Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130518822
192 pages

p. 3 à 18
doi: 10.3917/dss.011.0003

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n° 210 2001/1

2001 XVIIe siècle

Psychodoxie du personnage dans L’Astrée

Pierre Berthiaume Université d’Ottawa.
« L’Astrée est une date importante, la plus importante peut-être de toute la littérature sentimentale en France ».
Émile Faguet [1].
Les personnages de L’Astrée ont souvent fait l’objet d’analyses « psycholo-giques » [2]. Pourtant, leur comportement n’est pas fondé sur une quelconque science de l’âme, dont un Marsile Ficin jetait déjà les fondements en analysant, par exemple, le phénomène d’idéalisation de l’être aimé en des termes qui annoncent la thèse de la « première cristallisation » de Stendhal [3].
C’est ailleurs qu’il faut chercher les fondements du statut des personnages, sans doute dans leur statut qui se problématise. En effet, L’Astrée marque le moment où le personnage se constitue en espace dans lequel conventions littéraires et conceptions ontologiques d’horizons différents convergent avant de se résorber en psychodoxie, en prescriptions éthiques.
Que les personnages de L’Astrée obéissent à des conventions littéraires qui les transforment presque en personae, en masques d’acteur, cela n’a rien d’étonnant chez un romancier qui se prévaut des règles théâtrales pour leur prêter langage et habits de convention [4] et qui invite parfois le lecteur à imaginer une scène à partir du code culturel auquel renvoie le texte [5].
Non seulement la scène exerce une influence sur le langage des personnages et sur leur façon de se vêtir, mais aussi sur l’ensemble de leur activité. Souvent, Honoré d’Urfé plante un décor en indiquant quelques détails scéniques, installe les personnages dans celui-ci, puis produit les répliques qu’ils échangent devant le parterre que constituent les autres personnages [6].
Autre convention, elle aussi sans doute empruntée au théâtre : les discours dans lesquels les personnages rapportent leurs aventures ou celles d’autrui en n’omettant aucun détail et en pouvant même citer exactement les propos des uns et des autres [7]. Sur ce plan, toutes les histoires secondaires, et elles sont nombreuses, posent un problème de vraisemblance.
En outre, les personnages de L’Astrée sont de singuliers bergers. Non seulement les habitants du Forez appartiennent à de « bonnes et anciennes familles » qui ont décidé de se retirer du monde pour prendre la houlette de berger [8], mais en plus ils sacrifient à des canons esthétiques hérités du Moyen Âge. À la beauté, à la force et au courage de Céladon [9] répond la perfection sculpturale d’Astrée dont
la blancheur et la délicatesse du pied, la juste proportion de la jambe, la rondeur et l’embonpoint de la cuisse, et la beauté de la gorge ne se pouvoient comparer qu’à eux-mesmes (III, 11, p. 598).
Figé dans sa perfection plastique, ce « petit peuple de statues antiques » [10] se dérobe aux règles de la description [11], voire de la nature : jeunes et parfaitement beaux, les personnages du roman échappent au temps, à ses effets, et Céladon peut vivre en forêt sans devenir « affreux » (I, 12, p. 487) ou se déguiser en fille sans jamais être reconnu [12].
Au total, les personnages du roman « n’ont qu’une très pauvre individualité morphologique ; ce sont des silhouettes assez floues, interchangeables » qui ne possèdent que « peu ou pas de traits individuels » [13] et qui demeurent des entités abstraites, des masques.
Sur le plan moral, ils ne sont guère mieux choyés, confinés qu’ils sont à deux ou trois caractéristiques qu’ils conservent tout au long du roman [14]. Alcippe, le père de Céladon, même s’il a
esté nourry [éduqué] par son père avec la simplicité de berger, eut tousjours un esprit si esloigné de sa nourriture, que toute autre chose luy plaisoit plus que ce qui sentoit le village (I, 2, p. 49).
Silvie n’est qu’une « orgueilleuse beauté qui ne juge rien digne de soy » (I, 3, p. 78). Quant à Astrée et Céladon, ils sont définis dès le début du roman par leur amour [15]. Les aventures qu’ils vivent ne modifient jamais le théorème de départ et si Astrée, lorsqu’elle raconte dans quelles circonstances Céladon, déguisé en bergère sous le nom d’Orithie, lui a accordé la victoire au concours de beauté, soulève un problème moral [16], c’est pour ajouter immédiatement : « Enfin apres une confuse dispute, il me fut impossible de consentir à moy-mesme de le faire mourir, puisque l’offense qu’il m’avoit faite n’estoit procedée que de m’aimer trop » (I, 4, p. 116). Les discours et les attitudes des personnages, s’ils provoquent des péripéties romanesques, ne marquent aucun changement chez eux : l’amour des deux bergers constitue une donnée que rien ne modifie au cours des quelque trois mille pages du roman.
Les traits qui caractérisent les personnages sont si limités et si généraux qu’ils posent parfois des problèmes d’identité. Un matin, Silvandre trouve sur lui une lettre dont la signature est : « le plus infortuné comme le plus fidelle de vos serviteurs. O ! s’escria-t’il, il n’en faut plus douter, c’est moy sans doute qui ay fait ceste lettre » [17]. L’épître est de Céladon, mais la fidélité et l’infortune sont aussi le lot de Silvandre, si bien qu’il se reconnaît dans le discours.
En plus, les personnages paraissent dépourvus d’autonomie. Lorsque Céladon se dit désespéré parce qu’Astrée est irritée contre lui, c’est Léonide qui le rassure en lui expliquant que le tombeau qu’Astrée a voulu dresser à sa mémoire est une « declaration d’amitié » (II, 10, p. 396). Lorsqu’il ne sait comment se rapprocher d’Astrée, c’est Adamas qui trouve la solution en lui proposant de se déguiser en fille [18]. Dans L’Astrée, les personnages se réduisent au rôle qui leur est échu et exécutent un ballet dont ils sont rarement les chorégraphes.
La critique a reconnu dans les figures de ce ballet nombre de « traits traditionnels » inspirés du code de la « fin’amor » [19]. La « loi supérieure du donnoi » [20] qui repose sur une relation de vasselage de l’amant à sa maîtresse, l’amour qui s’exprime, sinon se réalise en dehors du mariage, la nécessité de la séparation des amants qui permet d’exalter l’amour et de le transfigurer à travers une ascèse, voire la fatalité qui soumet les amants à leur passion sont autant de caractéristiques de l’amour courtois qui se retrouvent dans L’Astrée [21]. Mais chez Honoré d’Urfé, le code amoureux participe d’une métaphysique néoplatonicienne qui en modifie le sens et qui problématise le personnage [22].
La dette d’Honoré d’Urfé à l’endroit du néoplatonisme florentin est connue [23] : par exemple, la thèse sur la beauté qui est signe de la bonté est empruntée à Marsile Ficin [24] ; l’idée que l’amour se réalise dans l’aliénation de l’amant, non pas tant à cause des exigences excessives du « service d’amour » [25] qu’à cause de son principe même, qui consiste à « mourir en soy, pour revivre en autruy » [26], se trouve chez Ficin [27] et chez Pico Della Mirandola [28].
