Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130518846
192 pages

p. 379 à 381
doi: en cours

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n° 212 2001/3

2001 XVIIe siècle

Avant-propos

Daniel Vaillancourt Marie-France Wagner
Le XVIIe siècle, à toutes fins pratiques, voit la disparition, en territoire français, de cette fête de cour ancienne que sont les entrées royales. Fort nombreuses sous Henri IV et Louis XIII, elles sont frappées d’une certaine désuétude sous le Roi-Soleil. Objet diversifié, événement et monument, prise de parole ritualisée et espace livresque, architectures éphémères qui s’inscrivent dans la pierre des villes, condensation rhétorique et codification emblématique, l’entrée solennelle est tout cela, de telle sorte qu’il paraisse difficile d’en faire l’économie et de la réduire dans l’enclos d’un genre aisément identifiable. Le lecteur pourra ainsi se promener sur les diverses scènes et les diverses avenues qu’elle ouvre et qui ont été explorées, dans ce numéro, par des chercheurs de différentes disciplines, réunis à l’occasion d’un colloque à Montréal qui s’est inspiré grandement des travaux riches en enseignement de Françoise Siguret, ainsi que des premières ouvertures qu’elle avait proposées sur le sujet en travaillant sur les machines théâtrales.
Il est important de cadastrer un certain nombre de problèmes qui forment les nœuds de cette cartographie complexe. Premièrement, bien des articles traitent de la relation entre le pouvoir des villes, à savoir l’idéologie urbaine et la ville, et le pouvoir royal dans le corps de sa représentation. Se déplaçant de la papale Avignon à Paris, capitale du royaume, les chercheurs ont voulu faire voir ce qui restait de la ville sous les oripeaux de la fête. Deuxièmement, l’entrée solennelle participe d’un espace livresque qui conjugue les différentes facettes que sont les traditions iconographiques, les programmes emblématiques et les stratégies discursives et rhétoriques. C’est donc tout un contenu qui est redéployé, analysé, mis en lumière dans ses modes de filiation et dans ses subtiles subversions. Troisièmement, l’entrée qui disparaît est le symptôme d’une évolution des sensibilités et des manières de dire. Elle est, pour ainsi dire, la trace d’une économie qui n’aura plus cours à la toute fin du siècle. Ainsi, plusieurs chercheurs se sont penchés sur ces mutations de l’entrée, soit sur le plan de ses formes qui se modifient en d’autres genres et sur d’autres scènes, soit sur le plan de ces contenus qui se dépouillent.
Ce numéro s’ouvre sur l’article de Christian Biet qui traite des différentes figurations d’Hercule en prenant comme objet l’entrée de Valenciennes en 1680, dans ce territoire nouvellement conquis. Christian Biet montre comment l’entrée royale est toujours le fait d’un pouvoir qui assujettit. Mais cette violence qui orne les différents monuments permet un détournement des signes, qu’il dévoile en effeuillant les diverses couches qui se cachent sous cet Hercule dont l’ « encomiastique casse des briques ».
Retournant en amont du siècle avec l’article de Yann Lignereux, qui étudie l’entrée d’Henri IV à Lyon en 1595, on observe, comme pour Valenciennes, les tensions qui s’exercent entre pouvoir municipal et présence royale, modulées ici en fonction de la représentation du corps royal dans l’espace de la ville. Lyon sera regardé autrement dans le parcours historique du XVIe au XVIIe siècle, par Hélène Visentin qui montre les déplacements des « tableaux vivants » à leur monumentalisation architecturale. Considérant l’entrée sous l’angle du spectacle, Hélène Visentin montre les enjeux de cette désincarnation du spectaculaire au profit de l’architectural. Les entrées du sud-ouest qu’on retrouve dans un certain nombre d’articles (Marie-Claude Canova-Green, Daniel Vaillancourt, Marie-France Wagner) forment un terreau fertile en ce qu’elles laissent voir l’arrière-fond des entrées, soit la violence de la guerre mais aussi la violence des machines dans la ville. Dans l’article de Marie-Claude Canova-Green, il est clairement montré comment les entrées mettent en profil, à coup de monstruosité et d’héroïsme, la rébellion huguenote afin d’assurer la machine de guerre de Louis XIII, comment aussi elles forment des îlots de résistance urbaine, notamment à Marseille.
Un deuxième champ d’intérêt sera celui des mutations de l’entrée, mutations à même les signes de l’entrée mais aussi les transformations et les modifications des dispositifs qui les règlent. L’article de Dominique Moncond’huy considère les variations et les déplacements de l’entrée au livre en prenant comme phénomène la galerie lors de l’entrée parisienne de Louis XIII en 1628. Du livre, Marie-France Wagner traite aussi, mais en observant les prises de paroles dans les harangues, faisant entendre ces voix et leurs silences qui se muent sur la scène de l’opéra. Jean-Vincent Blanchard, en prenant la figure de l’ekphrasis, montre comment dans la description narrative se pétrifient des architectures, tout comme les arcs de triomphe, relisant La Promenade de Versailles qui resserre l’encomiastique, naguère sise dans le tissu urbain, autour du site absolu du pouvoir royal. Ce pouvoir royal qui toujours parcourt et investit les villes est examiné en fonction de son historicité, dans les deux derniers articles de Daniel Vaillancourt et de Jean-Marie Apostolidès. Le premier considère comment la modification de la ville par l’hôte royal n’est plus nécessaire sous Louis XIV. Le second inscrit les entrées dans un programme historique qui montre l’émergence d’une nouvelle idéologie urbaine qu’il place sous l’intitulé du serviteur.
Au bout du parcours, l’entrée royale qui, sous le regard d’études importantes un peu plus anciennes, avait été analysée sous l’angle de sa théâtralité et de sa magnificence, se voit elle-même reconfigurée pour ce qu’elle est : une pragmatique du pouvoir, un coup de force contre les autorités locales, un silence imposé à même les stratégies encomiastiques et la rhétorique jésuite. Objet, certes polyphonique, qui allie tant les figures de la fête impériale que les noises de la querelle romanisée, l’inventio érudite et les symboliques en feuilletés, l’entrée solennelle, dépense somptuaire, demeure un territoire qui, dans les marges où il s’énonce, est riche d’enseignement tant sur l’histoire des villes, des formes littéraires et artistiques, des dispositifs politiques et des pratiques sociales et culturelles.
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