Dix-septième siècle
P.U.F.

I.S.B.N.9782130529545
192 pages

p. 35 à 54
doi: 10.3917/dss.021.0035

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n° 214 2002/1

2002 XVIIe siècle

Images et emblèmes dans la spiritualité de saint François de Sales  [1]

Agnès Guiderdoni-Bruslé K. U. Leuven.
Quoy que vous n’ayez besoin d’aucun assaisonnement pour mieux gouster les enseignemens et la Doctrine de vostre Bien Heureux Père, parce que pour vous estre ordinaire, elle ne vous sera jamais à degoust comme les viandes et les nourritures etrangeres ; j’ay crû neantmoins que vous n’improuveriez pas que je vous la presentasse aujourd’huy sous les voiles et deguisemens innocens que luy mesme n’a pas fait difficulté d’employer pour nous donner plus d’envie et d’avidité pour la vertu. Les similitudes si naïfves qu’il employe avec non moins d’industrie que de succez pour nous le faire mieux gouster, nous le font croire. Et il faudroit n’avoir aucune experience de la lecture de ses livres pour ignorer ce que j’avance icy de luy, parce qu’il n’y a presque page ni chapitre dans tous ses ecrits, où sous le voile et le symbole de quelque chose naturelle il ne nous decouvre l’excellence et la propriété de quelque vertu.
C’est ce que j’ay crû devoir employer aussi pour le faire connoître luy-mesme et ses plus rares perfections : Et je m’y trouve autant plus encouragé que j’ay pour moy l’exemple de celuy duquel il a si parfaitement imité la conduite et la vie ; je veux dire Notre Seigneur Jesus Christ, lequel, sous le nom des choses les plus familières et les plus vulgaires s’est fait connoître aux hommes et ses plus sublimes veritez.
Je ne dois donc pas craindre d’essayer de vous faire voir sous ces mesmes voiles la plus parfaite copie d’un si riche original, puisque ce Sauveur mesme ne s’est mis sous la figure de nostre mortalité, et ne s’est fait homme que pour nour donner la confiance de nous approcher de luy, et nous conformer à ses saintes vertus. Nous ne devons pas craindre de représenter ses Saints sous le voile des plus foibles creatures [...].
C’est ainsi qu’Adrien Gambart [2] présente en 1664 aux Religieuses de la Visitation Sainte-Marie, dans la dédicace qu’il leur adresse, [S]a vie symbolique du Bienheureux François de Sales, Evesque et Prince de Genève, comprise sous le voile de 52 emblèmes. Cette exposition pourrait justifier à elle seule une étude sur les relations entre François de Sales et l’emblématique religieuse. En effet tout est dit, ou presque, dans ces quelques lignes : non seulement sur l’utilisation d’une rhétorique symbolique chez François de Sales, mais encore sur son fondement primordial, dans un contexte religieux, à savoir la figure christique.
D’emblée, cette longue citation nous fournit certains éléments sur la manière dont l’emblématique peut s’intégrer tout d’abord dans le style salésien, puis dans la spiritualité active que François de Sales prône en général. Loin de comparer les emblèmes à des ornements surnuméraires – sans nuance péjorative et pour reprendre le mot de Montaigne [3] –, à des fleurs « étrangères » au discours, Adrien Gambart présente l’usage des emblèmes comme « une chose naturelle » et comme obéissant à une loi de « propriété ». Autrement dit, l’usage de l’emblème correspond strictement à une catégorie de base du signe, telle qu’elle apparaît depuis saint Augustin, à savoir celle du signe intentionnel, émis par l’homme et qui seul mérite, avec les signes émis par Dieu, le nom de symbole. Du côté de la rhétorique, le vocabulaire employé par Gambart oppose par ailleurs très nettement un usage artificiel, voire trompeur et mensonger, à un usage naturel, « naïf » ou encore « innocent », donc porteur d’authenticité (puisque porteur de « propriété ») et de vérité. Il importe de souligner l’ensemble de ces déterminations stylistiques, qui se lisent en filigrane dans ce texte pour saisir la nature et la portée du processus emblématique dans l’œuvre salésienne. On constate ainsi dès l’abord que les similitudes, en tant que tropes, sont assimilées aux emblèmes – assimilation qu’il conviendra de nuancer et d’affiner –, et qu’ensuite ces figures marquent un « style illustrant », si l’on ose ce latinisme peu élégant, qui permet cependant de renvoyer ainsi au statut des emblèmes dans nombre de recueils par rapport au message spirituel qu’ils sont censés délivrer [4].
Du côté de l’ontologie et de la théologie, Gambart ancre l’emblème dans une double spécularité, celle de l’action et du discours sur un axe, celle du Christ et de son imitation par l’homme, à travers l’exemple de saint François de Sales, sur un autre axe. Gambart lie, tout naturellement, les deux aspects, à savoir la parole imagée du Christ, donc la Révélation, et sa vie humaine, donc son Incarnation. La Révélation est bien évidemment dépendante de la lecture figurative de la parole christique et l’Incarnation est comme garantie par le rapport de similitude entre les personnes divines. Le discours qui restitue la Révélation se modèle donc sur le symbole tout comme l’action humaine doit être l’image de la vie du Christ. Comme le démontre très simplement Adrien Gambart, François de Sales, par son œuvre et par sa vie, s’est placé au cœur de ce processus et « les voiles et déguisemens innocents » de l’emblème semblent être tout spécialement indiqués pour porter le message salésien.
Une rapide perspective synchronique confirme encore la pertinence du rapprochement entre François de Sales et les emblèmes. En ouverture emblématique de ce rapprochement, commençons par la fin et la canonisation. L’évêque de Genève est béatifié en 1661 et canonisé en 1666. L’ouvrage de Gambart participe déjà de l’entreprise hagiographique de canonisation. Mais, plus remarquable encore et plus démonstratif, la ville de Grenoble organise en 1667 un « carrousel » en l’honneur du saint, fête conçue par le maître en la matière, le jésuite Claude-François Ménestrier. Celui-ci décrit la composition du défilé à la fin de son Traité des tournois [5], dans Le triomphe des vertus de saint François de Sales, représenté en forme de carrousel, dans la ville de Grenoble, le 26 mai 1667 [6]. Ici ce ne sont plus des emblèmes mais des devises (image et motto) portées sur les écus des chevaliers des quadrilles et des allégories des vertus représentées par des femmes montées sur des chars. Si ce spectacle ne dit rien vraiment de l’éventuelle portée emblématique de l’œuvre de François de Sales, il dit assez le goût de cette époque pour la représentation symbolique, s’appliquant à toute la sphère artistique et spirituelle. Sans avoir rien écrit qui ressemble de près ou de loin à un recueil d’emblèmes, notre Savoyard est pris dans cette aetas emblematica [7].
