Dix-huitième siècle 2008/1
Dix-huitième siècle
2008/1 (n° 40)
820 pages
Editeur
I.S.B.N. 2707154989
DOI 10.3917/dhs.040.0447
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II. Varia – 1. Histoire

Vous consultezLe regard de Clio : l’Histoire de Charles XII de Voltaire dans une perspective historique

AuteurÉric Schnakenbourg du même auteur

Centre de Recherche en Histoire Internationales et Atlantique
Université de Nantes


Au cours de ces dernières années la réflexion autour de Voltaire en sa qualité d’historien connaît un nouveau souffle. La publication d’éditions critiques de ses grands textes a ouvert de nouvelles perspectives pour l’étude de l’écrivain et de son œuvre[1] [1] José-Michel Moureaux, « Voltaire historien : un chantier...
suite
. Cette entreprise est menée par des littéraires alors que, de leur côté, les historiens n’ont guère conduit de réflexion sur la valeur historique des ouvrages de Voltaire. Le premier d’entre eux, l’Histoire de Charles XII, publié en 1731, puis régulièrement réédité, a été l’objet d’une édition critique d’une grande érudition en 1996. Son auteur, Gunnar von Proschwitz, fait d’abord une archéologie du texte, il montre ensuite, en se fondant sur quatorze éditions différentes et en recourant à l’intertextualité, comment le texte a été sans cesse amendé et amélioré. G. von Proschwitz fait une critique de l’objet littéraire, et indique clairement la limite de sa démarche : « au fil de nos commentaires nous avons renoncé à confronter la leçon de Voltaire à celles des historiens modernes »[2] [2] Voltaire, Histoire de Charles XII, Gunnar von Proschwitz...
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. Le regard critique que l’historien d’aujourd’hui pourrait poser sur l’Histoire de Charles XII se distingue sensiblement de celui du littéraire. Il ne s’agit pas en effet de faire l’histoire de l’œuvre, mais l’histoire dans l’œuvre. Le questionnement porte donc sur le produit fini, l’ultime version du texte publié du vivant de Voltaire à Genève en 1768. L’historien prend en quelque sorte le relais du littéraire pour passer l’ouvrage au crible de ses problématiques spécifiques.

2 Aujourd’hui encore l’Histoire de Charles XII reste le seul ouvrage disponible en français consacré à ce roi de Suède, il est donc incontournable pour toute étude de l’Europe du nord au début du 18e siècle. Pourtant, le livre de Voltaire demeure globalement méconnu de la communauté historienne, et parfois même traité avec un certain dédain. Certaines approches critiques de ce texte permettent néanmoins à l’historien contemporain d’ouvrir plusieurs pistes de recherche que nous voudrions présenter[3] [3] Parmi les études spécifiquement consacrées à la dimension...
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. La première porte sur la vérité historique. Il s’agit de s’interroger sur l’aptitude de Voltaire, comme historien, à rétablir les faits et à les mettre en perspective. Sans entrer dans les détails que seule une édition intégrale du texte nous permettrait de faire, nous commencerons par estimer la fiabilité de l’Histoire de Charles XII. Le but n’est pas de prononcer une sentence, mais de considérer sa valeur comme source historique et de déterminer son utilité et sa pertinence pour des travaux modernes. La valeur de ce livre ne se limite pas à la véracité du récit, cet ouvrage peut également être envisagé de deux autres points de vue. D’abord, celui de la validité de la méthode historique utilisée au regard, d’une part de notre conception de cette discipline, et d’autre part de la pratique de l’histoire au début du 18e siècle. Ensuite, nous en viendrons à la signification du portrait de Charles XII qui se dégage de la plume de Voltaire. Le roi de Suède est un biais pour s’interroger sur la finalité de la fonction royale au début du siècle des Lumières. Le texte peut aussi être considéré comme le témoignage d’une évolution culturelle produisant un autre rapport du roi à la guerre qui tranche avec celui du 17e siècle.

3 Pourquoi lire aujourd’hui l’Histoire de Charles XII ? quel profit l’historien peut-il bien retirer de cet ouvrage ancien de près de trois siècles ? la réponse à ces deux questions réside d’abord dans l’examen des faits présentés pour estimer leur degré d’exactitude. Mais parce que l’histoire n’est pas que le compte-rendu de la succession des événements, la validité de l’œuvre historique se mesure également à l’aune de la capacité de l’auteur à comprendre, et à faire comprendre, la chaîne de causalité qui sous-tend la trame du récit. L’interrogation de l’historien commence par « quand ? », enchaîne sur « comment ? », pour se terminer par « pourquoi ? ». La qualité des réponses apportées à ces trois interrogations fait la valeur historique d’un livre. Il nous faut voir, en mettant en regard du texte de Voltaire les études contemporaines consacrées au roi de Suède, comment l’auteur du 18e siècle tend vers la vérité historique telle que nous pouvons la connaître. Nous limiterons notre examen à deux thèmes. Le premier concerne les épisodes militaires, qui constituent le squelette événementiel du livre, le second concerne son objet même, le personnage de Charles XII.

4 La reconstitution événementielle est le premier degré du travail historique. Exhumer précisément le passé pour décrire les actions advenues est la condition nécessaire, mais pas suffisante, du bon livre d’histoire. Dans l’Histoire de Charles XII, les épisodes militaires occupent une place de choix. Ils constituent le décor dans lequel Charles XII se révèle. Deux batailles sont particulièrement importantes, la première, celle de Narva (30 novembre 1700), fonde la légende du roi victorieux ; la seconde, Poltava (8 juillet 1709), marque la défaite définitive du souverain guerrier. Par le rôle historique qu’ils jouent, ces deux affrontements constituent des moments-clés de l’existence du monarque. Il faut alors s’interroger sur la qualité de leur retranscription et la place qu’ils occupent dans le récit.

5 En septembre 1700, conformément aux accords passés avec le roi de Danemark et le roi de Pologne, Pierre 1er de Russie lance une offensive sur l’Estonie, alors province sous administration suédoise. Le tsar veut s’emparer de Narva qui est, avec Riga, le principal port de la région. Débarqué à la tête de 8 000 hommes, Charles XII s’avance en direction de 80 000 soldats russes établis autour de Narva. À la faveur d’une tempête de neige qui aveugle ses ennemis, le roi de Suède lance l’assaut. Le récit de Voltaire est celui de la débandade de l’armée russe. Elle est effectivement avérée puisque c’est bien la panique provoquée par la soudaineté de l’attaque suédoise, combinée à la mauvaise disposition des troupes russes, qui a causé la perte de la bataille. Parmi les quelques inexactitudes que comporte le récit de Voltaire, la plus importante concerne les effectifs engagés. Selon lui, le rapport entre Suédois et Russes est de 1 à 10, mais dans les premières éditions la disproportion est encore plus importante puisque Voltaire estimait les troupes russes à 100 000 hommes[4] [4] Histoire de Charles XII, op. cit. , note 23, p. 209. ...
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. Le chiffre de 80 000 hommes est celui que l’on retrouve chez la plupart des écrivains du début du 18e siècle[5] [5] Aubry de La Motraye, Remarques historiques et critiques...
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. Le bilan de la bataille présente un contraste encore plus important, puisque Voltaire écrit que les Suédois ont perdu 600 hommes et les Moscovites 18 000, soit un rapport de 1 à 30[6] [6] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 217. ...
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. La cause principale de la déroute moscovite est donnée par Voltaire avant même le récit de la bataille. Sa description de l’armée du tsar fait anticiper au lecteur l’issue de l’affrontement. Il écrit qu’à l’exception de quelques officiers allemands, le reste des troupes du tsar devant Narva est composé de « barbares arrachés à leurs forêts, couverts de peaux de bêtes sauvages, les uns armés de flèches, les autres de massues, peu avaient des fusils ; aucun n’avait vu un siège régulier : il n’y avait pas un bon canonnier dans toute l’armée. Cent cinquante canons, qui auraient dû réduire la petite ville de Narva en cendres, y avaient à peine fait une brèche »[7] [7] Ibid. , p. 210. ...
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. L’armée russe est une masse informe, une horde de couards qui a cédé à l’épouvante devant une armée suédoise bien moins nombreuse.