Toutefois, le néoplatonisme prêté à Honoré d’Urfé doit être nuancé. Chez Marsile Ficin, l’amour fonde l’équilibre, l’harmonie et la permanence de l’univers [29] ; chez d’Urfé, au contraire, l’accent est mis sur le « changement » [30] : si les bergers du Lignon semblent atteindre « par la transcendance amoureuse, à l’immobilité de la permanence » [31], le propre de l’amour est de produire du mouvement : « cest inconstant amour, ou plustost ceste inconstante fortune, qui se plaist au changement, voire qui s’en nourrit » (I, 9, p. 324), anime d’autant plus le monde que la Fortune, qui « ne laisse jamais [les hommes] asseurez en leur contentement » (I, 1, p. 11), « se plaist de tourner le plus souvent sa roue du costé où l’on attend moins son tour » (I, 2, p. 61).
En outre, si chez les néoplatoniciens, l’amour est transmué par son appétence divine [32], voire exclut le corps [33], tel n’est pas le cas chez d’Urfé. Dans L’Astrée, la sublimation de l’amour n’a pas lieu et d’Urfé invente des situations qui témoignent de l’importance du désir et du corps [34].
C’est que d’Urfé, au contraire des philosophes qui pensent l’amour en termes abstraits, l’incarne dans des personnages, ce qui modifie le rapport des êtres à l’amour. Pour preuve, l’aporie soulevée par Adamas : « Si la beauté estoit la source de l’amour, il s’ensuivroit que toutes les belles personnes seroient aimées de tous » et que les autres ne le seraient de personne, observe-t-il. C’est pourquoi
nous voyons que non point les plus beaux et les plus dignes, mais ceux là seulement qui reviennent le plus à nostre humeur, et avec lesquels nous avons le plus de conformité, sont ceux que nous aimons le plus (III, 5, p. 264).
Cette « sympathie » élective, qui repose sur des principes d’ordre astrologique [35], déjà exposés par Pico Della Mirandola [36], fonde l’amour sur l’ « humeur » de chacun et sur « une certaine naturelle disposition d’estimer bon et beau » ce qui ressemble au « caractere de la beauté » dont s’est éprise l’âme au ciel (III, 5, p. 264). Honoré d’Urfé inscrit la singularité du désir au cœur du roman. Dans L’Astrée, la métaphysique néoplatonicienne se mâtine d’anthropocentrisme.
De là une autre difficulté. L’assertion de Silvandre sur la mort nécessaire de l’amant pour qu’il revive en la femme aimée [37] pose un épineux problème que relève Léonide lorsqu’elle trouve Céladon caché dans une caverne pour obéir à l’ordre d’Astrée de ne plus paraître devant ses yeux. Léonide s’étonne « que l’amour d’autruy [l’]ayt fait mespriser de ceste sorte [sa] propre conservation ». Céladon lui réplique :
je ne sçaurois desirer plus de bien que le mal que je souffre ; car en pourrois-je souhaitter un plus grand que de luy plaire ? Et si mon mal luy plaist, me pourrois-je douloir ? (II, 7, p. 282).
Léonide relève alors l’inconséquence de ce raisonnement :
si vous l’aymez, continua la nymphe, vous devez doncques aymer ce qui est à elle ; et si cela est, pourquoy ne vous aymez-vous, puis que vous estes tellement sien, que vous cessez d’estre vous-mesme ? [38]
Le problème soulevé par Léonide est ontologique. Au vrai, une partie du drame de Céladon consiste à reprendre corps, son corps, aux yeux d’Astrée et le déguisement qu’il revêt si longtemps dans le roman, s’il permet presque, quand Astrée et lui échangent leurs vêtements, de réaliser métonymiquement l’union platonicienne, ne fait que signifier une absence d’existence [39].
Le même problème apparaît aussi sous une autre forme dans le roman. Dans L’Astrée, l’amour rend aveugle. Au cours du récit de ses aventures avec Arimant, Cryséide explique qu’en Italie il faut l’aide d’un tiers pour vivre ses amours car « les difficultez sont si grandes, que l’on ne s’en sçauroit demesler tout seul » et parce « que la passion qui clost les yeux empesche chacun de voir bien clair en ce qui le touche » (III, 7, p. 376). La seconde raison, qui dépasse le cadre géographique de l’aventure rapportée et qui s’applique à l’ensemble des personnages de L’Astrée, repose sur une théorie des passions perçues comme exogènes.
Chez Honoré d’Urfé, émotions et sentiments ressemblent à des corps étrangers qui envahissent l’être comme les soldats s’emparent d’un territoire pour y exercer leurs déprédations [40]. Alors qu’Astrée salue froidement Céladon, celui-ci est d’abord « fort estonné », puis le « doute d’avoir offensé ce qu’il aimoit, le remplit de si grands ennuis, que le moindre estoit capable de luy oster la vie » (I, 1, p. 11). Il s’assied alors sur le bord du Lignon et frappe « dans la riviere du bout de sa houlette », mais il ne
touchoit point tant de gouttes d’eau, que de divers pensers le venoient assaillir, qui flottants comme l’onde, n’estoient point si tost arrivez, qu’ils en estoient chassez par d’autres plus violents (I, 1, p. 12).
Plus loin, Astrée, assise elle aussi sur le bord du Lignon, est « autant pleine d’ennuy et d’estonnement, qu’elle l’avoit peu auparavant esté d’inconsideration et de jalousie » (I, 1, p. 17). Les personnages sont « remplis », « pleins » d’émotion, « assaillis » par des sentiments, et ils assistent, impuissants, à l’invasion de leur être [41].
Mais parce qu’ils sont des corps étrangers, les émotions et les sentiments ne sauraient demeurer dans l’être et les personnages ne cessent de les exprimer, aux deux sens du verbe, par le biais de stances, de madrigaux ou de chansons. Le procédé est si fréquent qu’il frise la « manie » [42]. Taillis, massifs d’arbustes, pièces séparées par de minces cloisons créent un espace ouvert dans lequel tout un chacun vit sous le regard et à portée d’oreille d’autrui.
Aussi chacun devient-il intelligible à autrui. En effet, à la cécité de celui qui ne peut qu’exhaler ses émotions et ses sentiments, répond la lucidité des proches. Ainsi Léonide, qui observe Astrée lorsqu’on évoque la mort de Céladon et qui constate qu’elle « change [...] de visage » et essaie de cacher sa « rougeur », « cogneut bien qu’elle l’aimoit à bon escient » (I, 7, p. 238-239). Pour sa part, Adamas confesse Céladon (I, 10, p. 380) et devine le « dessein » de Galathée [43].
À plus forte raison, le narrateur peut-il rendre compte de la conduite des personnages. Son commentaire accompagne leurs activités, ne laissant rien, ou presque, dans l’ombre : ainsi Astrée, « esveillée d’un soupçon trop cuisant », ne peut-elle « clorre l’œil de toute la nuict » après « la trahison de Semyre » (I, 1, p. 10). Sans son aveuglement, Céladon eût bien vu que la « tristesse » d’Astrée
ne luy pouvoit proceder que de l’opinion du changement de son amitié, tout autre desplaisir n’ayant assez de pouvoir pour luy causer de si tristes et profonds pensers (I, 1, p. 11).
Lorsque Diane, qui croit Silvandre épris de Madonte, consent, contre son propre intérêt, à ce que Paris demande sa main à sa mère, le narrateur explique : « Or voyez à quoy le despit peut porter le cœur d’une fille, pour sage qu’elle soit ! » Puis, pour être encore plus clair, il ajoute que Diane agit « comme si elle eust voulu se venger de Silvandre par son propre dommage » (III, 11, p. 623-624), avant de terminer par une analyse de son attitude [44]. Dans L’Astrée, les personnages ne cèlent aucun secret. Ils sont lisses, transparents sous le regard d’autrui.
