Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130518846
192 pages

p. 405 à 417
doi: en cours

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n° 212 2001/3

2001 XVIIe siècle

Les « trois corps du roi ».

Les entrées d’Henri IV à Lyon, 1594-1596

Yann Lignereux Centre Roland-Mousnier, Université Paris-Sorbonne.
Si le souvenir de l’entrée d’Henri IV à Lyon le 4 septembre 1595 est demeuré vivant dans les mémoires, au point d’avoir inspiré à des artistes du début du XIXe siècle une vue de l’événement exécutée dans le style « troubadour » [1], l’entrée en elle-même ne doit pas occulter, dans les fastes déployés alors, le souvenir d’autres événements qui l’ont autorisée, déterminée et prolongée, et sans lesquels la saisie complète de ses significations demeure imparfaite.
En effet, l’entrée royale [2] ne doit plus être considérée de manière exclusive pour apprécier son efficacité politique et ses ressources symboliques mais son étude doit nécessairement s’élargir à ce qui l’a rendue possible et qui rend de même possible le prolongement de ses effets une fois les harangues prononcées et les arcs triomphaux renversés.
Il faut, dans cette perspective, reconstituer une véritable chronique de l’événement, élargir la perception de celui-ci pour l’arracher à son cadre circonstanciel immédiat afin d’en proposer, non plus une monographie statique et formaliste qui pourrait nier, dans ses formes les plus radicales, son historicité, mais au contraire, une lecture dynamique qui prenne en compte son existence à la fois propre et relative : c’est-à-dire, d’une part, les discours et les formes symboliques qui constituent la matière même de l’entrée et qui tendent à faire de cet événement un moment d’éternité dépourvu d’histoire, et d’autre part, sa chronologie factuelle et historique qui montre son double fonctionnement – à la fois aboutissement et pivot – au sein d’une série plus large d’événements complémentaires et organisés dont la vocation est de représenter le triomphe du roi sur la ville anciennement rebelle à son autorité.
Aussi, pour éclairer le sens du titre donné à cette étude, nous voulons montrer ici comment Henri IV est entré trois fois à Lyon bien qu’il n’y fût réellement présent que du 21 août au 24 septembre 1595 : le spectacle de sa personne parcourant les rues de la cité rhodanienne le 4 septembre 1595 n’étant qu’une des figures – la plus spectaculaire sans doute – d’une entrée royale dont la particularité ici fut d’être « polymédiatisée » et dynamisée sur deux années, utilisant toutes les ressources d’un corps royal idéologiquement étendu aux dimensions de son royaume et présent dans chacune de ses institutions, afin de mieux assurer le retour de l’ancienne ville ligueuse à l’autorité du monarque et la perpétuité de son allégeance.
Dès le jour de l’insurrection lyonnaise de février 1594 pour réduire la ville au pouvoir d’Henri IV, le roi est présent dans sa bonne ville retrouvée ; deux ans plus tard, il y fera son retour pour rétablir la force et l’autorité de sa justice : entre-temps, il est venu montrer aux Lyonnais le spectacle de sa royale personne. Ces trois moments sont ainsi organiquement liés dans la production progressive et complémentaire d’une image idéale de la royauté, à la fois absolue et familière, et dans la démonstration d’une pratique du pouvoir henricien à l’égard de Lyon qui prend la forme d’une entrée royale continuée [3] afin de pérenniser la réconciliation du monarque et de son royaume.
 