6 En réalité, dans la seconde moitié du 17e siècle, l’armée moscovite a entrepris un effort de modernisation important. Les tsars ont acheté à l’étranger des armes, des manuels militaires, ils ont recruté des officiers étrangers, organisé leur hiérarchie militaire selon le modèle occidental et surtout développé une industrie d’armement qui les rend quasiment autosuffisants[8] [8] André Berelowitch, « La noblesse moscovite et la modernisation...
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. La présentation que Voltaire fait des troupes de Pierre à l’occasion de la première grande bataille de la guerre du Nord correspond aux poncifs généralement partagés de l’insigne médiocrité de l’armée russe au début du 18e siècle[9] [9] Éric Schnakenbourg, « Entre le mépris et la crainte :...
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. Son incurie est accentuée par la disproportion entre les effectifs des deux ennemis. Les historiens contemporains la ramènent à des proportions moins importantes puisque les effectifs russes sont divisés par deux[10] [10] Magnus Laidre, Segern vid Narva. Början till en stormakts...
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. Le bilan humain de la bataille s’en trouve inévitablement reconsidéré : 2 000 Suédois auraient été mis hors de combat, morts ou blessés, alors que les pertes russes se situent entre 8 et 9 000[11] [11] Magnus Laidre, op. cit. , p. 174-176 et Bengt Liljegren,...
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. La bataille de Narva permet à Voltaire de camper le rapport de forces initial entre la Suède et la Russie, et au-delà entre les deux principales figures de la guerre du Nord, Charles XII et Pierre le Grand. Narva est le point de départ de leur affrontement avec un évident déséquilibre de puissance militaire qui n’est cependant pas définitif. Voltaire laisse entrevoir la possibilité de progrès militaires en prêtant au tsar une réflexion optimiste malgré la défaite : « Je sais bien que les Suédois nous battrons longtemps ; mais à la fin ils nous apprendront eux-mêmes à les vaincre »[12] [12] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 220. ...
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. Narva est une leçon qui sera retenue et parfaitement récitée lors de la grande bataille de Poltava.

7 Le livre IV de l’Histoire de Charles XII traite de la campagne de Russie. Il retrace la chute de celui qui, en 1707, est selon l’expression de Saint-Simon « en posture d’être le dictateur de l’Europe »[13] [13] Saint-Simon, Mémoires (1701-1707), vol. II, Paris, 1983,...
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. Deux années plus tard, il n’est qu’un prince blessé, vaincu et sans armée. Au seuil de la description de la bataille, Voltaire interrompt le fil de la narration pour préciser les enjeux de l’affrontement et souligner l’importance qu’il accorde à l’évènement. Au-delà d’une confrontation militaire, la bataille de Poltava est la rencontre de deux figures, « les deux plus singuliers monarques qui fussent alors dans le monde », celui-ci auréolé de sept années de victoires, vertueux jusqu’à l’excès ; celui-là ayant entrepris la lourde besogne de civiliser un peuple barbare. « Charles avait le titre d’invincible, qu’un moment pouvait lui ôter ; les nations avaient déjà donné à Pierre Alexiowitz le nom de grand, qu’une défaite ne pouvait lui faire perdre, parce qu’il ne le devait pas à des victoires »[14] [14] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 350. ...
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. À l’orée du combat, les deux ennemis sont dans des situations différentes : le roi de Suède a tout à perdre puisqu’il met en jeu sa réputation d’invincibilité ; en revanche, Pierre a tout à gagner car, en cas de succès, il peut acquérir les lauriers de la gloire militaire, alors qu’une improbable défaite ne ruinerait pas son œuvre[15] [15] Dans l’Histoire de l’Empire de Russie sous Pierre le...
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. Aux premières lueurs de ce lundi 8 juillet 1709, 21 000 Suédois s’ébranlent en direction des fortifications russes. À la première poussée, les lignes russes reculent, « les Suédois crièrent victoire » écrit Voltaire[16] [16] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 352. ...
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. Mais une diversion mal exécutée permet aux troupes du tsar de se rassembler puis de mettre en déroute l’armée de Charles XII qui quitte le champ de bataille en désordre. Le bilan des pertes suédoises est, selon Voltaire, de 9 000 tués et 6 000 prisonniers, selon les estimations actuelles, le total des morts est de 6 900, et les prisonniers sont moins de 3 000[17] [17] Dans l’Histoire de l’Empire de Russie sous Pierre le...
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. À la différence de Narva, cette fois les chiffres donnés semblent bien plus près de la réalité, cependant la narration du combat appelle quelques observations. Il n’y a qu’une véritable erreur, de portée limitée, sur la présence de la cavalerie suédoise au début de la bataille. Dans l’ensemble, Voltaire est disert sur les aspects strictement militaires de la rencontre, il ne dit pas un mot des travaux du siège suédois devant Poltava, n’explique pas le plan d’attaque de Charles XII, et n’évoque pas non plus les lignes de redoutes fortifiées par les Russes. Globalement, le traitement militaire de la bataille est rapide alors même que Voltaire connaissait au moins deux témoins directs qui y ont participé, le polonais Poniatowski et l’anglais Jeffreyes. Ce choix de l’écrivain peut s’expliquer par la perspective dans laquelle il envisage la bataille de Poltava dont le sort est scellé avant même la rencontre des deux armées.

8 La description de la progression suédoise sur les terres du tsar va crescendo jusqu’au face à face des deux armées. Suivant la même construction que pour la bataille de Narva, le lecteur est amené jusqu’à l’inéluctable défaite suédoise. L’erreur fatale de Charles XII se situe en amont de la bataille, dans la décision de mener une offensive au cœur des états du tsar. Voltaire nous indique clairement que la faute en incombe au souverain. Il le montre déterminé à porter les armes sur les terres de son ennemi alors que « la plupart des Suédois n’aspiraient qu’à y retourner [en Suède] ; mais le roi était bien éloigné de songer à leur faire revoir leur patrie »[18] [18] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 318. ...
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. Il refuse les propositions de paix transmises par les Russes « accoutumé à n’accorder la paix à ses ennemis que dans leurs capitales, [il] répondit “Je traiterai avec le Czar à Moscou” »[19] [19] Ibid. , p. 328. ...
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. Charles XII est le seul responsable de la campagne de Russie, il était « inflexible dans le dessein d’aller détrôner l’empereur des Russes, il ne recevait alors conseil de personne, et il n’avait pas besoin des avis du comte Piper pour prendre de Pierre Alexiowitz une vengeance qu’il cherchait depuis si longtemps »[20] [20] Ibid. , p. 313. ...
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. L’hybris lui a fait perdre la mesure du réel, alors même que les contemporains suédois[21] [21] Bengt Liljegren, Karl XII. op. cit. , p. 153-154, et Ragnhild...
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, comme plusieurs membres de l’état major, ou des étrangers, à l’instar de Louis XIV ou de son ministre des Affaires Etrangères, Torcy, considèrent qu’une offensive en Russie n’a que fort peu de chance de réussir[22] [22] « Il me paraîtrait plus avantageux pour lui de finir ainsi...
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. Aveuglé par les succès de ses premières campagnes, Charles XII est trop sûr de lui. Devant Poltava il suppose que, comme en 1700, les soldats ennemis resteront sans réaction pendant qu’il déploiera ses hommes, et qu’il pourra bénéficier de l’effet de surprise pour semer la panique dans leurs rangs. Mais, cette fois, l’armée du tsar évolue calmement et tire profit de sa supériorité numérique, « le souvenir de Narva fut la principale cause du malheur de Charles à Pultava »[23] [23] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 355. ...
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conclut Voltaire.

9 Les batailles de Narva et de Poltava telles qu’elles sont présentées dans l’Histoire de Charles XII permettent à l’auteur de mettre en scène le thème du progrès. Il écrit : « le roi [Charles XII] s’aperçut, dès le commencement du siège [de Poltava], qu’il avait enseigné l’art de la guerre à ses ennemis »[24] [24] Ibid. , p. 346. ...
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. La seule évolution tactique évoquée est celle de la cavalerie russe qui parvient à isoler un tiers de l’infanterie suédoise. Après la bataille, lors de son dîner avec les généraux vaincus, Pierre propose de boire à la santé de ses maîtres dans l’art de la guerre : les Suédois[25] [25] Ibid. , p. 364. ...
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. Le contraste entre la horde désordonnée qui assiège Narva et l’armée disciplinée, maîtrisant les évolutions tactiques à Poltava est saisissant. La persévérance et le travail de Pierre ont eu raison de la fougue et de la réussite qui avaient jusque-là accompagné Charles XII. Les affrontements de Narva et de Poltava sont envisagés par Voltaire dans la perspective du temps long de la civilisation de la Russie, alors que les victoires du Suédois ont été certes éblouissantes aux yeux du monde, mais n’ont finalement rien produit.