L’œuvre de François de Sales, mais aussi sa formation et l’ensemble de sa vie (1567-1622) sont contemporains de la période la plus riche de la production d’emblématique sacrée, qui va de pair avec le renouveau spirituel en Europe, à partir du dernier quart du XVIe siècle. À la suite du Concile de Trente (1545-1563), la réflexion sur les images s’épanouit dans une littérature symbolique travaillant la notion d’image de l’intérieur [8]. Dans le même temps, de subtiles correspondances se révèlent entre les spiritualités nordiques, italiennes et espagnoles, affinant les méthodes d’oraison mentale au service de nouvelles dévotions. C’est le moment où François poursuit sa formation dans sa Savoie natale, puis avec les jésuites du collège de Clermont à Paris et enfin à l’Université de Padoue, sous la direction éminente d’Antoine Possevin, sj. Au moment de sa nomination épiscopale en 1602, des jésuites, comme le P. Nadal [9] ou le P. David [10], ont déjà commencé d’explorer les multiples possibilités de l’emblème associé à un programme de conversion tel que celui des Exercices spirituels de saint Ignace. Enfin au moment où paraît L’Introduction à la vie dévote (1609), où il rédige le Traité de l’amour de Dieu (dès 1607) et où il fonde la Visitation (1610), le poète Heinsius, puis le peintre et graveur Vænius inaugurent les recueils d’emblèmes d’amour profane [11], qui devient sept ans plus tard amour divin [12], vouant le genre à un immense succès tout au long de la première moitié du XVIIe siècle. C’est aussi le plein essor de l’École française de spiritualité, essor auquel contribue l’évêque de Genève au premier chef. Par cette concomitance, François de Sales est exemplaire pour notre propos. Assimilant des traditions spirituelles existantes, et renaissantes pour certaines, il développe, dans un style très personnel, et très reconnaissable, une nouvelle forme de dévotion, qui permet au chrétien de rester dans le monde tout en pratiquant la charité ; la conversion qui se fait profondément, « dans le fond du cœur », est également tenue par le souci de l’action quotidienne. Dans le même temps, l’emblématique religieuse propose au même chrétien de véritables « outils » dévotionnels, soulignant un peu plus l’infléchissement de la dévotion vers le domaine privé, vers l’individu et son intériorité, mais un individu « du siècle » assurément.
Pour suivre le fil de ce rapprochement entre le corpus emblématique et la spiritualité salésienne, on pourrait être tenté de répertorier toutes les images communes [13]. Cependant, étant donné l’importance de la matière, la restitution en serait longue, fastidieuse, et somme toute de peu d’intérêt, si ce n’est fournir un catalogue supplémentaire. Le résultat d’une telle recension n’aurait rien de significatif, puisque les auteurs d’emblèmes et François de Sales puisent aux mêmes sources pour leur « imagier » – à savoir, les Écritures, avec des prédilections identiques pour certains livres, la symbolique humaniste des iconologies – François de Sales cite ainsi Pierius dans La défense de l’étendard de la sainte Croix —, l’Histoire naturelle de Pline, etc.
Il semble donc plus fécond d’enrichir ce parallèle en recherchant dans le discours de François de Sales les éléments propres au processus emblématique, c’est-à-dire propres à la construction de l’image symbolique et au fonctionnement intrinsèque de l’emblème. La possibilité de mettre en emblèmes la vie et la spiritualité de François de Sales, comme l’a fait Gambart, laisse deviner l’existence de ce processus. L’auteur de cette Vie symbolique utilise d’ailleurs parfois des images tirées des œuvres de François de Sales [14].
S’il existe un processus emblématique chez François de Sales, il ne peut apparaître que lorsqu’il est question pour l’âme de rencontrer Dieu, de chercher une voie et une voix, jeu de mots facile dans l’emblème religieux puisqu’il s’agit toujours d’élaborer un discours pour cheminer vers Dieu. Or, le fait que l’emblème éprouve le besoin de faire appel pour cette quête à deux supports différents, pictural et textuel, laisse à penser que le seul langage humain est inefficace en la matière [15]. D’autres composantes doivent être utilisées pour suppléer à cette déficience. Ainsi, à l’opposé de tout langage, de toute articulation de la pensée et de tout raisonnement, le cœur de l’homme devient le moyen et le lieu de rencontre privilégié. Si l’idée n’est pas nouvelle, elle est intensément exploitée à partir de la deuxième moitié du XVIe siècle. C’est donc avec les emblèmes d’amour divin que les affinités se révèlent les plus frappantes. En effet, il ne fait de mystère pour personne que l’amour – qui se traduit en termes de style par la « suavité salésienne » –, est au cœur de la spiritualité de François de Sales ; ses deux œuvres majeures, l’Introduction à la vie dévote et le Traité de l’amour de Dieu, sont des mises en acte de cette charité chrétienne ; l’amour divin (de Dieu pour ses créatures et de ses créatures pour Dieu) en est le fondement.
Ainsi cette communauté, si l’on peut dire, entre les emblèmes et François de Sales peut certes être mise en valeur à partir des images proprement dites, mais surtout au travers d’une même thématique affective, à savoir la relation amoureuse, complétée ou approfondie par la centralité du cœur dans la relation avec Dieu. Du point de vue littéral, les mêmes livres bibliques sont au cœur de cette thématique commune, livres cités par François de Sales dans l’Introduction :
Il est vrai qu’il y a certains mots qui ont une force particulière pour contenter le cœur en cet endroit [l’amour], comme sont les élancements semés si drus dedans les Psaumes de David, les invocations du nom de Jésus, et les traits d’amour qui sont imprimés au Cantique des Cantiques. [16]
La mention du cœur doit retenir toute notre attention. Si le cœur est un lieu commun de la littérature de spiritualité qui trouve son origine dans la Bible elle-même, celui dont parle François de Sales n’est pas une image comme les autres : il n’est la métaphore de rien, il ne représente rien. Ce n’est pas une image en soi. François de Sales le constitue en lieu de retraite spirituelle et son « fond » est le lieu de contact privilégié avec Dieu, tout comme le sera « la pointe suprême de notre esprit » [17] :
Le second moyen de se mettre en cette sacrée présence, c’est de penser que non seulement Dieu est au lieu où vous êtes, mais qu’il est très particulièrement en votre cœur et au fond de votre esprit, lequel il vivifie et anime de sa divine présence, étant là comme le cœur de votre cœur et l’esprit de votre esprit ; car, comme l’âme étant répandue par tout le corps se trouve présente en toutes les parties d’icelui, et réside néanmoins au cœur d’une spéciale résidence, de même Dieu étant très présent à toutes choses, assiste toutefois d’une spéciale façon à notre esprit [...]. En la considération donc de cette vérité, vous exciterez une grande révérence en votre cœur à l’endroit de Dieu, qui lui est si intimement présent. [18]
De la même manière, les nombreux recueils d’emblèmes qui font usage d’un cœur ne le traitent pas comme un objet symbolique de même nature que les autres. Le cœur du chrétien est aussi institué comme un lieu spécial dans lequel ou avec lequel Dieu opère, Dieu étant incarné par un ange, l’Enfant Jésus ou Amor Divinus. Le cœur est soit le théâtre même des actions de Dieu comme dans la série gravée par les frères Wierix le Cor Jesu amanti sacrum à Anvers vers 1586, soit l’outil principal de l’action comme chez le bénédictin Van Haeften dans la Schola cordis, en 1629, soit encore « l’acteur » de l’action comme chez le luthérien Daniel Cramer dans la série des emblèmes de 1617 et 1624. Il est d’ailleurs pris en général comme fil conducteur de tout le recueil, comme son thème, voire sa clé de lecture [19] et n’apparaît que très rarement isolé au milieu d’autres emblèmes. Dans la série emblématique des Wierix, le cœur du chrétien est la demeure de Dieu ; l’état et l’aménagement de ce cœur constituent toute « l’intrigue », depuis le grand ménage qui débarrasse le lieu de ses vices et autres souillures, jusqu’à son couronnement final. Il s’agit ici de la représentation de l’intériorité spirituelle de l’homme, dans toute sa matérialité paradoxale, comme seule l’image emblématique en est capable. Les emblèmes de la Schola cordis de Van Haeften présentent un cas plus complexe cependant, et, en cela peut-être, plus proche du cœur salésien. Chez Van Haeften, en effet, l’âme, le cœur et l’amour divin sont trois entités distinctes, extérieures les unes aux autres. Cette représentation morcelée de l’intériorité spirituelle propose un cœur autonome, objet à manipuler, à travailler, à déplacer, etc., enjeu entre l’âme et l’amour divin [20]. Les deux « modèles » de cœur coexistent dans l’œuvre salésienne, parfois à quelques lignes de distance. Ainsi, on trouve dans l’Introduction à la vie dévote :