LES INFIDÉLITÉS D’UNE VILLE
 
 
Il n’est pas ici question de reprendre, même de façon succincte, l’histoire de Lyon durant la Ligue – à laquelle elle adhère le 24 février 1589, les consuls lui prêtant serment de fidélité le 2 mars, pour s’en dédire le 7 février 1594 – mais, dans l’optique qui nous occupe, nous voulons tout d’abord mettre l’accent sur les mutations de la figure royale à cette époque et apprécier, dans le contexte lyonnais, l’ébranlement de sa symbolique, pour mesurer ensuite le rétablissement de cette image royale dès les premiers jours du retour à son obéissance.
Si, derrière la fiction de la lieutenance générale du royaume assumée par le duc de Mayenne, demeure l’idée d’une unité territoriale maintenue dans sa forme monarchique, les adversaires de la Ligue ont beau jeu de dénoncer en ce royaume autant de principautés autonomes qu’il y a de provinces et autant de roitelets [4] et de « phaetons » [5] qu’il y a de villes. Lyon n’échappe pas à la règle et, sous la conduite de son jeune gouverneur, Charles-Emmanuel, duc de Nemours [6], frère utérin de Mayenne, elle semble faire figure de capitale souveraine d’une principauté en cours de constitution, réunissant les provinces du Lyonnais, du Forez, du Beaujolais, d’Auvergne, du Bourbonnais et de la Marche grâce à l’appui du duc de Savoie son cousin. C’est ce double démembrement – du territoire et de la royauté en principautés multiples et en princes ambitieux – qui est alors mis en avant par les acteurs de l’insurrection du 21 septembre 1593 afin de justifier leur prise d’armes et l’emprisonnement dans le château de Pierre-Scize de leur ancien gouverneur. Ainsi, pour l’auteur du Discours en forme de déclaration. Sur les causes des mouvements arrivez à Lyon... [7], c’est l’évolution tyrannique du gouverneur, accentuée après sa brillante participation à la défense de Paris, qui est responsable de sa chute. Son obstination à se rendre le maître absolu des volontés de ses gouvernés et ses prétentions à une souveraineté territoriale nouvelle, justifient la résistance des Lyonnais, attachés à leur appartenance au royaume de France et désireux de conserver leur ancienne coutume :
Au lieu d’estre sur nous comme un pere sur ses enfans, il s’est evertué de nous traicter comme serviteurs : a changé l’obeyssance volontaire, en un service forcé, pour cimenter une espece de souveraineté au sang de noz citoiens. [8]
Ces débordements ne lui suffisant plus, le duc de Nemours ensuite « a fait rayer le tiltre de Gouverneur sur le front de ses ordonnances, et commissions : soit qu’il le trouva peu sortable à ses actions, et aux qualitez de Prince, de Duc, et de Pair de France : soit qu’il pensa le convertir en un plus grand » [9], l’auteur faisant ici allusion non seulement à ses prétentions régionales mais aussi au trône de France même, qu’il aurait convoité lors des États généraux de 1593.
En réaction à ces changements, perçus comme une régression scandaleuse à un état de barbarie, et au chaos dans lequel Lyon perdait sa véritable identité pour emprunter les traits monstrueux d’une ville dévoyée [10], les partisans d’Henri IV assurent le rétablissement de l’ordre ancien du monde par le retour de tous à l’autorité monarchique. Si Antoine du Verdier, s’adressant à la ville et à la province de Lyon, évoque la rébellion qui « desfiguroit sa beauté » [11] et si Pierre Matthieu parle des derniers troubles du royaume comme un « changement le plus denasturé, l’entreprise la plus aveugle, le desvoyement le plus sale qui jamais altera republique » [12], il s’agit pour les royaux de dénoncer les errances d’une ville passée de la « liberté française » à la « servitude étrangère » [13] dans l’ignorance de son roi naturel.
Aussi la seconde insurrection de février 1594 est-elle tout entière déterminée par le souci d’échapper cette fois à la mainmise étrangère après avoir surmonté le risque de voir la province délibérément démembrée du royaume. Les textes cités plus haut abondent en dénonciations, critiques et attaques diverses contre l’Espagne, en particulier contre Philippe II et le duc de Terranova, gouverneur de Milan, que les Lyonnais soupçonnent de préparer l’invasion de leur ville depuis l’Italie, à la tête d’une armée puissante, renforcée des troupes du marquis de Saint-Sorlin, frère de l’ancien gouverneur déchu et emprisonné. En relation avec les forces du colonel Alphonse d’Ornano, lieutenant-général du roi en Dauphiné, un certain nombre d’échevins préparent alors l’insurrection de la ville pour la ranger à l’autorité du roi : plus qu’un devoir politique conjoncturel, il s’agit pour les propagandistes de la monarchie d’affirmer et légitimer la nécessité d’un geste naturel consistant pour la ville à se réconcilier avec elle-même dans la découverte de son roi légitime et dans la dénonciation d’un serment trompeur. Cette dimension du discours monarchique est particulièrement importante chez Antoine du Verdier pour qui « la ville de Lyon, est l’une des trois fleurs de Lys de vostre Ecusson de France, laquelle les violentes factions des rebelles avoyent effacé, avec parties des autres deux : mais ils ne l’ont peu de tant racler qu’elle ny paroisse maintenant entière » [14]. Pour l’auteur du Panathenaique, qui est une exhortation de Lyon, Orléans... [15], il s’agit aussi d’une renaissance pour la ville dans sa réduction à son obéissance naturelle, tandis que l’auteur de la Responce de Pierre La Coignée à une lettre... [16] évoque lui aussi l’idée d’une résurrection urbaine.
Ce ressourcement n’est en définitive rendu possible selon les agents du souverain que si la ville accueille, dans une repentance politique et symbolique, le roi en ses murs, et qu’à son échelle, elle manifeste cette alchimie politique qui unit le roi et son royaume, remerciant Dieu d’avoir rendu « le Royaume au Roy et le Roy à son Royaume » [17] et de lui avoir montré enfin « qu’il y avoit encore place pour l’effigie du Roy au palais » [18].
Aussi, après avoir évoqué cette double infidélité – au roi et au royaume – caractérisant la ville ligueuse, il nous faut désormais entamer la démonstration proprement dite de notre thèse qui affirme la présence immédiate du roi dans sa ville retrouvée et l’enrichissement symbolique de cette présence au cours des deux années suivantes à travers trois entrées partielles et complémentaires.
 