10 C’est pourtant bien ce conquérant de l’inutile, dont le règne s’achève sur la ruine de la puissance suédoise, qui est l’objet du livre de Voltaire. Tout autant que son action, le personnage lui-même est présenté avec une grande justesse. Les détails physiques sont peu nombreux, son visage n’est décrit que brièvement dans les dernières pages[26] [26] Ibid. , p. 542. ...
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. La tenue vestimentaire de Charles XII n’est évoquée qu’une fois, de manière d’ailleurs tout à fait conforme aux portraits que nous pouvons avoir de lui et aux témoignages des contemporains[27] [27] Ibid. , p. 296. À titre de comparaison voir le « Portrait...
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. En revanche, Voltaire insère tout au long du texte des épisodes illustrant le caractère du roi. Son principal trait est sans doute son opiniâtreté, définie dans le dictionnaire Furetière de 1695, comme une « obstination, [un] entêtement, [une] forte attache à ce qu’on a une fois conçu ou résolu […] quelques fois l’opiniâtreté fait qu’on réussit, et quelquefois qu’on se noie, qu’on se ruine »[28] [28] Article « opiniâtreté » dans Antoine Furetière, Dictionnaire...
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. Opiniâtreté et ses déclinaisons sont utilisées neuf fois pour qualifier Charles XII, inflexibilité sept fois, obstination deux fois. Ce trait de caractère est effectivement celui qui domine et se manifeste dès l’enfance[29] [29] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 166 et 173. ...
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, nous le retrouvons de nouveau lors de la campagne de Pologne durant laquelle le souverain est, nous dit Voltaire, « inébranlable dans ses projets » et déclare « quand je devrais rester ici cinquante ans, je n’en sortirai point que je n’aie détrôné le roi de Pologne »[30] [30] Ibid. , p. 252. ...
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. Ceux qui ont pu rencontrer le roi de Suède confirment ce défaut, comme l’ambassadeur français Guiscard qui le juge « opiniâtre au dernier excès »[31] [31] A. A. E. , C. P. , Suède, vol. 92, fol. 229, Guiscard à Louis...
suite
.

11 Ce n’est cependant pas cette obstination qui justifie le jugement accompagnant la première mention de Charles XII dans le livre. Il est présenté comme « l’homme le plus extraordinaire peut-être qui ait jamais été sur la terre qui a réuni en lui toutes les grandes qualités de ses aïeux, et qui n’a eu d’autre défaut ni d’autre malheur que de les avoir toutes outrées »[32] [32] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 166. ...
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. Plusieurs passages du livre soulignent les qualités hors du commun du roi de Suède. D’abord, dans les combats pendant lesquels il montre un sang-froid stupéfiant. Dès la bataille de Narva, après avoir reçu une balle morte à la gorge et perdu un cheval tué sous lui, il dit simplement « ces gens-ci me font faire mes exercices » et continue « de donner des ordres avec la même présence d’esprit »[33] [33] Ibid. , p. 216. ...
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. Cette insensibilité au danger, qui le fait recevoir l’ambassadeur français Croissy « des heures entières dans les endroits les plus exposés, pendant que le canon et les bombes tuaient du monde à côté et derrière eux, sans que le roi s’aperçût du danger »[34] [34] Ibid. , p. 511. ...
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, est finalement fatale à Charles XII[35] [35] Le roi de Suède est tué le 11 décembre 1718 en observant...
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. Mais Voltaire glisse d’autres éléments qui distinguent son personnage de ses contemporains, puisqu’il renonce au faste, aux femmes et au vin. Lui qui s’est, nous dit Voltaire, « étudié toute sa vie à supporter les plus extrêmes rigueurs que la nature humaine peut soutenir » pour se forger un « corps de fer » a même cherché à voir combien de temps il pourrait survivre sans manger[36] [36] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 538. ...
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. Que ce soit par sa volonté de dompter sa nature, par les différents épisodes militaires ou par son périple dans toute l’Europe orientale, le roi de Suède nous apparaît comme hors de l’humanité ordinaire. Ce trait récurrent est l’un des axes donnant sa cohérence à l’ouvrage. Par delà ses exploits militaires, Charles XII dépasse les autres rois, car il n’a aucune de leurs faiblesses, s’étant proposé d’imiter Alexandre et César « hors leurs vices »[37] [37] Ibid. , p. 197. ...
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. Mais il est allé trop loin, en poussant « toutes les vertus des héros à un excès où elles sont aussi dangereuses que les vices opposés »[38] [38] Ibid. , p. 541. Cette idée déjà à deux autres reprises...
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. L’Histoire de Charles XII a une portée morale qui dépasse la simple existence du roi de Suède : l’homme doit connaître sa propre mesure sous peine de choir tel Phaéton.

12 La première des grandes œuvres historiques de Voltaire présente des principes méthodologiques qui tranchent singulièrement avec la pratique courante de l’Histoire au début du 18e siècle. Sans prétendre envisager ici l’ensemble de la réflexion et de l’apport historiographique de Voltaire, nous voulons voir dans quelle mesure l’Histoire de Charles XII annonce la méthode historique qu’il met en œuvre dans la suite de sa carrière. Dans le Discours sur l’Histoire de Charles XII, qui constitue le programme de son livre, Voltaire dégage les deux axes forts de sa pratique d’historien : le souci de vérité et la critique du détail inutile.

13 La détermination de Voltaire à respecter strictement la vérité historique explique ses efforts d’abord pour rassembler sa documentation initiale ; ensuite pour compléter son livre en sollicitant de nouveaux témoins et en utilisant les études qui paraissent[39] [39] Principalement Aubry La Motraye, Remarques historiques et...
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. La présentation de ses sources dans son Discours sur l’Histoire de Charles XII, adjoint à son texte dès la première édition, atteste ce souci de vérité[40] [40] « On n’a pas avancé un seul fait sur lequel on n’ait...
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. Il y présente ses principaux informateurs (Fabrice, Fierville, Villelongue, Poniatowski) dans le but de convaincre de la fiabilité de son récit. En dehors des premiers cités apparaissent dans le cours du livre plusieurs témoins directs qui ont côtoyé le roi de Suède, comme l’éphémère roi de Pologne Stanislas Leszczynski. Mais il y a aussi des diplomates français (Guiscard, Ferriol, des Alleurs, Croissy), suédois (Sparre, Guedda), étrangers (Jeffreyes), des militaires (Maigret, Siquier), et des personnes auxquelles on a pu rapporter des informations sur Charles XII (Maurice de Saxe, le vicomte Bolingbroke, la veuve du duc de Marlborough, l’ambassadeur français Brancas). Voltaire a un authentique souci de vérité, il nomme à plusieurs reprises ceux qui lui ont transmis les éléments qu’il avance, il évoque des documents et parfois les cite. Cependant, il lui arrive de rester flou sur les origines de ses informations, évoquant des témoins anonymes, « un homme digne de foi », « on a entendu dire », « des officiers qui y étaient m’ont dit… », « si l’on en croit un ministre public, homme sage et clairvoyant, qui résidait alors à Constantinople… »[41] [41] Ibid. , p. 187, 308, 396, 429. ...
suite
.

14 La retranscription de la vérité est la condition nécessaire de l’Histoire dont Voltaire nous dit dans l’article éponyme de l’Encyclopédie qu’elle est « le récit des faits donnés pour vrais ; au contraire de la fable, qui est le récit des faits donnés pour faux ». Cette exigence d’authenticité est à replacer dans le contexte plus général de rupture épistémologique que connaît l’Histoire à la fin du 17e et au début du 18e siècle. La voie est ouverte par Pierre Bayle qui dénonce l’habitude des historiens qui « se plaisent extrêmement à compiler tout ce qui sent le miracle »[42] [42] Cité dans Blandine Kriegel, L’histoire à l’Age classique,...
suite
. Dans son Dictionnaire historique et critique (1697) il dénonce une pratique historique qui s’accommode de faits mal établis. D’aucuns de ses continuateurs, poussant à l’extrême le doute cartésien, pratiquent le pyrrhonisme historique en passant par le tamis du scepticisme le plus rigoureux les informations dont ils disposent[43] [43] Paul Hazard, La crise de la conscience européenne 1680-1715,...
suite
. Ils dénoncent une discipline incapable d’aboutir à la vérité authentique, car pour eux il n’y a pas de gradation de la certitude, l’ordre du vraisemblable n’existe pas[44] [44] Chantal Grell, L’histoire entre érudition et philosophie...
suite
. C’est dans ce contexte général que se forme le rapport de Voltaire à la vérité historique. S’appuyant sur le principe de Fontenelle « assurons nous bien du fait avant de nous inquiéter de la cause », il rejoint Bayle dans sa critique de la tradition historique en dénonçant le manque de rigueur et de discernement de ses prédécesseurs. Il n’adopte pas pour autant la position du sceptique radical[45] [45] John Brumfitt, Voltaire historian, Oxford, 1957, p. 26 et...
suite
. Rejetant également le « pyrrhonisme outré » et la « crédulité ridicule », Voltaire fait une place au vraisemblable résultant non d’une « démonstration mathématique », implacable et raisonnable, mais d’une « extrême probabilité ». La condition nécessaire est l’existence de plusieurs témoignages qui doivent dégager une certaine cohérence, même s’ils ne sont pas absolument concordants[46] [46] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 576. C’est pourquoi...
suite
. Ils attestent par exemple, même si elle défie la raison, l’héroïque extravagance de Charles XII qui remporte la bataille de Narva malgré un rapport de forces particulièrement défavorable, et qui défend sa maison à Bender en 1713, assisté d’une vingtaine d’hommes, face à l’armée ottomane. Le souci de vérité, principe de base de la déontologie de l’historien, est affirmé par Voltaire comme sa première priorité.

