2001
XVIIe siècle
Varia
Mathieu de Morgues, Bon Français ou Bon catholique ?
Seung-Hwi Lim
Seoul National University.
La force est la reine du monde, et non pas l’opinion. Mais l’opinion est celle qui use de la force.
Blaise Pascal, Pensées (éd. Sellier, 463).
Si le début du ministère de Richelieu fut marqué par une relative accalmie sur le plan polémique chez les Bons catholiques, cela provint de ce que, pendant ces quelque six années, jusqu’à la journée des Dupes, le conflit, toujours latent, n’eut pas l’opportunité d’éclater au grand jour : à cette époque, le Cardinal, homme d’Église, ne se montra guère sous le jour de l’ « Homme rouge », meneur d’une politique qui devait scandaliser peu à peu le monde catholique. Ce préjugé favorable envers sa personne persista peu ou prou, et ce fut seulement à la fin de 1629 que le doute devint une réalité incontournable, symbolisée deux ans après par l’exil de Marie de Médicis, reine mère du roi Très-Chrétien. Ce fut le véritable signal de départ d’un conflit ouvert dans lequel les forces antagonistes, jusqu’alors latentes, éclatèrent au grand jour et démontrèrent leur véritable visage. Ainsi apparurent divers écrits politiques et libelles, violents et passionnés, dans lesquels le gouvernement et Richelieu en personne furent vivement attaqués et non moins vivement défendus. Autour du Cardinal, se forma un groupe d’écrivains dévoués à sa cause qui attaquèrent ses adversaires par la plume. Du côté adverse, sans doute moins important mais non moins énergique, on livra une guerre sans répit à Richelieu. C’est au milieu de cette bataille de libelles que surgit le personnage de Mathieu de Morgues. La notoriété de ce pamphlétaire infatigable provient surtout de sa critique virulente de la politique de Richelieu : il affichait en particulier sa réprobation dans l’affaire du bannissement de la reine mère, et s’en prenait au caractère destructeur des décisions du cardinal pour l’ancienne société française, que Morgues se plaisait à qualifier de « paisible et naïve ». Pour la période qui s’étend de 1631 à 1642, le pamphlétaire publia à lui seul, en qualité de porte-parole officiel de la reine mère exilée, un corpus de plus de 23 libelles entre 1631-1643
[1].
Cependant ses
œuvres, dont la première parution remonte à 1617 jusqu’à la dernière en 1665, cinq ans avant sa mort, posent d’emblée un important problème, celui de leur changement de ton. « Mauvais historien »
[2], expression employée dans la
Biographe universelle de Michaud, Mathieu de Morgues, surnommé aussi l’abbé de Saint-Germain
[3], était un de ces personnages dont il est difficile de faire un portrait cohérent, moins parce qu’il était un homme de pensée complexe, mais surtout parce qu’il semble avoir vécu deux périodes, voire même trois, politiquement différentes et presque contradictoires, pourtant une vie très agitée, où certains historiens ont cru discerner un changement radical de sa pensée. Il est donc possible de classer les nombreux ouvrages de cet écrivain infatigable en trois groupes, en fonction de leurs contenus et de leurs contextes : d’abord la période s’étendant avant la Journée des Dupes, de tendance résolument « Bon Français » au service de Richelieu, puis celle comprise entre 1631 et 1643, celle de la « bête noire » du Cardinal et d’obédience « Bon catholique »
[4], et enfin la dernière commençant avec son retour à Paris jusqu’à sa mort, cette fois-ci protégé par la reine régente et par Mazarin pourtant successeur de son ennemi. Il est donc nécessaire, avant d’en tirer une analyse quelconque, de clarifier ce changement d’allégeance qui risquait d’affaiblir considérablement le poids de l’argumentation politique de toutes ses
œuvres.
Nous n’avons pas l’intention de composer une biographie complète de l’écrivain pour l’innocenter de sa « trahison » vis-à-vis du Cardinal, ni de défendre sa cause en justifiant sa rupture, mais de mettre au jour l’identité de l’opposition « Bons Français » / « Bons catholiques » à travers l’ambiguïté de sa carrière, ainsi que l’inefficacité des grilles traditionnelles d’analyse et la complexité du mouvement des « Bons catholiques ».
LA FORMATION ET LES œUVRES PAMPHLÉTAIRES DE MATHIEU DE MORGUES
Mathieu de Morgues naquit à Saint-Germain-Laprade (Puy-de-Dôme) en 1582
[5]. Son père, Claude de Morgues, était troisième consul du Puy et joua un certain rôle dans les guerres de Religion en tant que ligueur
[6]. Mathieu fit ses études au collège de jésuites d’Avignon. Il rejoignit ensuite la compagnie et y obtint une chaire. Il rompit cependant avec la compagnie de Jésus vers 1610 et « accommoda cette affaire le mieux qu’il put »
[7], en insistant sur son désir d’une plus grande liberté et en affirmant qu’ « il n’a point quittée, ny par légèreté, ny pour se jetter dans les plaisirs [... et] il n’a point cherché la liberté pour le libertinage »
[8]. Quelle que fût la vraie cause de son départ, cet incident fut le prétexte constant d’attaques de la part de ses adversaires – comme Jean Sirmond qui écrivit : « Tu sautas les murailles du collège d’Avignon »
[9] – et pour y dénoncer le témoignage précoce de son infidélité « naturelle ». Balzac reprit cet argument en 1635.
Il y a vingt-cinq ans, qu’il a esté fugitif de son ordre et justiciable du général des jésuites ; et si ces bons Pères ne traitaient pas trop doucement leurs coupables et ne changeaient la prison en bannissement, dès ce temps-là il eût été supprimé avec tous les mauvais livres qu’il a faits depuis [10].
À la suite de cet incident, Morgues se rendit à Paris. Il semble qu’il y devint précepteur dans une grande maison, avec l’aide du cardinal de Joyeuse, à partir de 1609, et fut récompensé deux ans plus tard par la cure d’Aubervilliers
[11]. En 1613, il renonça à ce bénéfice en faveur de Jacques Gallemant, un des proches de Mme Acarie, pour devenir prédicateur de la reine Marguerite. Morgues expliqua que celle-ci l’éloigna de sa cure « où le grand abord du peuple fait des bruits qui sont ennemis du repos nécessaire à un homme de lettres »
[12]. L’expérience cependant ne fut pas non plus très bonne pour lui et lui fit dire que « les palais sont des lieux mal propres pour y travailler au salut de l’âme »
[13]. Pourtant il continua sa carrière de prédicateur à la cour : grâce à la protection du cardinal Du Perron, il prit en 1615 la place qu’occupait auprès du roi le père Portugais. Il entra par la suite dans l’entourage de Marie de Médicis, probablement vers 1617
[14], et il en devint trois ans plus tard prédicateur
[15].
Morgues entama sa longue carrière d’écrivain comme pamphlétaire de la reine mère, et, à l’occasion, fut inspiré directement par la pensée de Richelieu, alors simple évêque de Luçon, mais conseiller intime de Marie de Médicis. Il faut cependant remonter à quelques années auparavant pour retrouver un premier ouvrage publié en 1615 pour la reine Marguerite de Valois,
Royale pyramide dressée à l’heureuse mémoire de feuë la sérénissime royne Marguerite, duchesse de Valois. S’ensuivirent en 1617 deux ouvrages polémiques :
Contrepoids aux Jésuites et aux ministres de la Religion (s.l., 1617), qui accusait les jésuites d’avoir ruiné le bien public, et la
Déclaration de la volonté de Dieu en l’institution de l’Eucharistie (Paris, 1617), contre le théologien calviniste Du Moulin. Dans ces deux derniers ouvrages, Morgues se présentait comme un véhément pamphlétaire politique et un théologien antiprotestant non moins virulent. Dans la
Déclaration de la volonté divine, il réfute l’ouvrage de Pierre Du Moulin,
Apologie pour la saincte cène du Seigneur, contre la présence corporelle et transsubstantiation [...] ; il attaque les protestants sur le plan théologique et demande au roi de « deffendre aux ministres de la religion prétendue réformée de respandre par leurs blasphèmes celuy de son testament, et [de] fouler son sainct corps aux pieds, que vous entouriez ce grain jetté
[sic] en terre par la mort, et pour vostre salut par la protection de vos lis [...] »
[16]. Son talent de polémiste ne s’exprima pas seulement contre les protestants, mais aussi contre les jésuites. Il semble qu’il fût animé d’une réelle animosité contre cet ordre religieux : en 1617, il publia
#ntirropon, Contrepoids aux Jésuites, et aux ministres de la Religion Prétenduë Réformée, dans lequel il s’en prend aux protestants et aux jésuites en même temps. Il en définit les dangers opposés : « Les jésuites nous défendent des hérétiques, mais ils secourent les estrangers : les hérétiques nous défendent des estrangers : mais ils secondent les desseins des mescontens du royaume. Voilà deux mauvaises extremitez qui contrepesent & tendent par fins diverses à la ruine de l’Église et l’État »
[17], et il adopte la position du « bonheur de milieu »
[18] entre ces deux extrêmes.
