Dix-huitième siècle 2008/1
Dix-huitième siècle
2008/1 (n° 40)
820 pages
Editeur
I.S.B.N. 2707154989
DOI 10.3917/dhs.040.0469
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II. Varia – 1. Histoire

Vous consultezLe sang malade de Marie-Antoinette dans les sources des mémorialistes : comment déconstruire une écriture de la Terreur ?

AuteurCécile Berly du même auteur

Institut d’Histoire de la Révolution française
Paris I (Panthéon-Sorbonne)


L’historien qui essaie de reconstituer la préparation à la mort de Marie-Antoinette puis le déroulement de son exécution, dispose de peu de sources contemporaines qui, de plus, se contredisent toutes. Un fait qui pourrait passer pour détail est simplement signalé ou passé sous silence : la reine aurait souffert d’abondantes hémorragies depuis de longs jours, bien avant que son procès ne commence.

2 Marie-Antoinette est la veuve de Capet depuis le 21 janvier 1793, une mère séparée de son jeune fils — Louis XVII — depuis le 3 juillet, puis privée de la compagnie de sa fille et de sa belle-sœur Madame Élisabeth, transférée dans la nuit du 2 août, de la prison du Temple à celle de la Conciergerie. La reine est également soumise à un certain nombre d’épreuves psychologiques et physiques qui auraient pu, d’après les mémorialistes, se traduire en souffrances physiologiques, par exemple en hémorragies considérées comme une suite assez logique d’une succession de vives émotions entretenues dans un climat révolutionnaire particulièrement hostile à la reine.

3 Formuler une triple problématique — historique, anthropologique, symbolique — à partir de la présence tue, suggérée ou longuement développée du sang hémorragique par la confrontation des écrits de mémorialistes, autorise-t-elle le questionnement historique ? Autrement dit, l’historien peut-il considérer ce sang malade comme un objet historique ? Dans quel champ scientifique cette étude gynécologique doit-elle être classée ?[1] [1] Hector Fleischmann, Anecdotes secrètes de la Terreur, Paris,...
suite

4 Est-il possible pour l’historien de trouver dans les sources la preuve sûre et irréfutable de la perte continuelle de sang impur de la reine ? Doit-on accepter ces hémorragies comme un fait fantasmatique, une sorte de délire de quelques personnages qui ont pu (ou non) approcher Marie-Antoinette dans ses derniers moments ? Ou doit-on, à défaut de pouvoir établir de façon définitive ce fait, les considérer comme plausibles et en analyser les répercussions symboliques et leur utilisation narrative et historiographique dans la construction de la mémoire de la reine et, surtout, dans l’écriture de l’histoire de la Révolution pendant la Terreur ?

5 Actrice à part entière des premières années de la Révolution, la reine Marie-Antoinette est décrite comme une femme vieillie, dont les traits marqués témoignent, avant tout, d’un rejet total du processus révolutionnaire qui modèle une France nouvelle. Marie-Antoinette est le véritable bouc-émissaire d’une politique qui est dans la nécessité de se définir contre tout ce que peut incarner la reine : la France monarchiste, la France femme et efféminée, la France licencieuse et dégénérée. La Révolution n’est pour Marie-Antoinette que tourments et décadence : en écho, son corps renvoie une image tourmentée et décadente, image d’une femme malade et presque mourante. Les mémorialistes en décrivant ce corps usé et souillé par la perte continuelle du sang hémorragique contribuent à une écriture symbolique stigmatisant la Révolution : elle n’est qu’une révolution qui s’accomplit dans le sang, en administrant la mort, ou en tourmentant une veuve, une mère. Le sang hémorragique de la reine, qu’il soit le seul fruit d’une écriture fantasmatique du corps féminin (qui plus est de celui de la reine), est non un détail physiologique mais un élément fantasmatique essentiel dans l’écriture de la mémoire de Marie-Antoinette à l’époque de la Restauration et, surtout, de l’écriture de la décennie révolutionnaire, toujours limitée aux quelques mois de la Terreur. Les mémorialistes comblent leur ignorance médicale par une lecture de la Terreur réduite au sang et, dans le cas de la reine, au sang hémorragique annonçant celui que la lame du couperet fait couler le 16 octobre 1793. En quelque sorte, le sang visible est synonyme de la mort ou, plus exactement, du passage de la vie à la mort. Le sang hémorragique de la reine suggère l’idée d’une mort lente, d’une agonie morbide. L’œuvre de la Révolution française apparaît telle quelle dans les écrits des mémorialistes : c’est ainsi que se fixent les mémoires et les jeux d’écriture d’une Révolution stigmatisée, une Révolution masculine et couleur sang.