Ainsi, Philothée, nos cœurs doivent prendre et choisir quelque place chaque jour, ou sur le mont Calvaire, ou ès plaies de Notre-Seigneur, ou quelque autre lieu proche de lui, pour y faire leur retraite à toutes sortes d’occasions, et là s’alléger et récréer entre les affaires extérieures, et pour y être comme en un fort, afin de se défendre des tentations. [...] [21]
[Catherine de Sienne subit de fortes tentations jusqu’à ce que] ne lui rest[e] plus que la fine pure volonté supérieure qui ne fût agitée de cette tempête de vilenie et délectation charnelle. Ce qui dura fort longuement, jusques à tant qu’un jour Notre-Seigneur lui apparut, et elle lui dit : « Où étiez-vous, mon doux Seigneur, quand mon cœur était plein de ténèbres et d’ordures » ? À quoi il répondit : « J’étais dedans ton cœur, ma fille ». – « Et comment, répliqua-t-elle, habitiez-vous dedans mon cœur, dans lequel il y avait tant de vilenies ? Habitez-vous donc en des lieux si déshonnêtes » ? [Elle explique la tristesse qu’elle avait de ces tentations]. Et Notre-Seigneur lui dit : « Qui était celui qui mettait cette grande amertume et tristesse dedans ton cœur, sinon moi qui demeurais caché dedans le milieu de ton âme ? Crois, ma fille, que si je n’eusse pas été présent, ces pensées qui étaient autour de ta volonté et ne pouvaient l’expugner l’eussent sans doute surmontée et seraient entrées dedans, eussent été reçues avec plaisir par ton libéral arbitre, ainsi eussent donné la mort à ton âme ». [22]
Le premier passage rappelle tout à fait Van Haeften. Il s’agit toujours d’un mouvement au sein du monde intérieur, mais vu de l’extérieur. La pluralité de « nos cœurs » indique d’ailleurs une certaine autonomie et renforce « l’extériorisation » du cœur dans l’intériorité. Le second passage présente un cœur en forme de réceptacle et théâtre d’action ou de prière, à la manière des gravures de Wierix, et en tout cas, demeure de Dieu. Cette présence de Dieu dans le cœur de l’homme est illustrée par les Wierix avec exhaustivité (ex. fig. 1). De ce point de vue, c’est le cœur qui gouverne la vie spirituelle de l’homme dévot en ce début de XVIIe siècle, avec plus d’acuité peut-être qu’en d’autres temps [23], par-dessus – au sens propre, spatial –, la volonté, dans une anatomie de l’âme augustinienne revisitée par l’humanisme chrétien [24]. Aux chapitres III et IV de l’Introduction, dans lesquels figure le second passage cité ci-dessus, François de Sales ébauche sa structure de l’âme et la place de Dieu dans cette organisation. Il s’agit plus d’une ébauche, qui se dégage à l’analyse des instructions données à Philothée, que d’une exposition formelle, proposée dans les chapitres XI et XII du livre I du Traité. Cette ébauche est pourtant complémentaire de l’exposé du Traité dans la mesure où elle situe le cœur dans cette structure, notamment par rapport à la volonté et à l’esprit. Le récit de l’anecdote de la vie de Catherine de Sienne fournit l’occasion de cette mise en place. De même que cet autre conseil à Philothée :
Agrandir l'image 1Fig. 1 – Antoine II Wierix, Cor Jesu amanti sacrum, s.l.n.d. [Anvers, ca. 1586], gravure sur cuivre. Collection photographique de l’Institut Warburg, Londres.
« Le second moyen de se mettre en cette sacrée présence, c’est de penser que non seulement Dieu est au lieu où vous êtes, mais qu’il est très particulièrement en votre cœur et au fond de votre esprit, lequel il vivifie et anime de sa divine présence, étant là comme le cœur de votre cœur et l’esprit de votre esprit » (Introduction à la vie dévote, p. 83).
Retirez donc quelquefois votre esprit dedans votre cœur, où, séparée de tous les hommes, vous puissiez traiter cœur à cœur de votre âme avec son Dieu [...]. [25]
Voilà bien le lieu de Dieu, différencié de l’esprit, hors de l’âme, dans lequel le contact avec Dieu se fait « cœur à cœur », c’est-à-dire par le moyen d’une analogie anthropomorphique, tout comme les figures jumelles, analogues, de l’emblème, Anima et Amor Divinus (ou équivalents).
Enfin, le projet initial que se propose de suivre François de Sales dans la préface de l’Introduction ressemble fort à cette autre gravure de Francesco Pona [26] (fig. 2) :
Dieu veut que je peigne sur les cœurs des personnes non seulement les vertus communes, mais encore sa très chère et bien aimée dévotion. [27]
La centralité du cœur dans les deux corpus n’est certes pas seulement une identité d’image. Peut-être pourrait-on aller jusqu’à en faire la marque d’une anthropologie de l’âme chrétienne, commune et nouvelle.
À l’emblème IV de La vie symbolique, Adrien Gambart nous fournit une belle synthèse, certes très traditionnelle, de l’importance du cœur chez son illustre sujet. L’emblème s’attache à exprimer « son amour de préférence pour Dieu ». L’image représente une main sortant des nuées et tenant une balance. Dans un des plateaux se trouve le globe terrestre, et dans l’autre, pesant plus lourd, un triangle circonscrivant un cœur. Dans ses explications, l’auteur précise :
Toutes les parties de cet embleme font voir que Dieu seul et son amour tenoit le premier et principal lieu par preference dans son cœur [...].
Chacun sçait que ce triangle est le Hieroglyphe de la Tres-Sainte Trinité ; et que ce n’est pas sans mystère que nostre cœur est fait en triangle, ou approchant de cette figure : comme si Dieu nous avoit marqué par là que nous sommes faits à son image et semblance ; et que ce monde et ses creatures, qui sont justement comparés à un cercle, vray symbole de l’inconstance et de la volubilité, ne peuvent pas remplir nostre cœur [...]. [28]
Pour en terminer avec les correspondances d’image, je m’intéresserai brièvement aux personnages mis en œuvre dans les emblèmes et chez François de Sales. Suivant le modèle amoureux biblique par excellence qu’est Le Cantique des Cantiques, le mode dialogique, ou du moins le mode de l’échange, de la parole vivante et directe, sont des caractéristiques communes aux deux corpus. Il y a d’une part l’échange, tout autant pédagogique qu’affectueux, entre le directeur/rédacteur de l’Introduction ou du Traité, et Philothée ou Théotime ; il y a d’autre part un schéma analogue, choisi par les emblématistes des emblèmes d’amour divin, dans lequel il est proposé à la méditation du lecteur de petites scènes mettant en présence deux personnages, quasi identiques pour tous les recueils, à savoir la petite âme (Anima) et son « directeur », présenté sous les diverses dénominations de l’amour divin, de l’Enfant Jésus ou d’un ange. Les emblématistes suivent en cela le modèle de Vænius, repris et porté à son apogée par le jésuite Herman Hugo dans ses Pia desideria [29]. On comprend vite qu’Anima pourrait s’appeler Philothée. Ainsi, on assiste de part et d’autre à la transformation de l’âme en véritable théâtre des passions et des combats avec la tentation [30]. Au dialogue, s’ajoute une trame narrative d’ensemble qui nous « raconte une histoire ». À la progression réaliste et vivante proposée par François de Sales à sa Philothée répondent les mises en scène imaginées par les emblématistes, dans lesquelles le cheminement de l’âme du repentir à l’union est ponctué de rebondissements, rechutes et victoires. Certes, la progression des recueils et celle proposée à Philothée ou Théotime restent différentes. François de Sales n’adhère pas strictement aux trois voies successives, purgative, illuminative et unitive. Son cheminement est plus souple et plus personnalisé, s’appuyant en cela pleinement sur son expérience de directeur ainsi que sur sa propre expérience, et moins sur la tradition. Cependant, les conseils de François de Sales à Philothée reprennent les mêmes mouvements que ceux de l’Anima des emblèmes : se réfugier auprès du Christ, le prendre comme bouclier, faire de l’amour de Dieu le « pôle magnétique » de son esprit, l’aiguille de la boussole (fig. 3), procéder à sa confession générale « arrosée » par le sang du Christ, etc.
