiale, divisée en « aires de civilisation » classiques : les cultures antiques, le Moyen-Âge occidental, la Renaissance et la Réforme, la période contemporaine, « le post-modernisme », chacune étant expliquée dans ses grandes tendances culturelles, artistiques, intellectuelles et religieuses. Certains manuels proposent des analyses plus théoriques autour du terme de « culture » : typologie des cultures, rapport entre art, religion et science, classification selon les cultures de la place de l’homme, des modes de vie, des rapports entre sexes, de l’éducation, etc. [6] Sous cette forme, la culturologie permet une sensibilisation des étudiants et du public à l’art, aux idées, aux religions, à la pensée philosophique, et participe du sentiment général, en ex-URSS, de devoir réapprendre un savoir tronqué ou oublié.
La seconde définition de la culturologie est nettement plus engagée. La nouvelle discipline serait un méta-système ou une méta-science, en tout cas une nouvelle philosophie de la culture permettant d’éclairer les évolutions du monde. L’auteur du manuel biélorusse, I. A. Leviach, différencie ainsi nettement les deux appréhensions possibles : « si la science de la culture [kul’turovedenie] est l’ensemble de disciplines qui étudient le cosmos sans limites des cultures, la culturologie [kul’turologiâ] est la loi de leur gravitation mondiale. C’est une philosophie de la culture en tant que totalité » [7]. Cette seconde vision – qu’elle soit explicite ou sous-entendue – est largement majoritaire dans les manuels et c’est elle qui suscite le plus d’interrogations car elle s’appuie sur plusieurs postulats philosophiques et politiques tout en refusant de les expliciter.
La culturologie en tant que telle n’est pas en vogue dans l’ensemble des républiques post-soviétiques. Ainsi, en Ouzbékistan, le pouvoir a remplacé les cours de marxisme-léninisme par une nouvelle discipline, elle aussi obligatoire dans tous les cursus, la « spiritualité nationale » [milli ma’naviat], instrumentalisant à son profit l’islam. Les fonctions attribuées à la culturologie et à la « spiritualité nationale » permettent cependant de dresser un parallèle entre les deux disciplines : tous les nouveaux pouvoirs post-soviétiques ont cherché à réutiliser à leur profit l’espace institutionnel laissé par l’ancien marxisme-léninisme.
 
L’épistémè de la culturologie : refus ou poursuite du marxisme ?
 
 
La culturologie se veut le strict contraire de ce que fut l’enseignement du marxisme en URSS. Si ce dernier lui sert de contre-exemple, leurs rapports sont en réalité bien plus complexes : la culturologie s’avère un miroir du marxisme soviétique, elle semble refléter ce dernier en en inversant les termes. Cette filiation, bien évidemment récusée, apparaît assez nettement dans le champ épistémologique et méthodologique.
 
Nouveauté intellectuelle ou retour de vieux débats ?
 
 
La culturologie joue double jeu : elle se présente comme une science neuve, dans une phase de construction, en accord avec les rejets et les volontés affichés par la société russe actuelle. Paradoxalement, elle se pense aussi comme l’héritière d’un ensemble de réflexions plus anciennes. L’insistance sur ces dernières sert en réalité de légitimation à une discipline qui manque cruellement de théoriciens. Tous les manuels considèrent ainsi comme faisant partie de droit de leur héritage les disciplines les plus diverses (sociologie, histoire, psychanalyse, anthropologie, philosophie, etc.). Comme tous les discours identitaires russes la précédant, la culturologie cherche à se légitimer par l’Occident : les auteurs occidentaux cités [8] servent paradoxalement de preuve de scientificité à la culturologie, qui affirme pourtant vouloir penser de manière autonome la Russie. Il n’est cependant jamais dit que la discipline « culturologie » n’existe pas dans les cursus universitaires occidentaux et qu’elle ne recoupe pas l’enseignement des Area Studies américains, même si elle partage parfois avec eux certains postulats. Parmi les références russes, un intérêt tout particulier est accordé à « l’âge d’Argent [9] », à la philosophie religieuse du début du xxe siècle ainsi qu’à l’émigration russe de l’Entre-deux-guerres [10]. La culturologie revendique ainsi clairement sa filiation avec les grands penseurs russes du xixe siècle et apprécie la conjugaison, propre au début du siècle, entre l’économie marxiste et la spiritualité orthodoxe : la volonté, très présente dans les manuels, d’affirmer la continuité de l’identité russe se retrouve volontiers dans ces tentatives intellectuelles œcuméniques de rendre non contradictoires matérialisme économique et spiritualité.
Tous les auteurs mentionnés se voient résumés en quelques lignes autour de certains mots clefs attribués à chacun, sans jamais aucune présentation du contexte historique de leur écriture. Tous se trouvent cités sans différence de style, de domaine scientifique ou d’époque : Hegel peut ainsi précéder sans explication le penseur ésotérique René Guénon [11], et le fondateur de l’anthroposophie Rudolf Steiner suivre Karl Jaspers dans une réflexion sur le christianisme [12]. Les citations, extrêmement nombreuses, sont sans références, et les manuels, de manière générale, sans notes de bas de page. Il semble assez évident, au vu du faible niveau des analyses, que les textes originaux ne sont pas connus des culturologues et que ceux-ci travaillent, au mieux sur des traductions, plus probablement encore sur des études de seconde main. Les références occidentales et russes de la culturologie semblent donc traitées sur le même mode que l’étaient Marx, Engels et Lénine dans les ouvrages scientifiques soviétiques : leur pensée se voit restreinte à des séries de citations tirées de leur contexte, malléables et multiformes, constituant des sortes de bréviaires ou de petits abécédaires de références que tout un chacun est invité à manier selon les circonstances.
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Le rejet du politique en général et de la période soviétique en particulier
 