Ses premiers travaux pamphlétaires en faveur directe de la reine mère comprennent
La Restauration de l’Estat (1617),
Le Manifeste de la royne mère (1618), et
Consolation aux bons François, vrais et fidelles serviteurs du roy, sur la manutention et restauration de l’Estat (1618). Il rencontra son premier succès néanmoins avec
Vérités chrétiennes (1620), qui circula sous le nom de
Manifeste d’Angers et qu’il écrivit, sans doute sous l’inspiration de Richelieu, contre ceux qui avaient ôté à la reine l’éducation de ses enfants, et contre le gouvernement de Luynes. Après l’apaisement du conflit entre la mère et le fils, toujours auprès de Marie de Médicis, Morgues rédigea en 1622, à l’occasion des guerres de Religion de Louis XIII, le
Droict du roy sur des subjects chrestiens, à ceux de la relligion prétenduë réformée. Mathieu de Morgues continua à utiliser ses talents de pamphlétaire au bénéfice de Richelieu, notamment avec un
Advis d’un théologien sans passion sur plusieurs libelles imprimez depuis peu en Allemaigne en 1626, dont le cardinal avait lui-même fourni le canevas
[19]. Pendant ces débuts du ministère du Cardinal, Morgues fut fidèle à Richelieu, ce qui ne dura guère et prit fin dramatiquement lors de la journée des Dupes.
Une nouvelle phase de son travail d’écrivain commença après le changement politique que causa cette Journée, mais plus précisément avec l’exil de Marie de Médicis ; cette fois, l’adversaire du pamphlétaire n’était plus ni le huguenot, ni le libelliste étranger, mais le cardinal-ministre Richelieu. La vie de Mathieu de Morgues, comme écrivain et comme client, connut donc un brusque virage. Il avait décidé de suivre la reine mère en exil dans les Pays-Bas espagnols, d’employer sa plume uniquement au service de sa bienfaitrice, et d’assaillir, depuis Bruxelles, le Cardinal dont il avait été jusqu’alors un pamphlétaire zélé.
LE CHANGEMENT D’ALLÉGEANCE ?
Dans l’analyse des pamphlets de Morgues pour cerner ses idées politiques, défendues au nom de la reine mère et des Bons catholiques, il est donc indispensable de revenir à cette séquence précise de sa vie. La rupture avec Richelieu représente une césure remarquable dans son existence et sa pensée politique. Avant 1630, en étant au service de Marie de Médicis, il était
de facto un collaborateur, de surcroît fidèle, du Cardinal : il alla jusqu’à lui dire un jour qu’il obéirait à ses commandements « comme à ceux de Dieu »
[20]. Mais lorsque Richelieu se brouilla définitivement avec la reine mère, Mathieu de Morgues n’hésita pas à rompre avec le cardinal-ministre, demeura loyal à celle-ci et se fit en quelque sorte son porte-parole, et par conséquent celui des Bons catholiques. Inaugurant de la sorte la deuxième phase de sa vie, il devint incidemment la « bête noire » de l’ « Homme rouge ». Le Cardinal apparemment craignait la plume acérée de ce propagandiste qui lui avait été longtemps utile, et dans toutes les négociations ultérieures concernant le rappel de la reine mère, il stipula régulièrement que l’abbé de Saint-Germain lui fût livré. À partir de cette rupture commença une sorte de guerre de libelles, dans laquelle tous les coups étaient permis : les écrivains de Richelieu n’hésitèrent pas à jeter le discrédit sur la loyauté de Morgues à la couronne de France. Balzac, libelliste dévoué du Cardinal qui s’était attiré les foudres de l’ardent pamphlétaire de la reine mère, qualifia Morgues, dans sa
Réfutation de l’histoire de Dupleix, de « déserteur d’une douzaine de partis » et du « parasite des Espagnols », auprès desquels les « mauvais » Français trouvaient refuge.
Certaines hypothèses, notamment, ont été avancées à ce sujet par les historiens, tels Gustave Fagniez, Maximin Deloche et plus récemment Donald A. Bailey. Une appréciation généralement tranchée et drastique à l’égard de ce pamphlétaire a longtemps dominé chez les historiens français du XIX
e et du début du XX
e siècle. Gustave Fagniez, par exemple, affirme, péremptoirement selon D.-A. Bailey, que la carrière de Mathieu de Morgues, en tant qu’écrivain, se partagea en deux phases distinctes, d’abord celle d’un homme de Richelieu participant activement au débat en qualité de « Bon Français », puis celle de l’adversaire impitoyable du cardinal-ministre sous les auspices de la bonne catholicité. Fagniez avance que Saint-Germain, « revenu près du foyer d’intrigues d’où Richelieu l’avait éloigné pour le protéger contre ses propres imprudences, se considérant comme mal récompensé, et ne se souvenant plus que de ses devoirs envers la reine mère malheureuse, se laissa entraîner à des intelligences avec elle »
[21]. Cependant pour un défenseur de Morgues, comme Claude Perroud, le problème de sa rupture d’allégeance ne se pose même pas. Selon lui, « Mathieu de Morgues accepta sans répugnance la protection et le patronage de Richelieu. Il voyait l’évêque de Luçon dévoué à la reine mère, et celle-ci s’abandonnant entièrement à son influence. Servir Richelieu, c’était toujours servir sa bienfaitrice [...] »
[22]. Depuis des travaux plus récents comme ceux d’E. Thuau, l’historiographie essaie de considérer de manière plus juste ce pamphlétaire en le replaçant dans son contexte historique et dans son rapport avec le courant de pensée politique de l’époque. Les historiens anglo-saxons, curieusement, font preuve à son égard d’une indulgence bienveillante. Après l’étude de W.-F. Church, Donald A. Bailey s’est efforcé de montrer que, à l’encontre de la vision traditionnelle française, la carrière de Mathieu de Morgues était plus cohérente qu’il ne semble, en dépit de sa brouille avec le Cardinal
[23]. Bailey estime que l’abbé de Saint-Germain demeura toujours dans le camp des Bons catholiques ; en revanche sa collaboration avec le Cardinal jusqu’en 1630 ne signifierait pas forcément qu’il eût été un Bon Français, car, jusqu’à la journée des Dupes, le Cardinal était considéré lui aussi comme un Bon catholique.
Quelles furent alors les causes de la rupture ? G. Fagniez, en s’appuyant sur les pamphlets écrits contre Morgues, évoque la possibilité d’une ambition déçue. L’abbé de Saint-Germain avait été désigné pour succéder à Gilles de Septres, décédé au mois de mai 1626, à l’évêché de Toulon. Évidemment, Louis XIII l’avait désigné pour ce bénéfice sur la demande de la reine mère. Mais cette nomination rencontra des obstacles, avant finalement d’avorter. Le cardinal Spada, nonce à Paris, n’était, semble-t-il, guère favorable à la candidature de Saint-Germain à cause de son gallicanisme déclaré et de son hostilité aux jésuites. Le cardinal de La Rochefoucauld, archevêque de Reims, partageait les réticences de l’envoyé apostolique : les idées de Morgues ne convenaient guère à la dignité convoitée
[24]. Son cas n’était pas exceptionnel. Parmi plus de quatre-vingts évêques nommés sous le gouvernement de Richelieu, nombreux furent ceux à être finalement rejetés ou à abandonner devant l’opposition : Saint-Cyran, Charles de Condren, Olier, fondateur de Saint-Sulpice, Charles Talon, frère d’Omer, et Octavien de Marillac, capucin, second fils du garde des Sceaux. Dans le cas de Mathieu de Morgues, Joseph Bergin attribue au cardinal de La Rochefoucauld un rôle décisif dans son échec. L’intéressé lui-même affirma, concernant cette affaire, que la bulle papale lui avait été accordée, mais qu’il renonça spontanément à cet évêché : « Sabin dit aussi que les Bulles de l’évesché de Toulon m’ont esté refusées ; il se trompe. Le cardinal de Richelieu les a peu arrester par ses artifices, mais non pas les faire refuser. Sa sainteté est trop juste pour me ravir la récompense des services que j’avois rendus vingt ans à l’Église, et le Roy trop généreux, pour souffrir qu’on aye condamné sa nomination. La difficulté était levée, lorsque de mon mouvement je demandai au roi qu’il me permît de choisir un évêque ; ce que Sa Majesté m’octroya avec regret ; je retins une partie du revenu [...] »
[25]. Il est tout à fait légitime de penser que l’ambition et l’intérêt n’étaient certes pas absents dans l’esprit de Morgues lorsqu’il servait Richelieu ou Marie de Médicis ; il serait au contraire déraisonnable de croire que tous ses choix réalisés au cours de son itinéraire politique agité l’avaient été en fonction de ses convictions. Cependant, il est difficile de penser que cette « cruelle » déception de l’affaire de l’évêché de Toulon soit à l’origine de la volte-face de Mathieu de Morgues.
