Diogène
P.U.F.

I.S.B.N.9782130562887
140 pages

p. 3 à 5
doi: 10.3917/dio.218.0003

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

n° 218 2007/2

2007 Diogène

Présentation

Michael Palencia-Roth  [*] (Université de l’Illinois.) Jean-Noël Robert  [**] (École Pratique des Hautes Études, Paris.)
Le colloque international « Routes de l’histoire » s’est tenu à l’occasion du 35e congrès annuel de la Société internationale d’étude comparée des civilisations (International Society for the Comparative Study of Civilizationsiscsc). Fondée en 1961 à Salzbourg par les historiens Othmar Anderle et Arnold J. Toynbee, cette société savante a transféré son siège en 1970 aux États-Unis d’Amérique où se sont tenues, depuis lors, la majorité de ses réunions annuelles.
Désireux d’imprimer une nouvelle dynamique à la pensée française et européenne au sein des débats de l’iscsc, le professeur Eiji Hattori, président du comité japonais, prit l’initiative de proposer à l’École Pratique des Hautes Études (ephe) d’accueillir à Paris le congrès de 2006. En partenariat avec l’université Paris-vii, l’Institut national des langues et civilisations orientales (inalco) et l’École française d’Extrême-Orient (efeo), l’ephe saisit l’occasion qui s’offrait d’illustrer la richesse de notre diversité culturelle et linguistique dans un contexte de réflexion « globale » sur les civilisations. Marie-Françoise Courel, présidente de l’ephe, Jean Baubérot, son prédécesseur, et Claude Allibert, alors vice-président de l’inalco, proposèrent lors du 33e congrès, tenu à Fairbanks (Alaska) en 2004, la thématique qui fut finalement choisie pour celui de Paris : « Routes de l’histoire. Passeurs de civilisations, porteurs des diversités culturelles. Verse et contre verse ».
Préparé simultanément par trois comités scientifiques, aux États-Unis, au Japon et en France, le congrès s’est déroulé en quatre ateliers parallèles [1], les 6 et 7 juillet 2006 à l’Institut national d’histoire de l’art, suivis d’une séance plénière le 8 juillet à l’unesco, dont le directeur général, M. Koïchiro Matsuura, avait accordé son patronage à cette rencontre.
Au-delà de la grande richesse et de la diversité des soixante-quinze communications présentées, d’importants enjeux scientifiques firent de ce congrès international une rencontre décisive, sur la méthode comme sur le fond.
Sur le plan de la méthode tout d’abord : ce fut une excellente – et trop rare – occasion de faire se rencontrer, voire se confronter, des chercheurs dont les approches substantiellement différentes sont parfois perçues comme peu conciliables. Assister à la mise en jeu quasi simultanée de perspectives si diverses a constitué une véritable « leçon de choses », pour employer un terme désuet mais évocateur.
Les routes de l’histoire et les ponts entre les civilisations sont bâtis par ces porteurs de diversité culturelle – voyageurs, missionnaires, marchands, conquérants, administrateurs – auxquels l’analyse comparée des civilisations doit d’être une discipline viable et stimulante. C’est en somme grâce à eux que nous sommes des êtres humains civilisés, enracinés dans les spécificités de nos cultures et de nos sociétés mais néanmoins ouverts aux éléments universels d’un monde de plus en plus global.
Au cours de ces journées, des chercheurs se sont côtoyés qui, partant d’un cas particulier, souvent de l’état le plus récent de leurs travaux, ont abouti à un questionnement de portée générale. D’autres se sont situés d’emblée au niveau de la théorisation et de la généralisation mais tout en situant leur réflexion dans une perspective d’action sur le monde. D’autres enfin n’ont pas hésité à faire intervenir des catégories – auxquelles nous ne sommes pas ou plus habitués – relevant presque de l’esthétique, mais d’une esthétique que l’on peut qualifier d’épistémologique. Il avait été fait en sorte que chacune des interventions ait un contrepoint méthodologique afin d’inciter les chercheurs à revenir sur leur propre démarche et à s’interroger sur la validité de ce qu’ils considèrent comme indiscutable et universel.
Sur le fond, on relèvera que bon nombre d’interventions ont abordé la question de l’orientalisme, si controversée au cours des dernières décennies, cela précisément au moment où des publications importantes de par le monde, que ce soit en Russie ou au Royaume-Uni, invitent à reprendre à nouveaux frais l’inévitable réflexion à mener sur ce domaine de recherche et sur les motivations qui y engagent.
L’historien Herbert Lüthy posa naguère cette question rhétorique : « qu’est-ce que l’histoire de l’humanité, sinon l’histoire de la colonisation ? » Elle peut aujourd’hui être posée en des termes moins arrogants : « qu’est-ce que l’histoire de l’humanité, sinon l’histoire des rencontres et des échanges entre les cultures et les civilisations ? » Certaines de ces rencontres sont parfois imposées, violentes, une relation d’exploiteur à exploité. D’autres peuvent être plus sereines.
Des jardins français aux routes de Sibérie, de l’âge glaciaire à l’Exposition universelle, des alphabets antiques au chinois médiéval, la richesse foisonnante des questions abordées pouvait donner le vertige. Mais il était fondamental, à un moment où l’on ne peut que constater les divergences cruciales des perspectives qui s’imposent dans l’étude des sciences humaines en Europe, aux États-Unis et au Japon, d’offrir un forum de rencontres et d’échanges d’idées dans le plus grand esprit de liberté.
L’histoire politique ou militaire, ces processus historiques de grande échelle qui caractérisaient la formation des historiens dans les années soixante du xxe siècle, ont occupé une place modeste dans ces « Routes de l’histoire », qui ont davantage mis l’accent sur les dimensions plus spirituelles de l’histoire humaine. Peut-être faut-il voir là le signe d’un changement de paradigme en train de s’opérer.
La rédaction de la revue Diogène souhaite remercier vivement Emmanuel de Calan, Christophe Valia-Kollery et toute l’équipe de l’École Pratique des Hautes Études pour l’aide apportée dans la préparation de ce numéro.
 
