Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130518839
192 pages

p. 257 à 267
doi: 10.3917/dss.012.0257

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n° 211 2001/2

« Nullum est iam dictum quod non dictum prius ».
Térence, L’Eunuque, 41.
Il semble que tout ait été dit sur le Dom Juan de Molière, tant la critique s’est vouée à en épuiser le sens depuis des décennies. A. Adam et R. Pintard [1], les premiers, avaient bien situé la dette de Molière à l’égard de ces libertins du début du siècle qui avaient défrayé la chronique. Après eux, vinrent P. Bénichou, J. Guicharnaud, R. Horville, G. Defaux et M. Vernet [2] qui soulignèrent avec justesse les contradictions du héros éponyme et les tensions tragi-comiques qui parcourent tout le drame. Enfin, récemment, les travaux de P. Dandrey ont replacé le comportement atypique des personnages de la pièce dans l’ensemble d’un « discours » dont les structures rhétoriques, issues d’une tradition (celle de l’éloge paradoxal remis en vogue à la Renaissance), motivent « cette posture et cette tournure ironiques qui caractérisent l’œuvre et la distinguent entre toutes celles de Molière et de son temps » [3].
À partir de la dimension subversive de l’épidictique paradoxal mise au jour dans la pièce, P. Dandrey a analysé les sources et les effets de certaines scènes : ce sont les tirades célèbres qui louent le tabac (I . 1), l’inconstance (I . 2), et l’hypocrisie (V . 2). Cependant, la scène 2 du premier acte, où Dom Juan déclame pompeusement et spécieusement une louange de l’inconstance en amour, n’a sans doute pas révélé tous ses secrets. S’il convient de commenter cette tirade au moyen de textes littéraires et philosophiques de l’époque qui en font un topos mondain, avec Théophile de Viau, Saint-Évremond et le chevalier de Méré [4], on peut aussi suggérer d’autres sources possibles.
Nous voudrions ainsi avancer avec prudence (tant l’exercice de l’élucidation par l’intertexte paraît périlleux) que l’origine littéraire de la tirade de Dom Juan (I . 2) figure dans le Monophile d’Étienne Pasquier, publié pour la première fois en 1554, réédité plusieurs fois du vivant de l’auteur (1555, 1566, 1567, 1578 et 1610) et après sa mort jusqu’en 1619, au moment où surgit en France « le libertinage érudit », et l’année même où ce dernier se voit réprimé par la condamnation de Vanini à périr sur le bûcher.
Dans les pages qui suivent, nous analyserons ce dialogue philosophique et badin sur l’amour qui présente les doctrines opposées de la fidélité et de l’inconstance, et nous verrons comment ce texte d’Étienne Pasquier a pu directement ou indirectement inspirer la pensée de Molière, non seulement dans la formulation théorique du « change », mais aussi dans la construction du personnage de Dom Juan et l’élaboration dramatique et rhétorique de la pièce.
 
I. L’ÉLOGE PARADOXAL DE L’AMOUR :UNE AFFAIRE DE TIRADES
 
 
Commençons par le plus visible : la tirade de Dom Juan sur l’inconstance et celle similaire de Philopole dans le Monophile de Pasquier. Qu’on nous permette de rappeler ici le texte de Molière :
Quoi ? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n’est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J’ai beau être engagé, l’amour que j’ai pour une belle n’engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu’il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d’aimable ; et dès qu’un beau visage me le demande, si j’en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l’amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d’une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l’innocente pudeur d’une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire ni rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. Enfin il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne, et j’ai sur ce sujet l’ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses (acte I, sc. 2).
Cette proclamation éclatante d’un conquérant de l’amour reproduit bien les idées de la littérature mondaine des années 1640-1660, qui reprend celles de la première génération des libertins, lecteurs de Vanini, vers 1620. Cette époque-ci se nourrissait de toute une tradition rhétorique et littéraire du paradoxe joyeux dont le double objectif visait à « mettre en branle » les esprits autant qu’à les amuser. Les procédés et les expressions de Molière puisent leur inspiration au fonds culturel européen qui, depuis la Renaissance, fait la part belle aux jocoseria néo-latines, italiennes et françaises [5]. D’Érasme à la Satire Ménippée, en passant par Rabelais, Ronsard, H. Estienne, O. Lando, L. Joubert, le paradoxe connut une fortune continue. Dans cette lignée, on ne peut manquer de mentionner le nom d’Étienne Pasquier (1529-1615), magistrat et fin lettré, dont l’œuvre poétique, philosophique et historiographique, fut saluée en son temps et savourée jusqu’au XVIIIe siècle [6]. Son grand œuvre, Les Recherches de la France, récemment réédité, a éclipsé quelque peu le reste de sa production. B. Sayhi-Périgot a cependant montré les enjeux politiques et toute la valeur littéraire qu’offrent les Pourparlers [7]. Porte-parole de son temps, É. Pasquier en est l’historien et le légataire auprès du XVIIe siècle. Témoin actif des grands débats qui ont agité les intellectuels au milieu du XVIe siècle, il a compilé l’essentiel des discussions pour le mettre en scène dans des dialogues qui frôlent le libertinage (Monophile, 1554 ; Colloques, 1555 ; Le Catéchisme des Jésuites, 1602). Les censeurs du premier quart du Grand Siècle ne s’y sont pas trompés. Le P. Garasse, en tête, le traite de « Gaulois » et dans la Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps (1623) le classe parmi les libertins pour avoir osé s’attaquer au pape, aux moines et au célibat des prêtres [8]. La polémique entreprise contre Garasse par Nicolas Pasquier, l’un de ses fils, pour défendre la mémoire de son père, ne changea rien au jugement sans appel du jésuite. Pour celui.ci, Pasquier figure avec « Lucilio Vanino » parmi les deux plus dangereux libertins (liv. VIII, 4). Montré du doigt par la censure, comment ne pouvait-il pas être lu et savouré des libertins de 1620 ? et au-delà par la génération de Gassendi, celle-là même qui a marqué la conscience de Molière ?