Certes, l’intéressé lui-même, lorsqu’il fut à Bruxelles, affirma que c’était pour le punir de son attachement à la reine mère que Richelieu avait empêché sa nomination à l’évêché de Toulon. Mais faut-il accorder crédit aux allégations d’un pamphlétaire en service commandé et prêt à toutes les calomnies pour noircir le portrait du cardinal-ministre ? Mieux, ou pire, il n’est pas impossible qu’en accablant Richelieu, non seulement Morgues n’ignorait pas qu’il n’eût rien ou pas grand-chose à voir dans cette affaire, mais qu’il connaissait même l’identité du véritable responsable de son échec. Du reste, ses lettres envoyées au Cardinal prouvent qu’il conserva pour lui
[26] une estime et une fidélité indéfectibles jusqu’à la journée des Dupes. Il adressa à Richelieu, de son village natal de Saint-Germain-en-Velay
[27], où il demeurait depuis 1628, des missives où il lui promit de le servir de sa vie, de sa voix et de sa plume : « Il n’y aura jamais homme qui les emploie avec plus de fidélité et de courage » que lui-même, en témoignant de son « obéyssance aveugle et sa sincère recognoissance »
[28]. Ses propos semblent difficilement venir d’un homme amer et déçu. « Donc, s’il vous plaist, ce petit tesmoignage du moindre de vos serviteurs et d’un pauvre solitaire qui admire vos belles actions et sages conseils, et cependant qui employe son loisir pour faire voir à la postérité ce que ce siècle et ceux qui le suivront doibvent à v
re conduite »
[29]. Jusqu’au mois de mai 1630, au contraire, Mathieu de Morgues renouvelle l’expression de son allégeance au Cardinal : « Je m’estimeray très honnoré des commandements qu’elle [cardinal de Richelieu] me donnera et leur obéiray avec toute la fidélité et dévotion, que la cognoissance de vos éminentes vertus et la recognoissance de vos bienfaits ont produit dans mon c
œur [...] »
[30].
La vraie raison de la rupture entre le prélat et son serviteur se trouverait ailleurs, selon Donald A. Bailey. Celui-ci a avant tout voulu rompre avec l’interprétation classique présentant Mathieu de Morgues comme un pamphlétaire sans scrupules changeant d’obédience suivant les circonstances. Pour l’historien américain, Morgues n’a jamais cessé d’être Bon catholique, qu’il servît Richelieu ou la reine mère. S’il y eut rupture en 1630, elle fut causée par le Cardinal et non par son serviteur. Celui-ci resta fidèle à sa ligne politique, catholique, en s’éloignant d’un ministre dont les actes étaient désormais incompatibles avec ce que Morgues estimait et n’avait jamais cessé d’estimer comme bon et juste. Son départ à Bruxelles n’était pas le fait d’un pamphlétaire déçu ou renégat, mais la décision logique, rationnelle et cohérente d’un homme fidèle à ses idées. D.-A. Bailey renverse le débat en s’interrogeant sur l’identité du Richelieu que servait Morgues : le parcours du cardinal-ministre devient paradoxalement plus révélateur que celui de son serviteur. Richelieu n’avait-il pas été, avant Morgues, le client Bon catholique de la reine mère qui trahit sa bienfaitrice en adoptant d’autres vues politiques ? À travers la première relation que l’abbé de Saint-Germain entretint avec lui, le cardinal apparaît incontestablement sous la forme du dévot insoupçonnable.
En effet, Richelieu garde du début de son ministère jusqu’en 1628 l’image d’un prélat exemplaire de la réforme catholique : sa harangue aux États généraux de 1614, son entrée au Conseil d’abord en 1616 puis son retour en 1624, et sa direction du siège de La Rochelle sont autant de manifestations de ses convictions et de ses fidélités. L’entrée de Richelieu au Conseil fut perçue par le public comme le triomphe des dévots. La collaboration plus qu’étroite avec d’éminents Bons catholiques comme Bérulle et Marillac légitime cette interprétation. Même après les opérations militaires dans la Valteline, possession alpine espagnole
[31], en 1625-1626, le Cardinal garda crédit aux yeux des dévots, et leur trouble consécutif à cette première action belliqueuse contre une nation catholique fut vite dissipé par le soutien inconditionnel du prélat à Michel de Marillac, qui fut nommé garde des Sceaux, et par le siège de La Rochelle protestante.
En considérant le parcours et les relations politiques du Cardinal avant 1630, D..A. Bailey soutient, non sans fondement, qu’il serait erroné d’attribuer l’étiquette de « Bon Français » à Mathieu de Morgues sur la seule foi de sa longue collaboration avec Richelieu ; même si celui-ci a pu, comme l’avance W.-F. Church, donner des gages aux dévots en adoptant une politique leur agréant à la seule fin d’accéder et de consolider son pouvoir, cela ne discrédite en rien la sincérité de Morgues qui pensait servir un protecteur « Bon catholique », à tort ou à raison. Les pamphlets postérieurs à 1630 sont bien loin de cette confiance aveugle ; les vives critiques adressées à Richelieu résonnent quelque peu comme le constat amer de la duplicité du Cardinal :
Le cardinal sçeut qu’à l’entrée de son crédit il passoit pour mauvais Chrestien ; pour avoir employé le Comte de Mansfelt en Allemagne, & pour avoir refusé d’entrer en la ligue Catholique : les libelles qui furent faits contre luy l’appelloient le Cardinal de la Rochelle ; ce qui luy fist appréhender un grand descri de sa réputation, & quelque attentat sur sa personne. Pour remède à ces deux appréhensions, il demanda des gardes au roy, & pressa S. M. de mettre dans ses Conseils, & direction des Finances, Mrs de Marillac, & de Champigny, qui estoient estimez Catholiques zélez. Cela arriva après la disgrâce du Marquis de la Vieuville [...]. [32]
Morgues réplique en montrant du doigt la rupture non moins spectaculaire intervenue dans la ligne politique de Richelieu :
Si vous dites que Sainct Germain a changé de discours : il vous dira que le Cardinal a changé de façon de vivre ; [...] Le Cardinal n’avoit pas encore descouvert ses entreprises, n’avoit pas fait emprisonner sa Maistresse, chassé hors du royaume le Frère unique du roy, dressé un conseil à sa dévotion, pris les plus importantes places frontières : ruiné le peuple, et fait cent mille désordres que nous avons veus depuis deux ans seulement. Celuy que vous accusez de légèreté, eust creu lors qu’il louoit le Cardinal [...]. [33]
La thèse de Bailey représente certes un contraste violent par rapport à l’interprétation classique de l’attitude politique de Morgues. G. Fagniez a expliqué la rupture par la déception personnelle concernant l’histoire d’un évêché, ce qui aurait amené Morgues à prendre la plume contre Richelieu. De toute façon, Morgues n’est pour lui qu’un écrivain de second plan sans grande vue politique. Bailey refuse cette interprétation, en démontrant la bonne catholicité constante de Morgues, pour dire que c’est la conviction politique qui décida la rupture. Mais celle-ci est-elle bien nettement définie ? L’historien américain a eu le mérite de montrer que la collaboration de l’abbé de Saint-Germain avec le cardinal-ministre ne permettait pas d’inférer que celui-ci fût un « Bon Français ». Et en ce qui concerne sa fidélité personnelle, son affirmation est tout à fait justifiable. Mais est-elle pour autant une preuve de sa bonne catholicité ? Il serait périlleux d’apporter un jugement sur l’entière carrière de libelliste de Morgues par antidéduction : il ne suffit pas d’affirmer ce qu’il n’est pas pour aboutir à ce qu’il est. Pourquoi ne pas penser que sa rupture avec Richelieu fut décidée indépendamment de sa conviction politique, cette rupture n’étant qu’un effet second de sa vraie allégeance envers la reine mère exilée ? Il faut faire impérativement la distinction entre la fidélité personnelle et la conviction politique.
