2001
XVIIe siècle
Varia
Cultures de l’humour à l’époque de la République : la vie de bohème à la Jan Steen et l’univers des juristes selon Van Overbeke (2e partie)
Rudolf Dekker
Université Érasme de Rotterdam.
Il serait faux de chercher au XVIIe siècle hollandais un modèle culturel unique de l’humour : au temps de la République, la société n’était guère homogène. Une segmentation existait, basée sur le degré d’aisance, la profession et le niveau d’éducation. Une différence sensible séparait la bourgeoisie cultivée des villes hollandaises de la population paysanne des provinces de l’intérieur. Il n’existait d’unité culturelle ni dans le domaine géographique ni sur le plan social. On peut donc s’attendre à autant de pratiques de l’humour différentes.
À l’époque même on comprenait bien que chaque groupe pouvait avoir sa propre forme d’humour. Ainsi, dans l’introduction du recueil facétieux déjà cité St. Niklaes-gift aen de jeugt, l’auteur affirme que ses sources proviennent des auberges et cabarets d’Amsterdam. Il en énumère trente, chacun ayant ses propres compagnies d’habitués, et ses propres répertoires d’histoires drôles. Dans une auberge convenable, il entendit des anecdotes sur les rois et les grands seigneurs. Dans un autre établissement, l’assemblée se composait d’avocats et de procureurs. On trouvait une clientèle plus ordinaire dans des cabarets aux noms évocateurs « ‘t Helletje » [Le Petit Enfer] ou « ‘t Smookgat » [Le Trou à Fumée], où la grossièreté l’emportait. Dans certains estaminets, l’auteur vit des comédiens se donner en spectacle, « et c’était à celui qui racontait le plus de pitreries et grommelait le plus grand nombre de vers ». Il visita aussi un cabaret où le patron lui-même était le principal diseur d’histoires drôles. Cette liste n’était certainement pas le fruit de son imagination, car on a trouvé la preuve de l’existence de plusieurs de ces cabarets. Son observation n’en devient que plus intéressante. Partant de toute évidence d’une vision sociologique, l’auteur distingue entre l’humour de l’élite et celui du peuple. L’autre distinction importante est celle entre les cabarets dans lesquels ce sont les habitués qui racontent des histoires drôles et ceux où opèrent des diseurs d’histoires drôles professionnels. Rien d’étonnant à ce qu’il existe des établissements où le patron lui-même est une source d’amusement. L’auteur a bien pu penser ici à l’auberge tenue par Jan Zoet, comédien et poète. Deux études de cas nous permettront d’aborder différents aspects de cette culture d’humour complexe.
JAN STEEN : HUMOUR VISUEL ET VIE DE BOHÈME
Le comique est un des principaux éléments de la peinture hollandaise de genre du Siècle d’Or
[1]. On le retrouve de façon très prononcée dans les toiles de Jan Steen. On a conservé 400 peintures environ de sa main, qui représentent différents thèmes, mais en majorité des scènes humoristiques
[2]. Son
œuvre noue des liens étroits avec la littérature et le théâtre de son époque, ainsi qu’avec les recueils facétieux
[3]. Sur ses toiles figurent différents types tirés des farces dramatiques, et des personnages issus de la
commedia dell’arte, tels que Pantalon, Polichinelle et le Capitaine. Les tableaux de Jan Steen semblent parfois surgir de la scène : ainsi celle du médecin auscultant une femme allongée au lit, qui n’est pas plus malade que cela, mais s’est amourachée de quelqu’un ou, pire encore, est tombée enceinte. Sur d’autres toiles il utilise le thème classique du couple mal assorti : le vieillard et la jeunette, poncif des farces et des histoires drôles
[4]. Il existe encore d’autres types de relations avec le théâtre et la littérature. Steen, en effet, a peint quelques scènes de
rederijkers [rhétoriqueurs], assemblées de poètes amateurs que l’on trouvait dans chaque ville ou village hollandais.
Au milieu de ces joyeuses compagnies, on reconnaît à différentes reprises le visage même de Steen, sur 34 tableaux en tout. Son visage aux traits un peu grossiers présente alors immuablement un sourire ou une grimace. Parfois le peintre endosse le rôle principal : déguisé, par exemple, en pitre, il se fait détrousser par une prostituée. Le plus souvent, il remplit le rôle de commentateur. Au cours d’une fête de baptême, par exemple, il forme des cornes de ses mains au-dessus de la tête du père, selon toute apparence cocufié par sa femme. Lors d’une consultation médicale au domicile d’une femme, il tient en l’air de l’ail et un hareng saur, deux symboles érotiques qui indiquent qu’elle n’est point malade, mais plutôt amoureuse ou enceinte. On le retrouve aussi sur un tableau au milieu d’une assemblée de rederijkers.
Plusieurs milliers de portraits de Néerlandais subsistent pour le XVII
e siècle, mais jamais ils ne se faisaient peindre en train de rire. Preuve de l’influence qu’eurent, sur ce point du moins, les manuels de civilité : les sujets des portraits reproduisaient les attitudes réservées et sérieuses prescrites. Mais on a conservé un vrai autoportrait de Jan Steen sur lequel il se représente riant aux éclats. Un seul autre portrait du XVII
e siècle y ressemble : rien d’étonnant à ce que ce portrait soit celui de Jan Meerhuysen, autrement dit Jan Tamboer, le comédien d’Amsterdam cité plus haut
[5].