LE ROI DANS SA VILLE
 
 
Lors du soulèvement (débuté dans la nuit du 6 au 7 février 1594), un récit de l’insurrection et un placard de facture germanique [19], nous font part d’un événement singulier : alors que la ville, le 7 février au matin, semble encore hésiter sur le parti à tenir – se maintenir sous l’autorité du duc de Mayenne ou rejoindre véritablement le camp royal [20] –, l’un des principaux instigateurs du soulèvement – certainement l’échevin et capitaine pennon Jacques Jacquet – fait suspendre le 8 février à l’une des fenêtres de la façade principale de la Maison commune de la ville, un tableau représentant le roi [21] qu’il fait acclamer par le peuple, tandis que les autres conjurés font distribuer dans les rues de la cité des rubans, des panaches et des écharpes blanches, couleurs du roi [22]. La ville se prononce alors résolument en faveur d’Henri IV et en début d’après-midi, ses portes sont ouvertes pour laisser entrer le colonel d’Ornano, venu du faubourg de la Guillotière, qui, depuis le pont du Rhône jusqu’à l’archevêché, parcourt la ville sous les acclamations populaires, précédé par trois trompettes qui, à chaque carrefour, sonnèrent selon les instructions du Consulat.
Si l’on considère l’état dans lequel se trouvait la royauté sous la Ligue (il suffit de simplement penser ici aux attaques contre Henri III), il est nécessaire de comprendre ce tableau comme un véritable substitut de la personne royale réalisant cette union idéale de la ville et du monarque et affirmant, selon le mode performatif, le rétablissement de l’ordre ancien des choses. Toutefois, il ne s’agit pas encore du roi Henri IV comme incarnation physique et conjoncturelle de la Royauté, mais bien de l’idée générale de la monarchie, immuable et éternelle, comme le montre plus attentivement l’étude de ce portrait.
En effet si l’on célèbre alors Henri IV dans cette démonstration d’allégeance, c’est davantage à l’État, au Pouvoir royal, à la Royauté restaurée dont il est le représentant que la ville se soumet et à qui elle obéit. Sur la base du modèle idéologique des deux corps du roi mis en évidence par E. Kantorowicz [23], un double phénomène est alors à l’œuvre dans cet échange symbolique de légitimité : d’une part, le roi est réintégré dans la cité par ce « portrait » et, d’autre part, celle-ci est réincorporée simultanément dans le royaume incarné par ce roi de peinture.
Précisément, la représentation du roi « au naturel » figure paradoxalement un roi décontextualisé, présenté comme une figure d’éternité : la ressemblance avec le roi bourbon est seulement suggérée ici par le bas du visage tandis que toute la personne d’Henri IV disparaît derrière les emblèmes traditionnels de la royauté – écharpe blanche, armes de France –, les armoiries du roi de Navarre ni son chiffre personnel n’étant représentés... Il s’agit là d’un défaut d’identification que l’on peut présumer volontaire et dont la finalité est de désincarner le prétendant au trône – le sacre n’ayant lieu que vingt jours plus tard même si depuis la mort d’Henri III, il en est le successeur légitime – et le « fondre » dans un modèle royal idéal : la harangue prononcée par le capitaine pennon [24] participe bien, elle aussi, de cette occultation d’Henri IV puisqu’on n’y parle alors que du « Roi » sans autre précision. En quelque sorte, il s’agit plus d’un emblème de la royauté que du roi lui-même, tous les différents attributs de la première étant successivement déclinés. L’Éternité et la Divinité tout d’abord, illustrées ici par la mandorle [25] figurée par les deux branches de lauriers ; la Tempérance, illustrée par la main passée à la ceinture ; la Maîtrise tout entière exprimée par cette pose en pied solennelle ; la Force, symbolisée par l’armure, le casque et l’épée ; l’Imperium enfin dans le bâton de commandement et les armes de France pour désigner le Royaume.
Dans les jours qui suivent l’insurrection, ce tableau – véritable icône royale fonctionnant comme « réelle présence » du roi – est transporté dans la ville et placé enfin sur la place des Changes, la place la plus importante alors de la ville, pour être l’objet d’une prise de connaissance des Lyonnais pendant une semaine et recevoir les manifestations de leur soumission et de leur joie [26], consacrant cet échange de légitimité et témoignant performativement de la réconciliation de la ville avec son roi légitime et naturel dans la personna ficta de ce dernier : simultanément le roi est de retour dans sa ville et la cité est de nouveau dans le royaume.
Si dans cette première « entrée royale », la figure du roi semble donc occultée par la représentation de la Royauté et l’affirmation de l’État, d’autres cérémonies, d’autres événements viennent ensuite mettre en avant le roi comme individu « charismatique » ou illustrer la fonction principale de celui-ci. Si dans ce premier portrait, c’est la Royauté qui précède le roi, dans l’entrée royale de septembre 1595, il semble que le rituel politique et symbolique mette alors la personnalité du roi régnant au cœur de la célébration de la fonction royale afin de rendre plus « sensible » le lien rétabli entre Henri IV et ses sujets.
 
