2002
XVIIe siècle
Fascis cum sideribus III
Le symbolisme armorial dans les éloges du cardinal Mazarin, ses prolongements dans les mazarinades, chez Corneille, Racine et La Fontaine
Yvan Loskoutoff
Université du Havre.
L’étude de l’activité littéraire autour de Mazarin s’est presque uniquement réduite, ces dernières décennies, aux mazarinades. Le siècle précédent nous aura transmis le souvenir d’une pourpre maculée d’ordure. Certes, les historiens ont remarqué l’indifférence avec laquelle le cardinal, comme sa maîtresse, avaient d’abord accueilli la vague pamphlétaire. Ils ne l’ont pas expliquée
[1]. De fait, Son Éminence avait toujours soigné sa propagande, mais selon les modes qui étaient ceux de la cour pontificale. S’il y avait à Rome une tradition vivace des pasquinades, elle devait rester dans son ordre. À l’autre extrémité de l’échelle des genres, Urbain VIII et son entourage avaient porté l’art de l’éloge, dans la littérature et dans les beaux-arts, à un point de perfection où l’image héraldique, trois abeilles d’or en champ d’azur, tenait une place centrale. Mazarin fut l’héritier direct de ce goût. Abordant le domaine peu exploré du genre encomiastique, nous analyserons la part constante et importante accordée au symbolisme armorial dans les
œuvres qui lui furent dédiées. Les auteurs de mazarinades ayant saisi cette clef majeure du langage de l’adversaire, il n’est pas étonnant de la retrouver dans leurs libelles, renversée à des fins satiriques. Cela aussi fera l’objet de notre étude, non moins que l’exploitation de l’allégorie armoriale par quelques grands écrivains dont la fortune fut, à un moment ou à un autre, associée à celle du cardinal.
Les armoiries de Mazarin semblent avoir été dessinées afin d’inspirer les panégyristes :
D’azur, a la hache d’armes d’argent, dans un faisceau d’armes d’or lié d’argent posé en pal, et une fasce de gueulle sur le tout, chargée de 3 etoiles d’or. [2]
On trouvera un exemple de ce blason, avec supports de putti, comme il était naturel pour un prélat, et sur fond de trophée, dans une gravure de Grégoire Huret (fig. 1). Le faisceau, emblème des consuls et des empereurs romains, allait justifier toutes les variations à l’antique sur le pouvoir de châtier et de protéger, les étoiles ajoutant leur céleste scintillation, susceptible d’éclairer et de conduire les hommes. Madeleine Laurain-Portemer a déjà attiré l’attention sur la littérature encomiastique dédiée à Mazarin, en évoquant brièvement les
Elogia Iulii Mazarini Cardinalis, recueil collectif publié en 1666 sous la direction de Ménage
[3]. L’ouvrage se divise en trois parties, l’une latine, l’autre italienne, la troisième française, comptant respectivement trente et un, puis quatre, puis trente et un poètes, dont Corneille, Racine ou Perrault. L’initiative de l’entreprise revient à Mazarin lui-même qui, en novembre 1660, avait chargé Ménage de réunir l’ensemble des éloges inspirés par sa personne
[4], ce qui confirme l’idée que les textes sont tous antérieurs à la confection du recueil
[5]. Personne ne s’est posé la question de savoir pourquoi, en 1666, le commanditaire disparu depuis plusieurs années, on avait jugé utile de mener à bien le projet. Un élément de réponse figure peut-être dans le quatrain qui achève l’ouvrage et qui porte pour titre : « À Monseigneur Colbert sur le soin qu’il prend de faire amasser les plus beaux Vers qui ont été faits à la loüange de Monseigneur l’Eminentissime Cardinal Mazarini ». L’entreprise des
Elogia dut probablement servir de garant à l’établissement du colbertisme dans les lettres. Le ministre, alors qu’il enrôlait les écrivains pour la célébration de la gloire royale, se montrait désireux d’afficher un précédent, où il avait d’ailleurs joué son rôle
[6]. Le volume est cependant loin de réunir la totalité de la littérature encomiastique dédiée à Mazarin.
Il n’avait fallu attendre ni le cardinalat (16 décembre 1641), ni le ministériat (5 décembre 1642), pour que des équipes de thuriféraires eussent entrepris de célébrer les faisceaux et les astres. La Bibliothèque vaticane conserve un recueil factice réunissant les pièces publiées à l’occasion de la vice-légation à Avignon et de la nonciature extraordinaire (24 juillet 1634)
[7]. Le blason n’y tient pas une place négligeable. Un panégyrique anonyme, où l’image héraldique se trouve associée à la mythologie, suscite la question, toujours débattue, des armoiries du dédicataire :
Fig. 1 – Grégoire Huret, Armes cardinalices de Mazarin à support de putti, sur fond de trophées romains.
Tes insignes nous préparent un secours considérable dans les difficultés, comme un véritable Alcide tu portes la massue, ou comme un Romain, les faisceaux et la hache. [8]
Pierre Mazarin, le père de notre ministre, avait quitté la Sicile pour Rome à la fin du XVI
e siècle. Les généalogistes et les héraldistes faisaient remonter son ascendance aux anciens Mazarin de l’île, distingués lors des Vêpres siciliennes, qui portaient des armes parlantes, un
mazarino (sans doute diminutif de
mazzero, bâton à bout épais, à rapprocher de
mazza, massue ou masse d’arme, tous deux équivalant au latin
clava). D’où, probablement, ici la massue qui permet d’assimiler à Alcide/Hercule le vice-légat, annonçant une longue suite d’images mythologiques, d’ailleurs favorisée par la rime Hercule/Jule
[9]. En réalité, la famille, d’origine génoise, s’était fixée à Palerme au début de l’époque moderne et aucune filiation n’était assurée avec le héros sicilien. Les héraldistes affirmaient que l’illustre race avait quitté la masse d’arme pour le faisceau à une date non précisée
[10]. L’auteur anonyme poursuit son éloge du vice-légat dans la même double note :
Alcide romain donc, après tant de travaux accomplis, délie nos faisceaux, liés par les nœuds de tant de calamités, afin que par ta hache nous jouissions de la sécurité [figure de syllepse intraduisible sur securi, à la fois « hache » et « sûrs »] que procure la justice propre à ta grandeur. Ton Église sera pour toi meilleure que Déjanire, tant que tu seras pour nous un Alcide, Mazarin. [11]
Image un peu surprenante aujourd’hui que celle qui métamorphose l’Église en Déjanire d’un Hercule ecclésiastique, mais tout à fait dans le goût romain d’alors qui ne voyait nulle contradiction entre la sensibilité païenne de l’Antiquité et celle de la foi des chrétiens. Les faisceaux sont d’abord envisagés au sens figuré de faisceaux de difficultés dont la bienfaisante hache consulaire est destinée à trancher les nœuds, rétablissant le sens héraldique de l’image. Une autre pièce présente dans le même recueil, signée De Guillelmis, se conclut par une pointe armoriale, tant il est naturel de mettre ce type d’image en relief :
Tu as comme insigne la hache romaine élevée au-dessus des astres ; ta vertu est plus que céleste car ton génie se refuse à ramper vers ce qui est vain. [12]
La caractérisation psychologique de l’héroïque vice-légat se trouve parfaitement illustrée par les pièces de son blason, sorte de hiéroglyphe révélant la nature de son âme. De même que la hache paraît placée au-dessus des étoiles dans ses armoiries, de même son génie aigu touche au domaine d’en haut, ignorant toute bassesse.
Mais c’est évidemment une fois Mazarin devenu cardinal et ministre que l’activité des thuriféraires atteignit son plein développement. En 1645, le bénédictin Thomas Bonnet dédiait à Anne d’Autriche ses Recherches curieuses sur quelques qualités, actions heroïques de la Personne, et sur le nom de Monseigneur l’Éminentissime Cardinal Jule Mazarin. La quatrième section de l’ouvrage portant sur le pouvoir particulier à Jules de gagner les cœurs comprend une méditation de ses armoiries, dont l’édition laisse à désirer :
Je n’arreste pas maintenant à cette bande de Gueule, et aux trois Estoilles d’or qui la chargent, parce qu’il faut rapporter cette pièce à la splendeur du Cardinalat, approchant de la triple Couronne [,] ou Mazarin s’est eslevé par ses merites, et par l’assistance de la Couronne tres Chrestienne ; mais je regarde particulierement dans les armes qui portent d’azur [à] la Hache d’argent ; posé[e] en pal au pied fiché, ou [sic pour « au »] fesseau de verges d’or, à la face cousuë de gueule, chargée de trois Estoilles d’or de cinq tais [sic pour « rais »]. [13]
Un parallèle s’établit entre la fasce de gueules à trois étoiles (ici appelée « bande », en langue vulgaire, mot qui a par ailleurs un sens héraldique différent de « fasce ») et la pourpre cardinalice, proche de la triple tiare pontificale. Le blason annonce la fonction et paraît anticiper sur les éloges qui verront en Mazarin un
papabile. On songera à lui lors de la succession d’Urbain VIII en 1644, on y songera encore quand la mort viendra mettre un terme à son triomphant ministériat, mais le thème encomiastique était constant, indépendant des circonstances
[14]. L’auteur développe ensuite l’étymologie du nom dans deux directions, d’une part renvoyant à la ville de Sicile, Mazara, d’autre part à un mot latin qui signifierait « dard », suivant un exemple tiré du livre X de
La guerre des Gaules, ce qui permet d’introduire la réflexion morale :
Et moy regardant cét espece de dard que Jule Mazarin porte en ses armes, je me represente sous la figure de ce dard le pouvoir qu’il a dans l’azur d’une serenité celeste, de blesser le cœur de ses amis pour les captiver, et les obliger à l’aimer, et à suivre ses Conseils, et la puissance qu’il a et qu’il aura, pour blesser et terrasser les ennemis de la Couronne qu’il soustient, et les envieux irraisonnables des merites de sa personne. [15]
Voilà donc le faisceau transformé en dard et Mazarin s’assimilant insensiblement au dieu Amour, personnage favori de la littérature emblématique à cette époque. L’ouvrage s’achève par un recueil d’anagrammes, dont deux tirent leur inspiration des armoiries :
Il a Azur miné : C’est-à-dire, qu’il porte d’azur en ses Armes, et que cét Azur est miné, c’est-à-dire tiré d’une mine d’Azur qui n’est autre que l’Escu de la France, pour signifier que ses Predecesseurs ont mis ce fond en leurs armes, ou par l’inclination qu’ils ont eu pour la France, si grande, que quelques-uns n’y ont pas épargné leur vie et leur sang, comme j’espere de le faire voir un jour.
Le troisième Anagramme François dit, Il anime Azur, prenant une partie pour toutes les armes entieres, et prenant les armes pour le corps de la France. Voulant signifier que Jule Mazarin aujourd’huy est l’ame de la France, qui la fait vivre, qui la rend victorieuse, et qui la conduit par son administration. [16]
L’anagramme, on le sait, très appréciée du XVI
e siècle, prolongeait son succès, favorisé par celui de la mathématique combinatoire
[17]. Mais aux contraintes du genre sont ici venues s’ajouter celles de l’allusion héraldique. En exploitant la couleur du champ de l’écu cardinalice, le P. Bonnet parvient à créer un parallèle avec celui de la France, établissant comme une prédestination armoriale de Mazarin à la direction des affaires du pays. La pratique de la combinaison des deux écus fut fréquente dans la devise, c’était une de ses règles admises. Nous aurons aussi l’occasion de la rencontrer dans les éloges. Elle apparaît dans le frontispice des
Nopces de Tetis gravé par Israël Silvestre sur un dessin de Fransart en 1654. Dans la partie supérieure droite de la voûte de l’arche qui l’orne, les trois lys de France envoient leur rayon lumineux aux trois étoiles de l’écu de Mazarin, dans la partie inférieure gauche, qui elles-mêmes le communiquent à un groupe symbolisant les arts (fig. 2). L’ouvrage du P. Bonnet fut réédité peu avant la fin du ministériat, sous un nouveau titre
[18]. La pérennité des formules encomiastiques les distinguait des libelles, attachés à l’actualité.
L’année suivant la première publication du P. Bonnet, un homme de robe, Estienne Doudieux, faisait paraître un Panegyrique de Monseigneur l’Eminentissime Cardinal Mazarin. Il y évoquait les « auspices salutaires » des blasons et devises du cardinal :
Que peut presager cette Hache d’armes, sinon la deffense que nous pouvons esperer de sa fermeté, et la deffaite, que nos Ennemis doivent attendre par son trenchant ? Que croirons nous de ces Estoilles, sinon que ce sont des lampes que le Soleil allume, pour éclairer nos jours et ses Victoires ? De ces trois Astres rayonnans, le premier est le signal des lumieres, qu’il élance sur l’Église, par la ferveur de sa pieté : Le second est l’expression des clartés qu’il fait briller sur la Noblesse par la splendeur de ses heroîques Exploicts : et l’autre marque le feu de la Charité, que sa Benignité fait éclatter en faveur du populaire.
Fig. 2 – Israël Silvestre, frontispice pour les Nopces de Tetis, 1654.
Le blason, ainsi que le serait l’Écriture sainte, est soumis à un déchiffrement symbolique qui trouve en lui comme l’annonce cryptée des tâches gouvernementales auxquelles était voué le ministre, les trois étoiles correspondant exactement aux trois ordres du royaume sur lequel il exerçait son bienfaisant pouvoir. Doudieux poursuit en soulignant combien cet écusson marque la supériorité de « nostre grand Alcide » sur les anciennes divinités du paganisme, combien sa hache l’emporte sur la lance de Mars et sur le trident de Neptune :
Elle est plus vigoureuse que la Massuë de leur Hercule, plus trenchante que la faux de leur Saturne, plus charmante, que la Harpe de leur Apollon, plus noble que le Caducée de leur Mercure. [19]
Cependant, après avoir tenté de dépasser les séductions de l’Antiquité, il y revient, expliquant comment Romulus s’était servi d’une hache pour élever le premier édifice de Rome et comment celle-ci était devenue l’emblème des consuls. Il rappelle l’origine romaine de la famille du cardinal, l’exercice de la fonction consulaire où elle s’était distinguée dans des temps anciens, impliquant un droit à l’usage de l’insigne particulier à cette charge. Quant aux trois étoiles, elles permettent d’associer la Rome chrétienne à la Rome païenne, rappelant les trois rois mages conduits vers le berceau du Christ. Certes, l’ascendance consulaire de Mazarin n’était nullement avérée mais la seule présence du faisceau dans son blason suffisait pour preuve. Cette image de gloire romaine, qui parvenait à s’imposer en dépit de toute vraisemblance, fut exploitée avec faste dans le frontispice gravé par Grégoire Huret pour la thèse soutenue en Sorbonne par Léonard Goulas en 1647, soit l’année suivant le panégyrique de Doudieux (fig. 3). Sur fond d’architecture où se détachent dans un médaillon les armoiries cardinalices apparaît l’Éminentissime, environné de la théorie des anciens consuls et d’une multitude de faisceaux. La Ville de Rome placée à sa droite le désigne comme sien alors que Romulus et Rémus tètent la louve à ses pieds. La Religion, munie des clefs de saint Pierre, et la France, en manteau fleurdelisé, introduisent auprès de lui les Lettres, la Paix et la Justice venues chercher asile. Les horreurs de la guerre et de la discorde disparaissent à l’arrière-plan
[20]. Pour une fois, l’imaginaire armorial faisait l’économie des temps gothiques et renvoyait directement à toute la gloire de l’ancienne Rome incarnée par le ministre en raison de son blason. On pourrait donner pour titre à cette composition les premiers vers d’un sonnet rédigé à la même époque par l’adaptateur français de l’
Iconologie de Ripa, Jean Baudoin : « Heritier des Vertus de ces fameux Romains, / Dont les marques d’honneur esclattent dans tes Armes »
[21]. Mais revenons à Doudieux qui choisit de conclure la partie héraldique de son panégyrique non au son de la trompe romaine mais sous la scintillation des étoiles fastes à la France :
Fig. 3 – Grégoire Huret, frontispice de thèse de Léonard Goulas, 1647.