 
La culturologie pense le monde sur le mode des civilisations. Elle affirme la pertinence de ce découpage et s’inspire de manière récurrente des œuvres de Spengler et de Toynbee en classant le monde en grandes civilisations et aires religieuses. Si ces derniers sont très régulièrement cités, les culturologues ne signalent jamais leurs propos sur la Russie et se limitent à exposer les grandes lignes de leurs théories de l’histoire mondiale. Parmi les personnalités contemporaines, Samuel Huntington, célèbre politologue américain auteur du Choc des civilisations, bénéficie lui aussi d’un traitement de faveur et se voit placé dans la lignée référentielle première de la culturologie. Si les auteurs de manuels ne partagent pas nécessairement la vision conflictuelle du devenir mondial énoncée par Huntington, tous se reconnaissent dans l’idée que le monde de l’après-bipolarité n’est dorénavant explicable que par la carte « civilisationniste » : l’aire culturelle occidentale ou « atlantiste » s’oppose à l’espace « slavo-ortodoxe », tandis que le « monde musulman » devra choisir entre l’alliance avec l’Occident ou avec la Russie.
Cette focalisation sur l’idée de civilisation entraîne avec elle un certain nombre de conséquences comme l’élimination de la périodisation politique traditionnelle : le « temps long » prime sur l’événement politique [13]. Cette longue durée n’est cependant pas pensée dans sa logique économique et sociale, selon le célèbre modèle élaboré par Fernand Braudel, mais uniquement dans ses permanences nationales et religieuses, comme chez Spengler. L’ensemble des thématiques traitées par la culturologie se voit alors entièrement dépolitisé : on étudie la religion, le folklore, les expressions artistiques et intellectuelles, parfois les modes de vie, mais jamais les institutions politiques ou les traditions juridiques d’un pays. Ce qui s’applique à l’Occident est également valable pour la Russie. Ainsi, aucun manuel ne s’interroge sur le fonctionnement politique du tsarisme, sur celui du régime soviétique, aucun chapitre ne traite du rapport des Russes à leur empire et aux « allogènes » qui y sont intégrés, comme d’ailleurs aucun des chapitres sur l’Occident ne s’intéresse au problème de la colonisation-décolonisation.
Les culturologues expriment très régulièrement leur sentiment que la sphère culturelle a été négligée tout au long de la période soviétique et ne cessent de rappeler que la discipline était condamnée en URSS car considérée comme une pseudo-science bourgeoise. Par son officialisation contemporaine, ils affirment que la culture peut transformer le monde tout autant que l’économie, et reprennent ce qui était à l’origine même de la pensée dissidente : l’utopie de la culture comme réponse au communisme. La culturologie, dans l’ensemble de ses manuels, appelle ainsi à la constitution d’un nouvel humanisme et à une humanisation des sciences [gumanizaciâ nauk] face au « dessèchement » de la pensée soviétique. Tout approche sociologique ou économique des problèmes est alors rejetée au nom de sa proximité avec le discours marxiste. Cependant, la culturologie n’appréhende pas non plus les problèmes sous l’angle d’une réflexion plus théorique sur le politique. Ce refus de l’explication socio-économique ainsi qu’une dépolitisation volontaire l’amènent à se tourner vers des explications uniquement culturalistes et essentialistes, qui réifient plus qu’elles « n’humanisent » les problèmes posés.
Le rapport au communisme de la culturologie est assez uniforme : la pensée marxiste dans toute sa diversité est quasiment absente des aperçus historiques proposés. Les auteurs populistes, anarchistes et socialistes du xixe siècle ne sont que très rarement mentionnés. Le cas soviétique est unanimement mais toujours brièvement dénoncé autour du concept de totalitarisme, ce dernier étant expliqué par des références à des penseurs occidentaux comme Hannah Arendt ou Raymond Aron. La condamnation du communisme ne s’appuie paradoxalement sur aucune référence à la dissidence soviétique ou centre-européenne, dont l’héritage intellectuel semble ne pas intéresser les culturologues. Seul A. Soljenitsyne se voit parfois cité, bien plus en tout cas qu’A. Sakharov. La période soviétique est en effet appréhendée comme une parenthèse qu’il suffirait de refermer. Ce postulat d’une discontinuité intellectuelle empêche alors d’intégrer la dissidence puisque les soixante-dix dernières années sont uniquement présentées comme « marxistes-léninistes ».
Le désintérêt évident porté par la culturologie à la période soviétique, même sur le mode de la condamnation, reflète d’une certaine manière la situation générale en Russie. La discipline poursuit en effet la vision conciliatrice que le pouvoir et la société russe semblent proposer de cette époque : l’idéologie communiste et l’exercice du pouvoir par quelques grandes figures sont décriés, tandis que l’expérience quotidienne et le vécu soviétique des individus restent dans une sorte de zone d’ombre de la réflexion, marquée par la nostalgie des années brejnéviennes.
 