LE ROI AU CœUR DE SON ENTRÉE
 
 
Longtemps attendue et régulièrement différée en raison des nécessités militaires du royaume – prise de La Capelle, siège de Laon, menées du comte de Fuentes en Picardie – la venue du roi dans sa province est aussi présentée comme une nécessité stratégique par Bellièvre, présent à Lyon depuis le mois de juin 1594 en qualité de superintendant de la justice, police et finance de la province, en raison de la menace des troupes savoyardes et ligueuses conduites par le duc de Nemours (qui s’est évadé le 26 juillet 1594) et des conspirations internes contre lesquelles par deux fois, en août 1594 et en février 1595, les royalistes doivent agir. De son arrivée à Lyon jusqu’à l’entrée du roi dans la cité rhodanienne, Bellièvre ne cesse en effet dans sa correspondance de s’efforcer de convaincre le roi de la nécessité de sa venue dans la région, présentée comme le seul remède pour raffermir ses partisans et effrayer ses ennemis [27].
Enfin c’est à l’issue d’une campagne militaire conclue par la victoire de Fontaine-Française, le 5 juin 1595, que le roi triomphant entre à Lyon le 21 août pour y faire son entrée solennelle le 4 septembre [28].
Il n’est pas dans notre intention ici d’étudier cette cérémonie dans sa totalité – nous renvoyons pour cela le lecteur aux études qui lui ont été précédemment consacrées et qui sont mentionnées en note plus haut – mais, bien plutôt, de mettre en évidence la nature de sa relation avec la précédente « entrée » du roi en février 1594, au sein d’un système de représentation, progressif et complémentaire, du roi dans sa cité, prenant délibérément le parti d’échapper à l’aveuglement spectaculaire déployé alors pour essayer de restituer une dynamique de l’œuvre royale dans ces années de restauration de l’autorité monarchique.
Si, dans l’événement étudié plus haut il s’agissait de montrer symboliquement que l’État royal supratemporel réintégrait en son sein la ville rebelle, dans l’Entrée de 1595, c’est davantage le Prince, l’individu royal qui investit la Cité et qui l’occupe par la saturation de l’espace urbain des signes et des attributs de sa personnalité. Aux marques de la souveraineté qui évoquaient la perpétuité « anonyme » de la fonction royale, cette cérémonie personnalise la royauté par l’exaltation des qualités propres du souverain, figeant le temps dans un présent héroïque et perpétuel. Nous ne retiendrons à l’appui de notre démonstration, que quelques éléments, privilégiant dans l’exaltation du roi médiatisée par les arcs triomphaux et les autres appareils de l’entrée, tout ce qui se rapporte à l’histoire personnelle du souverain qui parcourt les rues de la ville sous les yeux de tous ses habitants, sous un dais de drap d’or, enrichi de fleurs de lys, portant ses armes, son chiffre et ses devises [29].
Au concert des vertus du roi traditionnellement évoquées et aux préceptes politiques habituellement rappelés dans ce genre de cérémonie, une attention toute particulière est donnée aux qualités propres du souverain : la Piété et la Clémence principalement en ces temps de pacification, tandis que la Force et le Courage sont actualisés dans l’évocation des victoires d’Arques, d’Ivry et de Dijon [30] au port Saint-Éloi. À la place du Change, le Consulat a fait édifier un Temple [31], dédié à la mémoire de la maison de Bourbon et d’Albret, afin de rendre plus familières aux Lyonnais, l’origine et la légitimité « fatale » [32] du souverain, tandis que ce souci de continuité « dynastique » est évoqué à nouveau dans l’arc de la rue Saint-Jean [33] avec les statues d’Henri III et d’Antoine de Navarre.
Quelques jours plus tard, Henri IV nomme son fils, César, duc de Vendôme, alors âgé d’un an, gouverneur de la ville, manifestant ainsi le lien personnel qu’il entend établir entre lui et la cité.
L’entrée de septembre 1595 est bien celle d’un roi en majesté comme elle est aussi le moment d’une familiarité relative entre celui-ci et son peuple qui le voit alors traverser la cité et renouveler les premiers effets de sa présence introduits dans la ville à la faveur du premier portrait de février 1594.
Mais pour prolonger le bénéfice d’une ville raffermie dans sa fidélité au roi, il est nécessaire pour celui-ci d’accomplir et d’achever les prémices d’un retour à l’ordre royal que ses « séjours » n’ont pu qu’amorcer et dont on peut craindre que les bons effets s’évanouissent une fois le spectacle de l’entrée oublié, malgré les publications qui tendent à parer à ce risque en s’érigeant en véritable monument de papier [34]. Au roi réintroduit dans la ville, à Henri IV en personne la parcourant, il semble nécessaire d’ajouter le prolongement de la présence du roi dans sa cité à travers la mise en œuvre de la première des fonctions souveraines : l’exercice de la justice. C’est sur l’étude de ce corps royal de justice à Lyon que nous voulons terminer ce triptyque des entrées du roi à Lyon.
 