Cette rupture s’explique par sa fidélité indéfectible à la reine : d’abord fidèle à Marie de Médicis, Morgues ne pardonna pas Richelieu après qu’il eut trahi la reine. Quant à sa conviction politique, même s’il est certain qu’il y eut un changement de ton ou de discours dans ses écrits, il y eut bien une continuité qu’on parvient à deviner dans le filigrane de ses textes. Dans ses pamphlets, il faut admettre qu’il est difficile d’affirmer qu’il pensait vraiment tout ce qu’il écrivait. Par sa nature, le pamphlet comme forme littéraire recense, reprend et diffuse des idées plus ou moins répandues, ou censées être comprises facilement – ce qui fut le cas de ses œuvres d’opposition catholique dirigées contre Richelieu après 1630. On oublie qu’il fut un pamphlétaire professionnel qui écrivait souvent ce que son maître voulait entendre ; là peut-être la conviction personnelle importait peu. Dans ces conditions, on comprend que sa conviction politique ne soit pas le premier moteur de son changement d’allégeance. Il est donc indispensable d’étudier dans sa globalité son œuvre pour essayer de saisir sa véritable pensée politique, et s’affranchir du schéma dialectique imposé par l’historiographie traditionnelle qui considère la journée des Dupes comme le grand tournant de l’existence de Morgues. De même, il faudra définir la religion de Morgues en tant que telle. En considérant les circonstances de son point de vue, qu’on oserait presque qualifier d’horizontal, une double fidélité parallèle émerge : si la pensée politique de Mathieu de Morgues put évoluer au gré des situations, celle qui le liait à Marie de Médicis, objet de sa fidélité personnelle, sans doute indépendamment de sa conviction politique, demeura l’intangible principe de ses actes. Il nous semble cependant plus pertinent de considérer l’œuvre de Mathieu de Morgues comme le lieu d’une remarquable osmose entre deux mouvements en apparence inconciliables ; en fait, son attitude apparemment indécise symbolise le trouble qui a pu envahir l’esprit des contemporains.
MATHIEU DE MORGUES, BON FRANÇAIS OU BON CATHOLIQUE ? UNE FRONTIÈRE AMBIGUË
Il est nécessaire d’apporter quelques définitions générales à propos de l’usage des termes de « Bons Français » et de « Bons catholiques ». Ces termes antagonistes sont définis, en général, un peu abruptement par une opposition systématique sur toutes les grandes questions politiques. Au moment de la décision de la guerre avec l’Espagne, les Bons Français et les Bons catholiques se divisent en anti-Espagnols et pro-Espagnols ; de la même manière, en ce qui concerne le rapport avec la papauté, les uns sont gallicans et les autres ultramontains. Quant à l’attitude face à la monarchie absolue, les Bons catholiques s’identifient à la contestation au nom du pouvoir tempéré, ce qui les rapproche d’une certaine façon de l’idéal nobiliaire, de la monarchie mixte. Cependant, cette opposition systématique s’avère vite peu efficace, car un Bon catholique incontestable, tel Michel de Marillac, apparaît comme un défenseur du pouvoir absolu, proclamant un « absolutisme » quasi dogmatique. D’ailleurs, les Bons catholiques, malgré l’utilisation du terme qui était bien plus politique que religieux, ne peuvent être pleinement définis si l’on oublie la dimension religieuse de leur projet, qui tend à greffer des préoccupations catholiques sur les affaires politiques. En revanche, leurs opposants sont marqués par une tentative pour libérer la politique de l’emprise religieuse, ce qui invita parfois les historiens à parler, un peu naïvement, de laïcisation pour qualifier leur démarche.
Sur ce champ multipolaire, il est malaisé de cerner un homme. De surcroît, Mathieu de Morgues est d’autant plus difficile à classer que sa carrière fut fluctuante. S’il est difficile de lui attribuer l’étiquette de « Bon Français » sur la seule foi de sa collaboration avec Richelieu dans les années 1620, il semble parallèlement problématique de cataloguer Morgues comme un « Bon catholique ». Une telle assertion est quelque peu contredite par ses relations avec des personnalités n’appartenant pas à cette catégorie. De plus, son hostilité notoire envers la Compagnie de Jésus ainsi que son gallicanisme patent semblent peu compatibles avec l’ultramontanisme caractéristique des dévots. Dans l’affaire de la condamnation du livre du cardinal Bellarmin en 1621, il n’hésita pas à affirmer son appartenance au groupe des gallicans parlementaires :
Je me glorifie, en parlant de Servin, Gillot et Derivaux, d’avoir esté estimé par ces bons Gaulois, savants magistrats et juges incorruptibles ; on devrait ajouter que j’ai été familier avec MM. de Beauclerc, secrétaire d’État, et Hérouard, premier médicin du roi, qui étaient des hommes si vertueux que la cour ne les a pu corrompre en cinquante ans. [34]
Dans les traités qu’il avait écrits avant 1630 et dans ses correspondances avec Richelieu, il se comporta manifestement comme un Bon Français. En mai 1630, il écrit à Richelieu :
Je prendray la hardiesse de vous dire, Monseigneur, qu’il y a beaucoup de personnes mal informées et quelques mauvais François, ennemis de la gloire du roy et envieux de la vostre, auxquels ce petit traicté faira changer de discours, et je puis asseurer que les gens de bien et vos serviteurs, qui sont tous ceux du roy, en recevront quelque consolation. [35]
À notre avis, il est probable qu’il restât le même pendant son exil. Ces deux constats, bien qu’apparemment contradictoires, soulèvent un autre problème : la frontière fragile entre ce qui définit le Bon catholique et le Bon Français. L’analyse des textes des deux périodes, avant et après la journée des Dupes (que nous allons effectuer), nous paraît le seul moyen de prouver une quelconque constance dans sa position politique.
Même dans le combat qu’il livrait aux protestants, et le Contrepoids en est la preuve, il ne perdait pas son ton franchement gallican, lié à son antijésuitisme modéré qui dût vraisemblablement entraver sa nomination à l’évêché de Toulon. Mathieu de Morgues affirme en effet que, malgré leur image d’avant-garde de la Contre-Réforme, les jésuites n’étaient pas tout le catholicisme, surtout pas celui de la France ; il dénonce les jésuites, mauvais Français :
[...] n’adhérer pas à toutes les opinions des jésuites n’est pas estre hérétiques, comme ils disent, & s’opposer aux volontez & croyances des hærétiques n’est pas estre jésuite, comme ils croyent : c’est suivre la règle de la religion catholique Apostolique & Romaine, & quant & quant estre bon François, de sçavoir peser l’esprit des uns & des autres par l’Antirropon. Et pleust à Dieu que tous les ministres de la religion prétendue réformée fussent en Canada, & touts [sic] les jésuites à la Chine, la France seroit heureuse & se verroit réduicte à son ancienne simplicité, bonté & obeyssance inviolable à l’Église, à ses légitimes pasteurs, & à son roy très Catholique [...]. [36]
Quant à sa réprobation des jésuites, Morgues la justifiait en relativisant le rôle de promotion de la Contre-Réforme revendiqué par la Compagnie de Jésus. Sa critique de l’Ordre insistant sur une casuistique relâchée et une subtilité absolue résonne comme un avertissement :
On dit aussi que les jésuites doivent prendre garde à ce qu’on dit d’eux, & qu’on peut facilement colliger de leur practique, que les plus grands pêcheurs, usuriers, trompeurs, paillards & femmes desbauchées, peuvent mourir en paix, quoy qu’ils continuent en leurs vices : mais qu’ils donnent quelque chose à leur compagnie pour satisfaction de leurs fautes, se faisans restituer ce qui a esté prins à autres qu’à eux : ils adjoustent que c’est une grande marque qu’on est du nombre des esleus de les aymer ; & pour la paix & tranquillité de conscience de ceux qui confessent à eux : on dit, & on peut tirer des escrits de leurs Casuistes, qu’ils ont trouvé des distinctions pour commettre sans charge de conscience les sept pechez mortels : le tout ad majorem Dei gloriam, à laquelle ils rapportent toutes choses directe ou indirecte, per se ou per accidens. [37]
Mais ceci n’est pas le fait d’une religion intransigeante ; au contraire, l’auteur voudrait restaurer une religion de « la naïfve, pure, & simple piété de nos ancestres », et qui ne tombe ni dans les excès d’ « impiétez & ignorances de ceux-là, & la superstition », ni dans de « trop subtiles distinctions de ceux-cy »
[38]. Était-il imprégné par le mysticisme qui caractérisait le milieu dévot parisien ? Les sources disponibles ne montrent rien de tel. La spiritualité de Morgues n’avait rien de comparable à celle de Marillac. Plus homme de lettres que d’Église, Mathieu de Morgues demeurait cependant incontestablement catholique, mais chez lui le polémiste l’emportait toujours sur le dévot. Il est périlleux de prétendre définir la foi de Morgues à partir d’un seul ouvrage polémique. Les autres sources fournissent trop peu d’indices sur cet aspect. Ainsi la thèse de D.-A. Bailey se trouve fragilisée. L’homme qu’il veut définir comme un Bon catholique, qu’il fût à Paris ou à Bruxelles, n’hésite pas à critiquer le fer de lance de la Contre-Réforme, et pire, à entretenir des idées qui valurent au cardinal Bellarmin sa mise à l’Index : il s’agit bien là d’un étrange dévot.
