2005
Diogène
Présentation
Gilles Tarabout
[*]
(CNRS, Paris.)
L’historien Suranjan Das, de l’université de Kolkata (Calcutta), évoquait lors d’un séminaire l’intérêt qu’il y aurait à étudier la réécriture des manuels d’histoire telle qu’elle se pratique parfois en Asie du Sud dans des perspectives idéologiquement marquées. Dans un but comparatif entre l’Inde et le Pakistan, il suggéra de tenir un colloque… à Paris, à la Fondation Maison des Sciences de l’Homme.
Une telle réunion n’a pas encore vu le jour. Mais que la proposition ait pu être ainsi formulée montre que l’un des axes de l’action de la msh, internationaliser la recherche en sciences sociales en favorisant notamment les dialogues sud-sud, était pleinement reconnu dans sa spécificité et considéré comme un acquis. C’est précisément cette perspective, visant à enrichir la recherche scientifique par les nouveaux paradigmes issus de l’interaction entre recherches menées dans différents pays, qui a présidé, dans un autre contexte, à l’organisation du colloque dont sont issus les textes publiés ici.
Ce colloque international,
Conflicts, Law and Constitutionalism, s’est tenu à la
msh du 16 au 18 février 2005. Les enjeux étaient les suivants. Sur le fond, il s’agissait de développer une réflexion comparative portant sur la gestion institutionnelle des crises et des violences sociales et politiques, non pas tant au niveau des lois que de l’élaboration du cadre de ces lois – la conception même de l’État de droit. En recourant pour l’essentiel à des spécialistes des sciences politiques, à des philosophes, à des historiens, l’enjeu était aussi disciplinaire et consistait à réintégrer l’étude du droit – dans sa relation aux inégalités, à la violence et à l’exercice du pouvoir – dans le champ des sciences sociales, conformément à une tendance marquée des années récentes
[1]. Au plan de la dynamique des échanges universitaires, enfin, il s’agissait de faire rencontre des spécialistes de différentes parties du monde. Le dialogue avec les chercheurs français était, lui, plus particulièrement recherché au niveau des discussions de séance, préparées à l’avance par deux intervenants. La réunion visait aussi à constituer à plus long terme un réseau international de collaboration – ce qui a amené dans l’immédiat plusieurs des participants au colloque parisien à présenter des communications à une conférence organisée en juillet 2005 à Kolkata par R. Samaddar (
What is Autonomy ?).
La réalisation du colloque
Conflicts, Law and Constitutionalism illustre elle-même de façon caractéristique la démarche entreprise. D’une part Ranabir Samaddar, spécialiste des sciences politiques, qui a longuement travaillé sur les droits de l’homme, la violence, les réfugiés
[2], et qui dirige un centre de recherche à Kolkata, était au c
Å“ur d’un réseau de chercheurs à la fois en Asie du Sud et en Europe, ayant en particulier participé à un projet du Programme International d’Études Avancées de la
msh sur la question des partitions (Inde/Pakistan, ex-Yougoslavie
[3]). D’autre part, en tant que directeur du programme Inde et Asie du Sud, j’étais soucieux de développer des coopérations dans le domaine juridique, envisagé du point de vue des sciences sociales – une orientation scientifique soutenue à la fois par l’administrateur de l’époque, Maurice Aymard, et par le Comité International d’Évaluation de la
msh. Tandis que la cohérence scientifique du projet était assurée par Ranabir Samaddar, et que le réseau des contacts pouvait bénéficier de l’aide de Rada Ivekoviç, philosophe membre du Collège International de Philosophie (et participante au projet antérieur sur les partitions), la coopération franco-indienne jouait le rôle de « colonne vertébrale » et structurait l’ensemble du projet. Elle pouvait compter sur l’appui de collègues responsables d’autres programmes internationaux de la
msh (Françoise Daucé pour la Russie et les pays de la
cei, Dominique Fournier pour l’Amérique latine). Des chercheurs de onze nationalités, de l’Asie du Sud, de l’Europe, de la Russie, du Maghreb et de l’Amérique Latine ont pu ainsi se réunir et confronter leurs expériences.
La publication de textes issus de ce colloque dans la revue Diogène, d’abord en français, puis en anglais et en arabe, apparaît comme un prolongement logique de cette démarche. Elle ouvre à un public international encore plus large la discussion qui a été ainsi amorcée, incitant par là-même, nous l’espérons vivement, à développer ultérieurement le débat.
[*]
Gilles
Tarabout : Directeur de recherche au
cnrs (anthropologie sociale), membre du Centre d’Études de l’Inde et de l’Asie du Sud (
ehess/
cnrs), et dirige depuis janvier 2002 le programme Inde et Asie du Sud à la Fondation Maison des Sciences de l’Homme, Paris.
[1]
Cf. le dossier réuni par Catherine
Perron, « Promouvoir la démocratie ? », dans
Critique internationale, 24 (2004).
[2]
Voir par exemple : R.
Samaddar (dir.), Refugees and the State. Practices of Asylum and Care in India, 1947-2000, Sage Publications 2003 ; R.
Samaddar (dir.), Peace Studies. An Introduction to the Concept, Scope and Themes, Sage Publications 2004.
[3]
Stefano
Bianchini, Sanjay
Chaturvedi, Rada
Ivekoviç et Ranabir
Samaddar,
Partitions. Reshaping States and Minds, Oxon, Frank Cass. 2005.