6 Il est indispensable d’adopter, dans un premier temps, un point de vue strictement médical. Une femme souffrant d’hémorragie utérine ou de ménorragie, subit une exagération de l’écoulement menstruel auquel on peut apporter deux principales explications : la femme est dans une séquence gynécologique de pré-ménopause, et le sang qui s’écoule ainsi est le signe qu’elle ne sera bientôt plus réglée, donc qu’elle ne pourra plus enfanter. Ou bien l’écoulement de ce sang malade témoigne de la présence d’un fibrome ou d’un mal cancéreux. Mais il faut, également, prendre en considération l’hypothèse des mémorialistes qui établit un état traumatique concrétisé par la perte abondante de sang, prolongeant ainsi une période cyclique toujours redoutée. En somme, le mal être physiologique sous la forme hémorragique répondant au mal être psychologique est une interprétation commode pour ne pas dire pratique des souffrances d’une femme qui fut reine dans une France en révolution. Mais cette interprétation est, d’un point de vue strictement médical, irrecevable.

7 Dans le cas de Marie-Antoinette, guillotinée dans la matinée du 16 octobre 1793, ces hypothèses médicales et interprétatives peuvent être mêlées : rappelons que la reine fut exécutée à quelques jours de son trente-huitième anniversaire (son corps se préparait, très certainement, à un autre temps gynécologique, celui de la ménopause) et que, comme nous l’avons vu, la condamnée a supporté une succession d’épreuves blessantes, certainement traduites en termes physiologiques. Ces hypothèses médicales ne permettent pas, cependant, de pouvoir prendre position : Marie-Antoinette a-t-elle eu, ou non, un écoulement hémorragique ? Fut-il si peu visible qu’il fut occulté dans les sources par ignorance ou, au contraire, particulièrement choquant, au point d’être voilé par la pudeur des témoins ? Dans tous les cas, il est temps d’apporter un second angle d’approche, celui de la dimension symbolique, anthropologique et, aussi, visuelle de cette perte de sang.

8 Établissons la liste des témoins qui ont côtoyé ou assisté la reine au cours des derniers jours de sa vie : d’abord les deux couples de concierges de la prison de la Conciergerie qui se sont succédés. Le couple Richard est chargé de surveiller Marie-Antoinette dès son arrivée dans l’ultime prison, dans la nuit du 1er au 2 août, jusqu’au moment où la conspiration de l’œillet est découverte. Les Richard sont très clairement complices de Rougeville, et sont dénoncés par la dame Harel auprès de Fouquier-Tinville. Ils sont immédiatement destitués de leurs fonctions et incarcérés. Les Richard n’ont pas laissé de témoignage écrit. Un nouveau concierge, qui fut celui de la prison de la Force au temps des massacres de Septembre, est nommé : Lebeau et sa femme, plus connus sous cette orthographe, Bault. Le concierge répond, sur sa tête, de la personne de la reine et, pour cela, il est le seul à être en possession des clefs de son cachot. Il est tentant de prêter une grande attention à ce témoin puisqu’il fut l’un des seuls à être en contact journalier avec Marie-Antoinette et, en particulier, au cours de ses derniers moments, quand elle apprend qu’elle est condamnée à mort et qu’elle doit se préparer à mourir. Cette source a, cependant, une part d’ombre : le témoignage de Bault est rédigé longtemps après sa mort, par sa femme, au moment de la première Restauration, sous le titre de Récit exact de la Dame Bault. L’auteur de ce Récit se veut très précis sur un point : qui a pu, ou non, approcher la reine Marie-Antoinette dans sa geôle ? La veuve Bault révèle qu’elle n’a jamais pénétré dans le cachot de la prisonnière. Seuls son mari et sa fille ont pu le faire. Le premier en effectuant auprès de la détenue les taches ménagères. La seconde était responsable de préparer les repas de la prisonnière, et tenue d’effectuer de menus travaux d’aiguille, dont la reprise des vêtements dégradés rapidement par l’humidité de la prison. Madame Bault souligne, ce qui est peut-être le plus important pour cette étude, que c’est également sa fille qui « au dernier moment […] remplit ce triste office »[2] [2] Victor Pierre, « Marie-Antoinette à la Conciergerie »,...
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. Enfin, si la veuve Bault mentionne que la reine avait grand besoin de linge de corps, elle ne fait jamais mention d’un mal gynécologique souillant des vêtements.