La volonté d’une unicité du savoir et l’influence des sciences exactes
 
 
Le rejet de l’ancienne idéologie officielle ne va pas sans poser un certain nombre de problèmes : la culturologie conjugue ainsi les traditionnelles références de la pensée russe du xixe siècle avec des méthodes et des postulats qui sont directement empruntés aux sciences soviétiques. Elle affirme par exemple l’importance d’un savoir unifié, d’une « méta-science » qui intégrerait toutes les autres disciples en elle. Selon les culturologues, leur discipline n’étudie pas les cultures séparément mais leurs propriétés universelles et cherche à comprendre la culture comme « un système plus riche que la somme de ses composants » [14]. Elle tend à porter le discours sur le plan du général et rejette ce qu’elle considère comme le « relativisme » des sciences occidentales, qui ne se préoccuperaient pas du problème de la vérité. Cette aspiration à l’unité du savoir scientifique, reprise par le diamat, était l’une des constantes de la culture scientifique russe au xixe siècle, marquée par la tradition holiste de la Naturphilosophie [15].
Comme son prédécesseur marxiste, la culturologie se pense comme une nouvelle philosophie de l’histoire, un futur « savoir organique et complet [16] » donnant sens au monde d’après des matériaux empiriques. Ce type d’affirmation propre aux idéologies place très nettement la culturologie dans la filiation du marxisme : maintien implicite de la notion de totalité, traits abstraits forcés, refus d’un savoir empirique, partiel et pragmatique. La culturologie explique ainsi la connaissance comme un processus mené par un homme déterminé par une réalité objective existante en dehors du sujet connaissant. Elle ne cache pas non plus son impérialisme disciplinaire : en tant que dernière étape de l’histoire des sciences humaines, elle aurait pour rôle de synthétiser ces dernières et d’influencer la direction générale que prennent toutes les sphères du savoir [17]. L’Université d’État de Nijnii-Novgorod présente ainsi la culturologie sur un mode proche de la dialectique marxiste : « elle ne se satisfait pas de manière éclectique de la situation et des résultats des autres sciences mais permet de repenser à un niveau neuf les principales questions de l’être, en réconciliant et accordant les contradictions existantes dans une nouvelle vision du monde [18] ».
Corollaire parfois paradoxal de cette volonté philosophique d’une méta-science, la recherche d’un haut degré de scientificité est au cœur des aspirations culturologiques. L’espoir de pouvoir formuler des sciences humaines modelées sur les sciences exactes plonge ses racines dans les traditions soviétiques d’enseignement, elles-mêmes inspirées du positivisme du xixe siècle [19]. La culturologie tend ainsi à réduire la science à un phénomène a-social, analysable par le biais de modèles statistico-mathématiques. Si, au xixe siècle, le modèle des sciences humaines était celui de la biologie, au xxe siècle, ce rôle est rempli par les mathématiques. Ces dernières sont particulièrement appréciées des culturologues car « elles portent en elles une nouvelle compréhension des possibilités de comportement des organismes complexes (parmi eux la culture) et des différents moyens possibles de leur maîtrise » [20]. Cette référence aux modèles mathématiques fut une constante non seulement du marxisme en tant que tel mais également de certaines disciplines comme le matérialisme dialectique, qui schématisait l’histoire humaine et sa diversité en une série de rapports de force entre classes. Cette admiration pour les sciences exactes va avec le rêve de pouvoir pronostiquer les développements culturels, donc aussi de se mettre au service du pouvoir, de devenir une science d’État, ce qui était déjà un but avoué de l’ethnologie soviétique [21]. La culturologie aurait ainsi pour mission de construire une « génétique de la culture qui, non seulement, expliquerait le processus historico-culturel mais qui pourrait le pronostiquer, et, en perspective, le corriger [22] ».
La culturologie cherche donc à classifier, à typologiser ; elle propose tableaux et schémas les plus divers et formule des théories qui répondent selon elle aux « lois », aux « régularités » [zakonomernost’, selon le modèle allemand de Gesetzmässigkeit] de l’histoire. Elle apprécie l’élaboration statistique et la juge explicative de la réalité du monde. Le manuel de A. A. Gorelov propose par exemple une vision graphique du développement de la culture humaine depuis la préhistoire et analyse l’histoire de l’humanité comme le faisait le marxisme officiel, en la divisant en stades progressifs de développement : après l’homme de Neandertal, l’époque de « l’homme pensant » est divisée en trois étapes (la sauvagerie, la barbarie, la civilisation) et précède l’arrivée tant attendue de ce que l’auteur appelle « l’homo spiritus » [Duhovnyj čelovek] [23]. Cette volonté répétée d’utiliser des tableaux et des graphiques est courante dans les sciences humaines post-soviétiques, en particulier dans le domaine des sciences politiques, désespérément à la recherche d’un accès global et synthétisant à la diversité du monde.
 
Un discours de vérité
 
 
L’attrait de la culturologie pour les sciences exactes contribue à amplifier ce qui est, à l’origine, un héritage du diamat, la conception de l’enseignement comme un discours de vérité. Dans ses réflexions sur la science soviétique, Alessandro Mongili parlait déjà de la « difficulté à accepter le dépassement du principe de réalité. Dans la tradition constructiviste, le caractère réel de l’objet est une attribution secondaire, il est socialement construit, et son rapport avec l’objet concret est aléatoire. Dans les théories de la connaissance développées en Russie, il y a réalité de l’objet [24] ». Il n’est ainsi jamais proposé dans les manuels de réflexion sur la multiplicité des points de vue et donc des vérités, sur la confrontation des subjectivités. Essentialistes, les culturologues cherchent à répondre au pourquoi et non au comment des choses et ne proposent aucune réflexion sur l’interaction entre le chercheur et son objet. Est donc privilégiée la connaissance de la réalité au détriment des instruments de connaissance de cette même réalité.
La majorité des manuels est construite sur le même modèle : une leçon de quelques pages est suivie d’un questionnaire de type QCM, dont les réponses sont données en fin de manuel [25]. À la fin de chaque chapitre, une rubrique « conclusions » résume en quelques points, sans problématique, les thèmes principaux sous forme de maximes courtes. Ce mode de réponse et d’analyse demande à l’élève très peu de réflexion et d’esprit critique. Cette approche schématique et essentialiste exclut la possibilité de représenter un texte ou un fait dans toute sa complexité, le chercheur étant prisonnier de sa méthode réductrice et de la sacralisation de l’objet qui s’en suit. Ce principe du QCM, dont l’essentialisme est venu du diamat, est également justifié par l’emprunt généralisé que font les universités russes contemporaines à la méthode américaine des « tests » : ceux-ci valident aujourd’hui bon nombre d’épreuves de fin d’année et ont remplacé, dans plusieurs disciplines de sciences humaines, la méthode plus traditionnelle de la dissertation.
Les notions les plus diverses, appartenant à tous les champs de la pensée et à toutes les époques, sont employées sans définition. Les manuels dissertent ainsi sur la place de la « Russie » entre l’» Occident » et l’» Orient », sur l’opposition entre « archaïsme » et « civilisation », sur les « mentalités nationales » ou sur le « post-modernisme », etc. sans jamais s’interroger sur la pertinence de telles notions. La culturologie semble alors bien souvent un regroupement d’affirmations s’ignorant en tant que discours et sous-entendant un accord tacite sur les choses. On peut par ailleurs noter que les milieux intellectuels russes contemporains ressentent peu le besoin de définir les concepts employés, en partie peut-être car le régime lui-même avait changé la définition des termes au fil de son évolution politique et créé, par ses excès linguistiques, le sentiment d’une interchangeabilité des mots en fonction des besoins.
 
« L’idée russe » transformée en discipline ?
 
 
La culturologie se présente comme une ouverture sur le monde mais se pense également comme une science éminemment nationale, chargée de redonner historicité et sens aux réflexions des intellectuels russes sur eux-mêmes. Bien souvent, elle ne propose qu’un enseignement de jugements de valeur dissimulés sous un ensemble de formulations pseudo-scientifiques. Ainsi, même la très sérieuse Université d’État de Saint-Pétersbourg présente sa chaire de philosophie et de culturologie de l’Orient, ouverte en 1998, comme une création qui « permet un réel dépassement de l’occidentalocentrisme et exprime en même temps la reconnaissance de la culture euro-asiatique, de la vie spirituelle de notre société et du statut géopolitique de la Russie [26] ». L’éternelle question du rapport de la Russie à l’Occident semble donc s’annoncer comme la matrice de la culturologie, même si cette prééminence est rarement assumée. Les ouvrages de culturologie se veulent en effet des manuels de « l’idée russe » : ils ne se limitent pas à présenter comme un objet historique les réflexions développées depuis le xixe siècle sur la question de l’identité nationale mais les pensent comme des réalités contemporaines ayant encore sens pour la Russie d’aujourd’hui.
 