On peut penser ici aux « devisants » de l’Heptaméron qui, après chaque histoire, commentent les gestes des protagonistes et les jugent. Mais dans les nouvelles de Marguerite de Navarre, ces interventions donnent lieu à des interprétations et à des jugements différents, liés à la personnalité que prête l’auteur à chacun des acteurs et aux valeurs auxquelles ils souscrivent. Tel n’est pas le cas chez Honoré d’Urfé, qui jette les bases d’une psychodoxie.
Si dans les traités de morale qui paraissent dans la première moitié du XVIIe siècle les passions et les affections sont étudiées dans une perspective finaliste qui n’exclut pas toujours une approche mécaniste [45], dans L’Astrée, l’activité de chacun est balisée par des maximes qui formulent une grammaire du comportement amoureux, en même temps qu’elles constituent l’armature sur laquelle s’élève l’édifice romanesque [46].
Ces maximes ne font pas qu’éclairer la conduite des personnages [47] ; elles se transforment en axiomes qui encadrent leur activité. C’est « suivant la curiosité ordinaire de ceux qui aiment » que Galathée s’empare des lettres de Céladon (I, 3, p. 66). Si Lycidas doit demeurer seul lorsqu’il est malheureux, c’est que
l’extreme ennuy a cela, que la solitude doit estre son premier appareil, parce qu’en compagnie l’ame n’ose librement pousser dehors les venins de son mal, et jusques à ce qu’elle s’en soit deschargée, elle n’est capable des remedes de la consolation (I, 1, p. 24).
Si Alcippe entend châtier un chevalier qui a causé du « deplaisir » à Amarillis, c’est qu’ « Amour [...] n’est jamais dans une belle ame sans la remplir de mille desseins genereux » (I, 2, p. 62). Ces maximes se retrouvent tout autant dans le discours des personnages et lorsque Léonide met Galathée en garde contre les espérances qu’elle fonde sur le dédain apparent d’Astrée à l’endroit de Céladon pour gagner son affection, elle la prévient qu’un « homme genereux ne se divertit jamais d’une entreprise pour les difficultez » (I, 3, p. 72). Une maxime détermine aussi Leriane à provoquer le dépit de Madonte à l’endroit de Damon, « ne jugeant point qu’il y eust un meilleur moyen que la jalousie, d’autant qu’un cœur genereux ressent plus le mespris que toute autre offence » (II, 6, p. 225). Dans L’Astrée, l’activité des personnages obéit à des préceptes qui la régissent et qui la déterminent.
On peut inverser la proposition et penser que l’activité des personnages sert à illustrer des aphorismes. Lorsqu’il rapporte l’histoire de Damon et de Fortune, Adamas commence par affirmer que l’amour « rajeunit les vieux, et envieillit les jeunes », puis ajoute que l’histoire qu’il entreprend de raconter « rend une preuve que mal-aisément peut-on contredire » (I, 11, p. 442). Ailleurs, Diane, dont le narrateur dit qu’elle croit Silvandre amoureux de Madonte, se cache pour pleurer. Et le narrateur d’expliquer qu’elle apprend
bien à ses despens que quelque fois nous aymons plus que nous ne pensons pas, et que nous n’en prenons jamais mieux la cognoissance que par quelque mespris imaginé de sa veue et de sa presence (III, 11, p. 624).
L’attitude de Diane sert de preuve à une loi morale que le narrateur étend à l’ensemble de l’humanité, comme le suggère le pronom « nous ». L’activité des personnages sert à illustrer des lois qui la précèdent et la commandent. En cela, L’Astrée se rapproche d’un traité de morale en exercice.
Ou plus exactement d’un code de morale illustré : le code du « généreux » [48]. Les bergers du Forez possèdent une âme différente de celle des autres êtres et manifestent un courage qui les place au-dessus de l’humanité commune. Pour reprendre une métaphore des Épistres morales et amoureuses, les « Amazones », c’est-à-dire les vertus, sont venues se loger dans leur cœur dès leur naissance [49]. Un signe en particulier témoigne de la supériorité de ces âmes d’élite : la force de leurs passions :
de mesme nous dirons auec beaucoup d’apparence de raison, que plus cette ame iette ses premieres passions violentes, plus aussi donne elle cognoissance de la force, & de la viuacité qui est en elle. [50]
Aussi toutes les décisions, tous les gestes du héros se fondent-ils sur cette supériorité, en même temps qu’ils la manifestent [51]. Dans L’Astrée, la « générosité », qui constitue l’assise sur laquelle se construit le statut des personnages, se révèle par « le courage de surmonter toutes sortes d’accidens » (IV, 2, p. 97). Comme le dit Oronte à Celiodante, en écho aux Épistres morales et amoureuses [52],
le courage d’un homme ne peut jamais estre vaincu que par sa faute, n’y ayant accident de fortune qui le puisse abbattre si sa volonté ne le trahit, et ne consent à sa desfaicte (IV, 10, p. 606).
Fondée sur le pouvoir de la volonté qui peut tout, l’éthique de L’Astrée participe d’un néostoïcisme qui n’est pas sans liens avec la pensée ascétique.
C’est l’adversité qui donne au héros l’occasion de se réaliser car, pour vaincre les obstacles qu’il rencontre, il doit faire appel à sa vertu, à sa virtus, se dépasser lui-même, partant manifester la supériorité qui constitue son essence :
Les aduersitez, Agathon, par ainsi ne sont pas seulement chastimens de nos erreurs, mais aussi les soufflets quelques fois qui vont allumant nos ames en la vertu, d’autant que commme [sic] vn soufflet fait sortir bien souvent mille estincelles d’vn tison à moitié assoupi, aussi vne seule aduersité fait plusieurs fois estinceller mille genereuses actions de l’homme genereux. [53]
Toute action doit illustrer la grandeur du héros, s’achever par sa victoire et
il faut tousiours auoir plustost barres sur l’ennemy, s’il est possible, que de luy estre seulement esgal : l’esgalité ayant cela, qu’elle ne nous asseure point dauantage de la victoire que de nostre perte. [54]
C’est pourquoi le héros se forge à partir des obstacles qu’il rencontre et des ennemis qu’il doit affronter au cours de sa quête : ils lui permettent de manifester sa supériorité, ses vertus, son essence [55]. Chez Honoré d’Urfé, la générosité, parce qu’elle constitue le fonds de l’être, doit être manifeste [56]. être et paraître ne sont que les deux faces d’une même réalité, tant sur le plan moral que sur le plan ontologique. Sur le plan moral, une chaîne unit étroitement l’image que projette le héros et la réalité des vertus que véhicule cette image. Ainsi l’ambition est-elle un puissant aiguillon qui, en poussant le héros à préserver sa réputation et sa gloire, le contraint à la vertu [57], finalement l’engage sur le chemin qui le mène à Dieu [58]. À la vérité, la vertu n’existe que si elle est manifestée, que si elle est connue d’autrui : « Et quand aussi est-ce que la vertu donne plus de cognoissance de soy-mesme, que lors que les occasions se presentent de donner preuve de ce qu’elle est ? » [59]. Selon le principe même des exercices spirituels, tels que les sulpiciens les exposeront après 1641, la méditation passe par l’image qui émeut l’être avant de produire une réaction morale chez lui [60]. Chez Honoré d’Urfé, toute prise de conscience repose sur des images qu’entretient volontairement l’être. En même temps qu’il invite Agathon, le destinataire fictif de ses « epistres », à contempler les vertus des grands hommes du passé, il attend de celui-ci qu’il laisse à son tour une image de lui-même qui témoigne de sa générosité afin que son exemple inspire ceux qui l’approchent et qui le voient. Sur ce plan, L’Astrée n’est guère différente des Peintures morales, où les passions sont représentées par tableaux, par characteres, & par questions nouvelles, & curieuses, de Pierre Le Moyne [61].