9 Le second témoignage qui est régulièrement cité dans les écrits consacrés à la reine, surtout dans ceux qui ont pour finalité de la réhabiliter, est celui de la servante Rosalie Lamorlière, chargée de seconder les concierges dans leurs fonctions. La jeune Rosalie est le seul personnage qui assista aux derniers jours d’humiliations, de tourments physiques et physiologiques de la veuve Capet. Son récit serait donc à considérer comme précieux. Pourtant, la concierge Bault qui prend ses fonctions à la fin du mois d’août avec son mari et sa fille, ne mentionne pas le nom de Rosalie Lamorlière, ne fait guère allusion à une jeune femme qui remplirait sa fonction : « Dans tous ses détails on n’aperçoit pas Rosalie, on n’aperçoit même pas place pour elle. » (Victor Pierre, art. cité, p. 196). La Relation de Rosalie Lamorlière est publiée en 1824 dans un recueil entièrement rédigé par l’historien Lafont d’Aussonne, Mémoires secrets et universels sur la vie et les malheurs de la reine de France. Le témoignage rédigé par Lafont (rappelons que Rosalie est illettrée) est considéré par les uns comme « absolument conforme à la vérité » et les autres l’attribuent à l’imagination assez extravagante de son auteur (Victor Pierre, art. cité, p. 196). La principale source permettant à l’historien d’établir positivement que la reine a, effectivement, souffert de continuelles pertes de sang, bien avant que son procès ne commence, est donc discréditée par de nombreux auteurs. Le nom et le personnage de Rosalie Lamorlière seraient-ils le fruit de l’imagination de Lafont d’Aussonne ? Il est permis de le supposer à la lecture du Récit exact de la dame Bault (qui fut le premier à paraître) et à celle des « Documents authentiques publiés sur le séjour de la reine à la Conciergerie (interrogatoires divers, pièces administratives) [où] le nom de Rosalie Lamorlière n’apparaît pas davantage. » (Victor Pierre, art. cité, p. 162-163). Si l’on dresse un rapide portrait de Lafont d’Aussonne, il paraît évident que la présence de Rosalie auprès de la reine à la Conciergerie, ainsi que sa connaissance de l’intimité dégradante de Marie-Antoinette, ne sont que des constructions romanesques : à la servante, il distribue le rôle de la jeune fille du peuple prête à tout sacrifier pour celle que la Révolution ne fait que tourmenter. Quant à la reine, elle est l’héroïne, bien malgré elle, du crime révolutionnaire : « L’aventureuse carrière de l’homme qui […] se fit un jour fabricant de documents historiques et plus tard de codicilles. » (Victor Pierre, art. cité, p. 231).

10 Enfin, le quatrième témoignage retenu est celui du gendarme Lèger chargé (avec un autre gendarme dont le nom n’est pas révélé) de surveiller l’ex-reine de France qui vient d’être condamnée, au bout d’une longue nuit de débats et d’attente, à la peine capitale. Lèger contredit et renforce à la fois les récits de la dame Bault et de Rosalie Lamorlière : d’abord, contrairement à ce que l’une et l’autre affirment, la reine revenant du tribunal révolutionnaire, n’a pas rejoint sa cellule mais fut conduite « dans un cabinet pratiqué à l’un des angles de l’avant-greffe, destiné ordinairement à ceux des condamnés qui ne pouvaient être livrés à la mort que le lendemain de leur jugement.[3] [3] G. Lenotre, Captivité et mort de Marie-Antoinette, extrait...
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» La jeune Lamorlière n’assiste ni ne rassure Marie-Antoinette. En revanche, le gendarme fait intervenir directement la dame Bault auprès de la condamnée qui « demanda […] de changer de chemise, parce que la sienne l’incommodait beaucoup, par une perte de sang dont elle était affaiblie depuis plusieurs jours. La femme du concierge lui procura ce soulagement. » (G. Lenotre, ouvr. cité, p. 368-370). Ainsi, Lèger signale, sans détours, que la reine souffrait effectivement d’hémorragies et confirme donc le témoignage de Rosalie sans pour autant confirmer son improbable présence à la Conciergerie. Mais il établit un lien entre Marie-Antoinette et la concierge Bault, ce qui contredit doublement le récit de cette dernière, puisqu’elle affirme qu’elle ne fut jamais en présence de la prisonnière et ne fait mention, en aucune façon, de ce sang que perdrait en abondance la reine.

11 Que faut-il choisir, entre le Récit de la dame Bault et la Relation de Rosalie Lamorlière ? Entre l’une qui met en valeur le dévouement de son mari et de sa fille auprès de la reine mais qui reste silencieuse sur l’écoulement du sang malade et l’autre qui décrit dans les moindres détails l’incommodité menstruelle de la prisonnière qui se transforme en un mal gynécologique douloureux et humiliant parce que probablement visible. Deux des trois principaux témoignages se concentrant sur le sort que les révolutionnaires réservent à la veuve Capet, exposent que la reine finit ses jours dans des conditions physiologiques extrêmes, traduisant un acharnement psychologique dont le degré ultime dans ce processus avilissant est l’accusation d’inceste. Dans ce cas, le silence de la veuve Bault à propos du sang hémorragique est dérangeant : doit-on l’attribuer à la seule pudeur qui pourrait cacher l’impuissance de son mari et de sa fille vis-à-vis de cette douleur dégradante, ou à une certaine accoutumance à la présence, à la vue et à l’odeur du sang ? L’historien Imbert de Saint-Amand décrit les conditions d’incarcération précaires et malsaines qui mettent en péril la santé de la détenue : « À la Conciergerie, tout est malsain, nauséabond, horrible. Le sol est imprégné des sueurs et du sang de l’agonie. »[4] [4] Imbert de Saint-Amand, « La dernière année de Marie-Antoinette...
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12 Si l’historien accepte que Marie-Antoinette ait effectivement dû souffrir de la perte continuelle du sang menstruel, peut-il dater ou du moins lier le début de cette perte hémorragique à une séquence de la vie de la reine, à un épisode suffisamment traumatique pour que le corps l’exprime avec douleur ? Rappelons que le royaume de France et l’empire d’Autriche avaient attendu avec impatience les premières règles de la jeune archiduchesse, pour fixer la date des noces princières. L’Etiquette qui régit ce mariage fastueux contraint cette adolescente de quatorze ans et demi à se dévêtir entièrement lors de la fameuse cérémonie de la remise, devant la suite autrichienne composée d’hommes et de femmes[5] [5] Cécile Berly, « Le corps écrit de Marie-Antoinette :...
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, dans le but de franciser son corps étranger (et qui plus est autrichien)[6] [6] Michael Hochedlinger, « ʿLa cause de tous les maux de...
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. Rappelons ensuite toutes ces années infructueuses où la jeune femme a dû supporter les maladresses de Louis XVI pour être délivrée de son hymen[7] [7] Cécile Berly, Marie-Antoinette et ses biographes. Histoire...
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. Rappelons enfin que son corps, en plus de souffrir de ces maladresses blessant son propre sexe, fut la principale cible des pamphlets et des caricatures[8] [8] Chantal Thomas, La Reine scélérate, Paris, Le Seuil, 1989,...
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qui lui dénia toute légitimité en tant que reine de France[9] [9] Fanny Cosandey, La reine de France, Paris, Gallimard, 2000,...
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. Sexe humilié et frustré par une virginité jugée dégradante par les contemporains, sexe stigmatisé par la littérature ordurière de la cour reprise par l’ « opinion publique », sexe souffrant des accouchements particulièrement éprouvants[10] [10] Madame Campan, Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette,...
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, enfin, sexe lieu de l’écoulement menstruel continu. Organe sexuel, organe maternel, organe traumatique : le sexe de la reine n’est que douleur, et est, de façon inextricable, associé à la couleur rouge sang.