Une pensée centrée sur la nation
 
 
La culturologie est une pensée centrée sur l’idée de nation : les cultures, les religions et les sciences sont éminemment nationales et doivent être étudiées sous cet angle. C’est pourquoi les termes de « culture » et de « civilisation » sont paradoxalement toujours mal différenciés. Alors que leur opposition et interaction avaient animé tout le xixe siècle, la culturologie ignore quasiment ces débats et emploie ces termes dans leur acception la plus courante : la civilisation est matérielle, la culture plus spirituelle, la première est présentée comme mondiale ou tout au moins régionale tandis que la seconde est un synonyme de la nation. Les cultures nationales, l’adjectif étant alors estimé plus pertinent que le substantif, restent en réalité le réel objet de la réflexion culturologique.
Par cette obsession du national, la discipline culturologique s’inscrit dans son temps et dans les modes les plus courantes de l’espace post-soviétique. Elle tente en effet de canaliser, de répertorier et de « scientificiser » les interrogations identitaires contemporaines. Loin de présenter la nation comme une construction intellectuelle et politique, née entre autres des profondes mutations sociales dues à la modernité économique, la culturologie développe un discours primordialiste sur la communauté. Cette réification de l’objet reste visible dans l’usage culturologique des termes de « peuple », « etnos », « nation » ou « mentalité », tous interchangeables. Le manuel kazakhstanais de culturologie ne cache pas, par exemple, ses objectifs et porte le sous-titre révélateur d’» ethnosophie mondiale [27] ». Il appert donc que la culturologie a pour réel objet l’» etnos » ou la « nation » et non la « culture » : elle part du postulat du recoupement inhérent entre les notions de culture et d’idée culturelle de la nation.
 
Une science appliquée ? La Russie au cœur de la culturologie
 
 
La culturologie dit ne pas s’intéresser uniquement à l’histoire russe mais à l’histoire mondiale et cette prétention à l’universalité se pare d’un refus de l’universalisme occidental, qui écraserait ou nierait les différences nationales. En réalité, l’universalité de la culturologie reste très limitée puisque les chapitres consacrés aux mondes non-européens sont quasiment, voire dans certains manuels totalement inexistants : il semble que seule la Russie mette à mal la revendication d’universalité de l’Occident. La culturologie semble ainsi enfermée dans la traditionnelle dichotomie slavophile entre Russie et Occident et ne sait jouer des autres « aires de civilisation », par exemple asiatique ou africaine, afin de contrer ce qu’elle lit comme un impérialisme identitaire de l’Europe. Tous les manuels accordent une place particulière à la Russie, qui occupe entre un tiers et deux-tiers du texte. La spécificité russe est également thématique : elle ne partage pas, par exemple, les mêmes périodisations historiques que les pays occidentaux et bénéficie de chapitres propres. Les différentes histoires nationales sont donc superposées et ne se croisent jamais : aucun parallèle n’est par exemple proposé entre le Moyen-Âge occidental et la Moscovie sous domination mongole, ni entre les différents régimes politiques européens du xxe siècle. Une telle séparation détourne toute application du principe comparatiste que sous-entend pourtant la culturologie dans ses introductions.
La Russie est affirmée, dans l’ensemble des manuels, comme un monde à part. La problématique, classique de la pensée russe du xixe siècle, du pont ou du carrefour entre « Orient » et « Occident » occupe toujours au moins un chapitre. Les clichés utilisés sont des plus classiques et reprennent les anciens postulats slavophiles : alors que l’Occident est historique et marqué par des valeurs individualistes et matérialistes, l’Orient est anhistorique et se distingue par son collectivisme et sa spiritualité. Fort de la réhabilitation qui touche la philosophie religieuse du tournant du siècle et l’exil de l’Entre-deux-guerres, la culturologie s’attache à la terminologie d’» individualité » [ličnost’, dans une version proche du personnalisme français], une notion centrale chez des penseurs comme Boulgakov ou Berdiaev, que les manuels associent sans grande finesse au prétendu sens de la communauté des Russes, au concept orthodoxe de conciliarité [sobornost’] et à la tradition de la communauté paysanne slave [mir ou obšina]. Certains auteurs n’hésitent pas non plus à donner des définitions de la trop célèbre « âme russe » : cette dernière serait « la notion centrale de la mentalité russe qui exprime l’identité spirituelle spécifique du peuple » et dont les qualités sont « l’attirance pour une liberté illimitée, une grande tolérance, une soif de justice (…), la foi dans le bien absolu sans le mal [28] ».
Les manuels revendiquent donc assez ouvertement un certain nationalisme russe, dont ils regrettent l’effacement sous le régime soviétique. G. V. Dratch affirme par exemple l’existence d’un « archétype culturel russe » qu’il définit par son caractère permanent, inchangeable, forme d’inconscient collectif influant sur toutes les sphères de la vie [29]. Il consacre deux chapitres à analyser « comment interpréter, dans l’archétype culturel russe, des valeurs comme la conscience, la responsabilité, la liberté, la justice » puis « le pouvoir, l’ordre, l’autorité, le travail [30] », avant de conclure que l’autocratie et l’autoritarisme politiques sont des phénomènes nationaux et naturels. Les manuels reprennent en effet à leur compte les propos nationalistes les plus classiques, présentent la Russie comme régénératrice de l’ensemble de l’humanité et font de nombreuses références au courant dit du « cosmisme ». Né à la fin du xixe siècle, ce dernier appelle à la réconciliation de l’homme avec la nature et l’univers, conjugue une pensée futuriste à des thèmes environnementalistes, et développe des propos eschatologiques sur la fin d’un monde et la naissance d’un nouveau, marqué par le spirituel et l’ascétisme. Le manuel de Gorelov définit ainsi la Russie et les États-Unis comme des « civilisations cosmiques », une terminologie ambiguë dans la pensée russe : les deux superpuissances ont bel et bien conquis l’espace mais le cosmos est également, en russe, « l’ordre et l’harmonie des sphères célestes [31] ».
Le thème géopolitique est partout présent. La géopolitique est présentée comme une science objective analysant la place que la Russie doit tenir (car la culturologie se pense sur le mode du devoir-être) dans le monde. Les cultures analysées dans le manuel de A. A. Gorelov sont par exemple définies par une terminologie géopolitique qui n’est à aucun moment explicitée : l’Égypte est présentée comme le modèle des « civilisations fluviales », la Grèce comme une « civilisation maritime », l’Occident comme une « civilisation océanique », etc. Toute analyse se fait exclusivement sur le mode national : si différentes géopolitiques s’affrontent, c’est qu’elles proviennent de différents pays, chacun d’entre eux ne pouvant avoir qu’une seule géopolitique puisque celle-ci est un savoir objectif. Cette croyance en une science de la géopolitique suscite un certain nombre d’interrogations sur les connaissances théoriques et politiques des culturologues. Ainsi, le manuel biélorusse cite le théoricien du national-communisme européen Jean Thiriart en le présentant comme un simple « politologue français [32] », et semble ne pas pouvoir ou vouloir préciser sa position pourtant extrême sur l’échiquier politique.
La culturologie se veut donc une institutionnalisation des débats sur « l’idée russe ». Elle se présente tout à la fois comme l’enseignement de cette pensée et comme sa poursuite après ce qui est perçu comme la parenthèse soviétique. Elle ne se limite pas à transformer les réflexions les plus diverses en une discipline unifiée mais s’estime partie constituante de ce discours, invite à le poursuivre et le considère comme des plus légitimes pour la Russie post-soviétique [33].
 