Depuis son premier biographe Arnold Houbraken, peintre lui-même, écrivant en 1721, les tableaux de Steen ont toujours passé pour autobiographiques. Steen aurait mené une vie aussi dissolue que celle qu’il représentait sur ses peintures. Dans la version de Houbraken, l’histoire de la vie de Steen n’est qu’une succession d’histoires drôles vécues. La plupart des historiens de l’art considèrent cette biographie aujourd’hui comme une pure fiction
[6]. On y trouve, en effet, des passages qui semblent surgir directement d’un recueil facétieux, à commencer par celui de Jan Steen engrossant la fille de son maître Jan van Goyen et le faisant remarquer à celui-ci avec esprit. L’anecdote rappelle le tableau décrit plus haut : Steen lui-même y attire l’attention du spectateur sur la grossesse de la femme soi-disant malade. Selon les thèses actuelles, c’est pour des raisons pratiques que Steen se serait représenté si souvent lui-même sous les traits d’un bon vivant : il faisait pour lui-même office de modèle gratuit. En réalité, il aurait été un honnête bourgeois, dont les tableaux entendaient mettre en garde : voilà des exemples qu’il ne fallait pas suivre. Jan Steen aurait donc été plus moraliste qu’humoriste.
À mon avis, cette image ne colle pas bien avec l’
œuvre de Jan Steen, et probablement pas non plus avec sa personne
[7]. Sa présence sur ses propres tableaux remplit un rôle plus important que celui de figurant. Elle comporte bien un caractère autobiographique : il y figure comme narrateur, comédien ou bouffon. Il y remplit donc le rôle que tiennent dans les recueils facétieux un Gonella, un Klaas Nar [le Bouffon Nicolas], ou un Jan Tamboer. À plusieurs reprises, nous trouvons ces personnages comiques dans la même attitude rieuse sur les frontispices de leurs propres livres. Certes, l’élément moraliste est présent dans l’
œuvre de Steen, et sur certains de ses tableaux une courte morale, sous forme de proverbe, apparaît en toutes lettres. Mais, comme dans les livres d’anecdotes, la morale passait sur les tableaux au second plan, quand elle ne disparaissait pas totalement. L’art de se tourner soi-même en dérision était un trait que Steen avait en commun avec les auteurs burlesques de sa génération, parmi lesquels Aernout van Overbeke, comme nous le verrons plus loin. Tous deux s’attribuaient une place centrale sur les peintures ou dans les textes humoristiques. Cette forme d’autoreprésentation n’était guère en accord avec les préceptes en vigueur du savoir-vivre. De toute évidence, ceux-ci leur importaient peu.
Plusieurs indices tendent à démontrer que Jan Steen n’était pas le citoyen bien rangé que les historiens de l’art s’imaginent aujourd’hui. Sa personnalité avait bien d’autres facettes. Bien qu’issu de parents assez aisés, ses finances n’étaient guère florissantes. À en croire les archives, il laissa après sa mort une longue suite de dettes. À la fin de sa vie, il tenait un cabaret dans sa propre maison – occupation peu prisée qu’il avait en commun avec différents acteurs, et avec l’auteur burlesque Jan Zoet. Tout bien considéré, il est tout à fait possible que le portrait de Jan Steen ébauché par Arnold Houbraken en 1721 soit en grande partie véridique. Ce n’est pas un hasard si tant d’anecdotes se sont fixées sur le personnage de Steen. Quelques décennies après sa mort, on se les racontait encore dans les milieux fréquentés par son biographe Houbraken.
L’image que Jan Steen donne de lui-même peut, pour utiliser un terme du XIX
e siècle, être qualifiée de « bohème » : celle de l’artiste pauvre qui méprise les valeurs bourgeoises jusqu’à les tourner en ridicule, et qui, en marge de la société, garde son indépendance. L’apparition d’une certaine « bohème » est souvent associée à la France du XIX
e siècle
[8]. L’artiste bohème serait un produit de la nouvelle société bourgeoise. Il n’en demeure pas moins que la Hollande connut elle aussi, au XVII
e siècle, une bohème artistique. Les conditions étaient, en effet, les mêmes que dans la France du XIX
e siècle : les artistes travaillaient moins à la commande et étaient moins dépendants de formes de patronage ; ils produisaient, en revanche, davantage pour un marché anonyme. Comme nous l’avons vu, l’écrivain qui vivait de sa plume fit son apparition aux Pays-Bas dès 1600 environ. Plusieurs écrivains, jeunes pour la plupart, adoptaient alors avec ostentation un mode de vie différent de celui de la bourgeoisie dont, en règle générale, ils étaient eux-mêmes issus. Passant leur vie en grande partie dans les cabarets, ils raillaient les règles de la civilité bourgeoise. Cette attitude antibourgeoise rejoint celle des étudiants qui jouissaient depuis toujours d’un espace de liberté relativement grand
[9]. Mais ce qui chez les étudiants n’était normalement qu’une phase courte, bien délimitée, de l’existence, se transformait pour certains en mode de vie plus durable. Un autre type encore leur servait d’exemple : celui, littéraire, du
picaro, qui à cette époque-là leur parvenait d’Espagne et de France
[10]. On en emprunta l’élément vagabond, mais pas celui, pourtant essentiel, du serviteur rusé, car cela ne convenait pas à la société bourgeoise hollandaise.
À y regarder de plus près, on pourrait trouver en Hollande beaucoup de figures marginales qui correspondraient à cette description. Les peintres, en particulier, avaient leur propre style de vie. Cela est particulièrement manifeste pour la « bande » [
bent] des peintres néerlandais établis à Rome à cette époque
[11]. Les peintres nouvellement arrivés étaient admis dans leur cercle par une initiation rituelle. En Italie, leurs m
œurs étaient peut-être un peu plus relâchées que dans leur pays d’origine, mais les nombreux peintres qui revinrent au pays doivent avoir maintenu ce style de vie. D’ailleurs, en Hollande aussi ils avaient leurs cabarets attitrés. Il existe un certain nombre d’autoportraits de peintres fumant la pipe. Les honnêtes gens ne se faisaient jamais représenter en train de fumer, à une époque où on discutait encore de savoir si fumer en public était bien convenable. On note, en revanche, une prédilection pour la représentation de paysans et de pauvres, la pipe à la bouche. Les autoportraits des peintres ne pouvaient pas ne pas y être associés
[12]. Parmi les dizaines de biographies que Houbraken nous fournit des peintres du Siècle d’Or, Jan Steen est loin d’être le seul joyeux drille. D’évidence, dans ce milieu marginal on appréciait et encourageait un comportement facétieux. Traduit en peinture, et observé à une distance prudente, même la bourgeoisie policée était capable de l’apprécier.