LE ROI DE JUSTICE DANS LA VILLE
 
 
À la demande des Lyonnais qui réclament, dès leur retour à l’autorité royale [35], le rétablissement du bon fonctionnement de la justice, Henri IV accorde la tenue d’une session des Grands Jours dans leur ville du 14 août au 7 décembre 1596 [36]. S’il n’est pas dans notre intention de proposer ici une étude entière de ce séjour, ce qui nous intéresse en revanche, c’est l’appareil « publicitaire » qui entoure cette institution ; ce qui nous retiendra consiste, non pas dans la saisie de son efficacité réelle, mais dans l’appréciation de sa vocation à assumer une présence royale continuée dans la ville à travers la démonstration de sa dimension judiciaire, vertu royale par excellence. Il importe au roi de l’âge d’or de donner en effet un commencement d’exécution au rétablissement du bon ordre judiciaire dans son royaume, comme il lui est nécessaire également d’affirmer l’ubiquité de sa présence dans toutes les provinces de celui-ci. L’institution des Grands Jours accomplit cette double exigence en proclamant et exerçant le retour de la justice royale d’une part, et, d’autre part, en se présentant comme l’un des corps du roi dont la présence doit suffire à éloigner les vices et les menaces présents dans et au-dehors de la ville [37].
Les 33 membres du Parlement de Paris et du Conseil du roi conduits par le président Forget incarnent ce roi de justice dont les thuriféraires célèbrent le retour. Dans le discours qu’il prononce pour saluer le départ de cette cour de justice extraordinaire, Balthazard de Villars, lieutenant général de la Sénéchaussée, évoque ainsi cette présence royale continuée dans la ville et dont les effets ne peuvent plus désormais être occultés :
Monsieur, ceste compagnie d’officiers se represante devant nous pour rendre graces a nostre bon roy en vostre personne du soing paternel qu’il ha de tous ses subjetz, et qu’il ha eu de ses provinces lesquelles il ha visitees par l’envoy de la court des grands jours en laquelle vous tenes le premier rang. [38]
Cette présence du roi dans la ville, ainsi rétablie et raffermie à travers ces trois manifestations exceptionnelles, est prolongée ensuite sur un mode plus ordinaire par les gouverneurs qui se succèdent à la tête de la province et qui incarnent localement ce « roi présent partout » dont la Ligue avait dispersé l’unité et la force aux quatre coins du royaume en autant de pouvoirs autonomes.
Cette étude de l’entrée royale de septembre 1595 à Lyon entendait proposer ainsi une lecture originale de la cérémonie de l’Entrée solennelle en essayant de voir, derrière le formalisme statique et cérémoniel qui la constitue sur le mode du spectaculaire, la dynamique qui la relie à d’autres événements afin de réapprécier son rôle et ses ressources dans une compréhension plus large des mécanismes de la pacification du royaume et de la restauration de l’autorité monarchique.
Cette dynamique d’un corps royal démultiplié répondait conjoncturellement alors à la nécessité de restaurer la plénitude d’un imaginaire royal mis à mal durant la Ligue ; passé ce temps de reconquête, l’ambition du pouvoir royal tendra à réduire cette pluralité de la représentation en un corps unique et absolu.
L’Entrée n’est donc pas seulement le lieu d’une manifestation symbolique et spectaculaire des légitimités du souverain ; elle est en elle-même une action de ce pouvoir, et le caractère d’absolu qu’elle revendique ne doit pas occulter sa participation relative à un système de représentation du souverain dans la province dont l’un des caractères est de prétendre à la spontanéité de la reconnaissance populaire, manifestée dans la réception magnifique du roi dans sa « bonne ville », et occultant tout le travail d’une occupation progressive et expansionniste de la ville par l’image du roi. En ce sens, les artistes évoqués en introduction, témoignent, deux siècles plus tard, de la réussite de cette politique forgée par un roi omniscient, omnipotent et surtout désormais omniprésent dans chacune des villes de son royaume.
Agrandir l'image 1L’entrée d’Henri IV en sa bonne ville de Lyon, le 4 septembre l’an 1595, gravure attribuée à Jean Perrissin, cliché BNF Lk7 4356
Agrandir l'image 2La nouvelle véritable venant de la ville de Lyon de ce qui s’est produit comme joie, une fois qu’elle s’est rendue au roi de Navarre, le 7 février de l’année 1594, cliché BNF, Cbt. des Estampes M 88372
 