Un anti-occidentalisme érigé en doctrine scientifique
 
 
Comme la majorité des discours identitaires, la culturologie trouve nombre de ses ressorts intellectuels dans ce que Marc Angenot a appelé les « idéologies du ressentiment [34] ». Le sentiment d’infériorité de la Russie envers l’Europe invite en effet à la transmutation des valeurs : la supériorité acquise dans le monde empirique par l’Occident serait en réalité preuve d’une bassesse intérieure face à une Russie victime de sa grandeur d’âme. La discipline culturologique ne cache ainsi pas ses tendances conservatrices, souvent parallèles au rejet de l’Occident : l’idée de progrès y est assimilée aux dérives étatiques du xxe siècle soviétique, tandis que l’idée de conservation serait synonyme de respect des spécificités nationales. Les valeurs progressistes sont dénoncées car elles amèneraient à une détérioration générale du corps social. Ce rejet de l’Occident n’est pas considéré comme un choix politique mais comme une nécessité quasi-biologique puisque le xxe siècle aurait prouvé que « la transplantation, l’emprunt mécanique d’éléments culturels ne peut pas donner de résultats positifs [35] ».
Fortement engagés en ce qui concerne le devenir du pays, les culturologues ne masquent que rarement leurs choix, présentés comme l’inévitable conclusion logique de leur analyse de l’essence de la nation. Bien que validés par le ministère de l’Éducation, les manuels n’hésitent pas à révéler les conceptions politiques de leurs auteurs. Ainsi, dans le glossaire de I. A. Leviach, la démocratie dite autoritaire bénéficie de la sympathie ouverte de l’auteur puisqu’elle serait la « tendance objective à la formation d’une forte étaticité [gosudarstvennost’] russe, capable de neutraliser les extrêmes des modèles totalitaires et libéraux, de créer les conditions d’une transformation réussie de la société [36] ». L’Occident ne cesse donc d’être décrié sans que les termes le composant ne soient réellement définis : individualisme égoïste, société de consommation, rationalité, culte du bien-être matériel et de la technologie, culture de masse, etc.
La culturologie est très critique sur la situation « de crise » que traverse la Russie – un thème courant des introductions ou de certains chapitres des manuels – et espère directement contribuer à en sortir : la discipline ne cache pas sa volonté d’être une science prospective, appliquée, et espère avoir un but moral et pratique immédiat en aidant les étudiants à « penser la Russie ». L’auteur biélorusse affirme par exemple, dès l’introduction, être « convaincu que la civilisation du xxie siècle ne sera sauvée que par une culture renouvelée, capable de passer de l’humanisme abstrait à un humanisme pratique [37] », c’est-à-dire du marxisme à la culturologie. Cette dernière doit donc non seulement aider à comprendre mais instruire et former les jeunes esprits en montrant comment « se conduire dans la vie [38] ». Les manuels peuvent ainsi regrouper des chapitres consacrés aux questions de bonne éducation et d’étiquette. Le manuel kazakhstanais dédie par exemple son premier chapitre aux bonnes mœurs dans les différentes cultures, celui de A. B. Esin, extrêmement critique sur les évolutions sociales contemporaines, consacre un chapitre à l’éducation des enfants et un autre aux rapports hommes-femmes [39].
Cette diffusion d’opinions personnelles sous l’apparence d’un discours scientifique se retrouve tout particulièrement dans les questions religieuses. Les manuels de culturologie, qui s’attachent à définir les civilisations avant tout par leur religion, sont en effet empreints de la vision extrêmement positive dont bénéficie, en ex-URSS, l’idée même de foi, et non pas les institutions ou les hiérarchies religieuses. Les liens entre culture et religion sont ainsi toujours surestimés et ne se voient jamais contrebalancés par une réflexion sur l’évolution sécularisatrice des sociétés. L’athéisme est très violemment critiqué et n’est bien souvent présenté que sous l’angle des répressions soviétiques. La notion d’agnosticisme est quant à elle totalement ignorée. Dans certains manuels, les religions sont classées selon leur « degré de tolérance » et les deux principales confessions occidentales sont regardées de manière suspecte. La foi est par ailleurs appréhendée comme un phénomène collectif, concernant la nation, et non comme un choix individuel relevant du domaine privé : le lien entre Russie et orthodoxie est alors présenté comme une évidence à laquelle tout bon citoyen ne peut déroger [40].
Les chapitres explicatifs des différences entre cultures ne diffusent bien souvent, sous une forme prétendument scientifique, qu’une série de clichés nationaux frôlant la xénophobie. Ainsi, « le Russe tend vers l’obtention de la vérité et de la justice (…) tandis que l’Américain tend vers le succès personnel [41] ». Le culturologue biélorusse critique de manière sous-jacente le « cosmopolitisme » sous couvert de condamnation de l’internationalisme des premiers Bolcheviks [42]. Le manuel de Iou. I. Rojdestvenskii présente quant à lui un tableau des six grandes religions mondiales (hindouisme, confucianisme, christianisme, islam, judaïsme, bouddhisme) qui classifie leurs différentes réceptions à certains sentiments : on apprend ainsi que le Juif n’a ni amour-propre ni sentiment de dette envers les autres, que l’hindouiste et le bouddhiste n’aiment pas le travail, etc [43]. Alors que l’islam et le bouddhisme bénéficient souvent d’une vision plutôt positive, le judaïsme n’est que très rarement mentionné et le monde juif n’est pas considéré comme une « civilisation » ayant le droit de disposer d’un chapitre spécifique.