Agrandir l'image 2Fig. 2 – Francesco Pona, Cardiomorphoseos, Vérone, s.é., 1645, 4o. Bibliothèque de l’Institut Warburg, Londres.
« Or, il m’est avis, mon Lecteur, mon ami, qu’étant Évêque, Dieu veut que je peigne sur les cœurs des personnes non seulement les vertus communes, mais encore sa très chère et bien aimée dévotion » (Introduction à la vie dévote, p. 27).
Un exemple plus frappant que les autres se trouve dans le livre II de l’Introduction, après la confession générale :
Imaginez-vous d’être en une rase campagne, toute seule avec votre bon Ange, comme était le jeune Tobie allant à Ragès, et qu’il vous fait voir en haut le Paradis ouvert, avec les plaisirs représentés en la méditation du Paradis que vous avez faite ; puis, du côté d’en bas, il vous fait voir l’enfer ouvert, avec tous les tourments décrits en la méditation de l’enfer [...]. [31]
Cette évocation pourrait être l’ekphrasis de la première gravure du livre du jésuite Antoine Sucquet, Via vitæ æternæ [32], gravure due à Boëtius a Bolswert (fig. 4), dans laquelle un ange adolescent invite son protégé – un personnage d’âge mûr – à contempler une fosse figurant l’enfer où s’agitent les damnés. De l’autre côté, un autre ange élève d’un geste de la main le regard des damnés vers le ciel où est rassemblée la cour céleste. Ce sont les Exercices spirituels de saint Ignace qui semblent être à l’origine tant de l’image gravée que de l’image décrite. Sans la nommer, François de Sales reprend en apparence la composition de lieu, chère aux Jésuites, qui s’incarne dans cette première gravure de l’ouvrage de Sucquet. L’image, ou plutôt l’imagination d’une scène, d’un lieu, est préconisée explicitement ou implicitement dans l’Introduction, comme point de départ de chaque méditation (au nombre de dix). L’institution de cette image est moins formelle qu’elle ne l’était chez Ignace [33], mais elle témoigne au moins de la prégnance d’une pratique, véhiculée, dans ce cas sans discrimination, par l’ensemble de la littérature de spiritualité.
Agrandir l'image 3Fig. 3 – Herman Hugo, sj, Pia desideria, Anvers, Henri Aertssen, 1624, 8o. Bibliothèque de l’Institut Warburg, Londres.
« Que le navire prenne telle route qu’on voudra qu’il cingle au ponant ou levant, au midi ou septentrion, et quelque vent que ce soit qui le porte, jamais pourtant son aiguille marine ne regardera que sa belle étoile et son pôle. Que tout se renverse sens dessus dessous, je ne dis pas seulement autour de nous, mais je dis en nous, [...] ah ! si faut-il pourtant qu’à jamais et toujours la pointe de notre cœur, notre esprit, notre volonté supérieure, qui est notre boussole, regarde incessamment et tende perpétuellement à l’amour de Dieu son Créateur » (Introduction à la vie dévote, p. 277).
Agrandir l'image 4Fig. 4 – Antoine Sucquet, sj, Via vitæ aeternæ, Anvers, Martin Nutius, 1620, 8o. Bibliothèque de l’Institut Warburg, Londres.
« Imaginez-vous d’être en une rase campagne, toute seule avec votre bon Ange, comme était le jeune Tobie allant à Ragès, et qu’il vous fait voir en haut le Paradis ouvert, avec les plaisirs représentés en la méditation du Paradis que vous avez faite ; puis, du côté d’en bas, il vous fait voir l’enfer ouvert, avec tous les tourments décrits en la méditation de l’enfer » (Introduction à la vie dévote, p. 63).
La présence des anges dans l’une et l’autre image souligne par ailleurs la similarité des formes pédagogiques adoptées par François de Sales et par les emblématistes. En effet, l’évêque de Genève, conscient des difficultés du parcours qu’il décrit, recommande très souvent de se placer sous la protection de son ange gardien, de l’imaginer, de lui parler, de se confier à lui [34].
On retrouve cet ange chez Sucquet, mais on se souviendra aussitôt que le petit personnage qui incarne Amor Divinus dans les emblèmes d’amour divin en général assume également les fonctions attribuées à l’ange gardien [35]. Philothée comme Anima sont bien accompagnées, et par un guide analogue. Ce sont presque les mêmes couples qui sont mis en scène.
Il nous reste à envisager de manière plus générale le traitement que François de Sales réserve aux images, quelle place il leur accorde et dans quelle mesure ce traitement oriente le discours salésien vers l’emblématique. Dans un article intitulé « Images et spiritualité chez saint François de Sales » [36], Jacques Hennequin expose la conception salésienne de l’image et sa place dans la rencontre entre l’âme et Dieu. Prenant comme point de départ cette synthèse, je tenterai de la compléter en suivant la veine symbolique de l’image. Pour François de Sales, l’image, en tant que signe, n’a pas de vertu en elle-même :
Les signes, figures et caractères, n’ont en eux aucune force ni vertu naturelle, ils peuvent néanmoins avoir des grands usages par l’institution et établissement de Dieu et des créatures intelligentes [...]. Les mots ne sont que lieutenans des choses, qui fait que l’on leur baille le rang et titre d’icelles. Il en va de même de tous les autres signes [37].
Loin de toute querelle sur les images, la problématique est évoquée et résolue simplement, dans la plus stricte orthodoxie. Mais il s’ensuit un usage ad hoc de ces mêmes images, qui servent tout d’abord le discours – particulièrement pour aider à la mémorisation et à la persuasion – puis la dévotion. Ainsi, Jacques Hennequin distingue deux langages :
Ces deux langages, rationnel et symbolique, trouvent leur accomplissement dans un troisième langage appelé parfois « affectif » et que j’appellerai mystique [...]. L’union du signe et de la chose signifiée est alors consacrée dans le langage de l’amour : « Le langage de l’amour, dit François de Sales, est commun quant aux paroles, mais quant à la manière et prononciation il est si particulier que nul ne l’entend sinon les amans » (OC, IV, p. 306). Et plus loin, évoquant le dialogue de l’âme avec Dieu, il montre que le langage lui-même s’abolit en un « colloque de silence ». « Les yeux parlent aux yeux et le Cœur au Cœur, et nul n’entend ce qui se dit que les amans sacrés qui parlent » (ibid.). Aussi la connaissance qu’ont les bienheureux de l’essence et de la grandeur de Dieu dans la vision béatifique s’opère-t-elle « sans ombre ni figure » (OC, X, p. 141). [...]
L’image n’est point idole mais icône qui ouvre sur la transcendance. [...] Cette dialectique de l’amour trouve sa perfection en Jésus-Christ, à la fois « image », « semblance » de Dieu en tant qu’homme et Verbe de Dieu en tant que Fils. [38]
Si l’on voulait définir une problématique emblématique du discours salésien, elle se nouerait de toute évidence autour de ce « langage mystique ». En effet, le raisonnement que suit François de Sales s’appuie sur le paradoxe de concevoir l’image à la fois comme médiation et, dans le même temps spirituel, comme porte ouverte sur Dieu et sa vision. Il s’agit bien là d’une position propre à la mystique qui tend à l’anéantissement de tout langage et de toute image, quand bien même la contemplation initiale est une contemplation imaginale. Or que se passe-t-il à la méditation d’une page d’emblème, et plus spécifiquement dans les emblèmes d’amour divin ?