15 La seconde découle du rapport de l’auteur à l’événement, moulé par sa préoccupation de donner du sens à l’histoire. Dans le Discours sur l’Histoire de Charles XII il dénonce la « démangeaison de transmettre à la postérité des détails inutiles »[47] [47] Discours sur l’histoire de Charles XII, Histoire de Charles...
suite
. Effectivement, l’histoire des érudits telle qu’on la pratique durant le Grand Siècle consiste souvent en une accumulation systématique de données et de détails insignifiants. L’objectif est avant tout d’exhumer le passé, même si cette démarche n’est pas dissociée chez les meilleurs auteurs d’une réflexion historique[48] [48] Chantal Grell, L’histoire entre érudition et philosophie,...
suite
. Voltaire se dit persuadé que « l’histoire d’un prince n’est pas tout ce qu’il a fait »[49] [49] Discours sur l’histoire de Charles XII, op. cit. , p. 154. ...
suite
. Lorsqu’il compare sa biographie du roi de Suède avec les autres ouvrages portant sur le même sujet, il se fait gloire d’avoir omis nombre de faits inutiles et ennuyeux, se réclamant du principe de Cicéron « Supprimit orator quae rusticus edit inepte »[50] [50] « L’orateur passe sous silence des choses que l’homme...
suite
. Voltaire envisage les matériaux historiques dont il dispose en projetant dans le temps les informations qu’ils contiennent, pour distinguer ceux qui sont véritablement significatifs des autres. La relation d’une multitude d’événements satisfait la curiosité, mais n’instruit pas le lecteur. Ils sont, pour reprendre la terminologie braudélienne, comme « l’écume à la surface de la mer », apparaissant et disparaissant dans le même mouvement.

16 Pour Voltaire, un livre d’histoire digne de ce nom doit être une thèse, avoir un objet, un but et finalement une visée éducative. Elle s’inscrit dans la conviction que l’Histoire peut être une clé pour le présent, un fil d’Ariane grâce aux modèles et aux contre-modèles qu’elle fournit. Dans la perspective progressiste qui caractérise la pensée des Lumières, les philosophes-historiens, notamment Voltaire et Montesquieu, trouvent dans l’étude du passé les matériaux donnant sens à l’évolution humaine[51] [51] Chantal Grell, L’histoire entre érudition et philosophie,...
suite
. Ainsi, selon une formule connue, « l’histoire philosophique est une philosophie du sens de l’histoire »[52] [52] Blandine Kriegel, L’histoire à l’Age classique, vol. ...
suite
. Au fil de ses ouvrages historiques, Voltaire met en œuvre une méthode dont les prémices pointent déjà dans l’Histoire de Charles XII. Toutefois, dans cette œuvre de jeunesse, il n’en est qu’aux premières étapes de sa réflexion et de la mise en application de ses principes. Il n’est donc pas étonnant de constater que la narration des faits l’emporte encore sur l’analyse et l’exposition des modifications structurelles, comme Voltaire s’en fera lui-même le reproche[53] [53] « J’ai honte, surtout, d’avoir parlé de tant de combats,...
suite
. D’ailleurs, si l’on considère l’ensemble de la documentation utilisée pour écrire le livre, il apparaît un certain déséquilibre dans ses sources. Pour les événements se déroulant entre le début de la guerre (1700) et la retraite dans l’empire Ottoman (juillet 1709), Voltaire s’est appuyé principalement sur des travaux écrits, en particulier le livre de Limiers, qu’il ne se prive pourtant pas de critiquer sévèrement[54] [54] Henri Philippe de Limiers, Histoire de Suède sous le règne...
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. Les trois chapitres consacrés au séjour ottoman sont en revanche rédigés à partir d’informations données par des témoins oculaires : Fierville, Ferriol, des Alleurs, Villelongue, Fabrice, Jeffreyes, la Motraye, Poniatowski qui ont tous résidé auprès de Charles XII à Bender. L’abondante documentation dont l’auteur dispose sur la période turque de la vie de Charles XII se ressent dans la présentation détaillée des intrigues menées auprès du gouvernement du sultan. Le rythme du récit se ralentit, parfois même le rapport avec le projet initial, relater la vie du roi de Suède, se perd. Voltaire a été victime de ses sources et nous montre, à ses dépens, à quel point le haut degré d’exigence méthodologique historique dont il se réclame est difficile à atteindre.

17 Pour l’historien d’aujourd’hui, l’intérêt de l’Histoire de Charles XII ne se limite pas à sa dimension factuelle, ni à son apport épistémologique. L’ouvrage de Voltaire peut aussi être envisagé comme une entrée dans la culture du début du 18e siècle par la réflexion qu’il propose sur le rapport entre la fonction royale et la guerre.

18 Dans la France du 17e siècle, la souveraineté est étroitement liée au domaine militaire, Louis XIII et Louis XIV sont des « rois de guerre ». L’éducation du prince vise à lui donner les moyens de remplir la mission que Dieu lui a confiée en le plaçant sur le trône, il doit être en mesure de gouverner et de commander. Le roi à la tête de ses armées, loué par une propagande historiographique et iconographique, apparaît couronné des lauriers de la gloire[55] [55] Joël Cornette, Le roi de guerre. Essai sur la souveraineté...
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. Charles XII, tel qu’il est décrit par Voltaire, constitue une déclinaison extrême de ce modèle. Il est plus que le roi de guerre, il est le roi guerrier ; il est plus que le commandant en chef, il est le premier des combattants. Voltaire évoque les combats auxquels le roi de Suède a directement participé. Il a tué de sa propre main, « plus d’une douzaine » de Russes au cours d’un affrontement près de Smolensk en 1708[56] [56] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 330. ...
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; entre douze et vingt janissaires ottomans lors du combat de la Kalabalik en 1713[57] [57] L’incertitude sur le nombre de victimes directes du roi...
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; enfin un officier danois à Rügen en 1714[58] [58] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 509. ...
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. En retour, il reçoit au total six balles, dont la dernière lui est fatale. Le cœur des batailles apparaît comme le décor dans lequel le roi de Suède s’accomplit. N’aimant pas les succès faciles, Voltaire nous le montre, lors des années passées en Pologne, lassé des victoires remportées sans combats acharnés : « il disait que c’était aller à la chasse plutôt que faire la guerre, et se plaignait de ne point acheter la victoire »[59] [59] Ibid. , p. 274. ...
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. En revanche, il est souriant et manifestement excité par la perspective d’affronter l’armée ottomane avec une vingtaine d’hommes autour de lui au moment de la Kalabalik[60] [60] Ibid. , p. 444. ...
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. La pratique de la guerre et des combats est pour Charles la voie nécessaire de la gloire. Voltaire souligne à sept reprises la passion du roi pour celle-ci. Ses exploits militaires lui valent effectivement une grande admiration, notamment chez les officiers français. Voltaire en connaît au moins deux qu’il cite nommément parmi ses informateurs. Le premier est le comte Cerda de Villelongue qui, nous dit-il, « charmé de la réputation du roi de Suède, était venu chez les Turcs dans le dessein de se mettre au service de ce prince »[61] [61] Ibid. , p. 467. Sur ce personnage voir Herman Brulin, «...
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; le second est Colbert de Croissy, neveu du grand Colbert, et ambassadeur de Louis XIV auprès de Charles XII, dont la correspondance révèle toute l’admiration qu’il nourrit pour le roi de Suède[62] [62] Il écrit par exemple que Charles XII « concilie sagesse...
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.