L’amour n’échappe pas à l’éthique héroïque. Autant il se fonde sur la puissance de la passion [62], autant il a la vertu pour horizon et la volonté pour instrument [63]. Aussi la conquête de la femme est-elle, en réalité, conquête de soi-même. Au lieu de subjuguer sa maîtresse par un geste héroïque qui l’oppose à d’autres chevaliers, le héros astréen doit se vaincre lui-même, soumettre sa force, l’assujettir à la volonté de la femme et, par elle, l’attacher à la vertu [64] : du jour où il s’éprit de Madonte, Damon se « reigla » sur la volonté de celle-ci, son affection lui a « fait changer de vices en vertus » (II, 6, p. 217). Phénomène semblable chez la femme qui, en même temps qu’elle est grandie par le mérite du héros à qui elle inspire de l’amour [65], doit, en retour, s’élever à la hauteur de celui-ci. Alors qu’elle souffre de l’absence d’Andrimarte, Silviane veut « bien participer à ses peines, par les ennuis de son absence, puis qu’elle avoit si bonne part aux gloires qu’il y acqueroit » : en cela, elle montre « qu’elle estoit veritablement petite fille de Semnon, duc de la Gaule Armorique, et si bon et fidelle amy du roy Merovée » [66]. Le caractère généreux, qui est l’assise du personnage astréen, lui commande des actes qui témoignent de sa nature et qui lui rendent hommage. Dans L’Astrée, les personnages se conforment finalement à un code éthique.
De là leur singulière cohérence et leur caractère univoque, déterminés qu’ils sont par les lois qu’ils illustrent. Réduits à l’état de signes [67], ayant « pour mission de représenter une attitude spécifique par rapport à l’amour » [68], ou plutôt par rapport à son éthique, les personnages constituent les variables d’une combinatoire qui permet à Honoré d’Urfé de formuler non seulement un « répertoire de tous les états de l’amour » [69], mais aussi, « comme l’indique le sous-titre du roman, de déduire “les divers effets de l’honneste Amitié” » [70], en somme, d’en définir l’algèbre et les règles.
Dans le roman d’Honoré d’Urfé, l’analyse se résorbe en prescriptions. Le processus est manifeste dans le « jugement de la nymphe Léonide » [71]. Celle-ci commence par définir des catégories dans lesquelles elle classe tous les éléments du problème [72]. Ensuite, elle les ordonne selon un principe quantitatif [73], puis leur assigne une valeur à partir de prémisses morales elles-mêmes hiérarchisées [74]. Enfin, elle détermine le mérite de chacun [75] et formule un jugement définitif [76]. Une fois circonscrits, les faits sont classés sur une échelle de valeurs qui permet à la nymphe de formuler un jugement sous forme d’impératif catégorique. Ainsi s’esquisse un mode d’analyse qui, tout en empruntant en partie sa méthode aux manuels de confession [77], s’achève par des préceptes. Aussi le roman d’Honoré d’Urfé crée-t-il un cadre normatif dans lequel s’inscrit l’activité des personnages et remplace-t-il l’analyse par une psychodoxie qui finit par évacuer la vie du roman.
Si dans Les Épistres morales et amoureuses Honoré d’Urfé inclut la durée qui lui permet de parfaire son emprise sur ses passions au cours de sa vie [78], dans L’Astrée, toute durée est supprimée. Aussi les personnages se réduisent-ils à des abstractions soumises à des codes, à des essences, figés qu’ils sont dans l’image que le discours donne d’eux.
Sur ce plan, L’Astrée se rapproche des « traités des passions », « un genre qui connaît une vogue européenne dans les années 1610-1650 » [79], et dans lesquels les auteurs se soucient tout autant de classer les passions et leurs manifestations selon une perspective héritée du thomisme que de les analyser [80]. Même les ouvrages d’éloquence n’échappent pas au phénomène et le Palatium Reginae Eloquentiae, de Gérard Pelletier [81], est une « véritable encyclopédie et anthologie des passions et de leurs plus subtiles nuances, classées comme dans un herbier » [82].
Si l’amour, dans L’Astrée, repose sur des thèses d’origine platonicienne, comme l’illustrent la théorie des aimants de Silvandre [83] et la « fontaine de la Verité d’amour », il se fonde aussi sur une doxa tributaire de l’épistémologie chrétienne. À l’instar des moralistes qui instaurent l’existence de vérités en même temps qu’ils les instituent et les illustrent par des exempla, Honoré d’Urfé fait reposer son roman sur des impératifs qui commandent l’activité des êtres qui, en retour, confirme leur validité.
 
NOTES
 
[1] Émile Faguet, Histoire de la poésie française de la Renaissance au romantisme, Paris, Boivin & Cie (éd.), 1923, t. II, p. 127. Pour sa part, Gérard Genette écrit que L’Astrée est une « œuvre clef, le moment capital : l’étroit goulet par où tout l’ancien se déverse, se reverse dans le tout moderne » (« Le serpent dans la bergerie », dans Figures, Paris, Le Seuil, 1966, p. 110).
[2] Voir Élisabeth Aragon, « Platonisme de L’Astrée ? », dans Cahiers de littérature du XVIIe siècle, no 6, 1984, p. 13 ; Robert Garapon, « Honoré d’Urfé et saint François de Sales », dans Raymond Lebègue (sous la dir. de), Colloque commémoratif du quatrième centenaire de la naissance d’Honoré d’Urfé, Montbrison, La Diana, 1970, p. 128 ; Bernard Germa, L’Astrée d’Honoré d’Urfé. Sa composition – son influence, Toulouse et Paris, Édouard Privat et Alphonse Picard & Fils, 1904, p. 61-99 ; Maurice Magendie, Du nouveau sur L’Astrée, Paris, Librairie ancienne Honoré Champion, 1927, p. 337 et 347 ; Odon Claude Reure, La Vie et les œuvres de Honoré d’Urfé, Paris, Librairie Plon, 1910, p. 247. On peut aussi penser à Jacques Ehrmann qui analyse souvent les personnages de L’Astrée comme s’ils avaient vraiment existé : voir Un Paradis désespéré. L’amour et l’illusion dans L’Astrée, New Haven et Paris, Yale University Press et PUF, 1963.
[3] Voir M. Ficin, Commentaire sur le Banquet de Platon, texte du manuscrit autographe présenté et traduit par Raymond Marcel, Paris, Société d’éditions « Les Belles Lettres », 1956, 6e discours, chap. VI, p. 206-207. Une thèse semblable est exposée par Giovanni Pico Della Mirandola : voir son Commento. Traduit et annoté par Stéphane Toussaint, Lausanne, L’Âge d’homme, 1989, p. 170 et 175.