Le caractère scientifique que cherche à se donner la culturologie ne peut que laisser sceptique. La discipline, au travers de ses manuels, semble n’avoir pour l’instant réussi à accumuler, au milieu d’informations brutes sur les pays occidentaux et la Russie, qu’une somme de clichés nationalistes et politiquement engagés. Si ces derniers ne sont pas condamnables en tant que tels, ils posent problème en ce qu’ils sont présentés comme des évidences scientifiques et qu’ils servent à sanctionner l’obtention d’un diplôme d’État.
*
La culturologie russe peut-elle être appréhendée comme l’épiphénomène d’une tendance plus générale qui a vu le jour en Occident avec l’effacement de la bipolarité, la prétendue fin des idéologies et la disparition de l’opposition communisme-capitalisme ? Les pays occidentaux ont en effet, eux aussi, vu réapparaître des modes d’explication (géo)culturalistes ou civilisationnistes : la division de la Yougoslavie a par exemple été présentée comme la résurgence de la ligne historique et religieuse qui sépare les anciens pays habsbourgeois des Balkans sous domination ottomane, tandis que les difficultés économiques qui font que les pays ou régions les plus riches ne veulent plus payer pour les plus pauvres ont été moins soulignées. La série de livres sur la géopolitique des religions de François Thual, le succès du Choc des civilisations de Samuel Huntington et le retour en force des propos géopolitiques, en particulier du côté américain, ne sont que la face émergée de l’iceberg : avec le recul intellectuel du marxisme, les explications socio-économiques semblent s’effacer au profit de l’idée que seule l’analyse des identités nationales, des cultures et des religions permet d’expliquer le monde d’aujourd’hui.
La nouvelle « science » culturologique tente de légitimer ses postulats politiques et philosophiques sous couvert d’un discours institutionnel reconnu et du droit à l’émergence de nouvelles disciplines. Sa volonté de présenter comme scientifique des réflexions personnelles ou plus ou moins acceptées collectivement peut surprendre. N’est-elle qu’un phénomène transitoire bien compréhensible face aux bouleversements qu’a connus la Russie, ou s’ancre-t-elle dans un espace ambigu situé entre science et idéologie ? Sa diversité d’opinion originelle se verra-t-elle de plus en plus limitée à des stéréotypes nationaux, si ce n’est nationalistes ? Le foisonnement des réflexions identitaires et l’accumulation, contradictoire, des références les plus diverses peuvent être compris comme la volonté de certains universitaires russes de « redécouvrir » ce qui fut interdit, jusqu’aux auteurs d’extrême-droite ou aux courants spiritistes et occultistes à la mode. Posent en réalité problème non pas ces réflexions et ces redécouvertes en elles-mêmes mais leur institutionnalisation : la maîtrise du discours culturologique, comme celle de la vulgate marxiste-léniniste auparavant, valide un diplôme : est-il alors appelé à devenir le nouveau « prêt-à-penser » des élites russes ? Dans quelle mesure l’appareil administratif est-il maître des discours diffusés dans les manuels ? Le soutien que le pouvoir semble apporter à la discipline annonce-t-il la naissance d’une nouvelle idéologie d’État, d’un nouveau « politiquement correct » et « nationalement correct » pour le pays ?
Même si la culturologie se veut une réhabilitation de la tradition intellectuelle russe des débats sur l’identité nationale, elle reste incompréhensible sans la référence au marxisme soviétique, dont elle n’est, par bien des côtés, que la poursuite : sa volonté d’une explication globalisante du monde, ses aspirations à une scientificité inspirée des sciences exactes, son rapport à la vérité semblent directement empruntés aux sciences soviétiques. Elle conjugue donc un discours nationaliste aux postulats classiques, proches de la tendance slavophile (dénonciation de l’universalisme occidental, affirmation d’un devenir messianique pour la Russie), et les stéréotypes scientifiques laissés en héritage par le diamat. Sa matrice thématique et affective reste celle du rapport difficile de la « Russie » à « l’Occident ». Essentialiste, la culturologie, dont le cœur est plus l’étude de la nation que de la culture, est en fait une forme non assumée de « natiologie ». La discipline tente donc de renouveler une tradition, profondément ancrée depuis maintenant presque deux siècles, qui veut que la Russie constitue, sur le plan des critères identitaires, du travail scientifique ou dans le champ des idées politiques, un monde à part.
Elle illustre également le besoin des intellectuels russes de se réapproprier des pensées englobantes et explicatives, de trouver les clefs théoriques qui permettraient d’expliquer, d’accepter et d’intérioriser les changements si rapides qu’ils connaissent depuis maintenant une quinzaine d’années. Elle révèle l’abandon de la thématique nationale par les mouvances intellectuelles dites « libérales » ou « démocratiques » après la perestroïka et ce, alors que l’idée nationale avait su unir libéraux et conservateurs dans la dissidence. La culturologie offre un cadre intellectuel rassurant : elle se présente comme scientifiquement attestée, plonge ses racines dans les classiques du xixe siècle russe, s’appuie sur des auteurs occidentaux incontestés et propose une lecture simplificatrice du monde et de la Russie. Elle permet, par son insistance sur les prétendues permanences historiques que seraient la religion et les mentalités nationales, d’effacer les interrogations sur le régime soviétique, sur les ruptures politiques et sociales de l’histoire russe au xxe siècle. Elle suppose surtout l’inutilité d’un quelconque travail collectif de mémoire pour les sociétés post-soviétiques. Elle révèle enfin les difficultés à sortir d’une idéologie aussi schématisée que celle qui fut en vigueur en URSS, à modifier non seulement le contenu mais le contenant même du discours sur soi et le monde.
 