19 L’Histoire de Charles XII est réputée, à tort nous semble-t-il, avoir participé à la construction du mythe du héros guerrier, produit de l’enthousiasme de Voltaire pour le roi de Suède[63] [63] Raymond Fuzellier, Essai sur l’histoire de Charles XII...
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. Le dernier biographe de Charles XII, le suédois Bengt Liljegren, estime que Voltaire est fasciné au plus haut point par son personnage. D’après lui, l’écrivain n’a pas su échapper à la propagande caroline puisqu’il dépeint le souverain comme un prince juste, et qu’il loue la hauteur de ses visées politiques[64] [64] Bengt Liljegren, Karl XII. En biografi, op. cit. , p. 359. ...
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. Nous ne partageons pas cette opinion, car si Voltaire nous semble bien avoir été impressionné par son personnage, in fine le portrait qu’il en brosse n’est pas l’œuvre d’un laudateur. Pour reprendre l’expression de René Pomeau, « Charles XII est, socialement parlant, malfaisant »[65] [65] René Pomeau, « Voltaire et le héros », Revue Voltaire,...
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. Après avoir étudié la vie du souverain suédois, Voltaire lui dénie clairement la qualité de héros écrivant qu’il n’a trouvé en lui « qu’un homme »[66] [66] Voltaire à Rolland Puchot de Alleurs, 26 nov. 1738, Correspondance...
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. Certes, le roi de Suède est dépeint comme un guerrier extraordinaire, courageux, maître de lui, parfois magnanime, supportant la souffrance avec un flegme inébranlable, ce qui le rend insensible aux souffrances des autres[67] [67] Voltaire nous rapporte deux anecdotes qui se situent pendant...
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. Le terme héros est employé trois fois dans le livre. Voltaire ne l’utilise jamais pour qualifier directement Charles XII[68] [68] La première fois, il est employé de manière négative...
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. Le mot est pourtant une notion opératoire de la pensée voltairienne, puisqu’il est notamment utilisé pour désigner Henri IV dans La Henriade[69] [69] José-Michel Moureaux, « Dans le droit fil de La Henriade,...
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. Le héros est un prince idéal, réunissant en lui les qualités du chef de guerre et du juste souverain, qui « regarde l’humanité comme la première des vertus, qui ne se prépare à la guerre que par nécessité, qui aime la paix parce qu’il aime les hommes, qui encourage tous les arts, et qui les connaît tous, en un mot un philosophe sur le trône »[70] [70] Lettre au Maréchal de Schulenbourg, général des Vénitiens,...
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. Voilà une définition qui ne correspond guère au roi de Suède. Rapporté à l’évolution culturelle de la première moitié du 18e siècle, le livre de Voltaire constitue une critique implicite d’un certain type de pratique monarchique héritée du siècle précédent, visant à acquérir la gloire par les armes.

20 Charles XII ne gouverne pas, ce qui constitue tout de même le premier devoir d’un souverain. Voltaire y fait plusieurs fois allusions, en particulier lorsqu’il place dans la bouche du Grand Vizir ottoman « il ne faut pas que tous les rois soient hors de chez eux », réflexion que le ministre turc n’a probablement pas prononcée[71] [71] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 416. Voltaire transforme...
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. Après son retour dans ses États, à la fin de l’année 1714, Charles XII est présenté comme recevant « des leçons du baron Görtz » auquel il accorde « une confiance qui allait jusqu’à la soumission : il lui [à Görtz] laissa un pouvoir absolu dans le gouvernement intérieur du royaume, et s’en remit à lui sans réserve surtout ce qui regardait les négociations avec le czar »[72] [72] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 517 et 534. Georg...
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. Alors même que la Suède en est réduite à la dernière extrémité, son roi ne se préoccupe que des questions militaires et ne songe qu’à ses futures campagnes. Tout au long du livre, Charles XII ne semble pas conscient de la plénitude des responsabilités incombant à sa qualité royale, que ce soit en s’obstinant dans la guerre ou en s’exposant sans réserve dans les combats. À ce titre, l’anecdote rapportant qu’il perd toutes ses parties d’échec car il ne joue qu’avec le roi, est présentée par Voltaire comme emblématique de la nature profonde du personnage[73] [73] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 377. ...
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.

21 Dans les décennies qui suivent la mort de Louis XIV la réflexion sur la guerre est l’objet d’une sévère condamnation morale au nom du bonheur de l’humanité[74] [74] Jean-Pierre Bois, Les Guerres en Europe 1494-1792, Paris,...
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. À ce titre le roi de guerre glorieux du 17e siècle est une figure dépassée, tout comme le héros guerrier. Les ambitions de la politique de conquête et la quête de la « monarchie universelle », c’est-à-dire de l’hégémonie en Europe, sont condamnées. Il est possible d’en trouver de nombreux témoignages. D’abord dans la manière dont se constitue la mémoire des guerres de Louis XIV[75] [75] Voir par exemple les préfaces de Henri Philippe Limiers,...
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, ensuite dans nombre d’œuvres littéraires. Nous pensons ici aux Réflexions sur la monarchie universelle de Montesquieu, rédigée en 1734, qui sont une critique de la politique de conquête[76] [76] Montesquieu, Réflexions sur la monarchie universelle, introduction...
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. La paix est une valeur qui dépasse de loin la gloire des armes, car les rois sont instaurés par Dieu pour faire le bonheur des peuples comme on peut le trouver sous la plume de Fénelon dans les Aventures de Télémaque. La misère qui s’abat sur la France est attribuée à l’état de guerre quasi-incessant qu’elle subit depuis la fin des années 1680[77] [77] Paul Hazard, La crise de la conscience européenne 1680-1715,...
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. Voltaire rapporte que le Roi Soleil, au bord du trépas, confesse à son arrière petit-fils appelé à lui succéder « Tâchez de conserver la paix avec vos voisins. J’ai trop aimé la guerre ; ne m’imitez pas en cela, non plus que dans les trop grandes dépenses que j’ai faites. […] Soulagez vos peuples le plus tôt que vous le pourrez, et faites ce que j’ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-même »[78] [78] Le Siècle de Louis XIV, Œuvres historiques, op. cit. ,...
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. L’Histoire de Charles XII s’inscrit dans ce contexte, sa principale leçon est celle du caractère éphémère des victoires militaires et de la vanité de la politique de guerre. Le roi de Suède, présenté comme prince absolu décidant seul du choix de la guerre et de sa mise en œuvre, porte la responsabilité de la ruine de son royaume et du malheur de ses sujets opprimés par une lourde fiscalité qui vide « la substance de ses peuples »[79] [79] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 515. ...
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. Avec sa mort « tout changea dans un moment : les Suédois, plus accablés que flattés de la gloire de leur prince, ne songèrent qu’à faire la paix avec leurs ennemis »[80] [80] Ibid. , p. 546. ...
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. Cette affirmation de Voltaire, attestée par de nombreux témoignages[81] [81] « Les Suédois se consoleront de la perte de ce héros...
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, sonne comme une réprobation de l’ensemble de l’œuvre de Charles XII. Sans doute, son plus grand tort a été de n’avoir pas su faire la paix au moment opportun, qui lui aurait permis de développer ses États et d’assurer la prospérité de ses sujets[82] [82] « Je crois, par exemple, que si Charles XII après avoir...
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.

22 Charles, qui n’a été qu’un guerrier dénué de tout sens politique, n’est pas évoqué dans la correspondance de Voltaire dans des termes valorisants. L’année même de la première publication de l’Histoire de Charles XII, il est qualifié de « chevalier errant […] moitié héros, moitié fou »[83] [83] Voltaire à Pierre Robert le Cornier de Cideville, 16 février...
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, il est également comparé par la suite à don Quichotte[84] [84] Notamment dans une lettre de Voltaire à Frédéric de Prusse,...
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. En tout cas, il est clair que, pour Voltaire, le roi de Suède n’est pas un modèle pour les souverains. Dans la logique d’une histoire pédagogique, il est un exemple édifiant à ne pas imiter : « On a pensé que cette lecture pourrait être utile à quelques princes, si ce livre leur tombe par hasard entre les mains. Certainement il n’y a point de souverain qui, en lisant la vie de Charles XII, ne doive être guéri de la folie des conquêtes. Car, où est le souverain qui pût dire : J’ai plus de courage et de vertus, une âme plus forte, un corps plus robuste ; j’entends mieux la guerre, j’ai de meilleures troupes que Charles XII ? Que si, avec tous ces avantages, et après tant de victoires, ce roi a été si malheureux, que devraient espérer les autres princes qui auraient la même ambition, avec moins de talents et de ressources ? »[85] [85] Discours sur l’histoire de Charles XII, op. cit. , p. 153. ...
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. Le destin de Charles XII doit convaincre les rois de ne s’engager dans une guerre que réduit à la dernière extrémité, et surtout de saisir la première occasion pour faire la paix afin de pouvoir consacrer leur règne au bien de leurs sujets, et au-delà de l’humanité.