Certes, rien ne prouve expressément que Molière ait lu l’œuvre de Pasquier [9]. Pourtant, nombreux sont les traits qui rapprochent Dom Juan du Monophile de Pasquier. Pour ouvrir la discussion et pour nous limiter à la seule scène 2 du premier acte, nous reproduisons la tirade de Philopole, grand seigneur désœuvré qui, de retour d’une campagne militaire, entreprend une conquête de la gent féminine. Sa tirade, qui se veut un manifeste de l’amour inconstant, répondant aux seules exigences de la nature et de la « courtoisie »  (défigurée), proclame avec éclat l’inanité de l’étiquette et des valeurs spirituelles du pétrarquisme teinté de néo-platonisme :
Et vous, Seigneur Monophile, mal recognoissant la Nature, ains quasi la despitant, voudriez tousjours demeurer un. Davantage, quelle profession d’honneur et loüange faites-vous, quand jusques là abastardissez vostre esprit, qu’ayant pratiqué une Dame, ne vous osez adventurer à plus grande entreprise ? Vrayment, tousjours estimeray-je en un homme, la vigilance qu’il peut mettre en la conqueste d’un tel butin. Mais aussi l’avoir conquesté, demeurer si peu hardy, de ne se hazarder à plus hautaine victoire, me semble le fait d’un homme peu vaillant et magnanime. Pourquoy doncques sera l’homme si aneanty, qu’il veuille terminer son esprit en une seule, veu que plus il en conquerra, et plus demourera en reputation et estime ? Si Alexandre se fust seulement proposé, se maintenir dans ses fins et limites, fust-il jamais parvenu à cette universelle Monarchie ? Mais quoy ? encores n’estoit il content, ains vouloit employer ses victoires à entreprises plus hazardeuses, si par puissance humaine il eust sceu excogiter plusieurs mondes. Aussi un bon cœur est trop grand, pour se contenter de bien peu. En quel mespris est doncques celuy qui borne sa gloire d’une seule, sans se deliberer de l’estendre une autre part ? Jamais je n’improuveray en telles choses, entreprendre un peu librement sur les terres, et marches d’autruy : mais se l’approprier à jamais, il me semble que ce seroit nous oster un trafique et commerce entre les hommes, pour le commun entretenement de ceste humaine societé (p. 80). [10]
Face aux autres personnages qu’il provoque (Charilée, la seule femme du dialogue, Glaphire, Monophile, deux seigneurs dont le second est le « champion » des dames, et Pasquier qui surgit pour trancher la « dispute »), Philopole, comme son nom l’indique, est l’amant de plusieurs dames et défend le droit au « change », le détachement de toutes contraintes (mariage, fidélité), et la prérogative de l’instinct qui le pousse à l’insatiabilité.
Même si ce débat fictif reproduit les discussions en vogue pendant tout le XVIe siècle (le mariage dans la Querelle des femmes et des Amies [11] et chez Rabelais, la dévotion à l’égard de la dame et sa remise en question chez les poètes de la Pléiade vers 1552-1553, au moment où Pasquier compose son Monophile [12]), et s’inscrit donc dans un climat particulier pour répondre à un horizon d’attente, on ne peut qu’être frappé par les analogies troublantes qui rapprochent le Monophile de Dom Juan.
Avant d’approfondir l’étude comparée de ces deux ouvrages dans leurs structures rhétoriques et dramatiques, entamons à présent l’examen du credo amoureux de chacun d’entre eux pour discerner surtout ce qui les unit.