NOTES
 
[*]Marlène Laruelle : docteur en histoire et études slaves de l’INALCO (Paris). Sujet de thèse : Le mythe aryen en Russie au xixe siècle. La création d’une cosmogonie nationale, entre science et idéologie (2002). Membre de l’Observatoire des États post-soviétiques (INALCO), affiliée au Centre d’études du monde russe, soviétique et post-soviétique (EHESS). Actuellement chercheur à l’Institut français d’études sur l’Asie centrale (IFEAC, Tachkent), associée au Centre franco-russe de recherches en sciences humaines et sociales (Moscou). Membre du comité de lecture des Cahiers d’Asie centrale (Edisud-IFEAC). Publications, entre autres : L’idéologie eurasiste russe ou comment penser l’empire. Préface de Patrick Sériot, 1999. Traduction du livre en russe à paraître en décembre 2003 ; « Les idéologies de la «troisième voie» dans les années vingt : le mouvement eurasiste russe », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 2001 ; « Alexandre Dugin : esquisse d’un eurasisme d’extrême-droite en Russie post-soviétique », Revue d’études comparatives Est-Ouest, 2001 ; « L’Empire après l’Empire : le néo-eurasisme russe », Cahiers du monde russe, 2001 ; « Lev N. Gumilev (1912-1992) : biologisme et eurasisme en Russie », Revue des études slaves, 2000 ; « L’enseignement de l’histoire en Pays tchèques, 1882-1918 » dans Marie-Elisabeth Ducreux (éd.) « Histoire et nation en Europe centrale et orientale, xixe-xxe siècles », Histoire de l’éducation, 2001 ; Le mythe aryen en Russie au xixe siècle (à paraître).
[1]Sur la question des origines de cette mode culturologique et son développement actuel, lire l’étude plus poussée de J. Scherrer, Kulturologie. Russland auf der Suche nach einer zivilisatorischen Identität, Göttingen, Wallstein Verlag 2003.
[2]Dans les écoles, la culturologie est moins engagée idéologiquement qu’à l’université et est pensée principalement comme un enseignement de culture générale. Celui-ci est dispensé au moins une fois par semaine et personnalisé par le professeur, qui peut interpréter à sa guise la notion de « culturologie ». Les thématiques sont adaptées en fonction de l’âge du public : ainsi, dans les écoles primaires, il s’agit souvent d’une histoire du folklore et des « traditions nationales », dans les écoles secondaires d’une initiation aux civilisations antiques et aux grandes religions mondiales.
[3]Standard du ministère de l’Éducation nationale pour la spécialité « 020600 – culturologie », disponible sur Internet.
[4]Cette collaboration internationale prend place dans le cadre du programme de l’Union européenne pour la réforme de l’enseignement supérieur en Russie. Des chercheurs de l’EHESS et de Bochum participent à l’élaboration du programme d’études de l’Institut. Des professeurs occidentaux y enseignent des modules d’une durée limitée et les étudiants russes peuvent bénéficier d’équivalences pour venir étudier dans les deux institutions partenaires.
[5]Il conjugue cinq modules d’enseignement : sciences humaines générales, sciences naturelles et exactes, disciplines spécialisées (littérature, histoire de l’art, musicologie, sémiotique, science des religions, etc.), cours spécifiques (communication ou études des sources), séminaires de spécialisation professionnelle.
[6]Certaines absences peuvent surprendre : ainsi, le rapport nature-culture, classique dans l’enseignement philosophique français, est absent de presque toutes les réflexions culturologiques. Si ces dernières disposent souvent d’un vernis écologique sous la forme d’une condamnation du monde industriel, polluant et consommateur, le rapport de l’homme au monde animal, et avec lui la question de l’origine du langage, sont le plus souvent totalement ignorés.
[7]I. A. Levâš, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie dlâ studentov VUZov [La culturologie. Manuel pour les étudiants des établissements d’enseignement supérieur], Minsk, Tetrasystem 2001, p. 1.
[8]Citons par exemple, pêle-mêle, Montesquieu, Rousseau, Freud, Jung, Nietzsche, Weber, Spengler, Toynbee, Cassirer, Jaspers, Lévi-Strauss, Barthes, Braudel, Foucault, Derrida, Ortega-y-Gasset, Aron, etc.
[9]Nom donné à la période qui s’étend des années 1880 à la première décennie du xxe siècle et qui a vu, en Russie, l’épanouissement de divers courants modernistes en philosophie religieuse, en poésie, en peinture, etc. Cette époque fait suite à celle dite de « l’âge d’or » de la littérature russe, avec la naissance des grands romans (Gogol, Dostoïevski, Tolstoï …).
[10]Les auteurs les plus cités sont les panslavistes conservateurs N. Danilevski et K. Leontev, les philosophes V. Soloviev, N. F. Fiodorov, N. Berdiaev et S. Boulgakov, mais aussi des scientifiques comme V. I. Vernadski, et enfin des figures plus contemporaines comme Bakhtin et Lossev.
[11]G. V. Drač (éd.), Vvedenie v kul’turovedenie [Introduction à la culturologie], Rostov sur le Don, Feniks 1998, p.132.
[12]A. A. Gorelov, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie [La culturologie. Manuel], Moscou, Ûrajt 2001, p. 209.
[13]Ainsi, de nombreux manuels proposent des chapitres sur l’histoire de l’Occident dans lesquels celui-ci est étudié comme un tout intemporel, sans discontinuités politiques majeures : la disparition de l’Empire romain, la naissance des États médiévaux, les guerres de religion, les révolutions des temps modernes, le passage à la république ou au parlementarisme sont ignorés. Pour les chapitres consacrés à la Russie, là encore, les grandes ruptures politiques de l’histoire russe, en particulier contemporaine (réformes d’Alexandre II, révolutions de 1905 et de 1917, stalinisme, déstalinisation, etc.) sont absentes de toute analyse car considérées comme non pertinentes pour exprimer « l’essence » de l’identité nationale.
[14]A. B. Esin, Vvedenie v kul’turologiû, p.6.
[15]Sur ce sujet, consulter P. Sériot, Structure et totalité. Les origines intellectuelles du structuralisme en Europe centrale et orientale, Paris, PUF 1999.
[16]N. G. Bagdasar’ân (éd.), Kul’turologiâ v voprosah i v otvetah [La culturologie : questions et réponses], Moscou, Modek 1998, p. 30.
[17]N. V. Šišova (éd.), Kul’turologiâ : èksamenacionnye otvety [La culturologie : réponses pour examen], Rostov sur le Don, Feniks 2001, p. 14.
[18]Site internet de l’Université d’État de Nijnii-Novgorod.
[19]Voir sur ce sujet A. Mongili, La chute de l’URSS et la recherche scientifique, Paris, L’Harmattan 1998.
[20]N. G. Bagdasar’ân (éd.), Kul’turologiâ v voprosah i v otvetah, op.cit., p.119.