HUMOUR ORAL : AERNOUT VAN OVERBEKE
Fils d’un riche négociant, Aernout van Overbeke vint au monde à Leyde en 1634. Son père, collectionneur de tableaux, avait des ambitions intellectuelles. Chaque semaine, un cercle de savants et d’écrivains se réunissait chez lui. On comptait parmi eux Caspar Barlaeus et Isaac Vossius, professeurs à l’Athénée illustre d’Amsterdam, ainsi que les poètes Constantin Huygens et Pieter Cornelisz Hooft. Aernout étudia le droit à Leyde et fut en 1659 admis au barreau de La Haye – ville dans laquelle il habitait avec ses deux frères, avocats comme lui, et sa sœur. Le milieu social d’Aernout van Overbeke consistait en différents groupes sociaux qui se chevauchaient. Il était resté en bons termes avec les amis de ses parents et fréquentait leurs enfants, tels que Aernout Hooft, les frères Constantin Huygens le jeune et Chrétien Huygens, et Caspar Barlaeus le jeune, qui étaient de sa génération. Il était bien introduit dans les milieux juridiques et administratifs de La Haye. C’était un milieu difficile à caractériser : ses membres avaient reçu une éducation universitaire, mais leur niveau de fortune était très variable. Leur niveau social était inférieur à celui de l’élite des patriciens et des courtisans du prince d’Orange, tout en entretenant avec eux de nombreux contacts.
En 1659, Aernout van Overbeke céda l’administration de ses biens à ses frères. Nous en ignorons les raisons, mais peut-être vivait-il au-dessus de ses moyens, car il laissa derrière lui une multitude de reconnaissances de dettes, en particulier à son marchand de vin. Il était courant qu’une famille fît mettre une brebis galeuse sous curatelle. À cette époque, les parents appartenant à l’élite en arrivaient de plus en plus souvent à faire enfermer temporairement garçons et filles désobéissants en maison de correction
[13]. C’est peut-être pour y échapper que Van Overbeke se fit mettre sous curatelle.
Entre-temps, Van Overbeke se fit une modeste réputation en tant que poète. Il débuta à l’âge de 17 ans par un court poème dans un recueil auquel contribuaient également de nombreux amis de son père
[14]. En 1663, il fit imprimer à ses propres frais une nouvelle versification luthérienne des psaumes
[15]. L’aspect financier joua certainement un rôle dans cette édition, car, accepté par la communauté luthérienne, ce livre aurait connu un très grand tirage. Mais ce ne fut pas le cas, et Van Overbeke resta avec un grand nombre d’invendus sur les bras. Ce fut en partie cet échec financier qui le détermina à entrer au service de la Compagnie des Indes orientales. Cette compagnie de commerce avait un grand besoin de jeunes gens hautement qualifiés pour les postes d’encadrement, mais l’offre étant très faible, elle ne pouvait se permettre d’être trop exigeante. À Batavia, Van Overbeke entra au Conseil de Justice suprême. Il regagna la Hollande en 1672. Entre-temps, son voyage lui avait valu son plus grand succès littéraire sous la forme d’un récit de voyage humoristique en vers. Il l’avait envoyé à des amis qui s’étaient chargés de le faire imprimer. Au cours des deux dernières années de sa vie, il recueillit ses
Anecdota. Les dernières histoires drôles sont rédigées d’une main tremblante : il a dû y travailler jusqu’à l’issue fatale de sa maladie en 1674. L’
œuvre de Van Overbeke n’atteignit une certaine notoriété que quatre ans après sa mort, à la parution d’une anthologie qui en l’espace de trente-cinq ans fut réimprimée dix fois.
Van Overbeke s’inscrit dans un groupe d’auteurs spécialisés dans les genres comiques. On remarque des parallèles importants avec la vie de son homologue le plus connu, Willem Godschalk van Focquenbroch
[16]. Ce médecin de formation, à la même époque où Van Overbeke alla dans les Indes orientales, se mit au service de la Compagnie des Indes occidentales. Fonctionnaire sur la côte de Guinée, Van Focquenbroch y mourut en 1675. Selon le rédacteur de ses
œuvres posthumes, les deux compères s’étaient pris d’amitié : ils adoraient fumer et faire des rimes ensemble
[17]. Un autre auteur comique de leur génération fut le juriste Pieter de Neyn. En 1671, celui-ci partit pour les Indes au service de la Compagnie des Indes orientales pour revenir lui aussi la santé ruinée. Son entourage attribua ses malheurs aux maladies vénériennes et à une consommation immodérée d’alcool, accusation qu’il réfuta dans la préface d’un de ses livres
[18].
Le maniement de l’ironie envers eux-mêmes caractérisait ces auteurs. Ainsi, on a conservé des lettres de voyage de Van Focquenbroch dans lesquelles il se raille lui-même. Il s’agissait là, du moins dans les écrits, d’une nouvelle forme d’humour, que l’on retrouve amplement chez Van Overbeke. Dans une pièce de procédure fictive et rimée de la Cour de Hollande, il se permit même des plaisanteries sur l’héritage de son père. Van Overbeke aimait à se présenter comme un bon vivant, aimant les femmes et la boisson, le jeu et la bonne chère. Dans Vaarwel aan ‘t verkeren [Adieu au trictrac], poème caractéristique de son attitude, il jure de ne plus jamais jouer pour de l’argent : « Vingt ans entiers ou plus encore, vous m’avez gardé dans les liens de votre tyrannie ». Ce poème est-il vraiment si autobiographique qu’il le prétend ? Cette accoutumance au jeu pourrait alors expliquer ses dettes, si nombreuses qu’il dut être placé sous curatelle. Quoi qu’il en soit, dans son poème, rédigé à la première personne, il prend volontairement ses distances avec les normes bourgeoises établies. Dans ses lettres manuscrites, on trouve également – fait sans précédent – une représentation burlesque de lui-même.