NOTES
 
[1] « Vue du fort de Pierre-Cise et de l’entrée solennelle de Henry IV à Lyon, en 1595 », gravure qui prend place dans l’Atlas du Voyage pittoresque et historique à Lyon et sur les rives du Rhône et de la Saône, par M. F.-M. Fortis, gravé par B. Piringer, d’après les dessins de M. Wery bourgeois, et ceux de l’auteur, terminé par les artistes les plus distingués, à Paris, de l’imprimerie de P. Didot l’aîné, imprimeur du roi, M.DCCC.XIX.
[2] Quant à cette cérémonie politique, nous renvoyons aux bibliographies présentées dans ce volume, à l’édition des actes du colloque des 10 et 11 mai 1996 tenu au château de Pau, Les entrées. Gloire et déclin d’un cérémonial, réunis par Christian Desplat et Paul Mironneau, Biarritz, Société Henri IV-J&D Éditions, 1997 et au Cahier du groupe de recherche sur les entrées royales (1615-1660), s.d. de Marie-France Wagner, Montréal, Université Concordia, 1999.Pour une approche plus spécifique, consulter également : Patrick Dupont, « L’entrée de Henri IV à Lyon le 4 septembre 1595 », Bulletin de la Société des Amis du Château de Pau, no 117, 1989, p. 8-13 ; Pascal Lardellier, Les Entrées royales, d’un événement à son discours : Médiation rituelle et rhétorique de l’idéalité (Sur deux paradigmes lyonnais, 1595-1600), thèse pour le doctorat d’État, s.d. de Bernard Lamizet, Université-Lyon II, 1993 (à paraître sous le titre Les Entrées royales et leur récit. Rites et rhétorique politiques dans la France de l’Ancien Régime, Paris, Honoré Champion).Enfin deux autres ouvrages font une large part à cet événement : Françoise Bardon, Le portrait mythologique à la cour de France sous Henri IV et Louis XIII. Mythologie et politique, Paris, Éditions A. et J. Picard, 1974 ; S. Annette Finley-Croswhite, Henry IV and the Towns. The Pursuit of Legitimacy in French Urban Society, 1589-1610, Cambridge, Cambridge University Press, 1999.
[3] Contrairement à Annette Finley-Croswhite, je ne pense pas que « the royal entry thus marked the final demonstrative display of the submission process when all else was settled », « Ceremonial Reconciliation : Henry’s Royal Entry into Abbeville 18 December 1594 », dans Proceedings of the Annual Meeting of the Western Society for France History, vol. 17, 1990, Auburn, p. 96 : elle est un élément d’une pratique politique plus vaste qu’elle semble recouvrir totalement de sa dimension spectaculaire au point d’apparaître comme l’aboutissement de celle-ci.
[4] Discours sur la réduction de la ville de Lyon à l’obéissance de Henry IV, par A. du Verdier, nouvelle édition, suivie d’une Lettre adressée à l’auteur du Discours, d’une Responce, et de cinq lettres de Henry IV adressées aux Lyonnais, publié par P. M. Gonon, Lyon, Impr. Dumoulin, Bonet et Sibuet, 1843 (Bibliothèque nationale de France – BNF – Rés. Lb35 531) : dans son discours, Antoine du Verdier expose, qu’ « ainsi au lieu d’un seul Roy (que faussement on faisoit entendre au peuple estre tyran) [...], la France en contrechange tombée de fievre en mal chaud, s’est veue despuis dominée et oppressée de plus de trente Roytelets qui estoyent autant de tyrans en autant de provinces ou villes : voire n’y a eu si petite bicoque qui sous l’autorité de ceux là n’aye eu des autres tyranneaux », p. 8.
[5] Balthazard de Villars, dans son « Bienvenue de Messieurs des grandz jours faicte au pres de l’Arbresle en campagne le 14 aoust 1596 » expose ainsi la situation : « Nous avions une infinite de phaetons qui s’ingeroit de gouverner ce chariot solaire et en se perdant eux mesmes, embrasoient tout le reste [...] » (Bibliothèque municipale de Lyon, BML Ms 1477, fol. 104).
[6] Jean H. Mariéjol, Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, gouverneur du Lyonnais, Beaujolais et Forez (1567-1595), Paris, Hachette, 1938.
[7] Discours en forme de declaration. Sur les causes des mouvemens arrivez à Lyon. Avec la Response, servant d’advertissement. Ensemble des Stances du Sieur de Trelon, à Lyon, M.D.XCIII. (BML Rés. 316 230). D’autres textes poursuivent à l’envie cette dénonciation d’une double dégénérescence, d’une part, d’un gouverneur en tyran ambitieux, et, d’autre part, d’une province en principauté, comme l’Advis des causes et raisons de la prinse des armes en la ville de Lyon, pour la conservation de leur liberté, à Lyon, s.n., 1593 (BML Rés. 316 530) : « Dieu qui est juste vengeur des usurpateurs du bien d’autruy a garanty jusques icy par la main de son serviteur Monsieur le Duc de Mayenne, ceste pauvre France, de telle usurpation et servitude tyrannique, qui merite cest honneur, de l’avoir fidellement conservee entiere à ses heritiers legitimes contre les flots d’une mer d’ennemis. N’ayant voulu souffrir ceste honte et marque d’indignité en sa maison, de favoriser sous sa Lieutenance generale de cest Estat et Coronne de France, ces particulieres tyrannies et usurpations estrangeres, telle qui se bastissoit par le Duc de Nemours qui sous le pretexte de la religion et deffence de ce pays, a jetté si avant la veuë sur noz biens et liberté, qu’il s’est osé promettre pendant ce trouble de ce miserable temps