Si ses détracteurs stigmatisèrent son revirement d’allégeance et de discours, ils avaient donc de quoi fonder une telle attaque. Il est en effet facile de constater l’altération des propos dans ses écrits. En 1622, quatre ans après
Les Vérités chrétiennes connues également sous le nom de
Manifeste d’Angers, Mathieu de Morgues rédigea un
Droict du roy sur des subjects chrestiens, à ceux de la relligion prétenduë réformée
[39]. C’était une réplique théologique à un certain « manifeste imprimé à la Rochelle au mois de may dernier passé »
[40]. Dans une justification théologico-politique de la monarchie et de son autorité sur le temporel, Morgues articule sa réflexion à partir de la distinction du temporel et du spirituel, telle qu’elle apparaît dans l’Évangile : « Rendez à Caesar, ce qui est à Caesar ». Il invoque aussi l’autorité de saint Paul, dont l’attribut, le glaive, trouve ici une correspondance remarquable : « que toute
âme soit subjecte aux puissances qui tiennent le dessus : car il n’y a point de puissance, qui ne vienne de Dieu, et celles, qui sont de Dieu sont ordonnées. Doncques quiconque résiste à la puissance résiste à l’ordonnance de Dieu, or ceux, qui luy résistent acquièrent damnation : car les princes ne donnent point crainte à ceux qui font bonnes œuvres ; mais à ceux qui font les mauvaises, que si tu fais mal crains : car ce n’est pas sans cause qu’il porte le glaive »
[41]. Peut-on, à partir de ses propos absolutistes, conclure que Mathieu de Morgues était un partisan convaincu de la monarchie absolue ? La réponse n’est pas évidente. D’abord, il n’existe pas de continuité dans ses écrits concernant le pouvoir du prince,
a fortiori après 1630. Quand il commença à prendre définitivement la plume au service de Marie de Médicis, le ton de ses discours, sinon leur objet, changea d’une manière radicale. La leçon d’obéissance qu’il voulait destiner aux sujets était désormais celle d’usage du pouvoir adressée au souverain. Ses propos apparemment absolutistes s’éclipsaient derrière l’exhortation au roi d’être fidèle à sa mère et à son frère, et de se débarrasser des mauvais serviteurs. Dans ses attaques virulentes contre le Cardinal, Morgues n’épargna pas sa politique absolutiste et le stigmatisa comme perturbateur de l’ordre établi et destructeur de la tradition : « Il a cassé tous les privilèges des provinces et des villes et pour faire régner le pouvoir absolu, il a ôté l’autorité des cours souveraines, que les rois ont établies entre eux et leurs sujets pour faire recevoir et estimer leurs volontés comme justes »
[42]. Du reste, les pamphlets de Morgues, à travers la défense énergique de la cause de la reine mère, reprenaient le vieux thème du débat entre monarchie absolue et monarchie mixte, qui conservait la priorité dans son esprit par rapport aux questions ponctuelles telle la guerre avec l’Espagne.
Mathieu de Morgues, dans Les Lumières pour l’Histoire de France, réplique de L’Histoire de Louis le Juste de Scipion Dupleix publiée en 1634, n’hésitait pas à remettre en cause le dogme de l’autorité royale. Il montre, peut-être édifié par son propre exemple, et d’une manière ironique, quels dangers peut comporter l’utilisation sans scrupule d’une idéologie :
Il dit que le roi rend compte de ses actions qu’à Dieu seul, et qu’il peut faire honorer ceux que bon lui semble pour des considérations telles qu’il lui plaît. Je m’assure que S.M., qui veut conserver le titre de Louis le Juste, ne demeurera pas d’accord de cette règle : celle de la justice ne vient jamais de la volonté et de la puissance absolue ; mais de la loi qui ordonne d’élever les hommes avec le poids, de les récompenser avec nombre, et se confier à eux avec mesure. [43]
S’il fallait obéir au commandement et à l’autorité du roi, cela ne signifiait pas pour autant que celui-ci pouvait user de son pouvoir à discrétion. D’après Thuau, « Morgues touche du doigt la conception volontariste de l’autorité qui est derrière la doctrine de la raison d’État. Il rappelle que la loi et la justice sont antérieures aux décisions du Pouvoir et ne sont pas créées par lui »
[44]. Dans son étude sur la pensée politique espagnole au XVII
e siècle, J.-A. Maravall souligne le caractère volontariste de la pensée absolutiste et remarque combien elle se sépare de la tradition du monarque chrétien
[45]. Le pouvoir monarchique, dans cette optique, est également subordonné à l’ordre naturel que Dieu a voulu, et le roi est son vicaire sur terre. Ainsi, outre les vertus personnelles que le roi doit avoir, telle « la chasteté, la probité, la modération », il doit estimer « autant la religion & la sainteté de sa vie, qu’il est permis de la louer en un vivant, défend sa Justice contre les fausses impressions d’une cruelle & meurtrière Prudence »
[46]. L’autorité royale doit s’affermir sur la raison et la parole divine, et avant tout la justice : « Vous aurez tort de n’appuyer point les couronnes des roys sur la justice, plustost que sur la puissance : celle-là produit l’amour, et cette-cy donne que la crainte, qui cherche toute sorte de moyens pour s’asseurer »
[47]. Le fondement de l’autorité royale ne se trouve pas dans « l’appréhension de sa seule puissance », ni dans l’ « opinion ». C’est justement en excluant de l’exercice du pouvoir la justice, vertu inspirée par la raison et conforme à la parole de Dieu, que Richelieu apparaît aux yeux de Morgues comme un véritable tyran usurpant l’autorité royale. Mathieu de Morgues oppose l’absolutisme de la vertu à celui du pouvoir : « pour les bons Roys, il n’y a rien d’honneste que ce qui est honneste, ny de juste que ce qui est juste »
[48]. C’est par l’exercice de cette vertu que le roi peut asseoir son autorité sur le peuple, lequel doit souscrire avec la même ferveur à ce que Morgues définit comme le devoir du « bon sujet ».
Faut-il estre beste & menteur pour estre François ? est-il nécessaire pour estre bon citoyen, de renoncer à la religion chrestienne ?... est-ce dire la vérité pour son roy, de mentir contre tous les autres Princes ?... la gloire du Roy vient-elle de l’infamie d’autruy, ou de sa propre vertu ? ne sera-t-il pas sage, sans estre comparé à des imprudences ? & cessera-t-il d’estre généreux, si les autres le sont ? [49]
Il existe très peu de renseignements sur sa vie après son retour en France, rendu possible par le décès de Richelieu en décembre 1642
[50]. Il semble qu’il ait reçu à Paris un accueil favorable, surtout de la part de la reine Anne d’Autriche. Tous ses biens confisqués au moment de son départ lui auraient même été restitués. Guy Patin écrivait le 10 février 1644 : « M. de Saint-Germain a ici toutes ses assurances ; il a prêché quelque fois en diverses églises ; c’est un excellent homme [...] »
[51]. À Paris, il entama donc une troisième carrière d’écrivain, vouée désormais à la cause d’Anne d’Autriche et à celle du successeur de Richelieu, le cardinal de Mazarin, sans doute pour ce dernier à titre de reconnaissance, car la
Biographie universelle de Michaud précise qu’il « avait payé quelques-uns » de ses libelles
[52]. Ainsi il publia dans la capitale de nouveaux pamphlets, tels les
Bons advis sur plusieurs mauvais advis, tel
Amico criticae monitionis litura franco-galli calamo ducta (1645) contre celui d’Antoine Brun écrit vers la fin de la guerre de Trente ans. Morgues avait rédigé les
Bons advis... au moment de la Fronde, plus précisément vers 1650
[53] ; il y défendait l’autorité de la régence d’Anne d’Autriche et pourfendait les auteurs des mazarinades favorables au prince de Condé, qui contestaient le droit et la compétence de la souveraine pour condamner le prince du sang. Il abandonna la plume politique pour se retirer à la maison des Incurables du faubourg Saint-Germain, où il mourut le 29 décembre 1670, après y avoir acquis une réputation des plus honorables. Dans cette retraite, Morgues ne perdit pas pour autant le goût de l’écriture qu’il employa une dernière fois dans un but de piété. Il publia, en 1661, le
Traité de la dignité de l’aumône chrétienne, et, quatre ans plus tard,
Sermon panégyrique en l’honneur de saint Joseph, récité l’an 1665
[54], prononcé par lui-même en la chaire de l’église des Incurables.