Comme le suggérait Adrien Gambart au début de ce parcours, le lien « naturel » qui peut être fait entre les emblèmes et François de Sales ressortit à l’économie de la Révélation. C’est bien ce qui apparaît derrière l’analyse de Jacques Hennequin. Le livre d’emblèmes, de son côté, se constitue en médium entre l’âme et Dieu, interprétant et développant jusqu’à son point ultime la portée de l’Incarnation christique. L’organisation d’une relation transcendante par le moyen d’un texte et d’une image doit être comprise dans le même mouvement symbolique [39] qui réunit les deux versants de la Révélation, l’ancienne Loi et la nouvelle – en d’autres termes encore, l’apparence de la chose qui fait figure et son sens en vérité, dévoilé par le Christ. L’emblème sacré se veut alors perpétuellement l’image du Christ.
L’emblème en tant que miroir du Christ, comme le monde est miroir de Dieu pour Paul, permet d’établir une relation de connaissance immédiate entre l’âme et Dieu. En ce sens, la page emblématique fonctionne comme le miroir d’Alice, dans le conte de Lewis Carroll : il n’offre pas la froide et stérile réflexion de soi-même (qui tendrait vers une exposition d’ordre purement psychologique, et qui resterait alors bien en deçà de la perfection recherchée par les auteurs) mais il propose plutôt la métamorphose de soi, renouvelée et approfondie à chaque page. Il constitue une porte ouverte sur le divin et non un obstacle, ou un filtre. Du point de vue de sa construction rhétorique, l’emblème, dans sa visée mnémonique, atteint le lieu de mémoire, où Dieu a laissé son empreinte dans l’âme, selon la doctrine augustinienne.
Ainsi se dégage, dans l’emblématique sacrée, un paradoxe identique à celui de l’image salésienne. En effet, dans un désir légitime de chercher et trouver Dieu, l’âme chrétienne sait qu’elle doit en passer par le Christ. L’emblème sacré se présente alors comme le lieu par excellence de ce passage puisqu’il en est le reflet. À une superposition de sens, à une succession de media à caractère métaphorique – à savoir, au plus simple, un titre général, plutôt conceptuel, un texte scripturaire, ou une paraphrase scripturaire, en citation et/ou en épigramme, ainsi qu’une image de représentation littérale de ce texte –, le recouvrement de la page par l’image du Christ abolit instantanément ce feuilletage médiatique. Au fur et à mesure de la progression, emblème par emblème, le travail de la mémoire joint à celui du déchiffrement, et donc d’une reformulation personnelle et silencieuse du symbole, débouche sur la perception de la présence divine intérieurement. Ainsi, comme l’écrivait Jacques Hennequin, « l’union du signe et de la chose signifiée est alors consacrée dans le langage de l’amour » et « l’image n’est point idole mais icône qui ouvre sur la transcendance ».
Dans les textes, deux caractéristiques peuvent être dégagées, qui permettent l’identification du processus en dehors du recueil d’emblèmes proprement dit : d’une part un travail de métaphorisation à partir d’un texte scripturaire, qui conduit, d’autre part, à une actualisation, réitérée à chaque emblème, du mystère de la Révélation. L’emblème procède à une mise en image des figures, ou encore, à une présentation du sens figuré comme sens littéral pour renvoyer à un unique référent – second, par rapport au référent premier de l’expression figurée –, à savoir le Christ [40]. Cette présentation simultanée du littéral et du figuré – qui perturbe d’ailleurs le fonctionnement classique de la métaphore – vise à restituer le jaillissement de sens de la Parole de Dieu, du Verbe, tel qu’il existe au-delà du discours, au-delà tout simplement des signes, ce que François de Sales nommerait un « colloque de silence ».
C’est dans une lettre datant de 1604, adressée au frère de Mme de Chantal, que nous trouvons le premier élément d’élaboration d’un discours emblématique. André Frémyot vient d’être nommé archevêque de Bourges, et l’évêque de Genève, plus expérimenté et jouissant déjà d’un grand prestige, répond à une de ses lettres par un « avis sur la vraie manière de prêcher » [41]. Énumérant les matières que l’on peut utiliser dans un sermon, il en arrive « aux histoires naturelles » :
Et des histoires naturelles [quel usage en faire] ? Très bien : car le monde fait par la parole de Dieu, ressent de toute part cette parole ; toutes ses parties chantent les louanges de l’ouvrier. C’est un livre qui contient la parole de Dieu, mais en un langage que chacun n’entend pas [...].
Ce livre est bon pour les similitudes, pour les comparaisons, a minori ad majus, et pour mille autres choses. [42]
L’argument énoncé par François de Sales n’est pas nouveau et rappelle la conception augustinienne de la Création portant trace de toutes parts de son Créateur. Dans cette perspective, la célébration de la Création par l’usage insistant des images tirées « des histoires naturelles et du livre de l’univers » devient une forme de louange du Créateur. Or cette idée a été systématisée et conceptualisée dans la symbolique humaniste pour constituer un des fondements de l’emblématique. Des auteurs comme Aneau ou Guéroult [43] en ont inauguré le type au milieu du XVIe siècle, type pleinement réalisé et achevé au milieu du XVIIe avec par exemple des recueils comme celui du P. Augustin Chesneau, Orpheus eucharisticus [44], ou en Allemagne, au début du XVIIIe avec Abraham a Sancta Clara, Huy ! und Pfuy ! der Welt [45], pour ne citer que les plus éminents. François de Sales connaît donc parfaitement cette tradition. Ajoutons que dans sa Préface au Traité de l’amour de Dieu, il cite de façon élogieuse [46] l’ouvrage du jésuite Louis Richeome, La peinture spirituelle ou l’art d’admirer, aimer et louer Dieu en toutes ses œuvres [47], dont le titre parle de lui-même [48]. Pour François de Sales, il semble naturel de recourir aux images fournies par le grand livre du monde et d’en faire une lecture symbolique. Adrien Gambart rappelle encore dans sa dédicace l’usage abondant des images symboliques que François de Sales a fait lui-même dans ses œuvres :
Enfin ne peut-on pas dire de ce nombre presque infiny de creatures si admirables en leur varieté, que ce sont autant de symboles differens sous lesquels ce divin ouvrier qui les a faites, manifeste, comme dit l’Apostre, les traits invisibles de ses souveraines perfections, qui nous portent à sa connaissance et nous obligent à l’aymer ? Je ne doute pas aussi que les vertus les plus rares de vostre Saint Fondateur ne vous soient renduës agreables sous les voiles de ces Emblemes, ou plutôt sous les figures empruntées de ces choses qu’il a luy mesme tres-dignement employées pour nous cacher avec plus de modestie ses plus rares perfections.
Du point de vue de la construction de l’image, François de Sales nous en fournit un exemple remarquable, dans cette même lettre à Frémyot, exemple qui semble reproduire une page d’emblème, non pas tant par son thème que par le processus qu’il explicite, c’est-à-dire le passage de la citation scripturaire à un ensemble symbolique.
Or, pour rencontrer ces similitudes, il faut considérer les mots, s’ils sont point [sic] métaphoriques ; car quand ils le sont, tout aussitôt il y a une similitude à qui les sait bien découvrir. Par exemple : Viam mandatorum tuorum cucurri, cum dilatasti cor meum [49] : il faut considérer ce mot dilatasti, et celui de cucurri ; car il se prend par métaphore. Or maintenant il faut voir les choses qui vont plus vite par dilatation ; et vous en trouverez quelques-unes, comme les navires quand le vent étend leurs voiles. Les navires donc qui chôment au port, sitôt que le vent propice les saisit aux voiles, et qu’il les emplit et fait enfler, ils cinglent. Ainsi, lorsque le vent favorable du Saint-Esprit entre dans notre cœur, notre âme court et cingle dans la mer des commandements. [50]
Sous la simplicité de l’explication se dessine le travail complexe d’approfondissement de la métaphore initiale du texte de départ pour aboutir à une reformulation en image symbolique. Si la formule d’aboutissement est une métaphore comme une autre – lorsque le vent favorable du Saint-Esprit entre dans notre cœur, notre âme court et cingle dans la mer des commandements –, ce qui doit attirer notre attention, c’est la qualité du lien qu’établit François de Sales entre la citation initiale et cette dernière formule : il n’y a pas substitution d’une formule par une autre, et donc stricte équivalence de l’une à l’autre, mais dévoilement d’un autre sens par l’approfondissement du « potentiel » métaphorique contenu dans la citation originale, cependant que l’image finale obtenue propose, non pas le sens « figuré » de la citation, mais bien la représentation métaphorique de son sens littéral. Voilà construit un bel emblème.