13 Dès les premiers jours de la Révolution, les contemporains insistent sur les transformations physiques de la reine, sur ses cheveux qui deviennent subitement blancs. Les témoignages insistent également sur le fait que sa santé se dégrade au fur et à mesure qu’elle subit des humiliations que l’on peut qualifier de « politiques » (quand la famille royale est conduite sous la surveillance des femmes de Paris et de la garde nationale lors des journées d’octobre 1789) ou quand elle doit faire face à la mort du dauphin (juin 1789), ou au départ pour l’émigration de ses proches (les Polignac, par exemple, dès la mi-juillet 1789). L’inquiétude de la reine se lit sur sa peau : plus blanche qu’au temps de sa splendeur, sa peau n’est que pâleur, celle qui exprime une santé altérée, rongée par les contrariétés et le sentiment de plus en plus tenace que la France balaie un régime pour en mettre un autre à sa place, une République. D’ailleurs il n’est pas surprenant que les descriptions de la veuve Capet, au lendemain de l’exécution de Louis XVI, s’attachent souvent à sa dégradation physique : « Les cheveux sont blanchis, le teint est pâle, les yeux n’ont plus d’éclairs, la bouche n’a plus de sourires. » (Imbert de Saint-Amand, art. cité, p. 460).

14 Marie-Antoinette devenue veuve n’est plus qu’une ombre, privée des expressions humaines qui animent un visage, elle devient une femme sans couleurs, si ce n’est celles du blanc de sa pâleur et du noir vestimentaire symbolisant son veuvage. Mais cette pâleur ainsi décrite ne peut être déjà attribuée à une perte continue de son sang. La Relation de Rosalie Lamorlière peut nous permettre de situer, plus précisément, le début de son dérèglement gynécologique : il serait indissociable du choc traumatique que Marie-Antoinette subit au moment où la Commune de Paris décide de séparer la mère et l’enfant, de confier le jeune Louis XVII au fameux cordonnier Simon. La jeune servante explique que les hémorragies sont la conséquence des traumatismes de la mère, séparée de son fils puis de sa jeune fille Marie-Thérèse : « […] ses larmes coulaient sans cesse à l’idée de l’abandon de ses enfants. Dans les hémorragies qui suivront ses crises nerveuses et qui ne la quittèrent qu’à la mort, elle nous supplia de ne provoquer pour elle aucun secours de la médecine […]. » (cité par G. Lenôtre, ouvr. cité, p. 271). Le sang hémorragique exprimerait donc celui de la mère privée de son propre sang, celui de ses enfants.