[4] Voir Honoré d’Urfé, L’Astrée, nouvelle édition publiée sous les auspices de la « Diana » par M. Hugues Vaganay. Préface de M. Louis Mercier, Lyon, Pierre Masson (éd.), 1925-1928, « L’Autheur a la bergere Astrée », vol. I, liv. 1, p. 8. À l’avenir, nous nous contenterons d’indiquer le volume, en chiffres romains, suivi du livre, en chiffres arabes, et de la page, en chiffres arabes.
[5] Au lecteur d’imaginer les « adieux » d’Andrimarte et de Silviane « et les demonstrations de bonne volonté qu’ils se firent » : Il suffira de penser qu’ils n’en oublierent une seule de toutes celles que la pudicité de Silviane peut permettre à Andrimarte, et que l’honnesteté d’un si parfaict amour luy donna la hardiesse de rechercher (III, 12, p. 670).
[6] D’ailleurs, d’Urfé dit s’adresser « à l’ouye » (I, 1, p. 8). Sur ce plan, l’influence de La Diana de Jorge de Montemayor est manifeste. Dans la pastorale espagnole, une fois placés dans un décor, le plus souvent à peine décrit, les personnages échangent des répliques sans qu’intervienne le narrateur, sinon pour signaler qui parle : « dijo Sylvano », « respondió Sireno », « diciendo Selvagia », « dijo Sylvano », « dijo Selvagia », « Sylvano respondió », « respondió Sylvano », etc. (voir Los Siete Libros de La Diana, edición de Asunción Rallo, Madrid, Ediciones Cátedra, 1991).
[7] Par exemple, Léonide reprend le long discours de Guyemants, le frère d’Aristandre, dans lequel s’insèrent des discours de tiers (I, 3, p. 84-87), et Hylas répète le récit détaillé que Cryseide lui a fait de ses aventures en ne négligeant aucun détail et en n’oubliant aucun échange (III, 7, p. 350-425). Dans L’Astrée, rappelle Richard Bourdin, les personnages « sont des orateurs, plutôt que des êtres agissants » (« Parole et aventure dans L’Astrée », XVIIe siècle, no 179, avril-juin 1993, p. 345 et 347).
[8] L’Astrée, I, 2, p. 48. Voir aussi II, 8, p. 311, et III, 11, p. 580. L’univers pastoral est « un dédoublement de l’univers aristocratique » (Jacques Ehrmann, op. cit., p. 88-89).
[9] Voir L’Astrée, I, 2, p. 43.
[10] M. Magendie, op. cit., p. 329.
[11] Voir Servais Kevorkian, Thématique de L’Astrée d’Honoré d’Urfé, Paris, Librairie Honoré Champion, 1991, p. 24-27.
[12] Sur l’invraisemblance des déguisements, nombreux dans le roman, voir Madeleine Bertaud, L’Astrée et Polexandre. Du roman pastoral au roman héroïque, Genève, Droz, 1986, p. 37-63 ; M. Magendie, op. cit., p. 319-320 ; S. Kevorkian, op. cit., p. 43-45.
[13] Maurice Lever, Le roman français au XVIIe siècle, Paris, PUF, 1981, p. 62. Maxime Gaume, au contraire, estime que d’Urfé a composé « réellement des caractères » et qu’il a su donner « une physionomie originale » à ses personnages (Les inspirations et les sources de l’œuvre d’Honoré d’Urfé, Saint-Étienne, Centre d’études foréziennes, 1977, p. 555).
[14] Plus largement, hommes et femmes se réduisent à des fonctions et, comme le rappelle Jacques Ehrmann, la femme se définit « principalement, sinon exclusivement, par l’amour qu’elle peut susciter et ressentir » (op. cit., p. 8).
[15] Céladon est de ceux qui « plus vivement [...] ressentirent » la « tyrannie » d’Amour pour la belle Astrée, qui asseurée de son amitié, ne voulut que l’ingratitude en fust le paiemens, mais plustost une reciproque affection avec laquelle elle recevoit son amitié et ses services (I, 1, p. 10).
[16] « Amour me deffendoit de venger ma pudicité, et toutesfois la honte m’animoit contre l’amour » (I, 4, p. 116).
[17] L’Astrée, II, 3, p. 86. C’est l’auteur qui souligne.
[18] D’ailleurs, Céladon s’en remet absolument au druide : « Je remets entre vos mains et ma vie et mon contentement : disposez donc de moy comme il vous plaira », lui dit-il (II, 10, p. 398).
[19] La pureté du désir, du moins avant le mariage, la fidélité, la soumission, l’adoration craintive, la volonté d’être digne de sa maîtresse, sont des traits traditionnels du caractère de l’amant (M. Magendie, op. cit., p. 205).
[20] Denis de Rougemont, L’Amour et l’Occident, Paris, « 10/18 », 1962 (Plon, 1939), p. 27. C’est l’auteur qui souligne.
[21] Les nombreuses allusions au roi « Artus », ou encore la cérémonie au cours de laquelle Andrimarte, « armé chevalier par les mains de Childeric » et ceint de « l’espée », supplie, « un genouil en terre », Silviane d’être sa « dame » (III, 12, p. 668), associent le roman à la tradition courtoise. Sur cette question, voir Jacques Ehrmann, op. cit., p. 7 ; Gérard Genette, article cité, p. 116-118 ; Antoinette Saly, « Amours et valeurs au XVIIe siècle : le legs du Moyen Âge dans L’Astrée », dans Travaux de linguistique et de littérature, vol. XX, no 2, 1982, p. 37-46. Voir aussi Denis de Rougemont, op. cit., p. 27-39.
[22] Pour sa part, Robert Garapon voit des « analogies capitales » entre les exigences morales de la conception de l’amour humain chez d’Urfé et de celle de Dieu chez François de Sales (art. cité, p. 127-139).
[23] Voir Jean Festugière, La philosophie de l’amour de Marsile Ficin et son influence sur la littérature du XVIe siècle, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 1941 (1923), p. 20. Mais, selon Clifton Cherpack, les thèses platoniciennes ont moins d’importance que les influences littéraires, notamment celles d’Héliodore et d’Achille Tatius (voir « Form and ideas in L’Astrée », dans Studies in Philology, vol. LXIX, no 3, juillet 1972, p. 320-333).
[24] Pour Marcile Ficin, « la Beauté est la fleur de la Bonté », si bien que la « Beauté, fleur de la Bonté, parce qu’elle naît du Bien, conduit également les amants au Bien » (op. cit., 5e discours, chap. I, p. 179). Dans L’Astrée, « toute beauté procede de ceste souveraine bonté, que nous appellons Dieu » (II, 2, p. 78). Si bien que la vertu forme l’assise de l’amour : Les yeux peuvent bien commencer et eslever une jeune affection, mais lors qu’elle est creue, il faut bien quelque chose de plus ferme et de plus solide, pour la rendre parfaicte, et cela ne peut estre que la cognoissance des vertus, des beautez, des merites, et d’une reciproque affection de celle que nous aymons (II, 1, p. 13). La thèse se retrouve dans Les Épistres morales et amoureuses : L’amour, c’est vn desir de beauté, la beauté & la bonté se confondent ensemble. Car rien ne peut estre beau qui ne soit bon, ny bon qui ne soit beau, ainsi que Platon nous enseigne dans le Sympose. Or la bonté, c’est Dieu : car Dieu est seul bon, lequel ne se pouuant diuiser, il s’ensuit que desirer la beauté, c’est desirer la bonté ; & desirer la bonté, c’est desirer Dieu (Paris, Gilles Robinot, 1619, liv. II, epistre IV, p. 231).