C’est dans l’Introduction que se trouve le second volet de cette élaboration, au tout début du second livre. Après avoir recommandé l’oraison « mentale et cordiale, et particulièrement celle qui se fait autour de la vie et Passion de Notre-Seigneur », François de Sales compare Philothée aux enfants qui apprennent à parler « à force d’ouïr leurs mères et de bégayer avec elles » ; il s’agit donc de reformuler les « mots » ou le « langage » du Christ pour le suivre sur la voie de la perfection ; or qu’est-ce que le langage du Christ, si ce n’est le langage d’amour ? Ce qui est remarquable dans ce premier passage, c’est que l’imitation du Christ, c’est-à-dire l’action, est évoquée, transformée en discours. Il y a une équivalence symbolique du dire et du faire. La suite est encore plus intéressante, puisqu’elle fait émerger, sous une forme métaphorique, la seconde dimension de l’imitation du Christ, à savoir le passage nécessaire dans la relation de l’âme à Dieu du dire au voir par le moyen de la Révélation :
Nous ne saurions aller à Dieu que par cette porte [l’oraison et particulièrement la méditation sur le Christ], car tout ainsi que la glace d’un miroir ne saurait arrêter notre vue si elle n’était enduite d’étain ou de plomb par derrière, aussi la Divinité ne pourrait être bien contemplée par nous en ce bas monde, si elle ne se fût jointe à la sacrée humanité du Sauveur, duquel la vie et la mort sont l’objet le plus proportionné, suave, délicieux et profitable que nous puissions choisir pour notre méditation ordinaire. [51]
Qu’est-ce que ce « miroir de Dieu » si ce n’est la description d’une des bases de l’emblématique religieuse, dans sa partie la plus mystique et la plus achevée, telle que je l’ai décrite plus haut, au moment où la reformulation de la page d’emblème transforme cet emblème en « miroir d’Alice », et actualise pleinement, c’est-à-dire au propre et au figuré, la Révélation ?
En articulant ces équivalences symboliques au christocentrisme de François de Sales, incarné par la relation amoureuse dans sa spiritualité, nous voyons alors se dessiner dans son discours les contours d’un discours emblématique. Par suite, l’image chez lui participerait alors, non pas d’une esthétique de l’ornement, du fleuri, mais serait constitutive, dans son tissu même, de la relation à Dieu.
Au terme de ce rapide rapprochement, c’est la permanence d’une véritable « méditation emblématique » dans la spiritualité de l’époque qui apparaît, c’est-à-dire l’existence d’un lien de nécessité entre les deux. Il s’agit d’un mode spécifique de penser la relation à Dieu, mode dans lequel l’emblématique a valeur d’universalité.
La spiritualité salésienne tout comme l’emblématique sacrée propose une herméneutique christocentrique qui tend vers la reconstitution du sens de la Parole de Dieu à l’intérieur de l’âme à partir d’une organisation complexe et originale de la métaphore. Par suite, elle offre une dialectique dans sa tentative d’établissement d’une relation transcendante, visant l’union de l’âme à Dieu, au moyen de la transfiguration de cette même métaphore. Se dépouillant ainsi des artifices du discours, l’âme s’élève vers un univers où l’opacité du mot et de l’image matérielle s’amenuise pour ne laisser place qu’à des miroirs de plus en plus translucides, cédant à la lumineuse simplicité de l’éloquent amour divin.
 
NOTES
 
[1] Ce texte est la version corrigée et augmentée d’une communication donnée à Munich lors du Ve Congrès international de la Society for Emblem Studies, Multivalence and Multifunctionality of the Emblem, 9-14 août 1999.
[2] La vie symbolique du Bienheureux François de Sales, Evesque et Prince de Genève, comprise sous le voile de 52 emblèmes, qui marquent le caractère de ses principales vertus, avec autant de méditations ou de réflexions pieuses, pour exciter les ames..., Paris, aux frais de l’auteur pour l’usage des religieuses de la Visitation, & à la disposition de celles du Fauxbourg saint Jacques, 1664, 8o. Dans la première partie du livre, qui est la vie proprement dite du saint exposée en 52 emblèmes, Gambart propose un découpage très pédagogique : une vertu par semaine pour toute l’année et une « pratique », de cette vertu, par jour, pour toute la semaine, « afin, explique-t-il, que vous vous appliquiez à vous mesme ce que vous verrez avoir esté pratiqué par ce Saint Prelat ». La seconde partie est constituée de méditations, sans gravures, organisées selon un modèle simplifié de celui proposé dans l’Introduction à la vie dévote : méditation ( « Considerez... » ) puis affections et résolutions, en plusieurs points. Le Pr Karel Porteman a attiré mon attention sur les similitudes entre les propos tenus par Gambart et ceux du poète, emblématiste et homme politique néerlandais, calviniste, Jacob Cats dans sa préface au Silenius Alcibiadis, publié à Middelburg en 1618. Cats proposait également le déroulement d’une méditation sur 52 semaines, permettant ainsi de couvrir une année. Comme le confirment d’autres études actuelles, l’emblématique sacrée, en tant que genre ancré dans la Parole du Christ, dans le Verbe, dépasse les querelles confessionnelles de l’époque.
[3] « De la vanité », III, 9, 941 b : « Quelque embleme supernumeraire ».
[4] On peut se référer aux titres de nombreux recueils qui utilisent illustrare, au sens latin d’éclairer, tout en laissant émerger l’acception moderne naissante d’expliquer et d’illustrer.
[5] Traité des tournois, joutes, carrousels et autres spectacles publics, Lyon, J. Muguet, 1669, 4o.
[6] Voir Jacques Truchet, « Le triomphe des vertus de saint François de Sales par le P. Ménestrier : un carrousel pour une canonisation », dans Unidivers salésien. Saint François de Sales hier et aujourd’hui. Actes du colloque international de Metz, 17-19 septembre 1992. Textes réunis et publiés par Hélène Bordes et Jacques Hennequin, Université de Metz, 1994, p. 433-441.
[7] Voir Daniel Russell, Emblematic Structures in Renaissance French Culture, Toronto-Buffalo-London, University of Toronto Press, 1995, p. 9 sq., et la conclusion, p. 237-242, qui présente cette Aetas emblematica, comme un « interrègne » du signe entre le symbolisme médiéval et la métaphore romantique.
[8] On pourra consulter à ce propos l’ouvrage d’Anne-Élisabeth Spica, Symbolique humaniste et emblématique. L’évolution et les genres (1580-1700), Paris, Honoré Champion, 1996, ainsi que celui de Florence Vuilleumier-Laurens, La raison des figures symboliques à la Renaissance et à l’âge classique. Études sur les fondements philosophiques, théologiques et rhétoriques de l’image, Genève, Droz, 2000.
[9] Evangelicae historiae imagines, Anvers, Martin Nutius, 1593, f°, 153 pl. gr.Voir Pierre-Antoine Fabre, Ignace de Loyola. Le lieu de l’image, Paris, Vrin et EHESS, 1992 (la mise au point la plus récente, à ma connaissance) ; François Lecercle, « Image et méditation : sur quelques recueils de méditations illustrées de la fin du XVIe siècle », La méditation en prose à la Renaissance, Cahiers V. L. Saulnier, 7 (1990), p. 44-57 ; M. Mauquoy-Hendrickx, « Les Wierix illustrateurs de la Bible dite de Natalis », Quaerendo, 6 (1976), p. 28-63 ; M. B. Wadell, « The Evangelicae historiae imagines : The designs and their artists », Quaerendo, 10 (1980), p. 279-291 ; Anne Sauvy, Le miroir du cœur, Paris, Cerf, 1989, p. 53-64.