 
II. « D’AYMER EN PLUSIEURS LIEUX » :UNE PHILOSOPHIE DE L’INCONSTANCE
 
 
Les deux textes sont d’autant plus proches qu’ils puisent aux mêmes sources le fonds littéraire qui réagit contre les valeurs courtoises (la fin’amor médiévale, le pétrarquisme français de 1550, le néo-pétrarquisme des années 1570, la poésie galante et précieuse du début du XVIIe siècle). Il n’est pas étonnant de percevoir dans les arguments de Dom Juan ceux-là mêmes qui avaient servi à Chartier pour saper l’éthique des trouvères, aux détracteurs du beau sexe dans la Querelle des femmes, à Du Bellay, puis à Ronsard et Magny, pour renier les excès de la dévotion pétrarquiste en 1553 – ces deux partis que Pasquier fait converser dans son Monophile.
Le même credo, les mêmes arguments réunissent Philopole et Dom Juan dans une communauté de pensée. D’abord, le primat du plaisir, seul vrai moteur de l’homme dans sa relation galante. La satisfaction du plaisir pour « faire bon marché de son corps, et l’abandonner à la premiere » [13] est la fin recherchée de la relation amoureuse. Dom Juan ne réagit pas autrement : « Songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir » (I . 2). Mais la fatalité qui frappe le libertin est de n’être jamais contenté. La référence à Alexandre dans les deux tirades l’illustre parfaitement [14]. À l’instar de Philopole, qui aime « à outrance et desesperement » [15], « ce que Dom Juan met en acte, c’est une éthique de la quantité » (A. Camus) [16]. Peu importe alors l’origine sociale des femmes convoitées. Philopole prétend aimer « sans party » [17] et Dom Juan « épouseur à toutes mains » le montrera au cours de l’acte II en tentant de séduire Charlotte.
Cette incapacité à satisfaire le désir amoureux a pour corollaire le désir de changement. Philopole affirme qu’il « prend son vol en tous lieux » et vouloir céder son « lieu à un autre », une fois le but atteint. Il attend du sentiment un divertissement pour effacer la monotonie du quotidien. Et Dom Juan, qui veut « aimer de tous côtés » (I . 2), « en divers lieux » (I . 1) et assimile le plaisir au mouvement [18], ne renierait sûrement pas l’explication de Philopole [19]. Le changement est ici perçu comme le remède à la satiété et à l’aliénation. Une fois stabilisé dans la fidélité, l’amour faiblit : « deslors que l’opinion d’un Amour vieillit en nous, c’est la mort » [20], précise Philopole ; et Dom Juan d’ajouter, de son côté : « Tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour » (I . 2). Extinction de la passion, mais aussi fin de la liberté de l’amant. Le libertin refuse de se lier pour échapper à la loi sociale contraignante et maintenir son état de vigilance. « Quoi ? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? » Cette interrogation oratoire fait écho à celle de Philopole : « Pourquoi doncques sera l’homme si aneanty, qu’il veuille terminer son esprit en une seule... » [21].
Dom Juan comme Philopole prônent un certain détachement, garantie de leur liberté. Philopole « feint l’Amour, [plutôt] que de se ranger à l’Amour » et vante ceux qui préfèrent rendre « l’Amour à eux captif, que de se rendre à luy esclaves » [22]. Dom Juan, de son côté, craint la dépendance et la fuit : son hésitation à rompre définitivement, le regain d’intérêt passager pour Elvire (IV . 7), sa double tentative de conquête auprès de Charlotte et Mathurine révèlent une sensibilité et une inclination à l’engagement dont il se méfie et qu’il tente de dépasser par des entreprises multiples.
Détaché de la fidélité, le libertin s’écarte des lois sociales pour y substituer celles de la Nature qui règlent sa conduite. Dom Juan se situe volontiers en marge de l’éthique sociale et ne peut donc être jugé pour ses forfaits [23]. Il déclare dès le début se soumettre aux impératifs « où la nature nous oblige » (I . 2). Le droit de séduire se résorbe dans un devoir moral [24]. Philopole ne l’entend pas autrement lorsqu’il reproche à Monophile son ignorance, « mal recognoissant la Nature, ains quasi la despitant » [25]. Utilisation bien spécieuse, en vérité, des sentences d’Épicure [26], qui apparaissent çà et là, dans les textes de Pasquier et de Molière, avec une telle fréquence qu’on en finit par croire que leurs personnages agissent et parlent comme des Ménippe !