23 En écrivant la vie du roi-guerrier par excellence, Voltaire met en scène un contre-modèle, mais laisse apparaître en filigrane une source d’inspiration pour les princes avec le personnage de Pierre le Grand. L’Histoire de l’empire de Russie sous le règne de Pierre le Grand est le produit d’une réflexion entamée à l’occasion de la rédaction de l’Histoire de Charles XII. Bien que les défauts du tsar ne soient pas passés sous silence, Voltaire insiste au fil des différentes éditions sur son œuvre civilisatrice[86] [86] Voir Michel Mervaud « L’image de Pierre dans l’Histoire...
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. Avec la progression de sa réflexion, Voltaire se détourne du héros conquérant pour se tourner vers les grands hommes, comme Pierre le Grand[87] [87] René Pomeau « Voltaire et le héros », art. cit. , p. ...
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.

24 Dans l’ouvrage consacré à Charles XII, le tsar se profile déjà comme un grand homme, terme qui le qualifie à trois reprises. Le personnage de Pierre contrebalance celui du roi de Suède, puisqu’il dispose des qualités dont son ennemi est dénué. Il est d’abord capable de tirer les leçons de ses échecs, notamment dans le domaine militaire, pour ne pas répéter ses erreurs, ce qui lui permet finalement de surclasser son adversaire. Il a ensuite un rapport à la guerre qui le distingue singulièrement de Charles XII. Alors que le roi de Suède, n’agissant qu’en guerrier, refuse la couronne de Pologne pour assouvir sa vengeance et courir après les succès sur ses ennemis, Pierre, lui, « ne consultait que ses intérêts », et fait la guerre en politique[88] [88] Histoire de Charles XII, op. cit. , p. 389. ...
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. Il poursuit une lutte dont la finalité n’est pas de recevoir des lauriers pour sa personne, mais de développer ses États et de civiliser ses sujets, « ce qui, de tous les conquérants, le rendait le plus excusable »[89] [89] Ibid. , p. 499. ...
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. Ce dessein, qui correspond à une pratique juste de la souveraineté, lui vaut de devenir un grand homme. Ainsi, chez Voltaire, ce n’est pas la guerre en tant que telle qui est condamnée, pourvu qu’elle ne soit qu’un moyen profitant au plus grand nombre, et non une fin en soi. Elle reste en tout cas un exercice dangereux, puisque Pierre lui-même manque de voir l’ensemble de son œuvre ruinée par sa désastreuse campagne de 1711. Encerclé avec son armée par les troupes ottomanes sur les rives du fleuve Prut, il reconnaît « me voilà du moins aussi mal que mon frère Charles l’était à Pultava »[90] [90] Ibid. , p. 406. ...
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. Mais c’est un avertissement à peu de frais puisqu’il ne concède qu’une capitulation peu onéreuse. La fortune des armes est décidément bien capricieuse, alors que la paix et l’œuvre civilisatrice inscrivent les réalisations des princes dans la postérité. Pierre le Grand peut rejoindre Henri IV, autre personnage voltairien, au panthéon des grands hommes dont l’action s’intègre à la dynamique du progrès de l’humanité. Nous ne partageons donc pas l’idée selon laquelle Voltaire aurait fait dans l’Histoire de Charles XII un portrait déprécié du tsar pour faire ressortir davantage le personnage éponyme de son livre[91] [91] Albert Lortholary, Le mirage...
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. Il cherche au contraire à montrer que, contrairement à l’opinion commune, faible et frivole, l’héroïsme extravagant du « don Quichotte du Nord » mérite moins l’intérêt et l’admiration que le « Solon du Nord », législateur aux grandes vues et fondateur de villes[92] [92] Voltaire, L’homme aux quarante écus, Œuvres complètes...
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. C’est d’ailleurs sur cette idée que s’ouvre l’avant-propos de l’Histoire de l’empire de Russie sous Pierre le Grand.

25 Même s’il était possible, dans une édition critique intégrale du texte, de pointer dans l’ensemble de l’ouvrage, ici une inexactitude, là un oubli, l’Histoire de Charles XII est globalement d’une remarquable qualité historique. Aujourd’hui, l’étude historique d’un personnage vise à rendre compte d’un dialogue entre l’individu et les circonstances de son époque, et ne se contente pas de relater les faits accomplis. C’est sans doute ici que se situe la principale réserve que l’on peut formuler sur l’Histoire de Charles XII. De manière générale, les chaînes de causalités conduisant aux événements ne sont pas reconstituées, la présentation des enjeux de la guerre du Nord et les projections stratégiques du roi de Suède nous paraissent insuffisamment développées. Ce type d’observation pourrait être valable pour l’ensemble de la production historique de Voltaire, puisque les guerres y sont traitées comme des objets de réflexion philosophique, et non comme des phénomènes historiques propres[93] [93] John Leigh, Voltaire : À sens of history, Oxford, 2004,...
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. Cependant, à travers les quelques pistes de réflexion que nous venons de dégager nous avons voulu montrer le profit que l’historien d’aujourd’hui peut retirer du récit voltairien. Le spécialiste de la Grande Guerre du Nord y trouve l’évocation de faits qui n’apparaissent pas dans les archives. Voltaire a eu la possibilité d’interroger des acteurs et des témoins oculaires de l’épopée caroline, et dispose en ce sens d’un accès à l’information dont nous sommes naturellement privés. L’Histoire de Charles XII est une œuvre fiable en particulier grâce au soin que son auteur a pris de corriger son travail au fil des éditions, montrant ainsi sa déontologie d’historien. Au-delà des spécialistes de l’histoire du Nord au début du 18e siècle, ce livre est une pierre importante dans l’édifice générale de la pratique historique. Bien que l’apport épistémologique et méthodologique soit plus évident dans ses ouvrages historiques ultérieurs, Voltaire tranche dès ce premier livre avec la plupart des historiens de son époque. Sa détermination à approcher la vérité passée d’aussi près que possible, sa priorité à donner un sens à l’Histoire en triant les informations dont il dispose font de l’Histoire de Charles XII plus qu’une simple narration établie à partir d’une succession de faits. La conviction de l’exemplarité de l’Histoire impose à chaque œuvre historique d’avoir un dessein, car elle remplit une fonction d’édification pour les générations à venir. Si la leçon à tirer de la vie de Charles XII est aujourd’hui hors de propos, elle s’intègre en revanche parfaitement à un courant culturel du début du 18e siècle qui pose un nouveau regard sur la véritable finalité de la fonction royale et sur son rapport à la guerre. À cet égard, L’Histoire de Charles XII, comme les ouvrages historiques suivants écrit par Voltaire, mais encore ceux d’autres écrivains et philosophes du 18e siècle, Montesquieu particulièrement, constituent des sources incontournables pour une histoire de la culture de la guerre et de la paix à l’époque des Lumières.

 

Notes

[ 1] José-Michel Moureaux, « Voltaire historien : un chantier qui s’ouvre », Revue d’Histoire littéraire de la France, 101/2, 2001, p. 227-261.Retour

[ 2] Voltaire, Histoire de Charles XII, Gunnar von Proschwitz éd., Voltaire Foundation, Oxford, 1996, p. 143.Retour

[ 3] Parmi les études spécifiquement consacrées à la dimension historique du livre de Voltaire signalons Auguste Geffroy, « Le Charles XII de Voltaire et le Charles XII de l’Histoire », Revue des Deux Mondes, 15 nov. 1869, p. 360-390 ; André Lebois, « Voltaire historien dans l’Histoire de Charles XII », in L’histoire au dix-huitième siècle, Aix-en-Provence, 1975, p. 297-305 ; Gunnar von Proschwitz, « Le Charles XII de Voltaire, Histoire ou roman ? », in Le roman dans l’Histoire, l’Histoire dans le roman. Hommage à Jean Sgard, Grenoble, 1995, p. 37-47 ; ajoutons l’introduction de la grande biographe de Charles XII, Ragnhild Hatton, dans la traduction d’Antonia White, Voltaire, The History of Charles XII, King of Sweden, Londres, 1976.Retour

[ 4] Histoire de Charles XII, op. cit., note 23, p. 209.Retour

[ 5] Aubry de La Motraye, Remarques historiques et critiques sur l’Histoire de Charles XII, 1732, p. 186, et « Remarques sur les campagnes du roi de Suède » par Jean Léonor Grimarest, Archives des Affaires Étrangères, Paris, [A.A.E.], Correspondance Politique [C.P.], Suède, vol. 91, fol. 296. Grimarest reprend cette estimation dans Les campagnes de Charles XII, roi de Suède, t. 1, Paris, 1711, p. 289.Retour