Dans une lettre écrite alors qu’il était en route pour l’Inde, Van Overbeke caractérise ainsi ses relations avec l’équipage : « Le matin, j’aime faire la causette avec les matelots, parlant de leurs coups pendables, ou de ce qui les a amenés en Inde. Quand ces entretiens emphatiques deviennent trop sérieux, je commence alors mes plaisanteries et mes histoires drôles qui les font se tordre de rire. Fatigué de faire des blagues, j’attrape mon violon et je vais m’asseoir au pied du grand mât, où on joue et chante alors comme des fous. Nous ne manquons ni d’arak ni de tabac, ce qui s’accorde bien avec la musique, et c’est un bien pauvre village où aucune fête ne se tient au moins une ou deux fois par semaine »
[19]. Le personnage de Van Overbeke jouant du violon nous rappelle Jan Steen se représentant lui-même sous les traits d’un violoniste. Il faut bien réaliser que le violon était un instrument à statut relativement bas, contrairement au luth ou au clavecin. C’était l’instrument privilégié des musiciens de la rue, dont on jouait par exemple dans les célèbres maisons de jeux [
speelhuizen] d’Amsterdam
[20].
Pour ses contemporains, Van Overbeke était le portrait tout craché du personnage qui se profilait dans ses poèmes. Par hasard, on a conservé le témoignage d’un chirurgien de bord voyageant avec lui jusqu’aux Indes. Avec mépris, il qualifiait Van Overbeke de « courtisan », c’est-à-dire coureur de jupons, qui avec ses vers de mirliton cherchait à impressionner les femmes, mais qui en fait ignorait tout de la navigation
[21]. De nombreuses anecdotes circulaient à son propos. Dans son introduction, l’éditeur de ses
Geestige werken [
Œuvres comiques] posthumes raconte, en effet, l’histoire suivante : à la kermesse de Rotterdam, Aernout avait passé un accord avec un marchand de gaufres ; ce dernier, contre une certaine somme, lui en fournirait autant qu’il pourrait en manger. À la grande frayeur du marchand, il ne cessa d’en demander de nouvelles et ce n’est qu’après la 84
e gaufre qu’il sentit sa faim apaisée. On trouve une histoire semblable dans la biographie de Jan Steen par Houbraken : Steen se joue de la même façon de son boulanger. Van Overbeke est aussi présent, et pas moins de 37 fois, dans un recueil manuscrit d’histoires drôles rassemblées par une de ses connaissances, Samuel van Huls, clerc à la secrétairerie des États généraux. Il y est dépeint notamment sous les traits d’un amateur de bons vins, et même comme un ivrogne, criblé de dettes – trait qui est absolument conforme à la réalité
[22].
Tout bien pesé, il semble bien que Van Overbeke aimait à se présenter lui-même, dans ses écrits comme dans la réalité, en bon vivant un peu bohème, et que c’est ainsi qu’il était perçu par son entourage. Si tant est qu’il ait étudié les manuels de civilité, il a dû en dénaturer les leçons. Van Overbeke se conduisait, dans son milieu, comme une sorte de bouffon, qui ne répugnait pas à jouer aux autres des tours pendables. Son humour ressemblait à celui des comédiens professionnels. Il s’associait ainsi avec des gens considérés comme dépourvus d’honneur.
À part ses ouvrages imprimés, Aernout van Overbeke a laissé un manuscrit dans lequel il a noté plus de 2 000 histoires drôles. On a conservé d’autres collections de ce genre datant de cette époque, mais celle de Van Overbeke est de loin la plus volumineuse. Presque toujours, les plaisanteries adoptent la forme d’un court dialogue. Ce sont de petites histoires très brèves conclues par une pointe, qui ressemblent déjà nettement aux histoires drôles modernes. On trouve dans sa collection du vieux comme du neuf. Certaines de ses plaisanteries circulaient depuis longtemps dans l’humour imprimé de l’Europe : Van Overbeke les a parfois fortement raccourcies, tout en les transposant dans un cadre local, par exemple celui des coches d’eau si caractéristiques de la Hollande. Il est à noter que les anecdotes remontant à l’Antiquité et les farces du Moyen Âge alternent avec les propos spirituels d’amis et de connaissances de l’auteur. Comme si tout cela ne formait pour lui qu’un seul univers humoristique.
L’origine des sources utilisées par Van Overbeke n’est pas claire. Il ne s’est certainement pas contenté de recopier les recueils facétieux, mais a probablement retravaillé la matière provenant de ses sources écrites. Par ailleurs, il a sûrement puisé beaucoup dans la tradition orale. Sa collection reste plus proche de la pratique orale que les recueils facétieux imprimés dont nous avons parlé plus haut. Les histoires drôles dans lesquelles lui-même ou des personnes de son entourage sont parties prenantes sont celles qui laissent une nette impression de fraîcheur et de modernité. De nombreuses plaisanteries se déroulent en joyeuse compagnie, tels les repas offerts par ses amis. Van Overbeke recherchait visiblement un cadre réaliste, facile à reconnaître. Ainsi, les histoires drôles nous aident à comprendre la pratique de l’humour de cette époque. Dans ses Anecdota apparaissent 258 personnes que l’on peut identifier comme amis, collègues, connaissances, ou tout au moins comme des contemporains que Van Overbeke a dû connaître. Ses plaisanteries sont souvent très précises : contrairement aux recueils facétieux imprimés, elles mentionnent les noms, les lieux et, parfois même, l’heure.
