Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130556312
256 pages

p. 250 à 251
doi: 10.3917/dio.213.0250

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n° 213 2006/1

Hasan M. El-Shamy, Types of the Folktale in the Arab World. A Demographically-Oriented Tale-Type Index. Indiana University Press 2004

Hasan El-Shamy est professeur de Folklore, de Langues et Cultures du Proche-Orient et d’Études africaines à l’Université de l’Indiana (Bloomington). Il jouit d’une renommée internationale dans le domaine de ses recherches. Depuis de longues années, l’objet privilégié de son étude a été et demeure le conte populaire et, tout particulièrement, celui de la tradition orale dans le monde arabe.
Homme de terrain, il a publié plusieurs recueils de cette tradition. Il s’est attaché à l’analyse des textes, mettant en lumière des comportements au sein des relations sociales qui relèvent du contexte socio-culturel d’où émanent les contes étudiés. Enfin et surtout, il nous livre successivement deux publications monumentales qui mettent à la disposition de tout chercheur intéressé par le conte du domaine arabe des outils fondamentaux et complémentaires :
1. un index des motifs narratifs des traditions populaires dans le monde arabe : Folk Traditions of the Arab World. A Guide to Motif Classification, Indiana University Press 1995 (2 volumes totalisant 1070 pages) ;
2. la typologie du conte populaire dans le monde arabe : Types of the Folktale in the Arab World. A Demographically-Oriented Tale-Type Index.
Ces deux ouvrages publiés par des presses universitaires des États-Unis (Indiana University Press) viennent combler une lacune dont souffraient les études sur le conte populaire arabe, en particulier dans le secteur des études comparatives. Certes, il existait des travaux de références antérieurs mais ils étaient de portée limitée (Chauvin, puis Nowak). Saluons donc l’importante contribution de Hasan, fruit d’un travail long, ardu, passionné. Et penchons-nous un instant sur la publication la plus récente des deux, celle relative aux « Types » des contes dans le monde arabe, dont la page de couverture est reproduite à la fin de ce volume.
Le titre (Types of the Folktale in the Arab World) donne une indication géographique qu’il convient de préciser : les contes proviennent du « monde arabe », l’expression étant prise au sens large, en incluant les différents groupes ethniques qui composent ce monde (groupes berbères, par exemple) et qui sont généralement apparentés culturellement.
Le sous-titre (A Demographically-Oriented Tale-Type Index) suggère l’importance accordée aux groupes sociaux. L’auteur s’en explique dans son introduction. Sa démarche, précise-t-il, est fondée sur l’interdisciplinarité. Ainsi, au cours du processus qui le conduit à élaborer cette typologie, le conte est placé dans le contexte socioculturel qui lui est propre. De même les éléments spécifiques du récit sont-ils pris en compte pour que soient déterminés, de façon appropriée, les véritables « types » de contes à l’intérieur de l’aire culturelle arabe.
Le système de classification reste, dans ses grandes lignes, le système en usage dans la recherche internationale. Rappelons que celui-ci fut inventé par l’École finnoise d’Anti Aarne (1910), puis développé et enrichi en révisions successives (Stith et Thompson, en 1928 et 1961) – la dernière révision, en trois volumes, étant de fraîche date (Hans-Jörg Uther 2004). De cette classification internationale, Hasan El-Shamy conserve la répartition en grandes catégories (ou « genres ») et le système de numérotation attribuée à chacun des « types ». Un exemple : on trouve ici, suivant le modèle Aarne-Thompson, dans la catégorie « Tales of Magic » et sous le numéro 510, l’histoire d’une fillette orpheline (Cendrillon) ou d’enfants orphelins qui souffre(nt) de la cruauté d’une marâtre. Histoire universelle qui se raconte dans le monde arabe comme en Europe mais que chaque société modèle à sa manière.
Précisément, dans la typologie à laquelle nous avons affaire, les traits particuliers apparaissent à la lecture des motifs qui constituent la chaîne narrative du conte. Hasan El-Shamy dont j’ai mentionné au passage la publication précédente (l’index des motifs dans le monde arabe) prend le parti de renoncer au résumé descriptif de chaque type (et éventuellement sous-type). Il fournit, à la place pour chacun de « ses » types, ce qu’il appelle le « spectre des motifs ». Interprétons cela comme la suite des motifs à variations, susceptibles d’entrer dans la composition du récit.
Après cette liste alphabétique, vient une riche documentation qui permet de situer, à travers l’aire arabe, la présence et la diffusion des versions rattachées au type concerné (versions issues de l’oralité ou de l’écrit, publiées ou encore inédites, de collections privées ou conservées dans des archives, etc.). Références bibliographiques et sources diverses sont abondantes, généreuses. Le Maghreb y est peut-être moins généreusement représenté que d’autres régions mais il faut reconnaître qu’un certain nombre de publications récentes dites de « Contes arabes traditionnels » ne sont pas toujours fiables et ce, pour des raisons diverses : traduction approximative privée de l’original, texte adapté à ce que l’on croit être le goût du lecteur, voire amputé de motifs qui appartiennent au terroir. De telles publications ne peuvent être exploitées dans un travail comme celui-ci, mené selon des critères scientifiques rigoureux.
Nous voici donc en présence de cette typologie tant attendue. La manipulation en sera facilitée par la consultation des pages (xx-xxiv) où sont présentés abréviations, sigles et symboles. L’ouvrage est complété par une riche bibliographie et par divers index (index des types, des motifs, des sources, des pays et, enfin, index thématique général).
Merci, Hasan.
Micheline Galley [*]
(C.N.R.S., Paris.)
 
NOTES
 
[*]Micheline Galley : directeur de recherche honoraire du Centre national de la recherche scientifique. Ethnologue arabisante, elle a travaillé essentiellement au Maghreb et à Malte sur les littératures de la tradition orale (dialectes arabes) et tout spécialement la Geste hilalienne, les récits de vie, les rituels agraires, l’art populaire. Parmi ses ouvrages : Maria Calleja’s Gozo, Utah University Press et unesco, 1994. De 1972 à 1987, elle a été chargée du secrétariat général de l’Association internationale d’étude des civilisations méditerranéennes, organisant, sur le thème des contacts entre cultures méditerranéennes, des réunions interdisciplinaires et assurant l’édition de leurs actes (Alger, 1973, 1978 et Tunis 1985). Derniers ouvrages parus : Le figuier magique, 2003 et Taghrîba, 2005.
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