NOTES
 
[*]Michael Palencia-Roth : Trowbridge Scholar d’études littéraires et Professeur de Littérature comparée à l’université de l’Illinois. Auteur de plusieurs ouvrages sur l’Å“uvre de Gabriel García Márquez, Thomas Mann, James Joyce, la période de la conquête espagnole en Amérique Latine, l’Holocauste et la littérature comparée. Il a reçu plusieurs prix aux États-Unis et a été président de l’International Society for the Comparative Study of Civilizations, de l’Association of Departments and Programs of Comparative Literature et de l’Association of Colombianists. En 1998, il a reçu l’« Ordre du Mérite et de la culture Pedro Morales Pino » pour sa contribution aux lettres colombiennes.
[**]Jean-Noël Robert : Directeur d’études à la section des Sciences religieuses de l’École Pratique des Hautes Études, où il occupe la chaire consacrée au bouddhisme japonais. Il s’est avant tout consacré à l’étude des doctrines bouddhiques telles qu’elles se sont développées au Japon à partir de la Chine, et notamment à l’école Tendai, peut-être la plus remarquable par son système scolastique. Il travaille actuellement sur la poésie japonaise bouddhique médiévale consacrée au Sûtra du Lotus, ainsi que sur la première traduction chinoise de ce texte. Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres depuis 2006, il a la charge de poursuivre le grand projet de Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme d’après les sources chinoises et japonaises (Hôbôgirin), commencé en 1926 et dont le huitième volume a paru en 2003. A publié notamment : Les doctrines de l’école japonaise Tendai au début du ixe siècle (Paris, 1990) ; Le Sûtra du Lotus, traduction de la version chinoise de Kumârajîva (Paris, 1997). Auteur de plusieurs articles en japonais, anglais, français.
[1]1. Définitions, rencontres et limites des civilisations ; 2. Topoi, climats et migrations ; 3. Transferts de cultures et de religions ; 4. Transferts de savoirs.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[*]
Michael Palencia-Roth : Trowbridge Scholar d’études littéra...
[suite] Suite de la note...
[**]
Jean-Noël Robert : Directeur d’études à la section des Scie...
[suite] Suite de la note...
[1]
1. Définitions, rencontres et limites des civilisations ; 2...
[suite] Suite de la note...