de nous enchainer en une si miserable servitude, et rendre ce gouvernement hereditaire en sa maison. Ce sont ses veux, ses desseins, ses entreprinses qu’un chacun a peu prevoir ouvertement, se bastir et conduire pour nous eschantillonner de ce grand corps de la France » (p. 4-5). Signalons encore de Pierre Matthieu, le Discours veritable et sans passion. Sur la prinse des armes, et changemens advenus en la ville de Lyon, pour la conservation d’icelle, sous l’obeyssance de la S. Union, et de la Coronne de France, le 18 de septembre [sic], 1593. Envoyé par un bon citoyen de Lyon, à un sien amy. Avec la proposition faicte à Monseigneur le Duc de Nemours, par le Conseil. Et le renouvellement du serment de l’Union, à Lyon, s.n., 1593 (BNF Lb35 490) : sous un autre titre, il s’agit du Discours en forme de declaration..., op. cit.
[8] Discours en forme de declaration..., op. cit., p. 3.
[9] Ibid., p. 4-5.
[10] L’auteur de la Coppie d’une lettre escrite de Lyon par un serviteur du Roy à un sien amy à Tours, du onziesme Fevrier 1594. Contenant au vray ce qui s’est passé, en la reduction de ladite ville en l’obeissance de sa Majesté, les VII, VIII et IX de Fevrier, quatre vingts quatorze, à Tours, chez Jamet Mettayer, Imprimeur ordinaire du Roy, M.D.XCIIII. (BNF Lb35 528) parle de la « face hideuse » de la ville sous la domination ligueuse, p. 12.
[11] Discours sur la réduction de la ville de Lyon..., op. cit., p. 16.
[12] Harangue aux consuls et peuple de Lyon. Du devoir d’obeissance des subjects envers le Roy et du soing perpetuel de la Providence de Dieu sur ceste Monarchie Françoise. Prononcée le XXIII Decembre M.D.XCIIII., par Pierre Matthieu, Advocat en ladite Ville, s.l., s.n., s.d. (BML Rés. 354 319), p. 28.
[13] Les feux de joye, de Lyon, Orléans, Bourges et autres villes qui se sont remises en l’obeïssance du Roy, qui est une exhortation desdites villes a ceux de Paris, et autres qu’on veut assujetir à l’Espagnol, à Lyon, M.D.XCIIII. (BNF Lb35 534).
[14] Discours sur la réduction de la ville de Lyon..., op. cit., p. 18.
[15] Le panathenaique, qui est une exhortation de Lyon, Orleans, Bourges et autres villes, a ceux de Paris et autres qu’on veut assujettir à l’Espagnol, de se remettre promptement à leur exemple en l’obeissance de Henry le Grand, Tres-chrestien, tres-invincible, et tres-debonnaire Roy de France et de Navarre, à Lyon, M.D.XCIIII. (BNF Lb35 535) : « le Roy ayant trouvé la France toute divisee et dechiree, le Palais contre le Palais, le conseil contre le conseil et l’autel mesme contre l’autel, là va maintenant par sa bonté, sa foy, sa prudence, et sa valeur rejoindre en son ancienne forme, et restablir toutes choses, en un si bon ordre que nostre posterité en celebrera à jamais une grande et tres-solemnelle feste par tout le Royaume en memoire de ce jour heureux auquel ceste horrible tempeste estant du tout appaisee, nous verrons ce grand estat calme reprendre sa premiere forme et son ancienne splendeur » (p. 3-4).
[16] Response de Pierre La Cognee a une lettre escripte par Jean de la Souche à l’Autheur du discours faict sur la reduction de la ville de Lyon soubs l’obeissance du Roy. Avec la coppie de ladicte lettre, à Lyon, par Roland le Fendant, M.D.XCIIII. (BNF Lb35 532) : « A raison de quoy conferans la difference de nostre estat present, à celuy que nous sortons de passer, et les pertes et fascheries de l’un, aux emolumens et commoditez de l’autre, il semble que soyons revenus de mort à vie » (p. 25).
[17] Harangue aux consuls et peuple de Lyon..., op. cit., p. 5.
[18] Ibid., p. 29.
[19] Le texte d’Antoine du Verdier, Discours sur la réduction de la ville de Lyon..., op. cit., p. 15 et la gravure coloriée allemande, « Relation véritable de ce qui s’est produit comme joie dans la ville de Lyon, une fois qu’elle s’est rendue au roi de Navarre, le 7 février de l’année 1594 » [traduction personnelle], imprimée à Nuremberg chez Georg Lang, graveur sur bois (BNF, Cbt. des Estampes M 88372) et dont le texte reprend en partie le discours de du Verdier.
[20] Voir à ce propos « La Réduction de la ville par forme de proces-verbail », établi par le Consulat lyonnais, le 9 février 1594 (Archives municipales de Lyon – AML – BB 131, ff. 20-22).
[21] Sur un monticule, debout de trois quarts, en armure complète, visière du casque relevée, un panache blanc sur celui-ci et une écharpe de la même couleur lui barrant la poitrine, l’épée au côté gauche, il tient un bâton de commandement de la main gauche tandis que la droite passe sur la ceinture, deux branches de laurier l’encadrent, les armes de France étant figurées en haut à droite, à gauche, un dessin non identifié leur répond : cf. annexe.
[22] À tel point nous dit l’auteur de la Coppie d’une lettre escrite de Lyon..., op. cit., p. 7, qu’ « à 10 heures du matin ne se trouvoit plus de tafetas ni de crespe blanc dans la ville, tant fut grande l’affluence de ceux, et jusques aux enfans, qui voulurent porter les marques du Roy ».
