Dix-huitième siècle 2006/1
Dix-huitième siècle
2006/1 (n° 38)
774 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782707150103
DOI 10.3917/dhs.038.0353
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Dix-huitième siècle 2006/1 (n° 38) 44 €

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Hommages à Jacques Proust

Vous consultezHommages à Jacques Proust

AuteurHisayasu Nakagawa du même auteur

Institut international des Hautes ȴudes yoto

Le 29mars 1996, nous tions, Shin'ichi cIchikawa et moi-mme, accompagns de mon pouse Yko, au centre d'tude du 18esicle de l'Universit de Montpellier III-Paul Valry qu'avait dirig autrefois Jacques Proust. Ce fut l'occasion de la crmonie de remise des Mlanges en son honneur, intituls Ici et ailleurs: le 18e sicle au prsent. L'ouvrage, dont je fus invit rdiger la prface, fut l'origine conu par Shin'ichi Ichikawa et Yoichi Sumi, deux anciens de la classe de 3ecycle de Jacques, lesquels, en y incluant d'autres jeunes chercheurs de la capitale du Languedoc, reprsentaient la premire gnration d'tudiants japonais, alors appele le bataillon de Montpellier. Cette remise fut en mme temps l'occasion de clbrer le soixante-dixime anniversaire de cet minent dix-huitimiste mondialement connu. Aprs l'allocution introductive du prsident de l'universit et un discours de Claude Lauriol, successeur de Proust, je pris la parole pour prsenter ma ddicace.

2 Vint enfin le tour de Jacques Proust qui n'avait alors rien perdu de sa vigueur de jeune professeur pour voquer sa carrire intellectuelle. Il commena par rappeler un expos qu'il avait fait au sminaire de Jean Fabre auquel j'avais moi-mme assist en qualit de doctorant. Nous tions tous deux alors trs jeunes; j'avais 27 ans, lui 32. l'poque, un peu intimid, je n'tais pas all lui et cette toute premire rencontre demeura unilatrale. Ensuite, Jacques voqua dans son allocution son premier vrai contact avec moi, au Japon. Quelle n'avait pas t sa surprise alors de dcouvrir chez Yko, mon pouse, au lieu de la Japonaise rserve dont on parle habituellement, une femme panouie qui ne craignait pas de s'exprimer librement. la nuit tombante, nous dnmes au restaurant Chez Isadora. Ce fut l que Jacques nous rappela que 37 ans s'taient dj couls depuis le jour o, jeune chercheur de l'Encyclopdie aux yeux clairs et brillants, il s'tait exprim d'une voix vibrante dans une petite salle exig de la Sorbonne.

3 J'ai eu plusieurs occasions d'inviter mon ami au Japon, en profitant des runions scientifiques qui s'y droulrent. Son dernier sjour parmi nous, en compagnie de son pouse Marianne, date de 2003, entre le 1er et le 31octobre, l'Institut international des Hautes tudes Kyto, dont je faisais partie. Il y passa un mois en qualit de chercheur associ et donna une confrence intitule Existe-t-il un malentendu interculturel crateur? dont je fus l'interprte. Sa voix tait aussi vibrante qu'autrefois et enthousiasma tous les auditeurs. Jacques nous semblait en pleine forme et plein de curiosit, spcialement envers les liens susceptibles d'exister entre l're d'Edo et les 18e-19esicles franais. Je ne sais pourquoi, je sentis cependant que ce serait sa dernire visite au Japon.

4 Au dpart spcialiste de l'Encyclopdie de Diderot et d'Alembert, Jacques avait un peu chang d'orientation, passant de la France au Japon via la Hollande. Son dernier article s'intitule en effet Sur la route des encyclopdies: Paris, Yverdon, Leeuwarden, Edo (1751-1781). Le tir part dont je dispose pour cet article est dat du 7septembre 2005. Bien que sa perspective s'largisse ainsi, on peut remarquer qu'il retrace de faon trs documente la formation d'une encyclopdie japonaise intitule Ksei shinpen [Nouveau recueil pour servir au bien public]. Il y consacra plusieurs articles, apprit mme quelques rudiments de japonais pour l'occasion, toujours soutenu en cela par Marianne, qui matrise si bien notre langue. Comme on peut le voir, le centre d'intrt de Jacques fut donc toujours l'encyclopdie, qu'elle soit japonaise, suisse, hollandaise ou franaise. Pour ma part, je ne puis qu'admirer l'ventail de ses connaissances littralement encyclopdiques.

5 Depuis le dbut de cette anne, je remarquai que les courriers lectroniques de Jacques commencrent voquer des vnements pnibles (choses trs rares): maladie de Marianne, assez grave accident pour lui. Mais comme chacun s'tait petit petit rtabli, j'augurai plutt d'un heureux avenir pour tous les deux. C'est juste ce moment que je reus de Marianne et de Sumi la funeste nouvelle. Seulement 9 ans ont pass depuis cette crmonie des Mlanges en son honneur. Sa brusque disparition est irrmdiable pour nous puisque presque tous les dix-huitimistes japonais sont directement ou indirectement sous son influence, toujours guids par la force de son impulsion. Cher Jacques Proust, que votre me repose en paix.

 

POUR CITER CET ARTICLE

Hisayasu Nakagawa « Hommages à Jacques Proust », Dix-huitième siècle 1/2006 (n° 38), p. 353-354.
URL :
www.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2006-1-page-353.htm.
DOI : 10.3917/dhs.038.0353.