[ 6] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 217.Retour

[ 7] Ibid., p. 210.Retour

[ 8] André Berelowitch, « La noblesse moscovite et la modernisation de l’armée (1613-1682) » dans Viviane Barrie-Currien (dir.), Guerre et pouvoir en Europe au XVIIe siècle, Paris, 1991, p. 52-53, et John Keep, Soldiers of the tsar. Army and society in Russia 1462-1874, Oxford, 1988, p. 95-116.Retour

[ 9] Éric Schnakenbourg, « Entre le mépris et la crainte : la perception française de la puissance militaire russe au début du XVIIIe siècle », Da est a ovest/ De ovest a est. Viaggiatori per le strade del mondo. G. Platania (dir.), Actes des journées internationales d’études organisées par l’université de Viterbe (Italie), 2-4 juin 2005, Sette Citta, Viterbe, 2006, p. 283-299.Retour

[ 10] Magnus Laidre, Segern vid Narva. Början till en stormakts fall, Stockholm, 1996, p. 153, Frans Bengtsson, Karl XII : s levnad, Stockholm, 1989, p. 109, Robert Massie, Pierre le Grand, Paris, 1985, p. 314.Retour

[ 11] Magnus Laidre, op. cit., p. 174-176 et Bengt Liljegren, Karl XII. En biografi, Lund, 2000, p. 93.Retour

[ 12] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 220.Retour

[ 13] Saint-Simon, Mémoires (1701-1707), vol. II, Paris, 1983, Gallimard, Pléiade, p. 799.Retour

[ 14] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 350.Retour

[ 15] Dans l’Histoire de l’Empire de Russie sous Pierre le Grand, Voltaire présente, au contraire, la bataille de Poltava comme décisive pour l’ensemble de l’œuvre de Pierre : « Si le czar périssait, des travaux immenses, utiles à tout le genre humain, étaient ensevelis avec lui, et le plus vaste empire de la terre retombait dans le chaos dont il était à peine tiré », Michel Mervaud (éd.), Oxford, Voltaire Foundation, 1999, vol. 1, p. 682-683.Retour

[ 16] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 352.Retour

[ 17] Dans l’Histoire de l’Empire de Russie sous Pierre le Grand, Voltaire précise que les Russes comptent 9224 morts suédois, mais réduit le nombre de prisonniers entre 2 et 3 000, op. cit., p. 686.Retour

[ 18] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 318.Retour

[ 19] Ibid., p. 328.Retour

[ 20] Ibid., p. 313.Retour

[ 21] Bengt Liljegren, Karl XII. op. cit., p. 153-154, et Ragnhild Hatton, Charles XII of Sweden, Londres, 1968, p. 255-256. En 1706 est publié à Stockholm un ouvrage qui souligne la puissance du tsar et met en garde contre une offensive en Russie. Charles XII fait interdire le livre qui s’est tout de même diffusé dans l’état major suédois, puisque le général Lewenhaupt, qui commande l’infanterie à Poltava, en aurait reçu un exemplaire. Torsten Burgman, Rysslandsbilden i Sverige från Ivan den förskräcklige till Vladimir Putin, Lund 2001, p. 18.Retour

[ 22] « Il me paraîtrait plus avantageux pour lui de finir ainsi une guerre éloignée dont les suites seront très embarrassantes, que de se voir obligé de porter ses armes en Moscovie, et en danger de perdre la meilleure partie de ses troupes par les fatigues, par la disette de vivres et par les entreprises mêmes où elles remporteront la victoire sur ses ennemis », A.A.E., C.P., Suède, vol. 108, fol. 98, Louis XIV à Bonnac, 17 février 1707, voir également ibid., vol. 114, fol. 68, Torcy à Campredon, 3 nov. 1707.Retour

[ 23] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 355.Retour

[ 24] Ibid., p. 346.Retour

[ 25] Ibid., p. 364.Retour

[ 26] Ibid., p. 542.Retour

[ 27] Ibid., p. 296. À titre de comparaison voir le « Portrait de Charles XII contenue dans une lettre écrite de Varsovie le 30 mai 1702 », A.A.E, C.P., Suède, vol. 93, fol. 335.Retour

[ 28] Article « opiniâtreté » dans Antoine Furetière, Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois, tant vieux que modernes…, 1695.Retour

[ 29] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 166 et 173.Retour

[ 30] Ibid., p. 252.Retour

[ 31] A.A.E., C.P., Suède, vol. 92, fol. 229, Guiscard à Louis XIV, 15 sept. 1701. Le même jugement est déjà exprimée six mois plus tôt, Ibid., fol. 68, Guiscard à Torcy, 21 mars 1701.Retour

[ 32] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 166.Retour

[ 33] Ibid., p. 216.Retour

[ 34] Ibid., p. 511.Retour

[ 35] Le roi de Suède est tué le 11 décembre 1718 en observant la forteresse norvégienne de Frederikshald que son armée était en train d’assiéger.Retour

[ 36] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 538.Retour

[ 37] Ibid., p. 197.Retour

[ 38] Ibid., p. 541. Cette idée déjà à deux autres reprises dans le livre, p. 166 et 378.Retour

[ 39] Principalement Aubry La Motraye, Remarques historiques et critiques sur l’Histoire de Charles XII de Voltaire (1732) ; Gustave Alderfeld, Histoire militaire de Charles XII (1740) ; Göran Nordberg, Histoire de Charles XII (1742).Retour

[ 40] « On n’a pas avancé un seul fait sur lequel on n’ait consulté des témoins oculaires et irréprochables », Histoire de Charles XII, op. cit., p. 154.Retour

[ 41] Ibid., p. 187, 308, 396, 429.Retour

[ 42] Cité dans Blandine Kriegel, L’histoire à l’Age classique, vol. 2 : La défaite de l’érudition, Paris, 1996, p. 281.Retour

[ 43] Paul Hazard, La crise de la conscience européenne 1680-1715, Paris, 1961, p. 41-42.Retour

[ 44] Chantal Grell, L’histoire entre érudition et philosophie : étude sur la connaissance historique à l’âge des Lumières, Paris, 1993, p. 68.Retour

[ 45] John Brumfitt, Voltaire historian, Oxford, 1957, p. 26 et 141.Retour

[ 46] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 576. C’est pourquoi la critique de Mably lui reprochant de rejeter l’extraordinaire et de prendre la raison comme seule norme et crible de l’histoire nous semble mal fondée. Voir Catherine Volpilhac-Auger « Mably Voltaire, match nul ? Mably lecteur de l’Essai sur les mœurs », Revue Voltaire, 5, 2005, p. 237.Retour

[ 47] Discours sur l’histoire de Charles XII, Histoire de Charles XII, op. cit., p. 152.Retour

[ 48] Chantal Grell, L’histoire entre érudition et philosophie, op. cit., p. 21-32.Retour

[ 49] Discours sur l’histoire de Charles XII, op. cit., p. 154.Retour

[ 50] « L’orateur passe sous silence des choses que l’homme des champs expose lourdement » Voltaire à Johann Bernoulli, 8 mai 1739, Correspondance de Voltaire, vol. II, Théodore Besterman éd., Paris, 1977, p. 204.Retour

[ 51] Chantal Grell, L’histoire entre érudition et philosophie, op. cit., p. 9-10.Retour

[ 52] Blandine Kriegel, L’histoire à l’Age classique, vol. 2 : La défaite de l’érudition, op. cit., p. 293.Retour

[ 53] « J’ai honte, surtout, d’avoir parlé de tant de combats, de tant de maux faits aux hommes […]. J’aurais bien mieux fait d’éviter tous ces détails de combats donnés chez les Sarmates, et d’entrer plus profondément dans le détail de ce qu’a fait le tsar pour le bien de l’humanité. Je fais plus de cas d’une lieue en carré défrichée, que d’une plaine jonchée de morts », Voltaire à Frédéric, prince héritier de Prusse, 1er juin 1737, Correspondance de Voltaire, vol. 1, op. cit., p. 972-973.Retour

[ 54] Henri Philippe de Limiers, Histoire de Suède sous le règne de Charles XII, Amsterdam, 1721, 6 vols.Retour

[ 55] Joël Cornette, Le roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, 1993.Retour

[ 56] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 330.Retour

[ 57] L’incertitude sur le nombre de victimes directes du roi se fonde sur un dialogue entre le diplomate hessois Fabrice et Charles XII : « On prétend, dit Fabrice, que Votre Majesté a tué vingt janissaires de sa main. — Bon, bon, dit le roi, on augmente toujours les choses de la moitié. », Histoire de Charles XII, op. cit., p. 459, voir également p. 451.Retour