15 Cette écriture mémorialiste doit être historicisée : le témoignage de Rosalie Lamorlière, qu’il soit apocryphe ou non, est rédigé à l’époque de la Restauration, où Marie-Antoinette n’est plus une scélérate, mais une reine martyre. Mais ce n’est pas tant la souveraine déchue ou la veuve de Louis XVI qui en porte les stigmates que la mère privée de ses enfants. Dans ce cas, l’historien doit prêter toute son attention à ce sang malade, fictif ou réel : le sort hémorragique de la reine est l’œuvre de la seule Terreur, une Révolution avilissant une mère qui, pour seule réponse, supporte une perte anormale de son sang. Les mémorialistes insistent sur le fait que c’est cette femme là, celle dont la pâleur est accentuée par l’abondance d’un sang circonscrivant son sexe, qui est traduite devant le Tribunal révolutionnaire. Femme maladive et chétive, elle va devoir affronter un tribunal composé exclusivement d’hommes et rendre compte de ses actions en tant qu’ancienne reine de France et, surtout, en tant que femme intruse dans une vie politique révolutionnaire essentiellement masculine. Les témoins puis les littérateurs ne sont pas avares de mots pour décrire le rapport de force entre Marie-Antoinette et ses juges qui, au bout du compte, servent à grandir l’auguste condamnée : « Malade, affaiblie par une perte continuelle, sans nourriture, […] la reine doit se vaincre […] contraindre jusqu’à son courage et surmonter la nature ! »[11] [11] Frantz Funck-Brentano, La Mort de la Reine (les suites de...
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16 L’extrême faiblesse du corps de la reine permet une écriture de l’histoire condamnant les hommes du tribunal révolutionnaire qui n’hésitent pas à avilir, à tourmenter pendant de longues heures, une femme qui, malgré la majesté de son port, n’est que l’ombre d’elle-même, ce dont témoigne l’écoulement du sang hémorragique. Le sang témoigne de sa faiblesse et de leur barbarie ; le sang est associé, mais sous une autre forme, à la « scélératesse » de ces monstres de révolutionnaires : « Cette cruauté […] fut poussée jusqu’à proposer d’exténuer Marie-Antoinette par des saignées. […] On voulait réduire la Reine à un tel état de faiblesse et de désorganisation physique, que l’anéantissement de la nature fût regardé comme une preuve de découragement et de lâcheté. »[12] [12] Martyre de la Reine de France, ou le 16 octobre 1793, M. DCCC. XXII,...
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17 L’association de la veuve Capet au sang versé des patriotes la condamne mais le sang hémorragique réhabilite la reine. En somme, la confrontation engagée entre Marie-Antoinette et la Révolution se traduit par le sang, sous différents états, sang contre sang. Citons Le Père Duchesne, pour qui la République a vaincu ce monstre : « Je [Marie-Antoinette] ne verrai donc pas la ruine de Paris que j’avais préparée depuis si longtemps, je ne nagerai pas dans votre sang. » (Frantz Funck-Brentano, ouvr. cité, p. 195). La pâleur de la reine, si souvent rapportée et commentée, serait la conséquence de la perte continuelle du sang menstruel de la femme. Une Marie-Antoinette sans couleurs ou décolorée, condamnée à la peine de mort, une femme malade qui doit réunir ses dernières forces pour affronter le peuple de Paris qui l’a tant haïe et, enfin, l’échafaud. Elle va mourir presque mourante. Un portrait de la reine qui est, en fait, une sorte de bilan clinique, décrit avec plus de détails les différentes parties de son corps soumis à des maux violents. Dans ce cas, les seules hémorragies ne sont pas les causes physiologiques uniques qui expliquent l’aspect maladif, voire cadavérique de la condamnée : « Elle est très maigre, et pouvait à peine se tenir sur ses jambes. […] Le chagrin, le mauvais air, le défaut d’exercice avaient profondément altéré sa santé. Elle eut de grandes hémorragies. » (Imbert de Saint-Amand, art. cité, p. 833-834).

18 Pourtant, elle fait preuve d’un courage, d’une résignation qui ne laissent transparaître aucune défaillance de son corps et en impose même à ses ennemis (Hébert, Prudhomme, pour ne citer qu’eux, soulignent avec une ironie mordante sa dignité). Mais pour que le corps ne trahisse pas Marie-Antoinette, il a fallu que celle-ci le prépare. La condamnée souhaite changer de linge[13] [13] Georges Vigarello, Le propre et le sale. L’hygiène du...
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, celui maculé de son sang et, d’après la Relation de Rosalie Lamorlière, un épisode met en scène une confrontation entre la reine et un gendarme de garde présent dans sa cellule, chargé de surveiller le moindre fait et geste de la future guillotinée.

19 Marie-Antoinette déplie elle-même une chemise propre afin de la substituer à celle qui est ensanglantée. Pour cela, elle se glisse entre son lit de sangle et le mur, et fait signe à Rosalie de se placer devant elle afin que son corps nu et souillé ne soit pas visible par ce gendarme. Celui-ci s’approche de la reine et se tient « auprès du traversin »[14] [14] G. Lenotre, ouvr. cité, « Enquête de Madame Simon-Vouet...
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ou « en appuyant ses coudes sur l’oreiller pour la regarder » (Relation de Rosalie Lamorlière, p. 253). Marie-Antoinette recouvre ses épaules, un discours s’engage alors entre la condamnée et ce gendarme : « Au nom de l’honnêteté, Monsieur, permettez que je change de linge sans témoin.-Je ne saurais y consentir, répondit brusquement le gendarme ; mes ordres portent que je dois avoir l’œil sur tous vos mouvements. » (Relation de Rosalie Lamorlière, p. 253). La condamnée se change donc devant le regard inquisiteur de ce gendarme de la République, ce qui n’est pas sans rappeler celui de l’Étiquette et de ses épisodes où le corps de la reine doit se dévêtir devant ses dames de compagnie, selon un ordre rigoureusement orchestré, quitte à ce que la femme reste nue et humiliée de longues minutes par souci de respecter la préséance (Madame Campan, ouvr. cité, p. 72-73). Son corps ne porte plus, désormais, ce linge mais elle doit s’en débarrasser de façon à ce qu’il ne soit pas immédiatement visible par ceux qui pénètreront dans son cachot au moment de l’emmener à l’échafaud et par ceux qui ramasseront ses hardes, une fois exécutée. Rosalie Lamorlière décrit avec émotion ce que la reine fit de ce linge : « il me fut aisé de voir qu’elle roulait soigneusement sa pauvre chemise ensanglantée ; elle la renferma dans une de ses manches comme dans un fourreau, et puis serra ce linge dans un espace qu’elle aperçut entre l’ancienne toile à papier et la muraille. » (Relation de Rosalie Lamorlière, p. 254). Maintenant qu’elle a revêtu une chemise propre, elle doit s’habiller selon les recommandations précises des organisateurs de sa mise à mort et ne pas porter les vêtements du deuil de Louis XVI. Les sources sont nombreuses et proposent toutes une description identique de la tenue de la condamnée : « Elle avait un jupon blanc dessus, un noir dessous, une espèce de camisole de nuit blanche, un ruban de faveur noir aux poignets, un fichu de mousseline unie blanc ; un bonnet avec un bout de ruban noir […] ». (G. Lenotre, ouvr. cité).