[23] Ernst Kantorowicz dans son livre, Les Deux Corps du Roi, Paris, Gallimard, 1989, distingue ainsi d’une part, un corps naturel soumis à la corruption, à la souffrance et à la mort, et d’autre part, un corps politique, éternel, dont les membres sont ses sujets, le roi et ses derniers formant ensemble la Corporation.
[24] Texte de la gravure : « Regardez, c’est le portrait de notre Roi qui veut nous conserver dans la religion catholique, apostolique et romaine. Obéissons-lui et prions Dieu pour sa santé, son gouvernement bien-heureux et sa longue vie ».
[25] Gloire ovale en forme d’amande dans laquelle apparaît le Christ de majesté du Jugement dernier.
[26] Discours sur la réduction de la ville de Lyon..., op. cit., p. 15.
[27] BNF Ms fds frçs 15912, par exemple, le 10 février 1595, Bellièvre au roi : « Sire, j’ay souvent escript à vostre Majesté que l’Estat de vostre ville de Lion comme aussy des autres Provinces voisines est tel que sans la présence et auctorité de vostre Majesté, il n’y a nulle espérance ny apparence que vos affaires se y puissent plus longuement conserver » (fol. 171).
[28] Relation de cette cérémonie dans L’entrée de tres-grand, tres-chrestien, tres-magnanime, et victorieux prince, Henry IIII Roy de France et de Navarre, en sa bonne ville de Lyon, le IIII Septembre l’an M.D.C.XVC. de son regne le VII. de son age le XLII. Contenant l’ordre et la description des magnificences dressées pour ceste occasion. Par l’ordonnance de Messieurs les Consuls et Eschevins de ladicte ville, à Lyon, de l’Imprimerie de Pierre Michel, s.d. (BNF 4 Lb35 642), reprise dans Pierre Matthieu, Les deux plus grandes, plus célèbres et mémorables resjouissances de la ville de Lyon. La première pour l’entrée de tres-grand, tres-Chrestien, tres-victorieux Prince, Henry IIII. Roy de France et de Navarre. La seconde, pour l’heureuse publication de la Paix. Avec le cours et la suite des guerres entre les deux maisons de France et d’Autriche, à Lyon, par Thibaud Ancelin, imprimeur ordinaire du Roy, M.D.XCVIII. (BNF 4 Lk7 4356).
[29] Pierre Matthieu, L’entrée de tres-grand, tres-chrestien, tres-magnanime..., op. cit., p. 23.
[30] L’arc L – cf. annexe – ainsi consacré aux victoires et triomphes du roi, porte neuf tableaux dont le souci d’actualité est évident : sa partie supérieure évoque les batailles d’Arques, d’Ivry et de Dijon, tandis qu’un autre évoque la protection divine contre quatre assassins qui ont voulu attenter à la vie du roi ; ce souci du présent se manifeste même dans les tableaux plus mythologiques et l’un d’entre eux représente ainsi Hercule assailli par trois escadrons du XVIe siècle (ibid., p. 43-59), Hercule lui-même étant présenté au début du livret, comme le fondateur de la Maison de Navarre lors de la description de l’arc D consacré à la Gloire et Vaillance du roi (ibid., p. 28-30).
[31] Temple M, enrichi des statues de Saint Louis – chef de la Maison de Bourbon – et de Charlemagne – conquérant du royaume de Navarre sur les Infidèles, ibid., p. 65-86.
[32] Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles de religion, vers 1525 - vers 1610, Seyssel, Champ Vallon, 1990, t. II, chap. XX, en particulier, p. 574-581.
[33] Arc N, dominant celles-ci, la statue d’Henri IV en armure, couronné de lauriers et tenant une palme, L’entrée de tres-grand, tres-chrestien, tres-magnanime..., op. cit., p. 86-88.
[34] Pascal Lardellier, « Monuments éphémères : les entrées royales », p. 239-245, dans Les Cahiers de médiologie. La confusion des monuments, no 7, premier semestre 1999 ; voir aussi W. McAllister Johnson, « Essai de critique interne des livres d’entrées français au XVIe siècle », p. 187-200, dans Les fêtes de la Renaissance, t. III, études réunies et présentées par Jean Jacquot et Elie Konigson, Paris, CNRS, 1975.
[35] Correspondance avec le Consulat des députés Laurent et Polaillon en cour, AML, AA 49, ff. 379-402.
[36] Définition donnée par G. Trotry : « Les Grands Jours étaient des assises extraordinaires et temporaires que des délégués des Parlements venaient tenir dans certaines villes du ressort désignées par le roi, pour y rétablir le cours de la justice, avec une compétence très étendue et un ressort déterminé par l’édit qui les assemblait » (Les Grands Jours des parlements, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1908, p. 1). Sur ces Grands Jours lyonnais, consulter Mathieu Varille, « Les Grands Jours de Lyon de 1596 », dans Revue du Lyonnais, 1922, no 5, p. 90-112, no 6, p. 71-89, no 7, p. 61-76 et no 8, p. 69-79 ; pour la dernière mise à jour de la bibliographie du sujet, Joël Cornette, La mélancolie du pouvoir. Omer Talon et le procès de la raison d’État, Paris, Fayard, 1998.
[37] Un an plus tôt, les « Grands Jours de Vermandois » avaient montré au roi les ressources de cette institution dans la pacification de son royaume, Y.-M. Bercé, Le roi caché. Sauveurs et imposteurs. Mythes politiques populaires dans l’Europe moderne, Paris, Fayard, 1990, p. 154.
[38] Balthazard de Villars, « Congé prins par les officiers de la Sénéchaulcée de monsieur Forget president aux grands jours au mois de decembre 1596 », op. cit., ff. 71vo-72.
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