[21]En particulier chez L. N. Gumilev (1912-1992) qui n’hésitait pas à comparer l’ethnologie à la statistique ou à la météorologie et à leur prétendue objectivité. Il ne cachait pas combien son intérêt pour l’histoire était dû à l’actualité et à sa volonté de prévenir les conflits ethniques, invitant de manière plus ou moins explicite le pouvoir politique à s’intéresser à ses théories, qui seraient appelées à devenir une science « appliquée » au service de l’État. Voir M. Laruelle, « Lev N. Gumilev (1912-1992) : biologisme et eurasisme en Russie », Revue des études slaves, Paris, Institut d’Études Slaves, n°1-2, 2000, p. 163-190.
[22]G. V. Drač (éd.), Vvedenie v kul’turovedenie, op.cit., p.15.
[23]A. A. Gorelov, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie, op.cit., p. 351.
[24]A. Mongili, La chute de l’URSS et la recherche scientifique, op. cit., p. 206.
[25]Les questionnaires sont souvent déroutants puisqu’une seule réponse peut être donnée. Par exemple, à la question « quel est le but de la culturologie ? », les étudiants doivent choisir entre « a. la compréhension de sa culture et de celle des autres, b. l’unité et la systématicité de l’approche de l’étude de la culture, c. la description empirique de la culture ». À celle « quelles sont les caractéristiques de la pensée artistique ? », il faut là encore choisir entre « a. la sensibilité, b. la diversité, c. l’inspiration, d. l’intuition ».
[26]Site Internet de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg.
[27]B. Timošinov, Kul’turologiâ. Kazahstan, Evraziâ, Vostok, Zapad. Mirovaâ ètnosofiâ [La culturologie. Le Kazakhstan, l’Eurasie, l’Orient, l’Occident. Une ethnosophie mondiale], Almaty, 2001.
[28]I. A. Levâš, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie dlâ studentov VUZov, op. cit., p. 145.
[29]G. V. Drač (éd..), Kul’turologiâ v voprosah i otvetah, op. cit., p. 245.
[30]Ibid., p. 274.
[31]A. A. Gorelov, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie, op.cit., p. 298.
[32]I. A. Levâš, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie dlâ studentov VUZov, op.cit., p. 118.
[33]Les culturologues différencient mal la discipline en elle-même de l’objet étudié. Ainsi, N. V. Šišova affirme que son manuel a pour but d’ « étudier les différents courants et écoles de la culturologie », ce par quoi elle entend les auteurs objets de son discours, de Platon à Derrida, et non ses actuels collègues. Voir N. V. Šišova (éd.), Kul’turologiâ : èksamenacionnye otvety, op. cit., p. 3.
[34]M. Angenot, Les idéologies du ressentiment, Montréal, XYZ 1997.
[35]N. V. Šišova (éd.), Kul’turologiâ : èksamenacionnye otvety, op. cit., p. 96-97.
[36]Ibid, p. 207.
[37]I. A. Levâš, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie dlâ studentov VUZov, op.cit., p. 3.
[38]G. V. Drač, (éd.). Vvedenie v kul’turovedenie, p.18.
[39]« La nature ou Dieu a créé les hommes et les femmes différents, adaptés à la réalisation de fonctions différentes […]. Cependant, ne comprenant pas cela, les féministes se disaient opprimées […]. Maintenant beaucoup de femmes regrettent ouvertement ou bien en cachette d’avoir obtenu l’émancipation et de l’avoir posée comme le principe du rapport social entre les sexes ». A. B. Esin, Vvedenie v kul’turologiû, op. cit., p.144.
[40]« Les liens de la tradition civilisationnelle historique russe avec l’orthodoxie sont tellement profonds et étroits que nous sommes en droit de parler de « Sainte-Russie ». G. V. Drač (éd.), Vvedenie v kul’turovedenie, p.136.
[41]N. G. Bagdasar’ân (éd.), Kul’turologiâ v voprosah i v otvetah, op. cit., p. 152.
[42]I. A. Levâš, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie dlâ studentov VUZov, op. cit., p. 124-125.
[43]U. V. Roždestvenskij, Vvedenie v kul’turovedenie, op. cit., p.205.
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N. G. Bagdasar’ân (éd.), Kul’turologiâ v voprosah i v otvet...
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[21]
En particulier chez L. N. Gumilev (1912-1992) qui n’hésitai...
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[22]
G. V. Drač (éd.), Vvedenie v kul’turovedenie, op.cit., p.15...
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[23]
A. A. Gorelov, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie, op.cit., p. ...
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[24]
A. Mongili, La chute de l’URSS et la recherche scientifique...
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[25]
Les questionnaires sont souvent déroutants puisqu’une seule...
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[26]
Site Internet de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg. Suite de la note...
[27]
B. Timošinov, Kul’turologiâ. Kazahstan, Evraziâ, Vostok, Za...
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[28]
I. A. Levâš, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie dlâ studentov V...
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[29]
G. V. Drač (éd..), Kul’turologiâ v voprosah i otvetah, op. ...
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[30]
Ibid., p. 274. Suite de la note...
[31]
A. A. Gorelov, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie, op.cit., p. ...
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[32]
I. A. Levâš, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie dlâ studentov V...
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[33]
Les culturologues différencient mal la discipline en elle-m...
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[34]
M. Angenot, Les idéologies du ressentiment, Montréal, XYZ 1...
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[35]
N. V. Šišova (éd.), Kul’turologiâ : èksamenacionnye otvety,...
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[36]
Ibid, p. 207. Suite de la note...
[37]
I. A. Levâš, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie dlâ studentov V...
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[38]
G. V. Drač, (éd.). Vvedenie v kul’turovedenie, p.18. Suite de la note...
[39]
« La nature ou Dieu a créé les hommes et les femmes différe...
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[40]
« Les liens de la tradition civilisationnelle historique ru...
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[41]
N. G. Bagdasar’ân (éd.), Kul’turologiâ v voprosah i v otvet...
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[42]
I. A. Levâš, Kul’turologiâ. Učebnoe posobie dlâ studentov V...
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[43]
U. V. Roždestvenskij, Vvedenie v kul’turovedenie, op. cit.,...
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