Il semble donc délicat de classer péremptoirement Morgues dans un camp ou un autre. La frontière même entre bonne catholicité et bonne francité paraît plus qu’imprécise. Les hésitations apparentes de l’abbé de Saint-Germain touchant à ses opinions politiques sont révélatrices de l’état d’esprit de ses contemporains, de la disparition des points de repères traditionnels, et du bouleversement de ce qu’on croyait immuable. Dans cette optique, la journée des Dupes peut être considérée sous un nouveau jour. Ce qui était considéré pour Morgues comme une rupture dans une longue fidélité politique devrait plutôt être perçu comme la nette séparation de deux attitudes jusqu’ici confuses. L’exil de la reine mère par son fils et la nouvelle prise de position du cardinal-ministre mettaient fin au malaise ; chacun désormais pouvait choisir son camp, même si tous ne choisirent pas comme Morgues de suivre Marie de Médicis à Bruxelles. Il ne s’était pas leurré sur la véritable nature de cette journée du 10 novembre 1630. Au-delà d’une crise familiale et royale, il y vit un événement politique sans précédent. Il ne fut sans doute pas le seul à être aussi clairvoyant ; il fut en tout cas un des rares à traduire ses pensées en actes. Le pamphlétaire, libre de ses mouvements et libre de charges publiques, pouvait se permettre de vivre son engagement jusqu’au bout en émigrant aux Pays-Bas espagnols.
Dans la vie de Mathieu de Morgues, jésuite raté et pamphlétaire de talent, d’abord au service de Richelieu puis de Marie de Médicis, la journée des Dupes émerge comme le tournant de sa carrière. Les historiens ont voulu y voir la transformation d’un écrivain « Bon Français » en un libelliste « Bon catholique ». Bien que des historiens veuillent montrer la constance de la conviction politique de Morgues en en faisant un proche du milieu dévot, l’abbé de Saint-Germain échappe en fait à toute classification définitive et commode.
Cependant, s’il est impossible de juger si Morgues était « Bon catholique » ou « Bon Français », il n’en reste pas moins qu’il était pamphlétaire de talent, habile écrivain, et observateur perspicace. Certes, c’était un partisan, avec tout ce que cela implique ; la fin justifie les moyens, et en l’occurrence, pour attaquer le cardinal-ministre, il avait recours à tous les arguments plus ou moins objectifs. Son principe n’est rien, son ennemi est tout. Cependant, pour défendre la cause de sa protectrice et pour dénoncer le Cardinal, il était obligé de récupérer, de dompter, de canaliser les idées et les arguments circulant dans la France moderne. Paradoxalement, Mathieu de Morgues constitue un objet d’étude intéressant, non pour son originalité, ni « sa science profonde et variée », mais pour sa partialité, et parce qu’il était incidemment le porte-parole de la pensée politique des « Bons catholiques ».
Derrière la critique véhémente du Cardinal, apparaît en filigrane une certaine vision du royaume de France, où les « Bons catholiques » voudraient voir triompher les vertus traditionnelles des héritiers de Clovis : une monarchie équilibrée, tempérée et raisonnée. En comparaison avec l’État moderne autoritaire, mis en place par le cardinal de Richelieu, l’État chrétien idéal défendu par Morgues, qui n’était plus de mise dans la France moderne, était cependant condamné à prendre une teinte nettement nostalgique.
Mathieu de Morgues, pamphlétaire de Marie de Médicis alors en exil, se distingue tout d’abord par sa qualification peu ordinaire de Bon catholique. Gallican hostile aux jésuites qu’il avait d’ailleurs abandonnés dans sa jeunesse, il témoigne de la fragilité de la frontière séparant les Bons Français de leurs adversaires catholiques, ces grilles dont nous sommes loin de posséder encore tous les secrets. La journée des Dupes et la rupture entre Richelieu et Marie de Médicis lui firent comprendre qu’il était impossible d’accorder bonne catholicité et bonne francité. Son cas démontre d’ailleurs la complexité de la composition du groupe des Bons catholiques, au sein duquel les variations, tantôt spirituelles tantôt politiques, paraissent avoir été possibles. Cependant, ses libelles virulents contre le cardinal de Richelieu traduisent le sentiment d’une partie de l’opinion « publique » de son temps, notamment celle des « Bons catholiques ». Fidèle observateur des mœurs politiques, il analysait, dans ses diatribes, dirigées contre le cardinal-ministre, les modifications profondes de l’État, qui remplaçaient la douceur du règne d’antan, laissant la place à un gouvernement autoritaire, déraisonnable et pour finir tyrannique. Face à la montée irrésistible de l’autorité royale, Morgues n’hésite pas à prendre parti en faveur du Parlement auquel il attribue le rôle de garant contre la dérive de la monarchie vers la tyrannie, annonçant, quelque dix années auparavant, les futures Mazarinades.
[1]
Les sources imprimées provenant de la plume de l’auteur sont nombreuses. On les trouve dans le catalogue général des livres imprimées de la BNF (29 titres), mais c’est sans compter les libelles insérés dans plusieurs recueils, sous divers titres, comme
Diverses pièces pour la défense de la royne mère du roy très chrestien Louys XIII, ou Pièces curieuses pour la defence de la royne mère du roy Louys XIII, par divers autheurs, tel
Recueil de diverses pièces pour servir à l’histoire de France sous le règne de Louis XIII, roy de France et de Navarre, en 1644. Entre ces trois recueils, il n’y a pas vraiment de différence fondamentale, à part leur format et la pagination. Pour notre étude, on a choisi le premier recueil en cinq tomes, rassemblés par ses propres soins, sous le côte de la BNF [8
o-Lb36-3408 (A, 1-5)], imprimé sans doute à partir 1637 à Anvers. Il voulut répondre à la publication d’un recueil de libelles que Paul Hay du Chastelet, apologiste de Richelieu, fit sortir, sous le titre du
Recueil des pièces pour servir à l’Histoire, deux ans auparavant. Morgues s’adresse au « Sage lecteur » : « L’insolence de celuy qui a fait imprimer in-folio dans un grand vol. les
Diverses pièces pour servir à l’Histoire du temps, nous a obligé à mettre en un corps tous les livres que nous confessons avoir fait, afin de laisser dans les cabinets des curieux les responses aux libelles diffamatoires... » (« Advis au lecteur », dans
Diverses pièces..., non paginé) Ces
Diverses pièces... sont précédées par une épître au roi datée du 1
er décembre 1637 et un « Avis au lecteur ». Douze pièces, toutes écrites par Morgues selon son propre aveu, composent ce recueil dont les plus importantes « la Très-humble, très-véritable, et très-importante remonstrance au roy » (1631) et « Les Lumières pour l’Histoire de France et pour faire voir les calomnies, flatteries et autres défauts de Scipion Dupleix » (1636). À cette liste des douze pamphlets de Mathieu de Morgues, il faut ajouter d’autres libelles qui ne sont pas recueillis dans cette première édition. D’autres publications en effet s’en suivirent. Morgues composa un autre recueil intitulé cette fois
Pièces curieuses pour la deffense de la royne mère du roy Louys XIII, par divers autheurs, en suite de celles du sieur de S. Germain, divisées en deux tomes, t. I. Jouxte la copie imprimée à Anvers (s.d.). Il existe aussi une autre édition de 1644,
Recueil de diverses pièces pour servir à l’histoire de France sous le règne de Louis XIII, roy de France et de Navarre (s.l.), 1644, –
Pièces curieuses en suite de celles du sieur de S. Germain, contenant plusieurs pièces pour la deffence de la reyne mère du roy très chrestien Louys XIII et autres traitez d’Estat sur les affaires du temps, depuis l’an 1630 jusques à l’an 1643, par divers autheurs [t. II], sur la copie imprimée à Anvers, 1644, deux tomes reliés à un volume, avec une pagination spéciale pour chaque traité du premier tome (
Recueil, ci-dessous). Malgré ces trois titres différents, les pamphlets recueillis sont souvent répétés. Ces différentes éditions prouvent sans aucun doute le succès de librairie de l’ouvrage. Ainsi apparaît une édition en petit format (in-8
o), divisée en 5 tomes, dont le premier et le deuxième sont composés de la même manière que l’édition précédente ; le troisième et le quatrième tome renferment non seulement des écrits de Morgues, mais aussi des textes composés par d’autres auteurs comme Chanteloube, Harlay de Sancy, Jean Sirmond, et même Paul Hay du Chastelet, adversaire notoire de Morgues. Il faudrait préciser que les pamphlets qui sont insérés dans ce recueil, à partir du troisième tome, ne sont pas tous de la plume de Morgues. Il nous paraît cependant nécessaire de présenter le contenu entier de ce recueil.