[ 58] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 509.Retour

[ 59] Ibid., p. 274.Retour

[ 60] Ibid., p. 444.Retour

[ 61] Ibid., p. 467. Sur ce personnage voir Herman Brulin, « Kondottiären greve de la Cerda de Villelongue och hans minnesanteckingar om Karl XII :s krig », Karolinska Förbundets  , 1947, p. 161-250.Retour

[ 62] Il écrit par exemple que Charles XII « concilie sagesse et douceur extrême, avec un esprit supérieur et beaucoup de simplicité. Ses réponses sont justes et promptes » et conclut qu’il a davantage l’impression de parler à un philosophe qu’à un roi, A.A.E., C.P. Suède, vol. 132, fol. 75-82, Croissy à Torcy, 27 mai 1715. Sur Croissy voir Per Sörensson, « En fransk ambassadörs omdöme om Karl XII. En bidrag till konungens karaktäristik. », Karolinska Förbundets  , 1910, p. 314-318.Retour

[ 63] Raymond Fuzellier, Essai sur l’histoire de Charles XII de Voltaire : un historien, un personnage et un mythe, thèse de doctorat d’État ès lettres, 5 vols., Université Paris IV, 1995, p. 937-1042.Retour

[ 64] Bengt Liljegren, Karl XII. En biografi, op. cit., p. 359.Retour

[ 65] René Pomeau, « Voltaire et le héros », Revue Voltaire, 1, 2001, p. 80.Retour

[ 66] Voltaire à Rolland Puchot de Alleurs, 26 nov. 1738, Correspondance de Voltaire, éd. Théodore Besterman, vol. I, op. cit., p. 1302.Retour

[ 67] Voltaire nous rapporte deux anecdotes qui se situent pendant la campagne de Russie alors que les privations et un froid terrible déciment l’armée suédoise « un seul officier se plaignit. “Hé quoi ! lui dit le roi, vous ennuyez-vous d’être loin de votre femme ? si vous êtes un vrai soldat, je vous mènerai si loin que vous pourrez à peine recevoir des nouvelles de Suède une fois en trois ans” ; peu après un soldat osa présenter au roi, avec murmure, en présence de toute l’armée, un morceau de pain noir et moisi, fait d’orge et d’avoine, seule nourriture qu’ils avaient alors, et dont ils n’avaient pas même suffisamment. Le roi reçut le morceau de pain sans s’émouvoir, le mangea tout entier et dit ensuite froidement au soldat : “Il n’est pas bon, mais il peut se manger” », Histoire de Charles XII, op. cit., p. 341.Retour

[ 68] La première fois, il est employé de manière négative à propos de l’attitude de Pierre le Grand ; la seconde, pour évoquer les vertus que Charles a poussées à l’excès ; enfin la troisième occurrence qualifie bel et bien Charles XII, mais dans des paroles rapportées d’André Siquier, un officier français servant dans l’armée. Histoire de Charles XII, op. cit., p. 390, 541, 545.Retour

[ 69] José-Michel Moureaux, « Dans le droit fil de La Henriade, Charles XII ou Pierre le Grand ? » Revue Voltaire, 2, 2002, p. 156. Du même auteur voir l’analyse du héros « figure archétype de l’imaginaire voltairien » dans « La mythologie du héros dans les rapports de Voltaire et Frédéric de 1739 à 1741 », Voltaire und Deutschland : Quellen und Untersuchungen zur Rezeption der Französischen Aufklarung, Peter Brockmeier, Roland Desné, Jürgen Voss éds., Stuttgart, 1979, p. 223-239.Retour

[ 70] Lettre au Maréchal de Schulenbourg, général des Vénitiens, La Haye, 2 août 1740, Voltaire, Œuvres historiques, René Pomeau éd., Paris, 1957, p. 299.Retour

[ 71] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 416. Voltaire transforme une réflexion du Grand Vizir destinée à justifier son refus de capturer le tsar alors qu’il le tenait à sa merci. D’après plusieurs témoins, Poniatowski et le chevalier de Bellerive, il aurait simplement dit « Qui est-ce qui gouvernerait la Moscovie, si je lui enlevais son prince ? ». Voltaire transforme donc une interrogation portant sur un cas précis pour lui donner une portée générale.Retour

[ 72] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 517 et 534. Georg Heinrich von Görtz (1668-1719), entre au service de Charles XII à Stralsund. Il est à la fois ministre des finances, de la guerre et des affaires étrangères et jouit d’une autorité très étendue. Rendu responsable, à tort, de la poursuite de la guerre du Nord, il est arrêté dès l’annonce de la mort du roi. Il est jugé dans des conditions iniques et décapité le 19 février 1719.Retour

[ 73] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 377.Retour

[ 74] Jean-Pierre Bois, Les Guerres en Europe 1494-1792, Paris, p. 209-293 et Jean Chagniot, Guerre et société à l’époque Moderne, Paris, 2001, p. 160-164.Retour

[ 75] Voir par exemple les préfaces de Henri Philippe Limiers, Histoire du règne de Louis XIV, Amsterdam, 1718, et de Isaac de Larrey, Histoire de France sous le règne de Louis XIV, Rotterdam, 1722.Retour

[ 76] Montesquieu, Réflexions sur la monarchie universelle, introduction et notes Michel Porret, Genève, 2000.Retour

[ 77] Paul Hazard, La crise de la conscience européenne 1680-1715, op. cit., p. 264-266.Retour

[ 78] Le Siècle de Louis XIV, Œuvres historiques, op. cit., p. 949.Retour

[ 79] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 515.Retour

[ 80] Ibid., p. 546.Retour

[ 81] « Les Suédois se consoleront de la perte de ce héros dans l’espérance de voir finir les maux auxquels les a exposés le défaut des qualités politiques parmi le nombre de celles qu’il a possédées », A.A.E., C.P., Pologne, vol. 164, fol. 219, Besenval à Dubois, 13 janvier 1719. « La mort du roi de Suède est regardée ici et dans tout le Nord comme un événement qui allait rétablir la tranquillité, mais il faut savoir que cette opinion est fondée sur celle qu’on a toujours eue que ce prince seul était cause de la continuation de la guerre et que ses ennemis étaient disposés à la paix », A.A.E., C.P., Prusse, vol. 61, fol. 216, Groffey à Dubois, 31 janvier 1719.Retour

[ 82] « Je crois, par exemple, que si Charles XII après avoir détrôné son ennemi Auguste, donné un roi à la Pologne, et vaincu le roi de Danemark, avait accordé la paix au Czar, qui la lui demandait ; s’il était retourné chez lui en vainqueur et pacificateur du nord ; s’il s’était appliqué à faire fleurir les arts et le commerce dans sa partie, il aurait été alors véritablement grand homme : au lieu qu’il n’a été qu’un grand guerrier » Lettre au Maréchal de Schulenbourg, général des Vénitiens, La Haye, 2 août 1740, Œuvres historiques, op. cit., p. 299.Retour

[ 83] Voltaire à Pierre Robert le Cornier de Cideville, 16 février 1731, Correspondance de Voltaire, vol. I, op. cit., p. 264.Retour

[ 84] Notamment dans une lettre de Voltaire à Frédéric de Prusse, 1er juin 1737, et une autre à Marie de Vichy de Chambord marquise du Deffand, 17 sept. 1759, Correspondance de Voltaire, vol. I, op. cit., p. 972, et vol. V, Paris, 1980, p. 606.Retour

[ 85] Discours sur l’histoire de Charles XII, op. cit., p. 153.Retour

[ 86] Voir Michel Mervaud « L’image de Pierre dans l’Histoire de Charles XII » dans Voltaire, Histoire de l’empire de Russie sous Pierre le Grand, op. cit., p. 16-21.Retour

[ 87] René Pomeau « Voltaire et le héros », art. cit., p. 80.Retour

[ 88] Histoire de Charles XII, op. cit., p. 389.Retour

[ 89] Ibid., p. 499.Retour

[ 90] Ibid., p. 406.Retour

[ 91] Albert Lortholary, Le mirage russe en France au XVIIIe siècle, Paris, 1951, p. 25-28.Retour

[ 92] Voltaire, L’homme aux quarante écus, Œuvres complètes de Voltaire, 66, Henri Mason (dir.), Voltaire Foundation, Oxford, 1999, p. 409.Retour

[ 93] John Leigh, Voltaire : À sens of history, Oxford, 2004, p. 35.Retour


POUR CITER CET ARTICLE

Éric Schnakenbourg « Le regard de Clio : l'Histoire de Charles XII de Voltaire dans une perspective historique », Dix-huitième siècle 1/2008 (n° 40), p. 447-468.
URL :
www.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2008-1-page-447.htm.
DOI : 10.3917/dhs.040.0447.