Comme les Astres élevés au plus haut estage de l’Univers, semblent estre les Thresoriers des prosperités, que nos desirs demandent à la benignité de leurs influences : Ainsi nostre âge reconnoist que ces trois Estoilles sont depositaires de sa felicité, et que la clemence de leur Aspect peut beaucoup contribuer à l’accroissement de nostre bon-heur. [22]
À la même époque, en 1647, le célèbre poète néo-latin Madelenet
[23] avouait, dans une lettre au cardinal écrite à la campagne, son désir de contempler les richesses du palais qu’il faisait alors aménager, l’emplissant de collections d’art. On sait que le décor en est très armorié. Madelenet en témoigne car son désir de voir s’étend aux « faisceaux gentilices, insignes propres aux maîtres »
[24].
En ces années 1646-1647, les nuages annonciateurs de la Fronde s’accumulent. Mazarin couronne en 1648 son premier ministériat comme il couronnera le second, par la conclusion d’une paix, celle de Westphalie. Selon certains historiens, en raison des troubles intérieurs l’événement n’aurait guère eu de retentissement dans la littérature et dans l’opinion publique
[25]. Il faut quand même faire une exception pour le frontispice de la thèse de théologie d’Antoine Talon, soutenue la même année en Sorbonne, gravé par Claude Mellan (fig. 4). Sur fond mouvementé de champ de bataille, un ange tend le portrait de son ministre pacificateur à la France alors que l’Europe s’agenouille à ses pieds. La Renommée répand le nom de Mazarin au son d’une trompette dont la bannière s’orne du faisceau et des trois astres. Plus bas, deux Hercules entourent la dédicace au cardinal, chacun muni d’une massue, l’une fleurdelisée, l’autre semée des tours de Castille. Dans la partie inférieure, deux putti tiennent Bellone captive par le moyen d’une chaîne au chiffre de Son Éminence. Son faisceau est abattu, rare occurrence dans ce genre de compositions. De même que Thomas Bonnet réédita en 1660 son ouvrage encomiastique de 1645, l’estampe bénéficia d’un nouveau tirage au moment du traité des Pyrénées, avec la mention
Anno Pacis 1660
[26].
Fig. 4 – Claude Mellan, frontispice de thèse d’Antoine Talon, 1648.
Après la parution, en 1649, du
Mascurat entrepris par Naudé pour s’opposer au déchaînement des libelles, qui ne relève pas à proprement parler du genre de l’éloge, et des
Triomphes de Louis le Juste, album de propagande mazarine officiellement consacré à la louange de Louis XIII
[27], l’activité encomiastique semble s’être ralentie pendant quelques années. Quand le pouvoir des faisceaux n’est pas assuré, quand la lueur des étoiles s’obscurcit, il paraît difficile d’entonner le chant de leur splendeur. Au cours de son premier ministériat, Mazarin n’avait pas négligé sa propagande. Il faudrait ajouter aux panégyristes les PP. d’Aulberoche et de Barthès qui publièrent très tôt, l’un en 1644, l’autre en 1646, de copieux recueils de devises. L’image personnelle du cardinal s’accompagnait désormais d’une gloire armoriale où le faste de l’ancienne Rome le disputait au scintillement de la voûte céleste. Ce double lustre, éclipsé pour un temps, brilla de nouveau et d’un éclat amplifié, sous le second ministériat.
En mai 1655, Laure Martinozzi, l’une des nièces d’un ministre qui dépassait ses anciens patrons les Barberini en pratiquant le népotisme à l’échelle internationale, épousait Alphonse d’Este, fils du duc de Modène. C’est à un secrétaire d’État de ce dernier, Girolamo Gratiani, que l’on doit la parution, en 1656, d’un nouveau panégyrique, en italien, mais luxueusement publié à Paris sur les presses de l’imprimerie royale : Il colosso sacro. Le poète y compare son entreprise à celle du Bernin immortalisant les traits de Mazarin ; il lui érige un colosse, détaillant la suite des victoires françaises sous son ministériat. Le poème ne comporte rien d’héraldique mais notre attention est attirée vers le frontispice, un portrait gravé par Nanteuil, où les armoiries s’accompagnent d’une devise assimilant le dédicataire au démiurge : « Dat formas adimitque » [Il fait et il défait les formes]. Au-dessous, figure le quatrain latin :
Dominateur des terres sous les faisceaux romains, César partageait son empire avec Jupiter. Celui qui a uni les faisceaux aux étoiles, Jules, joint aussi son empire à celui de Jupiter, mais il l’emporte sur celui de César. [28]
Si les armes du cardinal invitaient à l’évocation romaine, son prénom conduisait naturellement vers l’initiateur de l’empire. Il y avait là une conjonction faite pour inspirer les panégyristes. Le transfert de comparaison adulatrice, habituellement plutôt appliquée à un monarque, vers un premier ministre en un temps de minorité royale, fut facilité à la fois par l’héraldique et par l’onomastique. Aucun des autres grands serviteurs de la monarchie n’eut le bénéfice d’une pareille association symbolique. En 1656 aussi, un poète néo-latin célèbre alors, Jean de Peyrarède, publiait un texte destiné à constituer l’inscription d’un monument : In effigiem illustriss. Principis Eminentissimi Cardinalis Iulii Mazarini. L’inspiration en est en grande partie armoriale. On y trouve un symbolum qui suppose l’association du mot et de l’image. Le mot est : « Imperii fato ad Galliam » [En Gaule, afin de servir le destin de la monarchie]. Une indication marginale en français précise la composition picturale qui unit les armes du cardinal à celles de la France :
Une Hache descendant par une nuë et se posant au dessous de l’Escu de France pendu à un chicot [terme héraldique] d’arbre. [29]
Le poème latin présente plusieurs vers blasonnants. On y retrouve la comparaison des deux Jules jointe à celle des deux haches consulaires :
Par tes divers destins, ô Gaule, tu as connu à deux reprises la paix et la guerre sous Jules. Le précédent apporta les haches en gage d’esclavage ; celui-ci, afin de servir le destin de la monarchie, changea leur rôle à ton égard. [30]
À cela il faut ajouter une épigramme « En l’honneur de ses armes gentilices » :
Par sa meilleure part, Jules resplendit au-dessus des astres et il a élevé la hache ainsi que les faisceaux jusqu’à l’étoile polaire. [31]
Nous retrouvons là la tradition des épigrammes-devises inspirées du blason, cultivée dès les débuts du ministériat par les PP. de Barthès et d’Aulberoche. La brièveté du genre, fait pour s’imprimer dans la mémoire, était particulièrement goûtée des poètes-propagandistes.
En 1657, la typographie royale faisait paraître, avec une lettre dédicatoire signée du neveu du cardinal, Alphonse Mancini, deuotissimus Seruus, alors âgé de treize ans, un Templum Famae, dont on peut penser qu’il est essentiellement dû à son maître au collège de Clermont, le P. Rapin. L’enfant prodige y décrit le temple de la Renommée. Dans le vestibule, une statue la représente, la trompette à la bouche :
Une étoffe y était attachée par les nœuds d’une cordelière et ce voile doré resplendissait, portant les armes illustres des faisceaux, des faisceaux romains et des astres associés aux faisceaux. Et elle faisait résonner le nom de Mazarin à pleine trompette. [32]
Dans le temple, une statue du cardinal est honorée par les poètes. Certains inscrivent son nom sur les parois :
D’autres ajoutent les faisceaux, l’insigne ancestral, et ils inscrivent tes exploits dans leur ordre au sommet des murs. [33]
On sait que le cardinal aimait à orner de faisceaux tout ce qu’il faisait construire. Ce temple de la Renommée, loin d’être purement imaginaire, ne fait que s’inspirer de la réalité.
L’année suivante, Paul Boyer enchaînait avec un poème héroïque français en alexandrins célébrant les exploits de Jules, nouvel Atlas, nouvel Hercule, dont il n’oubliait pas d’évoquer, décrivant son triomphe à l’antique, le meuble armorial :
Au derriere du Char roulent mille Caleches,
Peintes de cent trousseaux, et d’haches, et de flesches,
De Baudiers estoilez, d’Ancylies Romains,
Et de fleaux dont usoient les premiers des humains. [34]
En marge des deux premiers vers, une note précise : « Blasons d’honneur des anciens Romains et de son Éminence ». Tout l’écart qui pouvait séparer la France moderne de l’ancienne Rome se trouvait d’un coup annulé par le seul effet d’un insigne. La même année 1658, Nicolas Charpy de Sainte-Croix publiait luxueusement, à la typographie royale, un autre éloge de Son Éminence, célèbre pour consacrer une seule page à l’interjection douloureuse « Ah ! », au moment de l’exil. L’image armoriale s’introduit à propos de la trahison de Condé, passé aux Espagnols, accompagnée de la paronomase fasces/faces/fascia [écharpe] :
Et, afin de mettre le feu aux faisceaux de Mazarin pour en faire des flambeaux de guerre, il n’a pas rougi de briller chez les ennemis par son écharpe rouge tant de fois rougie de leur sang au combat. [35]
Même les événements les plus affligeants donnaient lieu à l’ornement héraldique. Toujours en 1658, Mazarin perdait son neveu préféré, Alphonse, victime d’un accident de jeu au collège de Clermont. Nous l’avons déjà rencontré, auteur supposé d’un Templum Famae qui devait probablement beaucoup à son maître, le P. Rapin. Ce dernier publia alors à la typographie royale un recueil d’apparat consacré à son disciple regretté. Il ne négligea pas de glisser dans une églogue funèbre l’allusion aux armes de Son Éminence, moyen certain d’atténuer sa douleur. Le jésuite avait comme tout le monde remarqué l’attachement qu’elle éprouvait pour ses insignes. Décrivant la montée au ciel de l’adolescent, il ajoutait :
À partir de ce moment, le soin de tes étoiles a été confié à Alphonse, ô Jules. Alphonse étant leur gardien, nulle tempête n’est à craindre, nulle nuée ne troublera plus les étoiles de Jules. [36]
Le jeune défunt se trouvait promu protecteur du destin de son oncle en même temps que support de ses armoiries. Et en effet, durant les trois années de vie qui lui restaient sur cette terre, l’Éminence put jouir d’une gloire sans nuage.
Déjà le malheur se dissipait ; en cette année 1658, l’homme d’État s’apprêtait à cueillir les lauriers de son sage gouvernement. La paix avec l’Espagne, le mariage royal sont à l’horizon, même si l’on fait mine de briguer l’union savoyarde. Le triomphe décrit par Paul Boyer en poésie n’était donc que l’annonce de celui du cardinal en politique. En 1659, le traité des Pyrénées, signé le 7 novembre, fut précédé d’une suite de victoires dans le Nord. Le P. Léonard Frizon S. J. ne manqua pas de les célébrer, très armorialement, comme c’était l’habitude dans sa Compagnie :
Que la Gaule agrandie éclate ainsi en immenses applaudissements ; elle suit les astres mazarins au cours tranquille, les faisceaux adorés et les haches souveraines que la clémence de Jules retient par des liens blancs comme neige [l’argent héraldique] après qu’un nouveau triomphe les a couronnés de lauriers victorieux. [37]
En 1659-1660 deux événements allaient solliciter le talent des thuriféraires : la paix avec l’Espagne suivie du mariage de Louis XIV. Avant d’aborder la double célébration il nous faut mentionner un ouvrage de cette époque, mais romain : la
Pallas purpurata du P. Hannibal Adamus S. J., fastueuse galerie de portraits gravés où paraissent tous les anciens élèves du collège romain de la Compagnie de Jésus devenus cardinaux. Il y en avait assez pour remplir un album. Chaque figure est accompagnée d’un éloge en forme d’épigramme, le plus souvent armoriale. Le thème développé en l’honneur de Mazarin par le religieux, dont le style s’anime en court dialogue, est celui du partage entre l’Italie et la France. On sait que Donna Olympia, la belle-s
œur d’Innocent X, peu après la fuite des Barberini, neveux du défunt Urbain VIII accueillis en France par Mazarin, avait fait représenter une saynète où ce dernier apparaissait dans un vêtement mi-français, mi-italien, soutenant son ancien patron, le cardinal Francesco, en ivrogne titubant
[38]. L’épigramme du P. Adamus, une dizaine d’années plus tard, offre une réponse à ce type d’argument employé contre le ministre, le plaçant au-dessus des divergences de nations :
« Enlève les astres de ton écu », dit la Gaule à Jules, « et peins mes lys à la place de tes étoiles ». L’Italie entendit cela et s’écria : « Renieras-tu ta patrie, Jules ? Ah, quand bien même on te donnerait un soleil, n’enlève pas tes astres ». Mais un juge a accordé ces esprits désunis : « Porte les lys dans ton cœur et les astres dans ton écu ». Il s’est trompé s’il a cru que c’était l’Italie ou la France dont l’écu s’était soumis l’amour de Jules ; ce sera le monde. [39]
Voilà qui répond parfaitement au désir d’universalité de l’Église romaine ainsi qu’à l’actualité : le traité entre la France et l’Espagne apportait la paix au monde. Cependant, le thème du parallèle des deux blasons n’est pas original, nous l’avons déjà rencontré. Il exploitait la conjonction alors qu’il joue ici sur l’opposition finalement dépassée par le thème impérialiste que nous allons bientôt retrouver. Un autre exemple d’association symbolique unit l’étoile au soleil royal, amplifiant l’éloge aux dimensions d’un système planétaire. Il figure dans la préface demeurée manuscrite d’un ouvrage de Claude de Thomassin au titre prometteur mais dont nous n’avons pu retrouver la trace : Le grand Jule ou l’histoire et tableau parlant de Monseigneur l’Éminentissime Cardinal Jule Mazarin, divisé en douze livres enrichis de planches et devises. L’auteur y compare le ministre devant son roi à une étoile recevant tout son éclat du rayonnement solaire :
Quelques corps qui s’opposent entre le soleil et les astres et quelque distance qu’il y puisse avoir ils en sont tousjours esclairés, et reçoivent la lumiere de cette source de clarté. [40]
C’était là une image mixte, inspirée de l’héraldique pour Mazarin, et de l’emblématique pour Louis XIV. Elle rappelle assez le rayonnement armorial réfléchi dans le frontispice des Nopces de Tetis.