Il n’y a pas d’histoire drôle sans narrateur. Van Overbeke se servait de personnages bien connus des recueils facétieux, comme Klaas Nar [le Bouffon Nicolas], Clément Marot, Gonella, Till l’Espiègle, et Gringalet
[23]. On remarque, en outre, que Van Overbeke joue lui-même le rôle de narrateur, de farceur, de commentateur ou de personnage central dans des dizaines d’histoires drôles. Ce faisant, il se met sur un même plan avec les figures comiques traditionnelles – démarche qu’avant lui aucun autre auteur de recueils facétieux n’avait entreprise.
La réputation de Van Overbeke comme farceur est confirmée par sa présence abondante dans le recueil d’histoires drôles de son ami Samuel van Huls. À l’inverse, Van Huls n’apparaît qu’une seule fois dans les
Anecdota, et cela plutôt comme victime de l’humour de Van Overbeke. Ils ont une histoire drôle en commun. Van Huls se plaignit une fois de ce que sa petite fille suçât paillassons et fonds de chaise. Van Overbeke lui conseilla de placer à l’avenir le paillasson ou fond de chaise entier devant la petite fille, et de lui dire qu’elle n’aurait rien d’autre à manger avant qu’elle ne les eût finis, parce qu’il n’était pas convenable que les autres dussent manger ses rogatons
[24]. Voilà une histoire drôle dont on ne trouve pas d’exemple dans la littérature imprimée. Selon toute vraisemblance, Van Overbeke a dû la formuler sur place. Tous les deux, Van Overbeke comme Van Huls, racontent l’histoire à la première personne, et tous deux appréciaient visiblement la plaisanterie.
Aernout van Overbeke appliquait dans ses histoires drôles le même procédé comique qu’utilisa Jan Steen pour lui-même dans ses joyeuses pétaudières, ses auberges et autres scènes comiques. Leur représentation burlesque d’eux-mêmes était quelque chose de neuf. D’ailleurs, il existe bien d’autres similitudes entre ses deux hommes qui étaient presque du même âge. Il est vrai que les parents de Jan Steen, contrairement à ceux de Van Overbeke, n’étaient pas très fortunés, tout en jouissant d’une honnête aisance. C’est à Leyde que tous deux firent leurs études, et habitèrent, pour s’établir plus tard un certain temps à La Haye. L’un et l’autre connurent des revers financiers, et tous deux laissèrent de nombreuses dettes après leur mort. Aucune source ne confirme qu’ils aient pu se connaître, mais cela n’est nullement exclu. À en croire ses scènes de rhétoriqueurs, Jan Steen s’intéressait à la littérature, et l’une de ses histoires drôles autobiographiques montre que Van Overbeke fréquenta la Salle de réunion de la guilde des peintres de La Haye
[25].
Parmi les 258 personnes nommément désignées, les juristes occupent une place à part. Van Overbeke se plaisait à railler ses collègues. Dans la République néerlandaise, comme partout ailleurs en Europe, les avocats formaient une catégorie professionnelle bien définie et reconnaissable. Une prestation de serment précédait leur admission au barreau. Ils portaient un habit réglementaire : la robe et la toque. Bien que jouissant d’un évident prestige, les avocats devaient faire face à certaine défiance. Beaucoup d’entre eux étaient issus d’un milieu bourgeois assez ordinaire et n’avaient pu gravir l’échelle sociale que grâce à leur formation universitaire. Cela leur donnait, en tant que groupe, un statut ambivalent
[26].
Pendant leur cursus universitaire, les avocats se familiarisaient avec la rhétorique classique, mais ce n’est pas la seule raison qui explique pourquoi tant d’entre eux s’intéressaient à la littérature. De nombreux avocats, et les juristes en général, firent paraître des écrits littéraires. Grotius, le juriste hollandais le plus célèbre du Siècle d’Or, avait un grand renom en tant que poète latin. L’humour jouait un rôle important dans les rapports humains. Partout en Europe, les collèges professionnels d’avocats adoraient, semble-t-il, les festivités
[27]. Une formation à la rhétorique aidait, de toute évidence, à apprécier l’humour. L’humour participait aussi de l’argumentation juridique. En 1677, ce fut un juriste qui traduisit en néerlandais le traité de Quintilien sur le rire, en précisant bien dans son introduction que la lecture de ce traité pouvait être d’une grande utilité pour ses confrères
[28]. On avait, bien sûr, recours à cet instrument rhétorique dans certains types de plaidoiries, comme dans les cas de recherche de paternité ou de promesse de mariage
[29]. Les affaires de ce genre étaient idéales pour les avocats dotés du sens de l’humour. Représentées au théâtre ou en peinture, comme chez Jan Steen, il s’agissait souvent de situations à forte dose humoristique. Les rapports inégaux, tels que ceux d’un Maître avec sa bonne, constituaient, en effet, depuis toujours un thème comique de prédilection, comme nous l’avons déjà vu.
De tout temps on a raillé les savants. Médecins et juristes apparaissent souvent dans les facéties, et ils devaient souvent en prendre pour leur grade dans les recueils de proverbes et autres ouvrages de ce genre. Il existe aussi des tableaux représentant de façon comique un cabinet d’avocat, signés notamment par Jan Steen
[30]. Mais de leur côté les avocats avaient une tendance notoire à se moquer d’eux-mêmes. De fait, l’image de l’avocat croqué sous les traits d’un personnage comique provient surtout de la profession elle-même. Ainsi, dans les différentes éditions de son
Banket-werk [Le Banquet], publié en 1658 par l’éditeur Jan van Duisberg, cité plus haut en tant qu’auteur de recueils facétieux, l’avocat haguois Johan de Brune couvre à maintes reprises ses collègues de ridicule. Il relève des expressions telles que : « Tel avocat, tel débiteur de mensonges »
[Een advocaat, een leugenpraat]
[31]. Pour les avocats, cette ironie étonnante et continue envers eux-mêmes pourrait très bien avoir été la marque d’un manque d’assurance sur leur statut dans la société.