[2]
Biographie universelle, éd. Michaud, t. 29, p. 315.
[3]
Ce nom vient de son lieu de naissance, Saint-Germain-Laprade (Haute-Loire), près du Puy-en-Velay.
[4]
L’expression de « Bons catholiques » ou de « Bons Français » nécessite sans doute certaines précisions. Les « Bons catholiques » désignaient une force politique dont les partisans, qui étaient de confession catholique, apostolique et romaine, poursuivaient une action politique ; en ce début du XVII
e siècle, ils s’opposaient à la politique de Richelieu et des « Bons Français » et constituaient, autour de la reine Marie de Médicis, de Pierre de Bérulle et de Michel de Marillac, un groupe qu’on peut identifier au « parti dévot ». Son origine est pourtant plus ancienne. Ils naissent dans la deuxième moitié du XVI
e siècle, au cours des guerres de Religion, surtout pendant la Ligue, et il importe de préciser préalablement que le terme de « Bons catholiques », malgré sa résonance originellement religieuse, avait une signification plutôt politique ; il s’agissait notamment de faire contrepoids aux Politiques, les futurs « Bons Français ». Le sens et l’étendue du mot évoluaient selon la conjoncture politique à laquelle il se mêlait. Au début des guerres civiles, les catholiques, disons le mot, n’avaient nullement besoin de spécifier leur existence politico-religieuse par l’attribution d’un adjectif spécial. L’apparition de certains catholiques qui se ralliaient aux Politiques, constituant ainsi un groupe qui cherchait une solution pacifique en faveur de Henri de Navarre, obligeait les ligueurs à se distinguer radicalement de ces déserteurs, « prétenduz » ou « faux » catholiques. Du coup, apparaissent dans les pamphlets ligueurs, en dehors du mot « catholiques », différentes appellations composées, telles que « vrais chrétiens », « catholiques fidèles » ou « bons catholiques ». La gravité de la situation s’accrut pour les ligueurs quand les Politiques et le parti des huguenots s’intitulèrent ingénieusement les « Bons Français », et l’enjeu de l’opposition entre « Bons François » et « Bons catholiques » commença alors à se dessiner nettement. Une des conjonctures qui permirent aux Politiques de revendiquer le terme « Français » fut l’intervention de l’Espagne dans la Ligue, officiellement depuis le traité de Joinville de décembre 1584, et surtout lorsque, après la mort de Henri III (1
er août 1589), Philippe II proposa à la succession de la couronne de France sa fille Claire Isabelle Eugénie, petite-fille de Henri II par sa mère. Pour le tiers parti, la situation était claire : il y avait désormais des « Bons Français » et des « Espagnolites ». Ainsi, Michel de Marillac, ancien ligueur mais converti au Politique, ne pouvait faire autrement que de dissocier la « Ligue françoise » de la « Ligue espagnole ». Voir Seung-Hwi Lim,
La pensée politique des « Bons catholiques » en France dans la première moitié du XVIIe
siècle, thèse soutenue à l’Université de Paris IV - Sorbonne, 1998, p. 163-204.
[5]
Pour la famille de Morgues, voir BNF, ms. Pièces originales 2051 ; Dossiers Bleus 472 ; Cabinet d’Hoziers 248 ; Nouveau d’Hoziers 247 ; Carrés d’Hoziers 454 ; Chérin 143. Sur sa vie, il existe une étude biographique, de Claude Perroud,
Essai sur la vie et les œuvres de Mathieu de Morgues, abbé de Saint-Germain (1582-1670), Le Puy, Marchesson, 1865, qui s’appuie principalement sur les informations fournies par Morgues lui-même dans la
Lettre de change protestée, ou Réponse à la lettre de change de Jean Sirmond, caché sous le nom de Sabin, écrit en 1637 (ci-dessous,
Lettre de change protestée, dans
Diverses pièces pour la défense de la royne mère du roy très-chrestien Louys XIII (s.l.), 1637, t. II, p. 387-422).
[6]
Selon Claude Perroud qui se réfère à l’
Histoire du Velay, jusqu’à la fin du règne de Louis XV de J..A..M. Arnaud (Le Puys, 1816, 2 vol.), Claude de Morgues soutint le siège des royalistes en 1588, commandés par de Chaste, et se vit forcé de se rendre sans condition (
Histoire du Velay, t. I, p. 432 et 486-494).
[7]
Pierre Bayle,
Dictionnaire historique et critique, Rotterdam, 1720, t. III, p. 2010.
[8]
Mathieu de Morgues,
Réparties sur la Response à la très-humble, très-véritable et très importante remonstrance au Roy, dans
Diverses pièces..., t. III, p. 332.
[9]
Jean Sirmond, P
remière lettre de change de Sabin à Nicocleon, dans
Recueil des pièces pour servir à l’Histoire [par Paul Hay, sieur Du Chastelet] (s.l., 1639), p. 713.
[10]
Cité dans Claude Perroud,
op. cit., p. 8. Face aux attaques personnelles venant des écrivains de Richelieu (Harlay de Sancy le traite du « jésuite renié »), Mathieu de Morgues fut amené à se justifier sur cet événement dans la
Lettre de change protestée..., p. 390-391.
[11]
C. Perroud,
op. cit., p. 10-15.
[12]
Mathieu de Morgues,
Lettre de change protestée..., p. 391. On note le style prétentieux de l’auteur. Soulignons aussi qu’il se considérait plus comme un homme de lettres que comme un homme d’Église.
[13]
Testament de Mathieu de Morgues, cité par C. Perroud,
op. cit., p. 17.
[14]
C’est l’année de parution de son premier pamphlet politique,
La Restauration de l’Estat (s.l., 1617), visiblement en faveur de la reine mère, partie à Blois en mai 1617.
[15]
C. Perroud,
op. cit., p. 20.
[16]
Mathieu de Morgues,
Déclaration de la volonté de Dieu en l’institution de l’eucharistie, contre les erreurs de Pierre du Moulin, ministre de la religion prétenduë réformée, Paris, 1617 ; l’ouvrage est relié avec l’
œuvre de Nicolas Coëffeteau, évêque de Dardanie, suffragant de l’évêché de Metz,
Examen ou réfutation d’un livre de la Toute-Puissance et de la volonté de Dieu, publié par P. D. M. ministre à Charenton, Paris, 1617.
[17]
Mathieu de Morgues,
Contrepoids aux Jésuites et aux ministres de la Religion Prétenduë Réformée (s.l.), 1617, p. 23.
[19]
Mathieu de Morgues déclara, dans ses
Reparties sur la réponse, qu’il n’avait publié, avant sa brouille avec Richelieu, que deux pièces touchant les affaires publiques, les
Vérités chrestiennes et le
Théologien sans passion : cf. C. Perroud,
op. cit., p. 29.
[20]
Lettre de l’abbé de Saint-Germain au cardinal de Richelieu, Paris, 7 septembre 1627. Pierre Grillon,
Les Papiers de Richelieu, t.
II, pièce 580.
[21]
G. Fagniez, « Mathieu de Morgues et le procès de Richelieu », dans
Revue des Deux Mondes, 1900, décembre, p. 558. Pour cette position, voir également Maximin Deloche,
Autour de la plume du cardinal de Richelieu, Paris, Société française d’imprimerie et de librairie, 1920.
[22]
C. Perroud,
op. cit., p. 25.
[23]
Donald A. Bailey, « Anti-Richelieu Propaganda and the Devots : A reinterpretation of Mathieu de Morgues », dans
Proceedings of the Second Meeting of the Western Society for French History, 21-23 novembre, 1974, San Francisco, 1974, p. 94-103.