[25] Astrée : Je suis tant insupportable que ce n’est guere moins entreprendre que l’impossible. Il faudra servir, souffrir, et n’avoir des yeux, ny de l’amour que pour moy [...]. Je suis soupçonneuse, je suis jalouse, je suis difficile à gaigner, et facile à perdre, et puis aisée à offenser et tres mal-aisée à rapaiser. Le moindre doute est en moy une asseurance : il faut que mes volontez soient des destinées, mes opinions des raisons, et mes commandemens des loix inviolables (I, 3, p. 67).
[26] Silvandre : aimer, « c’est mourir en soy, pour revivre en autruy, c’est ne se point aimer que d’autant que l’on est agreable à la chose aimée, et bref, c’est une volonté de se transformer, s’il se peut entierement en elle » (I, 8, p. 290).
[27] Op. cit., 2e discours, chap. VIII, p. 156.
[28] Op. cit., p. 155. Antoine Adam observe que cette thèse est développée dans les Dialoghi di Amore de Leone Ebreo, et dans les Lezzioni, de Benedetto Varchi (voir « La théorie mystique de l’amour dans L’Astrée et ses sources italiennes », dans la Revue d’histoire de la philosophie et d’histoire générale de la civilisation, vol. IV, 1936, p. 194-199).
[29] « L’Amour est le nœud éternel et la copule du monde, le soutien immobile de ses parties et le fondement solide de toute la machine », écrit-il (op. cit., 3e discours, chap. III, p. 165).
[30] « La roue d’amour est celle dont [la Fortune] se sert le plus souvent, car il n’y a rien d’où l’on voye sortir tant de changements, que de ceste passion » (I, 12, p. 456-457).
[31] J. Ehrmann, op. cit., p. 50.
[32] Il s’ensuit que le désir de l’amant n’est apaisé ni par la vue, ni par le toucher d’un corps quel qu’il soit. Il ne désire pas tel ou tel corps mais la splendeur de la majesté divine qui se reflète dans les corps (Marsile Ficin, op. cit., 2e discours, chap. VI, p. 152). Thèse semblable chez Pico Della Mirandola, qui écrit que « l’amour, désir de posséder cette beauté, entraîne et pousse l’esprit angélique à se tourner vers Dieu et à s’unir le plus intimement possible à Lui » (op. cit., p. 122). Dans ses Épistres morales et amoureuses, Honoré d’Urfé, qui souscrit aux mêmes idées, écrit : « Dieu seul, qui est l’Essence de la bonté, sera le Bon de tous les Bons » (Livre III, epistre IV, p. 402). Aussi, est-ce à Dieu que l’âme s’unit : L’ame sera tellement adherente à Dieu, qu’encore qu’elle ne soit pas vne mesme essence, elle ne sera point toutefois separée de luy par nul interualle (ibid., III, VIII, p. 462).
[33] Personne ne peut éprouver en même temps l’amour vulgaire et l’amour céleste (Pico Della Mirandola, op. cit., p. 140).
[34] Voir É. Aragon, art. cité, p. 19 ; G. Genette, art. cité, p. 109-122. Dans son Libro del Peregrino, publié à Venise en 1520, Giacomo Caviceo, tout néoplatonicien qu’il était, abordait déjà la question du désir physique (voir J. Festugière, op. cit., p. 58-61).
[35] Voir L’Astrée, III, 5, p. 263-264.
[36] Voir Pico Della Mirandola, Commento, p. 171-172. La question de la relativité de la beauté apparaît aussi dans les Dialoghi di Amore, de Leone Ebreo, parus à Rome en 1535 et traduits en français en 1551 (voir J. Festugière, op. cit., p. 53-58).
[37] Ce dont témoigne la « fontaine de la Verité d’amour », dont l’eau ne renvoie pas l’image du corps, mais celle de l’esprit qui, en aimant, « se transforme en la chose aimée », si bien que celuy qui y regarde dedans y voit sa maistresse, et s’il est aimé, il se voit aupres, et si elle en aime quelqu’autre, c’est la figure de celuy là qui s’y voit (I, 3, p. 93).
[38] L’Astrée, II, 7, p. 282. Il est vrai que cet échange permet de souligner la perfection de l’amour de Céladon pour Astrée et les lacunes de celui de Léonide pour Céladon. Sur la contradiction soulevée par Léonide, voir Clifton Cherpack, art. cité, p. 324.
[39] Alors que Céladon et Astrée, « attachés ensemble » (IV, 11, p. 752), risquent de mourir au siège de Marcilly : Astrée, [dit Céladon] je veux que nos cœurs soient percez d’un mesme fer, et que nos asmes, en sortant de nos corps, s’unissent à jamais, comme nos affections avoient desjà uny nos volontez d’un amour inseparable (IV, 12, p. 795). Sur la problématique de l’identité dans L’Astrée, voir Jacques Ehrmann, op. cit., p. 65-67.
[40] Dans Les Épistres morales et amoureuses, Honoré d’Urfé, qui reprend en partie la distinction de François de Sales entre « passions » et « affections », écrit que les passions s’escoulent principalement en l’ame, par la crainte, par le regret, & les douleurs au corps par le toucher. Car pour les autres esmotions de l’ame, comme le desir, l’espoir, la cholere, & semblables, ce sont plustost affections que passions, comme au corps les demangeaisons ne se doivent nommer douleurs (liv. II, epistre VI, p. 254). Toutefois, plus bas, Honoré d’Urfé propose une théorie différente : les passions font partie de l’être et c’est la forme de l’âme qui détermine leur façon de se manifester (voir op. cit., II, VIII, p. 270-274). Sans doute Honoré d’Urfé éprouve-t-il de la difficulté à distinguer ce qui appartient en propre à l’âme de ce qui l’assaille de l’extérieur. Sur la distinction établie par François de Sales, voir Anthony Levi, French Moralists. The Theory of the Passions 1585-1649, Oxford, Clarendon Press, 1964, p. 117-119.
[41] L’amour, selon R. A. York, est « considéré non comme un attribut du sujet, mais comme une personnalité distincte et agissante » (« La rhétorique dans L’Astrée », XVIIe siècle, no 110-111, 1976, p. 18).
[42] M. Magendie, op. cit., p. 325. Voir aussi Jacques Ehrmann, op. cit., p. 102-104. Est-il besoin de rappeler qu’Honoré d’Urfé s’inspire de La Diana, de Jorge de Montemayor, dans laquelle abondent « canción », « romance », « soneto », « poema » et « versos » déclamés à haute voix ?
[43] L’Astrée, I, 10, p. 384. Cette transparence des personnages doit être rapprochée du fait que c’est autrui, le plus souvent, qui propose des solutions aux problèmes rencontrés. Sur cette question, voir Jacques Ehrmann, op. cit., p. 106-108.
[44] Voir L’Astrée, III, 11, p. 624.
[45] Voir par exemple Nicolas Coëffeteau, Tableau des passions humaines, de leurs causes et de leurs effets, Paris, Sébastien Cramoisy, 1635 (1620), préface, non paginée.
[46] En cela, L’Astrée se distingue de La Diana de Jorge de Montemayor, où la composition dialogique limite les interventions du narrateur.