Les avocats connaissaient un fort esprit de corps. Ils se voyaient beaucoup en dehors du tribunal. Ils avaient par exemple leurs points de rencontre attitrés. Un des cabarets amstellodamois où s’arrêta l’auteur du recueil facétieux St. Niklaes-gift aen de jeugt à la recherche d’histoires drôles était fréquenté par les avocats et les procureurs. Selon lui, ce corps professionnel avait un grand sens de l’humour. Les histoires drôles fusaient de toute part, à telle enseigne que la tête lui tournait : « Il y avait une telle cohue que j’avais l’impression de défaillir ».
Aernout van Overbeke était avocat à la Cour de Hollande, tribunal suprême de la province
[32]. En moyenne, chaque année, une quarantaine de juristes étaient admis au barreau. Probablement plusieurs centaines d’avocats exerçaient au même moment
[33]. Le barreau était un milieu professionnel assez fermé, une entreprise familiale typique où l’on retrouvait père et fils dans le même cabinet. Van Overbeke, par exemple, partageait son domicile et son cabinet avec ses deux frères qui exerçaient eux aussi la profession d’avocat. Les avocats devaient bien se connaître grâce aux contacts intensifs noués dans les prétoires et au-dehors. Preuve en est que l’on identifie dans les histoires drôles de Van Overbeke pas moins de 40 avocats différents dont on peut retrouver trace dans les registres d’admission au barreau. On y trouve en plus d’autres personnes liées à l’exercice de la justice, telles que des huissiers de justice ou le bourreau de Hollande, appelé Cors [Corneille]. On dénombre encore des dizaines de personnes qui avaient bien terminé leurs études de droit, mais qui, par exemple, exerçaient des fonctions administratives. De nombreuses plaisanteries, enfin, concernent plus généralement le droit.
Les histoires drôles nous font croire que les avocats se moquaient sans cesse les uns des autres. Ils s’échangeaient des jeux de mots sur leurs noms ou ils ironisaient sur le latin macaronique d’un confrère
[34]. Mais il est évident que personne ne devait se sentir outragé. Ce n’est qu’avec la même arme, l’humour, que le vengeance pouvait s’exercer. Comme dans de nombreuses sociétés non occidentales, les
joking relations étaient un instrument de cohésion sociale important pour les avocats. Mais il y a une grande différence : les avocats se faisaient mutuellement des blagues d’égal à égal et en public, tandis que les
joking relations traditionnelles, étudiées par les anthropologues, consolident le plus souvent la structure hiérarchique qui existe au sein du clan ou de la famille
[35]. D’un côté, les avocats avaient suivi une formation dans la tradition rhétorique, dans laquelle l’humour occupait une grande place, mais d’autre part l’envie de plaisanter était plus forte qu’eux. Les plaisanteries des avocats remplissaient une fonction évidente : elles déchargeaient les tensions qui ne pouvaient pas ne pas naître entre personnes exerçant la même profession, tout en se confrontant continuellement, mais qui, sortis du prétoire, devaient rester en bons termes.
Une des histoires drôles les plus intéressantes concerne une confrontation entre un avocat et un fonctionnaire de la périphérie du monde juridique : le bourreau. Il existait plus de liens entre eux qu’on ne pourrait croire. Savourons donc l’anecdote suivante. Le bourreau se trouva une fois mêlé à un procès et demanda assistance à l’avocat Willem Dimmer, en lui disant : « Qu’ils appartenaient l’un et l’autre aux plus anciennes fonctions de la justice et que donc il lui devait aide dans cette affaire ». Dimmer s’appliqua tant, que le bourreau gagna son procès. L’avocat refusa cependant d’accepter un quelconque honoraire du bourreau, en disant : « Je n’accepte pas d’argent de mes confrères ». Après maintes tentatives, le bourreau se résigna en disant : « J’espère donc le revaloir à vous ou aux vôtres [c’est-à-dire aux membres de votre famille] »
[36]. L’histoire drôle prend une dimension supplémentaire quand on y associe la notion d’honneur. C’est la rencontre de deux extrêmes. L’avocat exerçait par excellence une profession honorable, le bourreau, en revanche, un métier sans honneur. Celui qui tombait entre les mains du bourreau était déshonoré – voilà ce à quoi le bourreau faisait allusion. L’effet comique de l’histoire drôle provenait de la négation implicite de la frontière entre honneur et infamie. La tension née du fait que les deux hommes demeuraient séparés par la frontière entre honneur et infamie, tout en travaillant dans la même sphère du droit, était déchargée par cette forme d’humour.
D’après ce que nous avons constaté, le Hollandais joyeux du Siècle d’Or fut plus qu’un simple cliché contemporain. Toutefois, la question demeure de savoir depuis quand l’élément humoristique a perdu de sa force dans la société néerlandaise. Il est tentant de situer le tournant à la mort de Van Overbeke en 1674 ou à celle de Jan Steen, cinq ans plus tard. Nous pourrions aussi choisir le renversement qui s’est produit dans la répartition statistique des recueils facétieux après 1675. Peut-être finit-on alors par être convaincu de la modération prêchée dans les manuels de civilité. On pourrait tout aussi bien choisir la date du 3 octobre 1681. Ce jour-là, le comédien néerlandais le plus célèbre, déjà mentionné, Jan Baptist van Fornenbergh, se rendit auprès du consistoire de la paroisse réformée de La Haye en demandant à être admis comme membre de l’église. Il manifesta « un très vif repentir » de son passé de comédien et promit de ne plus jamais renouer avec son ancienne manière de vivre. Peut-être ce retournement atteste-t-il de la montée des idées de Voetius et d’autres ministres réformés. Ou faut-il repousser la limite à 1691 ? Cette année-là, le jeune Bernard de Mandeville échangea sa ville d’origine Rotterdam, où une satire violente contre les autorités locales lui avait attiré des ennuis, pour l’Angleterre. Il devait y devenir l’un des auteurs humoristiques les plus connus, qui entre autres influença Voltaire. Cela pourrait bien être symbolique de l’éclipse de l’humour burlesque hollandais et de son remplacement par un humour anglais [wit] plus raffiné.