S’ils se vantent d’obéir aux prérogatives de la nature, les libertins ne s’excluent pas de la société, terrain de chasse privilégié et cadre du badinage savant. Reprenant le langage de la « courtoisie », il tente d’en inverser les valeurs à son profit. Le libertinage amoureux s’impose ainsi à l’intérieur d’une tradition dont seule la rhétorique est préservée et reprise à son compte. Si les apparences sont sauves, en revanche le rapport entre les amants est bouleversé. Dom Juan, tout comme Philopole, perpétue l’assimilation de la séduction à l’art de la guerre. La nouveauté réside dans la subversion du code, le rejet de la dévotion pour une dame unique. Dom Juan, en bon démocrate, généralise à toutes le privilège de la séduction. Et enfin, il n’impose aucune borne à sa libido. Le libertin n’a pas de temps à perdre. Et Philopole le répète incessamment : « Bien souvent delaissons l’amour de Dieu, pour faire nostre Dieu en elles » [27]. La satire de l’idolâtrie rejoint la critique des valeurs aristocratiques. Le « faux honneur d’être fidèle » (Dom Juan) explicite ce que laissait entendre Philopole quand il s’interrogeait sur la « profession d’honneur » et assimilait la loyauté à une « sotte opiniastreté » [28]. Le libertin prend ses distances par rapport au rite de la séduction et il dispose d’une gamme élargie d’arguments pour « faindre l’Amour » [29]. Ce que Philopole propose, Dom Juan le réalise. Tous les arguments sont bons pour séduire les jeunes paysannes, de la promesse de mariage à celle d’élévation sociale (II . 3) [30].
Il existe ainsi des analogies fortes entre les points de vue présentés par Dom Juan et Philopole, qui sont renforcées par de profondes similitudes de comportement entre les personnages et les structures littéraires des œuvres.
 
III. QUESTIONS DE FORMES : L’ORATEUR ET LE MONDAIN
 
 
Les idées libertines avancées dans le dialogue et la pièce n’ont d’éclat que parce qu’elles sont portées par deux forts tempéraments qui contrastent singulièrement avec les autres protagonistes. Philopole et Dom Juan nous sont présentés par une tierce personne (la légende précède l’entrée du héros) à l’ouverture des deux œuvres. Ce sont deux gentilshommes déplacés : Philopole est de retour après la campagne du Rhin (1552) et Dom Juan a quitté précipitamment Elvire pour suivre les traces d’une nouvelle femme. Deux gentilshommes qui, désœuvrés, démis de leur rôle social, jettent leur dévolu par compensation sur le beau sexe. À la négociation diplomatique et à la guerre succèdent le devis galant et la joute oratoire. Pour les deux personnages, la réflexion sur les stratagèmes amoureux présente plus d’intérêt que l’objectif atteint. Et c’est ce qu’a retenu Pasquier, tout autant que Molière qui met en scène un héros peu chanceux dans ses manigances. Les deux libertins dominant le dialogue et le drame se signalent encore par leurs bravades. Malgré la tonalité de leur discours, tous deux sont forcés au repos (Philopole) ou à la fuite (Dom Juan) [31]. En ce sens, la réflexion sur le libertinage amoureux accompagne une « démolition du héros » (P. Bénichou). Réduit au plaisir de l’échange verbal (Philopole) et aux entreprises hasardeuses (Dom Juan), le libertin apparaît sous son masque : « Grand seigneur peut-être : mais homme pour tout potage » (G. Defaux) [32].
Une différence sépare tout de même Philopole de Dom Juan : le premier se voit contraint, par oisiveté, à échanger des propos défiants face à des interlocuteurs rassemblés dans un locus amœnus ; le second ne tient pas en place et, à partir de la scène 1 de l’acte II qui déclenche l’action, va errer d’un « palais » à « un hameau de verdure », du hameau à une forêt, de celle-ci à un temple, puis à une chambre et enfin à une ville. Mais quelle que soit la force de ces échanges, l’impression dominante dans le dialogue est celle d’une minisociété galante, éloignée de la Cour et des activités traditionnelles de l’aristocratie, et réduite à débattre de questions frivoles. Divertissement d’une société policée ou succédané d’une activité de la noblesse dont elle a été dépouillée, la conversation signale chez Pasquier et Molière une remise en question des valeurs tout autant qu’un désœuvrement de la classe aristocratique.
Outre leur appartenance au même milieu social, les deux libertins possèdent un tempérament entier. Philopole est présenté comme un seigneur aguerri, « d’un cœur gay et François », « plaisant, ouvert et joyeux », « adonné à toutes [les femmes], sans faire estat d’une seule » [33]. C’est à peu près le portrait que Sganarelle peint de son maître, même s’il est plus précis et riche en couleurs : « C’est un épouseur à toutes mains [...] en divers lieux ». Ce qui les définit tous deux, c’est une tendance à la mégalomanie dans leur conception de l’histoire. Ils construisent leur personnalité à partir du mythe. C’était déjà, du reste, un trait du libertin chez Tirso de Molina et de Villiers. Dom Juan paraît grand parce qu’il « crée son propre mythe » (O. de Mourgues) [34], non sans une certaine autodérision [35]. Et, avant lui, Philopole en faisait de même en des termes dont la similarité est frappante [36].