[10] En 1602, le P. David n’a publié que le Veridicus Christianus, Anvers, Plantin, 1601, 4o. Pour les autres ouvrages qui suivront dès 1603, voir Peter Daly et Richard Dimler (ed.), Corpus Librorum Emblematum. The Jesuit series Part. 1 (A-D), Montreal McGill-Queen’s University Press, 1997 ; Richard Dimler, « Jesuit emblem books in the Belgian Provinces of the Society (1587-1710) : Topography and themes », Archivum historicum Societatis Iesu, 46 (1977), p. 377-387. Sur l’ensemble de l’œuvre emblématique du P. David, voir Roger Paultre, Les images du livre, emblèmes et devises, Paris, Hermann, 1991, qui reproduit et traduit les 12 planches du recueil Duodecim Specula, Anvers, 1610 ; Jean-Marc Chatelain, « Lire pour croire : mises en texte de l’emblème et art de méditer au XVIIe siècle », Bibliothèque de l’École des Chartes, 150 (1992), p. 321-351, qui analyse dans le détail le fonctionnement méditatif dans plusieurs de ces recueils ; Werner Waterschoot, « Joannes David Editing Duodecim Specula », dans John Manning et Marc Van Vaeck (ed.), The Jesuits and the Emblem Tradition, Brepols, 1999, p. 353-364 ; dans le même volume, Ludger Lieb, « Emblematische Experimente. Formen und Funktionen der frühen Jesuiten-Emblematik am Beispiel der Emblembücher Jan Davids », p. 307-321.
[11] Daniel Heinsius, Quaeris quid sit Amor, s.l.n.d. [Amsterdam, Herman de Buck, 1601], 8o oblong (éd. 1608, Emblemata amatoria).Otto Van Veen, Amorum Emblemata, Anvers, chez l’auteur et Jérôme Verdussen, 1608, 4o oblong.
[12] À la demande de l’archiduchesse Isabelle, Van Veen adapte son recueil de 1608 de telle sorte qu’il devient les Amoris Divini Emblemata, Anvers, Martin Nutius et Johannes Meursius, 1615, 4o. Voir à ce sujet l’article d’Anne Buschhoff, « Zur gedanklichen Struktur der Amoris divini emblemata des Otto van Veen (Antwerpen, 1615) », dans John Manning, Karel Porteman et Marc Van Vaeck (ed.), The Emblem Tradition and the Low Countries, Brepols, 1999, p. 39-76.
[13] Pour une recension très complète des images chez François de Sales, sous la forme d’un répertoire, on pourra se reporter à l’étude d’Henri Lemaire, Les images chez François de Sales, Paris, Nizet, 1962.
[14] Ainsi par exemple des emblèmes 7 ( « Sa douceur & benignité » ), 44 ( « Sa parfaite conformité à la volonté de Dieu » ) et 48. Ajoutons une restriction pour l’emblème 44 (le tournesol tourné vers le soleil, comme l’âme tournée en permanence vers Dieu) qui est un lieu commun non seulement de l’emblématique mais encore de la littérature de spiritualité. Embl. 48, p. 188 et 189 : « Les entretiens spirituels et sa doctrine toute celeste ». La gravure représente plusieurs rossignols dans un buisson, dont un, plus gros, qui chante, perché sur la plus haute branche. Le distique précise : « Il a sceu enseigner sur de différents tons / L’Art de bien entonner les celestes chansons ». Suit « l’éclaircissement » : « Le fond de cette Emblème est tiré de la riche allusion que nostre Bienheureux fait des Chantres sacrez et amans saintement passionnés du saint amour avec les Rossignols et la complaisance admirable qu’ils ont pour la melodie et le chant ; c’est ainsi qu’il s’est exprimé parfaitement luy-mesme sous le symbole de ces petits chantres du Ciel [...]. Les plus grands saints qu’il appelle du nom de sacrées Philomèles [...]. Il n’y a rien icy de la fable ; il faut laisser leur Orphée, leurs Muses et leur Apollon aux prophanes [sic], pour considerer le grand François de Sales, comme un sacré Maître de Psallette et de Chœur, qui a esté puiser sa science parmy les neuf Chœurs des Anges pour enseigner aux hommes, et par sa conversation toute celeste et toute angelique, apprendre aux fideles la divine methode de parler et de converser avec Dieu dans l’Oraison ».
[15] Nous nous trouvons là en présence de la problématique ontologique de l’emblème, qui dépasse largement le cadre de cette étude. Cette problématique relève d’une part de la quête humaniste de la langue parfaite, transparente, et d’autre part de l’inquiétude chrétienne de déchiffrer le discours divin, réactivée par les dissensions violentes qui déchirent la Chrétienté au XVIe siècle.
[16] Introduction à la vie dévote, p. 99 dans Œuvres, Paris, Gallimard/Pléiade, 1969, édition établie par André Ravier. C’est à cette édition que sont prises toutes les références concernant l’Introduction à la vie dévote, le Traité de l’amour de Dieu et les Entretiens spirituels.
[17] Traité..., p. 390.
[18] Ibid., p. 83.
[19] Pour approfondir cette thématique du cœur aux XVIe et XVIIe siècles, en général et chez François de Sales, voir John A. Abbruzese, The Theology of Hearts in the Writings of St. Francis de Sales, Rome, Pontifical University of St. Thomas Aquinas, 1983 ; Anne Sauvy, Le miroir du cœur. Quatre siècles d’images savantes et populaires, Paris, Cerf, 1989 ; Annice Callahan (ed.), Spiritualities of the Heart, Mahwah, New Jersey, Paulist Press, 1990, et en particulier l’article de Wendy M. Wright, « That is what it is made for : The image of the heart in the spirituality of Francis de Sales and Jane de Chantal », p. 143-158 ; Raymond Darricau et Bernard Peyrous, Sainte Marguerite-Marie Alacoque et le message de Paray-le-Monial, 1993 ; Wendy M. Wright, « A wide and fleshly love. Images, imagination and the heart of God », dans Studies in Spirituality, 10 (2000), p. 255-274 ; Benedetta Papasogli, Le « Fond du cœur ». Figures de l’espace intérieur au XVIIe siècle, Paris, Champion, 2000.On pourrait opposer à ce développement le caractère métonymique de l’usage du cœur dans les emblèmes, et métaphorique chez François de Sales. Une telle discussion dépassant largement le cadre de cet article, je me contenterai d’énoncer quelques hypothèses d’études liminaires. Il semble que chez François de Sales, cet aspect soit presque entièrement gommé par la tradition mystique dont il hérite, renouvelée au XVIIe siècle, et qui érige en principe – implicite – l’usage « au pied de la lettre » des images dans la quête de la rencontre intérieure avec Dieu. Ce travail d’anéantissement de l’image relèverait du même traitement que saint Ignace fait subir au « lieu de l’image » dans ses Exercices spirituels (cf. Fabre, op. cit. ; voir également les développements de Mino Bergamo dans L’anatomie de l’âme, de saint François de Sales à Fénelon, Grenoble, éd. Jérôme Millon, 1994). Pour les emblèmes, il conviendrait peut-être de distinguer deux niveaux de représentation : la représentation du cœur en tant qu’objet, plutôt à caractère métonymique en effet, et du cœur en tant que lieu (des passions ou de la foi, autre paradoxe discutable, propre à ce début de XVIIe siècle). Cette dernière représentation serait alors dégagée de l’image pour retrouver sa signification de « siège de l’âme », telle qu’elle existe dans la tradition augustinienne, qui est pleinement exploitée par les Jésuites et évidemment utilisée par François de Sales. La place du cœur dans l’organisation spirituelle intérieure chez François de Sales est cependant plus complexe encore, comme nous le verrons plus loin.