[24]
Joseph Bergin, « Richelieu and his Bishops ? : ministerial Power and Episcopal Patronage under Louis XIII », dans
Richelieu and his Age, edited by Joseph Bergin et Laurence Brockliss, Oxford, Clarendon Press, 1992, p. 175-202.
[25]
Mathieu de Morgues,
Lettre de change protestée, p. 392.
[26]
Dans les
Papiers de Richelieu, Pierre Grillon a publié notamment sept lettres de Morgues adressées au Cardinal entre 1627 et 1630, toutes écrites sur le ton du dévouement : t. I (1624-1626), pièce 171 ; t. II (1627), pièce 580 ; t. III (1628), pièce 643 ; t. IV (1629), pièces 625, 669, 695 ; t. V (1630), pièce 272.
[27]
Aujourd’hui Saint-Germain-Laprade.
[28]
L’abbé de Saint-Germain au cardinal de Richelieu, Saint-Germain-en-Velay, 10 novembre 1629 ; P. Grillon,
op. cit., t. IV, pièce 669.
[29]
L’abbé de Saint-Germain au cardinal de Richelieu, Saint-Germain-en-Velay, 29 novembre 1628 ; P. Grillon,
op. cit., t. III, pièce 643.
[30]
L’abbé de Saint-Germain au cardinal de Richelieu, Lyon, 27 mai 1630 ; P. Grillon,
op. cit., t. V, pièce 272.
[31]
Il s’agit d’une intervention militaire française dans la Valteline (1624-1627), pays catholique sous la suzeraineté des cantons protestants des Grisons, en faveur de ces derniers contre l’Espagne. Cette affaire commença, à vrai dire, bien avant 1624. En 1620, l’Espagne étant toujours en quête d’un passage sûr entre ses possessions de l’Italie et celles des Pays-Bas, la crise de la Valteline, massacre des protestants grisons par les valtelins catholiques, lui donna le prétexte pour intervenir dans cette vallée alpine stratégique de l’Adda, qualifiée d’ « importantissime » par de Richelieu. Depuis le traité de Madrid (1621), la Valteline était occupée par les soldats du pape Urbain VIII Barberini. L’intention de Richelieu, qui était entré au Conseil en 1624, était de rendre leur possession aux Grisons, alliés de la France, et de fermer définitivement cette voie d’accès au Rhin à l’Espagne. Dès 1624, commença une guerre larvée ; les troupes françaises du duc d’Estrées entrèrent dans la vallée pour en chasser les soldats pontificaux, et Richelieu réactiva la vieille alliance française avec Venise et la Savoie, ce qui déchaîna une tempête dans l’Europe catholique. Voir H. Hauser,
La prépondérance espagnole (1559-1660), dans
Peuples et civilisations. Histoire générale, pub. sous la dir. de Louis Halphen et Philippe Sagnac, Paris, PUF, 1940, t. IX, p. 297-307 ; Lucien Bély, Jean Bérenger, André Corvisier,
Guerre et paix dans l’Europe du XVIIe
siècle, Paris, SEDES, 1991, t. I, p. 312-324, et t. II, p. 112-117.
[32]
Mathieu de Morgues,
La Vérité défendue, dans
Diverses pièces..., p. 449-450.
[33]
Mathieu de Morgues,
Réparties sur la Response à la Très-humble, très-véritable, et très-importante Remonstrance au Roy, dans
Diverses pièces..., t. III, p. 342-343 ; les italiques sont du texte original.
[34]
Mathieu de Morgues,
Lettre de change protestée, p. 393.
[35]
M. de Saint-Germain au cardinal de Richelieu, Lyon, 27 mai 1630 ; P. Grillon,
op. cit., t. V, pièce 272.
[36]
Mathieu de Morgues,
Contrepoids aux Jésuites et aux ministres de la Religion Prétenduë Réformée, p. 23.
[37]
Ibid., p. 17 ; les italiques sont du texte original.
[39]
Mathieu de Morgues,
Le droit du roi sur des sujets chrétiens, à ceux de la religion prétendue réformée, Paris, 1622. Le livre commence par cette phrase d’alarme : « Prenez garde, messieurs, qu’on ne vous accuse à bon droit de n’être ni vrais chrétiens ni bons français ».
[40]
Le manifeste dont parle Morgues serait probablement
Apologie pour les églises réformées de France, où est amplement démontrée la justice des armes prises par ceux de la religion pour leur nécessaire défense contre les ennemis de l’Église qui les persécutent sous le nom du roi, par Théophile Mirathée, 1625, in-8
o. Selon l’analyse de E. Bourgeois et Louis André, « l’ouvrage composé en 1621 lorsque le roi avait l’intention d’attaquer La Rochelle : probablement imprimé dans cette ville. On y trouve en effet de nombreux documents authentiques concernant La Rochelle. L’auteur soutient que l’action des protestants est justifiée et qu’ils ont le droit de défendre leur religion par les armes » (
Les sources de l’Histoire de France, XVII
e siècle 1610-1715, t. IV ; Journaux et pamphlets, p. 188).
[41]
Mathieu de Morgues,
Contrepoids aux Jésuites et aux Ministres de la Religion Prétenduë Réformée, p. 42. Les italiques ont été soulignés par Mathieu de Morgues.
[42]
Mathieu de Morgues,
Abbrégé de la vie du cardinal de Richelieu pour lui servir d’épitaphe, dans
Diverses pièces..., t. III, p. 478.
[43]
Mathieu de Morgues,
Lumières pour l’Histoire de France et pour faire voir les calomnies, flatteries, et autres défauts de Scipion Dupleix, dans
Diverses pièces..., t. I., p. 644-645 ; cité en partie par Étienne Thuau,
Raison d’État et pensée politique à l’époque de Richelieu, Paris, 1966
, p.
128.
[44]
Étienne Thuau,
op. cit., p. 128.
[45]
José Antonio Maravall,
La Philosophie politique espagnole au XVIIe
siècle dans ses rapport avec l’esprit de la Contre-Réforme, Paris, Vrin, 1955, p. 158-161.
[46]
Défense du discours sur le livre intitulé le Prince
contre l’Apologie de I. P., p. 12.
[47]
Mathieu de Morgues,
François fidèle, ou response au libelle intitulé Defense du Roy et de ses ministres (1631), dans
Diverses pièces..., t. I, p. 120.
[48]
Mathieu de Morgues,
Lumières pour l’histoire de France, dans
Diverses pièces..., t. II, p. 239. « Un flatteur semblable à Dupleix dit à Antigonus que toutes choses étaient honnêtes et justes pour les rois. Ce sage prince répondit que c’était une leçon pour les tyrans ; mais que pour les bons rois il n’y a rien d’honnête que ce qui est honnête, ni de juste que ce qui est juste. En effet le souverain est le protecteur et doit être le premier exécuteur de ce qui est équitable et honorable ».
[49]
Mathieu de Morgues,
Jugement sur la Préface et Diverses Pièces que le Cardinal de Richelieu prétend de faire servir à l’histoire à son crédit, dans
Diverses pièces..., t. II, p. 139.
[50]
Guy Patin écrivait de Paris, le 12 septembre 1643 : « Le sieur de Saint-Germain est en cette ville ; mais je ne sais à quelles conditions ; et même je doute, combien que je n’en aie ouï parler à personne, s’il y a ici grande sûreté pour lui... » ; cité par C. Perroud,
op. cit., p. 167.
[51]
Cité par C. Perroud,
op. cit., p. 168.
[52]
Biographie universelle, éd. Michaud, t. 29, p. 315.
[53]
Bien que l’exemplaire de ce pamphlet conservé à la BNF ne porte ni date ni lieu d’impression, il est certain que le libelle fut écrit vers 1650, sinon au moins après le mariage du duc de Richelieu, dont l’auteur fait mention, et qui eut lieu en décembre 1649. Armand-Jean (1629-1715), petit-fils de François de Vignerot et de Françoise du Plessis, s
œur du cardinal de Richelieu, était le duc du Plessis par substitution aux noms et armes du cardinal de Richelieu.
[54]
Le biographe C. Perroud fait part d’un autre ouvrage de Morgues,
Parfaite histoire du feu roi Louis XIII, écrite pendant son exil. Guy Patin écrivait, le 20 mars 1665 : « Il a devers soi la parfaite histoire du feu roi Louis XIII, laquelle il ne veut être imprimée qu’après sa mort ; il en a fait six copies manuscrites qu’il a commises à six de ses bons amis... » (
Lettres choisies de feu Mr. Guy Patin, Cologne, 1691, vol. III, p. 39). Ce manuscrit, dont on n’a gardé aucune trace, ne fut jamais imprimé.