[47] Encore que ce soit un de leurs rôles : lorsque Léonide rappelle à Galathée la différence de niveau social entre elle et Céladon, celle-ci réagit avec colère. Aussi n’y a-t’il rien qui touche plus vivement, que d’opposer l’honneur à l’amour : car toutes les raisons d’aimer demeurant vaincues, et l’amour toutesfois demeure tousjours en la volonté le plus fort (I, 3, p. 71-72). Toute jeune qu’elle soit, Silviane est blessée par le discours offensant d’Andrimarte « car l’amour de nous-mesmes est tellement naturel en nous que rien ne nous peut obliger davantage en quelque aage que nous soyons, que la bonne estime que l’on fait de nous » (III, 12, p. 657). La mort de Clidaman et les manœuvres de Polémas pour s’emparer de ses États amènent Galathée à oublier ses raisons d’en vouloir à Léonide « parce que les grandes passions ont cela de propre d’envelopper en elles les moindres desplaisirs, de telle sorte que nostre ame mesme n’y replie pas sa pensée pour les considerer » (IV, 1, p. 9).
[48] Généreux au sens latin de generosus : de race noble.
[49] Voir Les Épistres morales et amoureuses, liv. I, epistre XII, p. 110.
[50] Les Épistres morales et amoureuses, II, IV, p. 230.
[51] « Pourquoy pensez-vous », demande Paris à Damon, qu’ils [les Dieux] vous ayent donné une ame plus genereuse qu’à tant d’autres personnes ? Croyez-vous que ce soit pour en user, et vous en servir seulement aux prosperitez, ou aux rencontres de la guerre ? C’est, seigneur, pour en produire les effects en toutes les occasions qui se presentent, et principalement aux adversitez (III, 1, p. 30). Il est vrai qu’ici, c’est finalement « l’ouvrier » qui a créé cette âme généreuse qui est connu à travers la geste du héros (voir III, 1, p. 30-31).
[52] La volonté « est toute puissante en l’homme », lit-on dans l’epistre X du second livre (op. cit., p. 307).
[53] Les Épistres morales et amoureuses, II, V, p. 250.
[54] Les Épistres morales et amoureuses, I, IV, p. 28.
[55] « Car puis que l’occasion de ma gloire procede de ce qui est en moy, ne dois-ie me resioüir que mon ennemy le fasse recognoistre pour moy ? » (Les Épistres morales et amoureuses, I, V, p. 42). C’est ce programme que réalise Lindamor : Dés qu’il peut porter le faix des armes, poussé de cet instinct genereux, qui porte les courages nobles aux plus dangereuses entreprises, il ne laissa occasion de guerre, où il ne rendist tesmoignage de ce qu’il estoit (I, 9, p. 325).
[56] « Qu’il ne faut seulement estre vertueux : mais qu’il est necessaire d’estre tenu pour tel. Et que c’est que nous rapporte la bonne ou mauuaise reputation entre les hommes » (Les Épistres morales et amoureuses, I, XXII, p. 187). De là le respect d’Honoré d’Urfé pour les grands hommes de l’Antiquité : « et sur quel acte de leur vie l’eussent-ils mieux fermée, que de laisser tout le monde en admiration d’eux, & en attente de leurs faits heroïques ? » (ibid., I, III, p. 21).
[57] « Car d’où procede l’ambition ? sans doute du desir de gloire. Et le desir de gloire ? d’estre tenu meilleur, plus sçauant, ou plus grand que les autres. Mais telle volonté n’est-elle commune à la Vertu ? » (Les Épistres morales et amoureuses, I, XXI, p. 181) demande Honoré d’Urfé. Dans une autre épître, Honoré d’Urfé observe : « la constance par la magnanimité de son naturel nous preparera à resister à toutes sortes d’accidens : & l’honneur par sa beauté nous maintiendra tousiours en nostre deuoir » (ibid., I, IV, p. 28).
[58] Tu trouveras que veritablement la grandeur est vne chaine continuee des hommes iusques à Dieu, & que le desir de dominer, de sçauoir, & d’estre parfaitement vertueux, nous va peu à peu esleuant en Dieu, & par diuers milieu, nous conduit à la fin en luy, comme le parfait centre, & repos de nostre ame (Les Épistres morales et amoureuses, II, IX, p. 298).
[59] Les Épistres morales et amoureuses, I, VI, p. 45.
[60] Voir Jean-Jacques Olier, Introduction à la vie et aux vertus chrétiennes, Paris, Librairie Poussielgue Frères, 1875 (1661), p. 46-49.
[61] Paris, Cramoisy, 1640-1643, 2 vol.
[62] De mesme il est impossible d’aimer que ce ne soit extremement, & que ceux qui croye[n]t aymer en quantité mesuree, n’aiment point du tout : parce que l’amitié imparfaite ne se doit pas nommer amitié, mais abus en l’amitié : & l’extreme seule est celle qui en doit en auoir le nom (Les Épistres morales et amoureuses, II, IV, p. 231).
[63] Sylvandre : Et toutesfois l’amour estant un acte de la volonté qui se porte à ce que l’entendement juge bon, et la volonté estant libre en tout ce qu’elle faict, il n’y a pas apparence que ceste action qui est la principale des siennes despende d’autre que d’elle-mesme (II, 9, p. 386).
[64] Rosileon : Je diray donc seulement que les paroles aussi estans trop foibles, j’attendray avec un desir extreme l’honneur de vos commandemens, pour faire voir par mon obeyssance que, comme il n’y eut jamais un plus digne sujet d’estre aymé, ou plustost adoré que la princesse Rosanire, ny un cœur plus capable de l’adorer que celuy de Rosileon, aussi n’y aura-t’il jamais rien de si difficile que je ne rende aysé pour son service (IV, 10, p. 594). Morale presque semblable chez Corneille, chez qui on assiste au « remplacement du combat primitif par une lutte symbolique dans laquelle la femme exige, pour céder à l’homme, qu’il se couvre de gloire au-dehors » (Paul Bénichou, Morales du Grand Siècle, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1948, p. 50). Voir aussi Jacques Ehrmann, op. cit., p. 19.
[65] Quatrième Table des Lois d’Amour : « S’il souhaitte plus de bon-heur, / Ce ne soit que pour l’esperance / Qu’elle en recevra plus d’honneur » (II, 5, p. 181).
[66] L’Astrée, III, 12, p. 671. À l’opposé, lorsque Madonte semble se donner à Tersandre, Damon lui reproche un choix qui la déshonore (III, 6, p. 326).
[67] Chaque personnage « incarne un aspect différent de l’amour » : « Céladon est l’amant passionné et aveugle, Silvandre, l’amant réfléchi et raisonneur. Voici Lycidas, défiant et jaloux [...] » (M. Magendie, op. cit., p. 224). Le roman est construit sous forme de jeu de miroirs, chaque cas renvoyant à son contraire ou à des variantes. Ainsi les amours de Lycidas, le frère de Céladon, et de Phillis semblent-elles être le double inversé de celles de Céladon et d’Astrée (I, 4, p. 127), tout comme l’histoire de Corilas et de Stelle, « la plus trompeuse et la plus ingratte bergere de Forests » (I, 5, p. 188-189), met en relief la sincérité des autres bergères.
[68] M. Lever, op. cit., p. 62.
[69] O. C. Reure, op. cit., p. 246. O. C. Reure définit du reste L’Astrée comme une « encyclopédie romanesque de l’amour » (ibid., p. 243).
[70] Bernard Yon note qu’en plus d’être « exposés les uns après les autres », les « divers cas d’amour » sont « commentés, discutés » par les personnages. Il conclut que les histoires secondaires s’inscrivent dans « un dispositif qui n’est pas narration, mais démonstration » (« La conversation dans L’Astrée, texte littéraire et art de vivre », dans XVIIe siècle, no 179, avril-juin 1993, p. 278).