La paix enfin conclue suscita une abondance d’éloges, semée, faut-il le dire, de faisceaux et d’étoiles. Commençons avec le P. Pierre Olivier, membre de la Compagnie de Jésus qui s’était toujours souvenue qu’elle avait formé Son Éminence
[41]. Il célébra en quatre odes le quadruple pacificateur, de l’Italie, de la Germanie, de la Gaule et de l’Espagne. Dans une
« Gratulatio » préliminaire, il faisait un retour sur le passé troublé, confiant comment, dans les moments critiques, la simple contemplation des insignes du maître, interprétés comme pacifiques, suffisait à rasséréner son âme :
J’admirais la hache de Jules d’où ne dégouttait nul sang
Et qu’elle te fût une sentinelle fidèle, et j’admirais tes astres vigilants. [42]
Un autre jésuite, le P. Rapin, déjà plusieurs fois rencontré, prit à nouveau part à la célébration blasonnante. Il réutilisa le concept d’une devise créée par lui pour le cardinal, sur le thème de la navigation :
Il ira sous d’heureux destins, ayant les astres en vue, notre navire. Que d’incertains navigateurs ne tournent pas leurs yeux vers d’autres astres. Qu’à elle seule l’étoile de Jules dirige aussi les autres navires. Etoile qui sera le bonheur des peuples et l’oracle des rois, lueur propice entre toutes. [43]
Le P. Rapin poursuivait en appelant à la lutte contre l’hérésie : « Que le monstre s’abatte sous ta hache, écrasé sous tes faisceaux et sous tes étoiles »
[44]. Semblablement, Grégoire Huret avait gravé les Vertus cardinales, l’une d’entre elles usant du faisceau et des étoiles pour anéantir l’ennemi espagnol
[45]. La conjoncture internationale ayant radicalement changé, l’image est maintenant appliquée à l’ennemi intérieur. Le traité des Pyrénées nous vaut aussi une estampe allégorique due à Gabriel Le Brun (fig. 5). Sur fond de montagne, se dessine un temple à colonnes et à coupole dominée par le globe du monde. Le fronton triangulaire porte à chacun de ses angles, sur un piédestal, l’étoile armoriale de Mazarin. Dans le triangle s’inscrivent deux faisceaux en sautoir. Au-dessous se déroule l’inscription :
« PACI PERPETUAE IVLIVS CARD.
MAZ.
EREXIT ». La frise fait alterner les étoiles et le chiffre du cardinal entrelacé de rameaux d’olivier. Sous la coupole est disposée l’effigie de la Paix : une femme tenant dans la main droite un rameau d’olivier, dans la gauche un faisceau de licteur. Bien évidemment cette allégorie-là a été choisie plutôt que d’autres en raison du faisceau qui permet une application particulière à Mazarin. Entre les colonnes soutenant la coupole apparaissent les quatre Vertus cardinales, pour ainsi dire cardinalices, tant elles furent souvent convoquées autour du ministre, notamment par Romanelli dans le tableau de la
Glorification de la France au plafond du cabinet d’Anne d’Autriche au Louvre. Au premier plan, la France et l’Espagne, toutes deux parées du manteau royal, ont gravi les degrés et s’embrassent tout en s’apprêtant à pénétrer dans le temple. Au tout premier plan, la Discorde est anéantie. Après le
Templum Famae érigé en 1657 par le P. Rapin, ce
Templum Pacis prend place dans la série des architectures imaginaires qui ponctuèrent le ministériat, partageant toutes un point commun, la place de choix accordée aux symboles héraldiques. Cette gravure forme le frontispice d’un poème publié en 1660 par Ascanio Amalteo, où l’on en retrouve plus ou moins les éléments, découvrant que l’intérieur de la coupole s’orne d’étoiles triples et de faisceaux
[46]. Un autre temple de la Paix fut élevé par le jésuite Antoine Darrot dans son opuscule :
Ludovico heroi pacifico pax redux carmen heroicum
[47]. Nous n’y avons remarqué nulle image armoriale, mais, en 1666, dans les
Elogia Iulii Mazarini Cardinalis, le titre de la pièce était légèrement modifié, une parenthèse était introduite au cours de la description des statues des ministres de la paix ornant le temple, afin de distinguer Mazarin. Le rajout avait pris une tournure armoriale : « (ta pourpre te proclame assez, Jules, chacune de tes étoiles brille au dessus des faisceaux romains) »
[48]. Il nous faut mentionner un autre édifice poétique, car on construisit toute une cité sacrée pour le cardinal, multiplication des temples qui s’explique assez aisément par l’affermissement du régime : on bâtit en confiance sur des fondements solides. Les architectures éphémères de cérémonie peuvent aussi avoir favorisé la mode. L’auteur en est le P. du Fayot, nom approprié pour un aumônier du roi dont tout l’encens ne pouvait monter directement vers la divinité. Dès 1660 il avait réuni dans un recueil ses propres panégyriques de l’Éminence, inspirant peut-être par là le projet des
Elogia... qui vit le jour la même année. Dans la dernière pièce, latine, le narrateur écoute d’abord une céleste et lumineuse apparition qui l’invite à laisser toute vaine crainte et déploie devant lui les armes du cardinal. Il s’exclame alors :
Fig. 5 – Gabriel Le Brun, frontispice pour Ascanio Amalteo, Il tempio della Pace..., 1660.
L’esprit confiant, les nuages dissipés, je salue les faisceaux porteurs de paix et les étoiles d’heureux augure. Je les reconnais déjà comme des gages certains du salut à venir. [49]
Puis intervient la description du monument. On peut y contempler les héros de la paix, dont Jules. Diverses divinités y rendent un culte à ses armoiries :
Et se réjouissent de porter à la main les étoiles qui ornent ton blason, et vénèrent de toute leur volonté tes paisibles faisceaux. [50]
Le P. du Fayot avait été bien inspiré de se constituer son propre recueil car, à la différence de cette pièce, les autres ne reparaîtront pas dans les Elogia... L’une d’entre elles comportait l’éloge héraldique du maître, soulignant d’abord son incessant labeur :
Ie ne contemplois iamais vostre tissure d’Estoilles que ie ne me souvinsse que la nuict n’estoit point pour Vous un temps de repos. [51]
L’alignement des trois étoiles était ensuite interprété comme un signe de concorde, de même que les verges attachées à la hache :
Mais lors que ie refléchissois de la pensée sur vostre Faisceau Consulaire et sur cét assemblage de plusieurs verges separées d’elles-mesmes, mais vnies auec addresse d’vn fort lien, i’en tirois de nouuelles asseurances de la Paix, et ie faisois estat que vostre Prudence vniroit quelque iour d’vne alliance eternelle deux Sceptres que la Nature, les mœurs et le temps ont tousjours fait paroistre diuisez. [52]
L’originalité du commentaire tient dans le sens nouveau accordé au faisceau. Il a quitté toute fonction d’arme de châtiment ou de protection pour devenir symbole d’union. Si on ne le rencontre pas dans les éloges ou devises antérieurs que nous avons recensés, il a peut-être été utilisé dans les appartements d’été d’Anne d’Autriche au Louvre pour évoquer l’extinction de la Fronde
[53]. La tradition emblématique le connaissait, comme le montre le
De symbolis heroicis du P. Petrasancta, un des maîtres de Mazarin au collège romain de la Compagnie de Jésus
[54]. Dans la symbolique armoriale du cardinal, le thème se développe quand le ministériat s’achève par une paix triomphale. L’apparition d’un nouveau climat imaginaire se remarque aussi dans les devises, bannissant alors toute référence guerrière. Le P. du Fayot poursuivait en évoquant les faisceaux, insigne propre au Sénat devant qui les armes cèdent. Pour finir, il revenait aux astres et comparait Mazarin à l’ange annonciateur de paix sous la clarté des étoiles, lors de la naissance du Christ.
Cependant, la glorification du traité des Pyrénées n’avait de sens qu’en lien avec celle du mariage qui en était la conséquence directe, célébré à Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1660. La symbolique des fêtes multipliées alors dans toute la France a suscité plusieurs études ; Mazarin y est laissé dans une ombre presque totale
[55]. Bien que les héros fussent maintenant Louis XIV et Marie-Thérèse, on n’avait néanmoins pas eu la mauvaise grâce d’oublier celui aux faisceaux et aux astres duquel le bonheur nouveau était dû.
Les élèves du collège de Clermont donnèrent le 19 août, en accompagnement à la tragédie du P. Dozenne,
Theatrum Clementiae christianae, un ballet dont le titre :
Le mariage du lys et de l’impériale, laisse deviner l’inspiration blasonnante. Le livret qui fut imprimé à cette occasion décrit la succession des entrées pour le roi, pour la reine, pour la reine mère, pour Son Éminence, les accompagnant à chaque fois d’une épigramme armoriale
[56]. Celle dédiée au cardinal commence par une évocation bucolique, un jardin après l’orage, où croît l’olive avec la palme, et s’achève par l’allusion héraldique, passant les faisceaux sous silence pour mieux célébrer de célestes bienfaits :
Les Astres dont l’éclat a dissipé les vents,
Nous ont desia rendu le calme,
Et nous asseurent du beau temps. [57]
Rien de très nouveau dans cette évocation des étoiles favorables à la France, sinon le cadre bucolique, particulièrement cultivé à l’occasion de l’événement matrimonial. Un poème ïambique publié au moment du mariage par Henri Joly fait découler pour sa part l’épithalame de l’éloge armorial, soulignant le rôle fondamental du cardinal :
Cette hache porteuse de la gloire de Jules, brille pour toujours et laisse à la postérité, dans l’honneur de la paix et dans le salut du peuple, le signe illustre de sa lumière. Elle seule a brisé les élans désordonnés d’un monde violent et l’armée révoltée de Mars. Par elle-même protectrice ou destructrice (Quel ministre en est capable ?) elle préserve son intégrité au sang pur des citoyens. [58]
Le thème du sang préservé est suggéré par la fasce de gueules, comme protégée dans le sein de l’azur de l’écu. Le poème s’achève par quelques vers où l’épithalame prend un tour héraldique :
Que triomphe donc cette hache porteuse de la gloire de Jules, soutenue par une sainte couronne d’astres. Par elle le salut retrouvé de la France triomphe et triomphe l’Autriche ; par elle Louis comme Thérèse déclarent leur joie. [59]
Fig. 6 – L’entrée triomphante de leurs Majestez..., 1662, Jean Marot d’après Charles Le Brun, monument de la place Dauphine, détail.
L’événement matrimonial qui ouvrait le règne personnel de Louis XIV était bien l’œuvre des astres comme de la hache consulaire. L’entrée solennelle des époux à Paris, le 26 août, donna lieu, suivant la coutume, à l’établissement d’architectures éphémères pourvues d’un décor allégorique en divers endroits de la ville. Le souvenir le plus complet en fut conservé dans un album orné de gravures par Jean Marot, où les compositions symboliques trouvent leur explication. Le plus grandiose monument, imaginé par le peintre Le Brun, était réservé à la dernière étape de la procession, place Dauphine. Il comprenait un arc, représentant le peuple français, surmonté d’un obélisque, consacré à son roi. À la jonction des deux, un Atlas soutenait un globe d’azur à trois lys d’or, symbole du monde qu’il mettait entre les mains des génies de la France, vêtu en blanc et bleu, et de l’Espagne, vêtu en jaune et rouge (fig. 6). On l’aura deviné, cette figure mythologique médiatrice représentait Mazarin. L’idée que seul le monde était à sa mesure, nous l’avons déjà rencontrée sous la plume du P. Adamus. Atlas constituait par ailleurs la figure d’une des médailles cardinalices. Mais Le Brun avait tenu à souligner l’allusion en parant la divinité d’un manteau rouge, d’une écharpe de même couleur à trois étoiles d’or et en la munissant d’un faisceau :
[...] et aupres de luy un Faisceau d’armes avec la hache. Car le Faisceau qui est le symbole de l’union et de la concorde, represente ce grand Cardinal establissant la concorde et la Paix entre la France et l’Espagne, signifiées par les deux differentes couleurs dont le champ et la face de l’Escu sont composez, la hache qui est au milieu du Faisceau et qui signifie la Justice et la puissance, represente la force de son esprit et la justice de ses actions, par lesquelles il s’est rendu si considerable, qu’il est devenu l’arbitre d’une Paix dont toute l’Europe ressent aujourd’huy les advantages. [60]
L’auteur poursuivait en déclarant les trois étoiles « constellation favorable à la France et à l’Espagne », apportant trois dons : la paix, l’intelligence entre les peuples et le mariage royal. Le manteau symbolisait la pourpre cardinalice et même, « le souverain Sacerdoce dont il merite d’estre un jour honoré ». Il revêtait un Atlas qui passait « parmy les Anciens pour avoir parfaitement connu le cours des astres et le mouvement des Cieux », d’où l’habileté de Mazarin aux affaires d’État. Nous sommes déjà habitués à ces interprétations astrales organisées en trois parties, mais deux thèmes nouveaux se dessinent dans l’allégorie de Le Brun. D’une part, le peintre a été sensible à un trait du blason de Mazarin que seul un spécialiste pouvait discerner. Il comporte en effet, d’un point de vue puriste, une irrégularité. La loi en héraldique classique étant l’alternance des émaux, on peut poser métal sur couleur, ou l’inverse, mais une pièce de couleur ne saurait figurer sur un champ de couleur, ni un métal sur un métal, sauf exception, qui se produit ici : sur un champ d’azur apparaît une fasce de gueules, couleur sur couleur. Certain thuriféraire avait déjà relevé cette enfreinte employant le mot « cousu », réservé en effet à ce cas particulier
[61]. Le Brun l’a interprétée comme la difficile alliance des contraires, le rouge de l’Espagne miraculeusement uni au bleu de la France, outrepassant toutes les règles admises. La lecture du faisceau comme emblème d’union est propre, elle, à cette époque du ministériat, comme nous l’a montré le P. du Fayot. Cependant, si l’auteur de la description la privilégie, il en oublie une autre, assez évidente sur le monument : le faisceau n’est pas placé « auprès » d’Atlas mais entre ses jambes, ce qui apparente la figure à un satyre ithyphallique, emblème possible de la fécondité du ministère, à la base de l’obélisque royal qui le domine
[62].