20 Marie-Antoinette sera donc exécutée en blanc et non en noir : la couleur du deuil lui est refusée. Doit-on considérer que les révolutionnaires ne font pas guillotiner la femme de Louis Capet, donc l’ex-reine de France, mais une femme, une mère, qui a outrepassé les droits réservés aux femmes par la Révolution ?[15] [15] Jacques Guilhaumou et Martine Lapied, « Genre et Révolution. ...
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Celle qui doit veiller au bon ordre républicain du foyer, qui doit assister son mari, acteur de l’ordre nouveau, et éduquer ses enfants dans le même sens. Le blanc que porte la reine serait, selon les mémorialistes, celui du deuil de ses enfants, de cette douleur d’en être séparée, surtout dans ce contexte précis, où la mère fut accusée de crimes incestueux sur le corps de son fils. Mais le blanc est, indissociablement, lié au noir : en effet, sous le jupon blanc, la reine porterait un jupon noir, que l’on ne peut réduire à la seule fonction symbolique du deuil marital. Ce linge noir permettrait que le sang hémorragique ne soit pas visible aux yeux de tous, alors que celui-ci se répandant sur le jupon blanc pourrait révéler la défaillance gynécologique de la reine. Ce jupon noir permet, dans une certaine mesure, de conduire à la mort une femme maladive et chétive sans que cela puisse être attribuer à une faiblesse due à son sexe. Le sang hémorragique ne pourrait, ainsi, trahir les émotions de la future guillotinée : faillir, alors, serait avouer les crimes pour lesquels on l’a condamnée.

21 Marie-Antoinette s’est un peu restaurée, puis a refusé l’assistance d’un prêtre constitutionnel, l’abbé Girard. À dix heures, le bourreau, le fils de Sanson, pénètre dans sa cellule, lui coupe les cheveux et lui ordonne de présenter ses mains afin qu’il lui lie dans le dos. La reine est donc prête. Escortée par une double haie de gendarmes armés, elle sort de sa cellule pour se rendre dans la cour de la Conciergerie où l’attend la simple charrette à ridelles. Selon le témoignage du gendarme Lèger, à la vue de cette charrette, celle infâme des condamnés (rappelons que Louis XVI fut conduit à l’échafaud dans un carrosse noir), Marie-Antoinette aurait été prise d’une violente colique, demandant alors qu’on lui délie les mains afin qu’elle puisse se vider : « Ses mains augustes lui avaient été déjà attachées derrière le dos, lorsqu’elle se plaignit d’un besoin pressant qui obligea de les lui délier, et qu’elle satisfit dans un réduit obscur nommé la ’Souricière’ […] ». (Relation du gendarme Lèger, ouvr. cité, p. 368-370). À ce témoignage, l’historien Frantz Funck-Brentano propose une toute autre version de cette réaction excrémentielle : « […] elle dut aller dans le coin de la chambre, devant tout le monde. » (Frantz Funck-Brentano, ouvr. cité, p. 210-212). Dans ce cas, la reine se soulageant étant encore présente dans sa chambre, ce n’est pas la vue de la charrette qui la contraint de se vider une fois pour toutes, mais ce moment crucial au cours duquel la condamnée doit rassembler ses dernières forces et son courage pour affronter le peuple parisien et la mort. Sous les linges blancs et noirs de ses jupes, le sang hémorragique se mêle à la matière fécale, expression organique de son effroi.