[71] L’Astrée, II, 2, p. 72-73. L’analyse qui suit s’inspire d’un article d’Herbert De Ley, dans lequel celui-ci observe que Léonide établit des « categories » avant d’opérer une « classification » des données à partir de « quantifying principles », ce qui rapproche son jugement du Discours de la méthode (« Two Modes of Thought in L’Astrée », Yale French Studies, no 49, 1973, p. 149-152).
[72] Trois choses se presentent à nos yeux [...] : la premiere, l’amour ; la deuxiesme, le devoir ; et la derniere, l’offense. En la premiere, nous remarquons trois grandes affections ; en la deuxiesme, trois grandes obligations ; et en la derniere, trois grandes injures. Le texte se poursuit par l’exposé des trois affections, des trois obligations et des trois injures (II, 2, p. 72). À la vérité, on ne trouve que deux catégories, celle du sentiment et celle de l’impératif moral, cette dernière se subdivisant en deux sous-catégories.
[73] Celidée dés le berceau a aimé Thamire, Thamire a aimé Celidée estant des-ja avancé en aage, et Calidon l’a aimée dés sa jeunesse. Celidée a esté obligée à la vertueuse affection de Thamire, Thamire l’a esté à la mémoire du pere de Calidon, et Calidon aux bons offices de Thamire. Et en fin Celidée a esté fort offensée de Thamire quand il l’a voulu remettre à Calidon, et Calidon n’a pas moins offensé Thamire et Celidée (II, 2, p. 72).
[74] Au nom d’une doctrine qui place la nature au-dessus de l’art (« les choses que nature produict, sont toujours plus parfaictes que celles qui procedent de l’art »), Léonide explique que « l’amour qui vient par inclination, est plus grande et plus estimable que celle qui procede du dessein ou de l’obligation ». Au nom d’un distinguo moral, elle estime « plus grandes » les « obligations que nous recevons en nostre personne mesme » que « celles que la consideration d’autruy nous represente » et plus fautif celui qui, en plus d’offenser autrui, le fait en y mêlant l’ingratitude (II, 2, p. 72).
[75] Or nous cognoissons que l’amour de Thamire procede d’inclination, puis qu’ordinairement celles qui sont telles, sont reciproques, et qu’aimant Celidée, il en a esté aymé, ce qui n’est pas advenu à Calidon, de qui l’infertile affection n’a rien produict que de la peine et du mespris. De plus, les bons offices que Calidon a receus de Thamire, le rendent plus son obligé que Thamire ne le peust estre, à la consideration de son oncle ; mais au contraire l’offense de Calidon envers luy, estant meslée d’ingratitude, est beaucoup plus grande que celle que Calidon en reçoit, puis que Thamire le peut presque couvrir du nom de vengeance ou de chastiment (II, 2, p. 72-73).
[76] C’est pourquoy, en premier lieu, nous ordonnons que l’amour de Calidon cede à l’amour de Thamire, que l’obligation de Thamire soit estimée moindre que celle de Calidon, et l’offense de Calidon plus grande que celle de Thamire [...], que Celidée a plus d’obligation à Thamire [...], que l’amour de Celidée surmontera l’offense qu’elle a receue de Thamire, et que l’amour de Thamire luy portera à l’advenir surpassera en eschange celle que luy a portée Celidée jusques icy (II, 2, p. 73).
[77] Les différentes phases du « jugement » de Léonide suivent de près la « Methode pour se bien Confesser » exposée dans Conduite de la confession et de la communion pour les ames soigneuses de leur salut. Tirée des Manuscrits de S. F. de Sales. Auec vne Table tres-vtile aux Confesseurs & aux Penitens (Londres, Henry Hills, 1686). Après un « examen de conscience » (p. 13) qui lui permet d’identifier précisément ses fautes à la lumière des « dix Commandemens de Dieu » (p. 20), le pénitent doit faire une confession « courte, disant seulement l’espece du peché » (p. 16). En plus de faire une confession « entiere », il faut indiquer « le temps qu’on a continué dans le peché » (p. 14-15) et « declarer les circonstances qui aggravent & changent la qualité du peché » (p. 15). Enfin, il faut faire une confession « ouverte & sans parole deguisée » (p. 16). Après l’exposé de Célidée, de Calidon et de Thamire, Léonide précise la nature des fautes de chacun, leur durée, leur qualité, avant de trancher.
[78] Car les continuelles attaques qu’elle [la fortune] m’a donnees, m’ont rendu par force tant aguerry que ie recognoy desormais la pluspart de ses embusches & de ses ruses : & m’a tellement endurcy à ses coups, qu’à peine quand elle teint la terre de mon sang, me semble-il qu’elle m’ait touché (op. cit., I, XVII, p. 147).
[79] Marc Fumaroli, L’âge de l’éloquence. Rhétorique et res literaria de la Renaissance au seuil de l’époque classique, Paris, Albin Michel, Bibliothèque de « L’Évolution de l’Humanité », 1994 (1980), p. 381, n. 395.
[80] Sur cette question, voir Anthony Levi, op. cit., p. 40-176.
[81] Paris, Nicolas Buon, Jean Camusat et Claude Sonnius, 1641.
[82] M. Fumaroli, op. cit., p. 349.
[83] Voir L’Astrée, I, 10, p. 387.
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Émile Faguet, Histoire de la poésie française de la Renais...
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[2]
Voir Élisabeth Aragon, « Platonisme de L’Astrée ? », dans ...
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[3]
Voir M. Ficin, Commentaire sur le Banquet de Platon, texte...
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[4]
Voir Honoré d’Urfé, L’Astrée, nouvelle édition publiée sou...
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[5]
Au lecteur d’imaginer les « adieux » d’Andrimarte et de Si...
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[6]
D’ailleurs, d’Urfé dit s’adresser « à l’ouye » (I, 1, p. 8...
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[7]
Par exemple, Léonide reprend le long discours de Guyemants...
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[8]
L’Astrée, I, 2, p. 48. Voir aussi II, 8, p. 311, et III, 1...
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[9]
Voir L’Astrée, I, 2, p. 43. Suite de la note...
[10]
M. Magendie, op. cit., p. 329. Suite de la note...
[11]
Voir Servais Kevorkian, Thématique de L’Astrée d’Honoré d’...
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[12]
Sur l’invraisemblance des déguisements, nombreux dans le r...
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[13]
Maurice Lever, Le roman français au XVIIe siècle, Paris, P...
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Plus largement, hommes et femmes se réduisent à des foncti...
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Céladon est de ceux qui « plus vivement [...] ressentirent...
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[17]
L’Astrée, II, 3, p. 86. C’est l’auteur qui souligne. Suite de la note...
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Op. cit., 2e discours, chap. VIII, p. 156. Suite de la note...
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Op. cit., p. 155. Antoine Adam observe que cette thèse est...
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Personne ne peut éprouver en même temps l’amour vulgaire e...
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Voir Les Épistres morales et amoureuses, liv. I, epistre X...
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« Car puis que l’occasion de ma gloire procede de ce qui e...
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Les Épistres morales et amoureuses, I, VI, p. 45. Suite de la note...
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Voir Jean-Jacques Olier, Introduction à la vie et aux vert...
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Paris, Cramoisy, 1640-1643, 2 vol. Suite de la note...
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