Par ailleurs, d’autres caractéristiques confèrent une épaisseur psychologique aux deux libertins. L’impatience d’abord [37], l’hypocrisie ensuite [38]. Autre trait marquant : l’ironie, arme souveraine dont use le libertin pour faire preuve d’ « esprit ». À cet égard, les deux personnages brillent. Ce qui les distingue tient aux moyens littéraires utilisés par les deux écrivains. Dans le dialogue, il faut l’intervention de Pasquier (le commentaire d’auteur qui décrit les effets des boutades de Philopole sur les autres devisants) pour souligner l’ambiguïté des intentions et déjouer le stratagème de son personnage [39] ; dans la pièce, Molière recourt à des moyens plus discrets de mise en scène, pour révéler la réalité qui se cache sous la feinte. Audacieux et provocateur, le libertin joint le geste à la parole. Philopole ne se contente pas de défendre ses idées ; il les met en pratique par un badinage osé [40].
Manipulateurs, les libertins s’affirment surtout comme de beaux parleurs. Philopole recourt à toutes les ressources du langage (ambiguïté, ambivalence, jeux de mots) et du savoir [41], et Dom Juan se fait rhéteur sophiste, « convaincu qu’on peut toujours, par le langage, créer les apparences d’une justification » (J. Guicharnaud) [42]. Sa tirade de l’inconstance est, à cet égard, exemplaire. En virtuose, il joue avec les signes, garde intact le code mais en inverse le contenu [43]. Il y a en effet « de l’orateur chez ce mondain » (P. Dandrey) [44] qui ne cesse de recourir à l’autorité de Dieu pour masquer ses desseins (V . 1-3) et pour déstabiliser ses interlocuteurs. Chez Pasquier, les protagonistes constatent « par quelle rhétorique ce Gentilhomme [Philopole] nous veut pallier un vice sous une grande couverture, qui est Dieu » (p. 75).
Cette stratégie de domination verbale, le duel oratoire, « la dispute » qui informe le dialogue et le drame, repose sur la technique du contre-pied. La mise en scène de deux conceptions opposées de l’amour (selon le mode de la disputatio médiévale) non seulement dynamise l’échange verbal mais aussi oriente les jeux de scène, souligne le contraste psychologique des personnages, leurs contradictions internes et leurs revirements parfois. En clair, le discours encomiastique de l’inconstance chez des gentilshommes est un paradoxe, une opposition farouche à l’opinion commune (la doxa) et un conflit scénique – verbal chez Pasquier, oral et gestuel chez Molière.
Nous ne reviendrons pas ici sur la place et le statut des paradoxes dans Dom Juan, ni sur l’importance de ce trope depuis le Moyen Âge jusqu’à l’Âge classique. C’est le cœur même de l’ouvrage de P. Dandrey. Mais nous voudrions rapprocher à nouveau le dialogue de Pasquier et la pièce de Molière dans leur usage respectif du paradoxe. Dans les deux textes, celui-ci est un instrument de conquête qui met en valeur l’art de l’estocade. Parce qu’il prend la forme d’un éloge, ce type de discours entraîne deux effets opposés et simultanés : l’affirmation de la valeur positive d’un objet et d’une notion, perçus négativement par la tradition. L’éloge paradoxal se voit ainsi tendu par deux forces contraires : la déclamation encomiastique et la contestation. On comprend pourquoi depuis l’Epicureus et les Colloques d’Érasme, les humanistes ont élu cette forme spécieuse de raisonnement.
Mais le plus intéressant ici, c’est que ce trope, par son éclat, s’impose comme un déclencheur dialogique. Le paradoxe ou discours de la subversion, sans engager nécessairement la conscience du locuteur, implique une vive réaction de l’interlocuteur, appelle une réplique. Un duel s’engage qui a pour but sans doute moins de proposer une vérité inacceptable moralement que de remettre en question les idées reçues. On le voit bien dans le Monophile, entièrement construit sur une disputatio opposant deux adversaires aux idées irréconciliables (Monophile-Philopole), assistés d’auxiliaires (Charilée-Glaphire), et qui se verront repoussées finalement par l’autorité d’un observateur discret, la persona de Pasquier, qui intervient pour imposer son point de vue. Deux séries de déclamations tranchées par un jugement final.
On est très près du Dom Juan dont les jeux d’oppositions renvoient à deux types de discours : la doxa, contestée par la voix du libertin. La distribution des scènes reflète cette opposition idéologique (I . 1 et 2, etc.) et la « dispute » n’est pas absente du drame. Si Dom Juan adresse seul à un valet contraint au mutisme sa tirade de l’inconstance, celle-ci
ne doit pas être comprise comme un procédé d’exposition [...]. La tirade n’est pas un monologue au seul usage du spectateur. C’est une réplique à une provocation, au cours de laquelle le personnage, par sa nature, est entraîné au-delà d’une simple réponse (J. Guicharnaud). [45]
Toutes les grandes déclarations de Philopole et de Dom Juan fonctionnent comme des contre-attaques pour riposter contre l’autorité ou le préjugé. La « dispute » paradoxale a pour enjeux la domination interpersonnelle par la maîtrise de l’éloquence et l’exercice de la pensée [46].