22 La reine monte dans la charrette, sur une simple planche de bois, tournant le dos au cheval blanc. Les portes de la Conciergerie s’ouvrent et commence, alors, un long périple dans les rues parisiennes qui va durer près de deux heures. Ceux qui observent la reine ignorent son sang malade mais soulignent toujours, d’une part, sa grande pâleur (une des conséquences directes de ces hémorragies) et, d’autre part, les quelques couleurs qui renforcent sa blancheur : « les cheveux tout blancs (…) le teint pâle, un peu rouge aux pommettes, les yeux injectés de sang. » (Récit du vicomte Charles Desfossés) L’historien Imbert de Saint-Amand apporte ce détail, d’une autre couleur : « [les] liens qui meurtrissent, rendent bleuâtres les mains de la victime » (Imbert de Saint-Amand, art. cité, p. 1044-1045). Le rythme saccadé de la voiture à ridelles balance ce corps malade et très pâle, contrastant avec les couleurs ornant la capitale. La Révolution conduit à la mort un corps déjà mourant et refaisant, en quelque sorte, le chemin de croix : le corps de la condamnée est souvent associé au thème de la passion christique. Le très célèbre dessin de David, paraît-il pris sur le vif depuis la fenêtre de Tallien rue Saint-Honoré, donne la mesure du dénuement physiologique extrême de Marie-Antoinette. Le corps est frêle et fragile mais droit, voire fier : il s’agit de montrer à la foule parisienne, qui s’est pressée en grand nombre, comment l’Autrichienne va mourir et comment la reine souhaite faire face à sa mise à mort.

23 La condamnée arrive place de la Révolution où, sur un piédestal, figure désormais l’allégorie de la liberté dont le pendant, à l’allure géométrique, attend Marie-Antoinette. La guillotine fait face au jardin des Tuileries, témoin des journées révolutionnaires tragiques des 20 juin et 10 août 1792 mais, également, des véritables triomphes populaires de la jeune Marie-Antoinette lorsqu’elle n’était que dauphine, durant le printemps de 1773 : « […] elle tourna les yeux du côté du jardin des Tuileries ; ce fut alors qu’elle changea de couleurs et devint beaucoup plus pâle qu’elle ne l’avait été jusqu’à ce moment. » (Récit de Deressarts, voir G. Lenotre, ouvr. cité, p. 371-372).

24 La veuve Capet monte sans aide les quelques marches de l’échafaud : le bourreau et ses aides s’emparent de ce corps spectral. La planche de la guillotine bascule, le couperet tombe : les cris de la foule saluent la tête ensanglantée, qui est « monstrée » pour la dernière fois aux quatre coins de l’échafaud.

25 Lafont d’Aussonne fait preuve, à nouveau, d’un goût certain pour une théâtralisation narrative de Marie-Antoinette, pour mieux développer la thèse de la reine-martyre. Il réécrit le déroulement de son exécution, le moment précis où la condamnée découvre la guillotine : « ses yeux se fermèrent, la pâleur de la mort couvrit son visage, sa tête tomba sur sa poitrine… Elle avait cessé d’exister… Une apoplexie foudroyante termina les jours de la reine et ce fut son cadavre et non pas elle-même que les républicains portèrent à l’échafaud. » (Victor Pierre, art. cité, p. 203-204). Au risque de faire une paraphrase, le bourreau ne guillotine pas un corps malade, perdant déjà son sang, mais un cadavre, un corps mort qui n’est plus marqué par une pâleur liée à un dérèglement gynécologique mais à celle du trépassement.

26 Le corps et la tête sont conduits dans le cimetière de la Madeleine, situé à deux pas de la place de l’échafaud : à l’instar du roi, la tête de la reine repose entre ses jambes (la tête ensanglantée rejoint le sexe ensanglanté), que l’on peut interpréter comme l’ultime humiliation portée, mais aussi comme une contradiction de la logique révolutionnaire qui accorde beaucoup d’attention aux cadavres royaux. Signalons que, selon les témoignages de ceux qui assistent à l’exhumation des ossements en janvier 1815, les restes de Marie-Antoinette la renvoient au registre de la féminité et du corps fantasmatique, reconnus grâce à « […] deux jarretières élastiques assez bien conservées »[16] [16] Louis Hasier, « La sépulture de Louis XVI et de Marie-Antoinette...
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27 Les témoins qui ont pu approcher Marie-Antoinette dans les derniers jours de sa vie se réfutent les uns les autres, au point qu’il paraît bien légitime que l’historien ignore ce sang hémorragique, un hypothétique mal médical auquel seule une lecture malsaine de la Révolution prêterait son attention. La confrontation de ces sources ne permet donc pas de répondre à cette question : le sang hémorragique a-t-il une réalité historique ? Si la multiplication des angles d’approche (historique, anthropologique, symbolique) ne permet pas de prendre position, la présence ou l’absence de ce sang hémorragique permet de mesurer à quel point le corps de la reine doit être considéré comme un prétexte à une écriture fantasmatique de l’histoire de la Révolution française et, surtout, de l’épisode de la Terreur. À l’historien incombe de proposer des conclusions sur ce mode d’écriture de la Révolution, toutes les lectures de la décennie révolutionnaire (et de son héritage) sont possibles, y compris (surtout) celles qui autorisent l’expression des fantasmes de leurs auteurs.