Toutes ces options se défendent. Mais en fait, ce serait un tournant bien artificiel. Les conteurs et auteurs humoristes se sont toujours maintenus en Hollande, quand bien même, dans l’ensemble, l’humour passait un peu à l’arrière-plan. Des explosions créatrices rappelant celles du Siècle d’Or se produisirent au cours de circonstances exceptionnelles, telles que l’énorme production de dessins humoristiques au cours de la Révolution patriote des années 1784-1787
[37]. Après le Siècle d’Or, l’humour n’a pas disparu des Pays-Bas, mais il a continué à se métamorphoser sous les influences française, anglaise et allemande. Ce développement ultérieur garde bien des points obscurs, car les aspects joyeux du caractère national, tel qu’il était perçu par les étrangers et les Néerlandais eux-mêmes, firent place à une attitude austère envers la vie.
Traduit du néerlandais par Sabine de Mezamat et Willem Frijhoff.
[1]
S. J. Gudlaugsson,
The Comedians in the Work of Jan Steen and his Contemporaries, Soest, 1975. Une interprétation entièrement nouvelle de l’humour de Jan Steen est avancée par Mariët Westermann,
The Amusements of Jan Steen. Comic Painting in the Seventeenth Century, Zwolle, 1998. Je remercie Willem Frijhoff, Florence Koorn, Giselinde Kuipers, Machteld Löwenstein, Harm-Jan van Rees, Herman Roodenburg, Paul Schulten, Johan Verberckmoes, et Mariët Westermann pour leurs discussions sur le sujet.
[2]
Karel Braun,
Meesters der schilderkunst. Alle tot nu toe bekende werken van Jan Steen, Rotterdam, 1980.
[3]
A. Heppner, « The popular theatre of the
rederijkers in the work of Jan Steen and his contemporaries »,
The Journal of the Warburg Institute, t. 3, 1939-1940, p. 22-48.
[4]
A. G. Stewart,
Unequal lovers. A study of unequal couples in Northern art, New York, 1978.
[5]
Reproduit dans B. Albach,
Langs kermissen en hoven, Zutphen, Walburg Pers, 1977, en face de la p. 32.
[6]
Lyckle de Vries,
Jan Steen, de schilderende Uilenspiegel, Weert/Amsterdam, 1976 ; du même,
Jan Steen, « de kluchtschilder », thèse de l’Université de Groningue, 1977 ; du même, « Jan Steen zwischen Genre-und Historienmalerei »,
Niederdeutsche Beiträge zur Kunstgeschichte, t. 22, 1983, p. 113-128.
[7]
D’autres doutes sur l’image qui prévaut actuellement sont exprimés par H. Perry Chapman, « Jan Steen’s household revisited »,
Simiolus, t. 20, fasc. 1, 1990, p. 183-196.
[8]
Jerrold Siegel,
Bohemian Paris. Culture, Politics, and Boundaries of Bourgeois Life, 1830-1930, Londres, Penguin Books, 1987.
[9]
Quelques recueils de textes libertins, parfois comiques, proviennent des milieux étudiants : Th. J. Meyer, « Brieven uit de studentenkerker »,
Jaarboek voor de geschiedenis en oudheidkunde van Leiden en omstreken, t. 63, 1971, p. 43-64.
[10]
H. van Gorp,
Inleiding tot de picareske verhaalkunst of de wederwaardigheden van een anti-genre, Groningue, Wolters-Noordhoff, 1978.
[11]
David A. Levine, « Pieter van Laer’s “Artist’s Tavern” : an ironic commentary on art », dans Henning Bock & Thomas W. Gaehtgens (eds),
Holländische Genremalerei im 17. Jahrhundert. Symposium Berlin 1984 [= Jahrbuch Preussischer Kulturbesitz, Sonderband 4], Berlin, Mann, 1987, p. 169-191.
[12]
Ivan Gaskell, « Tabacco, social deviance and Dutch art in the seventeenth century », dans Bock et Gaehtgens,
Holländische Genremalerei, op. cit., p. 117-137.
[13]
Pieter Spierenburg,
Zwarte schapen. Hollandse beterhuizen in de Pruikentijd, Hilversum, Verloren, 1995 ; du même, « Imprisonment and the family. An analysis of petitions for confinement in Holland, 1680-1805 »,
Social Science History, t. 1, 1986, p. 115-146.
[14]
Verscheyde Nederduytsche gedichten van Grotius, Hooft, Barlaeus, Huygens, Vondel, Amsterdam, Lodewijck Spillebout, 1651.
[15]
De Psalmen Davids in Nederduytsche Rijmen gestelt, Amsterdam, Borrit Jansz. Smit, 1663.
[16]
Cf. Wolfgang Marguc,
Willem Godschalck van Focquenbrochap. Ergänzende Prolegomena, Louvain, 1983, p. 180
sq.
[17]
Préface à
Afrikaense Thalia of het derde deel van de geurige Zang-godin, Amsterdam, 1678.