[20] Bernhard F. Scholz a minutieusement analysé la position et la fonction du cœur chez Van Haeften dans deux articles : « Emblematic world-image relations in Benedictus Van Haeften’s Schola Cordis (Antwerp, 1629) and Christopher Harvey’s School of the Heart (London, 1647/1664) », dans Bart Westerweel (ed.), Anglo-Dutch Relations in the Field of the Emblem, Leiden, Brill, 1997, p. 149-176, et « Het hart als res significans en als res picta. Benedictus Van Haeftens Schola Cordis (Antwerpen, 1629) », dans Spiegel der Letteren, 33 (1991), p. 115-147.
[21] p. 96, mon italique.
[22] p. 261, mon italique.
[23] La dévotion nouvelle, naissante, au Cœur du Christ en rend témoignage.
[24] Voir à ce sujet Bergamo, op. cit. Bergamo ne traite pas du sujet dans l’emblème mais seulement chez François de Sales. Cependant, à la lumière des analyses que j’ai pu mener dans les recueils d’emblèmes, il nous fournit peut-être les éléments de réflexion nécessaires à un élargissement de sa conception du « coup de force » salésien (p. 66 sq.) vers l’ensemble de la « nouvelle » spiritualité qui émerge à partir du dernier quart du XVIe siècle, spiritualité exprimée notamment dans les emblèmes discutés ici.
[25] p. 97.
[26] Francesco Pona, Cardiomorphoseos, Vérone, s.é., 1645, 4o.
[27] p. 27.
[28] Adrien Gambart, op. cit., p. 13.
[29] Pia desideria, Anvers, Henri Aertssen, 1624, 8o.
[30] Voir l’article de Bernard Teyssandier, « L’exhortation au “combat spirituel” et sa mise en images dans l’Introduction à la vie dévote », dans Entre Épicure et Vauvenargues. Principes et formes de la pensée morale. Sous la direction de Jean Dagen, Paris, Champion, 1999, p. 241-266.
[31] p. 63, méditation 9.
[32] Antoine Sucquet, sj, Via vitæ æternæ, Anvers, Martin Nutius, 1620, 8o.
[33] Pour mémoire : « À ce propos, il faut noter que, dans toute contemplation ou méditation sur une réalité corporelle, par exemple le Christ, il nous faudra nous représenter, selon une certaine vision imaginaire, un lieu corporel représentant ce que nous contemplons, comme un temple ou une montagne, lieu dans lequel nous puissions trouver le Christ Jésus ou la Vierge Marie et tout ce qui concerne le thème de notre contemplation. Si au contraire est scrutée une réalité incorporelle comme est la considération des péchés maintenant proposée, la construction du lieu pourra être d’imaginer que nous voyons notre âme enfermée dans ce corps corruptible comme dans une prison, et l’homme lui-même exilé dans cette vallée de misère au milieu d’animaux sans raison » (§ 47, Exercices spirituels, traduits et commentés par Jean-Claude Guy, Points/Seuil, 1982). Dans l’Introduction à la vie dévote, François de Sales propose explicitement en guise de préparation aux méditations 5 et 7 de s’imaginer une scène ; mais la présentation des considérations appelle bien souvent l’imagination d’un lieu, d’un personnage, etc. À nouveau, évaluer l’importance de cette « composition de lieu salésienne », ainsi que le rôle de l’image mentale chez François de Sales est hors de mon propos ici. Il n’en reste pas moins vrai qu’une telle détermination contribuerait à affiner la compréhension des liens entre le corpus emblématique et le corpus salésien.
[34] Ainsi première partie, p. 38 et 39 ; deuxième partie, p. 84, et dans le chapitre sur l’invocation des saints ; cinquième partie, p. 300.
[35] Voir Agnès Guiderdoni-Bruslé, « La polysémie des figures dans l’emblématique sacrée », dans Emblems and Art History, Glasgow Emblem Studies, vol. 1, Nine Essays edited by Alison Adams, Glasgow, 1996, p. 97-114.
[36] Revue d’histoire de l’Église de France, LXXV (janvier-juin 1989), Les débuts de la Réforme catholique dans les pays de langue française, 1560-1620, Actes du Colloque de Nancy - Saint-Mihiel, 27-29 mai 1989, p. 151.157.
[37] Œuvres complètes, Annecy, 1892-1964, 27 vol., vol. II, p. 210.
[38] Art. cité, p. 156.
[39] « Symbolique », au sens étymologique du sumbolon, objet brisé dont il faut réunir les morceaux pour retrouver son sens.
[40] Voir, sur ce problème du sens en général dans les Écritures, l’article d’Armand Strubel, « Allegoria in factis et Allegoria in verbis », Poétique, 23 (1975), p. 342-357. Appliqués à l’emblématique sacrée, les concepts d’Allegoria in factis et Allegoria in verbis permettent de réévaluer la place et le rôle des citations scripturaires dans cette organisation figurative déjà complexe qu’est le recueil d’emblèmes religieux.
[41] François de Sales, Œuvres complètes, Paris, éd. Blaise, 1821, 15 t., t. IX, p. 253-327.
[42] p. 296-297.
[43] Barthélémy Aneau, Decades de la description, forme, et vertu naturelle des animaulx, tant raisonnables que brutz, Lyon, Balthazar Arnoullet, 1549, 8o, et Guillaume Guéroult, Second livre de la description des animaux, contenant le blason des oyseaux, Lyon, Balthazar Arnoullet, 1550, 8o. Bien que d’auteurs différents, ces deux livres avaient été conçus comme la suite l’un de l’autre.
[44] Le titre complet du recueil est éloquent sur le sujet : Orpheus eucharisticus sive Deus absconditus humanitatis illecebris illustriores Mundi partes ad se pertrahens, ultroneas arcanae majestatis adoratrices, Paris, Florent Lambert, 1657, 8o.
[45] Abraham a Sancta Clara, Huy ! und Pfuy ! der Welt, Nuremberg, Martin Frantz Hertzen, 1707, 4o.
[46] p. 337 : « Le P. Louis Richeome de la Compagnie de Jésus a aussi publié un livre sous le titre de l’Art d’aimer Dieu par les créatures ; et cet auteur est tant aimable en sa personne et en ses beaux écrits, qu’on ne peut douter qu’il ne le soit encore plus, écrivant de l’amour même ».
[47] La Peinture spirituelle ou l’art d’admirer, aimer et louer Dieu en toutes ses œuvres et tirer de toutes profit salutere [sic], Lyon, Pierre Rigaud, 1611, 8o.
[48] Richeome précise dans la préface à Claude Aquaviva : « Filosofie très familière souvent aux ames contemplatives [...] Tout le monde luy estoit [à saint Antoine] un grand livre escrit de diverses creatures, comme caractères artificiels, par le moyen desquels, il voyoit & lisoit ès cayers de la nature, le nom & grandeur de l’Aucteur d’icelle, en tout & partout » (n.p.).
[49] « J’ai couru dans la voie de tes commandements lorsque tu as dilaté mon cœur » (Ps. 118 : 32).
[50] p. 310.
[51] p. 80. Titre du chapitre : « De la nécessité de l’oraison ».
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[26]
Francesco Pona, Cardiomorphoseos, Vérone, s.é., 1645, 4o. Suite de la note...
[27]
p. 27. Suite de la note...
[28]
Adrien Gambart, op. cit., p. 13. Suite de la note...
[29]
Pia desideria, Anvers, Henri Aertssen, 1624, 8o. Suite de la note...
[30]
Voir l’article de Bernard Teyssandier, « L’exhortation au ...
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