Le cardinal ne put jouir longtemps du bonheur de la France. Le pontificat suprême que l’entrée des époux royaux à Paris lui promettait une nouvelle fois, il ne put le briguer, la mort l’ayant frappé le 9 mars 1661. Madeleine Laurain-Portemer a évoqué le décor de sa pompe funèbre romaine, conçu par l’abbé Elpidio Benedetti, dans l’église familiale des SS. Vincent et Anastase, publié et expliqué dans un luxueux album
[63]. Hormis la présence normale des armoiries dans ce genre de circonstances, le symbolisme armorial n’y est pas développé, ce qui ne laisse pas de surprendre. À Paris aussi parut un ouvrage d’apparat sous la forme d’un poème héroïque dû à Vincent Du Val :
La pompe funèbre ou les éloges de Jule Mazarini, Cardinal, Duc, et Premier Ministre. Il était dédié au principal héritier du défunt, Armand-Charles de La Porte, duc Mazarini, second du nom. Le volume s’orne d’un double frontispice. L’un est un portrait du ministre par Nanteuil, placé au-dessus des faisceaux croisés et entouré des Vertus cardinales dans des cartouches. L’autre, gravé par Chauveau, représente le monument de la pompe funèbre, rappelant les bûchers funéraires impériaux de la Rome antique tels que les décrit Hérodien au quatrième livre de son
Histoire des empereurs romains (fig. 7). C’est une structure pyramidale où apparaissent entre diverses allégories, de bas en haut, les armes ducales de Mazarin, puis son catafalque, orné du chapeau cardinalice, et enfin, au sommet, l’apothéose du défunt, maintenant métamorphosé en astre, prêt à s’élever sur un char tiré par deux aigles. Sa tête s’auréole d’une étoile à cinq branches, accompagnée des mots
« SYDERE IVLIO ». Dans les nuées qui le supportent quatre putti tiennent chacun un écusson ovale, portant l’un la couronne ducale, l’autre l’étoile, le troisième le faisceau, le dernier le chapeau. À terre, au premier plan, devant les Vertus cardinales transformées en cariatides, se déroule une procession portant les allégories de la Paix puis de l’Hymen. Elle est ouverte par un groupe de licteurs munis de faisceaux et de l’inscription :
« FVLCRVM PACIS » [Le support de la paix]. Pour des raisons en grande partie héraldiques, l’idée d’immortalité, chrétienne, s’exprimait selon le langage du paganisme antique. Dans le poème héroïque aux vers bien frappés constituant la suite de l’opuscule, Du Val refusait toute lamentation pour mieux chanter la métamorphose du défunt en astre :
Fig. 7 – François Chauveau, frontispice pour Vincent Du Val, La pompe funèbre ou les éloges de Jule Mazarini..., 1665.
Je viens vous annoncer que Jule glorieux
N’est mort que pour revivre et briller dans les cieux.
Il évoquait le séjour céleste du cardinal, décrivant un monument à ajouter à la liste de ceux que nous avons déjà visités, le temple glorieux des ministres d’État :
Ce ne sont que faisseaux, que corne d’abondance,
Qui marquent la richesse et l’honneur de la France.
Des druides assuraient le culte de ce sanctuaire, paré de tableaux décrivant les hauts faits des différents ministres du pays. Le grand Jules :
À sa figure d’or sur un haut pié-d’estal,
Enrichy des faisseaux de ce grand Cardinal.
On pouvait contempler les statues de ses ancêtres ainsi que les bustes des Mancini. Puis le poète décrivait la pompe funèbre où des hérauts munis de trompettes et de faisceaux convoquaient les anciens ministres royaux :
Mille estoilles d’argent dans un champ de grand deuil
De l’ombre glorieuse esclairent le cercueil :
Tout ce deuil si pompeux est chargé de ses armes,
Et la nuict qu’il imite a pour Astres des larmes :
La couronne Ducale est là sur un Autel,
Près du chapeau sacré du Heros immortel.
Du Val narrait alors la biographie de Jules qui « Sous des astres heureux rend le commerce libre ». Les épousailles des nièces de son Éminence avec les ducs de Mercœur et de Conti, permirent de réexploiter l’image des blasons associés, Louis XIII et son ministre, « Joignent de nœuds sacrez les Estoilles aux Lis ». Enfin, le défunt prenait la parole pour s’adresser au dédicataire que distinguait la charge de grand maître de l’artillerie :
Que ceste arme pareille aux Haches consulaires,
Sous qui jadis trembloient tant de Roys tributaires ;
Jointe aux canons formans les tonnerres de Mars,
Deffende nostre Nom d’injurieux hazards. [64]
Armand-Charles ne fut pas à la hauteur de ces espérances, mais il n’importe, Jules avait rejoint l’éternité dans un grand sillage de faisceaux et d’étoiles où il rayonnait maintenant comme les astres placés dans l’azur de son blason. Cependant l’emblème consulaire ne fut pas l’absent des chœurs de deuil. Donnons l’exemple d’un quatrain extrait d’un éloge funèbre latin en manuscrit, qui récapitulait dans une pointe, celle du faisceau des licteurs, la carrière du ministre :
La sagesse de son époque, l’application impunie à créer du trouble, la force pleine d’endurance, la violence ingénieuse, il s’en est rendu maître. Mais ses faisceaux, il ne les a soumis à personne. [65]
Quant aux astres, présents dans diverses oraisons funèbres
[66], ils scintillent aussi au frontispice des
Elogia Iulii Mazarini Cardinalis, gravé par Rousselet (fig. 8). On y voit la Poésie, écrivant les premiers mots du titre dans un volume posé sur le dos du Temps agenouillé, sa faux brisée, ses ailes arrachées
[67]. Au-dessus de ce groupe s’envole la Renommée tenant le portrait du défunt dans un cercle d’étoiles. Elle fait retentir une trompette où flotte une bannière ornée de l’inscription :
« Famam qui terminat astris » [Celui dont seuls les astres bornent la gloire]. Au loin paraît le Colisée.
Certes ce sont des événements très différents pour un homme d’État qu’une nonciature, de grands traités de paix, la perte d’un proche, l’organisation d’un mariage royal ou une pompe funèbre. Dans toutes ces circonstances, avant comme après l’interruption due à la Fronde, l’image armoriale a constamment orné la louange. Au lieu de reposer seulement sur des mots, elle renvoyait à des figurations visuelles ancrées dans l’esprit du public, c’est l’une des explications de son succès. En outre, Mazarin, depuis ses reliures jusqu’au décor de son palais, aimant à s’entourer de faste héraldique, les poètes s’étaient sans doute efforcés de cultiver ce penchant. Quand le P. Rapin glisse systématiquement l’allusion blasonnante dans les vers qu’il lui destine, il le flatte. C’était aussi un goût de son époque, particulièrement favorisé par la Compagnie de Jésus
[68]. La propagande mazarine put facilement développer, dans une succession de temples et de triomphes, des évocations de gloire romaine, suscitées par les faisceaux, aussi bien que de rayonnement céleste, autorisées par les étoiles. Suivant la diversité des événements, tantôt l’un, tantôt l’autre des meubles eut la faveur. La hache consulaire avait surtout séduit les panégyristes du vice-légat, le faisceau, ceux du ministre pacificateur ; les astres l’emportèrent au moment de la mort. Souvent, haches et astres conjoignirent leurs pouvoirs, l’intégrité des armes étant alors respectée. Cependant, si la Fronde avait momentanément interrompu l’activité des poètes de circonstance, il n’en faudrait pas conclure à l’extinction de l’image héraldique. Déchue du panégyrique, elle fut, pour un temps, reconvertie dans le pamphlet.
Fig. 8 – Gilles Rousselet, frontispice pour les Elogia Iulii Mazarini Cardinalis, 1666.
Lorsque la guerre civile se déclenche, en 1648, les Français avaient déjà eu le temps de se familiariser avec la propagande ministérielle. Ils n’avaient pas dû manquer d’y remarquer, comme l’un de ses traits frappants, l’accentuation de la note héraldique. Dès le début de sa carrière dans notre pays, le cardinal s’était vu dédier des panégyriques armoriés. En 1645-1646, lors d’un premier voyage à Paris, le peintre Romanelli et son équipe, suivant le goût romain dont le commanditaire était comme l’ambassadeur, avaient partout répandu dans son palais faisceaux consulaires et scintillements stellaires. Il n’est pas étonnant que les auteurs de mazarinades aient pris cette gloire-là pour cible. C’était viser l’un des modes clefs du langage de l’ennemi. Si l’on a songé à confronter ces pamphlets aux grands genres littéraires de leur temps, et même à supposer une influence de ceux-là sur ceux-ci, c’est en omettant le genre encomiastique
[69]. Or il nous paraît non seulement que la louange est assez indifférente aux libelles, relevant d’un autre ordre, mais que ces derniers, au contraire, s’en inspirent car ils en prennent le contre-pied. Leur nom générique même provient du titre de l’un d’eux parodiant celui d’un poème héroïque supposé :
La mazarinade. Aulberoche, dont nous avons étudié ailleurs le recueil de devises à la gloire du cardinal, fut aussi l’auteur d’une
Juliade
[70]. Les pamphlétaires firent subir au blason cardinalice des traitements différents. D’une part, ils reprirent la lecture allégorique développée par les panégyristes ; le blason avait une signification mais au lieu de renvoyer à l’ancienne gloire romaine, il dévoilait l’ignoble ascendance d’un imposteur. Ainsi, la noblesse de l’insigne n’était pas remise en cause, simplement la vérité de son utilisation frauduleuse était rétablie. D’autre part, au lieu de lire dans le faisceau sa puissance de protection des innocents et de punition des coupables conjointes, les pamphlétaires ne s’attachèrent qu’à ce dernier aspect de la symbolique de l’objet en le modifiant de façon à imposer l’image d’un ministre tyrannique, d’un bourreau qui châtiait de préférence les innocents. La dernière tactique consista à retourner contre son possesseur le tranchant de sa hache.
Dans l’immense flot des pamphlets, tous ne sont pas à mettre sur le même plan. Certains, tirés à un petit nombre d’exemplaires, eurent peu de lecteurs, d’autres, au contraire, jouirent d’une large diffusion. C’est le cas du texte que nous allons analyser, l’un des succès du blocus, dû à Jean Rousse, curé de Saint-Roch, qui s’était fait une célébrité dans le genre
[71]. Dans une lettre qu’il adresse au prince de Condé, il reprend la lecture allégorique du blason du cardinal, chère aux thuriféraires, mais à tout autre fin. Non, Mazarin ne descendait pas de ces anciens conquérants qui avaient imposé les aigles à l’univers :
Sa noblesse n’est pas de plus vieille datte que les honneurs qu’il a receus en France, sans les avoir meritez : Et quoy qu’il prenne les haches avec le faisceau de verges pour ses armes, il ne faut pas s’imaginer que ce soient celles qui servoient de marque d’authorité aux anciens Senateurs de cette florissante Republique, mais bien les haches dont son ayeul fendoit du bois, et les houssines dont son pere foüettoit les chevaux. Car on sçait que son ayeul estoit un pauvre Chappelier, Sicilien de nation, qui eut la fortune si peu favorable, qu’il fut contraint de faire banqueroute et de quitter son pays. [72]
Armoiries signifiantes donc que celles de Jules, comme elles l’étaient chez les auteurs d’éloges, mais d’une signification tout autre, rappelant non la gloire des anciens consuls mais l’humilité des tâches artisanales. Non seulement la hache et les verges du faisceau d’armes sont soumises à cette dégradante lecture, mais aussi le timbre de l’écu cardinalice qui permet d’ajouter dans la liste des modestes besognes celle de chapelier. Rousse dévoile ensuite l’histoire du père, elle aussi faite de petits métiers, jusqu’à devenir maître d’hôtel d’une personne de condition (allusion au prince Colonna, au service duquel Pierre Mazarin se trouva en effet). Le traitement burlesque du blason se poursuit alors, l’auteur soulignant que dans cette charge, il fit ses petits profits « qu’on appelle en France les tours du baston ». De même que pour les panégyristes Jules se montrait digne de ses armes, égalant le grand Jules fondateur de l’empire, de même, Pierre porte le faisceau de verges, mais pour une raison diamétralement inversée. Rousse complète cette parodie de blasonnement symbolique mêlé de jugement moral par l’évocation astrale. Alors qu’il rappelle les débuts honteux de Jules dans les maisons de cardinaux romains aux mœurs voluptueuses (mentionnant Antonio Barberini qui, en effet, ne semble pas avoir été catholique en tous points), il ajoute :
Chacun sçait aussi que son esprit formé sous l’astre de Mercure, et né au larcin et à la fourberie, ne s’employoit qu’à l’estude de son inclination.
Cet astre dont les thuriféraires se plaisaient à chanter le bienfaisant éclat, mettant sa source dans le soleil royal, le voici assimilé à la planète protectrice des voleurs (on sait les pratiques financières un peu libres du ministre
[73]). La figure mythologique paraît ici directement empruntée au style élevé des éloges, mais Alcide et Atlas ont laissé la place à Mercure, aux peu flatteuses attributions. Rousse a donc pris systématiquement le contre-pied des lieux communs de louange héraldique. De support de l’éloge, le blason est devenu celui d’une satire, toujours plus ou moins fondée sur des éléments de vérité mais exagérés au point de rejoindre le climat de fiction des beaux mensonges encomiastiques. On ne recherchait pas tant dans ces pamphlets la déclaration d’une vérité historique que le plaisir d’une tournure spirituelle. Ce plaisir est manifestement ici fondé sur un arrière-plan littéraire familier aux lecteurs, celui des fastueux éloges de l’Éminence. Un auteur plus tardif, resté dans l’anonymat, reprit, de manière plus brève, le même procédé, présenté sous la forme de la prétérition. Après avoir exposé l’anagramme d’Anne d’Autriche, « Cherie d’un Satan », genre dont nous avons vu les liens avec l’éloge héraldique, il ajoutait :
Aussi je ne feray point un crime de sa naissance, la hache qu’il a dans ses Armes sera glorieuse pour moy, bien qu’elle denote que ses ancestres estoient des Bouchers de Sicile. [74]
Le procédé satirique est bien semblable à celui de la précédente mazarinade : il s’agit d’expliquer le meuble armorial du cardinal par le métier de ses ancêtres. Mais le ton s’est considérablement durci. On sentait la plaisanterie chez Rousse. Il était évident que si les armes avaient été inspirées par le métier de leur possesseur, elles ne pouvaient provenir à la fois d’un aïeul bûcheron, puis d’un cocher, puis d’un chapelier, et même si Mazarin avait lui-même choisi son écu, comme le texte peut aussi le laisser penser, il est peu probable qu’il aurait souhaité d’y rappeler cet humble lignage. C’était alors par pure coïncidence qu’un blason, voulu glorieux, se révélait infâme. Notre second texte est beaucoup plus sec, il ne donne qu’un seul ancêtre au ministre ; même si la part d’invraisemblable est toujours présente, car on se demande pourquoi un boucher aurait pris des armes, ce nouveau métier choisi en corrélation avec la hache annonce les développements sur la cruauté du cardinal.