Les attaques, les ripostes, les esquives de la communication orale font partie d’un jeu scénique qui signale les mouvements, avancées et reculs des interlocuteurs. On l’a vu, toute théâtralité n’est pas absente du dialogue de Pasquier. Les parenthèses, les interventions d’auteur, l’effacement d’un narrateur observant la scène puis intervenant dans la conversation (deus ex machina) montrent assez que le dialogue a pour fonction de représenter un débat au moyen de personnages jouant un rôle bien défini. Un seul lieu, certes, mais où les échanges verbaux prennent en charge l’action des devisants. Chez Molière, de son côté, les nombreux sermons, tirades, plaidoiries ou réquisitoires, interrompus par l’action, occupent la plus grande partie de la pièce. Au point qu’on se demande parfois si le sujet véritable n’est pas les enjeux de la parole et si le dialogue comme joute oratoire ne s’est pas substitué au duel physique, suggéré ou absent de la scène (III . 3 et 4).
Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’être frappé par les nombreuses coïncidences d’idées et de registre, de ton et de forme, qui rapprochent le Dom Juan de Molière du Monophile de Pasquier. Dans des conditions socio-historiques voisines, marquées par la contestation idéologique et l’émergence d’une littérature anticourtoise (à quelle époque n’a-t-on pas vu la culture engendrer une contre-culture ?), les deux textes présentent des similarités qui ne peuvent être le simple fruit du hasard. Molière connaissait-il l’œuvre de Pasquier ? Sans doute ; il ne pouvait ignorer que son nom avait été très tôt associé à celui du légendaire Vanini. Avait-il lu le Monophile ? Peut-être, mais on ne saurait prétendre à coup sûr percevoir dans Dom Juan une interprétation théâtrale du Monophile ou une filiation directe avec ce dialogue. On ne peut qu’avancer prudemment que Dom Juan déclame une tirade de l’inconstance qui décalque un modèle livresque antérieur. Et la réaction de Sganarelle, « à prendre comme une didascalie » (M. Vernet) [47], le montre assez : « Vertu de ma vie, comme vous débitez ! Il semble que vous ayez appris cela par cœur, et vous parlez tout comme un livre » (I . 2).
Pour une fois, et malgré lui, le valet n’a sans doute pas tort.
 
NOTES
 
[1] A. Adam, Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, Paris, Domat, 1956, t. III, chap. 4 ; R. Pintard, Le Libertinage érudit dans la première moitié du XVIIe siècle, Genève-Paris, Slatkine, 1983 (1re éd. Paris, Boivin, 1943).
[2] P. Bénichou, Morales du Grand Siècle, Paris, Gallimard, 1948 ; J. Guicharnaud, Molière, une aventure théâtrale, Paris, Gallimard, 1963 ; R. Horville, Dom Juan de Molière, une dramaturgie de rupture, Paris, Larousse, 1972 ; G. Defaux, Molière ou les métamorphoses du comique : de la comédie morale au triomphe de la folie, Lexington, French Forum, 1980 (rééd. Paris, Klincksieck, 1992) ; M. Vernet, Molière côté jardin, côté cour, Paris, A.-G. Nizet, 1991, en particulier les pages 179-185.
[3] P. Dandrey, Dom Juan ou la critique de la raison comique, Paris, H. Champion, 1993.
[4] Op. cit., p. 27-37.
[5] Voir V.-L. Saulnier, « Proverbe et paradoxe du XVe au XVIe siècle », Pensée humaniste et tradition chrétienne aux XVe et XVIe siècles, Actes du colloque de Paris (1948), Paris, CNRS, 1950 ; J.-C. Margolin, « Le paradoxe, pierre de touche des Jocoseria humanistes », Le Paradoxe au temps de la Renaissance, dir. M. T. Jones-Davies, Paris, J. Touzot, 1982.
[6] Cf. Étienne Pasquier et ses Recherches de la France, Paris, Presses de l’ENS, « Cahiers V.-L. Saulnier », no 8, 1991.
[7] É. Pasquier, Pourparlers, édition critique, Paris, H. Champion, 1995.
[8] Cf. éd. Paris, Sébastien Chappelet, liv. IV, p. 356-357.
[9] L’inventaire de ses livres, au nombre de 350, ne mentionne que les titres des in-folio et in-quarto (cf. M. Jurgens et E. Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe, Paris, Imprimerie nationale, 1963, p. 560-561). En sont donc absents les ouvrages de Pasquier publiés sous un autre format. Mais peut-être figuraient-ils dans la bibliothèque originale de Molière...