[18]
Pieter de Neyn,
Lusthof der huwelijken, Amsterdam, 1681 ; nouv. éd. 1730. Sur lui, voir
Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek, t. II, Leyde, 1912, col. 986.
[19]
La Haye, Bibliothèque royale, ms. 131 F 22 : Journal de voyage d’Aernout van Overbeke, lettre du 5 décembre 1669 aux « Demoiselles Clara Vlooswyck, Eva Hasselaer, Tromp ou Brasser à Amsterdam ou à La Haye », édition
Buyten gaets. Twee burleske reisbrieven van Aernout van Overbeke, Marijke Barend-van Haeften et Arie Jan Gelderblom (eds), Hilversum, 1998.
[20]
Music and painting in the Golden Age, La Haye, Hoogsteder & Hoogsteder/Zwolle, Waanders, 1994, p. 292. [Note des traducteurs :
speelhuizen est un euphémisme désignant des établissements où l’on jouait de la musique en salle commune, mais servant surtout à indiquer les maisons de prostitution]. Lotte van de Pol,
Het Amsterdams hoerdom. Prostitutie in de zeventiende en achttiende eeuw, Amsterdam, Wereldbibliotheek, 1996 (résumés en anglais).
[21]
Reisen van Nicolaus de Graaff, na de vier gedeeltens des wereld, Hoorn, Fyken Ryp, 1701, p. 112 ; cité par Marijke Barend-van Haeften,
Oost-Indië gespiegeld. Nicolaas de Graaff, een schrijvend chirurgijn in dienst van de VOC, Zutphen, Walburg Pers, 1992, p. 97.
[22]
Archives municipales de La Haye, ms. Van Huls, f. 94, n
o 11.
[23]
Gringalet, dans le français d’alors pseudonyme type désignant des comédiens, est dit l’auteur du livre comique
De Gasconse kluchtholster [L’étui des farces gasconnes], Amsterdam, Bartholomeus Schouwers, 1659 ; cf. la notice de Jelle Koopmans,
Documentaal, t. 17, 1988, p. 99-100.
[24]
Van Overbeke,
Anecdota, n
o 333.
[25]
Van Overbeke,
Anecdota, n
o 25. Le personnage principal de cette blague est un « Monsieur Steenkes » que nous n’avons pas réussi à identifier. Il est tentant, quoique téméraire, d’y voir une déformation de « Steen »...
[26]
B. H. D. Hermesdorf,
Licht en schaduw in de advocatuur der Lage Landen. Historische studie, Leyde, 1951, analyse les réglementations et préceptes ; Willem Frijhoff,
La Société néerlandaise et ses gradués 1575-1814. Une recherche sérielle sur le statut des intellectuels à partir des registres universitaires, Amsterdam/Maarssen, APA-Holland University Press, 1981, p. 246-264, dresse une typologie sociale, analyse leurs origines, et étudie la conjoncture du recrutement.
[27]
Natalie Zemon Davis,
Fiction in the Archives. Pardon Tales and their Tellers in Sixteenth-Century France, Londres, Polity Press, 1987, notamment p. 17.
[28]
Marcus Fabius Quintillianus [Quintilien],
Van het lachen. Uyt M. Fabius Quintilianus van de spreekkunstelijke onderwijsing. Dienende om bequaemlijk quinkslagen uyt te vinden, en wel te passe te konnen schertsen, jokken, en boerten. Uyt het Latijn in het Nederlants vertaelt door Willem Schaep, Leyde, Daniel van Gaesbeeck, 1677.
[29]
Florence Koorn, « Illegitimiteit en eergevoel. Ongehuwde moeders in Twente in de achttiende eeuw »,
Jaarboek voor vrouwengeschiedenis, t. 8, 1987, p. 74-99 ; du même auteur, « Vrijen en partnerkeuze in Twente in de achttiende eeuw »,
Jeugd en samenleving, t. 19, 1989, p. 697-708 (résumés en anglais).
[30]
Ces peintures de Jan Steen sont perdues. Cf. Braun, n
o A-134, A-135, A-138. Le thème se retrouve notamment sur une toile de Pieter de Bloot de 1628 (Rijksmuseum Amsterdam). Une satire semblable par Cornelis Saftleven date de 1629. L’avocat, son clerc et ses clients y sont représentés sous la forme d’animaux : l’avocat comme chouette, le couple de paysans comme cochon et oie (Museum Boymans-van Beuningen, Rotterdam). Voir le catalogue
Rotterdamse meesters uit de Gouden Eeuw [Musée historique de Rotterdam], Zwolle, Waanders, 1994, p. 314-315.
[31]
Johan de Brune,
Banket-werk, Amsterdam, Jan van Duisbergh, 1658, p. 412.
[32]
Archives générales du Royaume, Fonds de la Cour de Hollande, n
o 5943 ; il répéta le serment en 1665 (
ibid., n
o 5991).
[33]
Pour plus de précisions : Frijhoff,
La Société néerlandaise et ses gradués, p. 249-254, et les nombres d’admissions, p. 394-395.
[34]
Par exemple : Van Overbeke,
Anecdota, n
o 1620, 413, 250.
[35]
Sur ces deux types de
joking relations, voir Apte,
Humor and laughter. An anthropological approach, Ithaca et Londres, Cornell UP, 1985.
[36]
Van Overbeke,
Anecdota, n
o 806.
[37]
A. van den Berg, « Een hervormde hervormd. Verticale tweedeling op spotprenten in de patriottentijd », dans Th. S. M. van der Zee, J. G. M. M. Rosendaal et P. G. B. Thissen (eds),
1787 : De Nederlandse Revolutie ?, Amsterdam, De Bataafsche Leeuw, 1988, p. 193-206 ; Paul Knolle,
Comiecque tafereelen. Over achttiende-eeuwse Nederlandse spotprenten, Amsterdam, Meulenhoff/Landshoff, 1983.