D’autres pamphlétaires concentrèrent leur intérêt sur un seul meuble de l’écu, la hache d’armes dans le faisceau de verges. Sans recourir à la fiction d’armoiries « parlant » sur la profession dont divers indices démontraient le caractère facétieux, l’auteur d’un pamphlet daté de 1649 réutilisait l’explication symbolique la plus traditionnelle des faisceaux romains mais en l’amputant de moitié. Alors que dans la Rome antique, l’instrument était destiné à la fois à la protection et à la punition, seule cette dernière fonction lui fut conservée. On avait donc une explication connue des lecteurs, mais tirée vers la caricature par l’omission dont elle était l’objet :
Enfin, ce Cardinal demeure, apres avoir minuté le sac de Paris, apres nous avoir mis aux termes de nous faire perir tous d’un seul coup. Il retourne plus glorieux et triomphant que jamais. Le voila qui r’entre dans Paris, qui fait marcher devant luy ses haches et ses faisseaux de verges qu’il a apportées de Sicile. Quoy donc ? Ces haches ne sont elles preparées que pour couper les plus Illustres testes de nos defenseurs ? Ces verges ne sont elles destinées que pour en battre le dos des Citoyens, attachées au derriere de ses Chariots ! [75]
À la différence des deux mazarinades précédentes, celle-ci ne cherche nullement à remettre en cause la légitimité du blason cardinalice. Elle la lui conserve au contraire, afin de mieux souligner une seule de ses valeurs, celle du châtiment le plus cruel. L’évocation du triomphe formait un lieu commun encomiastique. Dans l’époque précédant la Fronde, il servit notamment au décor de la galerie basse du palais Mazarin. Paul Boyer, nous l’avons vu, le réexploita en 1658. Cependant, ici, la cérémonie n’est envisagée que dans son caractère le plus sanglant, et du point de vue des victimes à venir. Le faisceau, instrument d’un maître glorieux et bienfaisant, est maintenant devenu seulement celui du bourreau. Plusieurs libelles trempèrent la pourpre cardinalice dans les flots du sang versé. L’un d’eux reprenait l’explication si appréciée des panégyristes, reliant le blason à l’étymologie du patronyme. Il faisait dériver Mazarin de l’espagnol
mathar au sens de « tuer », auquel serait venu s’adjoindre le suffixe
in, « pour faire cognoistre que c’est un bourreau inacostable à la vertu »
[76]. Le sens du nom, qui informait le public sur la façon dont le ministre exerçait son pouvoir, se trouvait naturellement répercuté dans ses armes :
Il l’a voulu confirmer d’avantage et faire paroistre luy mesme aux yeux [de] tous, choisissant pour ses Armes, les instrumens funestes dont il se sert à nous tourmenter et à rassasier sa cruauté sur les testes innocentes des victimes qu’il veut immoler, et de vray ce fond rougi de nostre sang et qui a esté tant de fois le triste sujet ne [pour « de »] nos plaintes, nous represente assez clairement, ce me semble, le teatre ou se jouent les tragedies qui ont fait jusques icy tout le contentement de cet inhumain Cardinal, lequel comme le premier des bourreaux et le plus grand carnassier qui soit sur la terre, et si fort eslevé son eschafaut qu’il a esté absolument necessaire d’une eschelle pour y parvenir et faire ses executions qui sont si frequentes qu’il ny paroist jamais moins que trois rouës, et la hache au dessus, signe manifeste de son mestier, dont il est maistre passé il y a longtemps. [77]
D’un commediante, qui tentait de faire accepter pour insignes glorieux de la Rome antique la preuve évidente d’un lignage de boutiquiers, nous sommes passés à un tragediante, assumant le rôle de tyran assoiffé du pouvoir au prix de tous les crimes. Et ce n’est plus un rôle : une Cléopâtre dans la Rodogune de Corneille, mais parée de la pourpre cardinalice. La mise en scène théâtrale à laquelle nous assistons, le thème de la cruauté, tout cela n’est pas sans rappeler Richelieu, comme si l’on avait transféré à son successeur, qui partageait indéniablement avec lui ses traits d’amateur de comédie, ceux du bourreau de la raison d’État, auxquels il s’était pourtant toujours refusé. Ce théâtre de la cruauté est tout entier fondé sur le blason. Écu choisi par le maître, ce qui ne laisse pas de suggérer le thème de l’illégitimité, en repoussant du même coup toute possibilité de filiation avec les consuls de l’Antiquité. Si l’interprétation de l’instrument de torture ne présente rien de très original par rapport aux textes précédents, l’évocation du « fond rougi de nostre sang » renvoie évidemment à la fasce de gueules en champ d’azur, annonciatrice de la pourpre cardinalice dans les éloges. Enfin, par le biais d’une lecture symbolique novatrice, si la hache reste hache, le faisceau qui entoure son manche, lié d’une corde, devient échelle menant à l’échafaud et les trois étoiles, autant de roues, autre instrument de la peine capitale, en plus infamant. De l’écu ridicule nous voici parvenus aux armoiries de l’horreur. Si les panégyristes s’efforçaient de soulever l’admiration, les auteurs de mazarinades cultivent une gamme d’effets allant du gros rire à l’épouvante.
Le théâtre ayant été évoqué, une tragédie classique s’achevant ordinairement par la mort du criminel, il restait à retourner contre le cardinal-bourreau les instruments du supplice qu’il infligeait aux peuples et dont il osait orner son écu, non sans odieuse ostentation. Un autre pamphlétaire anonyme n’avait pas manqué de le faire, reprenant le thème des mazarinades qui tentaient de jeter le discrédit sur la légitimité du blason cardinalice, pour le dépasser. Mazarin avait très justement les armes d’un bourreau car il méritait d’être châtié :
C’est par une folle raison,
Et par une aveugle prudence,
Qu’on dispute à son Éminence
La verité de son blason ;
Il n’est personne qui ne sache
Les Verges, la Corde et la hache. [78]
Le premier quatrain paraît critiquer les efforts d’un Rousse pour jeter le discrédit sur la gloire des faisceaux romains ; le second quatrain légitime ironiquement ces insignes, en leur conférant un sens d’instrument de supplice retourné contre leur possesseur. Le vers final forme pointe, blasonnement concentré mais à valeur pervertie.
Certaines mazarinades peuvent être lues comme des parodies de panégyriques. L’un des lieux communs favoris des thuriféraires, l’éloge du blason, a fourni à leurs auteurs des formules dont ils ont inversé les termes. Ainsi du caractère « parlant » des faisceaux, preuve de l’origine consulaire du cardinal, qui est devenu l’indice d’un arbre généalogique infamant. Ainsi de la double valeur, de protection et de châtiment accordée à l’insigne porté par les licteurs, dont on n’a conservé que la seconde, affectée d’injustice et de cruauté. Ainsi de la fasce de gueules, annonce de la pourpre cardinalice pour les uns, et de flots de sang pour les autres. Il existe donc un lien étroit entre louange et satire, celle-ci dépendant de celle-là. Si la production encomiastique s’est interrompue quelques années en raison des circonstances politiques, le lieu commun a survécu, quoique traité parodiquement. Une fois Mazarin revenu au pouvoir, la louange a repris comme si de rien n’était. Il serait, à notre sens, abusif d’y chercher une tentative directe de réponse aux mazarinades
[79]. De même qu’à Rome, le genre élevé de l’éloge était conçu indépendamment de la verdeur des pasquinades, de même à Paris, le cardinal put à nouveau entendre chanter ses faisceaux et ses astres sans que le souvenir des libelles vînt y mêler ses odieux échos.
L’ALLÉGORIE CHEZ CORNEILLE, RACINE ET LA FONTAINE
Jusqu’à présent, cette étude est restée en marge des classiques, exhumant des textes d’une poussière souvent amassée depuis le temps de leur publication. Ils nous auront permis de reconstituer un arrière-plan, un contexte allégorique familier à l’époque de Corneille, Racine et La Fontaine. Tous trois furent liés à Mazarin ou à sa coterie. En exploitant la littérature pamphlétaire contemporaine, les travaux de Georges Couton pour le premier et de René Jasinski pour les deux autres ont fait ressortir dans plusieurs de leurs œuvres une allégorie politique impliquant le cardinal. L’étude du symbolisme héraldique nous mènera-t-elle aux mêmes conclusions qu’eux ?
Georges Couton remarquait : « La forme de pensée qui consiste à voir dans l’art et la littérature une cryptographie est certaine chez Corneille »
[80]. Très tôt Mazarin avait fait en sorte de s’attacher l’écrivain. Quand ce dernier publiait
La mort de Pompée, en février 1644, il ajoutait à la dédicace au ministre un « Remerciement à M. le cardinal Mazarin », plus tard repris dans les
Elogia... Naudé nous apprend dans son
Mascurat que le poète avait reçu en 1643 une pension de cent pistoles, probablement renouvelée. Remerciement et dédicace font résonner l’un et l’autre les mêmes accents de gloire romaine dont les panégyriques étaient emplis. Le « Remerciement » comporte telle exclamation :
Quand j’ai peint un Horace, un Auguste, un Pompée,
Assez heureusement ma Muse s’est trompée,
Puisque sans le savoir, avecque leur portrait
Elle tirait du tien un admirable trait. [81]
Corneille avouait ensuite dépasser même la perfection des héros latins en peignant les vertus du cardinal. Il achevait par une figure d’humilité où se profile peut-être l’étoile héraldique du dédicataire, même si le thème présente par ailleurs le caractère répandu d’un lieu commun :
Mais ne te lasse point d’illuminer mon âme.
La dédicace de La mort de Pompée fait retentir de comparables échos de gloire antique :
Je présente le grand Pompée à Votre Éminence, c’est-à-dire, le plus grand personnage de l’ancienne Rome, au plus illustre de la nouvelle. [82]
Dans ce texte s’affiche le programme d’allégorie politique incluse dans la tragédie : refus de la conduite de l’État suivant des maximes étrangères à la vertu, condamnation du machiavélisme dont Richelieu s’était montré le détestable adepte. Corneille mettait en Mazarin (dont on sait par ailleurs que Machiavel était une lecture de jeunesse favorite) l’espérance d’un nouveau principe de gouvernement. L’écrivain dut plus tard reconnaître son erreur. Au moment de La mort de Pompée tous les espoirs étaient encore permis. La pièce nous présente un roi d’Égypte victime de conseillers machiavéliques, dont le pays est envahi par César. Le style en est grandement inspiré de la Pharsale de Lucain que l’auteur admirait. Dans l’édition originale, ce dernier a d’ailleurs indiqué par des « puces » les passages directement imités de son modèle latin. L’un d’entre eux ne peut manquer d’attirer notre attention. Il s’agit, dans la première scène de l’acte IV, des paroles d’Achillas décrivant l’arrivée de César en Égypte et l’indignation des autochtones à la vue des insignes du pouvoir envahisseur :
J’ai remarqué l’horreur que ce Peuple a montrée,
Lorsqu’avec tant de faste il a vu ses Faisceaux
Marcher arrogamment et braver nos Drapeaux. [83]
C’est là un démarquage fidèle de la
Pharsale : « Mais aux frémissements de la multitude, indignée de voir, avec les faisceaux, les lois de Rome venir bousculer les siennes, il sent la révolte des c
œurs »
[84]. Cependant, au-delà de l’imitation du modèle antique comment penser, dans une pièce dédiée à un cardinal qui portait ces mêmes faisceaux dans ses armoiries, qui était couramment comparé à César en raison de son prénom, que l’insigne se soit trouvé là par hasard ? De même que dans la cour du palais Mazarin l’allégorie de la Guerre et de la Paix se détache sur des trophées où les haches consulaires ne semblent pas prédominer sans raison, de même, dans une tragédie dédiée au cardinal porteur de faisceaux, la présence de ces insignes au sein d’une scène où se déploie l’image de Rome triomphante ne peut paraître fortuite. D’autant que l’on ne trouve dans toute l’
œuvre de l’écrivain, à peu d’exceptions près entièrement inspirée par Rome, que deux fois les faisceaux, dans
La mort de Pompée et dans
Sertorius, autre pièce liée à Mazarin
[85]. Semblablement, dans la scène finale du quatrième acte, César lui-même prenant la parole et s’adressant à Cléopâtre, promet de la venger des intrigues ourdies par les mauvais conseillers :
Je n’ai qu’à déployer l’appareil des supplices,
Et pour soldats choisis envoyer des bourreaux,
Qui portent hautement mes Haches pour Drapeaux. [86]
De tels traits de civilisation sont très rares dans la tragédie classique française qui tend ordinairement vers l’abstraction. Louis Herland s’étonne avec raison de ce vers : « César parle de ses
haches ». Mais doit-on le suivre quand il y voit l’élément précornélien d’un morceau d’épopée, « riche en couleur locale et en évocation guerrière »
[87] ? Le souci de la « couleur locale » nous paraîtrait plus approprié à un siècle futur, friand de reconstitutions historiques. Gageons que pour le public du début de la régence d’Anne d’Autriche, habitué à entendre célébrer sur tous les modes possibles la hache des licteurs dans le faisceau de verges, la « couleur » ne pouvait être plus « locale », se confondant avec l’éclat de la gloire cardinalice. Gageons que le dédicataire lui-même ne dut pas être insensible à voir célébrer son blason par la bouche même de son antique homonyme. Sans aller jusqu’à la tragédie à clef, sans faire de César un décalque trop strict de Mazarin, on peut parler d’allégorie par touches, « jeu d’allusions rapides et de discrètes correspondances » selon les mots de Georges Couton
[88]. À certains moments privilégiés de la pièce, la figure de César et celle du ministre royal coïncident, notamment par l’évocation d’objets qui nous paraissent discrètement symboliques mais qui l’étaient avec beaucoup plus d’évidence pour les spectateurs des premières représentations. Signalons en outre que cette allégorie rend impossible une datation de la pièce antérieure au ministériat de Mazarin comme André Stegmann en présentait l’hypothèse
[89]. De même faire comme Jacques Maurens de
La mort de Pompée une tragédie favorable au parti aristocratique dont Corneille aurait essayé de camoufler le sens par une dédicace au cardinal consécutive à la surprise d’une pension, peut paraître hasardeux
[90]. Nous nous accordons, quoique par des voies différentes, sur la critique de ces deux hypothèses proposée par Anne-Marie Desfougères
[91].