[10] Monophile, Paris, E. Groulleau, 1554, cité dans l’éd. de 1610 (Paris, J. Petit-Pas), reproduite par E. Balmas, Milan, Cisalpino, 1957. C’est à cette édition que renverront toutes nos références.
[11] Sur cette question, voir l’ouvrage classique d’E. V. Telle, L’Œuvre de Marguerite d’Angoulême reine de Navarre et la Querelle des femmes, Toulouse, 1937 – Genève, Slatkine Reprints, 1969, en particulier les chapitres II et V.
[12] Pasquier met sans doute en scène sous des noms fictifs et symboliques les propos de certains de ses amis de Paris, G. de Bruès, L. Le Caron, O. de Magny, Ronsard et d’autres, dont les œuvres poétiques font écho à cette date. Cf. notre étude « Le Dialogue de la prose et de la poésie en France à la Renaissance », Réforme. Humanisme. Renaissance, vol. 46, juillet 1998, p. 7-23.
[13] Monophile, éd. citée, p. 101.
[14] Voir aussi Monophile, p. 78, où Philopole rétorque à Monophile que le mariage serait une grave entrave à la satisfaction du désir naturel :Pource, qu’en ceste maniere, se trouveroit l’homme avantagé au desavantage de la femme : car estans reciproquement tous enclins aux aiguillons naturels, qui seroit celuy de nous, qui pourroit jamais vacquer au contentement d’elles toutes ? Ainsi seroit ceste union defectueuse, non toutesfois despourveuë d’aparence et superficie de raison.
[15] Ibid., p. 148.
[16] Le Mythe de Sisyphe, dans Essais, éd. R. Quillot, Paris, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade », 1965, p. 154.
[17] Ibid., p. 148. Contre l’avis de Monophile qui prétend qu’un berger ou paysan « ne voudroit abandonner sa Catin, pour toutes les Dames de France ».
[18] Cf. M. Vernet, op. cit., p. 102-103.
[19]Certainement, j’estime et est mon jugement tel, que la beauté n’est point de telle efficace au fait de l’amour, comme est la varieté. [...] Au contraire, je ne veis jamais qui se lassast de la varieté, voire ne fust trés-aise d’abandonner ceste beauté imaginaire qui luy est acquise, pour parvenir à un changement, encore que ce changement soit peut-estre de moindre merite (p. 156).
[20] Ibid., p. 157. Mais c’est tout le passage qu’il faudrait citer.
[21] Voir aussi p. 200 : [...] je ne m’abastardy jamais jusques à me publier serviteur d’une seule, parce que je ne penserois estre trop ingrat et discourtois envers tout le reste du sexe, pour une seule, abandonner l’Amour d’une infinité d’autres, qui possible meritent autant ou plus estre obeyes, que celle où je consommerois corps et temps.
[22] Ibid., p. 203.
[23] Cf. Villiers, Le Festin de Pierre (1659), v. 1760-1761 : « Quiconque vit ainsi ne peut estre blâmable, / Il suit les sentimens de la Nature [...] ».
[24] Cf. J. Guicharnaud, op. cit., p. 197 : Cette nature est si l’on veut la Nature. Disons qu’elle est celle des libertins du siècle. Mais ce n’est pas son nom qui inquiète ici, c’est le verbe qui suit. Dom Juan nous fait-il comprendre que, la morale établie par les hommes étant si facilement réversible, notre seule obligation est d’obéir aux lois naturelles ?
[25] Op. cit., p. 80. Voir aussi p. 79 : « À mon jugement, Seigneur Monophile, [...] comprenez vous assez mal l’ordre de toute nature ».
[26] Voir G. Rodis-Lewis, Épicure et son école, Paris, Gallimard, « Folio », 1993 ; en particulier les pages consacrées à « La modulation des désirs » (p. 190 et s.).
[27] Op. cit., p. 74. Voir aussi p. 205.
[28] Ibid., p. 79.
[29] Ibid., p. 201.
[30] Cf. Philopole : « Je croy qu’il n’y a femme, tant vertueuse soit-elle, laquelle ores qu’elle ne soit frappée du coin d’amour, et que là ne se puisse attraire, que l’argent ne parfournisse à ce deffaut, qui est d’une nature plus atrayante, que n’est l’aymant envers le fer » (p. 188).
[31] Cf. R. Horville, op. cit., p. 171 : les libertins « transformés en fossiles sociaux, sont contraints, pour libérer leur volonté de puissance, de se livrer à des activités de rechange : la littérature ou la galanterie ».
[32] Op. cit., p. 147.
[33] Éd. citée, p. 64.
[34] « Dom Juan est-il comique ? », dans Molière : Dom Juan, éd. P. Ronzeaud, Paris, Klincksieck, coll. « Parcours critique », 1993, p. 150.