28 En effet, il est plausible que la reine ait dû supporter la perte continue d’un sang malade. Il est concevable qu’une future guillotinée concrétise sa peur de la mort par une violente colique. Il est facile d’imaginer que Marie-Antoinette aurait pu manifester physiquement les tourments d’une époque qui lui voue une haine incroyablement farouche. Mais, de façon plus concrète, qu’apportent ces détails physiologiques à la compréhension de la Révolution ? En premier lieu, que la reine catalyse les sentiments les plus violents, les plus avilissants, d’une part parce qu’elle est reine et, d’autre part, parce qu’elle est femme, voire la femme, celle qui suscite affects et désirs sexuels inaccessibles ; en second lieu, parce que les différents épisodes de ses vies publique et privée (ou sexuelle) sont connus de tous, il n’est donc guère surprenant qu’une célèbre caricature illustre Marie-Antoinette montrant à La Fayette son sexe nu, auprès duquel est précisé « Res Publica ».

29 Enfin, le sang répondrait à cette écriture impérative de la Restauration : considérer la reine Marie-Antoinette comme martyre. Chaque étape de la vie de la reine est marquée par la présence du sang : celui des premières règles, celui de l’hymen, celui des couches, celui de la maladie. Pourtant, seul ce sang malade permet une écriture qui réhabilite Marie-Antoinette. Ce n’est donc peut-être pas tant le sang de Marie-Antoinette que le couperet a déversé dans le panier de la guillotine, que ce sang, imaginaire ou réel, qui permet aux mémorialistes de décrire le supplice carcéral que les révolutionnaires ont fait subir à cette illustre condamnée. Ce sang malade doit être considéré comme un outil narratif dans la construction de la légende rose de Marie-Antoinette et dans celle de la Révolution qui est, nécessairement, de couleur noire.

 

Notes

[ 1] Hector Fleischmann, Anecdotes secrètes de la Terreur, Paris, Les Publications modernes ; Docteur Cabanès (docteur), Indiscrétions de l’Histoire, Paris, Albin Michel, 1903, en trois volumes.Retour

[ 2] Victor Pierre, « Marie-Antoinette à la Conciergerie », Revue des questions historiques, tome 47, Paris, 1890, p. 196.Retour

[ 3] G. Lenotre, Captivité et mort de Marie-Antoinette, extrait de la Relation du gendarme Lèger, Paris, Perrin, 1897, 430 pages, p. 368-370.Retour

[ 4] Imbert de Saint-Amand, « La dernière année de Marie-Antoinette », Le Correspondant tome CXIII, Paris, 1879, p. 634.Retour

[ 5] Cécile Berly, « Le corps écrit de Marie-Antoinette : entre jeux biographiques et enjeux historiographiques », Cahiers Edmond et Jules de Goncourt, n°12, Paris, 2005, p. 61-76.Retour

[ 6] Michael Hochedlinger, « ʿLa cause de tous les maux de la Franceʾ. Die ʿAustrophobieʾ im revolutionären Frankreich und der Sturz des Königtums, 1789-1792 », Francia, Frühe Neuzeit Revolution-Empire, 1550-1815, Stuttgart, 1998, p. 73-120 ; Thomas Kaiser, « Who’s Afraid of Marie-Antoinette ? Diplomacy, Austrophobia and the Queen », in French History, n°3, 2000, p. 241-271.Retour

[ 7] Cécile Berly, Marie-Antoinette et ses biographes. Histoire d’une écriture de la Révolution française, Paris, L’Harmattan, 2006, 174 pages.Retour

[ 8] Chantal Thomas, La Reine scélérate, Paris, Le Seuil, 1989, 241 pages ; Annie Duprat, Marie-Antoinette, La reine brisée, Paris, Perrin, 2006, 286 pages ; Lynn Hunt, Le roman familial de la Révolution française, Paris, Albin Michel, 1995, 414 pages.Retour

[ 9] Fanny Cosandey, La reine de France, Paris, Gallimard, 2000, 241 pages.Retour

[ 10] Madame Campan, Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, Paris, À la cité des Livres, 1928, en deux volumes (240 et 256 pages), volume I, p. 148.Retour

[ 11] Frantz Funck-Brentano, La Mort de la Reine (les suites de l’affaire du Collier), Paris, Hachette, 4e édition, 1904, p. 205.Retour

[ 12] Martyre de la Reine de France, ou le 16 octobre 1793, M.DCCC.XXII, p. 56.Retour

[ 13] Georges Vigarello, Le propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Age, Paris, Le Seuil, 1985, 282 pages.Retour

[ 14] G. Lenotre, ouvr. cité, « Enquête de Madame Simon-Vouet auprès de Rosalie Lamorlière », p. 274-275.Retour

[ 15] Jacques Guilhaumou et Martine Lapied, « Genre et Révolution. Un mode de subversion du récit historique », colloque Mnemosyne, Lyon, 8 mars 2005 : www.mnemosyne.asso.fr/uploods/Colloques/Lyon-Iufm-8-mars-2005/femmesGuilhaumouLapied—site.pdfRetour

[ 16] Louis Hasier, « La sépulture de Louis XVI et de Marie-Antoinette », dans Revue des deux mondes, Paris, 1955, p. 93-111.Retour


POUR CITER CET ARTICLE

Cécile Berly « Le sang malade de Marie-Antoinette dans les sources des mémorialistes : comment déconstruire une écriture de la Terreur ? », Dix-huitième siècle 1/2008 (n° 40), p. 469-483.
URL :
www.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2008-1-page-469.htm.
DOI : 10.3917/dhs.040.0469.