L’auteur de la description de l’entrée de Louis XIV et de Marie-Thérèse à Paris que nous avons déjà analysée remarquait à propos de la légende de la Toison d’or exploitée à cette occasion :
Quoy que cette matiere ait esté rebatuë diverses fois, que cette histoire ait paru sur le theatre en mille occasions, elle se trouva si propre à celle du lieu et du temps qu’on ne peût pas luy en donner l’exclusion. [92]
En raison probable du rapport avec l’ordre de chevalerie impérial, l’épisode mythologique était devenu l’allégorie admise de la conquête de la paix entre la France et l’Espagne ainsi que du mariage qui s’ensuivit
[93]. François Le Bouthillier, abbé de Chavigny, en avait fait décorer le frontispice de sa thèse, soutenue en 1658 au collège d’Harcourt, d’après un dessin de Pietro da Cortona primitivement destiné au cardinal Pier-Maria Borghese
[94]. Outre des devises inspirées des armes cardinalices autour du texte, on peut y voir Jason se saisissant de la toison après avoir défait le monstre. À l’arrière-plan se détache le fronton d’un temple aux armes du cardinal-duc, orné de la dédicace :
EMINENTISSIMO CARDINALI DVCI (fig. 9). Commandée dès 1656 à Corneille par le marquis de Sourdéac,
La conquête de la toison d’or fut jouée partiellement dans son château du Neubourg en novembre 1660, puis en totalité au Marais en février 1661, en pleine période d’euphorie de la paix des Pyrénées et du mariage royal. Elle est généralement interprétée comme une allégorie de l’actualité. Corneille fit imprimer des
Desseins de la Toison d’or comportant l’argument, le prologue et le schéma de chaque acte. Au ministre sont consacrés onze vers du prologue, dont l’inspiration héraldique ne paraît pas douteuse, la France s’exclamant :
Quelques autres efforts que pour rompre mes chaînes
L’Univers ait vu faire aux plus puissantes mains,
Le succès va montrer qu’après toutes leurs peines,
Des Astres irrités les aspects inhumains
Voulaient pour s’adoucir la pourpre des Romains,
Et ce que leur courroux à tant d’efforts enlève
Ton fameux Cardinal l’achève. [95]
Ces astres adoucis par la pourpre ne rappellent-ils pas ceux qui illustrent la fasce de gueules du blason de l’Éminence ? Corneille fit disparaître ces vers du prologue une fois qu’il fut imprimé avec la pièce même. Entre-temps, Mazarin avait cessé de vivre. Ses relations avec le poète s’étaient progressivement dégradées. Ce dernier n’avait pas trouvé en lui le ministre vertueux susceptible d’effacer le souvenir de Richelieu. Il avait même personnellement pâti de sa fidélité. Alors qu’il avait acheté la charge de procureur des États de Normandie lors de l’arrestation des princes en 1650, à leur retour en 1651, le titulaire précédemment destitué fut remis en place. Corneille dut revendre sa charge pour la moitié de son prix. Son loyalisme lui avait coûté
[96].
Fig. 9 – Pietro da Cortona, frontispice de thèse de François Le Bouthillier, abbé de Chavigny, 1658.
On doit lire
Sertorius, donné en février 1662, peu après la mort de Mazarin, sans perdre ces données de vue. Identifiant en Condé l’allégorie centrale de la pièce, Georges Couton ajoute : « Faut-il poursuivre ? Imaginer en Sylla Mazarin ? Il se pourrait : Mazarin est mort et Corneille, de longue date, a cessé d’être son partisan »
[97]. Hypothèse parfaitement soutenable. Les mazarinades avaient solidement établi le parallèle du dictateur romain et du cardinal, répondant par là à l’éloge couplé des deux Jules, fréquent dans les panégyriques. Un libelle critiquait ainsi la pensée attribuée au ministre : « qu’ils haïssent pourvu qu’ils craignent » :
Les Romains mesmes ne l’ont cognuë que du temps de Scylla. C’est la maxime que tient nostre Asne Rouge, et qu’il a si fortement imprimée en l’esprit de la Reine, que de faire craindre sans autre considération. [98]
En outre, un vers, dont aucune source n’est précisée dans les éditions dont nous disposons, ne pouvait manquer d’attirer l’attention des contemporains sur l’allégorie décelée par Georges Couton. Il se trouve dans la bouche d’Aristie lisant la lettre que sa sœur lui envoie de Rome :
Sylla marche en public sans Faisceaux, et sans Haches,
Prêt à rendre raison de tout ce qu’il a fait. [99]
Comme Mazarin aux plus mauvais moments de la Fronde ? Rien d’improbable à cela. Les pièces justement interprétées comme des allégories touchant le cardinal, et elles seules, font apparaître les insignes qui ornaient aussi ses armoiries, alors que la majorité de l’œuvre de Corneille est romaine. Il ne peut s’agir d’une simple coïncidence.
Racine lui aussi avait joint sa voix aux ch
œurs qui accompagnèrent le triomphe du grand Jules. Sans compter sa première
œuvre littéraire, un sonnet perdu sur la paix des Pyrénées, son ode,
La nymphe de la Seine à la reine, figure, entre un panégyrique de Brébeuf et une pièce de Segrais, dans les
Elogia... Mais, à la différence de Corneille, seules deux de ses tragédies furent romaines, écrites coup sur coup,
Britannicus (1669) et
Bérénice (1670). René Jasinski, très sensible au lien unissant les deux
œuvres, propose d’y voir d’abord une audacieuse tentative de leçon donnée au monarque dans
Britannicus, rattrapée, après le semi-échec de la pièce, par l’éloge des vertus de ce même monarque dans
Bérénice
[100]. Le poète aurait tenté la confrontation avec la monarchie absolue à ses dépens, pour finir par rejoindre les rangs des thuriféraires. Dans
Britannicus, Néron, le « monstre naissant » serait le modèle à éviter par Louis XIV, dont nombre de traits le rapprochent. Jasinski les détaille. Racine se faisait l’instituteur du prince par le moyen d’une allégorie prenant le contre-pied des images de gloire augustéennes auxquelles il s’était habitué. Le critique aurait pu ajouter un point à sa démonstration. Dans la première scène de la pièce, Albine s’efforce de rassurer Agrippine sur les desseins de son fils envers elle, proposant, entre divers arguments, celui-ci :
Néron devant sa mère a permis le premier
Qu’on portât les faisceaux couronnés de laurier. [101]
Le modèle avéré de ces deux vers se trouve dans le passage du livre XII des
Annales de Tacite décrivant les honneurs dont jouit Agrippine lors du triomphe consécutif à la défaite du roi Caratacus. Mais, à la différence de Corneille, dont l’emprunt à Lucain dans
La mort de Pompée était une traduction presque littérale, Racine a fait subir à sa source de considérables modifications. Nuls « faisceaux » dans le texte dont il s’est inspiré. Tacite se contente d’un mot bien plus imprécis : « Spectacle nouveau assurément et contraire à la tradition, de voir une femme siéger devant les enseignes romaines ! »
[102] Nuls « lauriers » non plus. Les faisceaux couronnés de lauriers, voilà précisément l’un des ornements qui avaient accompagné Mazarin, le ministre d’Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, dans la suite de ses victoires. Ils figurent par exemple peints à fresque dans toutes les embrasures des fenêtres de la galerie haute du palais Mazarin, sous des masques. Ils ornent les éloges. Un auteur de devises soulignait en 1660 que la hache consulaire coupait maintenant des lauriers. Il ne nous semble pas improbable que dès le début de sa pièce, Racine ait souhaité de glisser une clef d’interprétation possible. La différence entre le modèle tacitéen et son propre texte est trop frappante pour être fortuite. Il y a certainement eu volonté de préciser. De deux choses l’une, ou bien l’on invoque la couleur locale, comme le faisait Louis Herland à propos de Corneille, ce qui nous paraît encore plus difficilement applicable à Racine, ou bien l’on se place sur un autre plan. Le public, en entendant le mot de « faisceaux », ne pouvait manquer de se reporter huit ans en arrière, où il retentissait dans la plupart des chants de triomphe, puis de deuil. Il devenait alors parfaitement libre d’opérer, même de manière très fugace ou inconsciente, la superposition des images, Néron/ Louis XIV, Agrippine/Anne d’Autriche. Ce système d’indice allégorique n’est pas sans vaguement annoncer la technique publicitaire contemporaine des images subliminales. Quand bien même Racine aurait travaillé innocemment son imitation de Tacite, ce que nous ne croyons pas, l’effet sur le spectateur n’en aurait pas pour autant différé.
La pièce ne fut pas un succès. Louis XIV ne fit rien pour la relever. Après le triomphe d’
Andromaque, la leçon donnée au prince se retournait contre son auteur. Il semble qu’il ait alors, si l’on suit René Jasinski, opté pour la tragédie encomiastique.
Bérénice, dédiée à l’une des créatures de Mazarin, Colbert, ferait allusion aux amours dominées de Louis XIV pour la nièce du cardinal, Marie Mancini. Après avoir offert au roi un monstre à ne pas imiter mais auquel il ressemblait dangereusement, on lui proposait un héros, dont il était la vivante image. Cette lecture a été mise en doute car trop tard attestée
[103]. Mais une explicitation était-elle vraiment nécessaire pour la génération qui avait connu les fastes des faisceaux étoilés ? Quoi qu’il en soit, nous retrouvons dans la seconde et dernière tragédie romaine les insignes adulés de la France quelques années auparavant. Dans la dernière scène du premier acte, Bérénice décrit à Phénice l’apothéose de Vespasien :
De cette nuit, Phénice, as-tu vu la splendeur ?
Tes yeux ne sont-ils pas tout pleins de sa grandeur ?
Ces Flambeaux, ce Bûcher, cette nuit enflammée,
Ces Aigles, ces Faisceaux, ce Peuple, cette Armée, [104]
Suivant le témoignage de Louis Racine, cette hypotypose a été inspirée par l’
Histoire des empereurs romains d’Hérodien. Une partie du livre IV y est en effet consacrée aux apothéoses. Flambeaux et aigles y paraissent, mais nuls faisceaux
[105]. La responsabilité en incombe entièrement à Racine. L’on n’est pas alors sans penser à la pompe funèbre, à l’antique, de Jules, dédiée six ans plus tôt au second duc Mazarin. Là aussi aigles, là aussi faisceaux et flambeaux, là aussi concours de peuple et d’armée. Là aussi l’étoile du défunt s’élevait dans une splendeur nécessairement nocturne. En contrepoint de cette cérémonie funèbre, l’hymen de Louis et de Marie-Thérèse qui n’avait dû d’exister qu’au sacrifice d’un amour pour une autre Bérénice, la nièce de Mazarin, Marie Mancini. Ou bien ce déploiement de faste saturé d’insignes est de nature à confirmer l’allégorie. Ou bien il relève du désir de couleur romaine, apparentant
Bérénice à un
peplum, aux faisceaux quand même intrigants.
Outre le fait qu’il fut lié à plusieurs proches de Mazarin, dont la duchesse de Bouillon, née Mancini, La Fontaine était certainement familier de la symbolique du cardinal. N’avait-il pas dédié à Fouquet une
Relation de l’entrée de la reine, qui, si elle n’évoque pas le programme du décor éphémère établi par Le Brun, suppose qu’il avait dû en prendre connaissance ? Nous avons vu qu’une interprétation symbolique des faisceaux peu exploitée auparavant à propos de Mazarin s’y faisait jour, développant le thème de l’union
[106]. Le sens allégorique des
Fables n’est plus aujourd’hui mis en doute
[107]. René Jasinski a proposé de lire le premier recueil comme une vaste apologie de Fouquet
[108]. Chaque pièce serait un plaidoyer pour le ministre déchu ou tirerait la leçon de l’affaire. Son analyse, souvent très convaincante, s’appuie sur la littérature pamphlétaire de l’époque. On y relève plusieurs allégories de Mazarin, dont celle de la fable 18 du livre IV : « Le vieillard et ses enfants ». Un vieil homme ayant mis ses trois fils au défi de rompre un faisceau de dards, aucun d’entre eux n’y étant parvenu, il les brise alors en les dissociant. L’allégorie morale exprimée avec évidence par le poète souligne les avantages de l’union. Elle se double, selon René Jasinski, d’une allégorie politique. Le texte original de la fable, figurant dans le manuscrit 2445 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, désignait les trois fils par le mot
triumvirat (v. 35). Il fut remplacé par « notre trio » dans le texte édité. La première version n’en oriente pas moins l’analyse vers le sens allégorique, l’expression latine ayant désigné, dans la presse pamphlétaire, le groupe Fouquet, Lionne, Le Tellier, tous trois créatures du cardinal. Ces deux derniers s’étant disputé les dépouilles de la victime de Louis XIV, il n’est pas difficile d’y lire un plaidoyer en faveur de l’héritage gouvernemental de Mazarin : lui garder son intégrité dans l’union, c’était en préserver le bénéfice. La Fontaine tentait de refaire l’histoire ; le procès de Fouquet remettait en cause le legs du ministre de la Paix. L’utilisation symbolique du faisceau cardinalice, telle qu’elle avait évolué au moment du mariage espagnol, nous paraît corroborer les conclusions de René Jasinski sur le sens politique de cette fable.
« Nos suggestions ne se donnent pas pour vérités démontrées. Elles s’efforcent de grouper en faisceau des vraisemblances, des possibilités »
[109]. L’étude de la littérature encomiastique dédiée à Mazarin nous a permis d’isoler un motif armorial constant. Hérité du goût héraldique de la cour pontificale, mûri depuis les débuts de la carrière, après une interruption de quelques années imposée par la Fronde, il atteignit son plein développement au moment du double triomphe de la paix et du mariage. Son symbolisme en évolution exploita les thèmes du pouvoir puis de l’union autour des faisceaux, de l’influence bénéfique puis de l’éternité autour des étoiles. Les mazarinades, fort privilégiées récemment par la critique, n’apparaissent, sous notre angle de vue, que comme une littérature parodiant les formules des genres élevés dont elles se montrent par conséquent tributaires. Les tragédies romaines, avec évidence chez Corneille, de manière hautement probable chez Racine, donnent une clef de leur caractère allégorique en recourant au symbolisme armorial dont la présence n’est plus à démontrer dans les
Fables de La Fontaine
[110]. La tragédie et la fable, deux genres qui ne semblent si différents que pour se rejoindre dans l’allégorie politique, auront prolongé au-delà de la mort du cardinal, en ultime écho aux éloges, le souvenir de ses faisceaux.