[35] Cf. G. Defaux, op. cit., p. 145 et n. 33. Philopole reviendra sur l’exemple historique en citant les stratagèmes de Philippe de Macédoine (éd. citée, p. 188).
[36] Il est vrai que la comparaison entre le séducteur et le conquérant (Alexandre) est un topos appartenant au fonds de la littérature courtoise (cf. Le Roman de la Rose).
[37] Cf. éd. citée, p. 147, et Dom Juan, II . 2 et 5 ; III . 3.
[38] Cf. Philopole : « De ma part, je sçay, et le voy journellement, celuy estre le mieux venu, qui mieux la sçaura gouverner de quelques gratieux propos, qui mieux luy sçaura la gratter par quelques douces flatteries, et entretenir d’honnestes et exterieures caresses » (p. 205).
[39] Voir des exemples de ce phénomène p. 158, 171 et 200.
[40] Il caresse Charilée : p. 78, 81, 170. Voir aussi les attouchements de Dom Juan en II . 2.
[41] Voir p. 217 où Philopole, filant la métaphore pour répliquer à Charilée, propose comme remède d’amour, au lieu de toute potion pharmaceutique, « que tout homme se sentant travaillé d’Amour, boive de l’eau de ce fleuve Lethe, autrement appellé oublieux, lequel ma Damoyselle Charilée nous a remis en memoire vers la fin de son naufrage ».
[42] Op. cit., p. 197.
[43] Cf. F. Hallyn, « La dernière ruse de Dom Juan ? », dans Molière : Dom Juan, p. 108.
[44] Op. cit., p. 30.
[45] Op. cit., p. 202. Nous soulignons.
[46] Cf. B. Gracian : « Les paradoxes sont des monstres de la vérité [...]. Les idées paradoxales sont triomphes de l’esprit et trophées de la finesse », Art et figures de l’esprit [1647], Paris, Le Seuil, 1983, p. 180.
[47] Op. cit., p. 185.
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[1]
A. Adam, Histoire de la littérature française au XVIIe siè...
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[2]
P. Bénichou, Morales du Grand Siècle, Paris, Gallimard, 19...
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[3]
P. Dandrey, Dom Juan ou la critique de la raison comique, ...
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[4]
Op. cit., p. 27-37. Suite de la note...
[5]
Voir V.-L. Saulnier, « Proverbe et paradoxe du XVe au XVIe...
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[6]
Cf. Étienne Pasquier et ses Recherches de la France, Paris...
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[7]
É. Pasquier, Pourparlers, édition critique, Paris, H. Cham...
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[8]
Cf. éd. Paris, Sébastien Chappelet, liv. IV, p. 356-357. Suite de la note...
[9]
L’inventaire de ses livres, au nombre de 350, ne mentionne...
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[10]
Monophile, Paris, E. Groulleau, 1554, cité dans l’éd. de 1...
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Sur cette question, voir l’ouvrage classique d’E. V. Telle...
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Pasquier met sans doute en scène sous des noms fictifs et ...
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Monophile, éd. citée, p. 101. Suite de la note...
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Voir aussi Monophile, p. 78, où Philopole rétorque à Monop...
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Ibid., p. 148. Suite de la note...
[16]
Le Mythe de Sisyphe, dans Essais, éd. R. Quillot, Paris, G...
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Ibid., p. 148. Contre l’avis de Monophile qui prétend qu’u...
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Cf. M. Vernet, op. cit., p. 102-103. Suite de la note...
[19]
Certainement, j’estime et est mon jugement tel, que la beau...
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Voir aussi p. 200 : [...] je ne m’abastardy jamais jusques...
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Ibid., p. 203. Suite de la note...
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Cf. Villiers, Le Festin de Pierre (1659), v. 1760-1761 : «...
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Cf. J. Guicharnaud, op. cit., p. 197 : Cette nature est s...
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Op. cit., p. 80. Voir aussi p. 79 : « À mon jugement, Seig...
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Op. cit., p. 74. Voir aussi p. 205. Suite de la note...
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Ibid., p. 79. Suite de la note...
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Cf. Philopole : « Je croy qu’il n’y a femme, tant vertueus...
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Cf. R. Horville, op. cit., p. 171 : les libertins « transf...
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Éd. citée, p. 64. Suite de la note...
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Cf. G. Defaux, op. cit., p. 145 et n. 33. Philopole revien...
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Il est vrai que la comparaison entre le séducteur et le co...
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Cf. Philopole : « De ma part, je sçay, et le voy journelle...
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[39]
Voir des exemples de ce phénomène p. 158, 171 et 200. Suite de la note...
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Il caresse Charilée : p. 78, 81, 170. Voir aussi les attou...
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Op. cit., p. 30. Suite de la note...
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Op. cit., p. 202. Nous soulignons. Suite de la note...
[46]
Cf. B. Gracian : « Les paradoxes sont des monstres de la v...
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Op. cit., p. 185. Suite de la note...