Fig. 10 – Louis I Elle dit Ferdinand, d’après Testelin, Les vertus innocentes ou leurs simboles sous des figures d’enfans..., 1671, allégorie de l’union.
[1]
Voir, par exemple, Hubert Carrier,
La presse de la Fronde (1648-1653) : les mazarinades, Genève, Droz, 1989-1991, 2 vol., vol. 1, p. 155 : « Jusqu’à son premier exil Mazarin négligeait de répondre aux libelles ».
[2]
BNF Manuscrits, Dossiers bleus 438, dossier n
o 11788, fol. 1, généalogie de Mazarin.
[3]
Une tête à gouverner quatre empires, Études mazarines II, Paris, Chez l’auteur, 1997, p. 1041.
[4]
Voir Elvire Samfiresco,
Ménage, polémiste, philologue, poète, Paris, L’Émancipatrice, 1902, p. 83.
[5]
Voir Georges Couton,
Corneille et la Fronde, Théâtre et politique il y a trois siècles, Clermont-Ferrand, G. de Bussac, 1951, p. 103 : « Nous ne croyons pas que des pièces nouvelles aient été composées pour la circonstance ».
[6]
Sur Colbert et le mécénat littéraire de Mazarin voir Adolphe Chéruel,
Histoire de France sous le ministère de Mazarin (1651-1661), Paris, Hachette, 1882, 3 vol., vol. 2, p. 21-23.
[7]
Cote : Chigi. IV. 2233. int. 26. Ces textes se trouvent aussi à la bibliothèque d’Avignon. Voir L. Duhamel, « Mazarin, vice-légat d’Avignon »,
Mémoires de l’Académie de Vaucluse, t. IV, année 1885, p. 131-171.
[8]
Auguratae faelicitati, Panegyricus, Ill. mo D. no Iulio Mazarino, Auenionensis Legationis Vicelegato, et Superintendenti generali Militiae, Ad Christianissimum Regem Nuncio, Avenione, Ex Typographia Iacobi Bramereau, Sanctissimi D. N. Vrbis, et Vniversitatis Typographi, 1634, p. 15 :
« Insignia tua nodis fortia parant auxilia, vt verus Alcides clauam geris, vel fasces et securim ut Romanus ».
[9]
N’en donnons qu’un exemple, au début du poème burlesque de Scarron,
Le Typhon ou la gigantomachie (1644) : « Jule plus grand que Jule, / Qui nous sert autant qu’un Hercule », Genève, Slatkine Reprints, 1970, 7 vol., vol. 5, p. 426, réimpression de l’édition de Paris, 1786. Scarron s’adonnera plus tard aux mazarinades.
[10]
Le double blasonnement est rapporté dans le troisième volume du
Teatro genelogico... de Filadelfo Mugnos (1655). Pour une discussion sur la question des armoiries de Mazarin, on se reportera à notre article
“ Fascis cum sideribus I, L’héraldique du cardinal Mazarin et son symbolisme dans les beaux-arts », à paraître dans la
Gazette des beaux-arts, juillet-août 2002.
[11]
Auguratae faelicitati..., op. cit., p. 16 :
« Alcides ergo Romane tot laboribus exolutis, exolue fasces nostros, tantis calamitatum nodis colligatos, vt securi tua securi simus in iustitia magnitudinis tuae. Tibi tua erit melior Deianira Ecclesia, dum nobis eris Alcides MAZARINUS ».
[12]
Illustrissimo domino Iulio Mazarino in Legatione Avenionensi Prolegato, et Militiae Superintendenti Generali, Ad Christianissimum Regem Nuncio [s.l., s.e., s.d.], fol. 1 verso :
« Tibi est Romana securis Insigne super astra, Tua est super Aethera virtus, non serpit enim genius tuus ad inania ».
[13]
Paris, Guillaume Sassier, 1645, p. 34-35.
[14]
Voir notre article «
Fascis cum sideribus II, Les devises du cardinal Mazarin », à paraître dans le
Journal des savants.
[15]
Op. cit., p. 37.
[16]
Ibid., p. 126-127.
[17]
Voir l’article de Fernand Hallyn, « L’anagramme et ses styles au XVII
e siècle »,
Littératures classiques, 1996, n
o 28, p. 239-254.
[18]
Le plus grand eclat de son Éminence, arrivé en l’annee 1660 par l’accomplissement de la Paix, Predit à la Reyne Regente seize ans devant, Contenant les Recherches Curieuses des Qualitez, Actions et Merveilles du Nom de ce Grand Cardinal Iule Mazarin, Cét éclat comme precurseur de l’heureux Mariage qui le suit, nous oblige de découvrir les tresors cachez dans les Noms de leurs Majestez, Presentez à la Reine Mere du Roy, Paris, Estienne Maucroy, 1660.
[19]
Paris, Guillaume Sassier, 1646, p. 93-94.
[20]
Pour les explications proposées de la gravure voir Roger-Armand Weigert,
Inventaire du fonds français, Graveurs du XVIIe siècle, Paris, Bibliothèque nationale, 1968, t. 5,
Gilibert-Jousse, n
o 290, p. 359, et Joëlle Garcia,
Les représentations gravées du cardinal Mazarin au XVIIe siècle, Paris, Klincksieck, 2000, n
o 13, p. 63. Sur les frontispices de thèse dédiés à Mazarin, voir le mémoire de maîtrise d’Annie Prouté,
Les thèses gravées en France au XVIIe siècle, Catalogue, Paris IV-Sorbonne, 1982.
[21]
Elogia Iulii Mazarini Cardinalis, Parisiis, Excudebat Antonius Vitré, Regis et Cleri Gallicani Typographus, 1666, « Sur la mort de mon fils tué devant Mardik, le 20 d’Aoust 1646. À Monseigneur l’Éminentissime Cardinal Mazarini. Sonnet », p. 61.
[22]
Panegyrique de Monseigneur l’Éminentissime Cardinal Mazarin, op. cit., p. 98.
[23]
Pour ses liens avec le cercle de Mazarin, voir Louis-Henri de Loménie, comte de Brienne, dit le jeune Brienne,
Mémoires, Paris, Société de l’histoire de France, 1916-1919, 3 vol., vol. 1, p. 17-18.
[24]
Elogia..., « Ad Eminentissimum Principem Iulium Mazarinum Epistola », p. 36.
[25]
Voir Adolphe Chéruel,
Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, Paris, Hachette, 1879-1880, 4 vol., vol. 3, p. 117.
[26]
Voir Maxime Préaud,
Inventaire du fonds français, Graveurs du XVIIe siècle, Paris, Bibliothèque nationale, 1988, t. 17,
Claude Mellan, n
o 292, p. 180, et Joëlle Garcia,
op. cit., n
o 14, p. 64.
[27]
Voir les devises accompagnant le portrait du cardinal dans
« Fascis cum sideribus II » et le chapitre consacré au coup d’éclat de Casal, où Mazarin commença sa carrière en obtenant la paix entre la France et l’Espagne. La gravure le fait apparaître en toge romaine (ou son allégorie, car il est peu ressemblant) unissant l’Espagne, avec son lion et la France, avec son coq et ses lys auxquels sont maintenant associés les faisceaux consulaires. À l’arrière-plan, la Discorde est chassée. Voir la reproduction dans
« Fascis cum sideribus I ».
[28]
Il colosso sacro alle glorie dell’Em. mo e Rev. mo Sig. re Cardinale Mazarino, Panegirico, In Parigi, Nella stamperia reale, 1656 :
« Terrarum Domitor, divisum Caesar habebat / Cum Iove, Romanis Fascibus, Imperium. / At, qui Sideribus Fasces sociavit, Iulus / Cum Iove coniuctum, Caesare major, habet ». Le poème figure dans la partie italienne des
Elogia..., mais sans le quatrain liminaire.
[29]
[S.l., s.e.], 1656, un feuillet non paginé, recto (la pièce a été reprise de manière abrégée dans les
Elogia...,
op. cit., p. 109).
[30]
Ibid. : « DISPARIBVS fatis experta es, Gallia, binos / Iuliadas, claros militiâ atque togâ. / Servitij pignus, prior intulit ille Secures : / Imperij fato transtulit iste tibi ».
[31]
Ibid., verso :
« Ad illius gentilitium Stemma. / PARTE sui meliore micat super astra Securim / Iulius, et fasces extulit usque polum ».
[32]
Templum Famae, S.R.E. Principi Eminentissimo Iulio Mazarino, Carmen heroicum, Parisiis, E’ typographia regia, 1657, p. 4 :
« [...] textus pendebat ab illâ / Tortilibus nodis, et picto ardebat in auro / Carbassus, insigni portans pro stemmate fasces ; / Romanos fasces, permixtaque fascibus astra. / Et MAZARINO tuba nomine plena sonabat ». Repris dans les
Elogia..., p. 42.
[33]
Ibid., p. 5 :
« Pars et Romanos fasces, insigne paternum / Adiiciunt, et res describunt ordine gestas / Parietibus summis ».
[34]
Abbregé des plus illustres veritez de l’histoire du siècle ou panegyrique de Monseigneur l’Éminentissime Cardinal Mazariny, duc de Mayenne, et pair de France, Paris, François Noël, 1658, p. 30.
[35]
Elogium Cardinalis Iulii Mazarini apologeticum, seu historiae gallico-mazarinae compendium, Parisiis, E’ typographia regia, 1658, p. 28 :
« Et ut fasces MAZARINI, belli facibus incenderet / Non erubuit inter illos rubra micare fascia / Quorum toties sanguine dimicans rubuerat ».
[36]
Lachrymae in carissimi alumni sui Alphonsi Mancini tumulum, Ad eminentissimum Cardinalem, Parisiis, E’ typographia regia, 1658,
« Alphonsi in caelum recepti obitum non praeterea dolendum. Ecloga », p. 24 :
« Exin stellarum ALPHONSO data cura tuarum, / O IVLI. Nullae, ALPHONSO custode, procellae, / Nullae turbabunt iam Iulia sidera nubes ». Repris dans les
Elogia..., p. 83.
[37]
In Eminentissimi Cardinalis è Belgio caesis hostium copiis, captis urbibus, triumphalem reditum, currum gloriae, Lugduni, [s.e.], 1659, p. 16 :
« Auctior immensos agitet sic Gallia plausus, / MAZARINA sequens tranquillo sidera cursu / Gallia, adoratos fasces, dominasque Secures, / IVLIA quas niueis fraenat Clementia vinclis, / Victricique recens ornauit fronde Triumphus ». Repris avec légère modification dans les
Elogia..., p. 108 (nous donnons le texte des
Elogia).
[38]
Voir Jean de La Barde,
De rebus gallicis historiarum libri decem, ab anno 1643 ad annum 1652, Parisiis, apud D. Thierry, 1671, p. 197.
[39]
Seminarii romani Pallas purpurata sive Eminentissimi S.R.E. Cardinalis qui ad haec vsque tempora è Seminario Romano prodiere, Imaginibus expressi, Epigrammatis illustrati, Romae, Typis Haeredum Corbelleti, 1659, p. 139 :
« Sydera tolle, tuo de stemmate, dixit, Iule / Gallia, pro stellis Lilia pinge mea. / Audiit Italia, an patriam eiurabis Iule ? / Ah pro Sole dato, sydera ne rapias. / Discordes animos, judex concordia iunxit : / Lilia corde geras, sydera stemma gerat. / Fallere : Iulaeo si stemma inseruit amori, / Italia haud satis, haud Gallia ; Mundus erit ».
[40]
BNF, Manuscrits,
Mélanges Colbert, 15, fol. 315 verso.
[41]
Sur le soutien constant apporté par la Compagnie à son ancien élève, voir Adolphe Chéruel,
Histoire de France sous le ministère de Mazarin, op. cit., vol. 2, p. 32-34.
[42]
« Nullo sanguine stillantem IVLI mirare securim, / Deuotasque tibi excubias, Vigilantiaque astra », Eminentissimo Cardinali Duci Iulio Mazarino Angelo Pacis gratulatio, Burdigalae, [s.e.], 1659, p. 6 ; ce titre manque dans l
a Bibliothèque de la Compagnie de Jésus du P. Sommervogel.
[43]
Elogia..., « Eminentissimo Cardinali Iulio Mazarino, Pro constituta, per Pacem, prosperitate publica, Desideria rerum omnium prosperarum », p. 154 :
« Fatis felicibus ibit, / Dum tua spectabit sidera, nostra ratis. / Non alia incerti respectent sidera nautae : / Vna regat reliquas IVLIA stella rates. / Stella futura bonum Populis, et Regibus omen, / Inter propitias annumeranda faces ».
[44]
Ibid., p. 156 :
« Dira tuae monstrum submittat colla securi, / Fascibus oppressum, Sideribusque tuis ».
[45]
Voir la reproduction dans Joëlle Garcia,
op. cit., n
o 38, p. 102 et notre travail : « Le cardinal et les Vertus cardinales, Étude de littérature et d’iconographie », en préparation pour le colloque du quatrième centenaire de la naissance de Mazarin, Institut, 11-14 décembre 2002.
[46]
Il tempio della Pace edificato dalla Virtu dell’Eminentissimo Cardinale Mazarino, Stanze, In Parigi, Appresso Claudio Cramoisy, 1660, p. 10. Poème repris sans frontispice dans la partie italienne des
Elogia..., sous le titre
Il tempio della Pace edificato dalla Virtu di sua Eminenza. La provenance de la gravure est à ajouter à Roger-Armand Weigert et Maxime Préaud,
Inventaire du fonds français, Graveurs du XVIIe siècle, Paris, Bibliothèque nationale, 1976, t. 7,
Lasne (J.) à Leclerc (P.), n
o 52, p. 410. Il s’agit non d’un « arc de triomphe » mais bien d’un temple inspiré d’un temple poétique.
[47]
Parisiis, apud Sebastianum Cramoisy, Regis ac Reginae typographum, 1660.
[48]
Op. cit., p. 184 :
« Pax redux administro Iulio Cardinale Mazarino » : “ (tua te, IVLI, sat purpura prodit, / Quaeque micant supra Romanos sidera fasces) ».
[49]
Le portrait de son Éminence fait par la Paix, Dedié à son Éminence, Paris, Christophe Iournel, 1660,
« Pax inaugurata ad Eminentissimum Cardinalem Mazarinum. Gratulatio », p. 99 :
« Ast animi, fidens, depulsa nube, saluto / PACIFICOS FASCES, felicique Omine STELLAS / Pignora venturae accipio iam certa Salutis ». Repris dans les
Elogia..., p. 213.
[50]
Ibid., p. 103 :
« Et praeferre manu gandent [sic] tua stemmata STELLAS / Et toto placidos venerantur numine FASCES ». Repris dans les
Elogia..., p. 216.
[51]
Ibid., « L’ange de Paix à Monseigneur le Cardinal, Presenté à son Éminence le 4 Iuin 1659 », p. 91.
[53]
Voir
« Fascis cum sideribus I ».
[54]
De symbolis heroicis libri IX, Antverpiae, Ex officina plantiniana Balthasaris Moreti, 1634, p. 233, devise du cardinal Christophore Madruccio, un faisceau de flèches avec le mot :
Unitas.
[55]
Voir Victor-Lucien Tapié,
Baroque et classicisme, Paris, Le Livre de poche, 1980, p. 204-215 ; Karl Möseneder,
Zeremoniell und monumentale Poesie, Die « Entrée solennelle » Ludwigs XIV. 1660 in Paris, Berlin, Gebr. Mann Verlag, 1983 ; Abby-Elizabeth Zanger,
Scenes from the Marriage of Louis XIV, Nuptial Fictions and the Making of Absolutist Power, Stanford, Stanford University Press, 1997. Nicole Ferrier-Caverivière lui consacre une demi-page dans
L’image de Louis XIV dans la littérature française de 1660 à 1715, Paris, PUF, 1981, p. 34. L’ouvrage de Claude Dulong,
Le mariage du roi-soleil, Paris, Albin Michel, 1986, est d’orientation essentiellement historique.
[56]
L’exemplaire de la Bibliothèque Mazarine (recueil factice A 16659) s’orne pour chaque épigramme d’un bandeau et d’un cul-de-lampe gravés aux armes du dédicataire, que nous avons rencontrés dans d’autres ouvrages. Ces ornements sont absents des exemplaires de la BNF.
[57]
Le mariage du lys et de l’imperiale, Ballet dedié à leurs maiestez par les escoliers du college de Paris de la Compagnie de Jesus, Le 19 iour d’Aoust 1660, [s.l., s.e., non paginé].
[58]
In securim gentilitiam Eminentissimi Principis Cardinalis Iulii Mazarini &c. Carmen purè Iambicum, [s.l., s.e., s.d.] :
« SECVRIS ista IVLIVM decus ferens, / Honore pacis et salute publica / Micat perennis, inclytamque Posteris / Suae reliquit omnibus facis notam. / Rebelle Martis agmen Orbis et vagos / Ferocientis una fregit impetus, / Suamque sponte (Quis minister hoc facit ?) / Vel innocente, vel nocente Civium / Cruore pura seruat innocentiam ».
[59]
Ibid., « Triumphet ergo IVLIVM decus ferens / SECVRIS ista, quam beata siderum / Tenet corona, quâ renata GALLIAE / Salus triumphat, et triumphat AVSTRIA, / Ovatque LVDOICVS et THERESIA ».
[60]
L’entrée triomphante de leurs Majestez Louis XIV Roy de France et de Navarre et Marie Therese d’Austriche son espouse, dans la ville de Paris capitale de leurs royaumes, au retour de la signature de la paix generalle et de leur heureux mariage. Enrichie de plusieurs Figures, des Harangues et de diverses Pieces considerables pour l’Histoire, Paris, Pierre Le Petit - Thomas Joly - Louis Bilaine, 1662, p. 27 (cet ouvrage est reproduit en fac-similé à la fin de l’étude de Karl Möseneder). Le monument qui nous intéresse avait donné lieu à un livret séparé, avec un texte quasiment identique à celui que nous avons utilisé, attribué à Félibien, accompagné de la gravure en frontispice :
Description de l’arc de la place Dauphine presentée à son Éminence, Paris, Pierre Le Petit, 1660.
[61]
Thomas Bonnet, citation n° 13.
[62]
La facétie faisceau/phallus, absente des éloges littéraires, semble d’introduction italienne, avec les putti du décor de la galerie basse du palais Mazarin, exécuté par l’équipe de Romanelli au début du ministériat (1645-1646) (Voir
« Fascis cum sideribus I »). On retrouve des putti fascifères quasiment identiques, comme support des lys de France, adoptant la même position médiane dans la composition que l’Atlas de Le Brun, sur un almanach annonçant le mariage (voir la reproduction dans Abby-Elisabeth Zanger,
op. cit., fig. 1).
[63]
Études mazarines, Paris, De Boccard, 1981, p. 315 et pl. XIV-XV ;
Une tête à gouverner quatre empires, op. cit., p. 113 et pl. IV.
[64]
La pompe funèbre ou les éloges de Iule Mazarini, Cardinal, Duc, et Premier Ministre, Paris, Sebastien Martin, 1665, p. 8, 10, 19 et 57. Sur le frontispice, voir Joëlle Garcia,
op. cit., n
o 51, p. 119.
[65]
BNF, manuscrits FR 22568,
Laus posthuma, monumento, eminentissimi cardinalis Mazarini, Meduanae ducis, Primi Christianissimi Galliarum Regis ministri, Incisa, Duci Mazarino Mellereano sacra, 1661, fol. 135 :
« Prudentiam tempori, turbini quietam industriam, / Patientiam vehementiae / Violentiae solertiam submisit / Fasces nemini ”.
[66]
Voir par exemple BNF, manuscrits NAF1827,
Oraison funèbre de feu Monsieur le Cardinal Mazarin, fol. 32 recto.
[67]
Voir Joëlle Garcia,
op. cit., n
o 53, p. 122. La description citée, due à Nivelon, considère la figure féminine comme une allégorie de l’Histoire ; la Poésie nous paraît plus probable, le recueil étant uniquement composé de littérature encomiastique.
[68]
Nous nous permettons de renvoyer ici à notre ouvrage
L’armorial de Calliope, L’œuvre du P. Le Moyne S. J. (1602-1671) : littérature, héraldique, spiritualité, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 2000.
[69]
Voir Hubert Carrier,
Les muses guerrières, Les mazarinades et la vie littéraire au milieu du XVIIe siècle, Paris, Klincksieck, 1996.
[70]
Le poème, non retrouvé, est mentionné par Naudé dans son
Jugement de tout ce qui a esté imprimé contre le Cardinal Mazarin, Depuis le sixiéme Janvier, jusques à la Declaration du premier Avril mil six cens quarante-neuf, [s.l., s.e., s.d. ; Paris, 1649], p. 245. Cet ouvrage est familièrement appelé
Mascurat en raison du nom d’un des interlocuteurs du dialogue.
[71]
Voir Hubert Carrier,
La presse de la Fronde..., op. cit., vol. 2, p. 261.
[72]
Lettre d’un religieux envoyée à Monseigneur le prince de Condé, à S. Germain en Laye. Contenant la verité de la vie et mœurs du Cardinal Mazarin : Avec exhortation audit Seigneur Prince d’abandonner son party, Paris, Rolin de La Haye, 1649, p. 4.
[73]
Voir Claude Dulong,
La fortune de Mazarin, Paris, Perrin, 1990.
[74]
Le Caton françois disant les veritez I - Du Roy, de la Royne et du Mazarin, II - Des Princes, III - Des Parlemens, IV - Des Peuples, [s.l., s.e., s.d.], p. 15.
[75]
Les genereux sentimens du veritable François sur la conference et paix de Ruel : avec exhortation à tous bons François, de ne point poser les armes, que le Cardinal Mazarin ne soit mort, ou hors du Royaume, conformément à l’Arrest du huictieme Janvier 1649, [s.l., s.e.], 1649, p. 3.
[76]
L’ethimologie de Mazarin avec l’explication de ses armes, Paris, Veuve Musnier, 1649, p. 3.
[78]
Le tableau de la vie et du gouvernement de Messieurs les Cardinaux Richelieu et Mazarin, et de Monsieur Colbert, representé en diverses Satyres et Poësies ingenieuses ; avec un Recueil d’Epigrammes sur la vie et la mort de Monsieur Fouquet, et sur diverses choses, qui se sont passées à Paris en ce tems-là, Cologne, Pierre Marteau, 1694, p. 140.
[79]
Lorsque Madeleine Laurain-Portemer écrit à propos des appartements d’Anne d’Autriche décorés par Romanelli au Louvre : « Sous la forme de fresques, la salle qui célèbre, par héros interposés, les vertus du Cardinal, constitue, à sa manière, une réponse aux mazarinades » (
Études mazarines, op. cit., p. IX), il faut entendre cela comme une possibilité, non comme une nécessité. La tradition mazarine de l’éloge n’a nullement été tributaire des mazarinades, elle est restée identique à elle-même avant et après la Fronde, alors que les mazarinades, éphémère phénomène pamphlétaire, ont dépendu des panégyriques en les parodiant.
[80]
Corneille, Paris, Hatier, 1958, p. 8.
[81]
Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1980-1987, 3 vol., éd. Georges Couton, vol. 1, p. 1064.
[82]
Ibid., p. 1071.
[83]
Ibid., v. 1154-1156, p. 1115.
[84]
« Sed fremitu uulgi fasces et iura querentis inferri Romana suis discordia sensit pectora », La guerre civile (La Pharsale), Paris, Les Belles Lettres, 1962, 2 vol., vol. 2, p. 182, v. 11 à 13.
[85]
Nous avons consulté pour chaque pièce de Corneille et de Racine l’
Index des mots, Besançon, Publications du centre d’études du vocabulaire français, sous la direction de B. Quemada, Faculté des lettres et sciences humaines de Besançon, [s.d.].
[86]
Œuvres complètes, op. cit., v. 1442-1444, p. 1123.
[87]
« Les éléments précornéliens dans
La mort de Pompée de Corneille »,
Revue d’histoire littéraire de la France, janvier-mars 1950, p. 1-15, p. 13.
[88]
Corneille et la Fronde, Théâtre et politique il y a trois siècles, Clermont-Ferrand, G. de Bussac, 1951, p. 110.
[89]
L’héroïsme cornélien, Genèse et signification, t. I :
Corneille et la vie littéraire de son temps, Paris, Armand Colin, 1968, p. 61, n. 100.
[90]
La tragédie sans tragique, Paris, Armand Colin, 1966, p. 306-309.
[91]
La mort de Pompée, Tragédie de P. Corneille, édition critique avec introduction, notes et commentaires, thèse de doctorat, Paris IV - Sorbonne, 1978, p. 14 et p. 95-97.
[92]
Op. cit., p. 4 (plusieurs cahiers paginés séparément).
[93]
Voir Lucie Galacteros de Boissier, « Jason à la conquête de la toison d’or, Les fêtes lyonnaises de 1658 »,
Mélanges offerts à Georges Couton, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1981, p. 237-260.
[94]
Voir Louise Rice, « Pietro da Cortona and the Roman Baroque Thesis Print »,
Pietro da Cortona, Atti del convegno internazionale, Roma-Firenze, 12-15 novembre 1997, Roma, Electa, 1998, p. 189-200.
[95]
Œuvres complètes, op. cit., vol. 3, p. 194.
[96]
Voir Georges Couton,
Corneille, op. cit., p. 129-137.
[97]
La vieillesse de Corneille (1658-1684), Paris, Imprimerie F. Deshayes, 1949, p. 78.
[98]
L’asne rouge dépeint avec tous ses deffauts, en la personne du Cardinal Mazarin, Paris, Louys Hardouin, 1652, p. 6.
[99]
Œuvres complètes, op. cit., vol. 3, v. 1631-1632, p. 366.
[100]
Vers le vrai Racine, Paris, Armand Colin, 1958, 2 vol., vol. 1, chap. IX à XI.
[101]
Racine,
Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1999, I - Théâtre-Poésie, éd. Georges Forestier, p. 380.
[102]
Tacite,
Annales, livres IV-XII, Paris, Les Belles Lettres, 1966, p. 331 :
“ Novum sane et moribus veterum insolutum, feminam signis Romanis praesidere ! »
[103]
Voir Raymond Picard,
La carrière de Jean Racine, Paris, Gallimard, 1961, p. 156-161, repris dans Racine,
Œuvres complètes, op. cit., p. 1448.
[104]
Ibid., p. 466 et note du vers 302, p. 1473.
[105]
Hérodien,
Histoire des empereurs romains, Paris, Les Belles Lettres, 1990, traduit et commenté par Denis Roque, livre IV, chap. 2.
[106]
La tradition emblématique connaissait ce sens, nous avons mentionné le
De symbolis heroicis du P. Petrasancta. Un autre exemple figure dans un recueil de gravures par Louis I Elle dit Ferdinand, d’après des dessins de L. Testelin :
Les vertus innocentes ou leurs simboles sous des figures d’enfans, necessaires aux amateurs de la Muette Poesie, et de la Pinture Parlante, Paris, I. Mariette, 1671. La figure intitulée l’
Union représente deux putti s’embrassant alors qu’un troisième tient un faisceau (fig. 10). Le texte dit : « Comme ces Dards ainsy liez / Sont a briser fort difficilles ; / La Concorde des Alliez / Rompt l’effort des Guerres Civilles ». Selon Mariette, les dessins auraient été inspirés par des bas-reliefs de Van Obstal et gravés en 1654 (R. A. Weigert,
Inventaire du fonds français, Graveurs du XVIIe siècle, Paris, Bibliothèque nationale, 1961, t. 4,
Ecman à Giffart, p. 173-174). Il n’est pas impossible que cela renvoie à la fin de la Fronde. Van Obstal est l’auteur de plusieurs compositions héraldiques sculptées en l’honneur du cardinal, voir
« Fascis cum sideribus I ».
[107]
Voir Boris Donné,
La Fontaine et la culture allégorique, thèse pour le doctorat de littérature française, Paris IV - Sorbonne, 1998.
[108]
La Fontaine et le premier recueil des Fables, Paris, Nizet, 1965-1966, 2 vol.
[109]
René Jasinski,
Vers le vrai Racine, op. cit., vol. 1, p. IX.
[110]
Voir Georges Couton, « Héraldique et bestiaire, À propos de deux
Fables de La Fontaine »,
Écritures codées, Essais sur l’allégorie au XVIIe siècle, Paris, Aux amateurs de livres, 1990, p. 177-181 ; Michel Pastoureau, « Le bestiaire de La Fontaine »,
Jean de La Fontaine, Paris, Seuil-Bibliothèque nationale de France, 1995, p. 140-145 ; et notre article : « L’écureuil, le serpent et le léopard : présence de l’héraldique dans les
Fables de La Fontaine »,
XVIIe siècle, 1994, n
o 184, p. 503-528.